LLa Gazette de la Fête de la science #13 ##13 – Échapper au jeu socialLe 11 octobre 2025, l’Université Lumière Lyon 2 s’est animée pour la Fête de la science. Parmi les ateliers proposés, un espace game a attiré l’attention : ici, il ne s’agissait pas de s’échapper d’une pièce, mais d’un système. Inspiré des travaux du sociologue français Pierre Bourdieu, le jeu plonge les participants dans le déterminisme social : certains naissent avantagés, d’autres doivent se battre contre les dés du destin. Une ludique expérience, mais cruellement réaliste.Les règles du jeu : inégales dès le départ © Swann Beldo-NgoyosDès l’entrée, le ton est donné : chaque joueur choisit un personnage avec plus ou moins d’avantages. Certains partent avec un bagage confortable, d’autres avec des handicaps invisibles : pauvreté, isolement ou encore désinvolture scolaire. Le hasard, ici, ne crée pas l’injustice, il matérialise simplement les inégalités de départ. L’escape game devient une scène sociale où chacun expérimente, le temps d’une partie, la loterie de la naissance. Le capital culturel : savoirs à géométrie variable© Swann Beldo-NgoyosPremière étape : l’école. Les joueurs préparent un baccalauréat imaginaire. Mais tous n’ont pas accès aux mêmes ressources. Certains profitent de fiches de révision claires et complètes, d’autres affrontent la barrière de la langue ou de la dyslexie. Rapidement, les écarts se creusent : les « successeurs » réussissent, les autres ne progressent pas. Le jeu donne vie au concept de capital culturel : ces savoirs transmis qui conditionnent la réussite scolaire. Le capital social : les dés du réseau© Swann Beldo-NgoyosDeuxième étape : celle des relations. Obtenir un stage, une colocation, un emploi dépend du nombre de dés à lancer. Des dizaines de dés pour les « bien-nés », seulement quelques-uns pour les autres. Chaque jet de dé gagnant illustre la force du réseau. Le capital social que Bourdieu décrivait est un atout précieux mais souvent invisible. © Swann Beldo-NgoyosLe capital économique : investir pour existerDernière manche : l’argent. Plus on possède de dés, plus il y a de combinaisons et plus le capital augmente. Les écarts explosent. Certains joueurs multiplient les investissements, d’autres regardent leur patrimoine stagner. La frustration se fait sentir. Le jeu agit alors comme un miroir : même lorsque chacun fait des efforts, les inégalités persistent et deviennent plus visibles. Même dans un simple jeu, il est difficile d’échapper à cette logique. À la sortie, le silence s’installe : « échapper au jeu social » relève souvent de l’utopie. Mais comprendre les règles, comme le disait Bourdieu, c’est déjà apprendre à les transformer. Par Swann Beldo-Ngoyos, étudiante en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon 1