Pop’Sciences répond à tous ceux qui ont soif de savoirs, de rencontres, d’expériences en lien avec les sciences.

EN SAVOIR PLUS

La Gazette de la Fête de la science #1

LLa Gazette de la Fête de la science #1

##1 – Les poissons : une sensibilité insoupçonnée

Les poissons-zèbres font preuve d’empathie en présence d’un congénère blessé. © Wikimedia commons

L’empathie, l’attachement ou encore la mélancolie : tous ces aspects font partie de la vie des poissons. Le documentaire Des poissons pas si cons ? diffusé lors de la Fête de la Science 2025 à la Bibliothèque municipale de Lyon (7e arr.), suivi d’une conférence de François-Xavier Dechaume-Moncharmont, chercheur en biologie, spécialiste du comportement animal à l’Université Claude Bernard Lyon 1, nous a présenté la sensibilité complexe des poissons.

Les poissons sont souvent perçus comme des animaux dénués de toute intelligence, d’émotions ou encore d’affection. Et si c’était l’inverse ?

Une expérience réalisée sur le poisson-zèbre par Rui Oliveira, chercheur à l’Institut universitaire de Lisbonne, a révélé plusieurs signes d’empathie chez cette espèce. Elle consiste à montrer à un poisson-zèbre « test » un écran qui diffuse la vidéo d’un poisson de la même espèce ayant une attitude de détresse. Le « poisson test » voyant cela imite ce comportement. Ensuite, un second écran est ajouté : le premier montre un poisson nageant paisiblement, le second un de ses congénères qui est souffrant, couché sur le sol. Le « poisson test » se dirige alors toujours vers l’image de celui qui souffre et reste proche de lui.

Ces deux réactions montrent que ces poissons peuvent détecter les différents états physiques et affectifs de leurs congénères, en éprouvant une « forme de contagion émotionnelle », explique Rui Oliveira. De plus, ils font preuve d’une préoccupation pour un semblable dans un état de souffrance.

Relation et psychologie

Cette sensibilité des poissons peut également s’exprimer par une forme d’attachement. 8 % des espèces de poissons ont un seul partenaire dans leur vie. Mais dans ces cas, est-ce un comportement seulement favorable à la survie de leur espèce, ou un réel lien fort existe-t-il chez ces couples ?

Chloé Laubu, docteure en biologie du comportement animal, a effectué des recherches sur cet attachement chez les poissons. Elle a créé un test sur un couple de cichlidés, une famille de poissons comprenant près de 2000 espèces : elle installe auprès des spécimens étudiés un bocal noir qui contient de la nourriture et un second qui est blanc et vide. Elle recommence plusieurs fois. Ensuite, un bocal gris est déposé : ce qui peut se révéler ambigu pour les poissons. Pour autant, la femelle va très vite voir s’il y a de la nourriture à l’intérieur. Par contre, lorsque le mâle est retiré de l’aquarium, la femelle fait des allers-retours et met beaucoup plus de temps à se décider à vérifier ce bocal. En l’absence du mâle, la femelle perd ses repères et semble perdre son « optimisme au profit du pessimisme » selon la chercheuse. Une réelle dépendance affective existe chez ces couples de poissons et le manque de l’un ou de l’autre les rend plus inquiets et moins favorables à la découverte.

Les poissons font preuve d’une sensibilité empathique et relationnelle, mais pas seulement : cette sensibilité peut aussi être psychologique. Dans certaines fermes d’aquaculture, les éleveurs, à cause de l’insalubrité, soignent les poissons avec des antibiotiques, mais également avec des antidépresseurs. Ce qui a pour conséquence de réduire le nombre de poissons qui se laissent mourir de stress, un phénomène courant.

Notre rapport aux poissons est donc faussé. Comme le dit François-Xavier Dechaume-Moncharmont : « on ne peut pas s’abriter derrière l’idée que le poisson est un animal froid et insensible ».

Par Abel Giraud, étudiant en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon 1, avec Pop’Sciences.