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Alimentation

Quand la foi garnit l’assiette

En matière d’alimentation, de nombreuses règles jalonnent la vie des croyants. Dans une grande partie des religions, ces normes rassemblent tout autant qu’elles peuvent exclure.

Par Ludovic Viévard, rédacteur

 

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© Visée.A

« Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu pries » : tel est le pari que l’on pourrait risquer en paraphrasant Brillat-Savarin, fondateur de la gastronomie[1]. De fait, les prescriptions alimentaires tiennent une grande place dans la plupart des religions. Elles s’appliquent aux aliments (vache, grenouille, chameau…), à l’abattage (qui doit être ritualisé) ou à la préparation des plats (imposant, par exemple, de ne pas mélanger viandes et laitages). Parfois ce sont des temporalités particulières qui ordonnent l’alimentation. Ainsi mangera-t-on « maigre » le vendredi ou durant le Carême et même jeûnera-t-on toutes les journées du mois de Ramadan. Certaines traditions proscrivent l’alcool, d’autres non. La liste est longue !

« [Un] élément qui traverse les prescriptions alimentaires religieuses, c’est celui de la pureté et de la dignité. »
Philippe Martin - Professeur d’histoire à l’Université Lumière Lyon 2.

Un inventaire complexe, mais des intentions simples

Trois invariants structurent pourtant la diversité de ces prescriptions, prévient Philippe Martin, professeur d’histoire à l’Université Lumière Lyon 2. « Le premier, c’est la conformité avec le plan divin ». Puisque Dieu a créé l’univers et les êtres qui le peuplent, il est nécessaire que les croyants suivent cet ordre. Ainsi ne mangera-t-on, par exemple, chez les juifs et les musulmans, pas de porc, cet animal qui, comme l’homme, est omnivore. Le deuxième invariant, explique l’historien, concerne la nécessité de commémorer, en chargeant un aliment d’une force symbolique. C’est le cas lors de l’Eucharistie où les catholiques ingèrent le corps du Christ pour se remémorer son dernier repas. « Enfin, le troisième élément qui traverse les prescriptions alimentaires religieuses, c’est celui de la pureté et de la dignité, explique le chercheur. Ne pas consommer d’alcool, c’est se mettre à l’abri des excès de l’ivresse. » Ainsi, derrière chaque injonction se trouvent l’une ou plusieurs de ces trois intentions.

Faire une place à sa table… ou pas

Les aliments sont consommés dans des temps différents du calendrier, éclairant la fonction religieuse jouée par tel ou tel mets, précise Philippe Martin. « D’abord, cela peut être lors d’une cérémonie, comme les dattes avec lesquelles on rompt le jeûne quotidien (Iftar) durant le Ramadan. Ensuite, cela peut être le support de la commémoration, par exemple, pour la galette des rois qui, chez les catholiques, permet de redire l’histoire des Rois mages. » Enfin l’aliment peut ouvrir un temps de partage, de manière à faire communauté, avec des plats traditionnels qui sont consommés à plusieurs. Il s’agit alors de renouveler les liens entre croyants, et parfois avec d’autres communautés. C’est, par exemple, l’usage pour l’Aïd el-Kébir, repas de fête musulman auquel sont invités des représentants d’autres religions. Mais l’interdit alimentaire ne permet pas toujours à tous de partager un même repas. Il dessine alors des exclusions et nourrit des revendications en retour. Ainsi la ritualité alimentaire trace-t-elle des frontières qui sont autant de moyens de séparer que de relier.


Note

[1] Jean-Anselme Brillat-Savarin (1755-1825) est un magistrat et écrivain français. Paru en 1825, Physiologie du goût est un ouvrage fondateur de la gastronomie. Au début du texte, figure cet aphorisme : « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es ».

 

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