MMarie Schill : Et si l’on pouvait atteindre une forme de sagesse climatique… | Visages de la science ©Jennifer SaniossianC’est en 2022 que Marie Schill intègre l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne après sa réussite au concours de Professeur des Universités. Stéphanoise depuis peu, cette Lilloise d’origine a un parcours assez original dans le domaine de la recherche.Au départ, rien ne destine Marie à la recherche universitaire. Intéressée par l’agro-alimentaire et l’environnement, elle se dirige vers des études d’ingénieur en agro-alimentaire à l’ISA (Institut Supérieur de l’Agriculture) de Lille avec la spécialité innovation produit et marketing.« J’ai fini mes études d’ingénieur en agro-alimentaire, agriculture et environnement assez jeune, à 22 ans » explique-t-elle. Elle commence sa carrière avec une première expérience formatrice pour l’entreprise Socopa (transformation de viande). Voulant rajouter une dimension financière à son parcours, elle intègre ensuite le domaine bancaire avec une expérience de chargée d’Affaires au Crédit Agricole du Nord Est.Cela pourrait s’arrêter là, au moins pour un petit moment, mais Marie se rend rapidement compte qu’elle ne s’épanouit pas dans cette voie. A 26 ans, elle reprend ses études en s’inscrivant dans un Master Recherche avant de poursuivre avec un Doctorat en Sciences de Gestion sur la thématique du « tri des déchets dans les familles », à l’Université de Lille.En parallèle du doctorat, elle démarre un contrat d’assistante de recherche et d’enseignement à NEOMA Business School de Reims. Travaillant sur des thématiques de développement durable et consommation responsable, elle est également chargée de cours.En 2015, elle devient Maître de Conférences à l’Université de Reims et obtient sont Habilitation à Diriger des Recherches en 2020 sur la thématique « Contributions à l’étude des comportements pro-environnementaux : Une approche par l’engagement ». En 2022, sa réussite au Concours National de l’Agrégation en Sciences de Gestion lui permet d’intégrer l’IAE de Saint-Étienne et son laboratoire associé Coactis, sur un poste de Professeur des Universités.La réussite professionnelle, dans la carrière universitaire notamment, a souvent un impact fort sur la vie de famille. Mariée et mère de trois enfants, c’est toute la famille qui doit suivre et adopter un nouveau lieu de vie. « Originaire de Lille, je me suis installée à Reims à 20 ans, à Saint-Étienne à 40 ans… je me dirige vers le sud, peut-être Marseille à 60 ans » plaisante Marie.Malgré un emploi du temps bien rempli, Marie s’accorde du temps pour l’une de ses passions : le sport. Natation, tennis, marche sont autant d’activités qu’elle aime pratiquer régulièrement. « J’aime la randonnée, marcher. Marcher c’est important car les idées circulent en même temps, cela m’aide à la réflexion ».Lors de son entrée en doctorat, Marie participe aux activités de l’AFM (Association Française du Marketing). D’abord adhérente de l’association, elle a ensuite été chargée de mission pour le programme de publication Booster, avant d’être nommée Vice-Présidente de la Commission Développement Professionnel en juin 2024.Si Marie a collaboré avec de nombreuses personnes dans sa carrière, deux femmes ont eu un impact important dans sa recherche. Sa directrice de thèse, Marie-Hélène Fosse-Gomez « une femme intelligente, avec une très belle réflexion dont la présence a été déterminante dans mon parcours » et Margaret Hogg « une femme profondément gentille et bienveillante, avec de grandes qualités humaines, positive et généreuse ».Curieuse, rigoureuse, généreuse, Marie a également vite trouvé sa place au sein de l’IAE et de Coactis. En charge de la coordination de la Licence, une mission particulièrement complexe, elle prend à bras le corps ce défi, s’appuyant sur ses collègues et sur son expérience professionnelle. « Lorsque je suis arrivée, j’ai ressenti une grosse marque de confiance avec cette responsabilité, mais au début cela n’a pas été facile. Je me demandais par quel bout j’allais commencer puis j’ai progressivement trouvé mon rythme ». A l’écoute, elle met en place le Jeudi de la Licence, un moment d’échange pour discuter des problématiques en lien avec ce diplôme.Marie a su faire sa place en formation comme en recherche. « J’ai été bien accueillie à Coactis. J’apprécie beaucoup ce laboratoire qui se partage entre Lyon et Saint-Étienne. Je trouve que cela permet une ouverture d’esprit. On rencontre d’autres collègues, d’autres fonctionnements ». « L’avantage en recherche c’est qu’il y a toujours de nouvelles choses qui apparaissent, on peut monter régulièrement de nouveaux projets, et j’aime pouvoir être autonome dans mon travail, c’est plaisant », confie Marie.Et des projets, il y en a !Avec le projet « émotions et changement climatique » (études qualitatives et quantitatives longitudinales) il s’agit de comprendre si la distance vis-à-vis du changement climatique évolue et comment les émotions évoluent. Si les émotions (ou réactions affectives) négatives ont déjà été bien étudiées, il y a encore peu de recherches sur les émotions positives (fierté, contentement à agir).De même il est rare d’interroger les enfants dans la recherche en sciences de gestion. Dans le cadre de son projet de recherche actuel sur la « sagesse climatique », Marie a souhaité intégrer les enfants (à partir de l’âge de 7 ans). « J’ai toujours eu un intérêt vis-à-vis des enfants et des problématiques en lien avec la famille, et notamment la consommation environnementale au sein des familles » révèle Marie. « Cela s’explique par mes centres d’intérêts mais aussi par le fait que j’ai été maman assez jeune, à 23 ans ».Mais que veut-on dire par sagesse climatique ? En tant que consommateur, nous prenons en compte dans la question environnementale nos propres intérêts, les intérêts des autres et ceux de l’environnement. Si nous parvenons à trouver un équilibre entre ces différents éléments, nous atteignons une forme de sagesse climatique, une forme de bien-être à agir pour l’environnement.En parallèle de ces deux projets, Marie travaille ou a travaillé sur des thématiques comme les objets connectés dédiés à l’environnement « On a été assez loin avec ce projet-là, puisque l’on a été article finalistes du prix académique de la recherche en management 2020 FNEGE-SYNTEC ».Le lien entre RSE et hypermarchés, supermarchés et grands magasins (l’argument Responsabilité Sociétale des Entreprises est-il pertinent pour les consommateurs ?), et la question du luxe durable font également partie des projets actuels.De plus, Marie collabore à un projet sur l’excellence dans la formation professionnelle dans les métiers d’art par le biais de deux codirections de thèse dans une approche pluridisciplinaire avec les sciences du design (laboratoire ECLLA).>> Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’Unité de Recherche Coactis : Coactis
AAlexis Catanzaro : L’entrepreneuriat, une affaire de famille | Visages de la science ©Jennifer SaniossianSi son accent montpelliérain s’est un peu perdu, c’est bien de cette belle ville d’Occitanie qu’Alexis Catanzaro, professeur des universités en sciences de gestion et du management à l’IAE de Saint-Étienne et directeur du laboratoire Coactis Saint-Étienne, est originaire.Issue d’une famille d’entrepreneurs (grand-parents, père, oncles, sœur) dans différentes activités, Alexis a toujours évolué dans un environnement d’entreprise. « Mon père avait une partie de son activité à la maison, moi j’allais dans son entreprise pendant les vacances » confie-t-il.Mais s’il partage avec sa famille cette sensibilité au monde de l’entreprise, il va cependant prendre un chemin un peu différent. Il ne sera pas celui qui entreprend, mais celui qui étudie, comprend et accompagne les entrepreneurs en France et à l’international. « Durant mes études, j’ai découvert cette dimension internationale avec mes cours. Cette orientation me parlait. Je suis international dans mon état d’esprit, j’aime beaucoup voyager, rencontrer de nouvelles personnes, de nouvelles cultures ». D’autant que l’entreprise familiale est également très internationalisée faisant 60% de son chiffre d’affaire à l’export. C’est donc assez naturellement qu’il va se diriger dans un parcours mêlant accompagnement entrepreneurial et international. « Durant mes études, j’ai fait un stage dans le meilleur incubateur mondial, basé à Montpellier, qui accompagne de manière très efficace des entreprises à fort potentiel. C’est là que je me suis dit que la dimension accompagnement était celle qui m’intéressait le plus et notamment l’accompagnement à l’international. »Licence de commerce international et Master Management International des PME en poche, il décide de poursuivre par un Doctorat en entrepreneuriat international. Autrement dit, étudier la manière dont les jeunes entreprises, les start-ups, les petites structures, parviennent malgré leurs petites tailles, leur jeunesse, leurs ressources limitées à s’internationaliser, à se développer dans de multiples marchés simultanément et comment les accompagner pour réussir dans cette stratégie.Une personne a eu un rôle important à jouer sur ces années-là : son directeur de thèse, Karim Messeghem, professeur en gestion à l’université de Montpellier. « C’est l’expert français sur le sujet de l’accompagnement des entreprises », explique Alexis. « Il m’a beaucoup apporté, et a su me guider lors des stages, mémoires et surtout durant mon doctorat en me poussant vers une forme d’excellence, m’incitant à viser des standards internationaux ».Alexis soutien sa thèse en décembre 2014 et est recruté en tant que Maître de Conférences au sein de l’IAE de Saint-Étienne (Université Jean Monnet) à la rentrée 2015. Il se souvient d’une arrivée dans d’excellentes conditions, prenant la direction du Master Entrepreneuriat avant d’avoir d’autres responsabilités comme la Licence en anglais ou bien encore la mission « international » de l’IAE. « Ce que j’aime le plus, c’est voir évoluer l’intérêt de certains de mes étudiants sur des sujets travaillés en cours. Les voir se questionner, vouloir creuser le sujet, … ».En parallèle de l’enseignement, il s’investit quelques années dans le projet BEELYS, pour accompagner les étudiants entrepreneurs.Côté recherche, il se sent soutenu dans les projets qu’il mène au sein du laboratoire Coactis. Il prend la responsabilité de l’un des axes de recherche avant d’être élu directeur de Coactis Saint-Étienne en septembre 2023.« En tant que directeur, mon objectif premier, c’est que les gens dans le labo se sentent bien, qu’ils aient envie de venir travailler. J’ai envie de prendre soin d’eux. Je ne me vois pas comme celui qui pense la stratégie du labo et pousse les collègues à mettre en place de nouveaux projets et publier plus. Je sais que mes collègues vont le faire par eux-mêmes, je travaille avec des gens brillants » explique-t-il.2019, une année charnière« Vers 2019, j’ai eu l’envie de repositionner un peu mes activités de recherche vers des sujets en lien avec la transition écologique, des sujets plus alignés avec mes convictions, porteurs de sens. J’ai même commencé à avoir une forme de conflit intérieur entre mon sujet historique sur le développement à l’international, la croissance, l’hyper croissance et ces convictions-là ». Alexis s’intéresse alors à l’anthropocène et la question de l’effondrement sociétal que certains prédisent comme étant l’avenir qui nous attend si l’on ne change pas de manière radicale.Et c’est un sujet plutôt compliqué à appréhender en science de gestion, une discipline se caractérisant par l’action, à plus ou moins court terme, dans les organisations. Il s’agit de prospective lorsqu’il est question d’effondrement sociétal potentiel et d’effet de nos activités sur la biosphère à l’horizon 2040, 2050 ou bien encore 2100. Comment les entreprises réagissent-elles face à ce scenario ? Comment se sentent-elles d’évoluer pour s’adapter à ce nouveau monde ? Quels sont les verrous, les tensions, les paradoxes que cela fait émerger ? Dans quelles mesures cela remet en cause leur business model, leur activité, leur avenir ? Autant de questions qui font l’objet de la recherche actuelle d’Alexis.Un sujet de recherche, oui, mais aussi une manière de pouvoir contribuer à son niveau à la question environnementale sur les décennies à venir. Une conviction personnelle, qu’il applique également dans sa vie de tous les jours : « Lorsque nous avons acheté notre maison, nous avons refait l’isolation, installé des panneaux solaires, créé un potager, mis un composteur et une cuve de récupération des eaux pluviales » précise Alexis.D’ailleurs c’est également en 2019 qu’il co-fonde l’entreprise « Care Eat », un label anti-gaspillage à destination des professionnels des métiers de la restauration leur permettant d’évoluer dans leur pratique de gestion des denrées alimentaires et de se positionner sur une sorte de niveau d’engagement anti-gaspillage.Et Alexis en est convaincu. Si le consommateur change ses pratiques dans une perspective bénéfique pour notre planète, les entreprises suivront puis les gouvernements. « Les entreprises sont le bras armé de l’économie, les décideurs ne peuvent pas faire sans elles. En tant que chercheur nous avons une responsabilité vis-à-vis de la société. Nous apportons des éléments de réflexion, partageons nos idées au travers d’ouvrages, d’articles, avec les entreprises, les structures d’accompagnement que nous rencontrons et progressivement cela pourra faire évoluer les choses dans le bon sens ».>> Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’Unité de Recherche Coactis : Coactis
MMaud Dampérat : Cultiver les idées, accompagner les innovations | Visages de la science ©Jennifer SaniossianC’est en 2017 que Maud Dampérat intègre le laboratoire Coactis et l’IAE de l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne en qualité de Professeur des universités. Cette charentaise d’origine voit comme une aubaine la proposition de s’investir au sein d’une toute nouvelle formation, le Master Prospective Design. En effet, cette formation rassemblant à la fois créativité, innovation et marketing correspond pleinement à ses thèmes de recherche.Après une Licence en Économie et un Master en Marketing à l’Université Pierre-Mendès France de Grenoble, c’est une rencontre qui va entraîner Maud dans le domaine de la recherche en Marketing.L’un de ses professeurs, Alain Jolibert, qui a beaucoup œuvré pour structurer la recherche en sciences de gestion au sein de son université, va l’accompagner d’abord sur un Master Recherche (DEA) puis sur un doctorat intitulé « Proposition d’un modèle de satisfaction interpersonnelle de l’acheteur professionnel ». « Le parti pris à l’époque était que la satisfaction se concevait au travers d’une approche transactionnelle. Or il se développait parallèlement l’approche relationnelle car les relations interpersonnelles dans le monde des affaires compte tout autant » explique Maud. Les asymétries de pouvoir, la satisfaction réciproque des parties prenantes, les stratégies de développement en prenant compte des besoins ou des usages, voilà ce qui stimule sa recherche. « On développe des produits pour simplifier la vie des gens » s’exclame-t-elle.Créativité et exigence : un mélange sucré-salé nécessaireAprès avoir soutenu brillamment sa thèse en 2004 durant laquelle elle aura pu faire des expériences à l’étranger (HEC Montréal, Manchester Business School, Université du Michigan), Maud trouve un emploi d’ATER à l’Université Lyon 3, suivi d’un post-doc à l’Université de Genève avant de s’envoler pour Montréal et de devenir Professeure adjointe au sein du département marketing de HEC Montréal. « C’est là-bas que l’on m’a posé dès le début une question importante et que je me suis posée à plusieurs reprises dans ma carrière : est-ce que ce que tu fais te plaît ? ». Une question simple mais qu’il est nécessaire de se poser pour poursuivre son chemin.En 2008, des soucis familiaux contraignent Maud à rentrer en France, et elle intègre alors l’Institut National Polytechnique Grenoble (Grenoble INP) où elle restera pendant presque dix ans. « J’ai adoré cette période avec mes étudiants », se souvient-elle. « Moi j’étais en marketing B2B (Business to Business), sur un pan très industriel. En arrivant j’ai monté une formation qui s’appelait ManInTec, Management, , Innovation, Technologies et je me suis rendue compte qu’en suivant des start-up, des projets sortis de laboratoires, 95 % des innovations trouvaient leurs débouchés en B2B. Connecter le B2B avec la question de l’innovation technologique a été une révélation ».Tout un univers s’ouvre alors à celle qui aime écouter une situation, la comprendre et essayer de la transformer en un modèle qui se rapproche de la réalité. Elle, que l’on surnommait petite « la pourquoite de la pourquoite », voulant toujours comprendre le pourquoi des choses, aime ce bouillonnement intellectuel. « Les conflits d’idées sont une nourriture extraordinaire pour moi » confie-t-elle « et ces débats d’idées, ces percussions je les retrouve dans l’innovation et la créativité parce que la créativité est souvent la percussion de deux idées qui existent déjà et qu’on n’avait jamais mises ensemble».S’investissant dans la recherche comme dans la formation, Maud va porter la formation ManInTec et lancer ensuite des séminaires de créativité dans trois des grandes écoles de Grenoble INP sur lesquels s’inscrivent près de 900 étudiants par an.Intégrée à l’Université Jean Monnet en 2017 en tant que Professeure des universités, puis à l’Université Lumière Lyon 2 en 2021, elle poursuit son chemin académique en cultivant deux repères essentiels : liberté et accompagnement.Liberté et accompagnement Ce métier multifacette lui correspond pleinement : les cours avec les étudiants, l’ingénierie pédagogique, le montage de projets, les analyses quantitatives poussées, communiquer par divers médias, …. Elle y trouve la liberté dont elle a besoin « On a une capacité à être caméléon, à se réinventer et, selon les moments de sa vie, d’actionner ce que l’on a envie. C’est ce qui m’avait fait choisir ce métier même si je ne suis pas d’une famille d’académiques. J’ai tout découvert progressivement et à aucun moment la question de la liberté n’a été remise en cause. Je travaille avec des collègues très soutenants dont certains sont maintenant des amis » explique Maud.Quant à l’accompagnement, il est ce qui donne du sens à son métier. Accompagner les étudiants, les doctorants et les collègues est pour Maud une mission capitale. « Je me vois un peu comme un joueur de Curling » dit-elle amusée, « tout comme ce joueur qui balaie la glace pour que la pierre aille au bon endroit, j’essaie de balayer les difficultés pour faciliter les choses à mes doctorants et à mes collègues ».C’est également ainsi qu’elle envisage son rôle de Directrice du laboratoire Coactis depuis son élection en septembre 2023 : un service à la communauté, avec pour but de permettre à ses collègues d’atteindre leurs objectifs.En parallèle de tout cela, Maud poursuit ses travaux de recherche souvent en lien avec les travaux de ses doctorants : expérience client, créativité des entreprises et des individus, développement de nouveaux produits, co création… Elle s’intéresse d’ailleurs actuellement à la co-création avec l’IA : « J’aime beaucoup mettre la technologie au service de la durabilité. J’ai vu à quel point la technologie peut être un levier considérable d’avantages compétitifs durables pour les entreprises permettant de créer de la valeur. J’essaie de résoudre ces tensions parfois paradoxales entre soutenabilité et technologie ».Le reste de son temps, cette maman le consacre avant tout à sa famille : « mon loisir préféré » dit-elle en souriant. Quant à ses autres passions, elles sont tout aussi révélatrices de sa personnalité. Son besoin d’observer et d’accompagner se retrouve dans le soin qu’elle prend aux plantes à caudex, ces végétaux à croissance lente aux formes singulières. Sa créativité trouve un autre terrain d’expression dans la céramique anagama, où le feu, la terre et le hasard de la cuisson façonnent des pièces uniques.Qu’il s’agisse de recherche, d’accompagnement ou de création, tout converge vers une même dynamique. Maud suit une trajectoire vivante, toujours en mouvement, mais ancrée dans un plaisir essentiel : apprendre et transmettre.>> Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’Unité de Recherche Coactis : Coactis
AAnthony Galluzzo : Lire le monde pour mieux en dévoiler les coulisses | Visages de la science Découvrez le portrait d’Anthony Galluzzo, professeur des Universités et chercheur à Coactis. Passionné d’histoire, sociologie et anthropologie, ce chercheur en sciences de gestion est l’auteur de plusieurs ouvrages qui interrogent la société marchande et son imaginaire comme le Manuel du Mangement Décomplexé.D’un milieu ouvrier à la rechercheAnthony Galluzzo n’était pas destiné à devenir chercheur. Originaire de la banlieue de Lens, il grandit dans une famille de mineurs et d’ouvriers. Son père, tôlier chez Renault, valorise l’excellence technique et le travail bien fait. À la maison, beaucoup de livres de mécanique, des encyclopédies… « Mon père m’a transmis un respect et une fascination pour la connaissance », confie-t-il.Premier de sa famille à faire des études, Anthony tâtonne, hésite, change de voie. Il commence par un DEUG d’histoire à Arras, s’oriente ensuite vers les sciences de l’information à Lille puis à Tours et envisage un temps de devenir bibliothécaire. La culture l’attire, mais il ne se sent pas très stimulé par ses stages.Il décide finalement de s’orienter vers le Master Management International de l’IAE de Toulouse. Les stages en entreprise achèvent alors de le détourner du secteur privé. « Je ne supportais pas de travailler sous l’autorité d’un chef, à effectuer des tâches aliénantes qui n’avaient d’autre finalité que d’enrichir un patron » explique-t-il.La découverte de la recherche : démocratie et libertéC’est lors de sa première année de Master à Toulouse qu’Anthony va faire deux rencontres qui vont être déterminantes dans son parcours. Ludovic Cailluet (chercheur en histoire de la gestion) et Audrey Rouziès (chercheuse en stratégie), deux de ses professeurs, parlent souvent de leur recherche durant leurs cours. Anthony entrevoit alors ce qui sera son futur métier ; « Être payé pour lire, écrire, produire de la connaissance ? Je n’avais pas vraiment conscience avant de les rencontrer qu’un tel métier pouvait exister » confie-t-il.La recherche devient une évidence. Non seulement pour l’activité intellectuelle qu’elle suppose, mais aussi pour les valeurs qu’elle porte : une certaine idée de la démocratie, de la liberté et du service public. « On élit nos responsables, on choisit sur quoi on travaille et avec qui, et notre travail ne sert pas à enrichir quelqu’un : il produit des connaissances accessibles à tous et sert à la formation intellectuelle de nos étudiants. » explique-t-il.Il pense un temps à faire une thèse en sociologie mais, à Toulouse, une seule allocation de recherche était proposée pour 25 candidats contrairement aux sciences de gestion pour lesquelles le ratio était nettement plus avantageux. Décidé à devenir Maître de Conférences, il s’engage dans une thèse en marketing. Un choix stratégique donc mais également risqué car son sujet s’intègre dans un courant minoritaire : la Consumer Culture Theory, qui mobilise sociologie, anthropologie et histoire pour comprendre les phénomènes de consommation.Comprendre la société à travers ses imaginairesIl débute donc en 2010 une thèse sur les fans de stars musicales. Pendant plusieurs années, Anthony mène une véritable enquête de terrain : il campe devant les stades, observe, enregistre, discute avec les fans. Il découvre alors que la célébrité ne se construit pas uniquement du côté des artistes, mais aussi du côté de ceux qui les admirent ; « On avait parfois l’impression que les fans consommaient davantage des histoires que de la musique ». Et cette intuition devient centrale dans son travail : la consommation n’est pas seulement matérielle, elle est aussi imaginaire. Ce sont des récits, des symboles, des fantasmes qui donnent sens aux objets et aux figures que nous suivons.C’est cette réflexion qui le conduira ensuite à travailler les imaginaires marchands dans le cadre de son Habilitation à Diriger des Recherches en 2022 ou bien sur son ouvrage le mythe de l’entrepreneur l’année d’après. Pour comprendre ces figures contemporaines, Anthony revendique une méthode : toujours replacer les phénomènes dans le temps long.Histoire, sociologie et regard critiqueEn 2014, sa thèse soutenue, Anthony choisit de rejoindre Coactis car le premier contact avec des membres du laboratoire lui laisse entrevoir des personnes chaleureuses et bienveillantes. Il y découvre effectivement un environnement qui lui correspond : collaboratif, convivial, sans hiérarchie pesante.Pour Anthony Galluzzo, impossible de penser le présent sans croiser les disciplines. Il associe la capacité critique de la sociologie à la profondeur temporelle de l’histoire. Dans La Fabrique du consommateur, il explique notamment que la multiplication des images et le marketing d’influence ne sont pas des ruptures soudaines, mais l’aboutissement de processus anciens. « Les influenceurs d’aujourd’hui ne sont pas très loin des présentateurs du téléshopping de nos grands-mères » dit-il amusé.Cette posture critique irrigue aussi son dernier ouvrage, à paraître chez La Découverte : Manuel de management décomplexé. Écrit dans un style volontairement provocateur, le livre adopte le point de vue d’un consultant cynique pour dévoiler ce que les sciences de gestion passent souvent sous silence : les techniques de surexploitation du travail ouvrier, essentielles aux stratégies de réduction des coûts.« Dans les cours de stratégie, on parle souvent de choses assez subtiles comme l’optimisation des flux logistiques mais on omet d’expliquer en quoi les entreprises qui dominent par les coûts font souvent leurs profits en surexploitant des travailleurs. Dans un monde où l’on s’imagine que tout est automatisé, on ignore qu’il n’y a jamais eu autant d’ouvriers qu’aujourd’hui. Nos objets électroniques, nos vêtements, nécessitent le travail de millions d’ouvriers pour être produits » explique-t-il.Anthony Galluzzo mène une activité de recherche tout en développant un travail d’écriture. Dès sa thèse, il sait qu’il souhaite publier des ouvrages. Lecteur insatiable, amateur de cinéma documentaire, il puise son énergie intellectuelle dans l’exploration de sujets encore inconnus pour lui. « S’intéresser à ce qui existe ailleurs et à ce qui s’est fait par le passé permet de remettre en question ce que l’on a tendance à considérer comme naturel et évident » confie-t-il.Depuis la banlieue de Lens jusqu’aux amphithéâtres universitaires, les livres n’ont jamais quitté Anthony Galluzzo. Ils sont devenus son moyen de comprendre le monde, mais aussi de le mettre à distance, une manière de ne pas subir le présent et de garder ouverte la possibilité de le penser autrement.>> Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’Unité de Recherche Coactis : Coactis
PParoles de doctorants : découvrez leurs parcours en vidéo | Visages de la science Des doctorants et doctorantes de Coactis, Unité de Recherche en sciences de gestion et de management des Universités Lumière Lyon 2 et Jean Monnet de Saint-Étienne, partagent leurs parcours et leurs recherches dans de courtes interviews.Ces scientifiques vous partagent leurs cursus universitaire et professionnel, les raisons qui les ont poussés à se lancer dans un doctorat, leur sujet de recherche ou encore ce qu’ils et elles aiment le plus dans leur métier.>> Découvrez les dernières interviews : Aurélie MonroseBoris Chapoton Irvine Mala>> Pour découvrir les autres interviews :COACTIS