Périclès, architecte de la démocratie populaire athénienne

PPériclès, architecte de la démocratie populaire athénienne

Aujourd’hui, Jillian Akharraz, doctorant en histoire et archéologie grecque (Université Lumière Lyon 2 – HiSoMa) et médiateur au MuMo nous parle de l’avènement de la démocratie à la période classique, en évoquant un homme : le très célèbre Périclès.

Une dernière étape va permettre de parachever le système organisé par Clisthène. Pour faire participer à la vie politique toutes les catégories de citoyens, Ephialte un homme d’état et législateur Athénien, s’attaque aux prérogatives de l’organe contrôlé par les plus puissants: l’Aréopage. Ses pouvoirs ont considérablement augmenté durant les guerres médiques (490 – 479 av. J.-C.), l’Aréopage est alors désigné comme « gardien de la constitution ». La réforme d’Ephialte en -462 lui enlève ce privilège, privant les aristocrates de pouvoir et octroyant toute la puissance au peuple. Cette forme de démocratie est souvent nommée « démocratie radicale ». Le terme apparait chez ses détracteurs qui n’acceptent pas que la politique soit accaparée par la masse populaire des citoyens.

Le Musée des Moulages possède deux bustes représentant le magistrat Périclès en commandant de guerre avec la présence du casque traditionnel du stratège (commandant militaire) (inv. L 833 et L 835). Les réserves du MuMo abritent aussi deux autres bustes de stratèges reprenant le même modèle iconographique (inv. L 837 et L 838) : cela montre l’importance donnée à Périclès et aux institutions athéniennes lors de la constitution de cette collection universitaire, à la fin du XIXe siècle.

©Université Lumière Lyon 2

Périclès est également un très grand politicien et domine le monde politique d’Athènes pendant près de 30 ans. Cette longévité unique le fera soupçonner d’aspirer à la tyrannie. Il répond à ces accusations par un serment solennel affirmant qu’il est le contraire d’un tyran.

Il nait dans une famille dont l’engagement politique ancien dicte ses choix démocratiques. Sa mère Agaristé est la petite fille de Clisthène, le grand réformateur qui a délivré Athènes de la tyrannie de Pisistrate et ses fils.

Il met fin à une injustice qui touche les catégories les plus pauvres de la population, qui comptant leurs drachmes, ne peuvent laisser leurs travaux pour se rendre aux assemblées. Ils sont donc de fait exclus des hautes magistratures, faute de pouvoir s’autoriser à manquer un jour de salaire. Périclès instaure le mysthos, l’équivalent d’une compensation financière journalière (le prix d’une journée de travail) pour les citoyens les plus pauvres qui occupent une magistrature. Elle permet aux citoyens peu aisés de pouvoir prétendre à l’élection d’une charge, que ce soit pour un jour ou pour un an.

Il ouvre aussi l’archontat aux classes les plus pauvres. Ces modestes archontes rentrent à l’Aréopage après leur mandat. Le prestige de ce dernier continue son lent déclin et il cesse de contrebalancer le pouvoir des stratèges.

Cependant il soustrait certaines charges et magistratures au hasard du tirage au sort, démocratique mais dangereux. Certains secteurs comme l’armée, la flotte, les architectes, les trésoriers, doivent bénéficier d’hommes compétents. Il ouvre par tirage au sort l’accès à des charges importantes: commissariat de la police, contrôleur des marchés, du pain, de la prostitution, chargé de l’affermage des mines publiques et des impôts etc. Paradoxalement il restreint les conditions d’obtention de la citoyenneté: il faut être né de deux parents citoyens et non plus d’un seul (avant seule la condition civique du père était examinée). On assiste ainsi à un repli de la démocratie, contraignant davantage ses conditions d’accès.

Jillian Akharraz, doctorant en histoire et archéologie grecque (Univ. Lumière Lyon 2 – Hisoma UMR 5189) et médiateur au MuMo.

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L’Agora: espace de concentration des pouvoirs d’Athènes

LL’Agora: espace de concentration des pouvoirs d’Athènes

Jillian Akharraz, doctorant en histoire et archéologie grecque (Université Lumière Lyon 2/ HiSoMa) et médiateur au Musée des Moulages, nous en apprend un peu plus sur les institutions athéniennes. Quelles sont les fonctions tirées au sort ? Pour le savoir, il faut comprendre le fonctionnement des institutions de la Grèce du Ve siècle. Nous allons vous les présenter en les distinguant par pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire.

Le MuMo ne conserve pas une représentation complète de l’Athènes du Ve s. av. J.-C, mais nous conservons néanmoins une maquette de l’Acropole, réalisée au XIXe siècle (inv. L953). Le pouvoir, qu’il soit législatif, exécutif ou judiciaire est exercé en différents endroits autour de cette Acropole.

Deux institutions représentent le pouvoir législatif : l’Assemblée du peuple et la Boulè. Les réunions de l’Assemblée du peuple (ou ecclésia) se tiennent sur la colline de la Pnyx. Cette assemblée réunissant au moins 6000 hommes libres de vingt ans et plus est souveraine. Elle débat de tout, décide de tout, notamment de la guerre ou de la paix et intervient sur toutes les affaires intérieures de la cité. Pour prendre la parole il faut s’inscrire et le temps est limité. On ne peut interrompre ni agresser le citoyen orateur sous peine de mort. Après discussion d’une loi, le vote s’opère à main levée ou par bulletin secret pour les mesures graves.

©Alexis Grattier / Univ. Lumière Lyon 2

La Boulè (ou Conseil des Cinq Cents) est constituée de membres appelés bouleutes. Ils conseillent l’Assemblée du peuple, préparent les lois et contrôlent les magistrats. Ils se réunissent dans le bouleutérion situé sur l’Agora, une salle de délibération en forme d’hémicycle. La Boulè compte 500 membres (50 par tribu) qui sont tirés au sort par le peuple pour une durée d’un an.

Le pouvoir exécutif est représenté par deux corps de magistrats : les archontes et les stratèges. Il y a 10 archontes tirés au sort parmi les deux premières classes censitaires, pour un an. Leurs prérogatives sont larges : application des lois, gestion des affaires religieuses, des fêtes et des affaires de droit familial. Leur bureau borde le côté nord de l’Agora. Les stratèges sont aussi 10, élus pour un an. Ils exercent le pouvoir exécutif et commandent l’armée. Ils peuvent être réélus plusieurs fois : Périclès, par exemple, a été élu 15 fois.

Enfin, deux institutions représentent le pouvoir judiciaire : le tribunal de l’Héliée et l’Aéropage. Le tribunal de l’Héliée compte 6000 membres nommés héliastes, qui jugent les affaires civiles et criminelles. Ils sont tirés au sort par le peuple pour un an. C’est le plus grand tribunal de la cité, il se trouve également sur l’Agora (son nom, en référence à Hélios, est peut-être dû au fait que le bâtiment était très exposé au soleil). L’Aéropage est un tribunal qui juge les affaires d’homicides. Il est constitué par les anciens archontes, sortis de leur charge.

©Alexis Grattier / Univ. Lumière Lyon 2

La tribu est la clé de répartition des fonctions et des charges. Tous les ans, elle désigne par tirage au sort les 50 bouleutes qui vont représenter la tribu au sein du conseil de la Boulè. Elle fournit aussi 1000 hoplites (fantassins), 100 cavaliers, 1 archonte, 1 stratège etc.

Cette nouvelle conception de la participation aux affaires de la cité s’appelle l’isonomie. Nous traduisons généralement ce terme par « égalité devant la loi ». Il s’agit de l’égalité de droits politiques des citoyens, d’une distribution égale des pouvoirs entre eux. Elle implique de facto un droit de participation. Le pouvoir de décision est ainsi transféré au plus grand nombre. Les structures qui rendent possible la démocratie sont désormais en place, le démos (peuple) détient le kratos (pouvoir).

On aboutit à une démocratie directe à laquelle tous les citoyens majeurs peuvent participer. A partir des réformes de Clisthène, la nouvelle Boulè est dotée de pouvoirs qui visent à doubler ceux de l’Aréopage (constitué surtout d’aristocrates), afin de diminuer son influence. L’exercice de contrôle et d’évaluation de l’exécutif est également un facteur important du système démocratique : un examen de moralité avant l’entrée en charge et une reddition de comptes devant un collège spécial en sortie de charge sont exigés.

Jillian Akharraz, doctorant en histoire et archéologie grecque (Univ. Lumière Lyon 2 – Hisoma UMR 5189) et médiateur au MuMo.

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L’organisation de la démocratie athénienne | Collections & Patrimoine

LL’organisation de la démocratie athénienne | Collections & Patrimoine

A travers cet article, nous allons nous intéresser à une stèle dont le moulage est conservé au MuMo (inv. 521) : la Stèle dite de Dexiélos. Cette stèle porte une inscription très intéressante. Voici sa traduction : « Dexiléos, fils de Lysanias, de Thorikos, naquit sous l’archonte Tisandre, mourut sous Eubolide à Corinthe (il fut) des cinq cavaliers ». Cette épitaphe nous intéresse à deux égards: la question de la composition des tribus et celle des magistratures.

Thorikos est ici le nom d’un des dèmes qui composent le territoire de l’Attique (région d’Athènes). Le dème est une division territoriale et administrative qui correspondrait pour nous à une municipalité. Les futurs citoyens à leur naissance sont inscrits sur la liste du dème auquel ils appartiennent de façon héréditaire. Ce dème fait partie de l’identité du citoyen.

Ici c’est le statut de la personne qui est mis en avant. Dexiléos est citoyen d’Athènes : il fait partie du corps civique et peut prendre part au gouvernement de sa cité, gérée de manière collégiale entre tous les citoyens. Il s’agit d’un motif de fierté pour ces personnes. La stèle de Dexiléos est une stèle funéraire particulière car à Athènes il y a un espace commun pour ceux qui sont morts à la guerre: le Démosion Sèma. Ce terme, que l’on peut traduire par « cimetière du peuple », est représentatif de l’esprit civique et égalitaire de la cité. Les soldats sont tous enterrés dans cet endroit et un monument porte leurs noms listés par tribu. La stèle de Dexiléos ne montre pas que la démocratie est malade et que sa volonté d’égalité est mise à mal à la fin du IVe siècle av. J.-C.

En effet Athènes, après un coup d’état à la fin de la guerre du Péloponnèse (qui l’oppose à Sparte de 431 à 404 av. J.-C.), est dirigée par des oligarques que l’on a appelés : les 30 tyrans. La Stèle de Déxiléos mentionne aussi « Naquit sous l’archonte Tisandre ». La magistrature de l’archontat est ancienne : elle date du VIIIe siècle av. J.-C., mais elle devient annuelle et n’est plus confiée à vie à partir du VIIe siècle av. J.-C.

Les archontes (« Ceux qui ont une archè », un pouvoir), élus au nombre de neuf, président à toutes les affaires, administratives, religieuses ou judiciaires – six d’entre eux sont chargés de la promulgation et de l’exécution des lois. L’archonte dit « éponyme » est le premier des archontes, il donne son nom à l’année de son mandat. Les dates sont mentionnées par ce moyen, c’est ce que l’on trouve sur la Stèle de Déxiléos : il est né l’année où l’archonte Tisandre était au pouvoir.

A leur sortie de charge, ces magistrats deviennent membre de l’Aréopage, qui siège sur la colline d’Arès. Il est constitué de dix anciens archontes : un par tribu. C’est un conseil qui contrôle l’action des archontes pendant leur mandat, prépare les votes de l’assemblée et exerce une justice criminelle. L’assemblée (l’ecclésia) du peuple n’a qu’un rôle restreint mais va progressivement se doter d’organes du pouvoir.

Vous souhaitez en savoir encore un peu plus sur le tirage au sort et les espaces civiques à Athènes ? Rendez-vous ici pour une interview de Liliane Lopez qui évoque plus spécifiquement ces thématiques: https://popsciences.universite-lyon.fr/ressources/le-tirage-au-sort-dans-lathenes-classique/

Jillian Akharraz, doctorant en histoire et archéologie grecque (Univ. Lumière Lyon 2 – Hisoma UMR 5189) et médiateur au MuMo.

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Le couple des Tyrannoctones au centre de l’acte fondateur de la démocratie athénienne | Collections & Patrimoine

LLe couple des Tyrannoctones au centre de l’acte fondateur de la démocratie athénienne | Collections & Patrimoine

Au cours de cet article, nous parlerons tyrannie, car paradoxalement c’est de la tyrannie qu’est issue la démocratie athénienne. Pour l’aborder, nous regarderons de plus près deux moulages conservés au MuMo : Harmodios et Aristogiton.

Dans la Grèce antique, la tyrannie n’a pas du tout le sens qu’on lui donne aujourd’hui. Le terme de tyran renvoie à un homme qui s’est emparé du pouvoir. Dans cette démarche, il reçoit souvent l’aide des classes populaires las du règne politique et économique des grandes familles aristocratiques. Il peut être issu d’une famille exilée, ou d’importance secondaire, mais il est souvent lui-même membre de ces grandes familles.

Le tyran maintient les lois et les institutions, mais place son action au-dessus d’elles. C’est ainsi que procède le tyran Pisistrate, lorsqu’il prend le pouvoir à Athènes en 561 av. J.-C. Il est le chef du parti populaire. Il respecte les lois en vigueur, s’attire les faveurs du peuple des campagnes par des avances d’argent, et de celui de la ville par le développement du commerce. Puis ses fils, Hippias et Hipparque, lui succèdent. On parle alors de la famille ou de la dynastie des Pisistratides. A la mort de Pisistrate en 527 av. J.-C., son fils et successeur Hippias tente une vaine réconciliation avec les familles nobles exilées sous le règne de son père. Il rappelle alors la famille des Alcméonides et Clisthène est élu premier archonte (magistrat) d’Athènes en 524 av. J.-C. Mais la paix ne dure pas. Hipparque est assassiné par les « tyrannoctones », c’est-à-dire « Les meurtriers des tyrans ». Le MuMo expose justement un groupe statuaire qui représente les « tyrannoctones », Harmodios et Aristogiton (inv.L342 et L343). ©C.Mouchot et A.Grattier/Univ. Lumière Lyon 2. Les originaux sont des statues en bronze, œuvres d’Anténor, érigées sur l’agora d’Athènes au début du Ves. av.J.-C.

© C. Mouchot – Université Lumière Lyon 2

Harmodios est alors tué par les gardes d’Hipparque et Aristogiton est arrêté plus tard, torturé puis exécuté. Acte fondateur de la démocratie, il ne marque pas cependant tout de suite la fin de la tyrannie. Profondément marqué par ce tyrannicide, Hippias instaure une répression sanglante dès 512 av. J.-C. tandis que les Alcméonides tentent de reprendre le pouvoir. Sur recommandation de la Pythie de Delphes, ces derniers demandent alors l’appui de Sparte et de son roi Cléomène qui réussit à chasser le tyran en 510 av. J.-C.

Ce premier groupe en bronze représentant Harmodios et Aristogiton est emporté par le roi perse Xerxès Ier lors de la seconde guerre Médique (-480). Il est remplacé par un autre groupe en 476 av. J.-C. Celui du MuMo est le moulage d’une copie romaine du second groupe, retrouvée dans la villa d’Hadrien à Tivoli (Italie) et conservée à Naples, au musée archéologique national. Nous connaissons les grandes sculptures classiques grecques grâce à la passion des romains pour la copie en marbre, qui ne peut être fondue et revendue comme le bronze. Les deux statues ont été réunies dans les années 1970.

© C. Mouchot – Université Lumière Lyon 2

Aristogiton cache l’action d’Harmodios à droite avec l’étoffe pendant que ce dernier porte le coup fatal au tyran. La tension de l’action est renforcée par le fait que le spectateur qui regarde ces statues de face se retrouve à la place de la victime. Leur figure devient un puissant symbole pour le régime démocratique ; après le sac d’Athènes durant les guerres médiques, ce sont les premières statues que l’on refait et que l’on replace dans l’espace public. Athènes ne veut plus du « pouvoir d’un seul » qui mène à des révoltes entre factions. Elle veut un régime d’avantage démocratique pour contrer l’influence des puissants.

Après la fuite du dernier Pisistratide, elle retrouve le bon fonctionnement de ses anciennes magistratures mais un processus de démocratisation du pouvoir s’accélère, qui devient progressivement plus égalitaire. La première réforme qui jette les bases de l’isonomie (égalité devant les lois) est due à Solon (640-558 av. J.-C.), mais c’est l’action réformatrice de Clisthène (vers 565 – vers 500 av. J.-C.) qui va profondément remanier le système politique athénien.

Pour en apprendre davantage sur les actions de Solon et la réforme de Clisthène, rendez-vous ici: https://popsciences.universite-lyon.fr/ressources/democratie-et-bande-dessineecollectionspatrimoine/

 

Jillian Akharraz, doctorant en histoire et archéologie grecque (Univ. Lumière Lyon 2 – Hisoma UMR 5189) et médiateur au MuMo.

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Le tirage au sort dans l’Athènes classique | Collections & Patrimoine

LLe tirage au sort dans l’Athènes classique | Collections & Patrimoine

Dans le cadre de la conférence « Le tirage au sort au service de la démocratie«  qui s’est tenue le 5 février 2020 au Musée des Moulages, Liliane Lopez (archéologue et chercheure associée à l’IRAA/MOM) s’est prêtée à une interview au cours de laquelle elle revient sur ses travaux de recherche portant sur la reconstitution d’un klèrôtèrion, machine à tirer au sort sous la démocratie athénienne antique (VIe siècle avant J.-C.). Cette reconstitution est aussi bien un outil pédagogique à destination des étudiant.es et des élèves du secondaire, qu’un outil de recherche pour comprendre le fonctionnement politique de cette cité grecque.

Cette conférence s’est tenue à l’occasion de l’arrivée au MuMo (87 cours Gambetta, Lyon 3ème arrondissement) de la reconstitution d’un klèrôtèrion, accessible au grand public aux horaires d’ouverture du Musée.

Réalisation du support audiovisuel : Jérémy Frenette (SLA– DACDS), Alexis Grattier (COM), et Stéphane Marquet (SLA– DACDS).
Contribution au projet : Sarah Betite (MuMo – DACDS), Michèle Busnel (COM), Pascal Cornet (DACDS), Irini Djeran-Maigre (Association Defkalion), Marie Lauricella (DACDS) et Hélène Wurmser (IRAA).

La Koré de Samos : témoignage de l’esthétique archaïque | Collections & Patrimoine

LLa Koré de Samos : témoignage de l’esthétique archaïque | Collections & Patrimoine

#Histoiredunmoulage

Nous allons ici nous intéresser au moulage d’une des plus vieilles dames conservées au Musée des Moulages de l’Université Lumière Lyon 2, la célèbre Koré de Samos*.

Koré de Samos

Koré de Samos – Musée du Louvres (©creative commons)

La Koré de Samos est une ronde bosse (une statue dont on peut faire le tour) qui a été sculptée vers 560 av. J.-C. dans un marbre à gros cristaux, anciennement peint. Elle est particulièrement grande : 1,92 m., surtout si on considère qu’il lui manque la tête. Elle est conservée à Paris, au musée du Louvre (inv. Ma 686). Nous conservons un moulage de cette œuvre réalisée par les ateliers de moulages du Louvre vers 1895, de mêmes dimensions que l’original. Il se trouve au Musée des Moulages de l’Université Lyon 2, dans la section consacrée au corps féminin (inv. L132).

La statue a été retrouvée sans tête à Samos, à l’emplacement du sanctuaire d’Héra*, raison pour laquelle on l’identifie souvent comme l’Héra de Samos, sans que l’on puisse affirmer pourtant qu’il s’agit de la déesse. C’est un habitant de l’île qui la découvre en 1875. Elle entre par achat au musée du Louvre en 1881.

La femme se tient debout, dans une attitude frontale. Le mot koré signifie « jeune fille » en grec, il s’agit d’un terme que l’on emploie pour désigner des statues féminines de l’époque archaïque* lorsqu’on a des doutes sur leur rôle ou identité. On les retrouve la plupart du temps dans des sanctuaires dédiés à des divinités féminines, tandis qu’on trouve souvent des kouroï, jeunes hommes figurés nus, près de lieux dédiés à des dieux masculins. Le corps de la koré évoque une colonne, qui conjuguée à sa grande taille dégage une impression de monumentalité. Cet aspect cylindrique est toutefois nuancé par un assouplissement dans le modelé de la poitrine ou encore des reins. Un de ses bras est pressé contre son corps, l’autre ramené vers la poitrine est brisé mais devait tenir une grenade ou les clefs du temple de Héra.

Mais ce qui a beaucoup retenu l’attention, c’est son costume. Son chiton* est serré à la taille par une ceinture avant de tomber en des plis très fins, jusqu’au sol. L’himation*, plus épais, tombe le long du bras droit et couvre transversalement le buste. Un voile dont on aperçoit un pli dans le dos devait venir couvrir la tête de cette statue. Les étoffes tombent en corolle autour des pieds nus.Une dédicace orne le revers de son vêtement : « Chéramyes m’a consacrée à Héra en offrande ». Chéramyes était un riche samien, qui a fait à Héra une offrande de choix car il ne lui a pas dédié uniquement cette koré mais aussi deux autres découvertes au même endroit et conservées à Berlin et à Vathy.

Il s’agit d’une des plus anciennes korés connues. Cette formule est amplement réutilisée au fil des époques, et la section consacrée au corps féminin au MuMo donne un bon aperçu de l’évolution stylistique de ce type de statuaire.

Cachet de l’atelier des moulage du Louvre
©Claude Mouchot

Notre moulage a été réalisé aux ateliers de moulages du Louvre : on trouve le cachet de cet atelier à l’arrière du socle, sur lequel est inscrit « musées nationaux – moulages ». Il aurait été réalisé vers 1895, car une facture de Gerfaud et fils, l’emballeur des ateliers du Louvre portant cette date évoque l’emballage de la koré en vue de son transport à Lyon. Ce document est conservé par le pôle Archives de l’Université Lumière Lyon 2 ; la koré y est évoquée comme « La statue de la femme sans tête trouvée à Samos ». L’atelier de moulages du Louvre est alors dirigé par Eugène Arrondelle, qui y exerce de 1886 à 1907 ; ce qui correspond à la période de constitution de la collection de moulages antiques de l’Université de Lyon.

Vous pourrez venir contempler de plus près cette koré dès la réouverture du musée, que nous espérons la plus rapide possible !

Glossaire

*Samos : Il s’agit d’une île grecque qui se trouve dans la mer Egée, près de l’actuelle côte grecque. La plus grande ville de l’île se nomme Vathy.

*Héra : dans la mythologie grecque, Héra, épouse de Zeus, est la déesse de la vie, de la famille et du mariage. La plupart des épisodes mythologiques qui lui sont consacrés la mettent en scène se vengeant de son mari volage et des maîtresses de ce dernier. Son culte est très populaire, particulièrement à Samos, où elle serait née selon des légendes locales.

*Epoque archaïque : elle s’étend entre 600 av. J.-C. et 480 av. J.-C. C’est la grande époque de constitution des cités grecques, des armées (dont le symbole est l’hoplite), des réseaux commerciaux et de la colonisation.

*Chiton : il s’agit d’un vêtement de dessous porté sous la Grève antique (une chemise ou une tunique).

*Himation : c’est une sorte d’étole ou de châle qui se drape par dessus les vêtements.

Lina Roy – Musée des Moulages, Université Lumière Lyon 2

Musée des moulages

Collections animales, zoos et exhibitions d’animaux dans l’Antiquité : Assyrie, Grèce et monde romain

CCollections animales, zoos et exhibitions d’animaux dans l’Antiquité : Assyrie, Grèce et monde romain

Les Grecs, notamment à l’époque hellénistique, et les Romains, surtout à partir du IIe siècle avant notre ère, ont importé des spécimens d’espèces lointaines et exotiques, tels le rhinocéros ou la girafe, à titre de curiosités. De telles importations d’animaux sauvages doivent être replacées dans une histoire de la longue durée des relations diplomatiques et économiques, notamment tributaires, entre centres et périphéries.

L’importation d’animaux lointains est une pratique attestée très tôt en Egypte et dans l’Orient ancien; au premier millénaire avant notre ère, des animaux exotiques ont ainsi été acheminés jusqu’au cœur de l’empire néo-assyrien, puis de l’empire achéménide, avant de l’être dans certains endroits du monde grec, puis romain.

Quels étaient les animaux concernés, d’où venaient-ils ? Pourquoi mettait-on autant d’énergie à les faire venir ? Peut-on parler à leur propos de véritables collections ? Existait-il quelque chose d’analogue à nos modernes parcs zoologiques ? Dans quels types de mises en scène utilisait-on ces animaux ? Pourquoi les faisait-on défiler dans de somptueuses processions, ou combattre dans l’arène au cours de sanglantes chasses-spectacles ?

Telles sont quelques-unes des questions auxquelles nous tenterons de répondre.

 

Intervenant : Jean Trinquier, maître de conférences en littérature latine à l’ENS-Paris, laboratoire AOrOc

Dans le cadre du cycle Jean Pouilloux organisé par la MOM

 

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Maison de l’Orient et de la Méditerranée