Journées européennes du patrimoine 2020

JJournées européennes du patrimoine 2020

Patrimoine et éducation : apprendre pour la vie !

Les Journées européennes du patrimoine, JEP, sont l’occasion de poser un autre regard sur le patrimoine à travers des visites et des balades urbaines inédites. Cela passe aussi par la découverte de lieux de science et la rencontre avec des chercheurs de tous horizons…

Nous vous proposons :

L’exposition Carnets de sciences en Terre du milieu sur l’univers du Seigneur des anneaux, vient compléter cette exploration. Ouverture exceptionnelle de la maison natale de Claude Bernard.

>> Renseignements au : 04 74 67 51 44 / 04 74 68 23 08 | Musee.claudebernard@agglo-villefranche.fr | Pas de réservation 

>> Mesures COVID 19 : port du masque obligatoire, jauge limitée, file d’attente à l’extérieur, parcours adapté, distanciation physique à respecter.

 

Toute la programmation des JEP en métropole lyonnaise et ailleurs :

JEP de la Métropole de Lyon

JEP nationales

Tony Garnier… Et maintenant ? | Collections & Patrimoine

TTony Garnier… Et maintenant ? | Collections & Patrimoine

En 1918, l’architecte Tony Garnier publie l’ouvrage La cité industrielle qui influencera plusieurs générations de concepteurs dans le monde entier. Il y projette une ville moderne où tous les équipements collectifs nécessaires à la vie d’une grande agglomération sont mis en place, jetant ainsi les bases de l’urbanisme contemporain. Mais il n’est pas seulement un concepteur, il est aussi un bâtisseur.

Ses principes de La cité industrielle sont testés, avant et après la Première Guerre mondiale, à Lyon. La production de cet architecte y est presque exclusivement concentrée, encouragée par le maire de l’époque, Édouard Herriot.

Cette exposition veut favoriser une prise de conscience plus forte de la valeur de ce patrimoine architectural et urbain, qui pourrait faire la fierté de la ville à l’image de celui d’Auguste Perret au Havre ou de Gaudi à Barcelone. Même s’il est partiellement protégé, il s’agit de lutter contre tout risque d’effacement, urbain comme symbolique. Ce travail photographique propose donc un regard contemporain de l’œuvre bâtie de Tony Garnier à Lyon. Il met en valeur à la fois sa beauté et sa fragilité, ainsi que son actualité du point de vue des propositions architecturales et urbanistiques.

Auteure : les photographies présentées sont issues du fonds réalisé par Anne-Sophie Clémençon, historienne des formes urbaines et de l’architecture, chercheure-photographe à l’Université de Lyon. Elle est associée au Laboratoire Environnement Ville Société (CNRS, ENS de Lyon), après avoir été chercheure au CNRS à l’École normale supérieure de Lyon. Depuis la fin des années 1970, elle documente les transformations urbaines de l’agglomération lyonnaise et, plus généralement, la culture architecturale et urbaine de nombreuses métropoles, constituant un fonds de plusieurs milliers d’images argentiques puis numériques. Elle a toujours associé à son activité de chercheure la photographie, qu’elle considère comme un langage indispensable pour comprendre et percevoir de manière sensible l’architecture.

Inauguration, table ronde et visites guidées à partir de septembre 2020.

Voir l’exposition en ligne :

Tony Garnier… Et maintenant !

A quoi pensez-vous ?

AA quoi pensez-vous ?

Conversations à distance avec Camille De Toledo

À l’heure de la pandémie, dans le cadre de la detective room et du cycle « Enquêter, enquêter mais pour élucider quel crime ? », la résidence de l’écrivain-chercheur Camille de Toledo se reconfigure. Elle propose, à partir du 9 juin, une série de rencontres et de conversations à distance.

La « Chambre d’enquête » devient la « chambre d’échos ».

Toutes les semaines, l’écrivain dialoguera avec un.e invité.e issu.e des différents champs de recherche : art, histoire, philosophie, littérature, architecture, urbanisme, anthropologie…Avec l’Ecole urbaine de Lyon, European Lab et la Fête du livre de Bron.

  • A partir du 9 juin 2020 • Comment la langue a recouvert le monde et ses animaux ? avec Anne Simon
  • A partir du 16 juin 2020 • Comment concevoir une architecture de l’hospitalité ? avec Sébastien Thiéry
  • A partir du 23 juin 2020 • Comment les modernes ont-ils mécanisé la nature en la « désanimant » ? avec Frédérique Aït-Touati
  • A partir du 30 juin 2020 • Comment partager les perspectives humaines et non-humaines ? avec Emmanuel Alloa
  • A partir du 7 juillet 2020 • Comment nous, les modernes, nous habitons nos corps et pourquoi il en va du corps comme du monde ? avec Denis Cellier

Découvrez le programme des premières conversations sur le site de :

École urbaine de Lyon

 

L’architecture du musée des Confluences vue par les équipes | Collections & Patrimoine

LL’architecture du musée des Confluences vue par les équipes | Collections & Patrimoine

Vaisseau spatial ou animal marin : l’architecture du musée des Confluences ne laisse pas indifférents ses visiteurs…

Visionner un reportage sur l’architecture, vue par les équipes du musée.
Une réalisation OnStage Production, disponible en exclusivité pour la durée du confinement.

visionner le reportage

Quand l’architecture imite la nature

QQuand l’architecture imite la nature

Des bâtiments inspirés d’architectures végétales pour favoriser la récupération de la lumière solaire, ce sont les réalisations proposées par Teva Vernoux et Nicolas Vernoux-Thélot, des frères respectivement biologiste et architecte.

La bio-inspiration consiste en l’observation des systèmes naturels pour donner certaines de leurs caractéristiques à des espaces, objets ou services. Et si l’on est aussi soucieux de développement durable, on sélectionne ses inspirations dans le but de protéger l’environnement : on parle alors généralement de biomimétisme.

Fascinés depuis toujours par le design des bâtiments, pour l’un, et par l’architecture des plantes pour l’autre, Teva Vernoux, chercheur et directeur du laboratoire Reproduction et Développement des Plantes, et son frère Nicolas, architecte et fondateur de l’agence In Situ Architecture, se sont tournés vers la conception biomimétique en architecture depuis une douzaine d’années. Comment faire des bâtiments dont l’empreinte écologique est la plus faible possible ?  La phyllotaxie, avec ses règles géométriques qui influencent la captation de l’énergie solaire, leur semblait être une voie prometteuse…

L’intégralité de l’article disponible sur :

CNRS LE JOURNAL

Architecture, ville, urbanisme : un dialogue à travers les sciècles

AArchitecture, ville, urbanisme : un dialogue à travers les sciècles

L’étude des églises médiévales de Lyon a fait apparaître une problématique nouvelle : l’interaction dialectique entre l’architecture religieuses et la ville. Héritière de l’Antiquité tardive, comme la cathédrale, ou implantation récente, comme Saint-Bonaventure, les églises jouent un rôle de moteur ou de frein dans le développement de la ville.

Elles constituent aussi des réserves frontières, libérées pendant les périodes de troubles et devenant pôle de développement. Elles sont enfin des marqueurs spatiaux qui, comme aujourd’hui, jouent un rôle aussi bien dans l’identité politique des communautés d’habitants (Renaissance à Saint-Nizier, néo-gothique XVIIe à la cathédrale) que dans l’organisation des circulations à l’échelle régionale et « internationale » (Saint-Jacquême et le pèlerinage à Saint-Jacques).

A l’inverse, le développement de la ville ne reste pas sans conséquence à la fois sur l’évolution de l’esthétique monumentale acquise (évolution de l’éclairage naturel de la cathédrale en fonction de l’évolution du quartier) et sur la perception de l’édifice ancien, autour duquel se retissent des récits de genèse complexes, comme à Saint-Nizier. Notre époque n’y échappe pas, et le phénomène est d’autant plus important pour nous qu’il inscrit l’édifice dans une perspective de tourisme ouvert sur le monde.

Intervenant : Nicolas Reveyron, professeur d’histoire de l’art et d’archéologie du Moyen-Âge à l’Université Lumière Lyon 2, laboratoire ArAr

En savoir plus :

MOM

Tony Garnier (1869 – 1948) – Dessiner et construire la cité moderne avant 1920

TTony Garnier (1869 – 1948) – Dessiner et construire la cité moderne avant 1920

150e anniversaire de Tony Garnier

Ce colloque international a pour projet de faire la lumière sur les apports de Tony Garnier à la définition de la modernité architecturale avant les grandes réalisations des avant-gardes des années 1920. Des chercheurs de divers horizons apportent leur regard scientifique.

Co-organisé par : Institut national d’histoire de l’art – INHA et Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes – LARHA – UMR 5190

Avec le soutien de : Université Lumière Lyon 2, Archives municipales de Lyon, Musée des Beaux-Arts de Lyon et Association Art et Université

  • 13 et 14 novembre : aux Archives municipales de Lyon
  • 15 novembre : au musée des Beaux-Arts

Retrouvez le programme complet sur :

150e anniversaire Tony Garnier

 

La Mêlée : exposition, projections et conférences

LLa Mêlée : exposition, projections et conférences

Un projet vivant au coeur du jardin de Gilles Clément et dans la galerie Artemisia

Alors que la Biennale d’art contemporain de Lyon se déroule pour la première fois dans les usines Fagor, à quelques pas de l’ENS de Lyon, ce projet permet à l’École de s’inscrire pleinement dans cet événement qui résonne dans toute la ville. Florence Meyssonnier, critique d’art et Olivier Hamant, chercheur au laboratoire RDP ont invité Tiphaine Calmettes à imaginer une interaction avec le site. Avec La Terre embrasse le sol, l’artiste a conçu un projet collaboratif qui va prendre forme au fil des 6 semaines de l’exposition : une structure en terre crue sera construite dans le jardin pendant 3 périodes de chantiers auxquels sont invités à participer les étudiants et toute personne intéressée (9-18 septembre,  30 septembre-4 octobre et 7-11 octobre).

Progressivement, cette forme, conçue comme un lieu d’échange et de partage deviendra un lieu de rencontres, ouvert à tous, avec des chercheurs de l’ENS de Lyon et d’ailleurs, sur différentes thématiques. Des questionnements autour de l’écologie, de la pensée et de l’action, de la complexité, de la relation du vivant aux artefacts, sous-tendent cette fabrique du commun. Il s’agira de travailler simultanément sur le faire et le savoir dans une démarche collective de soin / hospitalité.

Rencontres  :

  • Lundi 16 septembre à 17h
    L’histoire et la dimension sociale de l’architecture de terre, avec Samuel Dugelay, maçon, en charge du chantier et co-président de l’association De la matière à l’ouvrage, Erwan Hamard, ingénieur à l’IFSTTAR
  • Jeudi 19 septembre de 18h à 20h : Habiter la terre, faits d’hier et enjeux d’aujourd’hui avec Olivier Hamant, biologiste, RDP, ENS de Lyon, Ioan Negrutiu, ingénieur agronome et biologiste, Institut Michel Serres, François Daillant et Joan Monga, membres de la coopérative bocagère de Notre-Dame-des-landes
  • Mardi 8 octobre de 17h à 19h 
    Morphogénèse / sous-optimalité  : Stéphane Douady (physicien, CNRS, Matière et Systèmes complexes), Olivier Hamant (biologiste, RDP, ENS de Lyon) et Matthieu Calame (expert des problématiques agricoles et alimentaires)
  • Mercredi 09 octobre de 11h à 13h 
    Animation et formes rituelles collectives de l’antiquité à aujourd’hui 
    Permaculturel – projet du Magasin des Horizons – Béatrice Josse et Anne-Sophie Noël, Lettres et littératures grecques, ENS de Lyon
  • Vendredi 11 octobre de 17h à 19h
    Interstice du commun, Hospitalité, émancipation et politique
    Claire Fauchon-Claudon, historienne, ENS de Lyon, HISOMA et Claude Fischler, sociologue de l’alimentation, CNRS, EHESS
  • Lundi 14 octobre de 17h à 19h
    La fonction de l’éphémère
    Christine Armangaud, historienne de l’art
  • Mardi 15 octobre de 17h à 19h
    Le monde revient. Construction et la transmission de récits autour de pratiques d’autonomie collective, enquêter.
    Rafanell Orra Josep, psychologue et psychothérapeute

En lien avec ce projet trois films sont programmés dans la galerie Artemisia :
16 septembre > 2 octobre / Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla (avec Ted Chiang),The Great Silence, 2014
3 > 16 octobre / Etienne ChambaudINCOMPLT, 2016
17 > 31 octobre / Fabien Giraud & Raphaël SiboniUntitled (La Vallée Von Uexküll, …), 2009

En résonance avec la Biennale d’art contemporain de Lyon
Avec le soutien de : laboratoires RDP et EVS, Eiffage, Association de la Matière à l’ouvrage, du CNAP et de la Fondation Gaia

Archéologie : un Moyen Âge réel et fantasmé

AArchéologie : un Moyen Âge réel et fantasmé

Il a fait la une de l’actualité sur les écrans du monde entier. L’incendie de Notre-Dame de Paris a démontré une fois de plus combien l’architecture du Moyen Âge imprègne l’imaginaire collectif. À Lyon, deux archéologues et une historienne de l’art décryptent notre perception de l’édifice médiéval au cours du temps. Une recherche aussi riche qu’étonnante.

Un article rédigé par Fabien Franco, journaliste, Lyon, 14-06-2019

Un article Pop’Sciences

De Los Angeles à Tokyo, les images des flammes ravageant la toiture de Notre-Dame de Paris, jusqu’à celles de l’écroulement de la flèche d’Eugène Viollet-le-Duc ont été largement relayées. Au-delà de l’émoi qu’il a suscité, l’événement interroge sur notre rapport au bâti médiéval et sur la perception que nous pouvons en avoir. Les édifices hérités du Moyen Âge nous semblent immuables, comme s’ils avaient existé en l’état depuis leur fondation. Ancrés dans l’imaginaire collectif, ils véhiculent nombre de mythes dont notre quotidien se nourrit.

La cathédrale Notre-Dame est à ce titre emblématique de notre besoin de construire le réel à partir de nos idéologies qu’elles soient politiques, économiques ou historiques. Perçue comme l’un des symboles de la France éternelle, Notre-Dame de Paris a pu compter sur la littérature, le cinéma et désormais sur la croissance du tourisme mondial pour conforter son statut d’icône nationale. De la même manière, les populations du XVIe au XXe siècle ont projeté sur l’architecture médiévale leurs propres perceptions chargées de mythes et de croyances. Aujourd’hui, ce que les monuments médiévaux donnent à voir, ce n’est donc pas une image unique du Moyen Âge, mais différentes strates superposées de perceptions différentes qui se sont accumulées au cours du temps. À l’instar des strates géologiques qui contiennent une mine d’informations sur les âges de la Terre, ces multiples perceptions rendent compte des âges de notre civilisation.

C’est cette évolution que des archéologues du laboratoire ArAr (pour archéologie et archéométrie) à Lyon explorent avec application. Leurs travaux permettent de mieux caractériser l’architecture médiévale et ouvrent de nouvelles perspectives de compréhension sur les époques modernes et contemporaines.

Olivia Puel, Anelise Nicolier et Laura Foulquier animent une équipe de scientifiques qui explorent « la perception de l’édifice médiéval par les populations qui, tout au long de l’époque moderne et jusqu’aux premières décennies du XXe siècle, furent amenées à le fréquenter, à le transformer ou à le restaurer, à le détruire ou encore l’étudier » indiquent-elles en préambule sur le blog du laboratoire ArAr. Leur voie de recherche ne les a pas conduites exclusivement vers les sites prestigieux, illuminés, de temps à autre, par les feux de l’actualité. Non, leurs recherches s’attardent aussi dans les territoires ruraux, auprès de personnalités discrètes dont les travaux restés confidentiels sont pourtant « des témoignages éloquents sur l’origine de nos disciplines. »

Ainsi, petites églises, donjons en ruine, couvents disparus concentrent leurs regards. À partir des archives produites par les savants, les érudits, les architectes départementaux ou diocésains, les fonds des Monuments historiques, composées de textes, de photographies et de relevés, elles ont nourri ces sciences médiévales dédiées au bâti castral, civil et religieux. Leur approche épistémologique parvient après analyse à rendre compte des époques que ce bâti a traversées jusqu’au XXe siècle, de leur sociologie, de leur organisation administrative, de leur économie.

La pierre mise en scène

Chevet du Puy, mur constitué de remplois. / © Laura Foulquier.

Laura Foulquier travaille sur les pratiques de remploi. L’historienne de l’art a étudié la cathédrale du Puy-en-Velay, et, plus spécifiquement, ses remplois antiques. Elle a remonté le temps, de l’origine des matériaux jusqu’à leur récupération au XIXe siècle, époque à laquelle la cathédrale « a été presque entièrement démontée et remontée pour « assainir » ses structures.1 » Le remploi des blocs de pierre gallo-romains a permis aux autorités d’alors de « promouvoir des origines anciennes. » Les remplois étaient « visibles et mis en scènes » note-t-elle. Son étude rend tangible l’esprit du temps qui a vu la création de l’Inspection générale des Monuments historiques en 1830, du ministère des Arts en 1882 et aussi, de la chaire d’archéologie médiévale à l’École des Chartes de Paris en 1847. S’achevant d’une certaine manière, en 1905, avec la loi de séparation de l’Église et de l’État, le siècle aura transformé les églises et châteaux en monuments historiques à conserver et valoriser. Rappelons que c’est au XIXe siècle que vont naître les premières définitions de l’identité nationale, que le capitalisme va connaître sa première grande crise, que les juristes vont redéfinir la nationalité comme « appartenance à l’État »2, et que va s’imposer la figure de l’écrivain national dont Victor Hugo, l’auteur de « Notre-Dame de Paris » publié en 1831, fut l’un des plus illustres représentants…

Une image en constante mutation

 

Chevet roman de l’église de Saint-Maurice-lès-Châteauneuf : on constate qu’il manque la nef détruite au XIXe siècle. / © Pierre Boucaud

Anelise Nicolier s’est intéressée quant à elle aux églises du Brionnais (sud Bourgogne). Sa thèse de doctorat soutenue en 2015 se tient éloignée des édifices urbains et prestigieux, leur préférant le charme discret et néanmoins puissant des lieux de cultes modestes et ruraux situés au sud-ouest de la Saône-et-Loire. Elle a travaillé à partir des procès-verbaux issus des visites pastorales du XVIIe au XVIIIe siècle et des archives de l’administration provinciale de l’Ancien Régime. Le territoire compte 50 églises romanes et, d’après les sources, « 63 églises aujourd’hui détruites3. » Les promeneurs pourraient y voir aujourd’hui un patrimoine médiéval intact. Mais ce serait une illusion. Grâce aux archéologues, on sait désormais que beaucoup de chœurs romans ont été entièrement détruits et reconstruits et des nefs transformées au XVIIIe siècle, dans le but de gagner de la place pour répondre à la croissance démographique. À la période révolutionnaire, les travaux ont été mis à l’arrêt, avant que de nouveaux chantiers poursuivent la modification du paysage architectural brionnais sous la Restauration. Puis, « à partir de la Deuxième République et jusqu’au début du XXe siècle, d’autres églises sont intégralement reconstruites et le phénomène atteint sa plus grande ampleur sous le Second Empire ».

L’archéologie médiévale parvient ainsi à mettre au jour l’évolution politique et religieuse de l’histoire de France, en révélant un paysage monumental en constante évolution. En comparant ce Brionnais, où l’on agrandit les églises, au territoire voisin qu’est le Charolais, se dessine enfin une nouvelle perspective sociologique : « Les Brionnais ont une sensibilité politique plutôt conservatrice, et ce sont des catholiques pratiquants, quand les Charolais portent davantage leurs voix à gauche et ont une pratique religieuse plus lâche », remarque Anelise Nicolier, d’où le constat que « la nécessité d’agrandir ou de reconstruire les églises et villages ait été plus importante en Brionnais que sur le territoire voisin. » L’analyse archéologique, on le constate, déjoue l’esprit traditionnaliste fondé sur une hypothétique sagesse héritée du passé. Elle tente au contraire d’adopter une démarche neutre qui démonte les idées reçus et les préjugés. D’aucun voudrait circonscrire le passé dans un cadre définitif et rassurant. Ce serait ne pas tenir compte de la variation des normes idéologiques et de l’extraordinaire créativité de la pensée humaine qui fait « le thème de notre temps »4.

À l’épreuve des temps

L’église Sainte-Marie de Savigny avant sa Église Sainte-Marie de Savigny : photographie du transept et des ruines de l’abside. /
© Amédée Cateland, avant 1914. Musée historique de Lyon – Hôtel Gadagne.

Décrire les civilisations, n’est-ce pas d’une certaine manière, tenter de comprendre le temps culturel des sociétés humaines ? Les travaux d’Olivia Puel sur l’abbaye de Savigny sont en ce sens des plus éloquents.

Dans sa thèse d’archéologie médiévale, soutenue en 2013, à l’Université Lumière Lyon 2, elle montre l’évolution du monastère au cours du temps et, ce faisant, elle dévoile non seulement un pan de l’histoire architecturale médiévale et le fonctionnement de l’institution religieuse avec le monde extérieur, mais aussi plus largement, une réalité approchée dans ses dimensions physiques, morales, politiques et historiques. Se révèle un monde où le présent et le passé sont intimement liés. Il en va ainsi du lieu d’implantation de l’abbaye de Savigny dont l’approvisionnement en eau a exigé la construction d’un canal de dérivation dont les habitants ont, semble-t-il, pâti des siècles plus tard. L’abbaye a été fondée au IXe siècle, à l’époque carolingienne, avant d’être supprimée avant la Révolution française. Le tour de force d’Olivia Puel aura été de lui redonner vie, malgré son niveau de destruction avancée, à l’aide des archives personnelles des savants, des publications officielles, des vestiges archéologiques. Et surtout grâce aux archives saviniennes qui sont loin d’avoir livré tous leurs secrets. En effet, elles ont survécu de peu à l’abandon et au pillage. Et il faudra attendre 1970 pour qu’elles soient classées. « L’abbatiale est devenu un lieu d’autant plus symbolique qu’elle a été démantelée après la Révolution française : sa destruction a ôté tout intérêt au site monastique. Conséquence majeure du phénomène : le sujet est neuf, ou presque, et il bénéficie d’une documentation aussi abondante que sous-exploitée. »

Grâce à son étude, nous en savons plus sur l’organisation du diocèse de Lyon durant le Haut Moyen-Âge, ainsi que sur les pouvoirs ecclésiastiques et seigneuriaux. La thèse parcourt le temps avec érudition : les siècles se suivent et à chaque nouvelle époque c’est une manière de s’approprier l’héritage du passé qui est mis au jour. L’abbaye connaîtra son apogée en l’an mil, puis « Grâce à son patrimoine important et habilement géré, l’abbaye savinienne se maintient néanmoins jusqu’au XVIIIe siècle au contraire d’établissements situés à Lyon même, comme Ainay ou l’Île-Barbe qui sont sécularisés dès le XVIe siècle5. » En dépit de la destruction du bâti, Olivia Puel pourrait faire sien l’énoncé du chimiste Lavoisier pour lequel « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Sa recherche permet surtout de comprendre combien l’archéologie est une science qui, à partir du passé, écrit l’histoire des hommes au présent.

À l’heure où l’État précipite l’annonce de la reconstruction du bâti endommagé par l’incendie de Notre-Dame de Paris, les scientifiques insistent sur l’importance d’étudier les vestiges de pierre, de bois et de métal qui se sont écroulés car ces derniers représentent une source de savoirs considérable. Avec cette année 2019, les archéologues de demain auront de quoi étudier le bâti médiéval à l’aune des pouvoirs et des sociétés humaines. Un axe de recherche inépuisable.

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Notes :

(1) Élise Nectoux et Laura Foulquier, La vie multiple des pierres. Les remplois antiques de la cathédrale du Puy-en-Velay à travers l’archéologie du XIXe siècle, Aedificare, à paraître.

(2) Gérard Noiriel, À quoi sert ʺl’identité nationaleʺ ?, Marseille : Agone, 2007.

(3) Anelise Nicolier, Conserver, transformer ou détruire : qu’a-t-on fait des églises romanes du Brionnais du XVIIe au XIXe siècle ?, Revue de l’Histoire de l’église de France, vol. 105, 2019.

(4) José Ortega y Gasset, Le thème de notre temps, Paris : Les Belles lettres, rééd. 2019.

(5) O. Puel, Saint-Martin de Savigny : archéologie d’un monastère lyonnais. Histoire monumentale et organisation spatiale des édifices cultuels et conventuels (IXe-XIIIe siècle), thèse d’archéologie médiévale, 2013.

 

PPour aller plus loin

NUG FEST IN/OUT #2

NNUG FEST IN/OUT #2

Dans le cadre du Festival Les Arts du Campus – Journées des Arts et de la Culture dans l’Enseignement supérieur 2019, nous avons fait pour vous une sélection des activités de culture scientifique à ne pas manquer :

NUG FEST IN/OUT #2

Organisé par des étudiants architectes, ingénieurs, urbanistes, le festival New Urban Generation invite à imaginer la ville de demain, avec des workshops, des performances, une scène musicale.

  • Jeudi 4 avril, de 13h à 21h. Vendredi 5 avril, de 13h à 23h. Campus Vaulx-en-Velin / Ecole nationale supérieure d’architecture de Lyon / 3 rue Maurice Audin, 69120 Vaulx-en-Velin. Gratuit. Sans réservation.

 

Les autres évènements CSTI du festival :

 

TOUTE LA PROGRAMMATION : www.universite-lyon.fr/jaces