Art - Sciences Article INSA Lyon LLa danse comme arme de transition ? Jérôme Bel explore une danse où le mouvement cherche à retisser un lien sensible entre l’humain et le vivant. © Karolina Miernik « La danse doit contribuer à résorber les déséquilibres que nous avons créés », Jérôme BelFace aux bouleversements écologiques, certains artistes choisissent de faire de leur pratique un terrain d’expérimentation et de transformation. De ralentir. D’écouter. De réapprendre à habiter le monde autrement. Chorégraphe majeur de la scène contemporaine, Jérôme Bel a lui-même traversé une profonde éco-anxiété avant d’opérer, en 2019, un basculement radical : renoncer à l’avion, repenser ses modes de production, interroger l’anthropocentrisme inscrit dans l’histoire de la danse.Pour lui, la crise climatique dépasse les seuls indicateurs scientifiques ; elle révèle une crise de sensibilité, une rupture avec le vivant. Un regard qui ouvre d’autres possibles. Entretien.Dans « Danse non humaine », pièce que vous avez conçue avec l’historienne de l’art Estelle Zhong Mengual, vous avez étudié d’anciennes chorégraphies et avez souhaité montrer comment le vivant pouvait reprendre sa place au cœur de la danse ? Oui et ce n’est pas un exercice simple. La danse, contrairement à d’autres arts comme la photographie ou la peinture, s’incarne dans des corps humains. J’ai travaillé avec Estelle Zhong Mengual, à la demande du musée du Louvre, pour voir comment était représenté le non-humain dans l’histoire de la danse. Très vite, nous nous sommes aperçus qu’il y avait un problème. La danse reprend les codes de la culture occidentale dans laquelle, souvent, la nature n’a pas d’âme et est à la disposition de l’humain. Pourtant Philippe Descola, anthropologue, a beaucoup travaillé sur les cultures où le non-humain est respecté et non hiérarchisé. Cela montre justement que notre manière occidentale de penser le monde n’est pas universelle et qu’il y a des alternatives. Il est nécessaire de réinterroger le fonctionnement de notre système.[…]Lire la suite de l’article