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Alimentation

Les hommes préfèrent la viande et les femmes les fruits et légumes, vraiment ?

Une expérience menée en région parisienne vise à déconstruire ce stéréotype de genre chez les universitaires.

Par Caroline Depecker, journaliste

 

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© Visée.A

Non, ce n’est pas parce qu’on est un homme qu’on est naturellement constitué pour manger beaucoup de viande, en tous les cas plus qu’une femme. Mais plus notre vision de la masculinité colle aux normes traditionnelles de la société occidentale et plus on le croit. Ce biais cognitif, dit « d’inhérence » car associant la prise alimentaire aux propriétés intrinsèques de l’être humain plutôt qu’à des facteurs historiques, économiques ou culturels, est rencontré chez bon nombre de personnes, notamment celles aux revenus modestes.

Fait intrigant : à part la viande, les hommes ne consomment pas davantage que les femmes tout autre produit alimentaire. L’association viande-masculinité pourrait-elle être symbolique ? « C’est ce que suggèrent des recherches en sociologie, pointe Adoracion Guzmán García, doctorante au laboratoire CHArt et au Centre de recherche et d’innovation de l’Institut Lyfe. Historiquement, la viande – coûteuse et rare – était associée aux hommes des classes aisées et aux rôles de pouvoir. Plus récemment, la publicité a réactivé cette dernière image, en valorisant le steak comme emblème de force, via l’imagerie viriliste du barbecue ou des discours associant viande et puissance physique. » Dans les couches populaires de la société, l’affection particulière des hommes pour la viande pourrait venir compenser un statut socio-économique fragilisé et serait de la sorte surreprésentée.

Un biais néfaste

S’il facilite les décisions d’achat lorsqu’il s’agit de faire ses courses, ce biais de raisonnement présente des désavantages. D’abord d’un point de vue sanitaire : un régime alimentaire faisant la part belle à la consommation de viande au détriment des fruits et des légumes accroît le risque de maladies cardiovasculaires et de certains cancers. Ensuite, il présente une empreinte climatique plus élevée qu’un régime riche en végétaux. Enfin, il perpétue une vision erronée de la réalité en enfermant les individus dans des comportements genrés qui peuvent passer inaperçus mais dont les conséquences sont importantes.

« Historiquement, la viande - coûteuse et rare - était associée aux hommes des classes aisées et aux rôles de pouvoir. »
Adoracion Guzmán García - Doctorante au laboratoire CHArt et au Centre de recherche et d'innovation de l’Institut Lyfe.

Dans le cadre de sa thèse menée avec le soutien de l’Agence pour la recherche et l’information en fruits et légumes (Aprifel), Adoracion Guzmán García a conduit une intervention[1] auprès d’étudiants mangeant au restaurant universitaire. Peu de temps avant leur repas pris sur le campus, les jeunes adultes étaient exposés[2] à des informations permettant d’expliquer l’association viande et masculinité (facteurs historiques, économiques ou culturels). « Ils ont appris, par exemple, qu’en Inde, les hommes ne mangent pas de viande et qu’ainsi cette préférence alimentaire est influencée en partie par la culture, explique la jeune chercheuse. L’idée à travers cette intervention, c’est de voir si la connaissance des facteurs non-biologiques expliquant aujourd’hui l’inclinaison des hommes à privilégier la viande peut faire évoluer leurs croyances ainsi que leurs pratiques. » Le levier informationnel aura-t-il été efficace ? Les résultats à venir de cette étude nous le diront.


Notes

[1] Guzmán García, A., Lafraire, J., Déconstruire les stéréotypes de genre pour une transition alimentaire juste : une intervention socio-cognitive auprès des étudiants (2025).

[2] Un projet en partenariat avec le Centre national des œuvres universitaires et scolaires et l’Agence régionale de santé d’Île-de-France.

 

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