LLa Gazette de la Fête de la science #6 ##6 – Les frontières floues des symptômes psychiatriquesAtelier mené par la post-doctorante Camille Fakche, qui projette une vidéo type ganzflicker induisant une expérience de pseudo-hallucinations afin de sensibiliser le public au symptôme. © Cindy López Lors de la Fête de la science 2025, à l’Hôpital du Vinatier à Lyon, des chercheurs du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (CRNL) ont invité le public à explorer quatre symptômes psychiatriques fréquemment observés et qui sont souvent associés à un trouble mental spécifique. Une approche scientifique qui pourrait aider les professionnels de la santé à mieux comprendre, repérer et traiter les difficultés psychiques.Chercheurs, soignants et étudiants partagent un même constat : « On parle souvent de maladies psychiatriques, mais rarement des symptômes ». Leur objectif ? Permettre aux assistants d’identifier les symptômes communs aux troubles mentaux, non seulement pour mieux s’en approcher et mieux les prévenir, mais aussi parce que ce n’est pas évident de les dégager d’un seul diagnostic.Maxime Gandy, doctorant en neurosciences, décrit le stress comme un message : « une petite flamme dans la cheminée », indispensable pour réchauffer, dangereuse si elle devient incendie. Le stress, l’anxiété, l’angoisse incarnent trois nuances d’un même mécanisme de survie. Le stress devient pathologique quand le corps reste bloqué en position d’alerte. « C’est un symptôme transdiagnostique », explique-t-il. « On le retrouve dans la dépression, les troubles anxieux, alimentaires, ou bipolaires. » Apprendre à repérer ce signal, c’est déjà apprendre à s’écouter.Quand le cerveau se trompe de réalitéCamille Fakche, chercheuse en neurosciences cognitives, parle d’hallucinations, ces perceptions sans stimulus réel. Entendre une voix, sentir un contact, voir une ombre : autant d’expériences partagées par des personnes atteintes de schizophrénie, de dépression, de trouble bipolaire, ou même de stress post-traumatique. Et pas seulement : « On les retrouve aussi dans [des maladies comme] l’Alzheimer, Parkinson, ou même après une nuit blanche. » Il paraît juste de comparer le cerveau à un projecteur : quand la lumière se dérègle, l’image se déforme. Mieux comprendre ces mécanismes permet de réduire la peur et la stigmatisation.Ilona Médigue et Houda El Azzaoui, doctorantes qui travaillent sur le sujet du sommeil, expliquent que près d’un Français sur deux souffre d’un trouble du sommeil. Insomnie, apnée, jambes sans repos : ces perturbations se croisent souvent avec l’anxiété ou la dépression. « Dormir, ce n’est pas perdre du temps, c’est investir dans sa santé », rappelle Houda El Azzaoui.Arthur Giraudeau, interne en psychiatrie, clôt la soirée avec un mot étrange : l’anhédonie. « Imaginez que plus rien ne vous fasse envie : ni musique, ni amis, ni chocolat. » Ce trouble du circuit de la récompense est central dans la dépression et la schizophrénie. Il illustre la façon dont les émotions, la motivation et la cognition s’entremêlent dans la santé mentale. Arthur insiste : « L’anhédonie n’est pas anodine ! »Une approche transversale de la santé mentaleEn filigrane de cette soirée, une conviction émerge : les symptômes ne connaissent pas les frontières diagnostiques. Le stress, les troubles du sommeil, l’anhédonie, les hallucinations : tous racontent quelque chose d’universel. Comprendre ces passerelles entre les troubles permet de chercher moins à poser des étiquettes qu’à être plus attentifs aux signaux précoces et ouvrir la voie à une approche plus humaine de la psychiatrie. Un pas que chacun peut accomplir, en commençant par la plus simple des questions : comment je me sens, vraiment ?Par Cindy López, étudiante en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon 1