Suite aux mesures sanitaires prises concernant l'épidémie de Covid-19, les évènements en présentiel sont annulés jusqu'à nouvel ordre. Pop'Sciences reste mobilisé pour vous informer sur l'actualité scientifique et proposer des rendez-vous en distanciel.

L’organisation de la démocratie athénienne | Collections & Patrimoine

LL’organisation de la démocratie athénienne | Collections & Patrimoine

A travers cet article, nous allons nous intéresser à une stèle dont le moulage est conservé au MuMo (inv. 521) : la Stèle dite de Dexiélos. Cette stèle porte une inscription très intéressante. Voici sa traduction : « Dexiléos, fils de Lysanias, de Thorikos, naquit sous l’archonte Tisandre, mourut sous Eubolide à Corinthe (il fut) des cinq cavaliers ». Cette épitaphe nous intéresse à deux égards: la question de la composition des tribus et celle des magistratures.

Thorikos est ici le nom d’un des dèmes qui composent le territoire de l’Attique (région d’Athènes). Le dème est une division territoriale et administrative qui correspondrait pour nous à une municipalité. Les futurs citoyens à leur naissance sont inscrits sur la liste du dème auquel ils appartiennent de façon héréditaire. Ce dème fait partie de l’identité du citoyen.

Ici c’est le statut de la personne qui est mis en avant. Dexiléos est citoyen d’Athènes : il fait partie du corps civique et peut prendre part au gouvernement de sa cité, gérée de manière collégiale entre tous les citoyens. Il s’agit d’un motif de fierté pour ces personnes. La stèle de Dexiléos est une stèle funéraire particulière car à Athènes il y a un espace commun pour ceux qui sont morts à la guerre: le Démosion Sèma. Ce terme, que l’on peut traduire par « cimetière du peuple », est représentatif de l’esprit civique et égalitaire de la cité. Les soldats sont tous enterrés dans cet endroit et un monument porte leurs noms listés par tribu. La stèle de Dexiléos ne montre pas que la démocratie est malade et que sa volonté d’égalité est mise à mal à la fin du IVe siècle av. J.-C.

En effet Athènes, après un coup d’état à la fin de la guerre du Péloponnèse (qui l’oppose à Sparte de 431 à 404 av. J.-C.), est dirigée par des oligarques que l’on a appelés : les 30 tyrans. La Stèle de Déxiléos mentionne aussi « Naquit sous l’archonte Tisandre ». La magistrature de l’archontat est ancienne : elle date du VIIIe siècle av. J.-C., mais elle devient annuelle et n’est plus confiée à vie à partir du VIIe siècle av. J.-C.

Les archontes (« Ceux qui ont une archè », un pouvoir), élus au nombre de neuf, président à toutes les affaires, administratives, religieuses ou judiciaires – six d’entre eux sont chargés de la promulgation et de l’exécution des lois. L’archonte dit « éponyme » est le premier des archontes, il donne son nom à l’année de son mandat. Les dates sont mentionnées par ce moyen, c’est ce que l’on trouve sur la Stèle de Déxiléos : il est né l’année où l’archonte Tisandre était au pouvoir.

A leur sortie de charge, ces magistrats deviennent membre de l’Aréopage, qui siège sur la colline d’Arès. Il est constitué de dix anciens archontes : un par tribu. C’est un conseil qui contrôle l’action des archontes pendant leur mandat, prépare les votes de l’assemblée et exerce une justice criminelle. L’assemblée (l’ecclésia) du peuple n’a qu’un rôle restreint mais va progressivement se doter d’organes du pouvoir.

Vous souhaitez en savoir encore un peu plus sur le tirage au sort et les espaces civiques à Athènes ? Rendez-vous ici pour une interview de Liliane Lopez qui évoque plus spécifiquement ces thématiques: https://popsciences.universite-lyon.fr/ressources/le-tirage-au-sort-dans-lathenes-classique/

Jillian Akharraz, doctorant en histoire et archéologie grecque (Univ. Lumière Lyon 2 – Hisoma UMR 5189) et médiateur au MuMo.

En savoir plus :

MuMo

Les lutteurs impassibles | Collections & Patrimoine

LLes lutteurs impassibles | Collections & Patrimoine

Vous vous disputez avec vos co-confinés ? On espère que vous n’en arriverez pas au même point que ces deux-là : aujourd’hui on vous présente les Lutteurs Medicis.

Les Lutteurs sont une œuvre en marbre réalisée au Ier siècle av. J.-C., et conservée à Florence, à la Galerie des Offices (inv. 1914 n.216).

Deux hommes nus ont été précipités au sol. Ils sont en pleine action, le premier maintenant le second au sol grâce à la tenaille formée par ses jambes. L’homme du dessus semble faire une clef de bras à celui du dessous. Ils échangent un regard, mais leurs expressions semblent impassibles. La tension des muscles, bandés juste après la chute montre à quel point l’artiste a su saisir, capter un instant du combat, comme suspendu depuis une vingtaine de siècles.

Si le groupe semble être une copie d’après un bronze réalisé au IIIe siècle av. J.-C. par un artiste de l’école de Lysippe*, les têtes n’appartiennent pas à l’original. Celle de l’homme du dessus est moderne, et celle de l’homme du dessous est antique mais provient d’une autre œuvre. Cela expliquerait en partie le peu d’expressivité des visages.

© C. Mouchot – Université Lumière Lyon 2

La lutte est un des sports grecs par excellence. Les lutteurs, dont le corps est préalablement enduit d’huile et de poussière pour rendre les prises plus difficiles, ont pour but de faire tomber leur adversaire trois fois au sol. C’est ainsi qu’ils obtiennent la victoire. La lutte intègre les épreuves des Jeux olympiques en 708 av. J.-C. et il s’agit aussi de l’une des cinq épreuves qui constituent le pentathlon (avec la course, le saut, le disque et le javelot).

Ce groupe a été retrouvé vers 1583 près de Saint-Jean de Latran à Rome, non loin d’un groupe représentant les Niobides* dont nous vous parlions récemment [« Gloire et déboires de Niobé et sa fille »]. Il est même possible qu’il fasse partie de cet ensemble, car certains textes précisent que les plus jeunes fils de Niobé sont transpercés par les flèches d’Apollon alors qu’ils s’exerçaient à la lutte.

Les Lutteurs sont achetés l’année même de leur découverte par le cardinal Ferdinand de Médicis (1549-1609), et ils sont envoyés à Florence en 1677.

Dans les années 1800, pour les protéger de l’ambition napoléonienne qui a tendance à rapporter beaucoup d’œuvres italiennes en France, Les Lutteurs sont cachés pour les protéger. Ils sont réexposés en 1803.

Le tirage* conservé au MuMo a été réalisé en 1896 : une commande de l’emballeur Gerfaud, conservée au Pôle archives de l’Université Lumière Lyon 2 nous l’apprend.

Néanmoins, l’œuvre ne porte pas d’estampille, ce qui devrait être le cas pour un moulage réalisé à cette date par les ateliers de moulage des musées nationaux. Peut-être ce moulage vient-il des ateliers de l’Ecole nationale des Beaux-arts, pour laquelle Gerfaud est aussi l’emballeur officiel.

Vous pouvez de nos jours admirer ce moulage au MuMo, dans la section dédiée au corps masculin… On espère vous y voir très vite !

 

Glossaire

*Tirage : Ce terme désigne le résultat du processus de prise d’empreinte sur une œuvre et de reproduction de celle-ci. Le tirage est donc la copie résultant de l’opération de moulage.

*Lysippe : Bronzier qui travaille entre 370 et 310 av. J.-C., il est très réputé et dit avoir deux maîtres : Polyclète (un sculpteur de l’époque du Haut classicisme vers 450 av. J.-C. – 430 av.J.-C.) et la nature. Il est connu pour avoir remis en cause le canon physique des statues masculines de Polyclète en les allongeant. Il est aussi le portraitiste officiel d’Alexandre le Grand.

*Niobides : Les Niobides, dans la mythologie grecque, sont les quatorze enfants de Niobé. Celle-ci a le malheur de se vanter de son abondante progéniture auprès de Léto, la mère d’Apollon et Artémis, qui en prend ombrage. Pour venger leur mère, les jumeaux poursuivent les enfants de Niobé, qu’ils tuent tous à l’aide de leurs arcs et flèches.

 

Lina Roy – Musée des moulages, Université Lumière Lyon 2

Musée des moulages

 

Les multiples déclinaisons du Torse du Belvédère | Collections & Patrimoine

LLes multiples déclinaisons du Torse du Belvédère | Collections & Patrimoine

Aujourd’hui, on vous fait découvrir une œuvre très célèbre… Sans tête, ni bras, ni jambes ! Il s’agit du Torse du Belvédère.

Le Torse du Belvédère est une œuvre en marbre sculptée par Apollonios, au 1er siècle av. J.-C., aujourd’hui conservée en Italie, au Vatican (inv. 1192).

Le MuMo en conserve un moulage réalisé vers 1893 par Michele Gherardi, un mouleur romain qui a réalisé de nombreux moulages de notre collection. On le trouve dans la section consacrée au corps masculin (inv. L764).

Il s’agit d’une œuvre frappante : un corps sans tête, sans bras, dont les jambes s’arrêtent au niveau des genoux. Le torse est nu, en position assise et penchée en une torsion vers l’avant. Les muscles, compressés par le mouvement du buste, sont représentés de façon assez naturaliste. Le sculpteur a saisi le corps dans une attitude inhabituelle. Sous les jambes, une phrase est inscrite, nous donnant l’identité de l’artiste : « Apollonios, fils de Nestor », personnage complètement inconnu par ailleurs.

© C. Mouchot – Université Lumière Lyon 2

On ne sait pas dans quelles circonstances cette œuvre antique a été retrouvée, mais il semblerait qu’elle se trouve dans la collection du cardinal Colonna* vers 1435, puis qu’elle soit passée au sculpteur Andrea Bregno* vers 1500. Celui-ci meurt en 1506, et on retrouve alors le Torse dans la cour des statues du Belvédère. En 1770, à la création du musée Pio-Clementino (Vatican), l’un des premiers musées modernes, le Torse est exposé dans le vestibule rond, lieu dédié aux œuvres les plus prestigieuses.

En 1797, le Traité de Tolentino, qui instaure la paix entre le France, l’Italie et le Vatican, stipule que le Torse doit être cédé aux Français : il fait une entrée triomphale à Paris en juillet 1798. Il est exposé au sein du Palais du Louvre en 1801… Avant d’en être retiré en 1815, et restitué au Vatican, où on le trouve encore aujourd’hui, salle des Muses.

L’identification du Torse a fait couler beaucoup d’encre. On l’a d’abord pris pour un Héraclès représenté filant à l’aide d’une quenouille ou au repos après avoir réalisé ses travaux, car il porte une peau de bête.

Les spécialistes s’accordent aujourd’hui à dire qu’il s’agit en réalité d’Ajax*, méditant son suicide. Lors de la Guerre de Troie*, Ajax et Ulysse* se disputent les armes d’Achille*, mort au combat. Ulysse gagne le droit de remporter ces armes, ce qui rend Ajax fou : il parcourt le campement des Grecs, et croyant tuer Ulysse et rétablir la justice, il décime en réalité un troupeau de moutons. Rayé par tous, il se pourfend lui-même de son épée.

Cette œuvre est très admirée par Michel-Ange*, et reprise par Vésale*, qui la représente en écorché en 1453 dans ce qui est l’un des premiers traités de médecine moderne : De humani corporis fabrica.

©Association française d’Urologie

On en fait de nombreuses reproductions dès le XVIIIe siècle : on en trouve un moulage à l’Académie de France à Rome, à la Royal Academy de Londres.

Notre moulage a été réalisé par Gherardi, mouleur à Rome, qui mentionne dans une de ses factures adressées au musée des Moulages « torse Vatic. Salle des Muses ». Ce document est conservé au Pôle Archives de l’Université Lumière Lyon 2.

Vous pourrez aller juger à quel point Vésale ou Michel-Ange se sont inspirés de cette œuvre dans leur travail dès la réouverture du musée : vous le trouverez dans la halle d’exposition du MuMo, dans la section consacrée au corps masculin.

 

 

Glossaire

*Cardinal Colonna : Prospero Colonna (1410-1463) est un cardinal italien, issu de la prestigieuse famille Colonna qui a fourni pas moins de 16 cardinaux à l’Église, du XIIIe au XVIIIe siècle.

*Andrea Bregno : Andrea Bregno (1418-1506) est un architecte et sculpteur italien qui travaille à Rome dans la seconde moitié du XVe siècle. Il y réalise de nombreuses sépultures de cardinaux. L’un de ses derniers chantiers l’amène à côtoyer le jeune Michel-Ange.

*Cour du Belvédère : Cette cour très célèbre du Vatican a été créée par l’architecte Bramante vers 1508. Cette cour permet de rejoindre le Palais du Vatican et le Palais du Belvédère par une succession de terrasses. Cette cour était l’écrin des sculptures antiques les plus prestigieuses de la collection pontificale.

*Ajax : Il s’agit de l’un des nombreux héros de la Guerre de Troie. Très célèbre pour ses combats contre Hector et Ulysse, l’île de Salamine lui rendait un culte particulier.

*Achille : il s’agit d’un héros, fils de Thétis et Pélée. Sa mère le plonge dans le fleuve des Enfers alors qu’il est enfant, et il devient ainsi invulnérable, sauf au niveau du talon car c’est par là que Thétis le retenait en l’immergeant dans le fleuve. Durant la Guerre de Troie, il trouve la mort, touché au talon par une flèche de Pâris.

*Guerre de Troie : Il s’agit d’un épisode mythologique très célèbre, qui voit s’opposer au cours de grandes batailles les Grecs et les Achéens. La guerre est déclenchée par l’enlèvement d’Hélène par Pâris, qui en est tombé éperdument amoureux. Mais Hélène est mariée à Ménélas, qui assiège Troie dans l’espoir de récupérer sa femme. Cela donne lieu à de nombreux affrontements entre les hommes mais aussi entre les dieux.

*Ulysse : il s’agit d’un héro grec. Il est l’un des protagonistes de l’Iliade et surtout le personnage principal de l’Odyssée, les deux grands récits fondateurs de la mythologie grecque. Roi d’Ithaque, Ulysse est célèbre pour son intelligence qui lui permet de se sortir des nombreuses embuches qui se trouvent sur le chemin qu’il emprunte au retour de la Guerre de Troie.

*Michel-Ange : De son nom complet Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni (1475-1564) est l’un des artistes les plus célèbres du XVIe siècle en Italie : sculpteur, dessinateur, architecte, peintre, il a laissé des œuvres de premier plan dans tous ces domaines (citons la peinture de la voûte de la Chapelle Sixtine, la conception du dôme de Saint-Pierre de Rome ou encore le Moïse, sculpture intégrée au tombeau du Pape Jules II).

*Vésale : André Vésale (1514-1564) est un médecin passionné d’anatomie. Il devient le médecin personnel de Charles Quint puis de Philippe II de Habsbourg, ce qui l’amène à beaucoup voyager. Il est l’auteur d’un précis d’anatomie qui s’attache à représenter les organes humains et à corriger les erreurs qu’il constate chez Galien, la référence des médecins du XVIe siècle. C’est entre autre lui qui donne à la dissection et l’observation scientifique leurs lettres de noblesse.

Lina Roy – Musée des moulages – Université Lumière Lyon 2

En savoir plus :

MuMo

Pénélope, patiente et stratège | Collections & Patrimoine

PPénélope, patiente et stratège | Collections & Patrimoine

Si on vous dit qu’elle détisse la nuit tout ce qu’elle tisse le jour, à qui pensez-vous ? Il s’agit de Pénélope !

Cette statue représentant Pénélope est une copie romaine en marbre blanc d’un original grec datant d’environ 460 av. J.-C. On ne connaît ni la provenance ni le nom du sculpteur de cette œuvre qui est conservée au Vatican, au musée Pio-Clementino, dans la salle des Muses, non loin du Torse du Belvédère (inv.MV_754_0_0).

Le Musée des Moulages en abrite une copie en plâtre, réalisée par le mouleur romain Michele Gherardi en 1894. Elle se trouve dans la section du musée consacrée au corps féminin (inv. L359).

Il s’agit d’une femme assise, jambes croisées, sur une masse, peut-être rocheuse. Elle est vêtue d’un chiton et d’un himation, et un pan de voile couvre sa tête. Elle porte une main à son visage dans un geste très délicat, et de l’autre elle se tient à son assise. On sent la présence du corps sous les vêtements, et le drapé est caractérisé de façon très naturaliste dans le dos, de façon un peu plus géométrisée et plate sur les genoux.

©C. Mouchot – Université Lumière Lyon 2

Pénélope est la célèbre épouse d’Ulysse*. Le mythe le plus célèbre la concernant est lié à la Guerre de Troie*. Son mari est parti s’y battre, et met plus de 20 ans à revenir à Ithaque, auprès d’elle. Si l’Odyssée* nous apprend les péripéties qui ont tant retardé le retour d’Ulysse, celui-ci après deux décennies d’absence, passe pour mort auprès de sa famille. Or Pénélope attire par son trône et sa beauté pas moins de 14 prétendants qui se voient déjà remplacer Ulysse.

Elle conçoit alors un stratagème pour repousser le plus longtemps possible ces avances incessantes dont elle est l’objet. Elle commence à tisser un grand voile sur son métier : elle ne consentira à se marier qu’une fois son ouvrage terminé. Or, toutes les nuits, Pénélope s’applique à défaire tout le travail qu’elle a réalisé le jour. Elle gagne ainsi trois années de répit auprès de ses prétendants, ce qui l’amène à la veille du retour de son époux.

Cet épisode et quelques autres en font l’archétype de l’épouse fidèle. Et c’est ainsi qu’on la représente ici : le voile sur les cheveux, la tête légèrement baissée sont les symboles de la femme mariée. Son expression triste et sa main portée au visage – un geste qui représente la mélancolie – suggèrent qu’elle est figurée en train d’attendre Ulysse, patiemment.

Cette œuvre est proche d’une autre représentation de Pénélope que l’on peut voir sur une bague à chaton en or conservée à Paris, au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France (inv. 56.Luynes.515). Pénélope y est présentée dans la même posture, avec les mêmes attributs. Cette bague a été produite en Syrie à la fin du Ve siècle, ce qui montre que cette iconographie était largement diffusée.

©Département des monnaies, médailles et antiques de la BnF.

Notre moulage de Pénélope a été réalisé par Michele Gherardi vers 1894 : une lettre du mouleur datée de cette année-là et adressée au Professeur Holleaux, chargé de la constitution des collections du musée informe ce dernier que, parmi d’autres œuvres, la « Pénélope, statue du Vatican » a été mise en caisse pour être envoyée à Lyon. Ce document est conservé par le Pôle Archives de l’Université Lumière Lyon 2.

Pénélope est toujours présente au musée et apporte, au sein de la section dédiée au corps féminin, une touche d’originalité par sa posture assise qui en fait une œuvre remarquable parmi les korés* debout qui l’entourent.

 

Glossaire

*Ulysse : il s’agit d’un héro grec. Il est l’un des protagonistes de l’Iliade et surtout le personnage principal de l’Odyssée, les deux grands récits fondateurs de la mythologie grecque. Roi d’Ithaque, Ulysse est célèbre pour son intelligence qui lui permet de se sortir des nombreuses embuches qui se trouvent sur le chemin qu’il emprunte au retour de la Guerre de Troie.

*Guerre de Troie : Il s’agit d’un épisode mythologique très célèbre, qui voit s’opposer au cours de grandes batailles les Grecs et les Achéens. La guerre est déclenchée par l’enlèvement d’Hélène par Pâris, qui en est tombé éperdument amoureux. Mais Hélène est mariée à Ménélas, qui assiège Troie dans l’espoir de récupérer sa femme. Cela donne lieu à de nombreux affrontements entre les hommes mais aussi entre les dieux.

*Odyssée : L’Odyssée est une des grandes épopées grecques. On l’attribue à Homère, mais elle serait le résultat de la mise par écrit d’un certain nombre de légendes qui se transmettaient oralement. Elle compte les aventures d’Ulysse et de ses compagnons qui veulent rentrer à Ithaque après avoir mené leur combat contre les Troyens. Leur périple, cadre de nombreuses péripéties, aurait duré plus de 20 ans.

*Koré : Le mot koré signifie « jeune fille » en grec, il s’agit d’un terme que l’on emploie pour désigner des statues grecques féminines anciennes lorsqu’on a des doutes sur leur rôle ou identité. On les retrouve la plupart du temps dans des sanctuaires dédiés à des divinités féminines, tandis qu’on trouve souvent des kouroï, jeunes hommes figurés nus, près de lieux dédiés à des dieux masculins.

 

Lina Roy – Musée des moulages – Université Lumière Lyon 2

En savoir plus :

MuMo

 

 

Le portrait de la réussite : Jules Hardouin-Mansart | Collections & Patrimoine

LLe portrait de la réussite : Jules Hardouin-Mansart | Collections & Patrimoine

Jules Hardouin-Mansart

© J.-P. Cherinian – Université Lumière Lyon2

« Est-ce Louis XIV ? Est-ce Molière ? » Demandent souvent les visiteurs du MuMo. Il s’agit en réalité de Jules Hardouin-Mansart. Aujourd’hui on vous en dit plus sur ce personnage.

Le buste de Jules Hardouin-Mansart a été sculpté par Jean-Louis Lemoyne en 1703. Il s’agit d’une œuvre en marbre conservée à Paris, au musée du Louvre (inv. M.R.2640).

Le MuMo en conserve une version en plâtre réalisée au XIXe ou XXe siècle, et exposée dans l’espace d’accueil du musée (inv. M484).

Jules Hardouin-Mansart

© J.-P. Cherinian – Université Lumière Lyon2

Un homme au visage replet regarde vers sa gauche. Il porte une imposante perruque de cheveux bouclés, qui viennent couvrir sur son buste son jabot de dentelles. Les textures des tissus en linon, des dentelle ou velours, des cheveux cascadant et de la peau légèrement détendue sont caractérisées de façon très sensible.

Cet homme dans la fleur de l’âge est Jules Hardouin-Mansart (1645-1708), petit-neveu de François Mansart à qui l’on doit le château de Maisons-Laffite* ou l’église du Val de Grâce*. Il suit la même carrière que son ancêtre et reste le célèbre architecte du château de Versailles, de Marly* ou encore des Invalides*. Il est, au moment de la réalisation de ce portrait, Surintendant des bâtiments du roi Louis XIV.

Ce portrait d’apparat le montre en pleine réussite sociale : il porte la croix de l’Ordre de Saint-Michel, ce qui est une consécration pour un artiste. Son sourire est présent mais légèrement hautain, distant, soulignant sa supériorité sociale.

© J.-P. Cherinian – Université Lumière Lyon 2

Cette sculpture est le morceau de réception à l’Académie royale de Peinture et de Sculpture de Jean-Louis Lemoyne (1665-1755). C’est grâce à ces morceaux de réception que les artistes peuvent entrer à l’Académie et bénéficier d’une certaine sécurité, aussi bien sociale que financière. Il s’agit d’un procédé proche des chefs d’œuvre qui doivent parachever la formation des compagnons du devoir.

Lemoyne se compare ici à son maître, Coysevox, qui avait réalisé un portrait du même Jules Hardouin-Mansart quelques années plus tôt, en réutilisant l’iconographie d’un autre portrait de son maître décrivant cette fois Louis XIV.

Si Lemoyne n’est pas resté parmi les sculpteurs les plus célèbres du XVIIIe siècle, il devient néanmoins le portraitiste du Régent, Philippe d’Orléans, et réalise plusieurs portraits de Louis XIV.

Il a obtenu un certain succès avec cette œuvre représentant Jules Hardouin-Mansart, qui a été fondue en bronze aux frais du modèle et exposée dès l’année suivante au Salon* de 1704. Elle a aussi été diffusée sous la forme de reproductions en plâtre.

Bien que nous ne connaissions pas d’archives relatives à cette collection, il est probable que le moulage du MuMo fasse partie de la collection moderne qui arrive au musée dans les années 1920. Néanmoins, la présence du cachet sur le piédouche (base du buste) pourrait indiquer que l’œuvre a été réalisée dans les ateliers de moulages des musées nationaux, au Louvre. On ne saurait cependant dire précisément à quelle date.

Pour profiter de cette bouffée de XVIIIe siècle, il suffira de franchir les portes du Musée des Moulages et de vous tourner sur votre droite. On vous y accueillera avec joie dès que possible.

 

Glossaire

*Château de Maisons-Laffite : Ce château situé dans les Yvelines, œuvre de François Mansart (1598-1666), est bâti vers 1640. Il est resté célèbre car il incarne la transition entre une Renaissance française finissante et une architecture classique dont Mansart est le grand précurseur français.

*Eglise du Val de Grâce : Elle a également été érigée en suivant des plans de François Mansart, à partir de 1645. Il s’agissait de l’église de l’Abbaye royale du Val de Grâce, qui a depuis été transformé en hôpital militaire.

*Marly : Il s’agit de l’un des principaux châteaux de plaisance de Louis XIV : il se trouvait à Marly-le-Roi, dans les Yvelines. Malheureusement détruit, il avait été érigé entre 1678 et 1696, au sein d’un parc paysagé créé pour en être à ce monument qui s’organisait en une série de pavillons.

*Les Invalides : Ce monument a été réalisé sur un ordre donné par Louis XIV en 1670 : il souhaite bâtir un lieu pour abriter les invalides de guerre. Cet édifice est un des manifestes de l’architecture classique française. Il accueille aujourd’hui le musée de l’armée.

*Salon : Le Salon est une manifestation artistique créée à la demande de Mazarin en 1673, qui a eu lieu jusqu’en 1880. Il permettait aux artistes appartenant à l’Académie Royale de peinture et de sculpture d’y montrer leurs travaux. Il avait traditionnellement lieu dans le Salon carré du Louvre, et réunissait l’art le plus contemporain. C’était aussi un des lieux où s’exprimait le plus vivement la critique d’art.

 

Lina Roy – Musée des moulages – Université Lumière Lyon 2

En savoir plus :

MuMo

 

L’impressionnisme : mini-série en Histoire de l’art, offerte par Laura Foulquier

LL’impressionnisme : mini-série en Histoire de l’art, offerte par Laura Foulquier

Une nouvelle mini-série en Histoire de l’art, spéciale “confinement” offerte par Laura Foulquier : L’impressionnisme

<épisode n° 1/6 : Femme à sa toilette, Impression, soleil levant, …

Claude MONET et Berthe MORISOT à l’honneur dans ce premier chapitre de notre série

Découvrez le premier épisode

<épisode n° 2/6 : Les coquelicots, Les Nymphéas, …

A la découverte des œuvres de Claude MONET et William TURNER

Découvrez l’épisode 2

<épisode n° 3/6 : Baigneuse dans les bois, Boulevard Montmartre, …

Camille PISSARRO, Edgar DEGAS, … à découvrir dans ce 3ème épisode

Découvrez l’épisode 3

<épisode n° 4/6 : Les raboteurs de parquet, Le Matador, …

Poursuivons notre voyage avec Gustave CAILLEBOTTE, Édouard MANET, Auguste RENOIR et Mary CASSATT

Découvrez l’épisode 4

<épisode n° 5/6 : Néo-impressionnisme, Les Poseuses, L’entrée du port de Marseille, …

5ème étape avec Paul SIGNAC et Georges SEURAT

Découvrez l’épisode 5

<épisode n° 6/6 : Néo-impressionnisme,Bateaux à vapeur dans le port de Rouen, La ferme, soir, …

6ème épisode pour découvrir ou redécouvrir Camille PISSARRO et Henri-Edmond CROSS

Découvrez l’épisode 6

<La série complète

Découvrez l’ensemble des podcasts

Le coffret d’Auzon : une œuvre médiévale multiculturelle | Collections & Patrimoine

LLe coffret d’Auzon : une œuvre médiévale multiculturelle | Collections & Patrimoine

Le Coffret d’Auzon est une œuvre en ivoire réalisée au VIIIe siècle dans la région de Northumbrie, en Angleterre. Il est conservé à Londres, au British Museum.

Le Musée des Moulages de l’Université de Lyon a la chance de compter dans ses réserves de nombreux moulages d’ivoires du Moyen Âge ce qui est assez rare dans les gypsothèques*. Ces moulages d’ivoires, étaient utilisés à des fins pédagogiques par les professeurs d’art et d’histoire de l’art de l’Université de Lyon. Parmi cette collection se trouvent deux panneaux créés d’après le mystérieux Coffret d’Auzon, un reliquaire en os de baleine réalisé dans un monastère anglais au VIIIe siècle.

Le Coffret d’Auzon, nommé d’après le village de Haute-Loire où il fut trouvé, présente des caractéristiques uniques, notamment par son aspect « multiculturel ». En effet, il représente des scènes de tradition romaine, mais aussi juive, chrétienne et germanique ! De nombreuses inscriptions parcourent le coffret, dont des runes* difficiles à déchiffrer et des inscriptions en ancien anglais. Mais nous y voyons également des inscriptions en latin et des symboles de style insulaire typique de la culture anglo-saxonne.

Sur le moulage du panneau gauche du coffret que possède le Musée des Moulages, nous pouvons voir une scène mythologique représentant Remus, Romulus, et la louve*. Des runes encadrent la scène et la décrivent. Nous pouvons lire : « Romulus et Remus, deux frères, une louve les a nourris à Rome, loin de leur terre d’origine. »

L’autre moulage est issu du couvercle du coffret, et représente une scène de bataille tirée de la légende germanique d’Egil. Nous pouvons voir le héros, Egil, muni d’un arc, protégeant sa femme Olrun repliée dans son château loin des envahisseurs démesurément grands. Le prénom du héros, en ancien anglais Ægili, est écrit en caractères runiques au-dessus du personnage. Cependant, certains chercheurs y voient plutôt une représentation de la guerre de Troie*, traduisant Ægili en Achille*, tandis que d’autres pensent qu’il s’agit d’une scène de l’Ancien Testament. Le couvercle est incomplet, ce qui ne facilite pas l’interprétation de la scène. Le cercle que nous voyons au centre du moulage qui laisse penser qu’une pièce d’orfèvrerie se trouvait là.

© Maud Suzat

En effet le coffret a subi de nombreuses modifications au cours de son histoire riche en péripéties. Nous ignorons presque tout de son parcours avant le XIXe siècle, mais il fut certainement volé au monastère de Brioude pendant la Révolution française, puis a servi de boite à couture à une famille bourgeoise du village d’Auzon, avant d’être démembré et vendu à un antiquaire parisien, puis acheté par un lord anglais en 1857 qui en a fait don au British Museum dix ans plus tard. En 1890 la famille qui vivait à Auzon a trouvé au fond d’un tiroir les restes du coffret, venant ainsi compléter la collection du British Museum où le coffret est aujourd’hui exposé.

Ainsi le Coffret d’Auzon illustre bien la diversité culturelle et l’érudition des monastères anglais du VIIIe siècle, même si l’ensemble de ses inscriptions et représentations n’ont pas livré tous leurs secrets. Les moulages du coffret sont eux aussi entourés de mystères. Nous pouvons supposer que ces moulages ont été réalisé vers la fin du XIXe siècle, mais nous ignorons encore d’où ils viennent, et comment ils se sont retrouvés dans les réserves du Musée des Moulages !

Glossaire

*Gypsothèque : une gypsothèque est un lieu qui conserve des œuvres en plâtre, matière obtenue à partir de gypse réduit en poudre.

*Remus, Romulus et la louve : Ces personnages se réfèrent au mythe de la fondation de Rome. Les jumeaux Romulus et Remus sont les fils de la vestale Rhéa Silvia et du dieu Mars. Encore nouveau-nés, ils sont abandonnés dans un panier sur le Tibre. Ils survivent et sont recueillis et nourris par une louve. Ce sont ces deux enfants qui, devenus adultes, fondent la ville de Rome, le 21 avril 753 av. J.-C.

*Runes : Ce sont les lettres de l’alphabet runique qui est utilisé pour noter les caractères des langues germaniques.

*Guerre de Troie : Il s’agit d’un épisode mythologique très célèbre, qui voit s’opposer au cours de grands batailles les Grecs et les Achéens. La guerre est déclenchée par l’enlèvement d’Hélène par Pâris, qui en est tombé éperdument amoureux. Mais Hélène est mariée à Ménélas, qui assiège Troie dans l’espoir de récupérer sa femme. Cela donne lieu à de nombreux affrontements entre les hommes mais aussi entre les dieux.

*Achille : il s’agit d’un héros, fils de Thétis et Pélée. Sa mère le plonge dans le fleuve des Enfers alors qu’il est enfant, et il devient ainsi invulnérable, sauf au niveau du talon car c’est par là que Thétis le retenait en l’immergeant dans le fleuve. Durant la Guerre de Troie, il trouve la mort, touché au talon par une flèche de Pâris.

Maud Suzat – Étudiante en master Mondes médiévaux à l’Université Lumière Lyon 2 et qui travaille sur les collections du MuMo – Université Lumière Lyon 2

En savoir plus :

MuMo

Le chapiteau du cloître de la Daurade : la drôle de cohabitation entre un chasseur, une sirène et un centaure | Collections & Patrimoine

LLe chapiteau du cloître de la Daurade : la drôle de cohabitation entre un chasseur, une sirène et un centaure | Collections & Patrimoine

Et si on parlait architecture, aujourd’hui ? Voici le moulage d’un Chapiteau du Cloître de la Daurade de Toulouse.

Réalisé vers 1180, ce chapiteau* en pierre est conservé à Toulouse, au musée des Augustins (inv. ME178).

Le MuMo en conserve un moulage, réalisé entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, visible dans la section Monstres et Mythologie du musée (inv. M230).

© Université Lumière Lyon 2

Le chapiteau de colonnes jumelles montre des scènes figurées dans des médaillons ménagés dans une abondante végétation. Parmi ces saynètes, on trouve sur les grands côtés une sirène se coiffant, entourée d’un chasseur et d’un centaure*, ainsi qu’une chasse à l’ours. Sur les petits côtés, on a un chasseur monté sur un cheval marin accompagné d’une sirène allaitant et deux hommes nus.

Ces représentations ne sont pas anodines, car la sirène et l’ours sont vus comme des êtres démoniaques ; la première est un hybride malveillant, mi-femme mi-oiseau ou mi-femme mi-poisson, et le second est vu comme pervers et paresseux. Néanmoins, l’omniprésence du thème de la chasse associée à ces créatures pourrait être une illustration de la lutte entre le Bien et le Mal.

© Université Lumière Lyon 2

Le prieuré Notre-Dame de la Daurade est connu comme lieu de culte depuis le Ve siècle ap. J.-C., mais se dote d’un cloître pour accueillir la vie communautaire que suppose un monastère à partir de 1100. Ce bâtiment ne doit pas son nom de « Daurade » à un quelconque poisson mais à la mosaïque à fond d’or qui l’ornait ; ce terme signifie en réalité « la dorée ».

Le cloître, d’où provient ce chapiteau, a été détruit aux XVIIIe et XIXe siècles si bien qu’on ne sait pas exactement restituer l’emplacement des morceaux de décors qui ont pu être préservés. Les spécialistes distinguent trois phases de création pour ces chapiteaux : un premier atelier serait intervenu vers 1100, un second 20 ans plus tard, un troisième vers 1180. A chaque atelier on associe des chapiteaux qui ont des caractéristiques particulières.

Celui qui nous occupe appartient à un quatrième groupe qui réunit tous les éléments de décors issus du cloître qui ne sont pas stylistiquement homogènes. Néanmoins, parmi les grands traits qui permettent de définir ce quatrième ensemble, on trouve la miniaturisation et la primauté de l’ornementation végétale sur les figures humaines, ce qui se retrouve tout à fait sur notre chapiteau.

Cette œuvre nous donne un témoignage du raffinement des décors religieux créés dans la région toulousaine au XIIe siècle.

Nous ne savons pas exactement comment le moulage de ce chapiteau est entré en possession du Musée des Moulages, mais il a probablement été réalisé au tournant des XIXe et XXe siècles. Il dispose d’un jumeau à Paris, à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine (inv. MOU.00214).

Ce chapiteau illustre l’utilisation abondante qui a été faite des animaux et créatures mythologiques dans l’art médiéval. D’autres œuvres de ce type sont présentées par le MuMo, dans la section Monstres et Mythologie… Nous espérons bientôt pouvoir vous y accueillir !

Glossaire

*Chapiteau : Il s’agit d’un élément d’architecture qui fait la jonction entre une colonne et la structure qu’elle supporte. Souvent de forme évasée, le chapiteau est parfois décoré de motifs végétaux ou comme ici, de scènes figurées.

*Centaure : un centaure est une créature mythologique hybride, mi-homme mi-cheval

Lina Roy – Musée des moulages – Université Lumière Lyon 2

En savoir plus :

MuMo

De l’ombre à la lumière. Quand les arts numériques redonnent vie et couleurs aux statues médiévales | Collections & Patrimoine

DDe l’ombre à la lumière. Quand les arts numériques redonnent vie et couleurs aux statues médiévales | Collections & Patrimoine

Si aujourd’hui seule la teinte de la pierre orne les statues et les bas-reliefs des édifices religieux, au Moyen Age églises et cathédrales étaient hautes en couleur ! En collaboration avec deux médiévistes et l’entreprise d’art numérique Theoriz, le Musée des moulages de l’Université Lumière Lyon 2 a mis en place un système de vidéo mapping qui permet de projeter des couleurs et des motifs sur trois statues de sa galerie médiévale. L’enjeu est de donner à voir aux visiteurs du musée l’aspect originel de ces œuvres.

Galerie médiévale - MuMo

Galerie médiévale – Musée des Moulages – Université Lumière Lyon 2 – ©Alexis Grattier

Le Musée des moulages de l’Université Lumière Lyon 2 présente une collection de reproductions en plâtre de statues et bas-reliefs antiques et médiévaux. Douze œuvres du Moyen Âge sont mises en valeur au sein d’une galerie spécifique, volontairement plus sombre, contrastant avec la luminosité et la blancheur de la salle d’exposition principale du musée. Pensée par l’architecte pour mettre en valeur cette collection, la galerie médiévale comprend dans son projet initial une colorisation de plusieurs moulages par un jeu de lumière. Cet aménagement de l’espace s’inscrit dans l’actualité de l’histoire de l’art et accompagne l’intérêt grandissant des chercheur.es pour la question de la polychromie. Dès les années 1970, grâce aux progrès techniques, plusieurs campagnes de restauration, comme à Parme, Lausanne ou encore Amiens, révèlent des vestiges de couleurs et de motifs parfois très perfectionnés. Ces découvertes ont permis d’aborder l’analyse des œuvres religieuses sous un angle nouveau. Le Musée des moulages, grâce au projet de colorimétrie, s’ancre pleinement dans cette actualité scientifique.

Le Beau Dieu de la Cathédrale d’Amiens (XIIIe siècle), et les deux statues-colonnes de la Cathédrale de Chartres (XIIe siècle) ont été choisis en tant qu’objet d’étude, et comme support colorimétrique. Géraldine Victoir, (maître de conférences en histoire de l’art à l’Université Paul Valery de Montpellier/Centre d’études médiévales de Montpellier), et Véronique Rouchon (maître de conférences en histoire médiévale à l’Université Lumière Lyon 2/CIHAM) ont apporté leurs expertises pour documenter et formuler des hypothèses sur l’apparence originelle de ces statues.

Document de travail

Document de travail, issu des discussions avec le comité scientifique du projet – Etat du Beau Dieu d’Amiens au XIIIe siècle ©Sarah Betite.

Le Beau Dieu d’Amiens et les deux statues-colonnes de la cathédrale de Chartres ont présenté des problématiques de recherche très différentes. Le Beau Dieu a fait l’objet de nombreux travaux scientifiques, prolongés par la restauration de la façade occidentale de la cathédrale d’Amiens entre 1997 et 1999. Cet ensemble de recherches met en évidence des traces de couleurs en plusieurs couches, et à différents endroits de la statue. Elles révèlent ainsi deux états de la polychromie, à deux époques différentes : une version originale du XIIIe siècle et une seconde plus tardive, que l’on ne parvient pas encore à dater. Initialement, le manteau du Beau Dieu d’Amiens était ocre-rouge et vermillon, orné de motifs dorés « quadrilobés ». Par contraste, sa tunique était de couleur bleu azurite. Comme la campagne de restauration n’a pas révélé la forme précise des motifs, le comité scientifique s’est appuyée sur la polychromie du retable de l’abbaye de Saint-Germain-de-Fly (milieu XIIIe siècle), sur lequel on observe cette forme similaire à quatre feuilles contenant des fleurs de lys.

Son deuxième état, postérieur au XIIIe siècle, présente principalement des modifications chromatiques sur ses vêtements : sa tunique se pare de rouge, et sa robe prend une couleur verte. Ces données sur le Beau Dieu d’Amiens ont permis de déterminer assez rapidement les couleurs à projeter sur le moulage, et d’envisager la projection successive de différentes couleurs témoignant des changements d’aspects de la statue, du XIIIe siècle à aujourd’hui.

 

Enluminure

Saint Matthieu, Bible de Saint-Denis, Latin 116, folio 103v.

Les deux statues-colonnes de la cathédrale de Chartres comportent en revanche beaucoup plus de mystères. L’identité de ces statues n’a pas été clairement déterminée, mais il s’agit très probablement d’un jeune roi de l’Ancien Testament – sa couronne est un précieux indice ! –  et d’un prophète tenant dans sa main un phylactère, qui porte le symbole des saintes Écritures.

De nombreuses questions subsistent également quant aux couleurs originelles de cet ensemble de statues. Des recherches scientifiques ont été réalisées principalement sur les tympans de la cathédrale de Chartres mais peu de traces de couleurs ont été retrouvées sur les autres sculptures de l’édifice. Les restaurations de 1981 à 1983 ont peut-être fait disparaître des traces de couleurs, dont on ignorait alors la possible existence. Le résultat du vidéo mapping sur ces moulages se base ainsi essentiellement sur des hypothèses formulées par Géraldine Victoir et Véronique Rouchon. Elles se sont appuyées sur des sources comparatives, comme les vitraux de la cathédrale de Chartres et des manuscrits contemporains à son édification, retrouvés en son sein.

 

Schéma des couleurs - Statues colonnes cathédrale de Chartres

Document de travail – Colorimétrie de deux statues-colonnes de la cathédrale de Chartres – 2019 ©Sarah Betite

A partir de ces données, plusieurs pistes ont pu être envisagées pour reconstituer les couleurs de ces statues-colonnes. On remarque en premier lieu la constance du contraste entre les différents vêtements des personnages, dont l’objectif est de faciliter la lecture de l’image : à l’instar du Beau Dieu d’Amiens, la tunique et le manteau des figures représentées ne sont jamais de la même couleur. Les bordures des vêtements des personnages les plus éminents sont ornées d’orfroi – broderie d’or qui borde les tuniques et les manteaux. Les couleurs observées sur ces sources visuelles sont par ailleurs vives et variées. Le résultat de cette reconstitution chromatique pour le deux statues-colonnes est vraisemblable – il ne prétend donc pas à l’authenticité – puisqu’il repose sur des hypothèses de restitution basées sur la comparaison.

 

Ce projet de reconstitution chromatique des moulages a été par ailleurs largement accompagnée par l’entreprise Theoriz, en charge de la réalisation et de la mise en place du mapping vidéo. Pour ce projet, l’intérêt du procédé repose sur la nature non invasive de cette technique et sur son caractère réversible. Au gré des découvertes scientifiques, le système de mapping vidéo permettra l’évolution des couleurs projetées sur ces trois moulages.

Dès la réouverture du Musée des moulages, venez découvrir ces statues hautes en couleurs au 87 cours Gambetta, dans le 3ème arrondissement de Lyon!

Statue du Christ, dit le Beau Dieu d’Amiens – Cathédrale Notre-Dame d’Amiens – XIIIe siècle ©Alexis Grattier

 

Pour aller plus loin

 

Audebrand F., Jourd’heuil I., « La restauration des statues-colonnes déposées du Portail royal », Naissance de la sculpture gothique, 1135-1150, Saint-Denis, Paris, Chartres, Catalogue de l’exposition tenue au musée de Cluny – Musée national du Moyen Âge, 10 oct.-31 déc. 2018, Berné Damien, Plagnieux Philippe (dir.), Paris, Réunion des Musées nationaux, 2018, p. 105-107.

Nonfarmale O., Rossi-Manaresi R., « Il restauro del ‘Portail royal’ della Cattedrale di Chartres », Arte medievale, I, n°1-2, 1987, p. 259-275.

Plagnieux P., « Le style : la recherche du sentiment et de l’expression perdus », Naissance de la sculpture gothique, 1135-1150, Saint-Denis, Paris, Chartres, Catalogue de l’exposition tenue au musée de Cluny – Musée national du Moyen Âge, 10 oct.-31 déc. 2018, Berné D., Plagnieux P. (dir.), Paris, Réunion des Musées nationaux, 2018, p. 117-129.

Rouchon Mouilleron V., « Quelle couleur pour les frères ? Regards sur l’habit des Mineurs aux XIIIe-XIVe siècles », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre, BUCEMA [en ligne], 2014, consulté le 21 février 2020 : http://journals.openedition.org/cem/13378

Verret D., Steyart D. (dir.), La couleur et la pierre. Polychromie des portails gothiques, Actes du colloque, Amiens, 12-14 octobre 2000, Paris, Picard, 2002.

Victoir G., « Polychrome sculpture interpreted in context : the retable of the Lady Chapel of Saint-Germer-de-Fly », Polychrome Steinskulptur des 13. Jahrhunderts, Actes du colloque international organisé par le Naumbrug Kolleg et tenu à Naumburg/Saale, 13-15 oct. 2011, Danzl T., Herm C., Huhn A. (dir.), Naumburg, Gunter Oettel, 2012, p. 31-40.

 

 

Marie LAURICELLA – assistante ingénieure en charge des actions et projets de médiation scientifique à l’Université Lumière Lyon 2

Gloire et déboires de Niobé et sa fille | Collections & Patrimoine

GGloire et déboires de Niobé et sa fille | Collections & Patrimoine

#histoiredunmoulage

Connaissez-vous Niobé ? Le MuMo conserve une œuvre représentant cet infortuné personnage de la mythologie grecque ©Claude Mouchot/Université Lumière Lyon 2.

Niobé et sa fille est une œuvre réalisée d’après Scopas* au IVe siècle av. J.-C. dans un marbre du Penthélique*. Elle a été découverte parmi un groupe plus large représentant le massacre des Niobides (enfants de Niobé) en 1583, à Rome. Niobé et sa fille sont aujourd’hui conservées à Florence, au Musée des Offices. Un moulage grandeur nature de cette œuvre est conservé au Musée des Moulages de l’Université Lyon 2. Il aurait été réalisé vers 1893 par les ateliers de moulage de l’Ecole nationale « es spéciale » des Beaux-arts et se trouve aujourd’hui dans la section monstres et mythologie du musée (inv. L586).

Niobé est ici représentée tentant de protéger sa fille. Son corps est massif, imposant et dessine un mouvement circulaire autour du frêle corps de la fillette qu’elle tente de mettre à l’abri dans son giron. Le visage de Niobé, à demi-masqué par sa main droite qui ramène un pan drapé afin de dissimuler sa fille, est empreint de terreur, ses contours sont durs, figés par la peur.

Pour comprendre ce qui suscite une telle inquiétude chez Niobé, il faut revenir sur le célèbre mythe dont elle est la protagoniste. Niobé est la reine de Thèbes et la petite-fille du géant Atlas. Elle a eu avec Amphion, son époux, pas moins de quatorze enfants : sept filles et sept garçons. Or un jour, elle a la mauvaise idée de se vanter de son abondante progéniture auprès de Léto, la mère d’Apollon et Artémis, qui le prend comme un affront car elle-même n’a enfanté que ces jumeaux. Apollon et Artémis décident de venger leur mère et tuent un à un tous les enfants de Niobé à l’aide de leurs flèches. Niobé est ici en train de tenter de protéger sa fille de ce massacre, partagée entre terreur et désespoir.

Le groupe de sculptures fut racheté par la famille Médicis peu après sa découverte, puis restauré et exposé dans les jardins de la Villa Médicis à Rome (actuelle Académie de France à Rome). Ils y restent jusqu’en 1770, date à laquelle ils sont transférés à Florence. Ce groupe, très célèbre aux XVIIIe et XIXe siècles a fait l’objet de nombreuses reproductions : la reine Catherine II de Russie en fait faire des copies en bronze, Bartolini travailla à en faire des copies en marbre pour Napoléon. Des réductions en ivoire, albâtre, bronze, plâtre ont été produites. De nombreux moulages ont été réalisés à partir de ce groupe, qui vient même orner la cour consacrée à l’art grec dans le Crystal Palace à l’Exposition Universelle de Londres en 1851.

Groupe des Niobides

©Negretti et Zambra

Depuis les années 1960-1970, ce sont des moulages du groupe des Niobides réalisés par Michel Bourbon sur commande de Balthus* qui ornent les jardins de la Villa Médicis, permettant aux visiteurs d’apprécier ces statues dans le lieu qui les accueillait jusqu’à leur déplacement à Florence. Et c’est un des grands avantages des moulages : pouvoir perpétuer la présence d’œuvres dans des lieux, même si les originaux ne s’y trouvent plus.

Moulages des Niobides

©Founzy-CreativeCommons

Le moulage du Musée des Moulages a été réalisé par les ateliers de moulage de l’Ecole nationale des Beaux-arts de Paris. On mentionne effectivement « Niobé, mère & sa fille, groupe » dans une reconnaissance de dettes datée de 1893, conservée au Pôle Archives de l’Université Lumière Lyon 2. Ce document est intéressant car il montre que pour réaliser ses achats de moulages, le musée agit avec le concours de la Société des Amis de l’Université Lyonnaise, qui facilite grandement la politique d’acquisitions du musée. ©Université Lumière Lyon 2

On peut admirer Niobé et sa fille sans se déplacer à Florence ou à Rome, en se rendant dans la section monstres et mythologie du Musée des Moulages de l’Université Lyon 2… Dès que cela sera de nouveau autorisé !

Glossaire

*Scopas (de Paros) : sculpteur grec originaire de Paros (Cyclades), il semble avoir vécu entre 420 av. J.-C. et 330 av. J.-C.. C’est un des artistes grecs de l’époque classique (480 av. J.-C. – 323 av. J.-C.) qui porte l’expressivité des visages et des corps à leur paroxysme.

*Penthélique : région montagneuse de l’Attique (Grèce), située au nord-est d’Athènes. Le marbre qui en est issu est très prisé dans l’antiquité. C’est ce matériau qui a servi, par exemple, à édifier le Parthénon.

*Balthus : nom d’artiste de Balthazar Klossowski (1908-2001), peintre français d’origine polonaise. Influencé par les artistes de la Renaissance italienne, son travail se concentre sur des œuvres figuratives parfois étranges et à portée ésotérique. André Malraux le nomme à la tête de la Villa Médicis en 1961, et il en reste le directeur jusqu’en 1977.

Lina Roy – Musée des moulages, Université Lumière Lyon 2

Musée des moulages