Pop’Sciences répond à tous ceux qui ont soif de savoirs, de rencontres, d’expériences en lien avec les sciences.

EN SAVOIR PLUS

La Gazette de la Fête de la science #4

LLa Gazette de la Fête de la science #4

<#4 – Quand la musique fait vibrer le vivant

Végétaux, animaux et cellules : toutes les formes de vie réagissent aux sons et aux vibrations de la musique. © Image générée avec Canva par Sabrina Chabbi

Des oiseaux aux cellules, les sons organisés influencent toutes les formes de vie. Pendant sa conférence lors de la Fête de la Science, la professeure Claire Brun, experte en biologie cellulaire à l’Institut Catholique de Lyon, explore les effets insoupçonnés de la musique sur les plantes, les animaux et même les organismes unicellulaires.

Avant d’être une émotion, la musique est un phénomène physique : une onde acoustique qui se propage par des vibrations mécaniques. Ces pressions traversent l’air, l’eau ou les tissus vivants. « La musique ne se limite pas au plaisir humain. Elle agit sur tous les organismes capables de percevoir ou de subir une vibration », explique la biologiste. Les recherches montrent qu’elle influence aussi le vivant, selon la fréquence, le rythme et l’intensité des sons.

Plantes et animaux à l’écoute de la musique

Chez les animaux, le son est un moyen de communication essentiel. Les insectes émettent des vibrations continues, les grenouilles coassent par impulsions, et les oiseaux composent de véritables phrases musicales. Le chant de ces derniers sert à défendre un territoire, attirer un partenaire ou reconnaître les siens. Le rythme, la répétition et la hiérarchie des notes créent des effets émotionnels comparables à ceux que la musique provoque chez l’homme.

Les plantes, même sans oreilles, réagissent étonnamment aux sons et aux vibrations de leur environnement. Des expériences ont montré qu’un bruit d’eau douce attire les racines du maïs, ou que certaines fleurs exposées au bourdonnement d’une abeille augmentent la quantité et la teneur en sucre de leur nectar. Les pétales se comporteraient comme de petites antennes acoustiques, capables de capter les vibrations utiles à la pollinisation. À l’inverse, certaines plantes libèrent des toxines dès qu’elles perçoivent le son d’une chenille. Chez elles, la musique n’est pas une mélodie, mais un signal biologique vital.

Quand la musique influence la vie microscopique

La musique agit aussi au niveau cellulaire. Les globules rouges s’agrègent moins en présence de musique classique, et certaines cellules immunitaires augmentent leur activité. Ces effets semblent liés aux vibrations de la membrane, qui transmettent le signal à l’intérieur de la cellule. Les microbes, qui sont, eux aussi, des unicellulaires, ne font pas exception. Comme les bactéries et les levures qui réagissent aux sons : leur croissance, la production de métabolites ou la sensibilité aux antibiotiques varient selon le type de musique, son rythme, sa fréquence et son intensité, comme si chaque cellule possédait sa propre « oreille ».

De la grenouille aux bactéries, la musique semble constituer un langage universel, fondé sur la vibration. Loin d’être un simple divertissement humain, elle révèle une continuité entre culture et mécanismes biologiques. Pour Claire Brun, tout est une question de fréquence : « Chaque type de cellule possède sa propre sensibilité vibratoire. Quand la fréquence est juste, elle résonne. » Cette résonance pourrait expliquer pourquoi certaines musiques stimulent la croissance, la germination ou l’immunité, tandis que d’autres n’ont aucun effet.

Par Sabrina Chabbi, étudiante en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon 1