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EN SAVOIR PLUS

Cuisine et archéologie biomoléculaire. Identifier des denrées et des procédés à partir de simples tessons

CCuisine et archéologie biomoléculaire. Identifier des denrées et des procédés à partir de simples tessons

Le cycle des conférences Pouilloux 2022-2023, organisé par la Maison de l’Orient et de la Méditerranée, se poursuit avec : Cuisine et archéologie biomoléculaire.  Identifier des denrées et des procédés à partir de simples tessons

Les céramiques archéologiques sont des témoins essentiels des pratiques humaines, notamment pour l’alimentation. Même en l’absence de résidus visibles, les molécules constitutives des denrées contenus, ont imprégné la paroi poreuse du conteneur avec laquelle ils étaient en contact direct. L’utilisation de différents protocoles d’extraction de la matière donne accès aux lipides, aux protéines, aux phénols… Les progrès technologiques en chromatographie et surtout en spectrométrie de masse permettent l’identification précise des composés chimiques. L’analyse en haute résolution engendre des métadonnées, caractéristiques des nouvelles disciplines que sont la lipidomique, la protéomique et la métabolomique. L’interprétation des données est délicate et fastidieuse mais, couplée à l’élaboration de référentiels précis et à l’archéologie expérimentale, elle apporte des éléments sur la nature des matériaux élaborés, stockés, cuisinés et sur les modes de préparation.

Conférence présentée par : Nicolas Garnier, chercheur associé aux laboratoires AOROC (Paris) et Chimie Organique et Macromoléculaire (Lille)

> Consulter le programme de notre cycle de conférence sur notre site web, rubrique « Valorisation » :

MOM

Reconstituer l’alimentation des populations du passé grâce à l’archéologie | Jeudi Alimentation – Santé – Société

RReconstituer l’alimentation des populations du passé grâce à l’archéologie | Jeudi Alimentation – Santé – Société

Les jeudis Alimentation – Santé – Société, des séances de discussion et de débat entre chercheur.es et acteurs.rices des transitions alimentaires, permettent de réinterroger la place de l’alimentation dans nos sociétés.

Après une introduction générale, il y aura 3 interventions : une sur la céramologie (Yona Waksman), une sur l’anthropologie biologique (Françoise Le Mort et Bérénice Chamel) et une sur l’archéozoologie (Jwana Chahoud).

Intervenantes :

  • Jwana Chahoud, Professeure Université Lyon 2, UMR 5133 Archéorient, MOM
  • Bérénice Chamel, chercheuse associée, UMR 5133 Archéorient, MOM
  • Françoise Le Mort, DR CNRS, UMR 5133 Archéorient, MOM
  • Yona Waksman, DR CNRS, UMR 5138 ArAr, MOM

Pour en savoir plus :

Jeudi Alimentation – Santé – Société

>> Les prochaines dates des séances du cycle :

Planète Alimentation, Environnement et Cancer

PPlanète Alimentation, Environnement et Cancer

Suite au succès de la soirée grand public « Alimentation et cancer » organisée par le Cancéropôle CLARA, le 31 mai dernier, nous vous invitons à retrouver dès aujourd’hui l’ensemble des contenus de cet évènement sur une « planète Alimentation, Environnement et cancer » !

Créez votre avatar et flânez sans limite, comme en présentiel dans cet évènement grand public en version numérique. Replays des conférences, stands des associations de patients, fondations & institutions, quizz, informations sur la prévention par l’alimentation, posters des jeunes chercheurs, illustrations et de nombreuses autres surprises seront à retrouver en ligne !

Comme en présentiel, vous aurez même la possibilité de poser vos questions, et échanger avec plus de 20 partenaires mobilisés pendant ce mois sur la plateforme.

Expérience virtuelle conseillée pour un usage sur ordinateur.

>> Connectez-vous à la plateforme :

Planète Alimentation, Environnement et Cancer

Cet accès est gratuit et disponible du 15 juin au 15 juillet 2022.

Vous n’avez pas tout compris sur cette planète virtuelle dédiée à la thématique Alimentation, Environnement et Cancer ?  Pas de panique, Amandine Scapotta Garcia vous explique tout en trois petites interviews et en direct depuis la planète !

  • Que retrouve-t-on sur cette planète Alimentation, Environnement et Cancer ?

👉 https://lnkd.in/eV_je_2X

 

L’alimentation en débat au lycée Magenta | Reportage Pop’Sciences Jeunes débat – épisode 2/2

LL’alimentation en débat au lycée Magenta | Reportage Pop’Sciences Jeunes débat – épisode 2/2

Dans le cadre des projets Pop’Sciences Jeunes, des élèves de seconde du lycée Magenta (Villeurbanne) ont participé pendant cinq semaines à la construction d’un débat sur la thématique de l’alimentation.

Un reportage réalisé par Samantha Dizier, journaliste scientifique
pour Pop’Sciences – Mai 2021

Retour en salle 203, au deuxième étage du lycée professionnel Magenta (Villeurbanne). Un nouveau groupe d’élèves s’apprête à débattre. Mais la thématique du débat a changé. Cette fois, une classe de seconde MRC (Métiers Relation Clients) s’attaque à l’alimentation.

« Il y a une telle quantité de produits dans les supermarchés qu’il est parfois difficile de savoir quoi acheter », remarque une élève. L’alimentation industrielle est un sujet complexe que les lycéens ont choisi de remettre en question à la suite de quatre séances de travail avec les médiatrices de Pop’Sciences Jeunes. Ce dispositif expérimental propose aux élèves de construire un débat autour d’un sujet de société proche de leur quotidien.

Des rencontres avec des scientifiques

Au cours de ces séances, les élèves ont rencontré des spécialistes de ces questions. Leur premier échange a été avec BelleBouffe, une association lyonnaise œuvrant pour une transition vers un système alimentaire local plus juste, écologique et solidaire. Avec les intervenants, les lycéens ont analysé des emballages et ont découvert l’application Open Food Facts, qui permet de décoder les étiquettes des produits.

Stéphanie Verfay, du laboratoire COACTIS, montre aux lycéens comment décrypter les étiquettes. / © Vincent Noclin

Ils ont également rencontré Stéphanie Verfay, chercheuse en marketing social au laboratoire COACTIS, qui leur a proposé de créer des étiquettes plus compréhensibles par les consommateurs. Et Nicolas Godinot, conservateur des Science de la Nature à l’Alimentarium, les a initiés au fait que l’emballage des produits est souvent créé pour fausser notre perception de ceux-ci. Cela peut avoir, par exemple, pour but de nous donner l’illusion qu’une bouteille contient plus de liquide qu’en réalité. Toutes ces rencontres les ont aidés à forger leurs arguments pour répondre à la problématique : En ce qui concerne l’alimentation, les consommateurs peuvent-ils reprendre le pouvoir face aux industriels ?

Des enjeux sanitaires et écologiques

La salle 203 a été préparée soigneusement par les médiatrices pour accueillir le débat. Dans le public, des visiteurs se sont mêlés aux lycéens, notamment des représentants de la Délégation académique aux arts et à la culture. Devant le tableau blanc, deux lycéennes présentent le sujet de leur débat aux spectateurs. Elles ont encore quelques difficultés à parler fort et à se détacher de leurs notes, mais elles n’hésitent pas. Elles pointent le fait que l’alimentation industrielle est très souvent ultratransformée. Et cela peut parfois représenter un danger, comme le soulignent les élèves avec l’exemple récent des pizzas Buitoni contaminées par la bactérie E. coli *. Les produits alimentaires peuvent ainsi avoir un impact sur notre santé, mais également sur notre environnement, selon leurs modes de production et de transport.

Entre deux bavardages et incitations au silence, le débat commence alors entre six élèves : Moinecha, Karisse, Jasmine, Mely, Jade et Mounia. Se pose une première question : pour bien choisir ses produits, est-ce qu’il suffit de regarder les étiquettes ? Moinecha commence par remarquer que tous les ingrédients sont indiqués sur les étiquettes depuis 2017, avec parfois l’ajout du Nutri-score, un logo indiquant la qualité nutritionnelle d’un aliment. Ces informations peuvent alors aider à choisir entre deux produits. Mais une de ses camarades rétorque : « il est difficile de décrypter correctement les étiquettes. Par exemple, le mot glucide est utilisé au lieu de sucre. » De plus, Karisse rappelle que les entreprises utilisent des techniques de marketing pour fausser notre perception des produits : Coca-Cola a ainsi changé la forme de ses bouteilles pour donner l’illusion qu’elles contenaient plus de coca.

Les applications à la rescousse

Pour nous aider dans ce décryptage des produits, les applications de consommation peuvent-elles alors être un outil pertinent ? « Des applications peuvent nous aider à comprendre les étiquettes, comme Yuka et Open Food Facts. Elles ont un côté ludique et informatif », explique Jasmine. Open Food Facts indique, par exemple, le Nutri-score, le Nova-score et l’Eco-score, qui analysent respectivement les qualités nutritionnelles du produit, son taux de transformation et son impact environnemental.

Un élève tente de décrypter l’étiquette d’une cannette de Coca-Cola. / © Vincent Noclin

Mais une lycéenne pointe une limite de ces applications : elles ne permettent pas de tout connaître, comme la provenance des ingrédients. Jasmine rappelle, quant à elle, que ces logiciels peuvent influencer les industriels et cite le cas de Fleury Michon : « leur Nova-score était très mauvais, car ils rajoutaient des nitrites dans leur jambon. Ce qui les a poussés à changer leur composition. » Néanmoins, une autre élève rappelle que cela prend du temps d’utiliser ces applications lors de nos achats, et qu’il n’y a pas toujours d’alternatives plus saines à certains produits.

Un choix à l’échelle individuelle

Deux derniers élèves s‘interrogent alors sur les actes qui peuvent être faits par chacun pour avoir une meilleure alimentation. Jade suggère d’acheter les aliments frais directement au marché et non au supermarché, où il est difficile de connaître la provenance réelle des produits. Mais sa camarade rétorque que le prix et l’accessibilité sont aussi des facteurs importants. « Par exemple, quand on achète une paella au marché, elle sera forcément plus chère parce qu’elle a été faite devant nos yeux », explique-t-elle.

Les lycéens concluent alors le débat : « les consommateurs ont des moyens pour reprendre le pouvoir grâce à certains outils qui aident à mieux décrypter les produits. Mais il faut aussi que les pouvoirs publics agissent pour obliger les industriels à faire de bons produits. »

Le public applaudit les orateurs. « Est-ce que ces séances ont changé vos habitudes de consommation ? », demande un spectateur. Les réponses sont alors unanimement négatives. « On boit toujours du coca », affirme un élève. Une lycéenne résume le sentiment général : « je pense que comme on est jeune, on ne pense pas encore à bien regarder ce qu’on mange. Si c’est bon, on ne se pose pas la question. » Une autre fait remarquer qu’elle mange toujours la même chose, mais qu’elle regarde maintenant le Nutri-score. Même si les comportements n’ont pas changé, le message semble au moins être passé.

L’interview de deux élèves, Jade et Mounia, à l’issue du débat : leur ressenti en direct !

Retrouvez l’épisode 1 des reportages sur les Pop’Sciences Jeunes débats ici.

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* Escherichia coli (E. coli) est une bactérie qui réside naturellement dans le tube digestif de l’Homme et des animaux à sang chaud. La majorité des souches de E. coli sont inoffensives, quelques-unes seulement sont pathogènes pour l’homme et posent alors des problèmes de contamination .

Alimentation et cancer

AAlimentation et cancer

Le Cancéropôle Lyon Auvergne-Rhône-Alpes vous convie à sa soirée grand-public Quand la recherche s’intéresse à votre assiette.

A l’occasion de cette soirée, découvrez des animations dans le village Prévention composé de nombreux acteurs de la santé de la région (Centre Léon Bérard, Centre International de Recherche contre le Cancer, la CAMI Sport&Cancer…), de nombreux stands d’associations et fondations pour vous informer sur leurs actions (Ligue contre le Cancer, Ensemble Leucémie Lymphome Espoir, Jeune et Rose…), ainsi que des conférences scientifiques vulgarisées sur la thématique Alimentation et Cancer.

Co-organisée avec : Métropole de Lyon

Pour en savoir plus :

Soirée grand public : Alimentation et cancer

 

Les Amuse-Bouches de la Chaire TrALIM #2

LLes Amuse-Bouches de la Chaire TrALIM #2

« Les Amuse-Bouches de la Chaire TrALIM » est un cycle de 4 séances de discussion et de débat entre chercheur.es et acteurs et actrices des transitions alimentaires, pour réinterroger la place de l’alimentation dans nos sociétés.

Amuse-Bouche n°2 – La mobilisation des acteurs dans les transitions alimentaires territoriale

Agriculteurs, acteurs publics, structures de l’économie sociale et solidaire, collectifs citoyens, syndicats professionnels… Les acteurs sont de plus en plus nombreux à engager des réflexions et des actions pour répondre aux problèmes de sécurité alimentaire et développer des projets innovants pour favoriser la démocratie alimentaire.

Ce deuxième amuse-bouche de la Chaire TrALIM permettra d’échanger avec des chercheur·es et de professionnel·es sur ces dynamiques en cours dans les territoires urbains et ruraux autour de la mobilisation des acteurs dans les transitions alimentaires.

Interventions de :
– Béatrice Maurines, sociologue-anthropologue à l’université Lumière Lyon 2
– Claire Lamine, sociologue à l’INRAE (institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement)

Table ronde avec :
– Samuel Chabré, de la Ferme de la Martinière
– Émilie Juhant, chargée de mission Agriculture à la Communauté d’agglomération Privas Centre Ardèche

Les Amuse-Bouches de la Chaire TrALIM #1

LLes Amuse-Bouches de la Chaire TrALIM #1

« Les Amuse-Bouches de la Chaire TrALIM » est un cycle de 4 séances de discussion et de débat entre chercheur.es et acteurs et actrices des transitions alimentaires, pour réinterroger la place de l’alimentation dans nos sociétés.

Amuse-Bouche n°1 – Culture, alimentation et identité : Brillat-Savarin avait-il raison ?

Les historien·nes et les anthropologues ont montré l’existence d’un lien profond entre culture et alimentation. L’appartenance à un espace socioculturel apparaît, dans leurs travaux comme un déterminant majeur des consommations et des pratiques (Flandrin, Goody, Montanari, Lévi-Strauss…). Longtemps, la phrase écrite par Brillat-Savarin (1825) : « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es » pouvait se comprendre, en premier lieu, comme l’affirmation d’un lien indéfectible entre pratiques alimentaires et identité culturelle.

Mais que vaut aujourd’hui encore cette affirmation, alors qu’au fil des dernières décennies, le processus d’individualisation n’a cessé de s’accentuer dans les pays occidentaux et que de multiples formes d’alimentations particulières se sont développées ? À l’heure où chacun se sent libre de revendiquer et d’adopter un régime construit sur mesure (végétarien, sans gluten, locavore, instinctivore, vegan…) en accord avec ses croyances, principes éthiques ou moraux, ne s’agit-il pas essentiellement d’identité individuelle et non plus culturelle ? Et si tel est le cas, est-il encore possible aujourd’hui de manger ensemble et de s’incorporer à une communauté de mangeurs tout en nourrissant son identité culturelle ?

Interventions puis table ronde avec :
– Estelle Masson, maîtresse de conférence en psychologie sociale de la communication à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
– Nikolaos Kalampalikis, professeur en psychologie sociale à l’Université Lumière Lyon 2

Pourquoi vous ne pouvez pas résister à ces bonbons qui vous font de l’œil ?

PPourquoi vous ne pouvez pas résister à ces bonbons qui vous font de l’œil ?

On sait que la proximité avec de la nourriture très calorique augmente sa consommation impulsive. Est-ce dû au fait que tendre la main requiert peu d’effort ou bien à la distance à l’aliment elle-même ?

Grâce à la réalité virtuelle, des chercheurs ont pu distinguer l’influence de ces deux facteurs, étroitement entremêlés dans la vraie vie. Des résultats utiles dans le cadre des politiques de lutte contre l’obésité.

Au supermarché, pourquoi croyez-vous qu’on trouve des friandises à la caisse ? De fait, les clients trouvent en caisse des produits qu’ils n’avaient pas prévu d’acheter et qui leur font de l’œil pendant qu’ils patientent. Cet effet de proximité n’est pas l’apanage du marketing, il est aussi étudié en neurosciences.

Article à lire en intégralité sur CORTEX Mag

Comment le cerveau régule notre appétit

CComment le cerveau régule notre appétit

L’appétit est sous l’influence de nos sens et de notre système hormonal, mais aussi de notre volonté. Comprendre les mécanismes sensoriels et cognitifs à l’œuvre dans sa régulation peut faire progresser le traitement de l’obésité et de certains troubles alimentaires. Découvrez le protocole inédit impliquant des stimuli olfactifs et visuels mis en place par des chercheurs lyonnais.

Article à lire en intégralité sur CORTEX Mag

Lyon : le confinement, une parenthèse propice aux innovations sociales dans l’alimentation ?

LLyon : le confinement, une parenthèse propice aux innovations sociales dans l’alimentation ?

S’il est encore difficile d’affirmer qu’une modification durable dans la structuration des activités agroalimentaires et des comportements des consommateurs a été enclenchée avec le confinement, cette situation inédite, bien que malheureuse, a permis de voir émerger un certain nombre d’initiatives. Les acteurs du territoire, professionnels comme particuliers, ont dû et su agir à leur échelle pour contrer la vulnérabilité du secteur.

Prenant des formes variées, comme nous avons pu l’observer lors de nos travaux menés dans le cadre du projet ASIS, ces initiatives observées à Lyon et ses alentours illustrent tout à fait le concept d’innovation sociale, tel que défini par les chercheurs Nadine Richez-Battesti, Francesca Petrella, Delphine Vallade, à savoir « le processus par lequel des acteurs s’organisent pour apporter des réponses nouvelles à des besoins sociaux peu ou mal satisfaits ».

La crise sanitaire que nous traversons représente ainsi une opportunité critique pour saisir la capacité des acteurs à s’organiser dans la contrainte, à répondre à une problématique sociale immédiate et cruciale et à déclencher des processus d’innovation sociale.

Plans d’adaptation

En première ligne de l’approvisionnement de fruits et légumes en circuit court, les distributeurs de produits locaux ont vu fortement leur activité impactée. Beaucoup ont d’ailleurs été submergés par les demandes de nouveaux consommateurs, comme Alter-Conso, qui distribue des paniers de produits locaux, bio ou issus de l’agriculture paysanne et qui a dû faire face à une augmentation sans précédent de son activité. Mais continuer une activité de distribution alors que les mesures sanitaires s’intensifient n’est pas simple.

Samuel Hévin, salarié de la coopérative, explique :

« Au départ, on se dit qu’on va tout arrêter mais rapidement, que ça n’est pas possible… Les paysans avec qui on travaille, qu’est-ce qu’ils font faire de leur came ? Et les consommateurs, ils vont aller où ? On se positionne comme une alternative à la grande distribution et si on arrête, ils vont y retourner et on n’a pas envie de ça. »

En 24 heures, différents plans d’action sont échafaudés pour être parés à toutes les éventualités. La structure a su remettre en cause une organisation du travail pourtant bien huilée. Une leçon d’adaptation efficiente qui prouve la capacité de résilience de cet acteur local de l’alimentation.

L’épicerie Scarole & Marcellin, quant à elle, a dû adapter ses pratiques de distribution au cours du confinement après avoir réalisé la complexité de la situation. Pour concilier une équipe en sous-effectif, une demande croissante et des précautions sanitaires toujours plus exigeantes, c’est un système de commande à distance et de drive qui a été favorisé :

« On arrivait à faire 60 paniers par jour mais, c’était trop peu par rapport à la demande. On savait qu’on allait se priver d’une partie de la clientèle, mais on n’arrivait plus à faire face ! »

Les acteurs traditionnels de la distribution alimentation en circuits courts ont répondu au risque de manque de débouchés des producteurs, puisant dans leur capacité interne d’adaptation. D’autres initiatives ont été organisées, cette fois par des acteurs n’appartenant pas au champ de l’alimentation ou de l’agriculture, mais mobilisant les outils numériques, technologiques et collaboratifs.

Au cœur des initiatives, les réseaux sociaux

Parmi les solutions, le groupe Facebook Marchés Solidaires #69 a fait preuve de grande réactivité. À la suite de l’exemple donné à Montpellier, un groupe de Lyonnais a ouvert un groupe pour en faire un espace de rencontre entre producteurs en recherche de débouchés et consommateurs à la recherche de produits locaux.

Chloé Frézouls, une citoyenne lyonnaise, précise :

« Le 25 mars, donc c’est allé vite, on a lancé le projet des Marchés Solidaires à Lyon. On a eu 2 000 membres en 24 heures, donc on a doublé le score de Montpellier. Et finalement, sur le groupe de Lyon, à la mi-mai, on était 12 800, donc en un mois et demi ! »

Ce groupe à destination des maraîchers et producteurs commercialisant sur les marchés de plein vent, mais a été conçu sans que les initiateurs·trices ne disposent de réseau dans le domaine, comme en témoigne Chloé :

« Moi j’ai recensé des producteurs. Je leur ai envoyé un mail pour voir s’ils avaient des alternatives, si ça marchait pour eux ou s’il falltriceait qu’on les aide. Le but c’était qu’ils arrivent à poursuivre leur activité ».

Sur le groupe, se côtoient virtuellement producteurs et consommateurs, et les propositions d’action sont nombreuses : commandes de paniers, propriétaires de locaux qui profitent de leur fermeture pour accueillir des distributions, relais d’annonces Facebook, de groupes WhatsApp, initiatives de quartier et même parfois distribution « sauvage » dans la rue pour ceux qui n’ont pas d’autre choix…

Le groupe Facebook Marchés Solidaires #69.
Capture d’écran

Le groupe permet visibilité et débouchés assurés. Les consommateurs formulent également leurs demandes : certains recherchent un produit particulier dans leur quartier, d’autres leur producteur habituel… Au bilan, les initiateurs·trices ont donc surtout facilité la rencontre entre l’offre et la demande.

Quand le groupe fait la force

Dès le début du confinement, la jeune association lyonnaise BelleBouffe a établi une carte en ligne et participative qui permet d’identifier les points de rencontre où il est possible de consommer local, bio et raisonné dans la métropole de Lyon.

Marie-Amandine Vermillon, co-fondatrice de l’association, précise pourquoi ils ont eu l’idée d’agir :

« On commençait à voir émerger des choses où les gens se passaient des informations à propos des producteurs. On s’est dit, là, il faut un truc qui centralise tout ça parce que dans le flux continu des réseaux sociaux où tu perds l’information en moins de deux, ça va pas le faire ».

La première étape est plutôt artisanale : un tableur collaboratif permet à tout internaute d’ajouter une référence. Le succès est immédiat et la mise en place d’un outil plus complet devient nécessaire, BelleBouffe s’allie alors avec l’association Zéro Déchet Lyon pour aller plus loin. Ainsi est née l’initiative de la plate-forme Manger local à Lyon durant le Covid.

En moins de deux mois, ce sont près de 50 000 internautes qui consultent la carte, 650 solutions qui y sont référencées et de nombreux témoignages qui mettent en avant l’impact positif de cet outil sur les pratiques…

Carte participative de l’association BelleBouffe.
Capture d’écran

Avec BelleBouffe, Marie-Amandine Vermillon et Martin Cahen, autre co-fondateur, veulent promouvoir à plus long terme la transparence alimentaire :

« On veut utiliser le numérique pour voir à quel point ça peut être un levier pour la transition alimentaire et pour orienter nos actions. Notre objectif, c’était vraiment de faire en sorte que les données soient sous licence ODB (open database), donc sous format ouvert qui puisse être réapproprié par d’autres. Ces données, ce sont des communs qui permettent d’accéder à une ressource vitale : une alimentation de qualité ».

Avec une démarche collaborative qui se veut la plus exhaustive possible et qui vit grâce à l’implication des bénéficiaires, BelleBouffe et sa carte ont permis de réagir rapidement grâce à la force du collectif et d’un outil construit par et pour tous.

Une difficile institutionnalisation

L’approvisionnement de biens alimentaires rendu complexe par la crise sanitaire a favorisé le développement d’innovations sociales qui ont émergé en réponse à une demande sociale apparue de façon immédiate et brutale. Elles se sont donc déployées dans l’urgence et avec des ressources limitées.

Sans être nullement représentatives, nous en avons pointé certaines aux caractéristiques singulières : capacité des acteurs traditionnels de la distribution en circuits courts à maintenir leurs activités sous contraintes au moyen d’une forte flexibilité organisationnelle interne, inventivité de réseaux de citoyens et de nouvelles associations ancrées dans le champ de l’environnement, capacité à mobiliser les réseaux sociaux et les technologies du numérique.

Après quelques mois de cette parenthèse confinée, on constate à présent un déclin voire un abandon de ces nouvelles pratiques. Les acteurs de la distribution semblent avoir retrouvé un nombre raisonnable de consommateurs, les outils de communication déployés sont moins utilisés. Si nous avons constaté une capacité à répondre à un besoin urgent, caractéristique des premières étapes d’un processus d’innovation sociale, la phase de l’institutionnalisation de ces nouvelles pratiques semble plus difficile à atteindre.

Cela confirme d’une part la complexité et la centralité de la fonction d’intermédiation dans l’organisation des systèmes alimentaires localisés qui est évidemment accentuée en période critique. Les agriculteurs inscrits dans ce type de réseau semblent d’ailleurs avoir bien mieux réussi à traverser la période.

D’autre part, à propos du processus d’innovation sociale, le cas extrême du confinement montre qu’il importe bien de distinguer les situations de demande sociale forte (apparue en urgence) et les situations de non-satisfaction durable de besoins sociaux qui, si elles sont critiques en période extrême, demeurent quand la situation se rétablit.

Reste encore de la place pour des processus d’innovation sociale répondant aux besoins ardents de justice alimentaire de certains territoires. Le besoin est tout aussi urgent, extrême et nécessaire.

Auteure : Emilie Lanciano, Professeure des Universités, chercheure au laboratoire Coactis, Université Lumière Lyon 2

Co-rédigé avec : Pauline Remaud, chargée de mission ASIS, laboratoire Coactis.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons – 12-10-2020 >>> Lire l’article original.

Il est publié dans le cadre de la Fête de la science 2020 (du 2 au 12 octobre en métropole et du 6 au 16 novembre en outre-mer et à l’international) et dont The Conversation France est partenaire. Cette édition a pour thème : « Planète Nature ? ».