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Les lutteurs impassibles | Collections & Patrimoine

LLes lutteurs impassibles | Collections & Patrimoine

Vous vous disputez avec vos co-confinés ? On espère que vous n’en arriverez pas au même point que ces deux-là : aujourd’hui on vous présente les Lutteurs Medicis.

Les Lutteurs sont une œuvre en marbre réalisée au Ier siècle av. J.-C., et conservée à Florence, à la Galerie des Offices (inv. 1914 n.216).

Deux hommes nus ont été précipités au sol. Ils sont en pleine action, le premier maintenant le second au sol grâce à la tenaille formée par ses jambes. L’homme du dessus semble faire une clef de bras à celui du dessous. Ils échangent un regard, mais leurs expressions semblent impassibles. La tension des muscles, bandés juste après la chute montre à quel point l’artiste a su saisir, capter un instant du combat, comme suspendu depuis une vingtaine de siècles.

Si le groupe semble être une copie d’après un bronze réalisé au IIIe siècle av. J.-C. par un artiste de l’école de Lysippe*, les têtes n’appartiennent pas à l’original. Celle de l’homme du dessus est moderne, et celle de l’homme du dessous est antique mais provient d’une autre œuvre. Cela expliquerait en partie le peu d’expressivité des visages.

© C. Mouchot – Université Lumière Lyon 2

La lutte est un des sports grecs par excellence. Les lutteurs, dont le corps est préalablement enduit d’huile et de poussière pour rendre les prises plus difficiles, ont pour but de faire tomber leur adversaire trois fois au sol. C’est ainsi qu’ils obtiennent la victoire. La lutte intègre les épreuves des Jeux olympiques en 708 av. J.-C. et il s’agit aussi de l’une des cinq épreuves qui constituent le pentathlon (avec la course, le saut, le disque et le javelot).

Ce groupe a été retrouvé vers 1583 près de Saint-Jean de Latran à Rome, non loin d’un groupe représentant les Niobides* dont nous vous parlions récemment [« Gloire et déboires de Niobé et sa fille »]. Il est même possible qu’il fasse partie de cet ensemble, car certains textes précisent que les plus jeunes fils de Niobé sont transpercés par les flèches d’Apollon alors qu’ils s’exerçaient à la lutte.

Les Lutteurs sont achetés l’année même de leur découverte par le cardinal Ferdinand de Médicis (1549-1609), et ils sont envoyés à Florence en 1677.

Dans les années 1800, pour les protéger de l’ambition napoléonienne qui a tendance à rapporter beaucoup d’œuvres italiennes en France, Les Lutteurs sont cachés pour les protéger. Ils sont réexposés en 1803.

Le tirage* conservé au MuMo a été réalisé en 1896 : une commande de l’emballeur Gerfaud, conservée au Pôle archives de l’Université Lumière Lyon 2 nous l’apprend.

Néanmoins, l’œuvre ne porte pas d’estampille, ce qui devrait être le cas pour un moulage réalisé à cette date par les ateliers de moulage des musées nationaux. Peut-être ce moulage vient-il des ateliers de l’Ecole nationale des Beaux-arts, pour laquelle Gerfaud est aussi l’emballeur officiel.

Vous pouvez de nos jours admirer ce moulage au MuMo, dans la section dédiée au corps masculin… On espère vous y voir très vite !

 

Glossaire

*Tirage : Ce terme désigne le résultat du processus de prise d’empreinte sur une œuvre et de reproduction de celle-ci. Le tirage est donc la copie résultant de l’opération de moulage.

*Lysippe : Bronzier qui travaille entre 370 et 310 av. J.-C., il est très réputé et dit avoir deux maîtres : Polyclète (un sculpteur de l’époque du Haut classicisme vers 450 av. J.-C. – 430 av.J.-C.) et la nature. Il est connu pour avoir remis en cause le canon physique des statues masculines de Polyclète en les allongeant. Il est aussi le portraitiste officiel d’Alexandre le Grand.

*Niobides : Les Niobides, dans la mythologie grecque, sont les quatorze enfants de Niobé. Celle-ci a le malheur de se vanter de son abondante progéniture auprès de Léto, la mère d’Apollon et Artémis, qui en prend ombrage. Pour venger leur mère, les jumeaux poursuivent les enfants de Niobé, qu’ils tuent tous à l’aide de leurs arcs et flèches.

 

Lina Roy – Musée des moulages, Université Lumière Lyon 2

Musée des moulages

 

Les multiples déclinaisons du Torse du Belvédère | Collections & Patrimoine

LLes multiples déclinaisons du Torse du Belvédère | Collections & Patrimoine

Aujourd’hui, on vous fait découvrir une œuvre très célèbre… Sans tête, ni bras, ni jambes ! Il s’agit du Torse du Belvédère.

Le Torse du Belvédère est une œuvre en marbre sculptée par Apollonios, au 1er siècle av. J.-C., aujourd’hui conservée en Italie, au Vatican (inv. 1192).

Le MuMo en conserve un moulage réalisé vers 1893 par Michele Gherardi, un mouleur romain qui a réalisé de nombreux moulages de notre collection. On le trouve dans la section consacrée au corps masculin (inv. L764).

Il s’agit d’une œuvre frappante : un corps sans tête, sans bras, dont les jambes s’arrêtent au niveau des genoux. Le torse est nu, en position assise et penchée en une torsion vers l’avant. Les muscles, compressés par le mouvement du buste, sont représentés de façon assez naturaliste. Le sculpteur a saisi le corps dans une attitude inhabituelle. Sous les jambes, une phrase est inscrite, nous donnant l’identité de l’artiste : « Apollonios, fils de Nestor », personnage complètement inconnu par ailleurs.

© C. Mouchot – Université Lumière Lyon 2

On ne sait pas dans quelles circonstances cette œuvre antique a été retrouvée, mais il semblerait qu’elle se trouve dans la collection du cardinal Colonna* vers 1435, puis qu’elle soit passée au sculpteur Andrea Bregno* vers 1500. Celui-ci meurt en 1506, et on retrouve alors le Torse dans la cour des statues du Belvédère. En 1770, à la création du musée Pio-Clementino (Vatican), l’un des premiers musées modernes, le Torse est exposé dans le vestibule rond, lieu dédié aux œuvres les plus prestigieuses.

En 1797, le Traité de Tolentino, qui instaure la paix entre le France, l’Italie et le Vatican, stipule que le Torse doit être cédé aux Français : il fait une entrée triomphale à Paris en juillet 1798. Il est exposé au sein du Palais du Louvre en 1801… Avant d’en être retiré en 1815, et restitué au Vatican, où on le trouve encore aujourd’hui, salle des Muses.

L’identification du Torse a fait couler beaucoup d’encre. On l’a d’abord pris pour un Héraclès représenté filant à l’aide d’une quenouille ou au repos après avoir réalisé ses travaux, car il porte une peau de bête.

Les spécialistes s’accordent aujourd’hui à dire qu’il s’agit en réalité d’Ajax*, méditant son suicide. Lors de la Guerre de Troie*, Ajax et Ulysse* se disputent les armes d’Achille*, mort au combat. Ulysse gagne le droit de remporter ces armes, ce qui rend Ajax fou : il parcourt le campement des Grecs, et croyant tuer Ulysse et rétablir la justice, il décime en réalité un troupeau de moutons. Rayé par tous, il se pourfend lui-même de son épée.

Cette œuvre est très admirée par Michel-Ange*, et reprise par Vésale*, qui la représente en écorché en 1453 dans ce qui est l’un des premiers traités de médecine moderne : De humani corporis fabrica.

©Association française d’Urologie

On en fait de nombreuses reproductions dès le XVIIIe siècle : on en trouve un moulage à l’Académie de France à Rome, à la Royal Academy de Londres.

Notre moulage a été réalisé par Gherardi, mouleur à Rome, qui mentionne dans une de ses factures adressées au musée des Moulages « torse Vatic. Salle des Muses ». Ce document est conservé au Pôle Archives de l’Université Lumière Lyon 2.

Vous pourrez aller juger à quel point Vésale ou Michel-Ange se sont inspirés de cette œuvre dans leur travail dès la réouverture du musée : vous le trouverez dans la halle d’exposition du MuMo, dans la section consacrée au corps masculin.

 

 

Glossaire

*Cardinal Colonna : Prospero Colonna (1410-1463) est un cardinal italien, issu de la prestigieuse famille Colonna qui a fourni pas moins de 16 cardinaux à l’Église, du XIIIe au XVIIIe siècle.

*Andrea Bregno : Andrea Bregno (1418-1506) est un architecte et sculpteur italien qui travaille à Rome dans la seconde moitié du XVe siècle. Il y réalise de nombreuses sépultures de cardinaux. L’un de ses derniers chantiers l’amène à côtoyer le jeune Michel-Ange.

*Cour du Belvédère : Cette cour très célèbre du Vatican a été créée par l’architecte Bramante vers 1508. Cette cour permet de rejoindre le Palais du Vatican et le Palais du Belvédère par une succession de terrasses. Cette cour était l’écrin des sculptures antiques les plus prestigieuses de la collection pontificale.

*Ajax : Il s’agit de l’un des nombreux héros de la Guerre de Troie. Très célèbre pour ses combats contre Hector et Ulysse, l’île de Salamine lui rendait un culte particulier.

*Achille : il s’agit d’un héros, fils de Thétis et Pélée. Sa mère le plonge dans le fleuve des Enfers alors qu’il est enfant, et il devient ainsi invulnérable, sauf au niveau du talon car c’est par là que Thétis le retenait en l’immergeant dans le fleuve. Durant la Guerre de Troie, il trouve la mort, touché au talon par une flèche de Pâris.

*Guerre de Troie : Il s’agit d’un épisode mythologique très célèbre, qui voit s’opposer au cours de grandes batailles les Grecs et les Achéens. La guerre est déclenchée par l’enlèvement d’Hélène par Pâris, qui en est tombé éperdument amoureux. Mais Hélène est mariée à Ménélas, qui assiège Troie dans l’espoir de récupérer sa femme. Cela donne lieu à de nombreux affrontements entre les hommes mais aussi entre les dieux.

*Ulysse : il s’agit d’un héro grec. Il est l’un des protagonistes de l’Iliade et surtout le personnage principal de l’Odyssée, les deux grands récits fondateurs de la mythologie grecque. Roi d’Ithaque, Ulysse est célèbre pour son intelligence qui lui permet de se sortir des nombreuses embuches qui se trouvent sur le chemin qu’il emprunte au retour de la Guerre de Troie.

*Michel-Ange : De son nom complet Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni (1475-1564) est l’un des artistes les plus célèbres du XVIe siècle en Italie : sculpteur, dessinateur, architecte, peintre, il a laissé des œuvres de premier plan dans tous ces domaines (citons la peinture de la voûte de la Chapelle Sixtine, la conception du dôme de Saint-Pierre de Rome ou encore le Moïse, sculpture intégrée au tombeau du Pape Jules II).

*Vésale : André Vésale (1514-1564) est un médecin passionné d’anatomie. Il devient le médecin personnel de Charles Quint puis de Philippe II de Habsbourg, ce qui l’amène à beaucoup voyager. Il est l’auteur d’un précis d’anatomie qui s’attache à représenter les organes humains et à corriger les erreurs qu’il constate chez Galien, la référence des médecins du XVIe siècle. C’est entre autre lui qui donne à la dissection et l’observation scientifique leurs lettres de noblesse.

Lina Roy – Musée des moulages – Université Lumière Lyon 2

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MuMo

L’amour « brulant » d’Eros et Psyché | Collections & Patrimoine

LL’amour « brulant » d’Eros et Psyché | Collections & Patrimoine

Aujourd’hui, on vous raconte l’histoire d’Eros et Psyché, un mythe qui finit bien, pour vous remonter le moral !

Eros et Psyché est une copie romaine d’un original hellénistique inconnu, réalisé en marbre au IIe siècle après J.-C. et conservé à Rome, au musée du Capitole (inv. MC 0408).

Le MuMo en possède un moulage en plâtre, réalisé vers 1899 par le mouleur romain Leopoldo Malpieri, et présenté dans la section Monstres et Mythologie (inv. L741).

 

©C. Mouchot – Université Lumière Lyon 2

 

Le groupe, composé d’un jeune homme nu et d’une jeune femme dont la nudité n’est voilée que par un drapé noué à son bassin, est plus petit que nature (environ 1.30m). Les deux personnages sont campés sur leurs appuis, leurs jambes nous font fasse. Mais leurs torses et leurs bras sont rapprochés l’un de l’autre dans une étreinte suggérant qu’Éros donne un baiser à Psyché.

On trouve les aventures de ces amoureux chez Apulée*. Psyché est une femme très belle, mais elle ne trouve pas d’époux : les hommes préfèrent la vénérer, et en oublient même de rendre hommage à Aphrodite*. Cette dernière, jalouse, demande à son fils Eros, de faire tomber Psyché amoureuse du plus misérable des mortels pour se venger. Éros obéit, mais ce faisant se blesse avec une de ses flèches et tombe lui-même amoureux de Psyché.

Abandonnée par son père sur un rocher, Psyché se retrouve finalement dans un magnifique palais, où son époux la rejoint chaque soir dans l’obscurité de sa couche. Il est formel, elle ne doit pas tenter de découvrir son identité. Mais Psyché s’ennuie et demande à ce que ses sœurs puissent venir au palais. Cela lui est accordé, et ce sont elles qui la convainquent qu’elle doit savoir qui est son amant. Profitant du sommeil d’Éros, Psyché allume une lampe à huile afin de découvrir les traits de son époux. Mais une goutte d’huile brulante tombe sur Éros, qui se réveille et s’enfuit, trahi.

Psyché part alors à la recherche de son amour et atterrit dans le palais d’Aphrodite qui lui impose toute une série d’épreuves pour reconquérir Éros. Elle triomphe et ils se marient sur le mont Olympe.

Ce groupe a été découvert en 1749 à Rome, près de l’église Santa Balbina, sur l’Aventin. Il est tout de suite acquis par Benoît XIV*, qui en fait don au musée du Capitole. La tête d’Éros n’a pas été retrouvée, et a été remplacée par une autre tête d’Éros antique. L’œuvre est emportée en France selon les termes du Traité de Tolentino en 1797, mais restituée dès la chute de Napoléon.

Cette œuvre est très admirée dès sa découverte, et largement reproduite : que ce soit en intaille par Wedgwood* (manufacture très réputée), en bronze par Zoffoli ou en dessin : Ingres*, par exemple, s’est prêté plusieurs fois à cet exercice.

C’est à la réinterprétation de ce groupe qu’ Antonio Canova* (1757-1822) doit ses œuvres les plus réputées : il en fait une première lecture, très personnelle et dont le succès ne se dément pas jusqu’à aujourd’hui entre 1797 et 1793, conservée à Paris au musée du Louvre.

 

© Jorg Bittner Unna – Creative Commons

 

Sa seconde lecture, en 1808, est encore plus proche de l’original (conservée à Saint-Pétersbourg, au musée de l’Ermitage).

 

©Anonyme – Creative Commons

 

Le tirage de l’Éros et Psyché antique conservé par le MuMo a été réalisé par Malpieri, après 1899 : un cachet métallique fixé au plâtre porte son nom.

 

En effet, le Pôle Archives de l’Université Lumière Lyon 2 conserve une lettre de Henri Lechat, conservateur du musée, qui indique qu’il sera très heureux de payer ce moulage à l’artisan italien, à partir du moment où il aura reçu celui-ci. Cette lettre date du 11 juin 1899, on peut donc en déduire que l’œuvre a dû arriver au musée quelques mois plus tard.

Vous pourrez venir admirer ce couple d’heureux amoureux dès la réouverture du musée !

Glossaire

*Apulée : (c. 125-170) est un orateur, écrivain et philosophe né en actuelle Algérie, à l’époque romaine. Il a été rendu célèbre par son roman Les Métamorphoses : c’est dans cet ouvrage que l’on trouve l’histoire d’Éros et Psyché, récit le plus célèbre issu de sa plume.

*Aphrodite : déesse grecque de l’Amour au sens large, les Romains la nomment Vénus. Si Héphaïstos est généralement reconnu comme son époux, on lui a attribué de nombreux amants (Arès, Poséidon, Adonis, Anchise etc.). Elle est traditionnellement reconnue comme la mère d’Éros.

*Benoît XIV : (1674-1758), issu de la famille Lambertini, il accède au pontificat en 1740. Passionné de littérature, il est connu pour son ouverture d’esprit envers les idées des Lumières. C’est aussi un grand mécène, comme le montre son achat du groupe d’Eros et Psyché, mais aussi son financement de l’embellissement de la façade de l’église Sainte-Marie-Majeure, à Rome.

*Wedgwood : Il s’agit d’une manufacture de porcelaine, faïence et poteries créée en 1759 par Thomas Wedgwood et qui connaît une importante vogue au XVIIIe siècle. Les plus grands succès de cette manufacture sont des objets dévolus aux arts de la table représentant des sujets antiques.

*Ingres : Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) est un peintre du XIXe siècle, élève de Jacques-Louis David dont il reprend les aspirations néoclassiques. Directeur de l’Académie de France à Rome, il est très familier des antiquités romaines, qu’il étudie par le biais de croquis, et qu’il utilise parfois dans ses travaux.

*Canova : Antonio Canova (1757-1822) est un sculpteur et peintre vénitien. Régulièrement appelé au service de la famille Napoléon, son intérêt se porte largement sur la réinterprétation de sujets antiques. C’est lui qui est chargé de négocier le retour des œuvres d’art pillées par l’Empire en Italie à la chute de Bonaparte.

 

Lina Roy – Musée des moulages – Université Lumière Lyon 2

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MuMo

Jeanne de Boulogne : portrait d’une jeune mariée infortunée | Collections & Patrimoine

JJeanne de Boulogne : portrait d’une jeune mariée infortunée | Collections & Patrimoine

Portrait de Jeanne de Boulogne

©J.-P. Cherinian – Université Lumière Lyon 2

#histoiredunmoulage

Le MuMo, ce n’est pas qu’une collection d’antiques ! Le musée conserve un riche fonds d’œuvres médiévales et modernes, dont le portrait de Jeanne de Boulogne.

Le portrait en pied de Jeanne de Boulogne (1378-1424) a été réalisé pour orner la cheminée monumentale du Palais des ducs d’Aquitaine et des comtes de Poitiers (ex-palais de Justice de Poitiers – salle des pas perdus) à l’occasion de son mariage avec le duc de Berry, frère du roi de France, en 1389. Si cette statue est aujourd’hui perdue, la cheminée, œuvre de Guy de Dammartin, reste un des plus beaux témoignages encore visibles de gothique angevin dans l’architecture civile.

L’original a disparu mais le Musée des Moulages de l’Université Lumière Lyon 2 abrite une copie en plâtre de l’œuvre. Elle a été réalisée à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle, et se trouve dans la section consacrée aux portraits (inv. M203).

La jeune femme est représentée à l’âge de 12 ans, l’année de son mariage au Duc de Berry*, d’une quarantaine d’années son aîné. Son port de tête est dégagé, sa coiffure particulièrement riche en ornements contraste avec la surface lisse de son front haut. Ses cheveux, tressés de chaque côté de son visage sont couverts d’une coiffe brodée de losanges dans lesquels se logent de petits quatre feuilles. L’ensemble est ceint d’une couronne sur laquelle des perles s’agencent autour de pierres.

Cette statue était accompagnée de plusieurs autres, notamment de Charles VI et Isabeau de Bavière, le roi et la reine, neveu et nièce par alliance de Jeanne, ainsi que Jean de Berry, son époux. La représentation du couple royal côtoyant le couple ducal permet d’insister sur les liens familiaux qui les unissent, mais permet aussi au duc de Berry de montrer sa proximité avec le roi et son rôle important dans la gestion des affaires du royaume.

Isabeau de Bavière portait un costume et des atours très semblables à ceux de Jeanne de Boulogne. Néanmoins, on note une légère individualisation des visages : Isabeau a des lèvres plus pincées, un nez plus camus, une courbe des sourcils plus sévère. Si ce sont avant tout des portraits d’une position sociale (ce qui explique la richesse des atours, l’insistance sur les motifs décoratifs), ce sont donc aussi des portraits de femmes en particulier.

Son mariage avec Jean de Berry ne vient que camoufler le fait que ce dernier s’était largement approprié les terres que Jeanne avait héritées de son père. Veuve en 1416, elle se remarie au peu recommandable Georges de la Trémoille*, qui la dépouille encore un peu plus de ses biens.

L’inventaire réalisé par Gilles Chomer au Musée des Moulages dans les années 1970 indique comme provenance de ce buste la mention « MSC » : Musée de Sculpture comparée, actuelle Cité de l’Architecture et du Patrimoine.

En effet, notre moulage dériverait de celui conservé dans cette institution, qui conserve une reproduction de la statue originale en pied (MOU.01002). On s’aperçoit ici de l’un des intérêts majeurs de la pratique du moulage : conserver la trace d’œuvres disparues, en plus de pouvoir les reproduire.

Jeanne de Boulogne

©Léo Reynolds

Le revers du buste nous permet de comprendre un peu mieux les techniques de moulage. La structure du buste est creuse, soutenue par un étai métallique qui permet de lier la tête au piédouche (la base).

Moulage - Jeanne de Boulogne

©Jean-Paul Cherinian – Université Lumière Lyon 2

Le portrait de Jeanne de Boulogne, particulièrement élégant, fait rayonner l’art médiéval au sein de la section dédiée aux portraits au MuMo : venez l’admirer dès la réouverture du musée !

Glossaire

*Jean de France, duc de Berry (1340-1416) : Frères de Charles V, Jean de Berry règne sur son duché tel un prince sur son état, avec une certaine autonomie, malgré les révoltes auxquelles il est confronté. Associé au règne de Charles VI, son neveu surnommé « le roi fou », il a un poids important dans la gestion des affaires du royaume, avant d’en être écarté par le roi en 1415. Il est resté célèbre pour son mécénat : on lui doit la construction de pas moins de dix-sept châteaux et hôtels, ainsi que la réalisation de manuscrits remarquables, telles les Très Riches Heures du Duc de Berry des frères Limbourg, aujourd’hui conservées à Chantilly, dans la bibliothèque du musée Condé.

*Georges de la Trémoïlle (1384-1446) : Issu d’une famille très prestigieuse, il grandit à la cour de Bourgogne. Il est célèbre pour avoir été un compagnon d’armes de Jeanne d’Arc, qu’il fait entrer à la cour de Charles VII. L’historiographie l’a cependant longtemps dépeint comme le traître qui a livré la Pucelle aux bourguignons.

Lina Roy – Musée des moulages, Université Lumière Lyon 2

Musée des moulages

L’invincible Arès Ludovisi | Collections & Patrimoine

LL’invincible Arès Ludovisi | Collections & Patrimoine

#Histoiredunmoulage

Arès Ludovisi, est une copie d’un original réalisé par un sculpteur de l’école de Scopas* ou de Lysippe*, datant du IVe siècle av. J.-C., sculptée dans un marbre du Penthélique*. Cet Arès* est conservé à Rome, par les musées nationaux romains, au Palazzo Altemps (inv. 8602).

Nous conservons une copie de cet antique, moulé en plâtre par Michele Gherardi en 1894, de mêmes dimensions que l’original. Il se trouve au Musée des Moulages de l’Université Lyon 2 dans la section Mythes et monstres (inv. L584).

Arès, le dieu de la guerre, est représenté au repos, assis sur un rocher, une draperie passant négligemment sur son bassin. Il tient son glaive à la main, mais son casque et son bouclier son posés au sol. Sous la jambe du dieu s’est glissé un petit Eros qui vient dynamiser la composition.

L’Arès Ludovisi a été retrouvé en 1622 dans les ruines d’un temple dédié à Mars, sur le Champ de Mars, à Rome. C’est au moment de cette redécouverte que Bernin* réalise quelques restaurations, notamment au niveau de l’Eros qui accompagne le dieu. Le marbre est acheté par la famille Ludovisi, qui le conserve au Palazzo Grande, sur le Pincio (une des collines de Rome, surplombant le champ de mars), jusqu’au XIXe siècle. En 1901 l’œuvre antique est rachetée par le gouvernement italien, et figure aujourd’hui dans les collections nationales.

Cette œuvre a été largement admirée depuis sa découverte, alors même que l’on met plusieurs décennies à en déterminer l’identité : les inventaires successifs de la collection Ludovisi l’ont décrit comme un Adonis* (1622), ou encore un gladiateur amoureux (1623).

Copie de l'oeuvre l'Arès Ludovisi par Velazquez

Arès par Velazquez ©Ministerio de Educacion, Cultura y Deporte

L’Arès Ludovisi a fait l’objet de nombreuses reproductions : en dessin, en gravure, en biscuit, mais aussi et surtout en plâtre grâce au procédé du moulage. Il fait par exemple partie de la grande commande de moulages ordonnée par Philippe IV d’Espagne en 1650 par le biais de son célèbre émissaire à Rome… J’ai nommé Diego Velázquez. Cette copie du milieu du XVIIe siècle réalisée sous les ordres du peintre sévillan se trouve toujours dans les collections espagnoles, à Valladolid, au musée national de sculpture. Velázquez est d’ailleurs fortement marqué par l’Arès, à tel point qu’il s’en inspire fortement pour peindre son Repos de Mars (conservé à Madrid, au musée du Prado).

Velázquez – Repos de mars (Domaine public)

 

Notre version de l’Arès Ludovisi a été réalisée par Michele Gherardi, mouleur à Rome, à la demande de Maurice Holleaux, qui était à la tête du musée dans les années 1890. Gherardi travailla à de nombreuses reprises pour le musée de la Faculté de Lettres, nom alors porté par le Musée des Moulages. Nous disposons de quelques traces de cette commande dans les archives conservées au Pôle Archives de l’Université Lumière Lyon 2 : une facture et une lettre qui évoque la difficulté pour les mouleurs d’approcher les grands antiques dans les collections privées, et notamment la nécessité de demander la permission d’accès à l’Arès Ludovisi.

Victime de son grand âge, l’œuvre du MuMo a été restaurée en 2019 : le socle, qui semblait avoir été scié au niveau d’un des angles, a été recollé, ainsi que quelques orteils qu’Arès avait perdus. Vous pourrez bientôt venir voir le résultat de l’opération, et apprécier cette œuvre romaine à la fortune intimement liée au moulage au Musée des Moulages de l’Université Lyon 2, dès sa réouverture !

 

Glossaire

*Scopas (de Paros) : sculpteur grec originaire de Paros (Cyclades), il semble avoir vécu entre 420 av. J.-C. et 330 av. J.-C.. C’est un des artistes grecs de l’époque classique (480 av. J.-C. – 323 av. J.-C.) qui porte l’expressivité des visages et des corps à leur paroxysme.

*Lysippe : bronzier qui travaille entre 370 et 310 av. J.-C., il est très réputé et dit avoir deux maîtres : Polyclète (un sculpteur de l’époque du Haut classicisme vers 450 av. J.-C. – 430 av.J.-C.) et la nature. Il est connu pour avoir remis en cause le canon physique des statues masculines de Polyclète en les allongeant. Il est aussi le portraitiste officiel d’Alexandre le Grand.

*Penthélique : région montagneuse de l’Attique (Grèce), située au nord-est d’Athènes. Le marbre qui en est issu est très prisé dans l’antiquité. C’est ce matériau qui a servi, par exemple, à édifier le Parthénon.

*Arès : ou Mars pour les romains. Il s’agit du dieu de la Guerre, il est souvent représenté au combat, armes à la main. Fils de Zeus et de Héra, peu d’épisodes mythologiques lui sont consacrés, mais il est présent dans de nombreuses batailles, en particulier pendant la Guerre de Troie.

*Bernin : ou Cavalier Bernin ou Gian Lorenzo Bernini (1598-1680). Artiste italien complet, il est à la fois sculpteur, peintre et architecte. C’est cependant dans ce premier domaine que son art est le plus reconnu. Il est célèbre pour la sensibilité des textures qu’il est capable de suggérer à partir du marbre : que cela soit la peau humaine, l’écorce d’un laurier ou l’aspect duveteux d’un coussin. Il est très inspiré par les œuvres antiques dont il assure souvent la restauration, il montre un intérêt certain pour la description des passions : extase mystique, terreur, colère…

*Adonis : il s’agit d’un humain, amant d’Aphrodite dans la mythologie grecque. Il est connu pour sa grande beauté.

Lina Roy – Musée des Moulages, Université Lumière Lyon 2

Musée des moulages

Il existe un Musée des moulages à Lyon. Le saviez-vous ? | Collections & Patrimoine #3

IIl existe un Musée des moulages à Lyon. Le saviez-vous ? | Collections & Patrimoine #3

On compte quatre musées universitaires de moulages en France, dont un se trouve à Lyon. Les trois autres sont à Bordeaux, Montpellier et Strasbourg. Inauguré il y a plus d’un siècle, le Musée des Moulages lyonnais (MuMo), conservé et administré par l’Université Lumière Lyon 2, a rouvert ses portes en mars 2019, après une grande campagne de rénovation des œuvres et du lieu.

L’engouement pour l’archéologie du XIXe siècle, favorisé par les grandes découvertes dans ce domaine, amène les universités à acquérir de nombreuses copies d’œuvres. Utilisées d’abord comme supports pédagogiques pour les étudiants et d’études pour les chercheurs, elles permettent d’étudier les œuvres, de les comparer entre elles, de les manipuler au sein d’un lieu unique. Pour les chercheurs, les étudiants et le grand public, elles assurent le témoignage d’œuvres originales, dont certaines peuvent avoir été dérobées, détruites ou endommagées au cours de l’Histoire.

La collection du MuMo abrite près de 1 600 moulages d’œuvres antiques, médiévales et modernes. Il serait d’ailleurs plus juste de parler de tirages puisque le moulage est l’acte de mouler ou de créer un moule alors que l’objet reproduit, par le moule, est un tirage.

Si, jusqu’à présent, l’intérêt du moulage portait essentiellement sur son caractère de copie fidèle de l’œuvre originale, on s’entend aujourd’hui pour dire que le moulage est bien plus que ça. Il possède son propre récit, témoigne de son temps et notamment des techniques et savoir-faire remarquables.

En effet, toute la difficulté du moulage réside davantage dans la fabrication du moule que dans celle des tirages. Pour le moulage par moule à pièces par exemple, ce sont souvent des centaines de pièces que le mouleur réalise. Elles sont ensuite assemblées les unes aux autres, comme un puzzle, et maintenues par une chape, ce qui constitue le moule. Ce n’est qu’alors qu’on tapisse de plâtre l’intérieur du moule en vue du tirage.

Cette technique de moule à pièces n’est pratiquement plus utilisée aujourd’hui, remplacée depuis les années 1970 par les moules en élastomère de silicone et plus récemment par des techniques issues du numérique.

La photogrammétrie est l’une d’entre elles. Par exemple, dans le cas de la Koré (sculpture grecque archaïque de jeunes femmes), elle consiste à prendre 200 à 300 photographies de l’objet selon tout autant de perspectives différentes.

Les photos sont importées sur un logiciel qui les lie entre elles pour reconstruire un modèle 3D. Celui-ci peut permettre de lancer des impressions 3D en vue d’une production multiple ou bien d’un seul modèle sur lequel il est ensuite possible d’utiliser la technique du moule à pièces. L’avantage est alors de ne plus avoir à toucher l’œuvre originale et, ainsi, de ne pas risquer de l’altérer.

La technique du scanner 3D à lumière structurée ressemble à celle de la photogrammétrie : le scanner projette un motif lumineux sur l’objet et en observe la déformation. L’objet scanné est reconstitué simultanément en 3D sur le logiciel. La suite possible, vous la connaissez maintenant.

Petits et grands ont justement pu observer et comprendre ces différentes techniques de moulage lors des Journées Nationales de l’Archéologie auxquelles le Musée des Moulages a participé les 14, 15 et 16 juin derniers. Les ateliers étaient animés par Shadi Shabo, doctorant au laboratoire Archéorient et Fabien Bièvre-Perrin, archéologue et chercheur à l’Institut de Recherche sur l’Architecture Antique (IRAA).

Le MuMo se situe au 87 cours Gambetta, dans le 7e arrondissement de Lyon. Lieu d’apprentissage, de médiation et de diffusion des savoirs pour l’Université et la population, il est ouvert les mercredis et samedis de 14h à 18h. L’entrée du MuMo est gratuite.

 

Aller plus loin :

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du projet Collections & Patrimoine mené par la Direction Culture, Sciences et Société de l’Université de Lyon. Il est le troisième d’une série d’épisodes qui ont pour intention de donner à voir les collections et patrimoines scientifiques et artistiques des établissements d’enseignement supérieur. Plus d’informations auprès de camille.michel@universite-lyon.fr

Crédits photographiques : Vincent Noclin