Changements climatiques et dates de naissance

CChangements climatiques et dates de naissance

Chez les herbivores, la date de naissance est loin d’être un hasard. Elle est le fruit d’une savante combinaison entre le besoin de protéger les nouveaux-nés des prédateurs mais aussi de leur apporter suffisamment de nourriture pour assurer leur croissance. Et pour ce faire, toutes les espèces n’ont pas joué les mêmes cartes !

Avez-vous déjà entendu parler de ces faons retrouvés seuls par des promeneurs, comme abandonnés dans la forêt ? Ne les dérangez surtout pas, ils sont en fait cachés et c’est normal ! Chez les mammifères herbivores à sabot, qu’on appelle aussi ongulés, il existe deux façons de s’occuper de ses petits pendant leurs premières semaines de vie. « A la dure », quand le nouveau-né doit se mettre sur ses pieds dès sa naissance et suivre sa mère par tous les temps, comme le font les zèbres. On parle alors d’espèces du type « follower », littéralement « suiveur ». Ou bien « à la pacha », quand la mère laisse son petit dormir toute la journée, bien caché entre les herbes hautes, et ne vient le déranger que pour le faire téter, comme c’est le cas pour les chevreuils. Cette fois il s’agit de « hiders », qu’on pourrait qualifier de « maîtres du cache-cache ». Mais derrière ces deux méthodes d’éducation aux antipodes l’une de l’autre se cachent des implications bien plus importantes qu’on pourrait le croire.

« Hiders » et « followers »

La girafe, malgré ce qu’on pourrait croire au vu de sa grande taille, fait partie des « hiders » car elle cache son petit dans un bosquet ou des hautes herbes pendant une à trois semaines après sa naissance /©Lucie Thel, Parc Kruger – Afrique du Sud

La plupart des herbivores constituent un mets de choix pour les carnivores, particulièrement un bébé sans défense. C’est pourquoi ces mères du règne animal ont mis en place des stratégies pour protéger leurs petits des prédateurs. Les « hiders », en plus de cacher leurs petits, ont opté pour des naissances étalées dans le temps. On retrouve cette stratégie chez les espèces dont les membres vivent en petit groupes, voire seuls. Bilan : des petits peu nombreux mais très bien cachés, les prédateurs seront bien chanceux s’ils parviennent à les débusquer ! A l’opposé, les « followers » observent un pic de natalité très resserré dans le temps. Les prédateurs disposent alors d’une telle abondance de proies qu’ils ne les mangeront pas toutes, et loin s’en faut ! C’est souvent le cas des espèces qui vivent en très grands groupes. On peut citer notamment l’exemple du gnou, espèce chez qui plus de 80 % des jeunes naissent sur un laps de temps de deux à trois semaines.

A présent que la sécurité des petits est assurée, la mère doit se préoccuper de les nourrir.

Une stratégie de naissance liée aux ressources alimentaires

Élever un petit demande beaucoup d’énergie, surtout pendant les premiers mois suivant la naissance. La mère doit en effet s’alimenter suffisamment pour subvenir à ses propres besoins, mais aussi produire le lait qui assurera ceux de son petit. Un herbivore peut se nourrir d’herbe ou de feuilles. L’herbe a la merveilleuse capacité de pousser très rapidement aussitôt qu’elle reçoit de l’eau. Dès que le temps passe au beau fixe, elle a tendance à dépérir : c’est le cas notamment dans les paysages de savane en Afrique de l’Est et Australe, souvent caractérisés par la succession de saisons humides et de saisons sèches. Au contraire, les arbres et arbustes poussent lentement mais sûrement en puisant l’eau stockée dans le sol, disponible toute l’année. Ainsi, les herbivores qui préfèrent l’herbe mettront plutôt bas au moment précis où celle-ci est abondante et riche en nutriments, tandis que ceux qui préfèrent les feuilles mettront plutôt bas sur une période bien plus étendue.

Le buffle profite de la saison humide, période où l’herbe est riche en protéines, pour mettre bas et ainsi assurer des ressources suffisantes pour la croissance des veaux. /©Lucie Thel, Parc Kruger – Afrique du Sud

Influence des changements climatiques…

Faire en sorte que son petit naisse au bon moment par rapport à la ressource alimentaire pour lui assurer une bonne croissance, mais aussi par rapport aux autres petits pour le protéger des prédateurs, vous l’aurez compris, n’est pas chose facile pour une femelle herbivore.

Les périodes de naissance qu’on observe aujourd’hui sont le fruit d’une longue et lente sélection naturelle. Toutefois, avec les bouleversements que connaît notre planète à cause des changements climatiques, ces formidables adaptations sont remises en cause ! Les saisons sont fortement perturbées, les crues et sécheresses plus fréquentes et dévastatrices, les prédateurs disparaissent… Les chercheurs d’aujourd’hui se demandent comment ces changements vont affecter les espèces d’ongulés sauvages, selon leurs stratégies de naissance. Dans le cadre des recherches qui sont menées sur ces thématiques, je réalise une thèse (3 ans de recherches au Laboratoire de Biométrie et Biologie Évolutive de Lyon), afin d’établir les meilleures méthodes permettant de décrire précisément ces périodes. Ces connaissances nous permettront de mieux comprendre les raisons qui font qu’on observe ces périodes de naissance et pas d’autres, ou encore comment celle-ci pourraient évoluer avec le temps, en lien avec les changements climatiques.

Article écrit par Lucie Thel, doctorante au Laboratoire de Biométrie et Biologie Évolutive

(Université Claude Bernard Lyon 1, HCL, CNRS, Inria, VetAgro Sup)

Article publié dans le cadre des dossiers  « Les doctorants parlent de

leur recherche » en partenariat avec Pop’Sciences

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Sources

– Estes, R. D. (1976). The significance of breeding synchrony in the wildebeest African Journal of Ecology, Wiley Online Library, 14, 135-152

– Lent, P. C. (1974). Mother-infant relationships in ungulates The behaviour of ungulates and its relation to management, International Union for Conservation of Nature and Natural Resources, Morges, Switzerland, New Series, 24:1-940 (V. Geist and F. Walther, eds.), 1, 14-55

– Rutberg, A. T. (1987). Adaptive hypotheses of birth synchrony in ruminants: an interspecific test The American Naturalist, University of Chicago Press, 130, 692-710

– Ryan, S.; Knechtel, C. & Getz, W. (2007). Ecological cues, gestation length, and birth timing in African buffalo (Syncerus caffer) Behavioral Ecology, Oxford University Press, 18, 635-644

– Sinclair, A.; Mduma, S. A. & Arcese, P. (2000). What determines phenology and synchrony of ungulate breeding in Serengeti ? Ecology, Wiley Online Library, 81, 2100-2111

PPour aller plus loin

Tout savoir sur le compostage !

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Faire du compost, c’est un premier geste éco-citoyen pour construire un monde plus durable !

Imaginez un monde où le mot « déchet » n’est pas synonyme d’ordure. Imaginez un monde dans lequel nous considérons nos déchets comme des ressources. Et bien ce monde existe, grâce au compostage !

L’objectif premier du compostage est de réduire votre empreinte écologique en diminuant la taille de vos poubelles. Ce geste éco-citoyen a une double utilité : fabriquer de l’engrais naturel et gratuit pour vos plantes mais aussi diminuer l’émission de gaz à effet de serre en réduisant le traitement et le transport des déchets.

Pour vous permettre de vous immerger dans cet univers, nous vous expliquerons :

 

Pour tout savoir, rendez-vous sur notre Guide Complet du Compostage, juste ici :

Compostage | Le Guide Complet |

 

 

 

Le tour du monde des microbes

LLe tour du monde des microbes

Les activités humaines transforment radicalement la circulation des microbes sur la planète, avec des répercussions probables sur les écosystèmes et les populations.

Une équipe internationale de chercheurs a dressé le constat dans une étude parue en 2017 dans la revue Science.

Lire l’article :

CNRS le Journal

 

 

Projet Pangolin

PProjet Pangolin

Éveiller une conscience écologique en s’appuyant sur la connaissance des écosystèmes

Projet Pangolin_©Tom Bouyer

Le projet Pangolin, initié en octobre 2017, est un programme de vulgarisation scientifique à destination des enfants et jeunes adultes.

Persuadé que la clé de la responsabilisation passe par la compréhension des mécanismes qui régissent notre planète, le Projet Pangolin propose aux élèves, de la primaire au lycée, de mieux comprendre comment fonctionnent les écosystèmes pour leur permettre, à leur échelle, participer à la protection de notre environnement.

Parce que le changement commence chez nous, le Projet Pangolin propose également, sur son Blog, des articles pour en apprendre plus sur le fonctionnement de notre environnement et des conseils pour devenir chaque jour des citoyens un peu plus éco-responsables.

 

Pangolin

 

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Pourquoi « Pangolin » ?

« Nous avons choisi l’espèce emblématique du pangolin pour nommer notre projet car elle est synonyme d’unicité et de résilience. Le pangolin est en effet le seul mammifère au monde recouvert d’écailles, ce qui lui permet de survivre dans des environnements difficiles et de se protéger des prédateurs. Il s’agit également de l’animal le plus chassé illégalement sur la planète. Les huit espèces de pangolin sont aujourd’hui toutes inscrites sur la liste rouge des espèces menacées de l’IUCN » . Salomé, Laura, Elodie.

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L’homme, une espèce à part

LL’homme, une espèce à part

Film documentaire de Clément Morin et Franck Courchamp, 2019, 30 min

De l’infiniment grand à l’infiniment petit, Franck Courchamp observe l’humanité à la loupe et replace l’Homme dans un univers dont il n’a jamais été le centre. Il questionne notre rapport à la nature, notre impact sur les écosystèmes et nous invite à contempler l’univers de l’extérieur de notre nombril !

Projection suivie d’un entretien avec Franck Courchamp, écologue – directeur de recherche au CNRS
Animé par Anne-Cécile Bras, journaliste (RFI)

Plus d’informations sur le site du :

Musée des Confluences