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Quelle place pour la biodiversité dans l’Anthropocène ?

QQuelle place pour la biodiversité dans l’Anthropocène ?

Cours public du biologiste Bernard Kaufmann

Parmi les phénomènes majeurs de l’anthropocène, la destruction de la biodiversité – par la conversion des espaces naturels, intensification agricole, changements climatiques, polluants, prélèvements, transports d’espèces invasives – représente le plus important impact de l’activité humaine sur le fonctionnement planétaire, à l’égal des 5 événements d’extinctions de masse détectés dans le registre fossile.

Le cours questionne le déclin de la biodiversité, l’importance de la diversité des gènes, des espèces et des communautés pour le fonctionnement des écosystèmes, ainsi que la place à donner à la biodiversité, en particulier au cœur de l’anthropocène urbain.

Intervenant : Bernard Kaufmann, maître de conférences en biologie de l’Université Claude Bernard Lyon 1

 

 

 

Au programme :

  • 1re séance : La biodiversité en crise – de la catastrophe annoncée aux solutions de voisinage.
  • 2e séance : Biodiversité, vivant et nature, services écosystémique et solutions fondées sur la nature : des concepts au terrain.
  • 3e séance : La crise de la biodiversité : est-ce si grave ?
  • 4e séance : Bouger, évoluer ou périr.
  • 5e séance : La crise de la biodiversité, les clés de l’action.

>>> Retrouvez les 5 séances du cours public 2022 de l’École urbaine de Lyon :

École urbaine : cours publics 2022

 

Les insectes : pourquoi faut-il les protéger ? | Un article Pop’Sciences

LLes insectes : pourquoi faut-il les protéger ? | Un article Pop’Sciences

Ils seraient plus de 5 millions d’espèces sur notre planète, dans les sous-bois, les plaines, les déserts, et même les océans. Ces animaux si discrets qu’on les oublierait presque, ce sont les insectes. Mais à quoi servent-ils ? Quelles interactions ont-ils avec notre environnement et avec l’espèce humaine ? Et en quoi nos activités les impactent-ils en retour ?

Un article de Samantha Dizier, journaliste scientifique
pour Pop’Sciences – 30 mars 2022

Alors que le nombre d’espèces d’insectes est estimé entre 5 et 10 millions, nous n’en connaissons seulement qu’un million d’entre elles1. Et on les retrouve dans tous les milieux et les écosystèmes : des profondeurs des océans jusqu’à l’aridité des déserts. Ces champions de l’adaptation ont donc un rôle à jouer partout sur notre planète.

Une de leur fonction principale est de servir de nourriture à d’autres espèces. Ils font ainsi partie de ce qu’on appelle la chaîne trophique, un ensemble de chaînes alimentaires reliées entre elles et dans lesquelles circulent de la matière et de l’énergie. Les insectes servent ainsi à l’alimentation des oiseaux, des batraciens, des araignées. « Ils ont un rôle fondamental, car ils contribuent à la survie d’un grand nombre d’espèces différentes », explique Emmanuel Desouhant, professeur au Laboratoire de Biométrie et de Biologie Evolutive de Lyon.

Des piliers de notre agriculture

Via leurs rôles dans l’écosystème, les insectes vont également rendre des services directement à l’espèce humaine, des services écosystémiques. Le plus connu d’entre-eux est alors la pollinisation. Dans le monde, près de 90 % des plantes à fleurs sont pollinisées par des insectes, tels que les abeilles. En Europe, ce sont également 84 % des cultures qui sont dépendantes de la pollinisation. Une étude de 2015 a démontré que le déclin des pollinisateurs pourrait avoir des graves conséquences sur notre santé, avec notamment une diminution de la diversité alimentaire, entraînant des déficits en nutriments2. Ils ont ainsi un rôle prépondérant dans notre alimentation. D’autant plus avec l’émergence de nouvelles utilisations de ces espèces comme source de nourriture pour les animaux d’élevage, mais aussi pour l’Homme.

Et la pollinisation n’est pas leur seul rôle de soutien pour notre agriculture. Les insectes peuvent aussi nous apporter des services de lutte biologique. Certains vont pouvoir défendre nos cultures contre les insectes ravageurs. « Ces insectes, nommés agents de lutte biologique, vont tuer les insectes ravageurs soit par prédation, soit en pondant leurs œufs à l’intérieur de leurs corps », explique Emmanuel Desouhant. Cela peut alors permettre de s’affranchir de pesticides ou de produits phytosanitaires, un exemple emblématique étant la coccinelle prédatrice des pucerons.

Bousier © Pixabay

Une autre fonction des insectes, qui est moins mise en lumière, mais tout aussi utile est leur rôle de nettoyage. Les insectes dits détritivores contribuent notamment au recyclage de la matière organique, issue des cadavres ou des excréments. Leur rôle est alors sanitaire en évitant la prolifération des bactéries. Cette fonction est aussi liée à un autre rôle encore plus méconnu : celui de la régénération des sols. « Un bon exemple est celui du bousier, raconte Emmanuel Desouhant. Il utilise les excréments pour en faire des boules de matières fécales qu’il va enfouir dans le sol et dans lesquelles les femelles vont pondre. Ce simple acte, lié à la reproduction d’une seule espèce d’insecte, va avoir trois conséquences pour son écosystème. Cet enfouissement contribue à l’aération des sols. Il va également entraîner l’enfouissement de graines, permettant la régénération des plantes. Et cet apport en matière organique va contribuer à la nutrition des sols. »

Plus sensibles au réchauffement climatique

Ces espèces sont donc des piliers fondamentaux de nos écosystèmes et sont en constante interaction avec l’ensemble de leurs composantes . Ils sont ainsi d’autant plus touchés par les activités humaines. Notre système agricole et l’aménagement des territoires entraînent la disparition de nombreux habitats naturels. En 2019, une étude internationale a constaté que 40 % des espèces d’insectes seraient sur le déclin3. La principale source de ce déclin serait dû à la perte de leurs habitats. L’utilisation de produits de traitement dans les cultures est également une cause importante de mortalité de population d’insectes.

La mondialisation peut aussi être un facteur important de modification des populations, avec l’apparition d’espèces invasives : « Avec l’augmentation de la circulation des biens et des Hommes, de plus en plus d’espèces exotiques arrivent dans des pays où elles n’étaient pas présentes et y prolifèrent, n’ayant pas d’ennemis naturels dans ces nouveaux milieux », analyse Emmanuel Desouhant. De nombreux exemples peuvent être cités, tels qu’une petite mouche invasive venant d’Asie, Drosophila suzukii, qui ravage les plantations de fruits rouges.

Drosophila suzukii © LBBE

Le changement climatique est également dévastateur au sein de ces espèces. « Les insectes sont des ectothermes, souligne Emmanuel Desouhant. Ils n’ont pas de régulation interne de leur température et sont donc soumis aux variations thermiques externes. Ils sont ainsi d’autant plus sensibles au réchauffement climatique. » De plus, ils voient leurs sources de nourriture être directement touchées par les modifications du climat. Le changement climatique entraîne la mort d’un grand nombre de plantes, bouleversant directement les insectes se nourrissant de celles-ci, les phytophages. Cela peut alors soit être une cause de mortalité, soit de dispersion des populations. On observe ainsi de nombreuses espèces migrer vers de latitudes de plus en plus hautes, telles que Aedes albopictus, mieux connu sous le nom de moustique tigre. Cette sensibilité au réchauffement climatique peut expliquer que le taux d’extinction des insectes est huit fois plus élevé que chez les mammifères, les oiseaux ou les reptiles. La biomasse d’insectes diminue alors de 2,5 % par an depuis 30 ans3.

Des répercussions en chaîne

Ces disparitions causent des réactions en chaîne, et de nombreuses disparitions d’espèces d’oiseaux, de reptiles ou d’amphibiens sont imputables aux disparitions d’insectes. « Certaines espèces d’oiseaux synchronisent leurs pontes avec la période où on observe la plus forte abondance des larves d’insectes », donne en exemple Emmanuel Desouhant. Si cette réserve alimentaire est faible, la mortalité des juvéniles en sera d’autant plus importante. La diminution des pollinisateurs peut également mettre en péril certaines de nos cultures. Les conséquences sont alors aussi multiples que le rôle que jouent ces espèces dans nos environnements.

Les insectes ne doivent ainsi pas être oubliés dans nos actions de protection de l’environnement. Ces maillons essentiels du bon fonctionnement de nos écosystèmes doivent être protégés au même titre que des espèces plus emblématiques comme l’ours polaire ou le thon rouge. Cette protection passe par la protection de leurs habitats, la diminution des sources de pollution ou d’utilisation de produits phytosanitaires. « Cela doit également passer par l’éducation, rappelle Emmanuel Desouhant. Nous devons apprendre très tôt à vivre avec les insectes, ou en tout cas à les reconnaître comme des partenaires dans le maintien de la biodiversité. »

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Notes

  1. Nigel E. Stork, How Many Species of Insects and Other Terrestrial Arthropods Are There on Earth?, Annual Review of Entomology, 2018, 63:31–45.
  2. Matthew R. Smith et al., Effects of decreases of animal pollinators on human nutrition and global health: a modelling analysis, The Lancet, 2015, 386: 1964–7.
  3. Francisco Sánchez-Bayo et al., Worldwide decline of the entomofauna: A review of its drivers, Biological Conservation, 2019, 232:8-27.

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Savane africaine : un monde en mutation

SSavane africaine : un monde en mutation

Partout sur la planète, l’environnement change à une vitesse sans précédent, bouleversant l’équilibre du vivant. Embarquez pour un voyage au cœur de la savane africaine, à la rencontre des grands carnivores, et découvrez comment ces communautés s’adaptent au changement global.

Cette conférence de Marion Valeix, chargée de recherche CNRS au Laboratoire de Biométrie et Biologie Évolutive, est proposée par le CNRS et le musée des Confluences dans le cadre de l’Année de la Biologie.

  • Entrée libre et gratuite
  • À partir de 12 ans
  • Conférence également accessible en direct sur Facebook et Youtube

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Risque climatique : quel avenir pour nos montagnes ?

RRisque climatique : quel avenir pour nos montagnes ?

Le territoire de montagne est en première ligne face au changement climatique. “Sentinelle” des effets de celui-ci, il est le témoin des changements à venir : la hausse des températures y est deux fois plus importante que la moyenne nationale.

Si les risques climatiques ont des effets sur la vie économique et sociale de ses populations, ils constituent une menace pour ses habitats naturels. Le cas le plus emblématique concerne les activités de tourisme hivernal qui sont menacées par le changement climatique alors qu’elles constituent une source primordiale de revenu pour ses habitants.
Nouveau mal des montagnes, ce phénomène nous oblige donc à repenser notre manière d’habiter la montagne.

Organisée par : Master 2 des risques environnementaux (Universités Lumière Lyon 2 et Jean Moulin Lyon 3, École Centrale de Lyon, ENTPE).

Pour en savoir plus :

Risque climatique

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L’océan de l’anthropocène | conférence de Catherine Jeandel

LL’océan de l’anthropocène | conférence de Catherine Jeandel

L’océan, qui donne à notre planète sa couleur bleue lorsqu’on la regarde depuis l’espace, subit de plein fouet l’impact des activités humaines. L’augmentation de l’effet de serre réchauffe l’atmosphère, mais plus de 90% de l’énergie en excès émise par ces activités est encaissé par l’océan et perturbe la circulation océanique. Dilatation et fonte des glaces continentales induisent une montée progressive du niveau de la mer.

L’augmentation de CO2 atmosphérique a une autre conséquence, moins perceptible, mais tout aussi inquiétante : l’acidification des eaux de surface avec des effets potentiellement dramatiques sur planctons et organismes à coquille calcaire (coraux et huitres, par exemple).

La conférence fait le point sur l’état des connaissances concernant ces questions relatives au changement climatique et à la pression de l’humanité, souvent résumée sous le terme d’Anthropocène. Un zoom sur la Méditerranée est proposé.

La conférence a eu lieu le 7 octobre 2021 à l’Université Claude Bernard Lyon1, dans le cadre de la Rentrée Anthropocène #2021.

Intervenante : Catherine Jeandel, océanologue au CNRS  >> Consulter sa biographie

>> Regarder la vidéo :

En savoir plus :

École urbaine de Lyon

 

Espèces de climat !

EEspèces de climat !

La BU Lyon 1 vous propose une exposition en ligne sur les conséquences du changement climatique sur la biodiversité animale.

Explorez les contenus que les chercheurs et la BU Lyon 1 ont préparé pour vous !

Vous pourrez :

  • Plonger dans la lagune tropicale de Cerin, à 80 km de Lyon, il y a 150 millions d’années.
  • Faire un très grand retour en arrière et découvrir la faune d’Amérique du Nord et les mammifères du grand froid.
  • Suivre des insectes et découvrir leur adaptation aux nouvelles conditions climatiques.
  • Vous rendre dans les Alpes pour suivre une famille de marmottes.
  • Partir en Afrique à la rencontre des éléphants, des gnous et des lions et comprendre comment ils font face aux modifications de l’écosystème.
  • Et comprendre les conséquences des bouleversements climatiques du climat sur la faune.

 

Visitez l’exposition virtuelle !

(cliquez sur l’image ci-dessous)

 

BIBLIOTHÈQUE UNIVERSITAIRE LYON 1

A l’École de l’Anthropocène 2021 : les vidéos et podcasts

AA l’École de l’Anthropocène 2021 : les vidéos et podcasts

Revivez l’intégralité de la grande semaine de réflexion qui a eu lieu début janvier 2021 : débats sur le changement global et les mondes urbains anthropocènes !

Retrouvez les vidéos et podcasts des débats, cours publics, ateliers, portraits d’espaces, book-club et émissions de radios sur le site dédié :

A l’école de l’anthropocène

 

 

Urbanisme et changement climatique, bâtir des ponts entre sciences

UUrbanisme et changement climatique, bâtir des ponts entre sciences

A quoi ressembleront nos villes à l’été 2100 ? Verrons-nous les centres-villes complètement désertés en raison de trop fortes températures dues aux vagues de chaleur et aux îlots de chaleur urbains ? Dans un scénario plus optimiste, nos villes auront peut-être trouvé un meilleur équilibre entre urbanisme, qualité de vie et environnement.

C’est justement dans le sens de ce deuxième scénario que travaille Lucie Merlier. Enseignante-chercheuse au laboratoire CETHIL, elle mène des recherches en lien avec les problématiques environnementales dans le domaine du bâtiment et de la ville.

Lire l’article sur Sciences pour tous 

Que sait-on de la biodiversité aujourd’hui ?

QQue sait-on de la biodiversité aujourd’hui ?

Public : Dès 11 ans

Deux chercheurs, Gilles Escarguel et Bastien Boussau expliquent les causes et les conséquences de la catastrophe écologique qui s’annonce.

Environ 20.000 espèces ont déjà disparu, soit un peu plus de 1% de toutes les espèces connues. Au cours des 50 dernières années, les effectifs des populations d’animaux vertébrés ont décliné en moyenne de 68%. Aujourd’hui, l’humanité, par sa présence et ses activités, menace d’extinction à très court terme environ un demi-million d’espèces dont la perte altérera profondément et durablement le fonctionnement de la biosphère.

 

Retrouvez l’enregistrement de la conférence :

Cette conférence s’inscrit dans le cadre de la Fête de la Science 2020.

Elle s’intègre à la programmation de l’exposition virtuelle Espèces de climat !

 

 

BIBLIOTHÈQUE UNIVERSITAIRE LYON 1

Retrouvez les autres activités de la Fête de la science 2020 à revivre depuis chez vous

Changement climatique et santé environnementale font-ils bon ménage ? | Un article Pop’Sciences

CChangement climatique et santé environnementale font-ils bon ménage ? | Un article Pop’Sciences

L’environnement est l’un des principaux déterminants de la santé des populations : on estime que 24 % des maladies dans le monde et 23 % du nombre total de décès sont attribuables à des facteurs environnementaux. En effet, les milieux qui nous entourent (eau, air, agents physiques, résidus de produits chimiques, qualité des aliments ou des sols, etc.) agissent quotidiennement sur notre santé. Au même titre que santé humaine et santé vétérinaire sont indissociables, la santé environnementale1 est déterminante pour chacune. C’est le concept de One Health.

Mais en quoi le changement climatique a t-il spécifiquement une incidence sur cette santé globale?

Un article rédigé par Nathaly Mermet, Docteur en Neurosciences, journaliste scientifique & médicale, Lyon, pour Pop’Sciences – 29-06-2020

A. Cohas / © CNRS

Parmi les premières choses qui viennent à l’esprit en essayant de répondre à cette question, on pense au recul de l’habitat côtier si les glaciers fondent et les eaux montent. Également à la modification de répartition d’espèces comme des moustiques vecteurs de certains virus, tel le moustique Tigre dont l’extension progresse sous nos latitudes de partout dans le monde2. Ou encore le dégel du permafrost, cette couche de sol gelée qui recouvre 25% des terres émergées de l’hémisphère Nord qui s’avère être une véritable menace pour l’humanité. Outre la libération de gaz à effet de serre (liée à l’accessibilité de la matière organique pour les microorganismes qui la consomment et les relarguent) et de mercure, toxique pour les populations,  la fonte du permafrost libère aussi des glaces, entre autres, des bactéries et des virus anciens. La réactivation de ces derniers peut être dangereuse et même mortelle, à l’instar des carcasses de rennes dégelées en Sibérie qui s’avèrent être à l’origine de contaminations au bacille de charbon3.

Étangs permafrost de dégel sur les tourbières dans la baie d’Hudson, au Canada en 2008. [Source : Steve Jurvetson / Wikimedia Commons ]

A côté de ces conséquences spectaculaires ou exotiques, on pense en revanche moins à des effets plus “ terre à terre “, mais qui nous touchent beaucoup plus directement, comme la pollution de nos habitats. « L’air intérieur est souvent plus contaminé que l’air extérieur » rappelle André Cicolella, chimiste toxicologue, ancien conseiller scientifique à INERIS et Président de Réseau Environnement santé [voir biographie ci-contre], expliquant que l’augmentation de température liée à la crise climatique engendre, notamment, une recrudescence d’émission de phtalates qui se volatilisent des sols en PVC sous l’effet de la chaleur. Or, les sols en PVC représentent 16% de l’habitat individuel et 60% de l’habitat collectif (hôpitaux, crèches, écoles, salles de sport, etc.) et sont composés pour 20 à 40% de phtalates qui en sont ainsi le premier constituant toxique ! « Les études épidémiologiques montrent un lien fort entre une exposition aux phtalates en début de grossesse et l’asthme de contact chez l’enfant » rapporte A. Cicolella, citant aussi que le taux d’asthme a doublé en 20 ans avec un lien établi entre l’asthme de l’enfant et sol en PVC de la chambre des parents, indiquant la contamination des parents. En effet, les phtalates sous forme solide dans les PVC, une fois volatilisés sous l’effet de la chaleur, se condensent ensuite en poussières qui se dispersent dans tout l’habitat.

D’ailleurs  « les perturbateurs endocriniens, issus pour la plupart de composés chimiques et dont le relargage est boosté par l’augmentation de température, sont très sous-estimés autant dans les maladies respiratoires que dans les maladies métaboliques, l’obésité, les cancers hormone-dépendants, les troubles du comportement et les troubles de la reproduction » indique A. Cicolella.

Qu’entend-t-on par santé environnementale ?

Selon la définition officielle de l’OMS (Conférence d’Helsinki, 1994) « La santé environnementale comprend les aspects de la santé humaine, y compris la qualité de la vie, qui sont déterminés par les facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, psychosociaux et esthétiques de notre environnement. Encore plus largement “elle concerne également la politique et les pratiques de gestion, de résorption, de contrôle et de prévention des facteurs environnementaux susceptibles d’affecter la santé des générations actuelles et futures ».

Plus simplement, la santé environnementale est la prise en compte de l’impact des polluants (au sens large) sur la santé, qu’ils soient locaux ou globaux. Par exemple, la considération de la qualité de l’air intègre tant l’aspect de l’air intérieur que l’aspect atmosphérique planétaire avec les conséquences du réchauffement climatique.

Quel impact du changement climatique sur la santé environnementale ?

E-NOR-ME ! Parmi les conséquences attendues dont les chercheurs sont désormais certains4 : la hausse du nombre de cas annuels de décès ou d’hospitalisations causés par des coups de chaleur (sans même parler de canicules), aussi bien dans les pays riches que pauvres; l’extension géographique des maladies infectieuses vectorielles (ou de leurs vecteurs, comme par exemple avec le paludisme d’altitude) ; l’augmentation des épidémies de choléra sur les régions côtières en lien avec El Niño ; la hausse du prix des denrées alimentaires aboutissant à des privations dans les foyers précaires, etc. D’après Emmanuel Drouet, Dr en Pharmacie, Pr à l’Université Grenoble-Alpes et Enseignant-Chercheur à l’Institut de Biologie Structurale [voir biographie ci-contre] « les changements climatiques généreront entre 2030 et 2050 près de 300 000 décès supplémentaires par an, en accroissant la malnutrition et la sous-alimentation des enfants, les maladies transmises par des insectes, les diarrhées et les stress liés à la chaleur ».

Dans l’Encyclopédie de l’Environnement, il explique qu’aux influences des changements climatiques sur la santé, multiples et liées, s’ajoutent aussi les migrations de populations fuyant des modifications profondes de leur cadre de vie (diminution des rendements agricoles, inondations, etc.). « Près de 250 millions de « réfugiés climatiques » sont attendus à l’horizon 2050  » déclare-t-il.

Nombreuses sont aussi les espèces animales pour lesquelles la survie et la reproduction des individus sont affectées par les changements climatiques, avec de fait des conséquences directes sur la dynamique des populations. D’où l’intérêt de comprendre les mécanismes physiologiques et comportementaux à l’échelle individuelle afin d’expliquer les changements observés au niveau des populations [ENCART].

Projet Marmottes – A. Cohas / © CNRS

C’est notamment l’objet des recherches menées au sein du Laboratoire de biométrie et biologie évolutive (LBBE), où l’on étudie à la fois les interactions Homme-Nature en lien avec épidémies et les adaptations de différentes espèces, parmi lesquelles les marmottes en montagne. « Il s’agit d’une espèce hyper-spécialisée dans sa niche et qui n’aime pas beaucoup le changement » résume Aurélie Cohas [voir biographie ci-contre], dont le travail de recherche porte sur le comportement des marmottes alpines entre 1400 (Lautaret) et 2600 mètres (col du Galibier) d’altitude. « La marmotte se nourrit de plantes dicotylédones largement répandues, donc n’est pas trop affectée par l’adaptation des espèces végétales aux changements climatiques » précise-t-elle, mais ceux-ci ont de multiples répercussions sur la distribution, l’effectif et les performances de nombreuses populations animales.

Alors que plusieurs études réalisées chez les oiseaux ont mis en évidence des changements adaptatifs, souvent à travers une plus grande précocité des périodes de reproduction, les exemples sont plus rares chez les mammifères. D’où l’intérêt de comprendre quels facteurs climatiques affectent la vie d’espèces comme la marmotte alpine afin de prédire le devenir de certaines populations animales.

Une crise écologique aux multiples facettes

Selon André Cicolella « la crise climatique, sanitaire, de la biodiversité et l’épuisement des ressources sont les 4 volets de la crise écologique, tous étant des conséquences de l’activité humaine ». Ce qui semble “évident” c’est que le changement climatique aura des répercussions très négatives sur la santé et que les effets du changement global les accentueront. « La population humaine est confrontée à une épidémie mondiale de maladies chroniques qui fait le lit de nombreuses autres pathologies » expliquait-t-il déjà en 2013 dans son livre Toxique planète, Le scandale invisible des maladies chroniques. Les chiffres sont éloquents : deux fois plus de morts qu’il y a 15 ans sont liés à l’environnement, les maladies cardiovasculaires en France ont été multipliées par un facteur de 2,7 dans le même temps, faisant passer le nombre de nouveaux cas de 197 000 à 532 000 au niveau national, et, en Auvergne-Rhône-Alpes, de 22 400 à 62 100 dont l’insuffisance cardiaque progressant d’un facteur 3,5 (de 7200 à 25 100). Le diabète a doublé pendant cette période.

Les effets climatiques sur les maladies infectieuses sont certes plus complexes à évaluer que, par exemple, l’impact de la canicule de l’été 2003 sur l’excès de mortalité en Europe (pour mémoire 70 000 décès sur le seul mois d’août), mais les entomologistes s’accordent à dire que l’élargissement des zones chaudes et humides à la surface du globe décuplerait les populations d’insectes vecteurs de virus4. « Il y a une interaction de multiples facteurs, mais schématiquement le réchauffement climatique “remonte” des maladies infectieuses de zones tropicales vers les zones tempérées » souligne A. Cicolella, reprenant le cas du moustique tigre dont l’extension symbolise le bouleversement des écosystèmes et le fait que tel ou tel vecteur disparaissant, de nouvelles espèces réservoir sont recherchées.

Implantation du moustique Tigre en France métropolitaine / Source : portail information Moustique tigre

« La progression des épidémies infectieuses, comme par exemple la maladie de Lyme véhiculée par certains tiques, rappelle l’enjeu de la déforestation qui accélère le phénomène » alerte-t-il. Selon lui, les virus vont être de plus en plus nocifs, à l’instar du SARS-Cov-2 qui déclenche une tempête inflammatoire, particulièrement délétère quand elle “frappe” sur un terrain fragilisé par une maladie chronique. Notons en effet que si les personnes souffrant d’obésité représentent 15% de la population adulte en France, leur proportion est de 25% en hospitalisation et 35% en réanimation dans le contexte de la Covid-19. Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes. « Il faut vraiment prendre conscience de l’épidémie mondiale de maladies chroniques » appelle-t-il de ses vœux, notant que les crises ont “l’avantage” de mettre en exergue les dangers, mais aussi les opportunités.

Ainsi, une épidémie peut en cacher une autre, et l’ampleur de la pandémie Covid-19 s’appuie sur l’épidémie de maladies chroniques. Selon lui, « si on n’intègre pas la santé dans la crise écologique, elle servira de variable d’ajustement, et il faut comprendre que la santé humaine dépend de la santé environnementale » prévient-il.

Côté impact économique, la note est salée aussi : le coût estimé des dommages sur la santé causés directement par les changements climatiques serait de l’ordre de 2 à 4 milliards de dollars par an d’ici 20304. Retenons aussi qu’en travaillant à réduire les expositions environnementales et ses conséquences, la santé environnementale s’inscrit principalement dans le champ de prévention primaire.

 

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          Encart

          Le lien entre santé et environnement à la loupe

Nombreux sont les laboratoires rattachés à l’Université de Lyon à mener des recherches sur différents aspects de la santé environnementale.  Parmi ceux-ci :

  • Le Laboratoire d’Ecologie des Hydrosystèmes Naturels Anthropisés (LEHNA, UMR5023), rattaché à l’Institut d’écologie et environnement (IEE) et qui travaille sur la biodiversité, l’évolution et les adaptations biologiques des éco-systèmes, ce depuis les macromolécules jusqu’aux communautés. Ainsi, les travaux menés concernent autant l’étude de la végétation en zones humides, les espèces “invasives », les contraintes physiques sur les plantes (notamment hydrodynamiques) que l’impact des polluants, la paléoécologie ou encore la conservation de la biodiversité avec, par exemple, l’impact de la pollution lumineuse sur les espèces.
  • Le Laboratoire de biométrie et biologie évolutive (LBBE) où l’on étudie notamment les interactions Homme-Nature en lien avec les épidémies, ainsi que les adaptations de différentes espèces telles que  les marmottes en montagne.
  • Le laboratoire TRIANGLE dont les recherches portent sur l’analyse politique et socio-économique des modèles de sociétés.
  • Le laboratoire Environnement, Ville et Société (EVS) en lien avec l’Ecole urbaine de Lyon qui s’intéresse à l’évolution de notre société et aux enjeux dans un contexte de nouvel urbanisme.

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Notes

(1) On emploie « santé environnementale » au sens de l’impact de l’environnement sur la santé humaine. C’est un peu un abus de langage, un raccourci, car c’est aussi l’impact de l’environnement sur la santé animale et végétale.

(2) Moustique Tigre : portail d’information

(3) Pourquoi la fonte du permafrost est une menace pour l’humanité ?, Le Monde, 5 juin 2018

(4) Changement climatique : quels effets sur notre santé ?, Emmanuel Drouet, Université Grenoble-Alpes,16 fév. 2020

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