Les grimpeurs professionnels, ces travailleurs créatifs

LLes grimpeurs professionnels, ces travailleurs créatifs

Pour gagner sa vie comme sportif aujourd’hui, être le meilleur ne suffit plus.

Il faut maîtriser un ensemble de compétences allant du travail de réputation et d’influence en ligne à l’entreprenariat. Ces savoir-faire assimilent de plus en plus le sportif à un travailleur multitâche de l’industrie créative.

C’est l’analyse développée par Guillaume Dumont, anthropologue au centre de recherche Organisations, Carrières et nouvelles Élites (OCE) de l’EM-Lyon, dans son livre Grimpeur professionnel. Le travail créateur sur le marché du sponsoring (éd. EHESS, 2018). Car le sponsor revendique une identité de marque que le grimpeur contribue à incarner dans ses pratiques quotidiennes. C’est le cas quand il choisit stratégiquement de participer ou non à certaines compétitions ou quand il communique sur des éléments auparavant considérés comme du domaine de la vie privée.

« Pour construire une audience valorisable par du sponsoring il faut se transformer en personne publique et publier beaucoup : le quotidien des sportifs intéresse autant que leur carrière« , note ainsi Guillaume Dumont. Ce qui l’amène à décrire la notion de performance comme plurielle et assimilable au travail multitâche des artistes : « Imaginer une voie, la réaliser, s’entourer d’un réseau de collaborateurs pour transformer cette réalisation sportive en une œuvre créative et médiatique, s´alignant notamment avec les attentes des sponsors. » D’où des tensions occasionnelles dans le monde des grimpeurs, certaines réussites étant perçues comme illégitimes, car reposant autant sur la gestion de l’image que sur le niveau sportif.

 

Cet article est extrait de l’enquête

LA MONTAGNE SAISIE PAR LE CULTE DE LA PERFORMANCE

issue du Pop’Sciences Mag n°5.