Quand un faisceau de lumière mesure les rayons du Soleil depuis l’ISS | Un article Pop’Sciences

QQuand un faisceau de lumière mesure les rayons du Soleil depuis l’ISS | Un article Pop’Sciences

Thomas Pesquet s’envolera bientôt depuis Cap Canaveral à destination de la Station spatiale internationale. Dans le cadre de la mission Alpha et pour son deuxième séjour en orbite, le spationaute français, testera l’utilisation de LUMINA, un dosimètre à fibre optique mis au point dans les laboratoires de l’Université de Saint-Étienne. Si le dispositif tient ses promesses, notamment en termes de sensibilité de mesure, LUMINA pourrait devenir un outil indispensable à la protection des astronautes vis-à-vis des radiations solaires lorsqu’ils sont en mission dans l’espace.

Un article rédigé par Caroline Depecker, journaliste scientifique

pour Pop’Sciences – 14 avril 2021

Sauf report de dernière minute, le compte à rebours sera lancé le 22 avril. A 6h11 heure de Floride, soit 12h11 en France métropolitaine, l’astronaute de l’Agence spatiale européenne Thomas Pesquet décollera de Cap Canaveral vers la station spatiale internationale (ISS). Il sera accueilli à bord de la capsule Crew Dragon de la firme SpaceX. Après la mission Proxima de 2016-17, ce sera la seconde occasion pour le plus médiatique des spationautes français d’expérimenter les effets de l’impesanteur à quelques 400 km d’altitude. Dans le cadre de cette nouvelle mission, nommée Alpha, sur la centaine d’expériences auxquelles Thomas Pesquet contribuera pendant son séjour de six mois, l’une d’entre elles utilise le tout nouveau dosimètre à fibre optique développé par les chercheurs de l’Université Jean Monnet (UJM) de Saint-Étienne. Ce dispositif est testé dans le cadre de l’expérience LUMINA.

Mission Alpha / © ESA (en anglais)

Protéger les astronautes en route vers Mars des radiations solaires

Pour les agences spatiales, la mesure des radiations, émises principalement par le Soleil, est un réel sujet de préoccupation.
Au sein de l’ISS, son niveau est presque comparable à celui que l’on reçoit lors d’un vol Paris-New-York. « Là-haut, le blindage de la station et la présence des ceintures de Van Allen (une portion de la magnétosphère terrestre) protège les astronautes de niveaux radiatifs trop élevés », explique Rémi Canton, chef de projet de la mission Alpha et responsable du Centre d’aide au développement des activités en micropesanteur et des opérations spatiales (Cadmos), une structure qui dépend du Centre national d’études spatiales (Cnes) de Toulouse. Mais, plus on s’éloigne de l’ISS et de la Terre, et dans le cadre des missions habitées à destination de la Lune ou de Mars, l’affaire est tout autre. « La quantité totale de radiations absorbée par un astronaute est le facteur principal limitant sa carrière. Après un certain temps passé dans l’espace, la dose ionisante maximale tolérable est atteinte, c’est le moment de la retraite. Dans le cas d’un voyage vers Mars, les calculs montrent que celle-ci serait déjà en grande partie atteinte une fois arrivé sur la planète rouge ! », complète l’ingénieur du Cnes. La mise au point de systèmes de protection renforcée (blindages entre autres), mais aussi d’outils capables de mesurer finement les niveaux d’exposition aux radiations et de s’activer en cas d’alerte est donc cruciale pour la santé des spationautes qui pourraient être envoyés en mission spatiale dans le futur.

Station spatiale internationale / © Pixabay

C’est là qu’intervient LUMINA. « Il s’agit pour nous de valider dans l’espace ce dosimètre capable d’atteindre robustesse inédite à l’environnement. Un outil qui constitue une véritable technologie de rupture », précise Florence Clément, responsable de l’expérience LUMINA au Cadmos.

Détecter les rayonnements en temps réel

Le dosimètre à fibre optique de LUMINA est le fruit d’une collaboration entre le laboratoire Hubert Curien de l’UJM, la société française de hautes technologies iXBlue, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (Cern) et le Cnes.

Son principe ? Sous l’effet des radiations, des défauts apparaissent naturellement dans une fibre optique et affaiblissent sa capacité à propager la lumière : celle-ci s’opacifie progressivement. Lorsqu’on injecte un signal lumineux à l’entrée, la puissance détectée à sa sortie diminue au fur et à mesure de cette opacification. « Cette propriété, qui est plutôt un inconvénient des fibres, nous l’avons détournée utilement comme moyen de mesure, explique Sylvain Girard, chercheur en physique au sein du laboratoire Hubert Curien et responsable scientifique universitaire du projet LUMINA. On est capable en effet de corréler directement la perte de puissance lumineuse observée avec la dose de radiations que la fibre a reçue. Et en jouant sur la composition des matériaux, on arrive à ajuster la sensibilité de détection de la fibre à des niveaux de radiations extrêmement bas ».

Les partenaires de l’expérience LUMINA (de gauche à droite: Sylvain Girard, Nicolas Balcon (Cnes), Pierrick Cheiney (iXblue), Florence Clément (Cnes) / © Cnes – DE PRADA Thierry, 2021

Écusson de l’expérience LUMINA embarquée à bord de l’ISS lors de la mission Alpha. / © CNES/GRARD Emmanuel, 2021

 

 

 

Les doses de rayonnements auxquelles sont soumis les spationautes sont suivies depuis le début de l’occupation permanente de l’ISS, en 2000. Cette mesure est, en général, réalisée par des dosimètres dits « passifs » : ces derniers comptent le nombre de particules ionisantes rencontrées pendant tout le temps de la mission et restituent cette information à postériori, une fois sur Terre. La dose journalière absorbée par le spationaute est ainsi une valeur moyennée. A la différence, LUMINA associée à ses cartes électroniques, constitue un capteur actif qui enregistre chaque seconde la quantité de radiations impactant la station par unité de temps. Ses données sont récupérables à tout moment par Thomas Pesquet ou l’un de ses collègues : pour cela il suffit de se connecter par Bluetooth au dosimètre à l’aide d’une tablette.

Les autres avantages de LUMINA

Ils sont nombreux…
– Son faible encombrement. Avec ses deux bobines de fibres, longues de plusieurs kilomètres et fonctionnant respectivement dans le visible et l’infrarouge, le volume du dispositif de mesure avoisine celui d’un parallélépipède de 27 x 27 x 10 cm.
Il pourrait être facilement réduit pour équiper un satellite ou devenir un système portatif. Ce qui n’est pas le cas de la plupart des systèmes actifs de détection de particules actuels, certains atteignant la taille d’une petite armoire.
– Le verre, matériau principal de la fibre, la préserve des perturbations électromagnétiques.
– La mesure des radiations incidentes se fait indépendamment du flux de particules.
– Le dosimètre répond de la même façon sur une large plage de températures compatible avec celle des missions spatiales (entre -80°C et +120°C).
– Enfin, l’utilisation de la fibre optique permet mesurer la dose déposée par tous types de particules : protons, rayons gamma ou X ou neutrons.

Les expériences de la mission Alpha, embarquée à bord de l’ ISS / © Cnes – GRARD Emmanuel, 2021

« Toutes ces propriétés, couplées à la très grande sensibilité de LUMINA, nous permettent d’imaginer l’utiliser comme système autonome de prévention en cas de tempête solaire, envisage Sylvain Girard. Quelques heures avant l’arrivée d’un tsunami, l’observation de la montée des eaux sert d’alerte aux populations pour se mettre à l’abri. C’est un peu la même idée poursuivie ici : la détection d’une toute petite élévation du niveau des radiations, prémices d’une irruption solaire, serait le signal pour le spationaute d’aller se protéger. Un exemple d’utilisation qu’on imagine parmi d’autres possibles ».

L’utilisation de la fibre optique est onéreuse face aux dosimètres disponibles sur le marché, et dont le coût avoisine les quelques dizaines d’euros. Récente, la technologie doit encore faire ses preuves, mais, dans certains secteurs privilégiés, l’intérêt est d’ores et déjà présent. « Nous avons une dizaine de projets en cours de développement sur le sujet, précise le chercheur de l’UJM. Dans le domaine du spatial, du nucléaire civil ou bien de la médecine. Il s’agit d’une petite révolution en marche ! »

Le planning de travail prévu sur 1 à 5 ans 

Comme la majorité des expériences, LUMINA ne partira pas en même temps que Thomas Pesquet, le dosimètre devrait s’envoler en août depuis Wallops Island, en Virginie (USA), pour rejoindre l’ISS. Ce délai laissera le temps à l’équipe de recherche française de finir les derniers réglages de calibration de l’appareil, à l’aide d’une version jumelle du modèle embarqué dans la station.

Dès l’activation de LUMINA, il est prévu de récolter les données du dosimètre et de les transmettre pour analyse sur Terre de façon hebdomadaire tout d’abord, puis mensuellement, une fois la bonne tenue du détecteur confirmée. Leur exploitation fera l’objet d’un travail de recherche doctoral spécifique avec à la clé, une réponse essentielle : la sensibilité de mesure est-elle bien au rendez-vous pour détecter des niveaux de radiations extrêmement faibles, soit aux alentours de 200 µGy (microGray) ?

Les expériences de la mission Alpha, embarquées à bord de l’ISS / ©Cnes – GRARD Emmanuel, 2021

Idéalement, le Cadmos souhaiterait que cette expérience fonctionne pendant cinq ans. Dans un premier temps, le dosimètre sera seulement utilisé à l’intérieur du complexe spatial. Dans un second temps, il pourrait être adapté pour fonctionner à l’extérieur de l’ISS de manière à comparer les mesures prises dans ces deux environnements différents.

La science à bord de l’ISS

Le vol Crew Dragon-2 s’inscrit dans le cadre de la rotation des équipages de la Station spatiale Internationale. Les quatre astronautes qui s’envoleront à son bord, iront compléter l’équipage de trois personnes déjà en orbite : la station aura atteint alors sa capacité d’accueil maximale. Le but principal de ces expéditions : la science.

Qu’y étudie-t-on ? Rémi Canton : « Il y a deux volets importants dans l’utilisation de l’ISS : l’un est de préparer les futures missions de longue, voire très longue durée. L’autre concerne le travail de recherche fondamentale dans un environnement où règne en permanence la micropesanteur ». Dans le laboratoire spatial, et nulle part ailleurs, il est possible d’observer sur le long terme des phénomènes en physique, sciences de la matière ou de la vie quasi « libérés » du champ de pesanteur terrestre et non plus « écrasés » par lui.
Au-delà des expériences menées en biologie et en médecine pour comprendre les effets des vols spatiaux sur le corps humain, l’ensemble des domaines abordés est vaste : astronomie, mécanique des fluides, sciences des matériaux, mécanique quantique, exobiologie, neurosciences… « Nous n’avons aucun problème à nous renouveler, souligne le scientifique du Cnes. Nous croulons sous les demandes d’expérimentation de protocoles scientifiques. On va dans l’espace malgré l’espace…

Malgré les contraintes scientifiques, logistiques et matérielles importantes pour tout le monde, mais cela vaut le coup ! L’intérêt de la station comme laboratoire de recherche est indéniable. » Pour la mission Alpha, le nombre d’expériences fournies par le Cadmos sera d’une douzaine.

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Reprogrammation mentale : une dialectique corps & cerveau | Un article Pop’Sciences

RReprogrammation mentale : une dialectique corps & cerveau | Un article Pop’Sciences

De la découverte de l’incroyable plasticité du cerveau, notamment en situation de handicap, sont nées des approches thérapeutiques totalement innovantes, très  loin des séances de rééducation classiques qui nous paraissent aujourd’hui presque désuètes. Au-delà de comprendre l’auto-adaptation dont le cerveau est capable, les thérapeutes, à l’appui des connaissances neuroscientifiques, parviennent désormais à stimuler ou leurrer le cerveau pour modifier ses réponses à bon escient, à savoir en faveur de l’amélioration du patient. Un pan entier de soins d’un genre nouveau s’ouvre, laissant entrevoir des solutions thérapeutiques jusqu’alors ignorées. Partenaire de la Semaine du Cerveau, Pop’Sciences vous emmène à la découverte de ces nouvelles approches fascinantes.

Un article rédigé par Nathaly Mermet, Docteur en Neurosciences,

journaliste scientifique & médicale, Lyon, pour Pop’Sciences – 17-03-2021

On ne peut aujourd’hui avoir une vision uni-directionnelle ! La dialectique entre le corps et l’esprit combine la façon dont le pouvoir descendant (soit du cerveau vers le corps) s’exerce sur le plan thérapeutique pour la « réparation », la réappropriation de son corps par le patient ET la façon dont le corps renvoie des informations sensitives et proprioceptives au cerveau dans le « sens montant », par exemple en provoquant la sécrétion d’endorphines, les neuro-hormones du plaisir, par le cerveau en réponse à un effort sportif intensif.

La dialectique entre recherche et thérapie

La même dialectique s’opère entre chercheurs et thérapeutes ! Les services de médecine physique et de réadaptation neurologique, tel celui de l’hôpital Henry Gabrielle, accueillent des patients présentant un handicap neurologique, suite principalement à une affection aiguë, afin de les faire bénéficier de programmes de rééducation intensifs visant à maintenir un certain niveau d’autonomie (bilan d’évaluation et reprise de rééducation). Impliquant une équipe pluri-professionnelle ainsi que des plateaux techniques et des méthodes de rééducation innovantes (tapis de marche, posturographie, exo-squelette, imagerie motrice, adaptation prismatique, neuromodulation cérébrale…), ces programmes sont assurés, dans le cadre d’une hospitalisation brève (1 semaine) ou de longue durée (plusieurs mois). Les activités de recherche du service portent quant à elles notamment sur l’étude des mécanismes de récupération et de plasticité cérébrale pour mieux comprendre et rééduquer le handicap neurologique et l’étude des troubles de la conscience après coma. Elle est réalisée en collaboration étroite avec le Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon, l’Université de Lyon, l’École Normale Supérieure de Lyon, l’Institut Fédératif de Recherche sur le Handicap, la fondation Neurodis ainsi que les plateformes Mouvement et handicap et Neuro-immersion.

L’analyse du mouvement est historique au laboratoire de recherche adossé au Service de Médecine Physique et de Réadaptation de l’Hôpital Henry Gabrielle. Équipement rare, la plateforme Mouvement et handicap est une plateforme multimodale, qui permet d’analyser autant la vision que la marche, et qui est accessible à la fois aux patients et aux chercheurs. Ces derniers ont ainsi des cas cliniques sous les yeux à explorer, et intérêt réciproque, les patients vont bénéficier d’explorations fort utiles pour leur prise en charge thérapeutique.

Zoom sur la plateforme multimodale Mouvement et handicap

dessin de byciclette dont il manque la moitié

Dessin d’un patient atteint d’héminégligence / ©TLM-Votre santé#9

Parmi les troubles neurologiques « troublants », faisant suite à une lésion cérébrale dans l’hémisphère droit ou une section médullaire, celui de l’héminégligence, une négligence spatiale unilatérale, qui consiste à ne plus avoir conscience de l’hémi-espace controlatéral au côté lésé[Encadré 1]. « C’est un trouble assez difficile à concevoir, car on observe chez certains patients, qui ont des capacités cognitives et intellectuelles intactes, un déficit très particulier dans le registre de l’espace … comme si tout ce qui existe dans l’hémi-espace gauche avait disparu ! » explique le Pr Yves Rossetti, praticien hospitalier dans le Service de Médecine Physique et de Réadaptation de l’Hôpital Henry Gabrielle, et chercheur au sein du  Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (CRNL) co-responsable avec Laure Pisella-Rosine de l’équipe Trajectoires créée depuis janvier 20211. Le syndrome d’héminégligence s’accompagne souvent d’une hémiplégie gauche …mais dont le patient n’a pas conscience non plus ! Parmi les causes de l’héminégligence

Pr Yves Rossetti / ©HCL CRNL

on trouve tout type de lésion : d’origine vasculaire, tumorale, traumatique ou encore chirurgicale. Pour essayer de comprendre ce que les neuroscientifiques appellaient « le syndrome majeur de l’hémisphère mineur » les chercheurs ont inventé différents dispositifs pour observer et décortiquer les mouvements avec une extrême précision.

 

 

L’adaptation prismatique : un excellent « cas d’école »

Grâce à un dispositif utilisant des lunettes très particulières dotées de prismes, il est possible de corriger certains troubles en utilisant la plasticité sensori-motrice. Le principe est, grâce aux prismes, de faire dévier les images à droite …et ainsi de réorienter le cerveau du côté gauche! « Les prismes décalent l’environnement visuel, et après plusieurs exercices de pointage sur une cible, le cerveau “trompé” re-calibre les informations visuelles » explique le Pr Jacques Luauté, chef du Service de Médecine Physique et de Réadaptation. Dans un exercice qui consiste à viser une cible visuelle avec le doigt en regardant à travers les lunettes dotées de prisme, c’est la plasticité cérébrale, en particulier la plasticité sensori-motrice, qui est démontrée. Ainsi grâce à des « cures » avec ces prismes on parvient à « corriger » le cerveau des patients héminégligents : on « trompe » le cerveau au niveau sensoriel, en lui faisant parvenir une image décalée grâce aux lunettes qui créent une erreur. Le cerveau modifie alors les coordonnées visio-motrices pour corriger et atteindre la cible. Si on utilise des prismes qui dévient l’environnement du côté droit, et qui ont des effets consécutifs on peut arriver à réorienter le comportement du patient du côté gauche, et donc produire un bénéfice thérapeutique.

Lunettes dotées de prismes

Ces lunettes dotées de prismes permettent de corriger certains troubles en utilisant la plasticité sensori-motrice / ©TLM-Votre santé #9

Pour aller encore plus loin qu’avec les prismes, les thérapeutes utilisent depuis quelques années la stimulation transcrânienne à courant continu, ou tDCS, de l’anglais Transcranial direct current stimulation, qui est une technique permettant de stimuler de manière complètement indolore le cerveau humain. La tDCS modifie l’excitabilité cérébrale à l’aide d’un faible courant électrique (1mA) induit par l’intermédiaire de deux électrodes. « L’objectif de cette technique est d’augmenter l’intensité et la durée de l’effet du traitement obtenu avec les prismes » déclare le Pr Rossetti, expliquant que la légère dépolarisation des neurones va permettre une sur-activation du réseau, et in fine le renforcement de la plasticité. « L’hyperfonctionnement grâce à l’abaissement du seuil de déclenchement facilite l’adaptation et améliore l’effet thérapeutique sur le déséquilibre attentionnel. » rapporte-t-il. Avec des séances de 20 minutes de stimulation électrique les effets obtenus peuvent durer 4 mois[Encadré 2] et la technique pourrait être déclinée aux acouphènes unilatéraux ainsi à la douleur.

Lever les blocages grâce à la reprogrammation neuro-motrice

Un des objectifs majeurs de l’ensemble des recherches au sein des services de réadaptation est le développement de nouvelles méthodes pour améliorer la récupération et amplifier les gains de la rééducation. Jouer sur les inhibitions motrices centrales afin de dépasser les limites de la rééducation classique: telle est l’approche proposée par la startup lyonnaise Allyane . « La reprogrammation neuro-motrice repose sur une triade » explique Shingo Kitada, MKDE kinésithérapeute au sein du Centre de formation de l’Olympique Lyonnais (OL) pour la moitié de son temps, et praticien de la méthode Allyane au sein de la Clinique éponyme : 1/ l’utilisation de l’imagerie et la visualisation mentale, 2/ le ressenti en proprioception, qui consiste en la perception du mouvement et de l’articulation concernée par le patient et 3/ l’utilisation de sons de basse fréquence pour placer le cerveau dans un rythme approprié favorisant l’occurrence de l’imagerie mentale.

L’utilisation de sons basse fréquence consolide la reprogrammation_Allyane / ©France 3 AURA_02-2019

Si les deux premières composantes sont relativement “classiques”, la troisième repose sur une approche particulière : celle de provoquer le déclenchement d’ondes Alpha, qui mettent le cerveau dans un état proche de celui dans lequel il se trouve lors de la pratique de la méditation2. « De façon surprenante les ondes cérébrales se calquent sur les ondes sonores » rapporte Shingo Kitada, ancien sportif de haut niveau ds domaine du ski qui a expérimenté la préparation mentale, et qui suite à ses études de kinésithérapie est “tombé dans la marmite des neurosciences”. C’est lors d’un master sur le handicap et l’autonomie qu’il s’est d’ailleurs intéressé à la reprogrammation neuro-motrice. Si dans le sport de haut niveau la préparation mentale est un incontournable (visualisation du slalom en ski de descente avec les caractéristiques des portes, du circuit et de ses courbes pour course moto ou auto, etc.), et se trouve largement boostée par le changement d’état du cerveau, la “méthode” de reprogrammation neuro-motrice peut aussi bénéficier à tout patient atteint de handicap et même moins entraîné à l’exercice de visualisation et de proprioception. « Les personnes à qui on met le casque se détendent spontanément et développent la capacité à “descendre” sur le rythme Alpha qui correspond à un état d’hypovigilance du cerveau » indique Shingo Kitada, précisant que chez le non sportif on peut utiliser les termes du patient s’il a des difficultés à ressentir. Après une prothèse orthopédique (genou, hanche, épaule, mais aussi colonne dans le cas du remplacement de disques vertébraux), qui est une “agression” du corps, de nombreux patients vont garder une douleur qui les conduit à compenser …induisant des douleurs généralisées dans un cercle vicieux infernal.

« La méthode va alors permettre de passer par un côté plus central de la commande motrice afin de se concentrer sur le ressenti du patient, en l’occurrence pour ressentir la bonne activation » explique Shingo Kitada, soulignant que l’approche fonctionne aussi toute autre pathologie impliquant des déficits moteurs, à condition qu’il n’y ait pas de limitations mécaniques et/ou cognitives chez le patient (par exemple, rupture des ligaments croisés antérieurs (LCA) ou entorses de cheville sur le versant traumatique, post AVC et paralysie cérébrale en neurologie).

Utilisation de sons de basse fréquence pour placer le cerveau dans un rythme approprié favorisant l’occurrence de l’imagerie mentale / ©Allyane

Outre en post opératoire, la reprogrammation neuro-motrice peut également être utilisée en amont de l’intervention chirurgicale afin de préparer le cerveau à se concentrer sur la bonne activation musculaire. Un travail de thèse est d’ailleurs en cours afin de mieux comprendre les phénomènes d’activation dans le cerveau. Plusieurs équipes de kinésithérapie sont d’ores et déjà formées à cette méthode dans le domaine du sport de haut niveau (Fédération Française de Ski, Centre national de football de Clairefontaine, LOU Rugby, etc.) et Allyane a établi des partenariats de recherche et soins avec des établissements de référence tels le centre Orthopédique Santy, le centre médico-chirurgical de réadaptation des Massues ainsi qu’avec des associations de patients qui proposent des équipements adaptés (association Ants, salle Eden).

La méthode de reprogrammation neuro-motrice qui s’appuie sur des connaissances récentes en neurosciences et la puissance du cerveau permet permet de gagner en temps et en performance. « On ne remplace pas la rééducation, mais l’approche, très complémentaire, permet de passer des paliers de rééducation »  conclut Shingo.

La réalité virtuelle alliée

Autre approche thérapeutique disruptive faisant du cerveau une “ressource technologique essentielle” : la rééducation en réalité virtuelle. « C’est la recherche de solutions pour aider mes patients qui m’a conduit à la réalité virtuelle » déclare Franck Assaban, kinésithérapeute et entrepreneur, fondateur de la société Virtualis qui transpose le “gaming” aux outils thérapeutiques.

Rééducation en réalité virtuelle / © Virtualis

Spécialisé au départ dans la prise en charge des troubles de l’équilibre en kinésithérapie, il fabrique dans un premier temps de manière plutôt artisanale un équipement de désensibilisation au mal des transports avec un masque d’apiculteur, du fil de fer et du papier journal !« Cela marchait très bien pour reproduire les sensations à l’arrière d’une voiture lorsque l’on n’a pas de vue extérieure » confie t-il, rappelant que dans le mal des transports il y a conflit entre la perception par l’oreille interne et la vision, les deux systèmes étant en interaction permanente. « La technologie intégrant un casque de réalité virtuelle s’est imposée naturellement et rapidement pour la prise en charge des troubles de l’équilibre.  Dans certains aspects de ce type de prise en charge, il n’y a que très peu de solutions nouvelles depuis l’avènement de la boule d’optocinétique médicale dans les années 90 (qui nécessite de travailler dans le noir et dans une pièce dédiée dotée d’un mur hémisphérique …) » rapporte F. Assaban. La technologie VR s’est étendue depuis à de nombreuses autres pathologies pour la rééducation fonctionnelle, la traumatologie, la neurologie, etc. « Le potentiel est énorme » affirme t-il, et les résultats sont étonnants tant en neurologie, qu’en traumatologie, soulignant par ailleurs que la réalité virtuelle ne remplace pas le kinésithérapeute, mais qu’il s’agit d’un outil complémentaire.

Rééducation de l'équilibre en réalité virtuelle / © Virtualis

Rééducation de l’équilibre en réalité virtuelle / © Virtualis

Selon le Pr Rossetti, l’engouement actuel pour la “réalité virtuelle”, qui est davantage un “environnement virtuel”, ne doit pas occulter le besoin de mieux comprendre les mécanismes. « A travers les prismes on a accès à une vraie réalité virtuelle réaliste !» observe-t-il.

A pathologies curieuses, approches thérapeutiques originales …et c’est donc la plasticité sensori-motrice qui va modifier le fonctionnement cérébral et mener à la reprogrammation mentale ! Sachez aussi que la plateforme d’analyse du mouvement située dans le service hospitalier Henry Gabrielle au sein d’un réseau de recherche international est unique au monde : des chercheurs du monde entier viennent y mener des travaux de recherche avec des patients du réseau.

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Notes :

(1) Votre Santé “Mouvement & Handicap” : la plasticité du cerveau en situation de handicap (TLM, juillet 2017) :  écoutez le Pr Y. Rossetti expliquer le syndrome d’héminégligence à 1’44”

(2) Lire aussi La méditation à la croisée des neurosciences et de la psychologie, un article Pop’Sciences, Nathaly Mermet, 27-03-2020

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          Encart 1

         Le mystère des hémisphères… et pourquoi l’héminégligence ?

Notre cerveau est composé de deux hémisphères cérébrales reliées par le corps calleux qui compte quelques 500 millions de neurones et permet la communication entre les deux. Dans l’histoire de la neurologie, la découverte des fonctions s’est faite « grâce » aux lésions :

  • l’hémisphère gauche est celui du langage, de la logique, du raisonnement …il est dit « dominant » ;
  • l’hémisphère droit est dédié à ce qui est plus global : l’esthétique, la représentation …et est qualifié de « mineur ».

 

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Encart 2

Comment récupérer son GPS interne grâce à l’adaptation prismatique ?

Effets sensori-moteurs et fonctionnels à long terme d’un traitement hebdomadaire par adaptation prismatique dans la négligence : un essai randomisé et contrôlé en double insu. Rode G, Lacour S, Jacquin-Courtois S, Pisella L, Michel C, Revol P, Luauté J, Halligan P, Pélisson D, Rossetti Y.Ann Phys Rehabil Med. 2015 Apr;58(2):e1-e15.  Voir la vidéo sur Youtube

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Intelligence et réussite : rien n’est tout QI | Un article Pop’Sciences

IIntelligence et réussite : rien n’est tout QI | Un article Pop’Sciences

L’intelligence ne se mesure pas au quotient intellectuel (QI), mais à la manière dont on se débrouille dans la vie : avec sa dernière proposition, la psychologue lyonnaise Fanny Nusbaum relance un sujet qui fâche, les relations entre intelligence hors norme et réussite personnelle.

Un article rédigé par Cléo Schweyer, journaliste scientifique, Lyon,

pour Pop’Sciences – 19-02-2021

Oubliez le quotient intellectuel : en matière d’intelligence, c’est le résultat qui compte. Avec son dernier livre, Le secret des performants (Ed. Odile Jacob), Fanny Nusbaum, chercheuse associée au laboratoire Parcours de Santé Systémique[1] de Lyon et psychologue clinicienne, tourne résolument le dos à l’idée qu’on pourrait être « trop intelligent pour être heureux ». Cette expression, qui sert de titre à un best-seller de la psychologue Jeanne Siaud-Facchin[2], a la force d’une évidence pour de nombreux adultes. Si leur enfant rencontre des difficultés à l’école, si eux-mêmes sont en souffrance, c’est parce que leur quotient intellectuel élevé, leur « haut potentiel », les prive de l’accès au bonheur. Et tant pis si cette idée est très loin de faire l’unanimité chez les spécialistes de l’intelligence, qu’ils soient cliniciens ou chercheurs :

« Dire que l’intelligence se mesure à l’accomplissement personnel, y compris le bien-être, déclenche des réactions indignées ! », s’étonne Fanny Nusbaum.

L’intelligence, une adaptation créatrice ?

Homme montant des escaliers fictifs, entouré 'un nuage des figures de jeu de carte (trèfle, coeur, pique, carreau)

©Pixabay

Il faut dire que sa proposition peut surprendre : l’intelligence ne se mesurerait pas au niveau de quotient intellectuel d’une personne, mais à son niveau de « performance » dans la vie.

« La performance, c’est la capacité à obtenir des succès qui font sens pour la communauté », précise Fanny Nusbaum.

Un footballeur à la carrière internationale, une candidate de télé-réalité transformant sa notoriété d’un jour en revenu pérenne, une créatrice d’association qui fait avancer une cause seraient dès lors plus « intelligents » que la personne à quotient intellectuel élevé qui ne réalise rien. De la même manière que certaines situations nous font nous sentir bêtes, à tout âge et quelle que soit par ailleurs notre situation dans la vie, on peut parfois « entrer en résonnance » avec l’écosystème dans lequel on évolue, être à l’aise avec son environnement au point d’en faire quelque chose de nouveau, quelque chose dont la valeur sera reconnue par les autres. Cet ajustement se manifeste par une sensation d’utilité et de bien-être. Ce qui suggère, selon Fanny Nusbaum, que l’intelligence serait un état et non un trait de personnalité.

On définit classiquement l’intelligence comme la capacité à s’adapter aux situations que la vie nous présente et à résoudre les problèmes qu’elle nous pose : pour Fanny Nusbaum, c’est un peu plus que cela. La personne « en compétence » s’adapte à l’environnement, mais celle « en performance » finit par changer la donne. Quant à celle « en antiphase », c’est-à-dire en difficulté ou en échec, sans doute traverse-t-elle une mauvaise période (fatigue, stress, troubles physiques ou psychiques), ou peut-être a-t-elle tout simplement besoin de repenser sa situation et d’essayer autre chose à la place de ce qui ne fonctionne pas. Les trois états sont passagers, mais certaines personnes sont plus souvent « en compétence » ou « en performance » que d’autres, et pour des périodes plus longues.

©Flickr

QI et réussite, des liens qui fachent

Certes, l’ouvrage de Fanny Nusbaum est une proposition personnelle, et non le compte-rendu de recherches validées par les pairs. Son langage imagé n’est pas celui de la neuropsychologie. Et l’on peut rester sceptique face à une définition de l’intelligence qui enfermerait en quelque sorte celle-ci dans son époque, sans beaucoup de recul sur la manière dont les inégalités socio-économiques peuvent influencer les trajectoires personnelles, ou sur le rôle de la culture dans notre vision de la réussite. Mais à bien y regarder, ne peut-on pas formuler les mêmes réserves à propos du haut-potentiel, du lien entre haut-potentiel et difficultés existentielles ?

Quand on échange autour du QI et du haut-potentiel sans en être spécialiste, on parle souvent de plusieurs sujets différents comme s’il s’agissait d’une seule et même question. Or, il faudrait distinguer les outils de mesure de l’intelligence, les définitions théoriques de l’intelligence sur lesquelles s’appuient ces outils, et les sujets auxquels ces outils sont (ou ne sont pas) destinés. Si l’on décide de prendre au sérieux la proposition de Fanny Nusbaum (au moins le temps de cet article, pour se former une opinion), il faut examiner les critiques qui ont été formulées vis-à-vis du QI, celles concernant la définition du surdon et celles, plus nombreuses encore, qui se portent sur le lien entre surdon et difficultés à vivre. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a de quoi faire.

De l’enfant prodige à l’adulte en souffrance

La mesure de l’intelligence a d’abord été créé pour des enfants en difficulté scolaire. Alfred Binet, le pionnier de la psychométrie (les mesures pratiquées en psychologie), a été missionné en 1904 par le Ministère français de l’instruction publique pour repérer les enfants ayant besoin d’un enseignement adapté. Binet imagine alors un test qui compare les performances de l’enfant avec celles de sa classe d’âge : l’ancêtre du test de quotient intellectuel est né. L’objectif de Binet est à la fois éthique (donner la même chance aux enfants en écartant autant que possible les biais éventuels de l’enseignant qui les évalue) et développemental : il estime qu’après quelques années d’enseignement adapté, les enfants « en retard » pourront regagner l’enseignement général.

Le quotient intellectuel actuel est stabilisé dans les années 1940 par le psychologue américain David Wechsler : les « échelles de Wechsler » sont les tests de QI les plus utilisés par les professionnels. Il reste un score de comparaison. Wechsler l’a élaboré à partir d’un « test alpha » qu’il avait mis au point pour l’armée, qui s’en servait pour orienter les conscrits. Or des hommes au résultat très en-dessous de la moyenne étaient par ailleurs bien intégrés dans la vie active : Wechsler en a conclu qu’il fallait élargir la définition de l’intelligence et intégrer d’autres variables à tester. L’intelligence est vue ici comme le résultat d’un ensemble d’éléments qui fonctionnent ensemble, et non comme une entité unique.

Le QI est généralement stable dans le temps, mais il ne faut pas s’y tromper, souligne Jacques Grégoire[3], un des spécialistes internationaux de la mesure de l’intelligence chez l’enfant :

« A 4 ans, vous n’avez pas les mêmes performances qu’à 12. Si votre score est resté stable bien que vos performances ne soient pas les mêmes, c’est parce que le QI ne mesure pas votre intelligence comme il mesurerait votre taille : il vous situe par rapport aux autres. »

Salle de calsse avec élèves en exame

©Jeremy Barande

Le score de QI peut évoluer, en fonction des conditions de passation du test bien sûr, mais aussi des événements de la vie : « Un enfant non scolarisé à 9 ans qui rencontre enfin des conditions de développement adaptées va gagner des points de QI », souligne ainsi Jacques Grégoire. Qui remarque au passage que le test évalue des productions de l’intelligence (les réponses aux questions) et non l’intelligence elle-même.

En un peu plus d’un siècle, les tests de quotient intellectuel ont été utilisés d’abord pour l’orientation de l’enfant en difficulté, puis également pour le repérage de l’enfant prodige, et enfin élargis au développement personnel de l’adulte en souffrance. Au passage, ils ont gagné un nouveau statut : beaucoup considèrent aujourd’hui le QI comme un indicateur pertinent de la personnalité (« être haut potentiel »), ce qui n’était pas dans l’intention de ses concepteurs.

Ce que nous faisons du QI a évolué

Ici encore, il y a plusieurs angles de questionnement. On peut examiner les critiques épistémologiques formulées au QI et au surdon, c’est-à-dire les critiques qui portent sur la pertinence scientifique des critères utilisés pour les définir, pour les mesurer et pour décrire leur impact sur le devenir des personnes. On peut aussi se demander pourquoi, ou plutôt dans quel contexte, il nous paraît important de mesurer le QI et de savoir si l’on est ou pas « haut-potentiel ».

« Notre vision du QI et ce que nous en faisons a évolué dans le temps », note d’emblée Marianne Woollven. Elle est sociologue au Centre Max-Weber[4] et travaille sur les troubles de l’apprentissage, les fameux « dys ». Elle souligne que le QI est d’abord un outil administratif d’orientation des élèves, puis s’élargit à une valeur d’explication de leur devenir scolaire. Ce dernier point est fortement critiqué par la sociologie à partir des années 1970, notamment avec Pierre Bourdieu et son « idéologie du don ». L’élève dit doué à l’école serait en réalité un « héritier », qui a reçu un « capital culturel » correspondant à un certain niveau de maîtrise de la culture dominante, considérée comme légitime. La psychométrie, selon ces critiques, reflète donc surtout les inégalités sociales.

« Depuis les années 2000, la psychanalyse a reculé face aux sciences neurocognitives », poursuit Marianne Woollven. « Ces approches s’appuient sur des modèles qui vont chercher l’origine des difficultés dans les mécanismes cérébraux. Et en pratique, elles utilisent des mesures de l’intelligence ».

Retour en grâce du QI à l’école, d’autant plus que c’est un indicateur pratique, à l’heure où les politiques publiques cherchent des éléments d’objectivation pour financer l’aide aux élèves à besoins éducatifs particuliers. Prenons trois élèves en difficulté d’apprentissage de la lecture : c’est la mesure du QI qui distingue l’enfant en retard global de développement, le petit dyslexique et l’enfant à haut-potentiel dont les difficultés sont à chercher ailleurs.

Dans ce contexte, comment comprendre le surdon ?

Le surdon, une notion statistique floue

Wikimedia

On est dit surdoué à partir d’un QI de 130. C’est une pure convention statistique, celle de considérer comme hors-norme les scores ayant au moins deux écarts-type à la moyenne : cela donne la forme en cloche de la fameuse courbe de Gauss. La moyenne est fixée à 100 pour le QI. Mais certains scientifiques font remarquer qu’aucune donnée n’indique que les QI seraient répartis selon une courbe de Gauss. D’autant plus que l’indice verbal, une des quatre composantes du QI, est fortement corrélé au milieu social et que la répartition des richesses ne suit pas du tout une courbe de Gauss. Est-ce solide de considérer qu’on est hors-norme à partir de 130, comme si la répartition des QI dans la population était parfaitement régulière, et sans intégrer de marge d’erreur statistique ?

Les difficultés augmentent si l’on prend en compte le mode de calcul du QI : est-ce logique de penser que la moyenne entre des valeurs très hétérogènes décrit correctement l’intelligence d’une personne ? Cela revient à déplacer l’usage du QI sans adapter son mode de calcul. On passe en quelque sorte d’une « psychométrie par le bas », destinée à repérer des retards de développement, à une « psychométrie par le haut », destinée elle à poser des capacités hors-normes (à 100 vous appartenez à 50% de la population, à 130 vous n’êtes plus que dans les 2%).

Pour Anne-Lyse Demarchi, psychologue clinicienne et enseignante à l’Université Lumière Lyon 2, la réponse est claire :

« On teste quatre indices : verbal, mémoire de travail, raisonnement perceptif et vitesse de traitement. Je ne conclue jamais une notion de haut potentiel si les quatre scores sont hétéogènes, par exemple un peu moins de 120 pour les uns et plus de 140 pour les autres. »

De toute manière, pour elle, le vrai sujet n’est pas là :

« Lorsque des parents pour leur enfant ou une personne souhaite(nt) effectuer un bilan psychologique avec une idée de haut potentiel, cela parle de difficultés qui nécessiteront probablement une psychothérapie. »

Car les personnes qui sollicitent un bilan de QI, que ce soit pour leurs enfants ou pour eux, viennent pour résoudre une difficulté : « C’est à l’école que ça coince, ou bien la personne s’est reconnue dans le profil du zèbre ». L’animal rayé est depuis quelques années le totem des hauts-potentiels, ces personnalités « hypersensibles » et décalées par leur manière de réfléchir, de voir la vie, d’entrer en relation avec les autres. Des zèbres intranquilles voire malheureux dans lesquels beaucoup se reconnaissent, mais que les spécialistes peinent à voir : « Cette image du zèbre ne me paraît pas pertinente : le zèbre avec ses rayures ne se fond pas dans la savane, alors que les hauts-potentiels sont souvent dans l’hyper-adaptation, ne se remarque donc pas ! Certes ils sont très sensibles, mais ils ont souvent les compétences émotionnelles et relationnelles qui vont avec. S’ils ne sont pas bien, cela peut être quand ils sont sur-adaptés, à leurs dépens. Les hauts potentiels avec des profils homogènes, on ne les voit pas en cabinet, ou alors ils viennent pour autre chose », affirme Anne-Lyse Demarchi.

Surdon et problèmes, toute une histoire

Bien sûr, les personnes à QI élevé ou très élevé qui rencontrent des difficultés à l’école, au travail ou dans leur vie personnelle existent. Mais aucune donnée ne permet de faire le lien avec le haut potentiel lui-même (et l’autrice de ces lignes doit faire ici un mea-culpa pour avoir écrit le contraire il y a quelques années, sur la foi de documents diffusés par l’Éducation Nationale).

« Il existe des enquêtes portant sur le devenir scolaire de milliers d’enfants en fonction de leur QI », indique Nicolas Gauvrit, mathématicien, chercheur en psychologie et auteur de plusieurs ouvrages sur les enfants à haut-potentiel. « Elles montrent qu’un QI élevé est plutôt associé à une bonne réussite scolaire, et que le taux d’échec est bien inférieur au chiffre de 30% qui circule » (mea-culpa une fois encore). Une autre enquête souvent citée situe ce chiffre autour de 17%, mais : « Elle a été réalisée dans une institution spécialisée pour enfants en décrochage scolaire : 17% d’échec à long terme chez les QI élevés, c’est plutôt bas compte tenu du panel », note Nicolas Gauvrit. « Et l’échec scolaire n’était pas défini précisément. Un enfant qui déçoit les attentes des adultes autour de lui peut se sentir ou être considéré en échec, alors que pour l’institution tout va bien. »

©Pixabay

Pour Marianne Woollven, c’est précisément le rapport à l’école, et au-delà à la réussite sociale, qui se joue dans la manière dont nous investissons le QI et le surdon. « C’est cohérent avec ce qu’on peut appeler une vision chronométrique du développement, qui repose sur le fait de tout faire en temps et en heure, et si possible en avance sur le programme », relève-t-elle. « C’est aussi une manière de se positionner vis-à-vis de l’école en invoquant d’autres critères que les critères scolaires, avec l’idée que l’enfant doit être le plus performant possible dans le système, pour avoir la meilleure réussite après.» Ce rapport de force est principalement mis en œuvre par les parents de classes sociales moyennes et supérieures, qui représentent jusqu’à 60% des adhérents des associations de parents d’enfants à haut potentiel. Ils revendiquent ainsi que l’école prenne en charge leur enfant dans son individualité, et ont recourt à des critères extérieurs pour appuyer leur demande.

Si le haut potentiel est traité par l’école comme un besoin éducatif particulier, remarque Nicolas Gauvrit, c’est ainsi parce que les parents ont dû montrer qu’il causait des problèmes aux enfants, sans quoi l’Éducation Nationale ne se serait pas adaptée. Et qu’ils vont pour cela chercher des psychologues spécialisés à même de poser un bilan objectivant à la fois le QI et les difficultés de l’enfant… créant un biais d’échantillonnage puisque ces cliniciens ne voient les hauts potentiels que lorsqu’ils vont mal. L’association entre haut potentiel et difficultés de vie est donc une construction plus sociale que scientifique.

Pour en finir avec l’intelligence

Dans une société de plus en plus inégalitaire, où le poids des diplômes est plus important qu’il y a 20 ans, où les nouveaux héros de la culture populaire sont des forts en thème un peu dans leur bulle, des scientifiques charmants et débrouillards, des marginaux ayant réussi grâce à « la » bonne idée, pas étonnant que le haut potentiel soit devenu hautement désirable. D’autant plus que cette vision résonne fortement dans notre culture : le lien entre génie et folie, génie et marginalité, remonte aux Grecs et a trouvé son incarnation parfaite dans la figure du clochard céleste du XIXe siècle et du début du XXe siècle. C’est en cela que la proposition de Fanny Nusbaum est dérangeante : elle semble valider la réussite sociale par les mérites personnels, alors qu’on sait (et qu’on veut croire très fort) que cela n’explique pas tout.

DR

Mais acceptons d’y réfléchir encore un instant, en partant du principe qu’une idée vaut surtout par les espaces de possible qu’elle nous ouvre. Quel est finalement le plus gros défaut de notre surinvestissement du QI, notamment le QI élevé, comme indicateur de personnalité ? Cette vision nous enferme dans une image de nous définitive. Dans les années 2000, la psychologue Carole Dweck a soumis des enfants à une épreuve écrite, puis leur a donné leurs résultats en les félicitant. A une partie d’entre eux elle a dit : « Bravo, tu as réussi, tu es très intelligent.e ! ». A l’autre moitié : « Bravo, tu as réussi, tu as fait de gros efforts ! »

Les enfants valorisés pour leur intelligence ont eu tendance à moins bien réussir les tests suivants, et même à revoir un peu à la hausse leur score quand ils l’ont raconté à d’autres. Les enfants dont on a valorisé les efforts ont abordé les autres apprentissages avec une motivation accrue, et ont eu de meilleurs résultats. Dweck en a tiré son modèle du « mindset », ou état d’esprit, et montré qu’un état d’esprit de développement a plus d’impact que le QI sur le devenir individuel. Toute capacité se travaille et peut s’améliorer, y compris les compétences sociales, émotionnelles ou intellectuelles… à condition d’y croire et d’être prêt à y mettre les efforts nécessaires.

C’est d’ailleurs une critique récurrente faite à la définition du haut-potentiel comme trait de personnalité : il semble vous condamner à être « trop » sensible, incompris, inadapté, avec le risque de cesser d’être en mouvement, de ne plus se remettre en question, ou de se remettre en question de manière non pertinente. De ne plus penser collectif, de tout ramener à des caractéristiques individuelles. Et si on en finissait avec l’intelligence ?

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Notes

[1] Université Claude-Bernard Lyon 1

[2] Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué, Jeanne Siaud-Facchin (2008), Odile Jacob, 320 p., 23,50€

[3] Université Catholique de Louvain (Belgique).

[4] Université Lumière-Lyon 2, ENS de Lyon, Université Jean-Monnet Saint-Etienne.

PPour aller plus loin

  • Régulation émotionnelle et haut potentiel, Sophie Brasseur, docteur en psychologie et assistante au Département éducation et technologie de l’Université de Namur – déc. 2013 – enregistrement de la conférence en ligne
  • Les surdoués ordinaires, Nicolas Gauvrit, PUF, 2014 (284 pages, 19€)
  • Le paradoxe des enfants surdoués, Guénolé F., Baleyte J.-M., Revue de neuropsychologie, 2017/1 (Volume 9), p. 19-26
  • La petite noblesse de l’intelligence. Une sociologie des enfants surdoués, Wielfried Lignier, La Découverte, 2012 (360 p., 25€)
  • Le secret des performants, Nusbaum Fanny, Odile Jacob, 2021 (350 p., 22,90€)
  • Hemispheric Differences in White Matter Microstructure between Two Profiles of Children with High Intelligence Quotient vs. Controls : A Tract-Based Spatial Statistics Study, Nusbaum F. et al., Frontiers in Neuroscience, 2017, Volume 11
  • Psychologie du haut potentiel. Comprendre, identifier, accompagner, Gauvrit N. et Clobert N., De Boeck Supérieur, 2021 (512 p.)

Sous le regard des chercheurs, la faune égyptienne se révèle | Un article Pop’Sciences

SSous le regard des chercheurs, la faune égyptienne se révèle | Un article Pop’Sciences

Plusieurs dizaines de millions de momies d’animaux sacrifiés aux dieux égyptiens ont été découvertes dans les catacombes de la vallée du Nil. 2500 d’entre elles ont trouvé refuge à Lyon, au sein des collections du musée des Confluences. Depuis huit ans, elles sont le sujet d’études atypiques de physiciens et de chimistes qui, en collaboration avec les archéologues, cherchent à mieux comprendre le culte dont ces animaux ont fait l’objet. Enquête au pays des thanatopracteurs, point de départ : la réserve Lortet.

Un article rédigé par Caroline Depecker, journaliste,

pour Pop’Sciences – 11 décembre 2020

Le bruit sourd du ventilateur, chargé d’assécher l’air de la pièce, étouffe quelque peu celui des feuilles de papier de soie. De ses mains gantées, Didier Berthet extirpe délicatement un ibis brunâtre du tiroir blanc : il semble dormir paisiblement, d’un sommeil vieux de presque 3000 ans. L’oiseau a les ailes repliées sur son ventre, la tête tournée sur le côté. « Emmaillotés dans leurs bandelettes, certains de nos ibis momifiés prennent alors une forme qui ressemble à celle d’un gros « cornet de glace » », commente le conservateur du musée des Confluences. Il sourit : « C’est ainsi, qu’entre nous, on désigne ce type de momies ».

Ibis sacré momifié, momie « cornet de glace » / © Romain Amiot/LGL-TPE/CNRS

Pénétrer la « réserve Lortet », c’est faire un grand bond dans le temps et l’espace. Arpenter, non les pyramides des Pharaons, mais leur environnement naturel et aller à la rencontre de la faune de l’époque. Crocodiles, chats, chiens, gazelles, musaraignes, poissons, faucons… Rangées soigneusement le long des murs ou dans des étagères, figées, les momies semblent dans l’attente de renaître. Une expérience troublante. Elles sont près de 2500, ramenées d’Égypte au début du 20e siècle par Louis Lortet, alors directeur du Muséum de Lyon. Cette collection est, hors son pays d’origine, la plus importante au monde. Qualifiée d’un point de vue zoologique par le scientifique lyonnais, elle a donné lieu récemment à un vaste programme de recherche associant sciences humaines (égyptologie, archéozoologie) et sciences de la vie ou de la matière. De 2013 à 2018, à travers le projet MAHES, de nombreux experts se sont penchés sur les momies, et ont levé un coin du voile sur le culte dont leurs animaux ont fait l’objet. Les études se poursuivent aujourd’hui, livrant des informations précieuses.

L’industrie funéraire des momies sacrées et ex-votos

Dans les croyances de l’Égypte ancienne, les divinités peuvent s’incarner sous forme animale : l’esprit divin anime le corps de son animal totem, lequel est reconnaissable à certains traits distinctifs. Sacré, celui-ci est élevé et choyé dans un temple avec toutes les attentions dues à un dieu (offrandes, visites des fidèles). Mort, son corps est préservé par momification pour que l’esprit puisse évoluer dans l’au-delà. Associé à une divinité zoomorphe, sans pour autant être son incarnation, un animal momifié aurait pu aussi être offert à un dieu en guise d’ex-voto, c’est-à-dire dans l’espoir qu’une prière soit entendue. « A la différence d’une momie sacrée, dans le cas de la momie votive, l’animal devient important après sa mort, explique Camille Berruyer, archéozoologue doctorante au laboratoire Archéorient1 de Lyon et à l’ESRF2. C’est le médium-cadavre, frais ou pas, qui est utilisé pour certains rites dont on ne sait pas grand-chose en réalité. » Cette différence de statut jouait-elle sur les pratiques liées à la momification ? Pour la chercheuse, « la question est complexe et reste largement ouverte ». Et elle n’est pas la seule.

Paul Tafforeau, scientifique ESRF, paléontologue et Camille Berruyer, doctorante, sur la ligne BM05 de l’ESRF, lors de l’étude d’une autre momie.
/ © Pierre Jayet

Plusieurs dizaines de millions de momies animales ont été mises au jour dans des catacombes de la vallée du Nil et témoignent d’une intense ferveur religieuse. Pendant les 1000 ans qu’a duré cette véritable « industrie » funéraire (du 7e siècle av. J.-C. jusqu’à l’époque romaine, 1er-3e siècle ap. J.-C.), comment les Égyptiens se sont-ils approvisionnés en matière première ? Des traces archéologiques témoignent du recours à l’élevage intensif pour certaines espèces dont les animaux domestiques : les « fermes à chats » en sont un bon exemple. Pour la faune sauvage, la réponse s’avère plus délicate.

Sur les traces des oiseaux migrateurs

Publiée en septembre, une étude confirme ce que suggèrent des fresques murales : les Égyptiens pratiquaient de façon massive la chasse aux ibis et aux rapaces afin d’honorer, respectivement, Thot (dieu de la science et inventeur de l’écriture) et Horus (dieu protecteur des pharaons). Une pratique qui a dû exercer une pression écologique forte sur l’avifaune de l’époque. Pour arriver à cette conclusion, des scientifiques de l’Université Claude Bernard Lyon1 et du C2RMF3 ont effectué des mesures sur des fragments de plumes et d’os, prélevés sur onze momies d’ibis et neuf de rapaces. Ils en ont déterminé les compositions isotopiques, c’est-à-dire l’abondance relative en différentes versions (« lourdes ou légères ») d’éléments chimiques comme l’oxygène, le carbone, l’azote ou le strontium, et les ont comparées à une même analyse faite sur des momies d’Égyptiens contemporains des oiseaux. Leur hypothèse de travail : si les volatiles – migrateurs à l’état sauvage – étaient issus d’élevage, leur alimentation devait être homogène et d’origine locale. Cette homogénéité devrait transparaître alors dans la composition isotopique des restes d’animaux momifiés et être similaire, ou inférieure, à celle des humains. « Or, la variabilité isotopique, et donc alimentaire, observée chez les oiseaux est supérieure à celle des hommes, explique Romain Amiot, paléontologue et géochimiste au laboratoire de géologie de Lyon (LGL-TPE4) qui a participé à l’étude. Cette observation est compatible avec un environnement changeant où les oiseaux picorent ce qu’ils trouvent sous leur bec. Certaines signatures « exotiques » évoquent le comportement migratoire des rapaces sur de longues distances, les ibis voyageaient, eux, le long du cours du Nil ». Le scénario probable ? Les oiseaux étaient chassés, puis embaumés peu de temps après leur capture. « Nous n’avons pas trouvé, en effet, d’éléments suggérant une captivité prolongée, précise Romain Amiot. Mais nous ne pouvons être catégoriques, vu le peu d’échantillons prélevés afin de préserver la valeur patrimoniale des objets étudiés ».

Momie-ossement d’ibis à la patte cassée / © Caroline Depecker

 

Autopsies virtuelles de sauriens

La découverte d’ibis momifiés, à l’état d’œuf ou de juvénile, suggère que les échassiers ont pu aussi avoir été élevés. Ce que confirme Didier Berthet : « Nous avons, en section ostéologie, le squelette d’un ibis dont la patte cassée s’est ressoudée. En milieu sauvage, un oiseau blessé de la sorte n’aurait pu survivre : on a donc pris soin de lui ». Pareil schéma peut être brossé pour les crocodiles. On estime qu’une quarantaine de sauriens sacrés ont été entretenus en même temps dans des temples afin d’honorer Sobek, le dieu de l’eau et de la fertilité. On sait encore que des éclosoirs et nurseries destinés aux reptiles existaient. Cependant, en 2019, une équipe de chercheurs, dont Camille Berruyer faisait partie, a apporté la preuve que des crocodiles sauvages étaient chassés pour confectionner les momies. Une première. En utilisant la micro-tomographie à rayons X, une technique d’imagerie non destructive disponible à l’ESRF, la chercheuse et ses collaborateurs ont reconstitué l’image 3D d’une momie de crocodile vieille de 2000 ans. L’autopsie virtuelle du saurien, âgé de 3 ou 4 ans, a révélé que l’animal était mort d’un coup unique porté à la tête et qu’il avait mangé, pour dernier repas, une souris et plusieurs insectes. Un faisceau d’indices suggérant une vie sauvage au moment du décès.

Momies de bébés crocodiles rassemblées en « brochettes »
/ © Caroline Depecker

 

Élevage, chasse… Les Égyptiens n’hésitaient pas enfin à recourir aux charognes pour confectionner les momies votives. C’est l’éclairage nouveau qu’a apporté la chercheuse sur les crocodiles, en février dernier. « L’aspect extérieur d’une des momies prévues à l’étude nous avait alertés, relate-t-elle. Très mal conservée et sans bandelette, elle semblait réduite à l’état de peau tannée. On devinait un début d’incision sous la gorge. Tout cela nous indiquait que son mode de préparation était anormal ». Les images 3D révèlent que, de façon inhabituelle, tous les organes, les muscles et la majorité des os du saurien ont été retirés. La cavité interne du crâne, difficilement accessible, n’a pu être aussi bien nettoyée que le reste du corps.

En prêtant attention aux micro-détails de la membrane crânienne toujours présente, la chercheuse observe la présence d’insectes nécrophages, de 3e escouade, restés collés. « C’est à partir d’un cadavre putréfié depuis plusieurs semaines que cette momie a été préparée. Toutes les opérations qu’a subi l’animal lors de sa momification visaient à ce qu’il ne pourrisse pas davantage », conclut Camille Berruyer.

Insectes nécrophages radiographies dans un crane de crocodile (adulte en vert, larves en brun et œufs en bleu), rendus 3 D / © ESRF

La signature en carbone des baumes

Les momies « démaillotées » de Lyon sont de couleurs différentes : certaines sont brun clair, d’autres plus sombres. Des différences de coloration associées aux baumes utilisés pour les fabriquer. A partir d’une vingtaine de spécimen d’espèces variées, issus de la collection, la composition générale de ces pâtes a été déterminée. Comme pour les humains, elle renferme de la résine de pin, aux propriétés antimicrobiennes, ainsi que de la cire d’abeille, des graisses animales ou des gommes végétales. Pourrait-on aller plus loin ? Dans le cadre des travaux de Romain Amiot, les fragments d’oiseaux investigués ont dû être « lavés » avant analyse, donnant lieu à des fractions liquides enrichies en baume et isolées. Une étude préliminaire, portant sur quatre d’entre elles (associées à un ibis et trois rapaces issus de sites différents) a montré des variations intéressantes dans la formulation des baumes. « Au contraire des rapaces, l’ibis a été embaumé sans résine de pin, commente Vincent Grossi, géochimiste au LGL-TPE4 qui a encadré l’étude. Et, d’après nos observations, le taux de carbone 13 (un des isotopes du carbone) de certaines molécules contenues dans ces baumes pourrait constituer un indicateur traduisant différentes recettes ou ateliers de momification. Ce sont de premiers résultats, mais ils nous motivent pour en savoir davantage ». La suite est prévue au printemps 2021.

Sous le regard curieux des chercheurs, les momies animales de Lyon continueront donc à nous relater leur histoire. En attendant, qu’un jour, elles puissent faire l’objet d’une exposition à la mesure de leur valeur au musée des Confluences.

Grandes momies animales (crocodiles, béliers …) conservées dans la réserve Lortet
/ © Caroline Depecker

 

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Notes :

1 Laboratoire Archéorient, environnements et sociétés de l’Orient ancien

2 ESRF – European Synchrotron Radiation Facility : installation européenne de rayonnement synchrotron située à Grenoble

3 LGL-TPE – Laboratoire de Géologie de Lyon : Terre, Planètes, Environnement

4 C2RMF – Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France

PPour aller plus loin

Diversité d’acteurs pour préserver la biodiversité des pollinisateurs | Un article Pop’Sciences

DDiversité d’acteurs pour préserver la biodiversité des pollinisateurs | Un article Pop’Sciences

Le constat est sans appel : les insectes pollinisateurs(1) tendent à disparaître, or ce déclin a des conséquences importantes sur nos vies : à l’échelle mondiale, près de 90 % des plantes sauvages à fleurs dépendent du transfert de pollen par les insectes. A l’échelle de l’Europe, ce sont 84% des cultures qui dépendent de la pollinisation. Les pollinisateurs jouent un rôle indispensable dans la production alimentaire et donc la subsistance des populations humaines. Préserver les insectes c’est avant tout prendre soin de leur habitat. CQFD : sauver les pollinisateurs, c’est œuvrer pour préserver la biodiversité du vivant et le bien-être de tous…

Un article rédigé par Nathaly Mermet, Docteur en Neurosciences,

journaliste scientifique & médicale, Lyon, pour Pop’Sciences – 30-11-2020

Tout un chacun a pu le constater en roulant en rase campagne au crépuscule : alors qu’il y a encore 10 ans en arrière le pare-brise ou la visière du casque était crépi d’insectes … cette « nuisance » n’est plus d’actualité ! Une observation assez basique, mais témoin de la diminution importante des insectes dans notre environnement.

Un modèle scientifique et poétique : le champ de lavande

©Pixabay

Ah … les champs de lavandes, teintés des couleurs de la Provence, aux parfums enivrants et égayés par le chant de ses habitants.

« Mon terrain d’expérimentation, ce sont les champs de lavandes. Été après été, j’ai été littéralement subjuguée par l’environnement sonore qui règne au milieu d’un champ quand je prélève les odeurs de fleurs » se rappelle le Dr Florence Nicolè, enseignante-chercheure au sein du Laboratoire de Biotechnologies Végétales appliquées aux Plantes Aromatiques et Médicinales – LBVpam à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne (UJM).

« Mes recherches portent sur l’étude des Composés Organiques Volatils (COVs) des lavandes, qui deviennent, après distillation, ce que l’on nomme huile essentielle de lavande. Ces composés émis par les plantes constituent une sorte de langage que nous cherchons à comprendre.»

Terrain expérimental à Chenereilles (Loire) en juillet 2020. Au premier plan, ce que l’on nomme la « pieuvre » (du fait de ces nombreuses « tentacules ») est un dispositif expérimental qui permet de capturer les odeurs émises par les inflorescences de 6 plantes différentes en même temps. Au deuxième plan, le laboratoire mobile que l’on protège du soleil et qui permet de stocker les échantillons de nectar à -78°C. / ©Florence Nicolè

« Plus de 200 molécules ont été identifiées chez la lavande. Certaines de ces molécules sont destinées à attirer les pollinisateurs. Récemment, nous avons lancé un projet de recherche multidisciplinaire et collaboratif pour faire le lien entre cette diversité de la chimie des lavandes et la diversité des insectes que l’on entend. » révèle-t-elle, soulignant que jamais personne n’a évalué le potentiel d’hébergement de la biodiversité des insectes et des araignées au sein d’un champ de lavandes, alors que ce dernier présente une réelle valeur écologique en tant qu’hébergeur d’une communauté d’arthropodes très diversifiée !

Les recherches du LBVpam visent globalement à mieux comprendre les mécanismes de production, de sécrétion et le rôle des composés organiques volatils chez les plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM), et une attention toute particulière est portée parmi ces COVs aux composés terpéniques. Ainsi les trois groupes « fétiches » de PPAM des chercheurs sont-ils les roses (dont le parfum subtil est émis par les cellules épidermiques des pétales), les pelargoniums ou géraniums dont l’huile essentielle est utilisée en parfumerie et la grande famille odorante des lamiacées, parmi lesquelles les lavandes et la sauge (qui émettent des COVs grâce à des trichomes glandulaires).

Prélèvement d'insectes

Pour recenser les insectes dans les champs de lavandes, on effectue 15 minutes de prélèvements avec deux filets fauchoir. Les bourdons, certaines abeilles et les papillons sont directement comptés et relâchés. Les filets sont ensuite vidés dans une cage adaptée qui permet d’observer, de trier et de recenser les différentes espèces. La majorité des insectes sont relâchés dès qu’ils sont comptabilisés. / ©Hugues Mouret

« Notre projet de recherche actuel a deux finalités : trouver des méthodes et indicateurs plus simples pour évaluer la biodiversité des insectes et relier cette biodiversité avec celle des molécules émises par les plantes » déclare-t-elle, évoquant les fastidieux recensements de biodiversité qui impliquent chaque année beaucoup de temps, d’énergie et mobilisent de nombreuses personnes (dont des étudiants du master Éthologie de l’UJM dans le cadre de projets pédagogiques), et sont jusqu’à présent l’unique recours. L’idée développée en ce moment par les chercheurs vise à définir un indice de biodiversité acoustique des insectes, mis au point sur le modèle expérimental de la lavande. Auparavant emblématiques de la Drôme et des Alpes de Haute-Provence, les cultures de lavande « remontent vers le nord » et sont désormais de plus en plus étendues en Rhône-Alpes-Auvergne et jusque dans la Beauce. La Provence aux portes de Paris en lien avec le changement climatique ? Une « opportunité » pour les chercheurs stéphanois, à l’instar de Florence Nicolè, chercheure de terrain avec un goût prononcé pour la recherche appliquée qui affirme « on ne peut comprendre son modèle biologique sans sortir du laboratoire ; un travail d’écologue de terrain et un bon sens de l’observation sont nécessaires ».

Paysage sonore

Sandrine Moja, enseignante-chercheure au LBVpam impliquée dans ce projet, effectue des prélèvements de nectar sur les fleurs de lavande avec des microcapillaires en verre d’une contenance de 1 à 20 uL. C’est un travail de précision qui nécessite de la concentration. Certaines plantes ont été ensachées alors que les fleurs étaient encore en bouton pour éviter tout contact avec des pollinisateurs. Cela permet d’étudier l’influence de l’absence de pollinisateurs sur la composition du nectar. / ©Florence Nicolè

La recherche d’un « indice de biodiversité acoustique » implique de facto une certaine multidisciplinarité, pour ne pas parler de « biodiversité de chercheurs » ! A la poésie du paysage visuel se mêle ainsi celle du paysage sonore. Aussi, la complémentarité des compétences des laboratoires de biologie animale – Equipe de Neuro-Ethologie Sensorielle, ENES – et végétale – LBVpam –  de l’UJM s’impose-t-elle afin de créer des outils innovants utilisables par les industriels et les collectivités. Centrée sur la bioacoustique, à savoir la science des signaux sonores (animaux et humains), l’activité de l’ENES s’ancre dans l’éthologie (soit l’étude des comportements) à travers une longue tradition à la fois en neurosciences, focalisée sur les mécanismes des communications acoustiques, et en écologie. Le développement d’outils bioacoustiques pour évaluer la biodiversité s’inscrit donc naturellement au cœur de ses compétences, lesquels permettent également les mesures d’impact des environnements abiotiques et biotiques sur l’évolution des communications. « L’analyse de la complexité des profils sonores enregistrés permet de calculer des indices de diversité du signal sonore. Cette diversité sonore constitue un indicateur de la diversité des organismes qui génèrent le son » explique Florence, indiquant qu’il sera possible de comparer ses indices de diversité sonores entre des milieux ou avant/après l’application de mesures de gestion. A plus long terme, une perspective serait de réussir à identifier certaines espèces à partir d’un paysage sonore complexe. Un catalogue de sons reliant une espèce à un profil sonore sera créé et grâce au machine learning les chercheurs espèrent qu’il sera possible d’isoler un signal sonore spécifique à partir d’un profil complexe où se mêlent des dizaines d’espèces, comme un instrument de musique est repéré dans un orchestre.

Des collaborations multiples pour créer de nouveaux indices de mesure de la biodiversité

« La collaboration étroite avec des spécialistes de la reconnaissance des insectes, en l’occurrence à travers l’association Arthropologia qui réunit des entomologistes professionnels et passionnés, nous est par ailleurs indispensable » indique F. Nicolè. Agissant au quotidien pour le changement des pratiques et des comportements en menant des actions pédagogiques en faveur des insectes (auxiliaires, pollinisateurs, décomposeurs), Arthropologia est une association naturaliste qui œuvre pour la connaissance et la protection des insectes et de la biodiversité.

Scaeva pyrastri / © Hugues Mouret – Arthropologia

Issoria lathonia / © Hugues Mouret – Arthropologia

« Depuis plusieurs années nous collaborons avec Veolia sur un ancien site de stockage de déchets pour la réalisation d’inventaires de biodiversité effectués par les étudiants du master Éthologie de l’UJM. Ce projet de recherche innovant est le prolongement de cette collaboration pédagogique » déclare Florence. Ce projet vise à permettre à l’industriel de valoriser des sites de gestion des déchets et de disposer d’un indicateur simple et innovant de biodiversité des insectes pour évaluer l’effet de différentes mesures de gestion [encart 1].

Au-delà de l’expérimentation avec le partenaire industriel, « les indices de biodiversité sonores que nous allons définir dans ce projet pourront trouver des applications au sein de tous les sites industriels et auprès des communes qui souhaitent mettre en place des actions en faveur des pollinisateurs » appelle de ses vœux Florence Nicolè.

Comprendre les interactions chimiques pour développer des moyens de lutte biologiques

Cicadelles, Hyalesthes obsoletus, sur une tige de sauge sclarée (le plus etit est le mâle) / ©Florence Nicolè

Outre le phénomène de réchauffement climatique qui impacte sa physiologie et sa distribution géographique, est apparue chez la lavande une maladie qui dessèche la plante : des bactéries se développent dans le phloème, le tissu conducteur de la sève élaborée qui transporte l’eau et les nutriments. Les bactéries se multiplient et créent des bouchons, provoquant un stress hydrique à l’origine du dépérissement de la plante. La bactérie responsable, le phytoplasme du Stolbur, a pour principal vecteur un insecte piqueur suceur de la famille des hémiptères et qui ressemble à une petite cigale : la cicadelle (Hyalesthes obsoletus). Ce dépérissement à phytoplasme touche massivement les cultures de lavande et de lavandin, aussi bien en plaine qu’en montagne et tant en agriculture conventionnelle que biologique.

Florence, en collaboration avec l’Institut de chimie de Nice, le CRIEPPAM et le Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive de Montpellier (CEFE), a montré que les plantes infectées par les bactéries ont une odeur différente et qu’une molécule caractéristique des plantes infectées attirent préférentiellement l’insecte vecteur.

« Nous pensons que les bactéries modifient la chimie de la plante et lui font produire des composés qui vont attirer l’insecte vecteur, favorisant ainsi la dispersion de la bactérie. On parle de théorie de manipulation de l’hôte et c’est un phénomène qui a déjà été démontré dans d’autres cas de maladie à phytoplasme transmis par des insectes vecteurs. Dans notre cas, la démonstration expérimentale reste à mener mais nous faisons face à des verrous méthologiques (la difficulté à contrôler l’infection des plantes). »

Alors qu’il n’existe à ce jour pas de moyens de lutte biologique efficace contre cette maladie, l’idée est née de détourner la communication chimique des plantes pour contrôler les populations d’insectes vecteurs. Par exemple, utiliser des composés chimiques de plantes infectées pour créer un piège olfactif (à l’image de nos plaquettes collantes pour piéger les mites alimentaires !) qui déroutent les cicadelles des champs de lavandes. Autre possibilité : planter en bordure de champs des plantes “sacrifice” qui produisent des composés très attractifs pour les cicadelles et jouent le rôle de « paratonnerre » pour les lavandes. Tout un pan de recherche consiste à comprendre les voies de biosynthèse de ses composés chez les lavandes, ainsi que les régulations qui se mettent en place en cas de stress hydrique ou d’infection bactérienne.

« D’autres COVs fortement émis par la plante malade sont le lavandulyl acétate et le linalol, de la famille des terpènes, qui participent à l’attraction des pollinisateurs » indique Florence, précisant qu’il est donc nécessaire d’étudier l’effet des conséquences du dépérissement et de la mise en place de pièges olfactifs sur la biodiversité des communautés d’arthropodes présents dans les champs de lavandes.  Ce qui est déjà clairement établi c’est que les pesticides de synthèse décriés depuis près de 40 ans ne peuvent être utilisés pour lutter contre la maladie du dépérissement de la lavande. En effet, le pic de vol des cicadelles correspond à la pleine floraison des lavandes et donc à une abondance maximale de pollinisateurs. C’est aussi la période de transhumance des abeilles domestiques dans les champs de lavande pour la production du miel de lavandes. Il est donc inenvisageable de tuer toute la biodiversité des insectes présents sur la lavande alors qu’on ne cible que les cicadelles.  De plus, plus globalement, les pesticides de synthèse ont un impact néfaste sur la biodiversité, la qualité de l’eau, des sols et la santé, et que les actions politiques internationales[encart 2] et locales[encart 3] doivent défendre la biodiversité.

Prairie fleurie

©Piqsels

« Nous avons choisi le champ de lavandes comme terrain expérimental, car c’est un terrain que nous connaissons très bien. Cependant, nous savons qu’une communauté de plantes diversifiées permet une plus grande diversité de pollinisateurs » insiste Florence, fascinée par le langage des plantes et qui avoue rêver de trouver la pierre de rosette de la communication des plantes et de disposer d’un traducteur ! Elle souligne que les abeilles domestiques sont la partie émergée de l’iceberg, mais qu’il reste à comprendre et évaluer la valeur écologique d’un champ. Ce qui nous amène à la conclusion « évidente » : la biodiversité doit appeler la biodiversité dans une spirale vertueuse qui est une transposition de l’Évolution.

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Note :

(1) Pollinisateurs… les acteurs de la pollinisation ! Rappelons que la pollinisation consiste au transport d’un grain de pollen d’une étamine (soit l’organe reproducteur mâle de la plante) vers un pistil (soit l’organe femelle) d’une autre fleur de la même espèce, assuré par le vent ou les animaux, dont essentiellement les insectes.

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          Encart 1

         Cas d’école : comment Veolia bénéficie de recherches menées à l’UJM

Plantations par les employés de Veolia, volontaires, des plants de lavandes et de lavandins. Ces plants serviront en 2021 à mesurer l’indice de biodiversité sonore des insectes qui pourra être comparer aux autres sites étudiés (Chenereilles, CRIEPPAM, Site Explora au cœur de la ville de Saint-Etienne). / ©Veolia

« Un projet innovant, en collaboration avec l’Université Jean Monnet (Saint Étienne) est actuellement mené sur notre site de Montbrison, qui est un centre de tri et déconditionnement de biodéchets industriels principalement alimentaires, où 170  plants de lavandes et de lavandins ont été plantés par les salariés en mai 2020, sous la direction attentive de Florence Nicolè » déclare Camille Ginestet, Chef de projets / Coordinateur biodiversité à la Direction Technique Rhin Rhône de Veolia Recyclage & valorisation des déchets. Veolia accompagne financièrement le projet de recherche mené par l’Université, en fournissant un terrain expérimental, des plantes et de la main d’œuvre. Dans ce mutualisme à bénéfices réciproques, les chercheurs vont essayer par le biais d’enregistrements sonores, de créer un indicateur simple et innovant de mesure de la biodiversité des insectes. En parallèle des recherches qui seront menées sur la communication chimique des lavandes et l’analyse de la qualité du nectar, les communautés d’arthropodes seront recensées et les signaux acoustiques émis par ces communautés seront inventoriés. « Chez les insectes, il est possible de détecter différents types de sons : stridulation pour les grillons, sauterelles, criquets ou coléoptères, percussion chez les termites, bourdonnement des ailes chez les moustiques, bourdons et abeilles… » rappelle Camille. Le projet, qui implique de façon volontariste les salariés de Veolia dans un “Team building vert” sur leur lieu de travail,   permettra à Veolia, s’il aboutit à une application développable, de valoriser des sites de gestion des déchets et de disposer d’un indicateur simple et innovant pour évaluer l’effet dans le temps des différentes mesures de gestion des espaces non imperméabilisés sur les sites.

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Encart 2

         Une prise de conscience internationale portée par l’UICN

Généraliser les pratiques et techniques alternatives à l’utilisation des pesticides de synthèse

Une recommandation pour généraliser les alternatives aux pesticides

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          Encart 3

        Action politique locale

Outre la végétalisation des espaces publics et privés, la politique de la Métropole de Lyon affiche la mise en place d’un plan pollinisateurs. En faisant l’acquisition de foncier, elle souhaite multiplier les sentiers-nature accessibles au public tout en protégeant les espaces naturels de son territoire. A l’instar du nouveau sentier nature « Retour aux sources » qui relie Cailloux-sur-Fontaine à Fontaines-Saint-Martin le long du ruisseau des Vosges et s’inscrit dans la stratégie à long terme de la métropole en matière de lutte contre le réchauffement climatique, de végétalisation et de protection et préservation des espaces naturels du territoire.

PPour aller plus loin

Patrimoine géologique : des histoires particulières racontées par les cailloux | Un article Pop’Sciences

PPatrimoine géologique : des histoires particulières racontées par les cailloux | Un article Pop’Sciences

Notion assez peu connue, celle de patrimoine géologique fait référence aux sites naturels dotés d’un intérêt géologique …ou parfois même de “curiosités géologiques” comme des traces de vie antérieures (par exemple, des empreintes de pas de dinosaures !) ou des mouvements particuliers de la Terre, dont la mémoire est gravée de façon spectaculaire dans les paysages. Pourquoi est-t-il important de protéger et valoriser ce patrimoine au-delà des sites naturels déjà recensés? Les Géoparcs en font leur cheval de bataille !

Un article rédigé par Nathaly Mermet, Docteur en Neurosciences,

journaliste scientifique & médicale, Lyon, pour Pop’Sciences – 29-10-2020

De l’échelle micro- à macroscopique, l’exploration du patrimoine géologique fait appel à toutes les disciplines des sciences géologiques qui consistent à « parler de la Terre » (du grec geo-logos, racine de la géologie) : sédimentologie, paléontologie, minéralogie, tectonique, géomorphologie, pétrologie, stratigraphie, hydrogéologie, etc. sont à la source de la collecte d’indices. Celles-ci s’inscrivent dans un champ d’exploration encore plus vaste que sont les géosciences [encart 1].  « Le travail du géologue est d’apporter les connaissances de base sur la compréhension des processus et phénomènes géologiques, et de construire le socle du savoir qui servira à l’interprétation » rappelle Clément Cazé [voir minibiographie – encadré ci-contre], chargé de projet Géoparc Beaujolais [encart 2]. Parfois dénommé « géopatrimoine », le patrimoine géologique se distingue du patrimoine naturel dans le sens où il englobe à la fois les sites naturels présentant un intérêt géologique, mais aussi les « objets » symbolisant la mémoire de la Terre : roches et minéraux, structures, indices des climats anciens et d’évolution des sols ou sous-sols et bien sûr, traces de vie (fossiles, habitats, mines…). Une subtilité pleine de sens.

 

De la protection à la valorisation : l’enjeu du juste équilibre

Fossiles Espace Pierres Folles, Saint-Jean-des-Vignes@deBeauxLentsDemains

Le caractère patrimonial, scientifique, pédagogique, historique ou autre d’un territoire peut justifier de son recensement dans le cadre d’un inventaire du patrimoine naturel. Il va alors s’agir de trouver le compromis « parfait » entre la valorisation, qui passe par la communication auprès du public, et la protection eût égard à sa fragilité. « Dès lors que des sites deviennent connus, se pose le problème de la (sur)fréquentation et de dégradations potentielles » pointe C. Cazé, soulignant que l’enjeu de l’inventaire d’un territoire est avant tout de mieux connaître pour mieux protéger. Mieux le prendre en compte dans la protection des espaces est le leitmotiv des Géoparcs. Par exemple, les empreintes fossilisées de pas de dinosaures, à l’instar de la piste d’un théropode gigantesque datant de -155 millions d’années (traces du site de Loulle, dans le Jura, et de Plagne, dans l’Ain), représentent un patrimoine fragile voué à disparaître s’il n’était pas protégé. « Dans le Beaujolais comme ailleurs, il existe des sites naturels sensibles pour la faune et la flore qu’il nous appartient d’identifier pour les préserver » insiste-t-il.

Géoparc mondial UNESCO : un nouveau label pour quoi et pour qui ?

La carrière de Glay et sa pierre calcaire de couleur dorées. Saint-Germain-Nuelles / ©Gael Fontaine

Des mal pensants pourrait imaginer que lorsque l’on n’a pas le Mont Blanc sur son territoire, il faut s’inventer une distinction ! L’idée en est loin : « Géoparc » est un réseau mondial lancé à l’échelle européenne en 2000 qui rassemble aujourd’hui 161 Géoparcs à travers 44 pays, dont 7 en France. Il convient de poser les définitions pour comprendre la différence : le statut de Parc Naturel Régional (PNR) est octroyé par l’État et les collectivités, et une charte d’engagement est signée par tous concernant le développement et l‘aménagement du territoire (par exemple, pour soutenir les agriculteurs sur les territoires ruraux). Les Parcs Nationaux concernent quant à eux des territoires protégés de l’action de l’Homme, tels les Cévennes, les Calanques de Cassis, de Marseille ou encore de Piana. Enfin, le label territorial de Géoparc est donné par l’Unesco. « Il faut déposer un dossier de candidature argumenté pour obtenir ce label, accordé pour 4 ans, et souvent les PNR sont aussi labellisés Géoparc » indique C.Cazé, soulignant que pour le Géoparc du Beaujolais, dont c’est la seule distinction, elle est précieuse [encart 2].

Des pierres aux pouvoirs magiques ?

Minéraux de Lantignié / ©Jean-Claude Fourez

Le Géoparc du Beaujolais recèle plusieurs anciennes mines dans lesquelles il est encore possible de trouver de magnifiques cristaux de fluorite et barytine, et si l’objectif des chercheurs est de faire parler les cailloux pour comprendre le patrimoine géologique, la fascination pour les pierres et minéraux mène aussi à certains fantasmes pour leur attribuer des propriétés plus ou moins exotiques. Une tendance actuelle forte dans nos sociétés en manque de repères qui ont besoin de se rattacher à la Terre et aux pierres …mais certaines croyances sont parfois bien loin de la science.

Ainsi les défenseurs de la lithothérapie racontent qu’« une pierre portée en bijou ou au creux de la main enclenche un processus de résonance vibratoire qui stimulera les minéraux dans le corps pour pallier d’éventuels dysfonctionnements organiques ! » La revendication portée est que « chaque pierre possède une vibration qui lui est propre et nous pénètre de son énergie en activant nos portes énergétiques, c’est-à-dire nos chakras ».

Qu’en pense les géologues ? Le vrai du faux avec Vincent Balter, Directeur de recherche au sein du Laboratoire de Géologie de Lyon – Terre Planètes et Environnement (LGL – TPE) à l’ENS de Lyon  [voir minibiographie ci-contre]. « Une pierre est une structure cristallographique qui se répète et qui ne vibre pas si on ne l’excite pas. La lithothérapie n’a donc aucun fondement scientifique » dénonce-t-il, rappelant par ailleurs qu’il faut certaines conditions physiques, notamment un dipôle, pour créer un champs magnétique… démontant un autre argument parfois avancé. « Au laboratoire, nous sommes très rationalistes et, autant le créationnisme est un combat, car les dérives peuvent être dangereuses, autant la lithothérapie ne fait pas débat » déclare-t-il, soulignant que dans la mesure où il n’y a pas de remboursement par la sécurité sociale elle ne porte pas préjudice à la société ! La réponse scientifique est donc sans appel : sauf à avaler les cailloux et donc à absorber les minéraux dont ils sont riches (fer, manganèse, soufre, etc.) il n’y a aucune incidence sur la santé à les toucher. Nombreuses sont en revanche les pierres utilisées en joaillerie et mises en valeur dans des parures très esthétiques…

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          Encart 1

          Les géosciences : des sciences braquées sur notre planète Terre

Rassemblant toutes les disciplines de l’étude de la Terre et de son fonctionnement, les sciences géologiques, ou géosciences, couvrent 4 champs : la lithosphère (croûte terrestre), l’hydrosphère (ensemble des eaux à la surface du globe), l’atmosphère (couche d’air permettant la vie) et enfin la biosphère (faune et flore vivant sur Terre).

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          Encart 2

         Zoom sur le Géoparc du Beaujolais

« La démarche pour aller chercher le label Géoparc mondial UNESCO a quasiment démarré de zéro pour le Beaujolais, dont la géologie n’est à première vue pas visible comme dans le massif alpin, par exemple » déclare Clément Cazé, ajoutant : « Mais la géologie du Beaujolais s’exprime dans les paysages, les milieux naturels ou agricoles, elle est visible dans le patrimoine bâti des villages, et est de fait une grande composante de l’identité du territoire ».

Le Géoparc du Beaujolais répond en effet au concept de Géoparc qui repose sur la notion de patrimoine géologique au service du développement des territoires ruraux et véhicule 4 grandes valeurs que sont la protection, l’éducation, la valorisation et le travail en réseau. « Nous développons une étroite collaboration au sein des réseaux et abordons ensemble des aspects techniques de fond lors des rencontres scientifiques telles la RST (Réunion des sciences de la Terre) » précise Clément Cazé. « La reconnaissance par l’UNESCO nous apporte une certaine notoriété et nous conforte dans la démarche de mise en valeur de notre patrimoine et de nos sites géologiques » se réjouit-t-il.

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PPour aller plus loin

  • 27e édition de la Réunion des Sciences de la Terre (RST) : reportée du 18 au 22 oct. 2021 au centre de Congrès de Lyon impliquant l’Université Claude Bernard Lyon 1, le Laboratoire de géologie de Lyon, Terre, Planètes, Environnement – LGL – TPE (CNRS, ENS de Lyon, UdL, UCBL), l’ENS de Lyon et l’Université Jean Monnet Saint-Étienne – UJM.

Organisée depuis 1973 sous l’égide de la Société Géologique de France, la RST est LE congrès national bisannuel qui couvre l’ensemble des géosciences, rassemblant les acteurs du monde industriel, de l’enseignement et de la recherche. Il s’agit d’un moment de prédilection pour transmettre les résultats des dernières études, présenter les grands axes de développement et communiquer en matière de savoir-faire et d’innovation. L’occasion aussi pour les professionnels du secteur de rencontrer les spécialistes des différents domaines des géosciences, créer une dynamique d’échanges, prendre contact avec de futurs partenaires et communiquer sur les métiers et carrières des Sciences de la Terre.

EN SAVOIR PLUS

Les glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver | Un article Pop’Sciences

LLes glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver | Un article Pop’Sciences

« Les glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver  » – Jean-Baptiste Bosson

La décennie passée a été déclarée la plus chaude de l’histoire selon l’OMS. Sous les assauts climatiques, les glaciers fondent inexorablement, certains, disparus, ont même fait l’objet de funérailles. Les géants blancs sont-ils condamnés ?

Auteur d’une récente étude sur les glaciers classés au patrimoine mondial de l’humanité, le glaciologue franco-genevois Jean-Baptiste Bosson dresse un bilan de la situation actuelle et des conséquences pour les populations. Ses propos sont à la fois alarmants et volontaristes : il n’est pas trop tard pour agir. Au citoyen notamment de faire pression pour un changement des politiques climatiques à venir.

Un article rédigé par Caroline Depecker, journaliste, pour Pop’Sciences – 29 juin 2020

 

Août dernier, des glaciologues français ont envisagé d’ici 2100 la disparition complète du glacier d’Argentière ainsi qu’une diminution de 80% de la Mer de Glace, deux glaciers mythiques du massif du Mont-Blanc. Comment qualifier la situation des glaciers à l’échelle de la planète ?

Elle est alarmante ! La fonte des glaciers s’est accélérée partout dans le monde depuis cinquante ans et le dernier rapport du GIEC sur les océans et la cryosphère a enfoncé le clou. On peut rappeler deux valeurs : la banquise arctique a perdu en moyenne, en septembre, 13% de sa surface par décennie depuis 1979 – du jamais vu en 1000 ans – et les glaciers situés à basse altitude, comme en Europe centrale ou Asie du Nord devraient perdre plus de 80% de leur volume d’ici 2100. Nous l’avons documenté récemment dans une étude menée en collaboration avec Matthias Huss, un confrère de l’École polytechnique fédérale de Zurich : c’est plus de 30% du volume de glace contenu dans les glaciers mondiaux qui est condamné.

En quoi ont consisté vos travaux ?

En tant que glaciologue travaillant dans la protection de la nature, je me suis demandé quelle était la situation des glaciers inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, aucune étude n’existant sur le sujet. Je les ai donc listés : il y en a plus de 19 000 répartis sur 46 sites de l’organisation onusienne. Soit 10% du nombre total de glaciers terrestres que l’humanité s’est engagée à protéger et à transmettre aux générations futures.

Qu’imaginer pour eux à l’avenir ? Pour le savoir, nous avons évalué leur réponse au réchauffement du climat en fonction de plusieurs scénarios, à l’aide du modèle GloGEM (Global glacier evolution model) de Matthias, l’un des plus performants dans ce domaine, et des données climatiques les plus récentes. Les résultats nous ont peu surpris… En adoptant le scénario RCP 2.6 du GIEC, soit l’application de politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle globale et ainsi une limite du réchauffement à 2°C d’ici 2100, le volume des glaciers pointés par l’étude diminue de 33%. Comme ce scénario est le plus optimiste, cette perte est inéluctable : il faut nous y préparer ! En considérant le scénario RCP 8.5 qui, de façon pessimiste envisage une trajectoire de nos émissions selon un modèle « business as usual », ce volume avoisine 60%. Pour l’instant, c’est le chemin que nous empruntons. Ces valeurs sont à peu près identiques pour l’ensemble des glaciers mondiaux.

En quoi cette fonte menace-t-elle nos sociétés ?

Les glaciers sont l’une des clés de voûte des écosystèmes terrestres, si elle s’effondre, alors le reste va profondément changer ! Les glaciers représentent une composante majeure du système climatique : ce sont 10% des terres émergées qui renvoient le rayonnement solaire, ils ont un rôle de « réfrigérateur » aussi bien sur terre qu’en mer. Leur fonte contribue donc à accentuer le réchauffement global et à modifier la circulation océanique. Elle mène encore à l’augmentation du niveau marin. En un siècle, celle-ci a été de 23 cm dont 90% associés aux glaciers ainsi qu’aux calottes antarctiques et groenlandaises. Cette hausse a un impact considérable : des îles disparaissent, les traits de côtes sont modifiés. Des déplacements massifs de population sont à prévoir, mais aussi de potentiels conflits liés à l’accès à l’eau.

Vue panoramique du glacier de Bionnassay bientôt protégé par arrêté préfectoral dans le massif du Mont-Blanc. / © J.-B. Bosson

Les ressources en eau devraient diminuer dans un futur proche, même à côté de chez nous…

Le « peak water », c’est-à-dire le moment où un glacier en cours de disparition délivre son débit d’eau maximal, n’a pas été atteint partout. Pour les Alpes, cependant, il a été dépassé dans les années quatre-vingt-dix. Depuis cette date, les flux libérés lors de l’été diminuent lentement, mais d’ici une vingtaine d’années, la chute pourrait-être brutale. Une alerte a déjà été observée dans le bassin lyonnais, en mai 2011 : pour préserver le Léman, alimenté en partie par les glaciers de la haute vallée du Rhône et dont le niveau était trop bas, la Suisse avait décidé de réduire de moitié le débit à la sortie du lac. Des perturbations en cascade s’en sont suivies : Lyon a dû réduire les prélèvements en eau potable dans sa principale nappe phréatique, ailleurs, la centrale du Bugey a dû tourner au ralenti pour préserver ses circuits de refroidissement, la riziculture en Camargue a été touchée par une remontée du « coin salé ». Les problèmes de gestion de la ressource en eau devraient nous toucher de plus en plus cruellement à l’avenir.

Malgré la situation, vous pensez qu’il est encore possible de sauver les glaciers. Par quel moyen ?

Pour sauver les deux tiers des glaciers de notre planète, la seule solution est de limiter le réchauffement global, et donc d’avoir des politiques climatiques plus ambitieuses. Pour ma part, je veux montrer que parmi les sites inscrits au patrimoine de l’Unesco et qui contiennent un ou plusieurs glaciers, certains pourraient se retrouver rapidement sur la liste des sites en péril du fait de leur fonte. Je pense à la zone suisse Jungfrau-Aletsch, au parc national argentin Los Glaciares ou bien à celui de Kluane en Alaska. Le « label Unesco » est un outil de communication touristique important que les états ont grand intérêt à conserver. Utiliser ce levier s’est révélé efficace par le passé. En 2014, alors que l’Union internationale pour la conservation de la nature – UICN – menaçait de déclarer « en danger » la Grande barrière de corail pour cause de son blanchiment, l’Australie a rapidement mis en place toute une série d’actions visant à diminuer les pressions locales (intrants chimiques, ancrages destructifs, transports polluants). Le gouvernement s’est aussi engagé à aller plus loin dans sa politique climatique nationale. Malheureusement, sur ce dernier point, suite à un changement de ce gouvernement, cela n’a pas suivi…

Glacier Perito Moreno, Los_Glaciares, Parc National Argentine/ ©Hiroki Ogawa

Limiter le réchauffement climatique, comment croire à l’action politique ?

Dans nos systèmes politiques, c’est surtout l’exécutif qui détient la clé pour accélérer les politiques climatiques. La signature de l’accord de Paris, en 2015, a été une première étape cruciale : la quasi-totalité des états de la planète a reconnu avoir pris conscience de la gravité de la situation. Cependant, aux prises avec les impératifs économiques de nos sociétés capitalistes, ils ne sont pas, ou très peu, passés à l’action. Je crois cependant au courage politique et au pouvoir régulateur de ce dernier. La crise du Covid en est un bon exemple. Elle nous a montré qu’en cas de danger imminent, celui-ci pouvait reprendre le contrôle sur l’économie pour mettre en place des mesures, certes drastiques, mais acceptées de tous. Avec le réchauffement climatique, nous sommes au bord d’un cataclysme beaucoup plus grave encore… Nous le vivons en temps réel et il ne fera que s’intensifier. La nature va nous imposer politiquement un changement de gouvernance mondiale. Soit nous le préparons dès aujourd’hui, dans l’intelligence et le calme, soit il nous sera imposé de façon violente dans les prochaines décennies, par des crises environnementales, sociales, politiques et économiques sans précédent. La problématique des millions de réfugiés climatiques à venir est un exemple parmi d’autres.

Quels signes vous permettent d’espérer un sursaut dans la transition climatique ?

J’en vois plusieurs. Le premier : la mobilisation de plus en plus importante des citoyens, la jeunesse notamment et ses grèves pour le climat. Inconnue il y a trois ans, Greta Thunberg a été élue, en décembre, personnalité de l’année 2019 par le Time. Puis invitée en janvier dernier au forum économique mondial de Davos avec neuf autres jeunes militants. Chez nos voisins suisses, à travers une « initiative populaire pour les glaciers », une association pour la protection du climat a exigé de son gouvernement de décarboner l’économie et d’inscrire les objectifs de l’accord de Paris dans la constitution du pays. Le texte devrait être voté par referendum citoyen d’ici à 2022. « L’affaire du siècle » a quant à elle récolté chez nous plus de deux millions de signatures en deux mois, un record absolu. Partout, les choses bougent, les citoyens sont prêts à s’emparer du problème, et les élus y sont fortement sensibilisés. C’est le cas de ceux avec qui j’échange lors de mes conférences sur les glaciers et le climat, par exemple. Les dernières campagnes électorales, municipales ou européennes, présentaient les questions environnementales et climatiques comme centrales.

Le glacier de Tré-la-Tête fait l’objet de collecte de données pour des évaluations de son bilan de masse. / © J.-B. Bosson

Aujourd’hui, si l’heure est à la mobilisation pour protéger les glaciers, en quoi les étudier est-il important ?

Bien sûr, nous connaissons déjà énormément de choses sur les glaciers, mais il nous reste encore beaucoup à découvrir. Les modèles qui permettent d’estimer leur évolution en fonction du climat doivent être affinés. La même chose pour la modélisation des flux hydrologiques qui, à l’échelle continentale, permet d’identifier et d’anticiper comment évolue la ressource en eau pour les populations. Seuls cinq cents glaciers sur les 200 000 existants font l’objet d’études actuellement et de bilans de masse sur le terrain, ce qui représente au final très peu de mesures. Même si les satellites ont révolutionné nos pratiques de recherche et facilité certains travaux, on a toujours besoin d’aller sur le terrain, pour observer, récolter des données et voir comment les glaciers réagissent en temps réel. Ils renferment encore de précieux secrets. C’est dans cet état d’esprit d’ailleurs qu’une équipe de glaciologues internationale récolte avec urgence des carottes de glace un peu partout dans le monde pour les enterrer en Antarctique. De sorte à, par ce biais, constituer une bibliothèque mondiale d’archives glaciaires. Un leg pour les scientifiques et les générations futures.

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Fake news : pourquoi la communication scientifique doit évoluer | Un article Pop’Sciences

FFake news : pourquoi la communication scientifique doit évoluer | Un article Pop’Sciences

La crise sanitaire du Covid-19 a mis l’information scientifique en crise. Mais on ne résoudra pas cette crise en continuant à opposer les personnes « bien informées » et les autres.

Un article rédigé par Cléo Schweyer, journaliste scientifique, Lyon, pour Pop’Sciences – 14-05-2020

Si vous voulez faire changer quelqu’un d’avis à propos d’un fait scientifique, inutile de lui partager une tonne d’informations. Non seulement ça n’est pas efficace, mais cela a même toutes les chances de renforcer ce que cette personne pense déjà — alors que vous savez bien, vous, qu’elle a tort !

@pixnio CC0

« Nous voyons mieux les erreurs de raisonnement chez les autres que chez nous-mêmes », avertit Ira Noveck, directeur de recherche en psychologie expérimentale lyonnais1 et spécialiste du raisonnement.

Notre attitude face à une information scientifique est dictée par nos valeurs et nos émotions davantage que par la logique. Nous avons l’habitude d’appréhender cette subjectivité comme une défaillance : pas suffisamment de compétences pour distinguer le vrai du faux, pas suffisamment d’esprit critique face à une réputation prestigieuse ou un récit bien ficelé…

La crise sanitaire a mis l’information scientifique en crise

Un article paru sur le site de Radio-Canada le 25 avril 2020 décrit ainsi comment « Jean-François » a plongé depuis la crise sanitaire dans les « théories conspirationnistes » : « Une perte d’emploi et une rupture amoureuse difficile l’avaient amené à se replier. […] Depuis, Jean-François, âgé d’une cinquantaine d’années, habite seul dans le chalet familial et vit de l’aide sociale. » Ce portrait de l’internaute en loup solitaire nous est familier, mais ne nous aide pas vraiment à penser notre rapport à l’information. Entre mars et avril 2020, nombre d’articles de presse ont déploré la multiplication sur les réseaux sociaux numériques des « fake news », « fake meds » et autres « théories du complot » (des termes souvent employés comme des équivalents). Une production éditoriale un brin alarmiste que le blog rationaliste Zet Ethique résume par la formule « les gens pensent mal », et qui voit dans la crise du Covid-19 une crise de l’information scientifique qu’il faudrait résoudre par davantage de communication des sciences.

Il est vrai que nos mécanismes cognitifs ne sont pas toujours rationnels. Mais ce que nous faisons d’une information s’inscrit aussi fortement dans notre contexte socio-culturel : « Nous sommes actifs dans la réception d’une information scientifique », rappelle Benoît Urgelli, chercheur en didactique et médiatique des sciences1. « On interprète le savoir scientifique en fonction de ce que l’on sait d’autre, de nos croyances, nos valeurs : on projette du sens. » Envisagé sous cet angle, notre rapport à l’information scientifique est un fait social autant qu’une affaire de compétences individuelles. Et l’une des dimensions de ce fait social est justement la médiatisation massive de la production scientifique, notamment via les plateformes et réseaux sociaux numériques : loin de contribuer à contrebalancer nos attitudes vis-à-vis de l’information scientifique, ces acteurs industriels semblent mettre leurs effets à profit. On peut alors légitimement se demander si l’abondance d’information ne conduit pas, paradoxalement, à être moins bien informés…

Les biais cognitifs sont utiles face à un trop-plein d’information

CCO domaine public

« Notre raisonnement est travaillé par un ensemble de biais cognitifs », rappelle en préambule Ira Noveck. Les psychologues Kahneman et Tversky, qui ont proposé ce concept dans les années 1970, estiment que les biais sont au raisonnement ce que les illusions d’optique sont à la vision. Ils nomment heuristiques ces schémas de pensée qui déterminent nos tendances à faire systématiquement des choix non rationnels. A votre avis, existe-t-il dans la langue anglaise davantage de mots qui commencent par R, ou davantage de mots dont la troisième lettre est R ? La bonne réponse est la deuxième proposition, mais la majorité d’entre nous choisit la première, en vertu du biais de disponibilité : « Je vais sans doute trouver plus facilement des exemples de mots commençant par R, je conclurai donc que ce sont eux les plus nombreux », décrypte Ira Noveck.

Dans le même ordre d’idée, le biais de confirmation nous incline à ne retenir que les informations qui valident ce que l’on sait ou pense déjà, tandis que l’erreur d’attribution fondamentale conduit à accorder une importance démesurée aux caractéristiques internes d’une personne (ses opinions, son caractère, ses intentions) pour analyser son comportement dans une situation donnée, au détriment des faits. Face à un problème à résoudre ou à deux informations à discriminer, ce type de biais permet une prise de décision rapide. Buster Benson a ainsi classé en quatre catégories les quelque 180 biais identifiés par Kahneman et Tversky : « trop d’information », « manque de sens », « besoin d’agir vite », « de quoi doit-on se rappeler ? ». Les heuristiques auraient donc une utilité dans le traitement de l’information, ce qui invite à ne pas les considérer comme complètement irrationnels, bien qu’ils affectent la qualité du raisonnement logique.

La circulation des informations dépend de leur pertinence

S’ils constituent une explication séduisante aux attitudes individuelles, les biais tendent à se neutraliser quand plusieurs individus réfléchissent ensemble. Pour Julien Bondaz, anthropologue lyonnais2 qui a ethnographié différentes rumeurs en Afrique de l’Ouest, un éclairage sur notre rapport collectif à l’information peut être apporté par le fonctionnement de la rumeur : « C’est une information qui circule de manière très intense dans un laps de temps court. Le moteur de cette circulation, c’est la pertinence culturelle de l’information ». Théorisée par l’anthropologue Dan Sperber, la notion de pertinence culturelle décrit la manière dont une information fait sens dans un environnement donné. En contexte de transmission d’information, la notion recouvre l’intérêt de l’information (pour soi-même et pour les personnes avec lesquelles on est en relation), la légitimité de la source dont elle provient, et l’intention prêtée à cette source :

« Si une information est communiquée d’une manière inadéquate, elle présentera un décalage entre son contenu et ce qui semble être l’intention des entités qui la diffusent. Ce décalage peut alimenter la suspicion d’intentions cachées : c’est toute la difficulté du démenti, un exercice très délicat », analyse Julien Bondaz.

©torange.biz CC-BY 4.0

« La rumeur, c’est un récit dont on doute, mais qu’on partage, car il est intéressant, pertinent par rapport à un contexte », ajoute l’anthropologue qui relève ainsi les traits communs à nombre de rumeurs : elles avertissent d’un danger, réactivent la peur de l’étranger ou la méfiance vis-à-vis des élites. James Scott, chercheur américain en sciences politiques, a pu voir dans la rumeur une « arme des faibles », une forme de résistance pour des citoyens s’estimant peu ou pas écoutés. Elle relève aussi, tout simplement, du souhait de mettre en discussion la véracité d’une information : Julien Bondaz souligne que la rumeur est souvent colportée uniquement pour savoir ce que d’autres en pensent.

La science apparaît comme accrochée à son autorité

@Vincent Noclin

Ces réflexions résonnent avec les objections formulées par de nombreux chercheurs au « modèle du déficit », qui suppose que les publics ont avant tout besoin d’instruction. Dans cette perspective héritée des Lumières, des savants transmettent à des non-savants des connaissances qui vont leur permettre d’exercer leur esprit critique et leur « citoyenneté scientifique ». Des enquêtes menées depuis les années 2000 (par exemple, celle de Kahan en 2010 aux États-Unis) ont plutôt montré que l’exposition à l’information scientifique, non seulement n’améliore pas la confiance vis-à-vis des sciences des personnes interrogées, mais peut même renforcer leur méfiance initiale.

« Les enquêtes d’opinion montrent que les publics de la science font confiance aux scientifiques, mais pas au projet technoscientifique : ils veulent savoir qui finance, quels sont les risques, en quoi il peut s’opposer à leurs valeurs » précise Benoît Urgelli.

@bicanski CC0

Face à ces attentes, la recherche est trop souvent dépeinte comme « un idéal de savoir désincarné». La tendance des institutions scientifiques à communiquer sur leur production, plutôt que sur le « contrat scientifique » (travail collectif, évaluation par les pairs, succession d’étapes vers la robustesse de la preuve), « gomme les incertitudes et la complexité » du processus de recherche.

Les conséquences s’en font sentir à l’occasion de la crise sanitaire du premier semestre 2020 : « On attend des chercheurs une solution clé en main qu’ils n’ont pas », souligne ainsi Chérifa Boukacem-Zeghmouri, professeure en sciences de l’information et de la communication3. « Et le contexte accentue l’accélération et la compétition que connaît la recherche depuis une vingtaine d’années, deux phénomènes qui mettent à mal les valeurs et les pratiques de recherche.» Et font apparaître les sciences comme accrochées à une autorité qui ne se justifie plus par la fiabilité de leurs énoncés.

Les algorithmes participent à la conversation

CCO Domaine public

De nombreux travaux décrivent comment la communication scientifique met en tension les savoirs d’expérience, ceux des citoyens et les savoirs élaborés au sein des institutions scientifiques. On a pu ainsi assister sur les réseaux sociaux à de multiples discussions, souvent houleuses, opposant des vues antagonistes sur la meilleure manière de gérer la crise, voire de soigner le Covid-19, chaque personne avançant son expérience et partageant ses sources, liens vers des articles, documents, etc. Quand l’information scientifique circule et est débattue sur des plateformes de réseaux sociaux, une des premières questions qui se pose aux parties prenantes est ainsi de savoir qui est légitime, crédible sur un sujet donné. Dans la vie « hors ligne », cette légitimité nous est conférée par notre statut social et professionnel. En ligne, c’est notre profil sur le réseau qui va jouer ce rôle.

Valérie Croissant, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication3, a étudié de près les recommandations culturelles (critique amateure de films, de livres, etc) sur les réseaux sociaux et des plateformes comme Sens critique. Ses résultats invitent à dépasser le cliché de l’internaute passif et dénué d’esprit critique :

« On voit que plus un profil est actif, plus il apparaît comme légitime aux yeux des autres. Mais son autorité est aussi construite par les plateformes elles-mêmes, qui produisent et mettent en forme des données (ancienneté du profil, nombre de contenus produits) à travers lesquels cette autorité va être appréciée par les autres utilisateurs. »

Quand on débat en ligne, l’algorithme de la plateforme participe à la conversation. Il joue le rôle de médiateur invisible, non seulement en sélectionnant les contenus mis en avant, mais aussi en documentant les participants au débat : c’est en partie à travers les données fournies par la plateforme que l’on va se faire une idée sur leur identité, leurs opinions, et finalement leur compétence sur le sujet débattu. Notre appropriation de l’information scientifique en ligne est donc prise dans la logique industrielle des plateformes, pour l’essentielle invisible à nos yeux :

« Les médias sociaux, qui sont avant tout des acteurs économiques, insistent pour se présenter comme des médias « sans médiation ». Leur approche quantitative des activités sociales leur permet d’afficher une absence d’idéologie. Les autres formes de médiations, y compris les médias traditionnels, apparaissent, comme des agents troubles, dont les médiations sont épaisses et « transforment » le monde plus qu’ils n’en rendent compte. C’est aussi par cet effet de comparaison qu’ils ne sont plus audibles ou crédibles auprès du grand public et des jeunes », analyse Valérie Croissant.

Une science gonflée aux hormones

Au-delà des compétences individuelles (esprit critique, connaissances), nos attitudes face à l’information scientifique méritent donc d’être regardées pour ce qu’elles sont, une palette de logiques d’engagement, saisies par des acteurs industriels (plateformes de réseaux sociaux ou éditeurs) qui ont justement mis l’engagement au centre de leur modèle économique. Chérifa Boukacem-Zegmour est spécialiste de l’édition scientifique : une industrie dont les chercheurs ne peuvent se passer, car ils sont évalués et financés sur la base de la réputation des revues dans lesquelles ils publient, mais qui semble être en roue libre depuis le début de la crise du Covid-19.

« Les chercheurs ont commencé par demander aux revues de mettre en accès libre les articles [habituellement payants] référencés avec des mots-clés liés au Covid. C’était effectivement nécessaire ! » Quatre mois plus tard, près de 25 articles scientifiques sont publiés par jour, la plupart sinon aucun n’ayant été évalué par des pairs : « Même une revue très prestigieuse comme Cell assume de demander à ses revieweurs des révisions en 24 ou 48 heures, alors que cela prend plusieurs semaines d’habitude. »

Et beaucoup de chercheurs déposent leur « prépublication », c’est-à-dire quasiment un premier jet, sur des archives ouvertes. Ils peuvent alors être lus et commentés par d’autres chercheurs, ce qui est une bonne chose pour la recherche, mais ils vont aussi se mettre à circuler hors du champ scientifique et alimenter le débat public. Nous sommes littéralement ensevelis sous l’’information scientifique, au moment même où le repère traditionnel de l’évaluation par les pairs vacille.

« Depuis quelques années, les statistiques de partage sur les réseaux sociaux et dans la presse grand public ont commencé à être comptabilisés pour l’évaluation des chercheurs », précise Chérifa Boukacem-Zeghmouri. « Sur le long terme, les revues (et les chercheurs !) ont donc tout intérêt à faire le buzz. Cela finit par se traduire en notoriété, donc en valeur économique. »

Face à cette science « gonflée aux hormones », nos discours sur le manque d’esprit critique du public paraissent bien datés. Et pourtant, chercheurs et citoyens ont plus que jamais besoin les uns des autres. Par où commencer ? « Depuis les années 1980 et l’épidémie de HIV, la recherche médicale a appris à faire participer les patients à la réflexion scientifique. D’autres disciplines ont suivi. Nous gagnerions à développer cette démarche dans le maximum de recherches », plaide Benoît Urgelli. « Et surtout, surtout, nous devons aider les chercheurs à tenir bon sur l’évaluation par les pairs », insiste Chérifa Boukacem-Zeghmouri.

« La recherche n’est pas une victime innocente des fake news ou de la marchandisation de la science, certains chercheurs ont de vraies stratégies médiatiques. Ce qui montre que la science n’est plus un champ à part. Nous devons protéger les garde-fous. »

Pourquoi ne pas compter le grand public comme un allié, plutôt que comme une partie du problème ?

@Vincent Noclin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Notes

(1) Institut des Sciences et Pratiques d’Éducation et de Formation (Université Lumière Lyon 2)

(2) Laboratoire d’Anthropologie des Enjeux Contemporains (Université Lumière Lyon 2)

(3) Laboratoire ELICO (Université Claude Bernard Lyon 1, Université Lumière Lyon 2 et Université Jean Moulin Lyon 3, MSH Lyon – St-Etienne, Sciences Po Lyon, ENSSIB)

 

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De la rage au Covid-19, l’histoire des virus continue de s’écrire | Un article Pop’Sciences

DDe la rage au Covid-19, l’histoire des virus continue de s’écrire | Un article Pop’Sciences

De la naissance d’un virus à une pandémie virale mondiale

Selon l’organisation mondiale de la santé animale (OIE), on estime que 60% des maladies infectieuses humaines existantes aujourd’hui sont zoonotiques, et qu’au moins 75%  des maladies infectieuses humaines émergentes sont d’origine animale. Plus inquiétant encore, 80% des agents ayant un potentiel bioterroriste sont d’origine zoonotique.  Virus anciens, nouveaux, réémergents … Ou passé, présent, futur de la menace virale ?

Pop’Sciences vous propose de revenir sur « l’origine » des virus, ou plus exactement sur les premiers exemples identifiés et décrits. Face à la crise sanitaire mondiale que nous traversons depuis plusieurs mois, quel bilan tirer et quels dispositifs mettre en place ?

Un article rédigé par Nathaly Mermet, Docteur en Neurosciences, journaliste scientifique & médicale, Lyon, pour Pop’Sciences – 12-05-2020

Histoires de virus, de la rage au Covid

C’est en 1892 que le premier virus, celui de la mosaïque du tabac, est découvert et répertorié par l’Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, ouvrant la première page du grand livre de l’histoire des virus et des grandes pandémies, suivi par de nombreux autres [Encart 1]. « Mais c’est en 1897 que le premier virus responsable d’une épizootie (à savoir une épidémie animale), en l’occurrence la fièvre aphteuse, avec un petit caractère zoonotique (transmission possible à l’Homme) a été découvert par Loeffler et Frosch » précise Michel Pépin, vétérinaire enseignant-chercheur à VetAgro Sup, première école vétérinaire du monde fondée en 1761 à Lyon par Claude Bourgelat (voir son portrait en encadré). Notons que cette découverte est à l’origine du Friedrich-Loeffler-Institut (FLI) en Allemagne, l’équivalent de notre Institut Pasteur en France.

Louis Pasteur réalisant des vaccinations / ©Auguste André Lançon

Visionnaire et déjà défenseur de la notion de bouclier sanitaire, Marcel Mérieux, ancien élève de Louis Pasteur, crée aussi en 1897 à Lyon l’Institut Mérieux, l’un des premiers instituts biologiques français dédié à la production de vaccins (rage, choléra). « Le génie de Pasteur contre la rage a été d’immuniser contre un agent pathogène sans même savoir encore qu’il s’agissait d’un virus » observe M. Pépin. La virologie industrielle débutera elle en 1947 au sein de l’Institut français de la fièvre aphteuse (IFFA) créé par son fils Charles Mérieux pour la production de vaccins humains et animaux à grande échelle.

A Lyon, l’histoire scientifique et médicale de la virologie est indissociable de l’histoire industrielle de la vaccinologie (terme co-inventé par Charles Mérieux et Jonas Salk en 1953), et 4 générations de la famille Mérieux ont profondément emprunt cette histoire unique pour faire de Lyon le berceau de l’infectiologie [Encart 2].

Le livre des maladies virales (qui continue de s’écrire au quotidien) se lit comme un catalogue des grands fléaux affectant nos populations. Le concept même de virus n’a cessé d’évoluer : « agent infectieux quelconque » au départ, « filtrant » ensuite, puis « hémagglutinant »,  évolutif, différent de tout autre micro-organisme, et enfin « perturbateur de l’information génétique ». Parallèlement, plusieurs notions se sont greffées, comme celles d’infections latentes, de provirus, de virus lents, de rétrovirus (ex. : virus du Sida) ou encore de catalyseurs dans la genèse de certains cancers.

Si aucune classification stricte n’est établie, les spécialistes s’accordent à distinguer les zoonoses majeures et mineures. « Les premières, essentiellement localisées en Afrique et Amérique du Sud, mais non en Europe Occidentale, sont majoritairement des arboviroses transmises par des insectes arthropodes (moustiques, tiques…) » indique le Pr Michel Pépin.

Vallée du rift / ©Wikimedia Commons

Par exemple, la fièvre de la Vallée du Rift (Kenya) qui affecte principalement les ruminants domestiques et sauvages, et peut se transmettre aux humains via un moustique ou au contact des animaux infectés. « Cette zoonose virale peut frapper à la fois le bétail (mortalité brutale chez les très jeunes animaux, avortements chez les femelles adultes) et l’Homme (fièvre hémorragique et/ou encéphalite) » précise-t-il. Les virus Influenza zoonotiques de type A comme H5N1 (1997) ou H1N1 (2009), reconnus aujourd’hui comme responsables de la grippe espagnole (ou “Grippe A”, qui fit 50 millions de morts en 1918) sont également d’excellents candidats pour les pandémies virales. Pour mémoire, H et N, le nom de code des grippes correspondent à l’hémagglutinine (H), « porte d’entrée » du virus dans la cellule et la neuraminidase (N) « porte de sortie » qui permet la dissémination des particules virales multipliées dans la cellule, toutes deux étant des glycoprotéines de surface du virus influenza.

Fièvre Aphteuse : priorité de santé publique. Pose de la 1re pierre du futur site de fabrication de vaccins de Boehringer Ingelheim -19 sept 2019 / ©Nathaly Mermet

A contrario, les zoonoses qualifiées de « mineures » sont représentées, par exemple, par la fièvre aphteuse (ou FA), maladie éruptive rarement mortelle, provoquée par un picornavirus, très contagieuse pour les bovins, les chèvres, les porcs et les moutons, mais peu transmissible à l’Homme, sauf par contact direct avec des animaux infectés. En revanche, les conséquences économiques sont désastreuses et en France la vaccination était systématique depuis 1962, ce qui a permis le contrôle de la FA en Europe. La vaccination systématique a été suspendue au début des années 90 et remplacée par une surveillance événementielle1. « Une autre zoonose majeure, mais considérée comme mineure à l’échelle de notre pays est la rage, puisque la France est officiellement indemne de rage, et qui continue de faire près de 60 000 morts par an dans le monde » observe M. Pépin, notant que plus de 90% des cas sont des rages dites « des rues », car véhiculés par des chiens enragés. Le rhabdovirus, neurotrope responsable, provoque une encéphalomyélite entraînant toujours la mort du porteur dès lors que les premiers symptômes de la maladie sont apparus.

De l’épidémie à la pandémie

Le risque pandémique est avant tout lié à l’apparition d’un virus doté de caractéristiques intrinsèques particulières déterminant a minima 3 facteurs de risque : 1/ la nouveauté du virus, qui fait que ni l’Homme ni d’autres espèces n’ont encore développé d’anticorps protecteurs (et de facto qu’aucun vaccin ne peut être disponible à court terme); 2/ sa virulence, responsable de la gravité de la maladie et donc du fait que de nombreuses personnes soient malades (y compris les soignants, en soi facteur aggravant de risque) et enfin 3/ sa contagiosité, incluant d’éventuelles contagions animal-Homme et Homme-animal.

Particules de MERS Coronavirus ; découvert en 2012 / CCO/US Government department

Ainsi, un virus de la grippe saisonnière provoquera probablement une épidémie, mais peu vraisemblablement une pandémie, alors qu’un virus de type H5N1 ou un coronavirus, s’il devient contagieux d’Homme à Homme, ou très transmissible dans une relation animal-Homme-animal, sans perdre beaucoup de sa virulence, présentera un risque maximal d’engendrer une pandémie (le Covid-19 en est l’illustre exemple).

Comment se préparer face à de prochaines menaces ?

Curieux hasard du calendrier, le 1er Hub en Santé Publique Vétérinaire ou HUB_VPH (Veterinary Public Health) a été lancé à Lyon en janvier 2020. Fruit d’une réflexion de plusieurs années entre 9 partenaires publics et privés de l’écosystème régional de santé, sa vocation est de se saisir des enjeux internationaux de santé publique vétérinaire avec l’ambition de catalyser les connaissances, la recherche, l’innovation, l’éducation et l’industrialisation réunies en région ARA.

Prémonitoire ?

« La pandémie actuelle ne fait que renforcer l’intuition que la gestion de la santé globale (humaine, animale et environnementale), à l’origine de HUB Lyon VPH Initiative est une priorité ” souligne Emmanuelle Soubeyran, Directrice générale de VetAgro Sup et porte parole du HUB VPH (voir son portrait en encadré), observant que ce sont toujours les crises qui nous rappellent ces liens. C’est aussi le principe de One Health au niveau Européen. « Le lien entre santé humaine et santé animale n’est pas assez étudié et résonne fortement avec des sujets environnementaux et urbanistiques » confirme Florence Agostino-Etchetto, Directrice du Pôle de compétitivité mondial Lyonbiopôle, co-fondateur du HUB VPH (voir son portrait en encadré), reconnaissant que les partenaires ont été précurseurs dans la réflexion. « Bien sûr, personne n’avait vu venir une pandémie mondiale d’une telle ampleur, mais la situation actuelle nous confirme qu’il faut être agile et identifier rapidement ce que chaque acteur peut apporter, de sorte à faire émerger des projets qui vont contribuer à apporter des solutions » déclare F. Agostino-Etchetto, soulignant que l’objectif est de synchroniser les spécialistes détenteurs de connaissances. Il faut actuellement comprendre trois choses : le fonctionnement du virus, les caractéristiques physiopathologiques des maladies engendrées, et sur le plan épidémiologique le chemin de la contagion. Ce à l’heure où l’origine même du virus est incertaine et l’existence d’une “vraie” zoonose remise en question (tout comme pour Ebola, jusqu’ici principalement localisé en Asie, Moyen-Orient et Afrique Centrale, donc plutôt ignoré par l’occident, car supposé être endémique…).

 

Circulation des marchandises/CCO

« Le contexte international actuel, qui se traduit par une circulation importante de marchandises et de personnes, assorti du changement climatique, créent les conditions pour l’augmentation du risque d’émergence de zoonoses » déclare Emmanuelle Soubeyran, rappelant que cette réflexion est à la base de l’orientation stratégique de VetAgro Sup. Sous tutelle du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, l’établissement public d’enseignement supérieur et de recherche forme à la fois des vétérinaires, des ingénieurs agronomes et des inspecteurs de santé publique vétérinaire. Seule structure française à préparer simultanément ces trois profils, VetAgro Sup a aussi rejoint depuis 2017 le consortium « Global Health » qui se positionne à l’interface des santés humaine, animale et environnementale, et dont l’approche pluridisciplinaire vise à contribuer concrètement à l’amélioration du bien-être des animaux, de la planète et des personnes.

COVID-19 : un agrégateur transdisciplinaire

« La pandémie qui sévit actuellement est pour le HUB VPH un cas d’école extrême » déclare F. Agostino-Etchetto, pointant que l’on “coche” toutes les cases de ce qui peut survenir dans une telle situation d’émergence infectieuse due à un saut d’espèce, avec de nombreuses interactions entre les différentes composantes des écosystèmes biologiques. « L’événement est colossal, avec un impact à la fois scientifique, médical, économique, humain et sociétal » observe-t-elle, déclarant que l’enjeu de Lyonbiopôle comme du HUB VPH  est de construire une vision pour mieux comprendre et mieux prévenir un autre événement de ce type. « Au-delà du Covid-19, de nombreux projets vont émerger et se structurer, impliquant des personnes de sphères différentes, avec des compétences complémentaires » affirme-t-elle, soulignant qu’il s’agira pour le Pôle de trouver des interconnections et de contribuer à structurer une approche la plus scientifique et la plus coordonnée possible.

« Contrairement aux équipes qui travaillent sur des virus “agressifs”, devant se multiplier vite pour se disséminer le plus rapidement possible, mais qui s’éteignent lorsque l’immunité est en place dans la population, nous étudions des virus plus “sournois” dont la stratégie est de rester en sommeil et de profiter de faiblesses immunologiques pour se réveiller et agresser leur hôte » explique Patrick Lomonte, Directeur de recherche CNRS au sein de l’Institut NeuroMyoGène (INMG) (voir son portrait en encadré). A l’instar du virus de l’herpès simplex dont le “réveil” de la phase de dormance, associée à son tropisme cérébral, est à l’origine des encéphalites herpétiques et de la colonisation par le virus de régions cérébrales telles que le cortex frontal et temporal ou l’hippocampe (et donc possiblement un des facteurs étiologiques en lien avec le déclenchement de la maladie d’Alzheimer). « Au sein de notre équipe de virologie cellulaire notre démarche est d’étudier des virus pour comprendre des mécanismes cellulaires en lien avec l’immunité » indique P. Lomonte, soulignant que les régions neuronales infectées peuvent elles-mêmes devenir le siège de l’inflammation. Or, il est pressenti que le Covid-19, tout comme la plupart des betacoronavirus apparentés, puisse infecter les neurones du tronc cérébral, et qu’une partie des symptômes soit due à la réponse inflammatoire associée…

A ce jour, près de 130 ans après la découverte du premier virus, la virologie constitue un des champs de recherche les plus foisonnants et les plus excitants, à la hauteur des fléaux qui ponctuent notre histoire. Celle-ci nous a enseigné que c’est grâce à des pionniers audacieux, des médecins novateurs et des chercheurs aventuriers que la médecine a réussi à repousser (jusqu’à présent) plusieurs pandémies. Dans la période d’incertitudes et de questionnements que nous traversons, ce dont nous pouvons être sûrs c’est que la compréhension des mécanismes, les hypothèses, les réponses et les solutions viendront de la combinaison de compétences de nombreux spécialistes et de la transdisciplinarité !

 

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          Encart 1

          Ils ont marqué le monde : les virus de…

  • la rage responsable de dizaines de milliers de morts chaque année dans le monde,
  • la variole, ou petite vérole, déclarée éradiquée depuis 1981, et dont seuls des échantillons sont conservés à des fins de recherche par des laboratoires habilités par l’OMS,
  • la fièvre jaune, qui refait son apparition dans certains pays africains, sud-américains et d’Asie du Sud-Est où la couverture vaccinale est faible,
  • la dengue, ou fièvre tropicale, qui s’inscrit aujourd’hui sur la liste des maladies réémergentes avec 500 000 cas de dengue hémorragique par an, mortels dans 2,5% des cas,
  • la poliomyélitequi fait l’objet d’un programme de surveillance mondiale puisqu’il reste endémique dans certains pays (Afghanistan, Pakistan), causant parfois le retour de la maladie par des virus sauvages importés,
  • la grippe (influenza), qui rien qu’en France, touche entre 2 et 8 millions de personnes, provoquant environ 10 à 15 000 morts chaque hiver,

    H1N1 influenza virus / Wikipedia

  • du Sida, ou syndrome d’immunodéficience acquise, correspondant au dernier stade de l’infection au VIH, contre lequel les multi-thérapies sont efficaces pour limiter la multiplication, mais sans guérison.

Et depuis quelques mois du nouveau Coronavirus SARS-Cov-2 (Covid-192, identifié en décembre 2019 en Chine), dont le réservoir est probablement animal. Même si le SARS-CoV-2 est très proche d’un virus détecté chez une chauve-souris, l’animal à l’origine de la transmission à l’Homme n’a pas encore été identifié avec certitude, plusieurs publications  suggérant qu’il pourrait s’agir du pangolin, petit mammifère consommé dans le sud de la Chine.

SARS ou SRAS en français : Syndrome Respiratoire Aigu Sévère

 

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          Encart 2

          Lyon place forte de l’industrie de la santé humaine et animale

Famille lyonnaise emblématique dans le monde de la santé et perpétuant la tradition biologique depuis 4 générations, la famille Mérieux est engagée depuis plus d’un siècle dans la lutte contre les maladies infectieuses, notamment à travers ses 3 sociétés bio-industrielles, dont la plus ancienne : bioMérieux. Fondée en 1963 par Alain Mérieux, et aujourd’hui dirigée par Alexandre Mérieux, le 3e de ses fils, bioMérieux est détenue à 60% par l’Institut Mérieux dont elle est la branche diagnostic, aux côtés de Mérieux NutriSciences dédiée à la sécurité alimentaire et à la nutrition, et Transgène spécialisée dans l’immunothérapie. Détenu à 100% par la Compagnie Mérieux Alliance, composée aux 2/3 par Alain et Alexandre Mérieux et à 1/3 par la Fondation Christophe et Rodolphe Mérieux (en hommage aux deux fils d’Alain Mérieux, frères aînés d’Alexandre, disparus tragiquement), l’Institut Mérieux a depuis son origine en 1897 la vocation de porter la vision de la biologie et de relever les nouveaux défis de santé publique mondiaux, fidèlement à l’idée de « bouclier sanitaire » chère à Charles Mérieux, visionnaire à l’origine de ce qui est aujourd’hui le Biodistrict de Gerland.

Lyon berceau de l’infectiologie et la vaccinologie / © Nathaly Mermet

« Pour être efficace, il faut travailler sans frontières ni entre le Nord et le Sud ni entre l’Homme et l’animal » a toujours soutenu Alain Mérieux, Président de la Fondation pour l’Université de Lyon de 2012 à 2015. Rappelant qu’en 1947 l’Institut de la Fièvre Aphteuse (laboratoire à l’origine de toute l’histoire de la vaccination à Lyon) avait été fondé par son grand-père Marcel Mérieux à côté des abattoirs de Gerland pour développer les premiers vaccins à partir d’épithélium de langue de bœuf, il souligne aussi que de nombreux virus ont toujours des réservoirs animaux (la chauve-souris pour le virus Ebola, par exemple). « Encore en 1959, le service était envahi par la poliomyélite et on trouve toujours le choléra au Bangladesh, la rage et le tétanos en Iran, etc.» pointe-t-il notant que l’extension du Laboratoire P4 en 2015 à Lyon témoigne de la préoccupation nationale d’être un acteur incontournable dans l’infectiologie mondiale.

La France est aujourd’hui le 1er pays européen et le 2e mondial en termes de R&D et de production de médicaments et de diagnostics vétérinaires, et notamment 4 entreprises françaises figurent parmi les 10 premiers laboratoires vétérinaires mondiaux : Boehringer Ingelheim (ex-Merial), Ceva, Virba et Vétoquinol.

Lyon-Jonage sera le plus grand site de production de vaccins contre la fièvre aphteuse. Erick Lelouch, pose de la 1re pierre le 19 spt. 2019 / ©Nathaly Mermet

Alain Mérieux, Président de l’Institut Merieux. Pose de la 1re pierre du site de production de vaccins, 19 sept 2019 / ©Nathaly Mermet

Après les tractations entre les géants Sanofi et Boehringer Ingelheim (BI) courant 2016, qui ont abouti à un échange des activités santé animale de Merial (du premier vers le second) contre celles de médication sans ordonnance, OTC (dans l’autre sens), Lyon a gagné un nouveau leader en santé animale : Boehringer Ingelheim (BI). Son centre opérationnel et de décision international est désormais localisé sur le Biodistrict Lyon-Gerland, en lieu et place de l’ancien siège de Merial qui devait devenir le siège mondial de Sanofi et Merial réunis. « Boehringer Ingelheim, déjà leader mondial sur les segments de marché porcs et chevaux, aspirait à élargir son spectre avec l’acquisition de Merial, alors leader mondial sur les segments de marché animaux de compagnie et volailles » indique Erick Lelouche, président de Boehringer Ingelheim Santé animale à Lyon (voir son portrait en encadré). BI Santé animale à présent n°2 mondial – derrière Pfizer – sur le marché de la prévention des maladies animales grâce aux vaccins et aux antiparasitaires est membre actif du HUB VPH, convaincu que la santé publique vétérinaire est un enjeu majeur. BI, qui représente 50 000 personnes dans le monde (dont 4000 issues de Merial), pèse 16 milliards d’euros, et entend faire de Lyon un centre stratégique majeur.

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Notes :

(1) La surveillance événementielle repose sur le réseau des vétérinaires praticiens qui doivent signaler le plus rapidement possible tout signe suspect chez un animal sensible à la FA

(2) Coronavirus infectious disease 2019

 

LLiens utiles

  • HUB_VPH (Veterinary Public Health) – Partenaires fondateurs : Aderly, Région Auvergne-Rhône-Alpes, BIOASTER, Boehringer Ingelheim, Institut Mérieux, Lyonbiopôle, Métropole de Lyon, Université de Lyon et VetAgro Sup et  associés : INRAE, ANSES du HUB VPH

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La méditation : à la croisée des neurosciences et de la psychologie | Un article Pop’Sciences

LLa méditation : à la croisée des neurosciences et de la psychologie | Un article Pop’Sciences

« Méditer c’est porter attention d’une certaine manière à l’instant présent, dans un état de non réactivité, non jugement,

en étant aussi sincère que possible » Jon Kabat Zinn

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Longtemps considérée comme un état rêveur, d’abandon de l’esprit, la méditation est aujourd’hui appréhendée avec beaucoup d’intérêt médical et de curiosité scientifique afin de tenter d’en percer les mystères.

Loin d’un état passif, il s’agit bien au contraire d’un état très actif de maîtrise de soi et de contrôle de son activité cérébrale. La méditation représente à présent une voie de recherche à part entière au sein du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (CRNL) – une chaire y est même consacrée depuis 2012 – et ouvre de nouvelles approches dans la prise en charge thérapeutique, en particulier de la douleur.

Pop’Sciences vous propose de méditer sur les aspects neuro-scientifiques et médico-psychologiques autour de la méditation.

Un article rédigé par Nathaly Mermet, Docteur en Neurosciences, journaliste scientifique & médicale, Lyon, pour Pop’Sciences – 27-03-2020

Inspirées de la pratique des moines bouddhistes, les techniques méditatives agissent non seulement sur le fonctionnement du cerveau, mais également sur la structure même de ce dernier, comme le met désormais en évidence l’imagerie par résonnance magnétique (IRM). De manière plus globale, l’impact clinique de la méditation se traduit par une diminution du stress, de l’inflammation, de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle (Crosswell et al. Psychoneuroendocrinology 2017) ; l’impact biologique se traduisant par une diminution du taux de biomarqueurs de l’inflammation (cytokines inflammatoires sanguines et cortisol salivaire (Black et al. Cancer 2017).

Parallèlement, une action épigénétique de protection des télomères est observée au niveau biomoléculaire (Conklin et al. Brain Behav Immun 2018), en phase avec l’effet « anti-vieillissement » de la méditation démontrée notamment par une étude pilote impliquant des chercheurs lyonnais (Chételat et al. Scientific Report, Nature.com 2017).  Parallèlement, l’imagerie fonctionnelle atteste d’une certaine plasticité cérébrale (Vignaud et al. Neurosci Biobehav Rev 2018).

La méditation validée par les neurosciences

Les travaux des chercheurs ont montré que lors d’un exercice de méditation, quatre réseaux neuronaux liés à l’attention sont successivement sollicités : le cortex sensori-moteur, le cortex antérieur, les régions pariétales et enfin le cortex préfrontal …et ce, dans un cycle répétitif pendant toute la durée de la séance.

R. Davidson, M. Ricard, A. Lutz / © Jeff Miller

« Grâce à des travaux d’imagerie sur le cerveau de moines bouddhistes comme Matthieu Ricard, nous avons pu démontrer que des exercices intensifs de méditation permettaient de soutenir l’attention et d’améliorer la vigilance cérébrale » rapporte Antoine Lutz, Directeur de recherche Inserm au sein du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (CRNL, équipe DYCOG) et parmi le premier à avoir entrepris des travaux dans ce domaine. Responsable du projet de recherche ERC Brain and Mindfulness, il dirige des travaux qui visent à étudier les processus expérientiels, cognitifs et neuronaux sous-tendant la pratique de la méditation de pleine conscience.

« Malgré son efficacité clinique, les mécanismes neurophysiologiques qui sous-tendent les pratiques méditatives sont toutefois explorés depuis peu et restent encore assez mystérieux » reconnaît-t-il.

Matthieu Ricard/ © Jeff Miller

C’est donc tout l’objet de l’ERC, à travers des protocoles expérimentaux empruntés aux neurosciences cognitives et affectives utilisant l’imagerie cérébrale (MEG, EEG intra-corticale et IRMfonctionnelle) que de mesurer la neuroplasticité des processus de régulation des émotions et du contrôle cognitif.

« Nous avons par exemple mis en évidence, en collaboration avec le laboratoire dirigé par Richard Davidson à l’université du Wisconsin (Madison, Etats-Unis) que le cerveau des méditants expérimentés était capable de traiter des informations bien plus rapidement qu’un cerveau de novice qui reste le plus souvent attaché à la première sollicitation (des enregistrements d’électrophysiologie montrent en effet un traitement des stimuli deux fois plus rapprochés que ne le fait un cerveau de novice).» explique t-il. L’imagerie cérébrale montre en effet que moins d’efforts sont nécessaires aux meilleurs méditants pour atteindre une grande concentration, et il se trouve que les régions cérébrales renforcées par la méditation sont aussi celles qui s’affaiblissent avec l’âge …d’où son effet « rajeunissant » probable sur le cerveau.

R.Davidson-M.Ricard_2016 / ©Mind & Life

Reste encore à élucider de nombreux bénéfices, notamment mais entre autres, en termes de cognition et de mémoire, y compris chez des personnes déjà affectées par des processus neuro-dégénératifs.

… Au secours de la douleur

Les psychothérapies basées sur la méditation dite de la « pleine conscience » sont de plus en plus utilisées pour réduire le stress, augmenter le bien-être et prévenir la rechute dans la dépression. Ainsi, la méditation trouve-t-elle progressivement sa place dans le domaine de la santé, et c’est dans la douleur chronique que ses bienfaits thérapeutiques sont principalement établis, en complément de la prise en charge pharmacologique …ou lorsque celle-ci est en échec.

Particulièrement investie contre la douleur [encart 1] , la Fondation APICIL a financé plusieurs projets parmi lesquels une expérimentation au CHU de Toulouse coordonnée par le Docteur Agnès Suc auprès d’adolescents douloureux chroniques. Responsable de l’équipe  » Douleur et soins palliatifs pédiatriques » elle déclare « nous avons été frappés par la façon dont les patients de 13 à 17 ans inclus, toutes pathologies confondues, ont joué le jeu tout au long d’un programme expérimental déroulé sur 8 semaines ». Inspirée d’une approche développée à l’Hôpital des Enfants à Toronto (Canada), l’expérimentation Peacefull consiste en un apprentissage de pleine conscience (séance hebdomadaire collective, exercice quotidien individuel de concentration, séance en mouvement) à l’interface entre les soins et la philosophie de vie. « C’est un bagage supplémentaire qu’ils acquièrent et qui leur servira le reste de leur vie » observe le Dr Suc.

Autre projet prometteur, celui de méditation de pleine conscience pour les patients en oncologie porté par Audrey Couillet, psychiatre responsable de l’unité de psycho-oncologie au Centre Léon Bérard à Lyon et dotée d’un diplôme universitaire de méditation. Ce projet Medipa fait l’objet d’une étude pilote de faisabilité, pour laquelle le protocole consiste à faire participer des groupes de patients à des séances de méditation de 2h30 pendant 2 mois à raison d’une séance par semaine, pendant ou dans les 6 mois suivant leur traitement oncologique.

« L’intérêt en cancérologie porte à la fois sur la douleur physique et la douleur morale » déclare t-elle.

Sur la première composante, la méditation ne supprime pas l’intensité de la douleur physique, mais elle permet de se distancier de son aspect inconfortable et déplaisant. Sur le volet psychique, grâce à une diminution du stress, de l’anxiété, de la fatigue et de la dépression (Schell et al, Cochrane Dat Syst Rev 2019) assortie d’une amélioration des capacités de « coping », à savoir des facultés à « faire face » à une situation (Ott Integrative Cancer Therapies 2006), du sommeil et de la qualité de vie.

Pour autant « il ne faut pas considérer la méditation comme un outil magique, adapté en toutes circonstances. Il est important que les personnes fragiles sur le plan psychiatrique bénéficient d’abord d’une prise en charge spécialisée, car la méditation pourrait entraîner une recrudescence de leurs angoisses » met en garde Audrey Couillet.

Il s’agit en effet d’une pratique exigeante qui demande discipline et assiduité afin d’atteindre l’état de méditation de pleine conscience sur le moment présent. « Pour le patient, l’apprentissage de cet outil permet de révéler des ressources intérieures non sollicitées jusque là, d’appréhender l’incertitude, de gérer ses inquiétudes, de renforcer la confiance en soi et de travailler sur les troubles de l’image du corps » rapporte t-elle eu regard des premiers retours d’expérience.

Méditer en pleine conscience …un art de vivre pour tous ?

©Ramon Carretero

« La méditation est un outil pertinent tant pour les patients souffrant d’un syndrome anxio-dépressif que pour le personnel soignant lui-même, à la fois dans un contexte de prise en charge empathique que de prévention du burn-out » souligne Audrey Couillet.  S’agissant d’un entraînement mental visant notamment à la transformation de soi, de l’expérience consciente et au développement d’un bien-être durable, l’expérience de méditation peut d’ailleurs selon elle (et selon de nombreux défenseurs de cette pratique) bénéficier à tout un chacun comme un outil de mieux-être. « C’est un entraînement mental comme l’est une pratique sportive » affirme t-elle, rappelant les différents « degrés » de méditation [encart 2], accessibles selon les aptitudes, motivations et entraînement de chacun (de la méditation formelle dans le silence au yoga, en passant par la marche méditative).

Au-delà des applications thérapeutiques, les nombreuses études expérimentales de la méditation ouvrent un pan entier d’explorations afin de mieux comprendre les pratiques qui cultivent intentionnellement la méta-cognition, le recentrage dans le moment présent ou encore l’ouverture à l’expérience. Outil prometteur, insoupçonné il y a encore quelques décennies en Occident, la méditation sera peut-être dans l’avenir l’allié de plus fiable de notre santé et notre bien-être, permettant à chacun d’aller chercher les ressources les plus profondes en lui-même.

Affaire à suivre…

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Encart 1

La Fondation APICIL lutte contre la douleur

Nathalie Aulnette/ ©Fondation APICIL

La lutte contre la douleur est depuis 16 ans le leitmotiv de la Fondation APICIL, dont les actions vont du financement de formations à l’hypnose à celui du développement d’outils de diagnostic et de travaux de recherche clinique, en passant par des projets, de plus en plus nombreux, visant à explorer les bénéfices de la méditation pour des patients douloureux chroniques. « Depuis sa création en mars 2004 la Fondation APICIL a financé plus de 750 projets afin d’améliorer la prise en charge de la douleur des patients, des proches et des soignants sur l’ensemble du territoire français, pour un total de 10 millions d’euros » indique Nathalie Aulnette, directrice de la Fondation, rappelant que le « cœur du réacteur » est le conseil scientifique qui assure la qualité de la sélection des projets retenus et financés.

« De plus en plus de projets autour d’initiatives non médicamenteuses sont soumis à la Fondation APICIL, d’où l’importance de pouvoir les comprendre et les évaluer » confirme le Dr Béatrice Paquier, médecin anesthésiste de formation et pour qui la médecine complémentaire s’est imposée depuis longtemps à travers la pratique de l’hypnose, l’auriculothérapie et l’acupuncture. Exerçant en cabinet au sein du Centre Ambroise Paré ainsi que dans le Service Douleur de l’Hôpital de la Croix-Rousse, le Dr Paquier a rejoint depuis 2018 le conseil scientifique de la Fondation APICIL auquel elle apporte ses éclairages.  « Lorsque j’ai découvert la méditation dans le Bouddhisme zen Soto au Japon il y a 20 ans, cela a apporté une 3e dimension dans les soins que je prodiguais alors en oncologie au sein du Centre Léon Bérard à Lyon » se souvient-elle. La pratique de la méditation a transformé mon chemin professionnel, je l’intègre chaque jour dans mes consultations, pour mes patients, et en particulier autour de l’hypnose. Selon elle, l’hypnose a pris son essor lorsque l’on a compris comment elle fonctionnait, et la méditation va s’imposer de la même manière dans les pratiques thérapeutiques. « L’auto-hypnose peut activer certaines aires du cerveau parfois proches de celles en jeu de la méditation, mais pour cette dernière l’objectif n’est pas d’activer son imaginaire. Au contraire, il ne faut pas accrocher ses pensées, se placer dans l’observation de ce qui est, sans jugement » souligne t-elle.

Parmi les projets soutenus dédiés à la méditation :

> Un travail de recherche portant sur L’impact de la méditation de pleine conscience sur l’anticipation, l’expérience et la rémanence de la douleur (financement pendant 6 mois d’un post-doc sous la direction du Dr Antoine Lutz).

> Le colloque Méditation, Santé, Soignants organisé le 17 janv. 2020 à Lyon par les HCL, l’Inserm, l’Université Claude Bernard Lyon 1 et I-Medit.

>  Une expérimentation au CHU de Toulouse coordonnée par le Dr Agnès Suc auprès d’adolescents douloureux chroniques, suivie de la réalisation d’un film.

>  Le projet Méditation de pleine conscience pour les patients en oncologie porté par Audrey Couillet au sein du Centre Léon Bérard (CLB).

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Plusieurs formes de méditation sont distinguées :

• Pratique de concentration (Shamatha)

• Méditation sur la pleine conscience (Vipashyana). Littéralement «voir les choses telles qu’elles sont réellement», cette technique ancestrale indienne fondée sur la respiration concentre ses effets sur l’attention.

• Méditation sur la compassion altruiste, la position de bienveillance, le non-jugement

L’ensemble des pratiques visent à développer le contrôle de l’attention et la régulation des émotions, et ouvre un chemin vers une compréhension profonde de notre vraie nature.

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LLiens utiles

PPour aller plus loin

  • Screening, Assessment, and Care of Anxiety and Depressive Symptoms in Adults With Cancer : An American Society of Clinical Oncology Guideline Adaptation. Andersen, B. L., DeRubeis, R. J., Berman, B. S., Gruman, J., Champion, V. L., Massie, M. J.,Rowland, J. H. (2014).  Journal of Clinical Oncology, 32(15), 1605–1619
  • Mindfulness practice reduces cortisol blunting during chemotherapy : A randomized controlled study of colorectal cancer patients. Black, D. S., Peng, C., Sleight, A. G., Nguyen, N., Lenz, H.-J., & Figueiredo, J. C. (2017).  Cancer, 123(16), 3088–3096
  • Insight meditation and telomere biology : The effects of intensive retreat and the moderating role of personality. Conklin, Q. A., King, B. G., Zanesco, A. P., Lin, J., Hamidi, A. B., Pokorny, J. J., … Saron, C. D. (2018). Brain, Behavior, and Immunity, 70, 233–245
  • Effects of mindfulness training on emotional and physiologic recovery from induced negative affect. Crosswell, A. D., Moreno, P. I., Raposa, E. B., Motivala, S. J., Stanton, A. L., Ganz, P. A., & Bower, J. E. (2017).  Psychoneuroendocrinology, 86, 78–86
  • Au cœur de la tourmente, la pleine conscience. Kabat-Zinn J. (2009). J’ai lu Bien-être 1990, traduction De Boeck SA; 794 p
  • Mindfulness Meditation for Oncology Patients : A Discussion and Critical Review. Ott, M. J., Norris, R. L., & Bauer-Wu, S. M. (2006). Integrative Cancer Therapies, 5(2), 98–108
  • Mindfulness-based stress reduction for women diagnosed with breast cancer. Schell, L. K., Monsef, I., Wöckel, A., & Skoetz, N. (2019). The Cochrane Database of Systematic Reviews, 3, CD011518
  • Neural effects of mindfulness-based interventions on patients with major depressive disorder : A systematic review. Vignaud, P., Donde, C., Sadki, T., Poulet, E., & Brunelin, J. (2018).  Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 88, 98–105