LLa Gazette de la Fête de la science #21 ##21 – Intelligence Artificielle : progrès ou menace ?L’envers du progrès : l’impact de l’intelligence artificielle.Illustration générée par IA – création : Mélie BoussonOmniprésente et fascinante, l’Intelligence Artificielle (IA) transforme déjà notre quotidien. Mais derrière ces avancées, se cachent des enjeux éthiques et environnementaux. Lors de la Fête de la science 2025, des experts en science numérique ont exploré ses promesses ainsi que les défis qu’elle pose aujourd’hui, qu’il s’agisse de la médecine, de l’industrie ou sur le plan législatif. Quand nous parlons d’IA, nous pensons à des robots, des assistants vocaux ou encore à des images générées par des machines. Au-delà des clichés, l’IA trouve déjà des applications concrètes, notamment dans le domaine médical où elle est particulièrement prometteuse. L’objectif n’est pas de remplacer le médecin mais de l’assister au mieux. Elle soutient le système de santé et améliore le triage. Elle optimise la prise en charge clinique et peut même créer des jumeaux numériques pour simuler des interventions chirurgicales. En Norvège, par exemple, une IA autonome aide les ophtalmologues à déterminer si la consultation est urgente ou relève d’un simple contrôle de routine.L’envers du décor, un impact environnemental majeurCependant, derrière ces avancées se cachent de nombreux problèmes, notamment d’un point de vue environnemental. Selon un rapport interne, Google s’était fixé pour objectif de réduire de 45 % ses émissions de gaz à effet de serre entre 2020 et 2024. Pourtant, sur cette même période, celles-ci ont augmenté de 45 %. Une contradiction qui pousse à s’interroger sur l’impact écologique d’une utilisation massive. En effet, pour fonctionner, l’IA nécessite des infrastructures ; les data centers, gourmands en énergie et en eau. D’après Éric Tannier, chercheur spécialisé dans les liens entre science et société à l’INRIA : « On peut alors parler de boucle de rétroaction : plus l’IA se développe, plus la demande énergétique augmente ». Cela entraîne la construction de nouveaux data centers, eux-mêmes consommateurs d’énergie. En Irlande, 30 % de la consommation électrique nationale est liée au numérique, ce qui oblige à limiter d’autres usages, voire à abandonner certains projets.Régulation et inégalité : les nouveaux défis face à l’IA L’IA évolue à une vitesse qu’il est presque impossible, pour le cadre législatif, de suivre. Alors qu’il faut des années pour élaborer une loi, un algorithme évolue seulement en quelques jours. Malgré la volonté européenne de réguler ses pratiques via l’AI Act, qui encadre les produits commercialisés en Europe, il reste difficile de contenir ce phénomène en constante évolution. Cette rapidité soulève également des questions sur la répartition des bénéfices de l’IA. Les pays les plus développés semblent en profiter le plus, creusant un écart avec les autres pays. L’IA semble alors avoir été créée pour couvrir des manques, comme face à la pénurie de personnel hospitalier, plutôt que répondre à de vrais besoins.L’IA incarne ainsi un paradoxe : un outil de progrès indéniable, mais dont les conséquences environnementales et sociales nous obligent à repenser notre rapport à cette technologie.Par Mélie Bousson, étudiante en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon.