LLa Gazette de la Fête de la science #19 ##19 – IA : des conséquences psychologiques préoccupantes chez les scolairesPlus on utilise l’IA, moins notre cerveau est actif, comme si elle réfléchissait pour nous. © Illustration par Léna Ehrsam. Depuis 2022, la popularisation de l’Intelligence Artificielle (IA) générative, chez les élèves, pose des problèmes de développement de l’esprit critique, parallèlement aux conséquences écologiques de son usage. Durant la Fête de la science 2025, Audric Mazzietti, spécialiste en psychologie cognitive, est revenu sur son fonctionnement et ses enjeux, dans une conférence à l’Institut catholique de Lyon. Aujourd’hui, l’IA est utilisée dans le milieu scolaire presque systématiquement. De leur côté, les enseignants n’y sont pas encore formés. Conséquences : les élèves en font un usage non régulé, sans comprendre comment elle fonctionne, ni quels sont ses enjeux pour l’apprentissage.Fondée sur l’autonomie et l’adaptation, l’IA est un système algorithmique qui apprend, à la différence des autres procédés numériques. Mais cela ne signifie pas qu’il réfléchit : « malgré son nom, l’IA n’est pas intelligente », rappelle Audric Mazzietti. En piochant dans ses bases de données, elle ne peut que reproduire des comportements liés aux humains, sans les saisir ! Par ailleurs, elle n’est pas excellente pour tout. Il existe des « petites » IA effectuant des tâches précises dans lesquelles elles sont plus efficaces que ChatGPT, par exemple.L’esprit critique menacé ? Passée la fascination ressentie face à la nouveauté, les premiers effets négatifs de l’IA se révèlent. L’un des gros problèmes réside dans la dépendance cognitive grandissante chez les jeunes, causée par la délégation du travail intellectuel à l’IA ; l’ère où l’on charge la machine des tâches purement mécaniques touche à sa fin. Une étude montre, d’ailleurs, qu’après avoir utilisé l’IA, le cerveau reste en sous-régime. Dans ce contexte, le déploiement de l’esprit critique et de la capacité à réfléchir par nous-mêmes reste crucial, notamment pour démêler le vrai du faux parmi les contenus générés par l’IA. De surcroît, certains jeunes s’en servent comme soutien émotionnel : « ils croient entretenir une vraie relation avec la machine, alors qu’elle ne leur renvoie que des statistiques », explique Audric Mazzietti.On observe également une fracture numérique, du fait de l’isolement des personnes en situation d’illectronisme ou qui ne peuvent pas s’offrir des IA puissantes.Malgré la nécessité d’une adaptation politique à l’arrivée de l’IA, une seule régulation, européenne, existe : l’IA act. Adoptée en 2024, elle a quelques décennies de retard par rapport aux débuts de l’IA dans les années 1970. En outre, l’Éducation Nationale n’a encore pris aucune mesure, alors que l’usage de cet « outil » s’est massifié dans l’enseignement secondaire.L’enjeu : limiter les dégâts écologiques et psychologiquesAfin d’utiliser l’IA de manière adaptée aux défis psychologiques et écologiques, Audric Mazzietti, recommande, d’abord, de privilégier les bons outils, conformes aux tâches spécifiques. On obtient de meilleurs résultats par rapport à des IA générales, avec une consommation énergétique allégée. Par ailleurs, tout le monde en a déjà fait l’expérience : à consigne peu claire donnée à l’IA, résultat peu clair obtenu. Un prompt bien formulé est essentiel. Il permet une meilleure production, avec moins de requêtes. Enfin, un usage plus pédagogique serait pertinent pour les scolaires, en demandant, par exemple, à l’IA la création de fiches de révision ou de quizz, plutôt que de lui faire rédiger un devoir de A à Z. De toute évidence, il est clair que le défi est d’essayer d’atténuer une situation déjà (bien) critique.Par Léna Ehrsam, étudiante en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon .