LLa Gazette de la Fête de la science #7 ##7 – Un seul cerveau, deux sexes ?Cerveau d’homme versus cerveau de femme ? © Damaouia AnliDeux chercheuses en sciences cognitives ont souhaité éveiller l’esprit critique de leur public lors d’un débat mouvant « Cerveau de femme, cerveau d’homme », organisé le 4 octobre 2025 pendant la Fête de la science à la bibliothèque municipale de Lyon Part-Dieu. Cette rencontre a confronté les idées reçues du public aux connaissances scientifiques.Dans une salle bondée, deux intervenantes, Tiphaine Caudrelier et Nina Stauffert, respectivement chercheuse et doctorante en sciences cognitives à l’Université Lumière Lyon 2, animent la discussion face à un public curieux. Le débat porte sur les différences cognitives entre homme et femme.Alors que l’atelier s’apprête à débuter, quelques visages trahissent l’impatience, d’autres observent en silence. Les participants échangent quelques mots avant que le débat ne commence. Avant de se présenter, la doctorante explique comment va se dérouler la séance : suite à l’énoncé d’une question, le public devra se placer à gauche s’il n’est pas d’accord, et à droite dans le cas inverse.Bouger pour réfléchirUne fois les présentations faites, les intervenantes posent la première question : « Les hommes ont-ils un plus gros cerveau que les femmes ? ». Un brouhaha amusé s’installe. Quelques participants se déplacent, d’autres restent assis. La majorité choisit le côté droit. L’une des chercheuses confirme : « En moyenne, les hommes ont un cerveau plus gros que les femmes, mais c’est normal, la taille du cerveau dépend surtout de celle du corps. Plus on est grand, plus le cerveau a tendance à être volumineux ». Elles précisent que cette différence est faible. Elle est même plus marquée pour d’autres organes, comme le cœur. Les explications font réagir. Le public écoute et se déplace au fil des questions.Vient la suivante : « Les femmes ont-elles un sens de l’orientation moins développé que les hommes ? ». La salle s’agite. Certains se lèvent rapidement, d’autres hésitent avant de choisir leur camp. L’une des intervenantes explique qu’en moyenne les femmes ont un sens de l’orientation moins performant que celui des hommes. Mais cet écart reste faible et dépend du contexte culturel. Elle évoque une étude menée sur 10 000 personnes à travers le monde. Les participants testaient leur sens de l’orientation avec un jeu vidéo. Dans certains pays, où les femmes ne peuvent pas se déplacer librement, la différence est plus marquée. Dans d’autres, les résultats sont presque similaires. Même en France, les habitudes et l’éducation peuvent influencer ces capacités.Esprit critiqueAvant de conclure, les chercheuses posent une dernière question : « Faut-il croire les médias lorsqu’ils affirment qu’une étude scientifique prouve que les hommes et les femmes sont différents ? ». La majorité des participants ne sont pas d’accord. En effet, en science, une seule étude ne prouve rien. Il faut plusieurs travaux qui vont dans le même sens pour tirer des conclusions fiables.Plus tard, Tiphaine Caudrelier insiste sur l’importance d’apprendre au public à développer son esprit critique : « Notre but n’est pas seulement de déconstruire des stéréotypes, mais aussi d’apprendre au public à avoir un regard critique sur la science et sur les informations qu’il lit dans les médias ». Nina Stauffert ajoute : « On s’attendait à plus d’idées reçues, mais la plupart savaient déjà que le cerveau n’a pas de sexe au sens strict ». Et comme le résume Tiphaine Caudrelier : « Il n’existe pas de preuve solide d’une différence innée entre cerveaux masculins et féminins ». Ainsi, même si des études trouvent des différences, cela ne veut pas dire qu’un sexe est meilleur qu’un autre.Par Damaouia Anli, étudiante en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon 1