La montagne en mode décroissance

LLa montagne en mode décroissance

Les équipements poids-plume sont une tendance de fond chez les industriels.

Pas dupe, une discrète communauté de marcheurs refuse cette course à l’innovation et le consumérisme qui va avec, en revendiquant une « marche ultra légère » basée sur le système D. Le mouvement, actuellement étudié par le sociologue Éric Boutroy (laboratoire L-Vis), est né en France au début des années 2000, grâce aux forums, puis aux réseaux sociaux numériques.

Il a ses grandes figures, à commencer par Olivier, qui a lancé la démarche en France après une traversée de l’Islande particulièrement éprouvante, 30 kilos sur le dos. Un destin de « mulet » que refusent les MUL (pour marcheurs ultra légers) avec leur mantra : « Un sac lourd est un sac bourré d’angoisses ». Exit donc les gadgets emportés au cas où, les sangles inutiles qui alourdissent les sacs, les tentes encombrantes quand une toile cousue main et des bâtons de marche font l’affaire. Exit aussi les réchauds, remplacés par des « réchauds-canettes » fabriqués avec ce qu’on a sous la main. Les plus aguerris vont jusqu’à coudre leurs propres sacs  à dos et duvets. Les MUL, marchent hors des sentiers battus, mais ne boudent pas la performance : s’alléger permet aussi d’aller plus vite. Une traversée des Pyrénées en une dizaine de jours, avec seulement 2 kilos sur le dos et en solitaire, a ainsi été réalisée à l’été 2019. Une recherche de frugalité volontaire qui conduit certains marcheurs ultra légers à transformer profondément leur mode de vie, non seulement en randonnée mais aussi au quotidien.

Les réchauds-canettes, qui pèsent une dizaine de grammes, sont la marque de fabrique des MUL. Apprendre à les fabriquer est souvent la première étape pour rejoindre la communauté.

 

 

 

Cet article est extrait de l’enquête

LA MONTAGNE SAISIE PAR LE CULTE DE LA PERFORMANCE

issue du Pop’Sciences Mag n°5.