UN AN DÉJÀ : POP'SCIENCES SOUFFLE SA PREMIÈRE BOUGIE !

Voir l'événement

Visite « easy »

VVisite « easy »

Avec la visite  « EASY » on vous donne quelques repères en histoire de l’art et on répond à toutes les questions que vous pourriez avoir.

Prenez le temps de decouvrir les expositions !
Tout devient alors limpide et il ne reste plus qu’à vous laisser porter pour découvrir les œuvres.

Rassurez-vous, on est toujours là pour vous accompagner.

SITE DU MUSEE D’ART CONTEMPORAIN

L’utopie de reconstruire Rome (XVe-XXe s) – Une nostalgie opératoire ?

LL’utopie de reconstruire Rome (XVe-XXe s) – Une nostalgie opératoire ?

Des origines de la Renaissance jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’Italie et l’Europe partagent le projet culturel et politique de restaurer l’antique grandeur de Rome.

« L’architecture et l’espace physique de la ville, à la fois conçus comme le cadre et la métaphore de l’Histoire, occupent une position centrale dans cette ambition récurrente. Rome ruinée apparaît dès lors comme le germe d’un espoir de restitution, qui suscite une intense circulation des hommes, soucieux de s’abreuver à la source même à l’occasion d’une expérience à la fois matérielle et intime des traces du passé et de leur contexte contemporain. Les dessins et les souvenirs qu’ils en rapportent, les propositions graphiques qu’ils imaginent, les maquettes voire les réalisations bâties qui se succèdent au fil des siècles, comme autant d’avatars de l’idée de restauration, irriguent en profondeur l’imaginaire architectural et urbain de la civilisation occidentale.

Cette communication s’attachera à présenter les avatars de la restitution conçue comme un processus heuristique, dont le ressort premier, au-delà des pétitions de principe, serait une nostalgie fabriquée et entretenue par les dispositifs institutionnels et académiques consacrés à l’architecture. »

Intervenant : Jean-Philippe Garric

Sur inscription

Site du Musée des Beaux Arts

Histoire de Lyon

HHistoire de Lyon

Dans le cadre de la rubrique La fabrique de l’Histoire sur France Culture , une série de 4 émissions sur l’histoire de Lyon :

  • L’identité lyonnaise au fil de son histoire
  • Les arêtes de poisson : un mystère sous la Croix Rousse
  • 1793, Lyon n’est plus
  • Jeudi : 1562, Lyon capitale protestante

Intervenants : Xavier de la Selle, Commissaire de l’exposition Lyon sur le divan au Musée d’histoire de Lyon, et  Isabelle Lefort, Professeur à l’Université Lumière Lyon 2.

Ecouter les émissions

Lyon sur le divan

LLyon sur le divan

Qui sont les parents de Lyon ? Quels sont ses complexes et névroses ? Une guérison est-elle en cours ?

Le Musée d’Histoire de Lyon a confronté les regards d’historiens, de scientifiques, de témoins et d’autres artistes à une psychanalyse de terrain, drôle et pertinente…

En savoir plus : site Gadagne Musées

Exilé en sursis

EExilé en sursis

Comprendre les phénomènes migratoires contemporains, c’est également s’intéresser aux parcours, au rapport à l’espace et aux circulations des exilés dans nos villes. Une nouvelle lecture de nos espaces quotidiens s’offre alors à nous – et nous permet de mieux comprendre la lourde réalité de l’ultime étape du parcours souvent périlleux des migrants.

A l’arrivée, il faut nouer des relations, s’informer, survivre, se déplacer, tuer l’ennui … en même temps que l’administration publique acte une destinée : légal ou illégal … recevable ou irrecevable … ?

Autant d’étapes et de réalités auxquelles de nombreuses personnes sont confrontées chaque jour et depuis très longtemps.

 

 Exilé en sursis. Aux aurores d'une belle journée d'été, X arrive en gare. Voie C, il sort du TGV 9240 en provenance de Modane. Un large panneau bleu indique : GARE DE LYON PART-DIEU. Il y a encore 15 jours il s'asseyait au fond d'un zodiac surchargé, fuyant trois années d'enfer libyen. Parcours. Une fiction interactive produite par l'Université de Lyon dans le cadre des 13e rencontres Et si on en parlait. [Direction Culture, Sciences Société : Samuel Belaud] [Master VEU : Johanna Lubineau ; Eya Naimi ; Lucas Hurstel]

@Myrelingot

TTerminus ?

En arrivant en gare, X entre dans la ville par la grande porte. Cet espace est autant pour lui l’aboutissement d’un long déplacement, qu’un lieu de passage où il va commencer à éprouver une nouvelle et particulière phase : l’attente.

C’est aussi une étape dans son projet migratoire où, comme tout au long de son déplacement, il fera appel à une logistique des relations, sollicitera de la ressource financière et des connaissances pratiques et pragmatiques sur les infrastructures que X va rencontrer. Ici, les migrants trouvent à la place de lieux d’accueil moins présents que par le passé (cafés et hôtels), le centre commercial et la bibliothèque. L’historienne Manuella Martini explique* que longtemps près des gares (ces “portes de la migration”), on trouvait des bâtiments dédiés aux visites administratives, médicales que devaient passer les nouveaux arrivants. Aujourd’hui ces structures font toujours parties du bâti, mais sont intégrées à la ville et non plus clairement présentes dans les lieux d’arrivée.

Pour X, les gares ne semblent pas tournées vers l’accueil des populations et il fait face à une « vitrine ».

* M. Martini – Université Lumière Lyon 2 – LARHRA ; lors de la balade urbaine Balade urbaine « Traces des migrations dans la ville » – 25.11.17  [org. : Université de Lyon – Association Pas de côté].

La gare est la première image que X a de son lieu d’arrivée. Elle fait la transition entre l’échelle large du chemin de l’exil qui couvre plusieurs pays et celle, plus restreinte, de la seule ville où vont se concentrer ses démarches administratives, ses relations sociales et ses espoirs de construire un nouveau projet de vie.

S’organiser dans l’espace

X doit rapidement s’organiser pour s’adapter à l’espace, souvent contraint (par des barrières par exemple), et tirer parti de ce que les lieux autour de la gare peuvent lui offrir comme éléments de confort. Utiliser un espace qui ne lui est pas destiné de prime abord, c’est devoir interagir avec d’autres migrants pour s’insérer dans le fonctionnement des lieux. Le centre commercial revient plus souvent dans ses pratiques que la bibliothèque (située à côté), car paradoxalement plus accueillant, sans sas d’accès ni barrière.

Il offre la possibilité d’accéder à des sanitaires, de recharger son téléphone, d’accéder à internet dans un espace aux fonctionnalités très lisibles et que X n’est pas seul à utiliser.

Lyon_Gare_Part-Dieu_migration_Pour lui, recréer avec d’autres migrants une organisation pratique, pour la surveillance des biens de chacun par exemple, ou bien élaborer un gouvernement fictif, c’est aussi commencer à reconstituer sa citoyenneté.

 

Les migrants arrivant en gare se heurtent aussi aux imaginaires que nous projetons (dans l’espace et à propos des migrants eux-mêmes).

De façon concrète, X peut ainsi faire face à une diversité d’aménagements destinés aux voyageurs, par exemple les espaces d’attente, qui ordonnent, sans injonction directe, leurs mouvements dans l’espace, mais qui ne permettent pas à X de les utiliser sur un temps long (Sauget, 2009).

Pourtant il est indispensable pour X de parvenir à s’approprier l’espace, matériellement et sensiblement, afin de ne pas tomber dans le “chaos”. Pour Vincent Veschambre l’appropriation de l’espace n’est pas seulement son occupation mais est porteuse de la “dimension spatiale des rapports sociaux”. X s’approprie donc autant l’espace de la gare qu’un voyageur quotidien, parce qu’il marque l’espace, le détourne et le valorise en lui donnant un autre sens. Un sens qui amène X a être stigmatisé, puisque l’appropriation de la gare en espace habité n’est pas envisagé par le reste de la population.

“L’appropriation de l’espace, définie de manière générale comme une mise en sens de l’espace, est indispensable au migrant pour qu’il ne tombe pas dans le chaos. Sa double dimension idéelle et matérielle a été soulignée par Di Méo (1998) et rappelée par Ripoll et Veschambre (2005 : 10) pour qui « penser en termes d’appropriation de l’espace conduit à envisager l’occupation ou l’usage de l’espace, mais aussi sa production et son détournement, son marquage, sa valorisation ou inversement sa stigmatisation »” (BRUSLE, 2010)

<captation sonore > témoignage

Balade urbaine « Traces des migrations dans la ville » – 25.11.17  [Université de Lyon – Antoine Dubos – Association Pas de côté]

 

Contacts et premières relations

La gare n’est pas seulement un lieu de passage, elle peut aussi être considérée comme un espace de relations et de ressources pour X.

Parfois hiérarchisés, les groupes humains qui s’établissent aux abords de la gare permettent bien souvent de rencontrer des personnes issues d’un même pays ou d’une même aire géographique. Dès lors l’arrivée solitaire prend une autre dimension et se transforme au contact de ces personnes ressources, permettant de s’orienter plus facilement dans la vie d’arrivant. Grâce à leur retour d’expériences, les migrants anciennement arrivés peuvent apporter des conseils qui facilitent l’entrée dans le territoire.

Ainsi la gare devient un lieu de “contact” majeur pour les populations migrantes. Roger Béteille qualifie ce genre d’espace d’“humain”. Il le divise entre l’espace géographique et l’espace relationnel. Le premier revient à considérer les espaces – au sens de leur spatialité – de départ, d’arrivé et d’étape (s’il y en a). Le second correspond aux “ […] liens complexes, concernant à la fois les groupes migrants et l’espace géographique dans lequel s’est développé le mouvement migratoire”.

En fait, on peut assimiler l’espace relationnel à un lieu où se nouent des relations avec des personnes émigrées ou autochtones. Dans le cas d’X, la gare Part-Dieu est bien un espace relationnel puisque lui comme les autres migrants ont des relations avec des semblables ou avec des travailleurs “locaux”.

Les personnes ressources peuvent être aussi bien elles-mêmes migrantes (plus ou moins avancées dans les démarches administratives), issues du monde associatif, administratif, etc.  En ce sens, la solidarité joue à plein dans le cadre des migrations de longue durée. Tout un tissu d’acteurs, dont de nombreux non-institutionnels, se met en place pour assurer un accueil aussi digne que possible des populations migrantes.

Finalement on pense bien souvent à la gare comme un lieu public de passage, le plus souvent associé à un espace vécu où la foule domine. Pour X, cela peut aussi être un espace qu’il s’approprie et où il peut établir des premières relations sociales avec les autres usagers ou travailleurs.

<captation sonore > témoignage

Balade urbaine « Traces des migrations dans la ville » – 25.11.17  [Université de Lyon – Antoine Dubos – Association Pas de côté]

Cet espace du quotidien que l’on qualifie parfois de non-lieu*, représente autre chose pour un public d’émigrés. La gare et en particulier ses abords représente un espace riche en ressources sociales. La fréquentation de la gare par des personnes dans des situations similaires, parfois d’aires géographique semblables, fait que cet espace constitue à lui seul un espace humain riche.

« D’après la définition de Marc Augé, un non-lieu est un espace interchangeable où l’être humain reste anonyme. Il s’agit par exemple des moyens de transport, des grandes chaînes hôtelières, des supermarchés, des aires d’autoroute, mais aussi des camps de réfugiés. L’homme ne vit pas et ne s’approprie pas ces espaces, avec lesquels il a plutôt une relation de consommation. » (AUGE, 1992)

VVille nouvelle  //  ville hostile

Les migrants sont surexposés dans l’espace public, du fait de leurs circulations urbaines caractéristiques (du squat des jardins publics à l’appréhension nouvelle du mobilier urbain, par exemple). Chacun s’approprie l’espace à sa manière, selon sa situation personnelle et ses conditions matérielles. Selon aussi les caractéristiques du territoire urbain et de son environnement (protection des intempéries), selon ses motivations (raisons du départ, représentations de l’espace d’arrivée et de ses habitants…), sa trajectoire biographique (migration solitaire, familiale, en groupe, etc.) et enfin selon les politiques locales à destination des migrants.

Dans tous les cas et nous l’avons constaté avec la gare ou le centre commercial, de nombreux arrivants passent la majeure partie de leur journée dans les espaces publics. Ces lieux constituent des endroits de pause, d’attente, d’échanges d’information. Des lieux-ressources et de sociabilité en somme. Pour tout nouvel arrivant au sein d’un espace social organisé, c’est une négociation de sa présence au sein de cet espace qui est à l’œuvre :

“Des stratégies de distinction s’engagent à l’intérieur d’un même espace-temps résidentiel [ici, une partie de l’espace public urbain lyonnais] entre les partenaires d’origines différentes que sont devenus les “entrants” et les “vieux nationaux” qui résistent à la pression des nouveaux venus”. (BASTENIER, 1993)

Reprenons le parcours de  X. Après une arrivée tumultueuse, solitaire et sans repère, il observe un paysage urbain bien différent de sa ville natale et il commence à identifier les fonctions sociales des différents lieux environnants. Il relève en face de lui une grande tour vers laquelle tout le monde semble se diriger.

 

Espace de repli

C’est le centre commercial « La Part-Dieu ». Nous l’avons évoqué précédemment, ce lieu devenu pour lui un refuge diurne, le protège des rigidités du climat et lui offre un sentiment de sécurité… Ce lieu a « augmenté » sa fonction principale de commerce avec celle de « refuge » pour certains néo-arrivants. Juste à côté du centre commercial, se situe la bibliothèque municipale, un autre espace d’abri dans lequel X trouvera plus tard (une fois évaporées les appréhensions d’un lieu “pas pensé pour lui”) de nouvelles fonctions de repos et de sécurité. Ce sera aussi pour lui l’occasion de se réinscrire dans des pratiques sociales et culturelles, avec un accès aux ouvrages et à internet.

Ces habitudes créent un sentiment de sécurisation du quotidien : les journées sont rythmées, les lieux sont connus et identifiés à certaines pratiques. Cela atténue un sentiment pesant d’insécurité et de solitude.

Mais l’ensemble des besoins d’X ne seront pas satisfaits dans le seul quartier de la Part Dieu. Pour trouver un point d’eau aisément accessible, un soutien psychologique, une aide et une information sur les droits qu’il peut faire valoir, pour engager les premières démarches administratives , …. X va opérer de nombreux déplacements fonctionnels qui constitueront le fil rouge de sa découverte de la ville.

 

Espaces de socialisation

Dans de nombreux récits les lignes de métro et de tramway constituent dans une trajectoire migratoire, la trame spatiale de la compréhension du territoire urbain.

Elles représentent le fil rouge que suit le migrant, parfois à pied, pour découvrir la ville. C’est un repère spatial primordial. Pour X,  c’est la ligne de tramway T1  qui a permis l’ouverture au territoire urbain. Reliant les stations « Debourg » et  « IUT Feysine », elle passe près des grandes institutions publiques de la ville, notamment la préfecture où  va déposer sa demande d’asile et la gare de La Part-Dieu qui constitue son lieu d’entrée à Lyon .

bahadourian, Université, balade, trace, migration, exil, sociabilisation, sociologie

Place D. Bahadourian – Lyon @Université de Lyon
Balade urbaine « Traces des migrations dans la ville » – 25.11.17 [Association Pas de côté]

À l’instar du centre commercial, d’autres espaces publics deviennent pour les migrants (en particulier les nouveaux arrivants) des espaces de socialisation*. La place Djebrail Bahadourian, renommée en hommage au fondateur l’épicerie éponyme en fait partie. Située dans le troisième arrondissement, près de la préfecture, plus précisément au sein du quartier de la Guillotière, elle est au cœur d’un espace d’accueil et de socialisation historique de différentes populations immigrantes. Cette place a été baptisée en hommage à l’épicerie arménienne de Djebrail Bahadourian : né en Anatolie turque, il est arrivé à Lyon, après une longue aventure de migration. Il a monté son premier magasin en 1929 juste en face de la place.

 

 

« S’approprier l’espace ne signifie pas uniquement maîtriser les lieux, c’est aussi apprendre à tisser un réseau relationnel dans les lieux : dans le capital spatial des hommes se loge un capital social. Ce dernier, thésaurisé, entretenu chaque année, prend progressivement de l’importance. Si les réseaux sociaux sont des facteurs de perpétuation des migrations (Massey, Arango et al., 1998), ils sont aussi attachés aux lieux dans lesquels ils s’inscrivent. L’ensemble des relations interpersonnelles que les migrants créent dans les lieux participe de la construction et de la valorisation de ces lieux. » (BRUSLE, 2010)

 

Les “espaces de socialisation” sont sans cesse remis en question et renouvelés (dans leurs usages), au fur et à mesure des passages de personnes qui n’y sont pas nécessairement attendues.

Il est rare de voir une place portant le nom d’un commerçant. la volonté de la ville de Lyon à sans doute été de faire reconnaître une certaine capacité d’accueil historique de la ville, de lui attribuer des valeurs de solidarité et d’ouverture à l’altérité. Peut-être s’agit-il aussi de mettre en avant un parcours migratoire d’intégration… Arrivera-t-il un jour où Monsieur X aussi aura une place à son nom ?

 

iimmigré catégorisé

Arrivé en France sans le sous ni hébergement, X doit entamer des démarches administratives s’il veut séjourner dans la légalité. Ne sachant pas vers qui se tourner, la police pourra être un intermédiaire pour lui. S’il rencontre des personnes ayant déjà été dans une situation similaire, X pourra se faire conseiller d’aller à la préfecture. C’est tout un processus d’apprentissage autour de la gestion légale des migrations auquel il va s’initier à partir de son arrivée.

X se rend en préfecture pour commencer les démarches d’obtention d’un titre de séjour ou pour déposer une demande de droit d’asile. Une file d’attente devant l’édifice public se dessine. A la fin, il se verra demandé de choisir entre deux directions : « étudiant étranger, rendez-vous asile, naturalisation par mariage » (à gauche) et « titre de séjour sauf étudiant étranger, titre de voyage » (à droite).

C’est à partir de ce moment-là que le jeu de la catégorisation commence.

La réduction des migrants à une catégorie traduit en fait un processus double. Premièrement, il conduit à « [mettre] en forme [le] monde social » (Martiniello, Simon 2005). On peut comprendre par cette formule que le fait de rationaliser l’environnement social par le classement de chaque individu dans une catégorie bien définissable, permette de “mieux” l’administrer, le quantifier et l’évaluer. Deuxièmement, la catégorisation est le moyen de distinguer des groupes qui seraient plus légitimes que d’autres à « participer à la vie démocratique et revendiquer éventuellement des droits » (Martiniello, Simon 2005).

L’usage des catégories ne se limite pas au champ politique. On peut citer le rôle des statisticiens qui en usent pour quantifier le type de répondants à une enquête, pour étudier les effets de telle ou telle politique sur un ou plusieurs catégories de population, etc. Le chercheur en sciences sociales peut lui aussi être convoqué dans l’ensemble des acteurs qui définissent, classent et séparent des groupes de personnes «homogènes» (Ibid.).

À l’inverse, on peut se poser la question de la construction de l’identité par les individus eux-mêmes. D’après Martiniello et Simon, la construction de l’identité est le fruit de rapports sociaux à plusieurs échelles (2005). Se jouent ici autant les rapports entre individus (interaction sociale entre deux personnes), l’échelle des représentations (collectives par rapport aux images personnelles) et plus largement le rapport au pouvoir (étatique et académique).

En somme, l’identité correspond à un questionnement sur plusieurs niveaux : à quel point je suis proche et je peux reproduire certaines actions de membres de ma famille ou de mes amis, comment j’adhère ou non à des croyances collectives et comment je me situe par rapport au débat politique ou scientifique. Pour élargir le débat sur l’utilisation des catégories, il parait judicieux de mettre en regard des événements historiques ou législatifs liés aux flux migratoires à partir de la fin du XXe siècle.

<captation sonore

Balade urbaine « Traces des migrations dans la ville » – 25.11.17  [Université de Lyon – Antoine Dubos – Association Pas de côté]

Au cours de la crise économique des années 1970 est apparue la notion de « clandestinité » dans le débat législatif.

Ce terme opère une distinction nouvelle entre deux migrants. Le clandestin est le migrant qui est dans une situation irrégulière sans pouvoir être régularisé immédiatement, qui ne peut donc prétendre de façon durable à l’accès au séjour régulier (Spire, 2005, p. 245 cité par Le Courant 2016, p. 24). Il est donc plus négatif que « l’irrégulier » qui lui a des chances d’être régularisé, en particulier à l’embauche. Dès lors, le champ politique s’est servi du clandestin comme bouc émissaire, il devient « source de menaces diverses, pour l’économie nationale et son système de protection sociale ou pour l’ordre public » (Le Courant ,2016, p. 24).

Une nouvelle crise économique secoue la planète à partir de 2007-2008 et le président de la République de l’époque (N. Sarkozy) institue un ministère de « l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire » (2007-2010).

Le débat médiatique a été intense durant cette période sur la façon dont l’immigration était pensée au sommet de l’Etat. La politique migratoire s’est principalement axée sur la notion d’immigration «choisie» comparée à l’immigration caractérisée jusqu’alors de «subie» par le gouvernement. Le sociologue Eric Fassin dans un article du monde diplomatique paru novembre 2009 souligne un paradoxe lié à cette rhétorique politique. Il y voit derrière le qualificatif de « choisie » la cohorte de migrants économiques, tandis que celui dit « subi » fait référence aux migrations pour raison familiale. Le paradoxe tient dans l’idée le fait que le migrant de travail a des logiques sociales et affectives qui entrent aussi en ligne de compte dans le choix de la migration, la rationalité n’est pas seulement économique. Inversement, les regroupements familiaux n’excluent pas les logiques économiques. Ainsi les politiques migratoires ont-elles tendance à se durcir lors de crises économiques.

Aujourd’hui, nous pouvons nous interroger à propos de la sémantique employée dans le débat public sur les migrations et le sens que revêtent les mots « migrants » et « réfugiés ». Selon Claire Rodier, directrice du GISTI (Groupe d'Information et de Soutien des Immigré.e.s) et co-fondatrice du réseau euro-africain Migreurop, cette « distinction […] vise à établir une hiérarchie entre les migrants dit économiques auxquels les États pourraient refuser l'accès à leur territoire, et les bons réfugiés qui méritent protection et accueil » (Foegle, Bourdier 2015, p. 2).

@Pizzettaro

La difficulté à employer un terme adéquat peut encore s’accentuer lorsqu’on considère les trajectoires biographiques des individus.

Ainsi nous ne pouvons pas penser les catégories de façon durable. Par exemple on peut être clandestin lors de la traversée de la mer Méditerranée, refuser la prise des empreintes digitale à l’arrivée en Grèce  (et éviter d’être “dubliné”), devenir irrégulier en passant par la France et déposer une demande d’asile une fois arrivé en Allemagne.

<captation sonore

Balade urbaine « Traces des migrations dans la ville » – 25.11.17  [Université de Lyon – Antoine Dubos – Association Pas de côté]

En somme, plusieurs acteurs utilisent des catégories pour décrire des groupes de personnes dans une logique de rationalisation du paysage social (essentialisation des groupes sociaux) et de reconnaissance de certaines minorités (assortie d’une légitimité et de droits sociaux).

Aussi, la construction d’une identité n’est pas que donnée. Elle s’affirme naturellement à des degrés divers d’interaction sociales.

LL’aTTENTE

Depuis qu’il a posé le pied sur le quai, X a cherché à pérenniser son séjour dans l’objectif d’obtenir une régularisation de sa situation. D’abord en s’appropriant des espaces (de repli, de confort, d’échanges, …); puis en les fréquentant assidûment et répétitivement. Alors, au moment d’entamer les démarches auprès des services administratifs, X sait qu’il sera encore davantage confronté à cet espace-temps où s’entremêlent les sentiments de désir, de frustration, de peur, d’ennui ou encore d’impatience : l’attente.

 « Les séquences interstitielles, ou temps d’arrêt, ou temps morts, qui s’insèrent dans les parcours migratoires et qui sont plus largement consubstantiels au mouvement lui-même, pour, de là, interroger les vécus, les socialisations labiles qui se mettent en place dans l’attente » (Kunth).

<captation sonore – Témoignage

Balade urbaine « Traces des migrations dans la ville » – 25.11.17  [Université de Lyon – Antoine Dubos – Association Pas de côté]

L’attente en situation migratoire est ce que Carolina Kobelinsky qualifie de « temps dilaté et espace rétréci ». Un moment où se confrontent d’un côté le sentiment d’ « inutilité sociale » (Giorgio Agamben), de l’autre la création d’effets de socialisation (solidarité, amitiés, loisirs, échanges économiques, entraide, démocraties de groupes) décrites au début de cet article.

Après la période d’arrivée et de prise de repère sur le lieu où il souhaite se fixer, X va devoir s’armer de patience au moment de procéder à la première étape officielle, l’enregistrement. Douze à quinze mois en moyenne, le sépare d’une décision définitive de l’État : titulaire ou débouté du droit d’asile. L’administration publique jalonne cette attente par de nombreuses étapes de procédures suivantes

“La confrontation de temporalités contradictoires, conjuguant temps longs et vides d’une part, et accélérations brutales d’autre part (lors des expulsions notamment). Privés de la maîtrise du présent et du futur, dépendants des temporalités institutionnelles, ces voyageurs n’ont d’autre choix que de vivre dans cette « double crainte temporelle ».” (VIDAL, MAKAREMI, MICHALON, 2015)

L’attente, c’est aussi pour X la précarité de celui qui a peur, qui n’est pas maître de son projet d’épanouissement personnel et professionnel.  Cette incertitude apparaît à la fois comme une cause d’instabilité psychique ou physique (fruits de l’inactivité) et une conséquence de logiques temporelles que seule l’administration maîtrise.

Balade urbaine sur les traces des migrations en ville. [Université de Lyon – Association Pas de côté]

 

Plus d’informations et de ressources issues des 13è rencontres Et si on en parlait « Migrations. Hommes et cultures en mouvements« 

Bibliographie

AUGE M., 1992, Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Le Seuil.

BACON L., PENICAUD M., 2015, « Penser la migration depuis les espaces de l’attente ». Compte-rendu du séminaire « Sources et méthodes ». En ligne : http://migrinter.hypotheses.org/2267

 

BASTENIER A., 1993, Immigration et espace public : La controverse de l’intégration, Paris, L’Harmattan.

BÉTEILLE R., 1981, « Une nouvelle approche géographique des faits migratoires : champs, relations, espaces relationnels », dans L’Espace géographique, n° 10, vol. 3, pp. 187‑197.

BRUSLE T., 2010, « Rendre l’étranger familier. Modes d’appropriation et de catégorisation de l’espace par les migrants népalais en Inde », Revue Européenne des Migrations Internationales, n° 26, vol. 2, pp. 77 – 94.

HENNION A., 2012, « La gare en action. Hautes turbulences et attentions basses », Communications, n° 90, vol. 1, pp. 175-195. En ligne : https://www.cairn.info/revue-communications-2012-1-page-175.htm

MARTINIELLO M. & SIMON P., 2005, « Les enjeux de la catégorisation : Rapports de domination et luttes autour de la représentation dans les sociétés post-migratoires », Revue européenne des migrations internationales, n° 21, vol. 2, pp. 7 – 18. En ligne : https://www.cairn.info/revue-europeenne-des-migrations-internationales-2005-2-page-1.htm

MAZZELA S., 2004, « Belsunce, laboratoire urbain de la migration ? (note critique) », n° 7, vol. 2, Terrains et Travaux : Revue de Sciences Sociales, pp.19-24.

POLINO M.-N., 2010, « Note de lecture » de l’ouvrage de SAUGET S., 2009, À la recherche des pas perdus. Une histoire des gares parisiennes (Paris, Tallandier, 241 p.), parue dans Revue d’histoire du XIXe siècle, n° 40. En ligne : http://journals.openedition.org.bibelec.univ-lyon2.fr/rh19/4010

________________________________________________________

Ce travail a bénéficié d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre du programme d’Investissements d’avenir portant la référence ANR-17-CONV-0004.

Les écritures post-coloniales

LLes écritures post-coloniales

Vendredi 2 et samedi 3 février au Théâtre National Populaire.

Deux soirées pour penser le post-colonialisme, deux soirées pour faire dialoguer la littérature, l’histoire, la musique, la poésie, les arts,…Cycle conçu et organisé par la Villa Gillet avec le Théâtre National Populaire, l’Ambassade des Pays-Bas en France, le Fonds des lettres néerlandaises et Flanders Literature.

 

VVendredi 2 février

• 18h30 – Exposer le fait colonial

À partir de l’analyse de l’exposition coloniale de 1931 à Paris, comprendre les enjeux politiques et esthétiques de la muséographie contemporaine du fait colonial.

Avec Martine Gosselink, Marianne Amar et Michel Pierre.

Débat animé par Cédric Lesec / Directeur des relations extérieures et de la diffusion du Musée des Confluences.

 

• 20h30 – Contre l’oubli : se souvenir de la violence coloniale

L’histoire “post-coloniale” des guerres d’indépendance refoule souvent les violences qui les ont accompagnées et qui en découlent. Comment lutter contre cet oubli ?

Avec Abram de Swaan et Sylvie Thénault.

Débat animé par Thibaut Sardier / Journaliste et géographe (28 minutes Arte / Libé / France Culture)

 

• 22h30 – Création musicale autour d’Une Saison au Congo d’Aimé Césaire

Par Fabrice Devienne avec cinq musiciens et un slameur.  Une invitation au voyage, alliant les textes poétiques de Aimé Césaire et un univers musical aux confluences de l’Afrique, de Cuba et du jazz.

 

SSamedi 3 février

• 18h – Actualité du passé colonial : réparer un récit brisé

Romans, nouvelles, films, bandes dessinées : jamais le passé colonial n’a été aussi présent dans le domaine des œuvres de fiction. Mais qu’en est-il du côté de l’histoire telle qu’elle s’écrit ? Dialogue autour de cette nouvelle histoire des colonisations.

Avec Romain Bertrand, François-Xavier Fauvelle , Martin Bossenbroek et Paul Bijl.

Débat animé Julie Clarini / Le Monde

 

• 20h – Mettre en récit le colonialisme Entre fiction et non-fiction, comment dire le fait colonial ?

Mémoires et stratégies d’écriture, faits et imagination.

Avec Lieve Joris et Éric Vuillard.

Débat animé par Margot Dijkgraaf / Critique littéraire

 

• 22h30 – Paul Wamo présente SOL

Spectacle spoken word et musique

Avec Paul Wamo

 

 

Hésiode, aux origines de la mythologie grecque

HHésiode, aux origines de la mythologie grecque

Hésiode, aux origines de la mythologie grecque

Conférence de Pascale Brillet, maître de conférences en langue et littérature grecques à l’université Lumière Lyon 2, laboratoire HiSoMA-MOM

Cycle Jean Pouilloux 2017-2018 organisé par la Maison de l’Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux

Plus d’informations sur le site de la MOM

 

 

Toutes les conférences du cycle ont lieu à 18 heures à l’amphithéâtre de la MILC, 35 rue Raulin

Caričin grad, une ville protobyzantine en Serbie du sud

CCaričin grad, une ville protobyzantine en Serbie du sud

Caričin grad, une ville protobyzantine en Serbie du sud

Conférence de Bernard Bavant, CNRS, laboratoire Archimède, MISHA, Strasbourg, co-responsable de la mission franco-serve de Caričin grad

Cycle Jean Pouilloux 2017-2018 organisé par la Maison de l’Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux

Plus d’informations sur le site de la MOM

 

Toutes les conférences du cycle ont lieu à 18 heures à l’amphithéâtre de la MILC, 35 rue Raulin

Y croire ou pas ? Superstitions et rumeurs, hier et aujourd’hui

YY croire ou pas ? Superstitions et rumeurs, hier et aujourd’hui

Dans le cadre de notre fil rouge autour des croyances, il semblait inévitable de convoquer deux disciplines : l’histoire et l’anthropologie, et de les mettre en résonance. Avec elles, nous souhaitons interroger les domaines jugés particulièrement irrationnels que sont la superstition, la sorcellerie et la rumeur.

Entre « désenchantement du monde » à l’époque moderne et « retour du religieux » aujourd’hui, le débat semble se répéter ou s’enliser. En effet, le prétendu recul des croyances religieuses et magiques au profit des explications modernes et scientifiques correspond peu à ce que les historiens et anthropologues peuvent observer. Il semble au contraire que quelles que soient les époques ou les régions, le surnaturel ait une emprise sur l’homme et soit concomitant avec le développement d’une rationalité ou d’une quête de vérité.

Crispin et Scapin par Honoré Daumier

La question est alors de savoir comment appréhender et définir les limites de ce qui peut être cru ? Quels discours qualifient ou disqualifient les modes de croyance ? Quelles fonctions sociales, culturelles, politiques et économiques jouent les superstitions ou les rumeurs ? Quels liens entretiennent-elles avec les religions et dogmes officiels ? Quels regards portent les individus sur leur propre crédulité ou croyance ?

 

Conférence débat en présence de Julien Bonhomme – maître de conférences en anthropologie à l’Ecole normale supérieure (Paris) et chercheur au Laboratoire d’anthropologie sociale,  et Boris Klein – professeur agrégé d’histoire au lycée La Martinière-Duchère  Lyon et docteur en histoire moderne.

 En savoir plus

Un trésor médiéval découvert à l’Abbaye de Cluny

UUn trésor médiéval découvert à l’Abbaye de Cluny

Mi-septembre, sur le site de l’Abbaye de Cluny (Saône-et-Loire), une découverte majeure a été réalisée dans le cadre d’une opération de fouille : plus de 2 200 deniers et oboles en argent, 21 dinars musulmans en or, un anneau sigillaire et d’autres éléments en or. C’est la première fois que ces deniers sont retrouvés en si grand nombre et qu’un tel trésor réunit, au sein d’un même ensemble clos, des monnaies arabes en or, des deniers d’argent et un anneau sigillaire.

© Alexis Grattier – Université Lumière Lyon 2

Les travaux ont été dirigés par Anne Baud, enseignante-chercheure à l’Université Lumière Lyon 2 et Anne Flammin, ingénieure CNRS, rattachées au laboratoire Archéologie et archéométrie (CNRS / Université Lumière Lyon 2 / Université Claude Bernard Lyon 1). Ils ont été menés en collaboration avec une équipe de 9 étudiant.es de l’Université Lumière Lyon 2 et de membres de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée – Jean Pouilloux (CNRS / Université Lumière Lyon 2).

 

En savoir plus