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Les journées européennes de l’archéologie

LLes journées européennes de l’archéologie

Les Journées européennes de l’archéologie sont de retour, notamment sous une forme numérique avec l’opération #Archeorama.
Reconstitutions en 3D, reportages, visites virtuelles ou événements, toutes les activités numériques vous sont proposées pour vous faire découvrir l’archéologie.

Et également des activités originales pour découvrir l’archéologie dans les musées, les sites archéologiques, là où c’est possible !

Tous les pays européens sont invités à y participer.

Programme en Auvergne-Rhône-Alpes :

Journées de l’archéologie

L’organisation de la démocratie athénienne | Collections & Patrimoine

LL’organisation de la démocratie athénienne | Collections & Patrimoine

A travers cet article, nous allons nous intéresser à une stèle dont le moulage est conservé au MuMo (inv. 521) : la Stèle dite de Dexiélos. Cette stèle porte une inscription très intéressante. Voici sa traduction : « Dexiléos, fils de Lysanias, de Thorikos, naquit sous l’archonte Tisandre, mourut sous Eubolide à Corinthe (il fut) des cinq cavaliers ». Cette épitaphe nous intéresse à deux égards: la question de la composition des tribus et celle des magistratures.

Thorikos est ici le nom d’un des dèmes qui composent le territoire de l’Attique (région d’Athènes). Le dème est une division territoriale et administrative qui correspondrait pour nous à une municipalité. Les futurs citoyens à leur naissance sont inscrits sur la liste du dème auquel ils appartiennent de façon héréditaire. Ce dème fait partie de l’identité du citoyen.

Ici c’est le statut de la personne qui est mis en avant. Dexiléos est citoyen d’Athènes : il fait partie du corps civique et peut prendre part au gouvernement de sa cité, gérée de manière collégiale entre tous les citoyens. Il s’agit d’un motif de fierté pour ces personnes. La stèle de Dexiléos est une stèle funéraire particulière car à Athènes il y a un espace commun pour ceux qui sont morts à la guerre: le Démosion Sèma. Ce terme, que l’on peut traduire par « cimetière du peuple », est représentatif de l’esprit civique et égalitaire de la cité. Les soldats sont tous enterrés dans cet endroit et un monument porte leurs noms listés par tribu. La stèle de Dexiléos ne montre pas que la démocratie est malade et que sa volonté d’égalité est mise à mal à la fin du IVe siècle av. J.-C.

En effet Athènes, après un coup d’état à la fin de la guerre du Péloponnèse (qui l’oppose à Sparte de 431 à 404 av. J.-C.), est dirigée par des oligarques que l’on a appelés : les 30 tyrans. La Stèle de Déxiléos mentionne aussi « Naquit sous l’archonte Tisandre ». La magistrature de l’archontat est ancienne : elle date du VIIIe siècle av. J.-C., mais elle devient annuelle et n’est plus confiée à vie à partir du VIIe siècle av. J.-C.

Les archontes (« Ceux qui ont une archè », un pouvoir), élus au nombre de neuf, président à toutes les affaires, administratives, religieuses ou judiciaires – six d’entre eux sont chargés de la promulgation et de l’exécution des lois. L’archonte dit « éponyme » est le premier des archontes, il donne son nom à l’année de son mandat. Les dates sont mentionnées par ce moyen, c’est ce que l’on trouve sur la Stèle de Déxiléos : il est né l’année où l’archonte Tisandre était au pouvoir.

A leur sortie de charge, ces magistrats deviennent membre de l’Aréopage, qui siège sur la colline d’Arès. Il est constitué de dix anciens archontes : un par tribu. C’est un conseil qui contrôle l’action des archontes pendant leur mandat, prépare les votes de l’assemblée et exerce une justice criminelle. L’assemblée (l’ecclésia) du peuple n’a qu’un rôle restreint mais va progressivement se doter d’organes du pouvoir.

Vous souhaitez en savoir encore un peu plus sur le tirage au sort et les espaces civiques à Athènes ? Rendez-vous ici pour une interview de Liliane Lopez qui évoque plus spécifiquement ces thématiques: https://popsciences.universite-lyon.fr/ressources/le-tirage-au-sort-dans-lathenes-classique/

Jillian Akharraz, doctorant en histoire et archéologie grecque (Univ. Lumière Lyon 2 – Hisoma UMR 5189) et médiateur au MuMo.

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MuMo

Le tirage au sort dans l’Athènes classique | Collections & Patrimoine

LLe tirage au sort dans l’Athènes classique | Collections & Patrimoine

Dans le cadre de la conférence « Le tirage au sort au service de la démocratie«  qui s’est tenue le 5 février 2020 au Musée des Moulages, Liliane Lopez (archéologue et chercheure associée à l’IRAA/MOM) s’est prêtée à une interview au cours de laquelle elle revient sur ses travaux de recherche portant sur la reconstitution d’un klèrôtèrion, machine à tirer au sort sous la démocratie athénienne antique (VIe siècle avant J.-C.). Cette reconstitution est aussi bien un outil pédagogique à destination des étudiant.es et des élèves du secondaire, qu’un outil de recherche pour comprendre le fonctionnement politique de cette cité grecque.

Cette conférence s’est tenue à l’occasion de l’arrivée au MuMo (87 cours Gambetta, Lyon 3ème arrondissement) de la reconstitution d’un klèrôtèrion, accessible au grand public aux horaires d’ouverture du Musée.

Réalisation du support audiovisuel : Jérémy Frenette (SLA– DACDS), Alexis Grattier (COM), et Stéphane Marquet (SLA– DACDS).
Contribution au projet : Sarah Betite (MuMo – DACDS), Michèle Busnel (COM), Pascal Cornet (DACDS), Irini Djeran-Maigre (Association Defkalion), Marie Lauricella (DACDS) et Hélène Wurmser (IRAA).

Le klèrôtèrion, machine emblématique de la démocratie | Collections & Patrimoine

LLe klèrôtèrion, machine emblématique de la démocratie | Collections & Patrimoine

Liliane Lopez, archéologue et chercheure associée à l’IRAA (MOM) présente l’histoire et le fonctionnement du klèrôtèrion, machine emblématique du tirage au sort au service de la démocratie athénienne pour faire participer massivement les citoyens volontaires à la vie politique (VIe siècle avant J.-C.). Cette reconstitution est aussi bien un outil pédagogique à destination des étudiant.es et des élèves du secondaire, qu’un outil de recherche pour comprendre le fonctionnement de la démocratie athénienne dans l’Antiquité.

La reconstitution du klèrôtèrion est exposée au Musée des Moulages (87 cours Gambetta, Lyon 3ème arrondissement). Au cours de visites thématiques, venez découvrir une dimension originale de l’histoire de la démocratie !

Réalisation du support audiovisuel : Jérémy Frenette, Philippe Fricaud, et Stéphane Marquet (SLA– DACDS).
Contribution au projet : Sarah Betite (MuMo – DACDS), Michèle Busnel (COM), Pascal Cornet (DACDS), Marie Lauricella (DACDS), et Hélène Wurmser (IRAA).

Les lutteurs impassibles | Collections & Patrimoine

LLes lutteurs impassibles | Collections & Patrimoine

Vous vous disputez avec vos co-confinés ? On espère que vous n’en arriverez pas au même point que ces deux-là : aujourd’hui on vous présente les Lutteurs Medicis.

Les Lutteurs sont une œuvre en marbre réalisée au Ier siècle av. J.-C., et conservée à Florence, à la Galerie des Offices (inv. 1914 n.216).

Deux hommes nus ont été précipités au sol. Ils sont en pleine action, le premier maintenant le second au sol grâce à la tenaille formée par ses jambes. L’homme du dessus semble faire une clef de bras à celui du dessous. Ils échangent un regard, mais leurs expressions semblent impassibles. La tension des muscles, bandés juste après la chute montre à quel point l’artiste a su saisir, capter un instant du combat, comme suspendu depuis une vingtaine de siècles.

Si le groupe semble être une copie d’après un bronze réalisé au IIIe siècle av. J.-C. par un artiste de l’école de Lysippe*, les têtes n’appartiennent pas à l’original. Celle de l’homme du dessus est moderne, et celle de l’homme du dessous est antique mais provient d’une autre œuvre. Cela expliquerait en partie le peu d’expressivité des visages.

© C. Mouchot – Université Lumière Lyon 2

La lutte est un des sports grecs par excellence. Les lutteurs, dont le corps est préalablement enduit d’huile et de poussière pour rendre les prises plus difficiles, ont pour but de faire tomber leur adversaire trois fois au sol. C’est ainsi qu’ils obtiennent la victoire. La lutte intègre les épreuves des Jeux olympiques en 708 av. J.-C. et il s’agit aussi de l’une des cinq épreuves qui constituent le pentathlon (avec la course, le saut, le disque et le javelot).

Ce groupe a été retrouvé vers 1583 près de Saint-Jean de Latran à Rome, non loin d’un groupe représentant les Niobides* dont nous vous parlions récemment [« Gloire et déboires de Niobé et sa fille »]. Il est même possible qu’il fasse partie de cet ensemble, car certains textes précisent que les plus jeunes fils de Niobé sont transpercés par les flèches d’Apollon alors qu’ils s’exerçaient à la lutte.

Les Lutteurs sont achetés l’année même de leur découverte par le cardinal Ferdinand de Médicis (1549-1609), et ils sont envoyés à Florence en 1677.

Dans les années 1800, pour les protéger de l’ambition napoléonienne qui a tendance à rapporter beaucoup d’œuvres italiennes en France, Les Lutteurs sont cachés pour les protéger. Ils sont réexposés en 1803.

Le tirage* conservé au MuMo a été réalisé en 1896 : une commande de l’emballeur Gerfaud, conservée au Pôle archives de l’Université Lumière Lyon 2 nous l’apprend.

Néanmoins, l’œuvre ne porte pas d’estampille, ce qui devrait être le cas pour un moulage réalisé à cette date par les ateliers de moulage des musées nationaux. Peut-être ce moulage vient-il des ateliers de l’Ecole nationale des Beaux-arts, pour laquelle Gerfaud est aussi l’emballeur officiel.

Vous pouvez de nos jours admirer ce moulage au MuMo, dans la section dédiée au corps masculin… On espère vous y voir très vite !

 

Glossaire

*Tirage : Ce terme désigne le résultat du processus de prise d’empreinte sur une œuvre et de reproduction de celle-ci. Le tirage est donc la copie résultant de l’opération de moulage.

*Lysippe : Bronzier qui travaille entre 370 et 310 av. J.-C., il est très réputé et dit avoir deux maîtres : Polyclète (un sculpteur de l’époque du Haut classicisme vers 450 av. J.-C. – 430 av.J.-C.) et la nature. Il est connu pour avoir remis en cause le canon physique des statues masculines de Polyclète en les allongeant. Il est aussi le portraitiste officiel d’Alexandre le Grand.

*Niobides : Les Niobides, dans la mythologie grecque, sont les quatorze enfants de Niobé. Celle-ci a le malheur de se vanter de son abondante progéniture auprès de Léto, la mère d’Apollon et Artémis, qui en prend ombrage. Pour venger leur mère, les jumeaux poursuivent les enfants de Niobé, qu’ils tuent tous à l’aide de leurs arcs et flèches.

 

Lina Roy – Musée des moulages, Université Lumière Lyon 2

Musée des moulages

 

Les multiples déclinaisons du Torse du Belvédère | Collections & Patrimoine

LLes multiples déclinaisons du Torse du Belvédère | Collections & Patrimoine

Aujourd’hui, on vous fait découvrir une œuvre très célèbre… Sans tête, ni bras, ni jambes ! Il s’agit du Torse du Belvédère.

Le Torse du Belvédère est une œuvre en marbre sculptée par Apollonios, au 1er siècle av. J.-C., aujourd’hui conservée en Italie, au Vatican (inv. 1192).

Le MuMo en conserve un moulage réalisé vers 1893 par Michele Gherardi, un mouleur romain qui a réalisé de nombreux moulages de notre collection. On le trouve dans la section consacrée au corps masculin (inv. L764).

Il s’agit d’une œuvre frappante : un corps sans tête, sans bras, dont les jambes s’arrêtent au niveau des genoux. Le torse est nu, en position assise et penchée en une torsion vers l’avant. Les muscles, compressés par le mouvement du buste, sont représentés de façon assez naturaliste. Le sculpteur a saisi le corps dans une attitude inhabituelle. Sous les jambes, une phrase est inscrite, nous donnant l’identité de l’artiste : « Apollonios, fils de Nestor », personnage complètement inconnu par ailleurs.

© C. Mouchot – Université Lumière Lyon 2

On ne sait pas dans quelles circonstances cette œuvre antique a été retrouvée, mais il semblerait qu’elle se trouve dans la collection du cardinal Colonna* vers 1435, puis qu’elle soit passée au sculpteur Andrea Bregno* vers 1500. Celui-ci meurt en 1506, et on retrouve alors le Torse dans la cour des statues du Belvédère. En 1770, à la création du musée Pio-Clementino (Vatican), l’un des premiers musées modernes, le Torse est exposé dans le vestibule rond, lieu dédié aux œuvres les plus prestigieuses.

En 1797, le Traité de Tolentino, qui instaure la paix entre le France, l’Italie et le Vatican, stipule que le Torse doit être cédé aux Français : il fait une entrée triomphale à Paris en juillet 1798. Il est exposé au sein du Palais du Louvre en 1801… Avant d’en être retiré en 1815, et restitué au Vatican, où on le trouve encore aujourd’hui, salle des Muses.

L’identification du Torse a fait couler beaucoup d’encre. On l’a d’abord pris pour un Héraclès représenté filant à l’aide d’une quenouille ou au repos après avoir réalisé ses travaux, car il porte une peau de bête.

Les spécialistes s’accordent aujourd’hui à dire qu’il s’agit en réalité d’Ajax*, méditant son suicide. Lors de la Guerre de Troie*, Ajax et Ulysse* se disputent les armes d’Achille*, mort au combat. Ulysse gagne le droit de remporter ces armes, ce qui rend Ajax fou : il parcourt le campement des Grecs, et croyant tuer Ulysse et rétablir la justice, il décime en réalité un troupeau de moutons. Rayé par tous, il se pourfend lui-même de son épée.

Cette œuvre est très admirée par Michel-Ange*, et reprise par Vésale*, qui la représente en écorché en 1453 dans ce qui est l’un des premiers traités de médecine moderne : De humani corporis fabrica.

©Association française d’Urologie

On en fait de nombreuses reproductions dès le XVIIIe siècle : on en trouve un moulage à l’Académie de France à Rome, à la Royal Academy de Londres.

Notre moulage a été réalisé par Gherardi, mouleur à Rome, qui mentionne dans une de ses factures adressées au musée des Moulages « torse Vatic. Salle des Muses ». Ce document est conservé au Pôle Archives de l’Université Lumière Lyon 2.

Vous pourrez aller juger à quel point Vésale ou Michel-Ange se sont inspirés de cette œuvre dans leur travail dès la réouverture du musée : vous le trouverez dans la halle d’exposition du MuMo, dans la section consacrée au corps masculin.

 

 

Glossaire

*Cardinal Colonna : Prospero Colonna (1410-1463) est un cardinal italien, issu de la prestigieuse famille Colonna qui a fourni pas moins de 16 cardinaux à l’Église, du XIIIe au XVIIIe siècle.

*Andrea Bregno : Andrea Bregno (1418-1506) est un architecte et sculpteur italien qui travaille à Rome dans la seconde moitié du XVe siècle. Il y réalise de nombreuses sépultures de cardinaux. L’un de ses derniers chantiers l’amène à côtoyer le jeune Michel-Ange.

*Cour du Belvédère : Cette cour très célèbre du Vatican a été créée par l’architecte Bramante vers 1508. Cette cour permet de rejoindre le Palais du Vatican et le Palais du Belvédère par une succession de terrasses. Cette cour était l’écrin des sculptures antiques les plus prestigieuses de la collection pontificale.

*Ajax : Il s’agit de l’un des nombreux héros de la Guerre de Troie. Très célèbre pour ses combats contre Hector et Ulysse, l’île de Salamine lui rendait un culte particulier.

*Achille : il s’agit d’un héros, fils de Thétis et Pélée. Sa mère le plonge dans le fleuve des Enfers alors qu’il est enfant, et il devient ainsi invulnérable, sauf au niveau du talon car c’est par là que Thétis le retenait en l’immergeant dans le fleuve. Durant la Guerre de Troie, il trouve la mort, touché au talon par une flèche de Pâris.

*Guerre de Troie : Il s’agit d’un épisode mythologique très célèbre, qui voit s’opposer au cours de grandes batailles les Grecs et les Achéens. La guerre est déclenchée par l’enlèvement d’Hélène par Pâris, qui en est tombé éperdument amoureux. Mais Hélène est mariée à Ménélas, qui assiège Troie dans l’espoir de récupérer sa femme. Cela donne lieu à de nombreux affrontements entre les hommes mais aussi entre les dieux.

*Ulysse : il s’agit d’un héro grec. Il est l’un des protagonistes de l’Iliade et surtout le personnage principal de l’Odyssée, les deux grands récits fondateurs de la mythologie grecque. Roi d’Ithaque, Ulysse est célèbre pour son intelligence qui lui permet de se sortir des nombreuses embuches qui se trouvent sur le chemin qu’il emprunte au retour de la Guerre de Troie.

*Michel-Ange : De son nom complet Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni (1475-1564) est l’un des artistes les plus célèbres du XVIe siècle en Italie : sculpteur, dessinateur, architecte, peintre, il a laissé des œuvres de premier plan dans tous ces domaines (citons la peinture de la voûte de la Chapelle Sixtine, la conception du dôme de Saint-Pierre de Rome ou encore le Moïse, sculpture intégrée au tombeau du Pape Jules II).

*Vésale : André Vésale (1514-1564) est un médecin passionné d’anatomie. Il devient le médecin personnel de Charles Quint puis de Philippe II de Habsbourg, ce qui l’amène à beaucoup voyager. Il est l’auteur d’un précis d’anatomie qui s’attache à représenter les organes humains et à corriger les erreurs qu’il constate chez Galien, la référence des médecins du XVIe siècle. C’est entre autre lui qui donne à la dissection et l’observation scientifique leurs lettres de noblesse.

Lina Roy – Musée des moulages – Université Lumière Lyon 2

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MuMo

Pénélope, patiente et stratège | Collections & Patrimoine

PPénélope, patiente et stratège | Collections & Patrimoine

Si on vous dit qu’elle détisse la nuit tout ce qu’elle tisse le jour, à qui pensez-vous ? Il s’agit de Pénélope !

Cette statue représentant Pénélope est une copie romaine en marbre blanc d’un original grec datant d’environ 460 av. J.-C. On ne connaît ni la provenance ni le nom du sculpteur de cette œuvre qui est conservée au Vatican, au musée Pio-Clementino, dans la salle des Muses, non loin du Torse du Belvédère (inv.MV_754_0_0).

Le Musée des Moulages en abrite une copie en plâtre, réalisée par le mouleur romain Michele Gherardi en 1894. Elle se trouve dans la section du musée consacrée au corps féminin (inv. L359).

Il s’agit d’une femme assise, jambes croisées, sur une masse, peut-être rocheuse. Elle est vêtue d’un chiton et d’un himation, et un pan de voile couvre sa tête. Elle porte une main à son visage dans un geste très délicat, et de l’autre elle se tient à son assise. On sent la présence du corps sous les vêtements, et le drapé est caractérisé de façon très naturaliste dans le dos, de façon un peu plus géométrisée et plate sur les genoux.

©C. Mouchot – Université Lumière Lyon 2

Pénélope est la célèbre épouse d’Ulysse*. Le mythe le plus célèbre la concernant est lié à la Guerre de Troie*. Son mari est parti s’y battre, et met plus de 20 ans à revenir à Ithaque, auprès d’elle. Si l’Odyssée* nous apprend les péripéties qui ont tant retardé le retour d’Ulysse, celui-ci après deux décennies d’absence, passe pour mort auprès de sa famille. Or Pénélope attire par son trône et sa beauté pas moins de 14 prétendants qui se voient déjà remplacer Ulysse.

Elle conçoit alors un stratagème pour repousser le plus longtemps possible ces avances incessantes dont elle est l’objet. Elle commence à tisser un grand voile sur son métier : elle ne consentira à se marier qu’une fois son ouvrage terminé. Or, toutes les nuits, Pénélope s’applique à défaire tout le travail qu’elle a réalisé le jour. Elle gagne ainsi trois années de répit auprès de ses prétendants, ce qui l’amène à la veille du retour de son époux.

Cet épisode et quelques autres en font l’archétype de l’épouse fidèle. Et c’est ainsi qu’on la représente ici : le voile sur les cheveux, la tête légèrement baissée sont les symboles de la femme mariée. Son expression triste et sa main portée au visage – un geste qui représente la mélancolie – suggèrent qu’elle est figurée en train d’attendre Ulysse, patiemment.

Cette œuvre est proche d’une autre représentation de Pénélope que l’on peut voir sur une bague à chaton en or conservée à Paris, au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France (inv. 56.Luynes.515). Pénélope y est présentée dans la même posture, avec les mêmes attributs. Cette bague a été produite en Syrie à la fin du Ve siècle, ce qui montre que cette iconographie était largement diffusée.

©Département des monnaies, médailles et antiques de la BnF.

Notre moulage de Pénélope a été réalisé par Michele Gherardi vers 1894 : une lettre du mouleur datée de cette année-là et adressée au Professeur Holleaux, chargé de la constitution des collections du musée informe ce dernier que, parmi d’autres œuvres, la « Pénélope, statue du Vatican » a été mise en caisse pour être envoyée à Lyon. Ce document est conservé par le Pôle Archives de l’Université Lumière Lyon 2.

Pénélope est toujours présente au musée et apporte, au sein de la section dédiée au corps féminin, une touche d’originalité par sa posture assise qui en fait une œuvre remarquable parmi les korés* debout qui l’entourent.

 

Glossaire

*Ulysse : il s’agit d’un héro grec. Il est l’un des protagonistes de l’Iliade et surtout le personnage principal de l’Odyssée, les deux grands récits fondateurs de la mythologie grecque. Roi d’Ithaque, Ulysse est célèbre pour son intelligence qui lui permet de se sortir des nombreuses embuches qui se trouvent sur le chemin qu’il emprunte au retour de la Guerre de Troie.

*Guerre de Troie : Il s’agit d’un épisode mythologique très célèbre, qui voit s’opposer au cours de grandes batailles les Grecs et les Achéens. La guerre est déclenchée par l’enlèvement d’Hélène par Pâris, qui en est tombé éperdument amoureux. Mais Hélène est mariée à Ménélas, qui assiège Troie dans l’espoir de récupérer sa femme. Cela donne lieu à de nombreux affrontements entre les hommes mais aussi entre les dieux.

*Odyssée : L’Odyssée est une des grandes épopées grecques. On l’attribue à Homère, mais elle serait le résultat de la mise par écrit d’un certain nombre de légendes qui se transmettaient oralement. Elle compte les aventures d’Ulysse et de ses compagnons qui veulent rentrer à Ithaque après avoir mené leur combat contre les Troyens. Leur périple, cadre de nombreuses péripéties, aurait duré plus de 20 ans.

*Koré : Le mot koré signifie « jeune fille » en grec, il s’agit d’un terme que l’on emploie pour désigner des statues grecques féminines anciennes lorsqu’on a des doutes sur leur rôle ou identité. On les retrouve la plupart du temps dans des sanctuaires dédiés à des divinités féminines, tandis qu’on trouve souvent des kouroï, jeunes hommes figurés nus, près de lieux dédiés à des dieux masculins.

 

Lina Roy – Musée des moulages – Université Lumière Lyon 2

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MuMo

 

 

L’amour « brulant » d’Eros et Psyché | Collections & Patrimoine

LL’amour « brulant » d’Eros et Psyché | Collections & Patrimoine

Aujourd’hui, on vous raconte l’histoire d’Eros et Psyché, un mythe qui finit bien, pour vous remonter le moral !

Eros et Psyché est une copie romaine d’un original hellénistique inconnu, réalisé en marbre au IIe siècle après J.-C. et conservé à Rome, au musée du Capitole (inv. MC 0408).

Le MuMo en possède un moulage en plâtre, réalisé vers 1899 par le mouleur romain Leopoldo Malpieri, et présenté dans la section Monstres et Mythologie (inv. L741).

 

©C. Mouchot – Université Lumière Lyon 2

 

Le groupe, composé d’un jeune homme nu et d’une jeune femme dont la nudité n’est voilée que par un drapé noué à son bassin, est plus petit que nature (environ 1.30m). Les deux personnages sont campés sur leurs appuis, leurs jambes nous font fasse. Mais leurs torses et leurs bras sont rapprochés l’un de l’autre dans une étreinte suggérant qu’Éros donne un baiser à Psyché.

On trouve les aventures de ces amoureux chez Apulée*. Psyché est une femme très belle, mais elle ne trouve pas d’époux : les hommes préfèrent la vénérer, et en oublient même de rendre hommage à Aphrodite*. Cette dernière, jalouse, demande à son fils Eros, de faire tomber Psyché amoureuse du plus misérable des mortels pour se venger. Éros obéit, mais ce faisant se blesse avec une de ses flèches et tombe lui-même amoureux de Psyché.

Abandonnée par son père sur un rocher, Psyché se retrouve finalement dans un magnifique palais, où son époux la rejoint chaque soir dans l’obscurité de sa couche. Il est formel, elle ne doit pas tenter de découvrir son identité. Mais Psyché s’ennuie et demande à ce que ses sœurs puissent venir au palais. Cela lui est accordé, et ce sont elles qui la convainquent qu’elle doit savoir qui est son amant. Profitant du sommeil d’Éros, Psyché allume une lampe à huile afin de découvrir les traits de son époux. Mais une goutte d’huile brulante tombe sur Éros, qui se réveille et s’enfuit, trahi.

Psyché part alors à la recherche de son amour et atterrit dans le palais d’Aphrodite qui lui impose toute une série d’épreuves pour reconquérir Éros. Elle triomphe et ils se marient sur le mont Olympe.

Ce groupe a été découvert en 1749 à Rome, près de l’église Santa Balbina, sur l’Aventin. Il est tout de suite acquis par Benoît XIV*, qui en fait don au musée du Capitole. La tête d’Éros n’a pas été retrouvée, et a été remplacée par une autre tête d’Éros antique. L’œuvre est emportée en France selon les termes du Traité de Tolentino en 1797, mais restituée dès la chute de Napoléon.

Cette œuvre est très admirée dès sa découverte, et largement reproduite : que ce soit en intaille par Wedgwood* (manufacture très réputée), en bronze par Zoffoli ou en dessin : Ingres*, par exemple, s’est prêté plusieurs fois à cet exercice.

C’est à la réinterprétation de ce groupe qu’ Antonio Canova* (1757-1822) doit ses œuvres les plus réputées : il en fait une première lecture, très personnelle et dont le succès ne se dément pas jusqu’à aujourd’hui entre 1797 et 1793, conservée à Paris au musée du Louvre.

 

© Jorg Bittner Unna – Creative Commons

 

Sa seconde lecture, en 1808, est encore plus proche de l’original (conservée à Saint-Pétersbourg, au musée de l’Ermitage).

 

©Anonyme – Creative Commons

 

Le tirage de l’Éros et Psyché antique conservé par le MuMo a été réalisé par Malpieri, après 1899 : un cachet métallique fixé au plâtre porte son nom.

 

En effet, le Pôle Archives de l’Université Lumière Lyon 2 conserve une lettre de Henri Lechat, conservateur du musée, qui indique qu’il sera très heureux de payer ce moulage à l’artisan italien, à partir du moment où il aura reçu celui-ci. Cette lettre date du 11 juin 1899, on peut donc en déduire que l’œuvre a dû arriver au musée quelques mois plus tard.

Vous pourrez venir admirer ce couple d’heureux amoureux dès la réouverture du musée !

Glossaire

*Apulée : (c. 125-170) est un orateur, écrivain et philosophe né en actuelle Algérie, à l’époque romaine. Il a été rendu célèbre par son roman Les Métamorphoses : c’est dans cet ouvrage que l’on trouve l’histoire d’Éros et Psyché, récit le plus célèbre issu de sa plume.

*Aphrodite : déesse grecque de l’Amour au sens large, les Romains la nomment Vénus. Si Héphaïstos est généralement reconnu comme son époux, on lui a attribué de nombreux amants (Arès, Poséidon, Adonis, Anchise etc.). Elle est traditionnellement reconnue comme la mère d’Éros.

*Benoît XIV : (1674-1758), issu de la famille Lambertini, il accède au pontificat en 1740. Passionné de littérature, il est connu pour son ouverture d’esprit envers les idées des Lumières. C’est aussi un grand mécène, comme le montre son achat du groupe d’Eros et Psyché, mais aussi son financement de l’embellissement de la façade de l’église Sainte-Marie-Majeure, à Rome.

*Wedgwood : Il s’agit d’une manufacture de porcelaine, faïence et poteries créée en 1759 par Thomas Wedgwood et qui connaît une importante vogue au XVIIIe siècle. Les plus grands succès de cette manufacture sont des objets dévolus aux arts de la table représentant des sujets antiques.

*Ingres : Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) est un peintre du XIXe siècle, élève de Jacques-Louis David dont il reprend les aspirations néoclassiques. Directeur de l’Académie de France à Rome, il est très familier des antiquités romaines, qu’il étudie par le biais de croquis, et qu’il utilise parfois dans ses travaux.

*Canova : Antonio Canova (1757-1822) est un sculpteur et peintre vénitien. Régulièrement appelé au service de la famille Napoléon, son intérêt se porte largement sur la réinterprétation de sujets antiques. C’est lui qui est chargé de négocier le retour des œuvres d’art pillées par l’Empire en Italie à la chute de Bonaparte.

 

Lina Roy – Musée des moulages – Université Lumière Lyon 2

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MuMo

Le portrait de la réussite : Jules Hardouin-Mansart | Collections & Patrimoine

LLe portrait de la réussite : Jules Hardouin-Mansart | Collections & Patrimoine

Jules Hardouin-Mansart

© J.-P. Cherinian – Université Lumière Lyon2

« Est-ce Louis XIV ? Est-ce Molière ? » Demandent souvent les visiteurs du MuMo. Il s’agit en réalité de Jules Hardouin-Mansart. Aujourd’hui on vous en dit plus sur ce personnage.

Le buste de Jules Hardouin-Mansart a été sculpté par Jean-Louis Lemoyne en 1703. Il s’agit d’une œuvre en marbre conservée à Paris, au musée du Louvre (inv. M.R.2640).

Le MuMo en conserve une version en plâtre réalisée au XIXe ou XXe siècle, et exposée dans l’espace d’accueil du musée (inv. M484).

Jules Hardouin-Mansart

© J.-P. Cherinian – Université Lumière Lyon2

Un homme au visage replet regarde vers sa gauche. Il porte une imposante perruque de cheveux bouclés, qui viennent couvrir sur son buste son jabot de dentelles. Les textures des tissus en linon, des dentelle ou velours, des cheveux cascadant et de la peau légèrement détendue sont caractérisées de façon très sensible.

Cet homme dans la fleur de l’âge est Jules Hardouin-Mansart (1645-1708), petit-neveu de François Mansart à qui l’on doit le château de Maisons-Laffite* ou l’église du Val de Grâce*. Il suit la même carrière que son ancêtre et reste le célèbre architecte du château de Versailles, de Marly* ou encore des Invalides*. Il est, au moment de la réalisation de ce portrait, Surintendant des bâtiments du roi Louis XIV.

Ce portrait d’apparat le montre en pleine réussite sociale : il porte la croix de l’Ordre de Saint-Michel, ce qui est une consécration pour un artiste. Son sourire est présent mais légèrement hautain, distant, soulignant sa supériorité sociale.

© J.-P. Cherinian – Université Lumière Lyon 2

Cette sculpture est le morceau de réception à l’Académie royale de Peinture et de Sculpture de Jean-Louis Lemoyne (1665-1755). C’est grâce à ces morceaux de réception que les artistes peuvent entrer à l’Académie et bénéficier d’une certaine sécurité, aussi bien sociale que financière. Il s’agit d’un procédé proche des chefs d’œuvre qui doivent parachever la formation des compagnons du devoir.

Lemoyne se compare ici à son maître, Coysevox, qui avait réalisé un portrait du même Jules Hardouin-Mansart quelques années plus tôt, en réutilisant l’iconographie d’un autre portrait de son maître décrivant cette fois Louis XIV.

Si Lemoyne n’est pas resté parmi les sculpteurs les plus célèbres du XVIIIe siècle, il devient néanmoins le portraitiste du Régent, Philippe d’Orléans, et réalise plusieurs portraits de Louis XIV.

Il a obtenu un certain succès avec cette œuvre représentant Jules Hardouin-Mansart, qui a été fondue en bronze aux frais du modèle et exposée dès l’année suivante au Salon* de 1704. Elle a aussi été diffusée sous la forme de reproductions en plâtre.

Bien que nous ne connaissions pas d’archives relatives à cette collection, il est probable que le moulage du MuMo fasse partie de la collection moderne qui arrive au musée dans les années 1920. Néanmoins, la présence du cachet sur le piédouche (base du buste) pourrait indiquer que l’œuvre a été réalisée dans les ateliers de moulages des musées nationaux, au Louvre. On ne saurait cependant dire précisément à quelle date.

Pour profiter de cette bouffée de XVIIIe siècle, il suffira de franchir les portes du Musée des Moulages et de vous tourner sur votre droite. On vous y accueillera avec joie dès que possible.

 

Glossaire

*Château de Maisons-Laffite : Ce château situé dans les Yvelines, œuvre de François Mansart (1598-1666), est bâti vers 1640. Il est resté célèbre car il incarne la transition entre une Renaissance française finissante et une architecture classique dont Mansart est le grand précurseur français.

*Eglise du Val de Grâce : Elle a également été érigée en suivant des plans de François Mansart, à partir de 1645. Il s’agissait de l’église de l’Abbaye royale du Val de Grâce, qui a depuis été transformé en hôpital militaire.

*Marly : Il s’agit de l’un des principaux châteaux de plaisance de Louis XIV : il se trouvait à Marly-le-Roi, dans les Yvelines. Malheureusement détruit, il avait été érigé entre 1678 et 1696, au sein d’un parc paysagé créé pour en être à ce monument qui s’organisait en une série de pavillons.

*Les Invalides : Ce monument a été réalisé sur un ordre donné par Louis XIV en 1670 : il souhaite bâtir un lieu pour abriter les invalides de guerre. Cet édifice est un des manifestes de l’architecture classique française. Il accueille aujourd’hui le musée de l’armée.

*Salon : Le Salon est une manifestation artistique créée à la demande de Mazarin en 1673, qui a eu lieu jusqu’en 1880. Il permettait aux artistes appartenant à l’Académie Royale de peinture et de sculpture d’y montrer leurs travaux. Il avait traditionnellement lieu dans le Salon carré du Louvre, et réunissait l’art le plus contemporain. C’était aussi un des lieux où s’exprimait le plus vivement la critique d’art.

 

Lina Roy – Musée des moulages – Université Lumière Lyon 2

En savoir plus :

MuMo

 

Le gisant d’Antoine de Lalaing, ou le miroir funéraire de son existence | Collections & Patrimoine

LLe gisant d’Antoine de Lalaing, ou le miroir funéraire de son existence | Collections & Patrimoine

Antoine de Lalaing… Ce nom ne vous dit rien ? On vous dit tout sur son gisant* !

Le gisant d’Antoine de Lalaing a été réalisé en albâtre* et en marbre en 1540 par Jehan Mone. Il se trouve dans l’église Sainte-Catherine de Hoogstraten (Belgique).

Le MuMo conserve un moulage de cette œuvre, réalisé entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Il est exposé dans la section du musée consacrée à l’art funéraire (inv. M50).

(c) Sarah Betite – Université Lumière Lyon 2

Antoine de Lalaing est représenté allongé, en armure, les mains ramenées l’une contre l’autre sur sa poitrine, dans une attitude de prière. Son visage est serein, un oreiller a été posé sous ses épaules… et il a les yeux ouverts ! La dalle funéraire est recouverte de motifs décoratifs, et sous les pieds du défunt un lion est sculpté en très haut relief.

Lion en haut relief

(c) Sarah Betite – Université Lumière Lyon 2

Antoine de Lalaing (1480-1540) est seigneur de Montigny et d’Estrée. Il est fait chevalier de la Toison d’Or, la plus grande des distinctions honorifiques de la Renaissance, en 1516. Il a un rôle politique important : d’abord au service de Philippe le Beau*, il devient par la suite conseiller chambellan de Charles Quint*. Il est même ministre sous la régence d’une Marguerite d’Autriche* en proie à la maladie. Il remplit l’office de chef des finances des Pays-Bas à partir de 1522.

Il est marié à Elisabeth de Culembourg, première dame de compagnie de Marguerite d’Autriche. Il est enterré auprès d’elle lorsqu’il la rejoint dans la mort, le 11 avril 1540. Tous deux partagent le même monument funéraire dans l’église Sainte-Catherine de Hoogastraten.

Jehan Mone (1500-1548), le sculpteur de cette œuvre, a lui aussi une trajectoire intéressante. Il travaille en Espagne, avant d’être appelé à Malines par Marguerite d’Autriche (les Pays-Bas et l’Espagne font partie du même empire au XVIe siècle). Il gravit les échelons en tant qu’artiste de cour : en 1522 il est sculpteur de la cour de Charles Quint, en 1524 il devient sculpteur de l’empereur avant de devenir en 1533 maître-artiste au service de ce dernier. Antoine de Lalaing et Jehan Mone semblent avoir connu la même progression sociale, chacun dans son domaine, mais dans les mêmes cercles qui constituent les cours de Charles Quint et de Marguerite d’Autriche.

Ici Jehan Mone se prête à l’exercice du gisant : ces formules artistiques funéraires sont en vogue depuis le XIe siècle. Le corps du personnage est souvent représenté allongé, priant, sur le dessus du tombeau, mais la formule est adaptée à la personnalité du défunt.

Nous en avons l’exemple, ici, avec Antoine de Lalaing : son expression sereine et sa posture montrent qu’il attend le Jugement dernier et la Résurrection des corps. En effet, très pieux, Antoine de Lalaing est aussi un fervent combattant du protestantisme qui commence à prendre son essor. Et avec quelques indices, nous pouvons aussi reconnaitre les fonctions qu’il occupe. Il porte son armure – il est chevalier d’honneur à la cour de Charles Quint -, mais aussi le collier de la Toison d’Or, ce qui le distingue parmi les plus hautes sphères sociales.

C’est aussi quelqu’un de très riche, ce que montrent les motifs décoratifs sur la dalle funéraire. Et ces motifs sont tout autant un témoignage de la formation italienne de Jehan Mone, qui distille dans cette formule toute gothique du gisant, de petites touches issues de la Renaissance qu’il a pu observer plus au sud.

Le moulage de cette œuvre que conserve le MuMo est encore mystérieux : on ne sait pas quand il est entré au musée. Il était néanmoins accompagné d’un moulage de sa femme, dont le gisant était aussi présent sur le cénotaphe de Sainte-Catherine, mais elle ne se trouve plus au musée.

Aujourd’hui, on peut admirer la finesse des détails de cette œuvre dans la section du MuMo consacrée à l’art funéraire. On espère vite vous y retrouver.

Glossaire

*Gisant : un gisant est une statue à vocation funéraire, qui représente le défunt étendu sur le dos. Les gisants sont très courants du Moyen-Age et à l’époque moderne.

*Albâtre : il s’agit d’une roche constituée en grande partie de gypse ou de calcaire. Très tendre, elle est appréciée des sculpteurs car la lumière la traverse facilement.

*Philippe le Beau : Philippe le Beau (1478-1506) règne sur le Saint-Empire (qui correspond à peu près à l’Allemagne), sur les états bourguignons et sur la péninsule Ibérique. Il s’agit de l’un des souverains les plus puissants de son temps.

*Charles Quint : Fils de Philippe le Beau, Charles Quint (1500-1558) est l’empereur le plus célèbre du XVIe siècle : il incarne la puissance de la dynastie Habsbourg dans ce qu’elle a de plus éclatant. Grand adversaire de François Ier, il est le héros de la défense de la foi catholique, que ce soit contre l’Empire ottoman ou la Réforme protestante. C’est aussi un grand mécène qui protège des artistes tels que le peintre Titien.

*Marguerite d’Autriche : Marguerite d’Autriche (1480-1530) est la sœur de Philippe le Beau et la tante de Charles Quint. Diplomate remarquable, elle est la régente des Pays-Bas à partir de 1507. Comme la tradition le veut chez les Habsbourg, elle est elle aussi une grande mécène : l’exemple le plus éclatant est son implication dans le chantier du Monastère royal de Brou.

Lina Roy – Musée des moulages – Université Lumière Lyon 2

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