VOTRE AVIS NOUS INTÉRESSE ! QUESTIONNAIRE EN LIGNE SUR POP'SCIENCES

Les journées européennes de l’archéologie

LLes journées européennes de l’archéologie

Les Journées européennes de l’archéologie sont de retour, notamment sous une forme numérique avec l’opération #Archeorama.
Reconstitutions en 3D, reportages, visites virtuelles ou événements, toutes les activités numériques vous sont proposées pour vous faire découvrir l’archéologie.

Et également des activités originales pour découvrir l’archéologie dans les musées, les sites archéologiques, là où c’est possible !

Tous les pays européens sont invités à y participer.

Programme en Auvergne-Rhône-Alpes :

Journées de l’archéologie

L’organisation de la démocratie athénienne | Collections & Patrimoine

LL’organisation de la démocratie athénienne | Collections & Patrimoine

A travers cet article, nous allons nous intéresser à une stèle dont le moulage est conservé au MuMo (inv. 521) : la Stèle dite de Dexiélos. Cette stèle porte une inscription très intéressante. Voici sa traduction : « Dexiléos, fils de Lysanias, de Thorikos, naquit sous l’archonte Tisandre, mourut sous Eubolide à Corinthe (il fut) des cinq cavaliers ». Cette épitaphe nous intéresse à deux égards: la question de la composition des tribus et celle des magistratures.

Thorikos est ici le nom d’un des dèmes qui composent le territoire de l’Attique (région d’Athènes). Le dème est une division territoriale et administrative qui correspondrait pour nous à une municipalité. Les futurs citoyens à leur naissance sont inscrits sur la liste du dème auquel ils appartiennent de façon héréditaire. Ce dème fait partie de l’identité du citoyen.

Ici c’est le statut de la personne qui est mis en avant. Dexiléos est citoyen d’Athènes : il fait partie du corps civique et peut prendre part au gouvernement de sa cité, gérée de manière collégiale entre tous les citoyens. Il s’agit d’un motif de fierté pour ces personnes. La stèle de Dexiléos est une stèle funéraire particulière car à Athènes il y a un espace commun pour ceux qui sont morts à la guerre: le Démosion Sèma. Ce terme, que l’on peut traduire par « cimetière du peuple », est représentatif de l’esprit civique et égalitaire de la cité. Les soldats sont tous enterrés dans cet endroit et un monument porte leurs noms listés par tribu. La stèle de Dexiléos ne montre pas que la démocratie est malade et que sa volonté d’égalité est mise à mal à la fin du IVe siècle av. J.-C.

En effet Athènes, après un coup d’état à la fin de la guerre du Péloponnèse (qui l’oppose à Sparte de 431 à 404 av. J.-C.), est dirigée par des oligarques que l’on a appelés : les 30 tyrans. La Stèle de Déxiléos mentionne aussi « Naquit sous l’archonte Tisandre ». La magistrature de l’archontat est ancienne : elle date du VIIIe siècle av. J.-C., mais elle devient annuelle et n’est plus confiée à vie à partir du VIIe siècle av. J.-C.

Les archontes (« Ceux qui ont une archè », un pouvoir), élus au nombre de neuf, président à toutes les affaires, administratives, religieuses ou judiciaires – six d’entre eux sont chargés de la promulgation et de l’exécution des lois. L’archonte dit « éponyme » est le premier des archontes, il donne son nom à l’année de son mandat. Les dates sont mentionnées par ce moyen, c’est ce que l’on trouve sur la Stèle de Déxiléos : il est né l’année où l’archonte Tisandre était au pouvoir.

A leur sortie de charge, ces magistrats deviennent membre de l’Aréopage, qui siège sur la colline d’Arès. Il est constitué de dix anciens archontes : un par tribu. C’est un conseil qui contrôle l’action des archontes pendant leur mandat, prépare les votes de l’assemblée et exerce une justice criminelle. L’assemblée (l’ecclésia) du peuple n’a qu’un rôle restreint mais va progressivement se doter d’organes du pouvoir.

Vous souhaitez en savoir encore un peu plus sur le tirage au sort et les espaces civiques à Athènes ? Rendez-vous ici pour une interview de Liliane Lopez qui évoque plus spécifiquement ces thématiques: https://popsciences.universite-lyon.fr/ressources/le-tirage-au-sort-dans-lathenes-classique/

Jillian Akharraz, doctorant en histoire et archéologie grecque (Univ. Lumière Lyon 2 – Hisoma UMR 5189) et médiateur au MuMo.

En savoir plus :

MuMo

Le gisant d’Antoine de Lalaing, ou le miroir funéraire de son existence | Collections & Patrimoine

LLe gisant d’Antoine de Lalaing, ou le miroir funéraire de son existence | Collections & Patrimoine

Antoine de Lalaing… Ce nom ne vous dit rien ? On vous dit tout sur son gisant* !

Le gisant d’Antoine de Lalaing a été réalisé en albâtre* et en marbre en 1540 par Jehan Mone. Il se trouve dans l’église Sainte-Catherine de Hoogstraten (Belgique).

Le MuMo conserve un moulage de cette œuvre, réalisé entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Il est exposé dans la section du musée consacrée à l’art funéraire (inv. M50).

(c) Sarah Betite – Université Lumière Lyon 2

Antoine de Lalaing est représenté allongé, en armure, les mains ramenées l’une contre l’autre sur sa poitrine, dans une attitude de prière. Son visage est serein, un oreiller a été posé sous ses épaules… et il a les yeux ouverts ! La dalle funéraire est recouverte de motifs décoratifs, et sous les pieds du défunt un lion est sculpté en très haut relief.

Lion en haut relief

(c) Sarah Betite – Université Lumière Lyon 2

Antoine de Lalaing (1480-1540) est seigneur de Montigny et d’Estrée. Il est fait chevalier de la Toison d’Or, la plus grande des distinctions honorifiques de la Renaissance, en 1516. Il a un rôle politique important : d’abord au service de Philippe le Beau*, il devient par la suite conseiller chambellan de Charles Quint*. Il est même ministre sous la régence d’une Marguerite d’Autriche* en proie à la maladie. Il remplit l’office de chef des finances des Pays-Bas à partir de 1522.

Il est marié à Elisabeth de Culembourg, première dame de compagnie de Marguerite d’Autriche. Il est enterré auprès d’elle lorsqu’il la rejoint dans la mort, le 11 avril 1540. Tous deux partagent le même monument funéraire dans l’église Sainte-Catherine de Hoogastraten.

Jehan Mone (1500-1548), le sculpteur de cette œuvre, a lui aussi une trajectoire intéressante. Il travaille en Espagne, avant d’être appelé à Malines par Marguerite d’Autriche (les Pays-Bas et l’Espagne font partie du même empire au XVIe siècle). Il gravit les échelons en tant qu’artiste de cour : en 1522 il est sculpteur de la cour de Charles Quint, en 1524 il devient sculpteur de l’empereur avant de devenir en 1533 maître-artiste au service de ce dernier. Antoine de Lalaing et Jehan Mone semblent avoir connu la même progression sociale, chacun dans son domaine, mais dans les mêmes cercles qui constituent les cours de Charles Quint et de Marguerite d’Autriche.

Ici Jehan Mone se prête à l’exercice du gisant : ces formules artistiques funéraires sont en vogue depuis le XIe siècle. Le corps du personnage est souvent représenté allongé, priant, sur le dessus du tombeau, mais la formule est adaptée à la personnalité du défunt.

Nous en avons l’exemple, ici, avec Antoine de Lalaing : son expression sereine et sa posture montrent qu’il attend le Jugement dernier et la Résurrection des corps. En effet, très pieux, Antoine de Lalaing est aussi un fervent combattant du protestantisme qui commence à prendre son essor. Et avec quelques indices, nous pouvons aussi reconnaitre les fonctions qu’il occupe. Il porte son armure – il est chevalier d’honneur à la cour de Charles Quint -, mais aussi le collier de la Toison d’Or, ce qui le distingue parmi les plus hautes sphères sociales.

C’est aussi quelqu’un de très riche, ce que montrent les motifs décoratifs sur la dalle funéraire. Et ces motifs sont tout autant un témoignage de la formation italienne de Jehan Mone, qui distille dans cette formule toute gothique du gisant, de petites touches issues de la Renaissance qu’il a pu observer plus au sud.

Le moulage de cette œuvre que conserve le MuMo est encore mystérieux : on ne sait pas quand il est entré au musée. Il était néanmoins accompagné d’un moulage de sa femme, dont le gisant était aussi présent sur le cénotaphe de Sainte-Catherine, mais elle ne se trouve plus au musée.

Aujourd’hui, on peut admirer la finesse des détails de cette œuvre dans la section du MuMo consacrée à l’art funéraire. On espère vite vous y retrouver.

Glossaire

*Gisant : un gisant est une statue à vocation funéraire, qui représente le défunt étendu sur le dos. Les gisants sont très courants du Moyen-Age et à l’époque moderne.

*Albâtre : il s’agit d’une roche constituée en grande partie de gypse ou de calcaire. Très tendre, elle est appréciée des sculpteurs car la lumière la traverse facilement.

*Philippe le Beau : Philippe le Beau (1478-1506) règne sur le Saint-Empire (qui correspond à peu près à l’Allemagne), sur les états bourguignons et sur la péninsule Ibérique. Il s’agit de l’un des souverains les plus puissants de son temps.

*Charles Quint : Fils de Philippe le Beau, Charles Quint (1500-1558) est l’empereur le plus célèbre du XVIe siècle : il incarne la puissance de la dynastie Habsbourg dans ce qu’elle a de plus éclatant. Grand adversaire de François Ier, il est le héros de la défense de la foi catholique, que ce soit contre l’Empire ottoman ou la Réforme protestante. C’est aussi un grand mécène qui protège des artistes tels que le peintre Titien.

*Marguerite d’Autriche : Marguerite d’Autriche (1480-1530) est la sœur de Philippe le Beau et la tante de Charles Quint. Diplomate remarquable, elle est la régente des Pays-Bas à partir de 1507. Comme la tradition le veut chez les Habsbourg, elle est elle aussi une grande mécène : l’exemple le plus éclatant est son implication dans le chantier du Monastère royal de Brou.

Lina Roy – Musée des moulages – Université Lumière Lyon 2

En savoir plus :

MuMo