FFilles et science : comment les accompagner ? | #2 – Dossier Pop’Sciences – Filles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures Depuis une dizaine d’années, on peut observer une forte diminution de la proportion de filles dans les études scientifiques au fur et à mesure de leur avancée dans la scolarité[1]. Comment inverser cette tendance ? Cinq expertes de la médiation scientifique et du monde universitaire ont échangé sur le rôle et la posture de la médiation face à cet enjeu de société lors du séminaire Pop’Sciences du 28 novembre 2025[2].Alors que les garçons parlent haut et fort les filles chuchotent. Un constat rapporté par Christine Berton, chargée de projets science et société à La Rotonde[3], à Saint-Étienne. Elle peut l’observer quand elle intervient en classe de collège ou lycée pour réaliser des actions de médiation autour de sujets de science. « Les garçons prennent toute la place par leur attitude et leur comportement. Les filles n’osent pas prendre la parole », précise-t-elle. Et elle constate d’autant plus cette fracture en milieux semi-ruraux et ruraux, où « le murmure devient silence ». Un fait observé de manière globale dans les actions de diffusion des sciences, et qui témoigne de la difficulté à inclure les filles dans les domaines scientifiques. Ce dont ont pris conscience les médiateurs et professionnels de la culture scientifique, qui essayent alors de développer des solutions.Violaine Dutrop, autrice-essayiste et présidente-fondatrice de l’Institut EgaliGone, pointe qu’il faut établir des actions à tous les niveaux : de la crèche à l’Université. « Il faut travailler sur les stéréotypes : leur montrer à quels points elles sont fortes », déclare-t-elle. Mais l’effort doit également porter vers les garçons. Cela peut se traduire par la valorisation de domaines et métiers souvent perçus comme plus féminins, comme les métiers du soin. En outre, dans une société où la répartition des tâches au sein de familles est encore très inégalitaire – la durée des congés parentaux en est un bon exemple – les garçons doivent être amenés à se poser les mêmes questions que les filles, pour aller vers davantage d’égalité. Des questions telles que : « si je choisis tel ou tel métier, comment ferai-je si un jour j’ai des enfants ? ». « Il faut ainsi agir de manière équilibrée pour régler le problème de manière globale », souligne Violaine Dutrop.Apprivoiser nos biaisL’enjeu serait-il donc de lutter contre les stéréotypes ? Ce n’est pas aussi simple. Il faut, en effet, prendre garde à la diffusion de messages contre-stéréotypés. Par exemple, si on souhaite représenter une femme dans un métier traditionnellement plus masculin, cela doit paraître naturel. Car « si le message est trop en décalage avec la réalité, cela peut, au contraire, renforcer le stéréotype existant », explique Florence Françon, chargée de mission égalité et non-discrimination à l’ENS de Lyon. Elle cite les travaux de Violette Kerleaux[4], docteure en psychologie sociale : il ne sert à rien de combattre les stéréotypes. Car nous sommes tous soumis à des stéréotypes et nous ne pouvons pas nous en défaire. Ils sont nécessaires au bon fonctionnement de notre cerveau, pour notamment simplifier et classer des informations. Ce qui compte est alors de prendre conscience de leurs effets et de leurs impacts, pour éviter qu’ils s’activent dans certaines circonstances.Florence Françon souligne ainsi l’importance d’accompagner les jeunes hommes dans « le développement de compétences psychosociales », pour faire évoluer leurs attitudes : prise en compte du consentement, interactions plus respectueuses et apaisées, se décharger de toutes les injonctions à la virilité… « Il faudrait également lutter contre l’effet « boys club », qui désigne le fait que les hommes se regroupent et se protègent entre eux, excluant les femmes, rapporte-t-elle. Un phénomène qui se retrouve dans le milieu académique, et qui contribue à l’éviction des femmes. »Entre filles ?Pour contrer cet effet « boys club », déjà visible au collège et lycée, la solution n’est-elle pas de séparer filles et garçons ? Audrey Mazur, ingénieure de recherche au laboratoire ICAR et co-organisatrice de la journée Sciences, un métier de femmes, organisée chaque année en mars, s’est posé la question dès les prémices de la création de cet évènement. Cette journée est spécifiquement destinée aux lycéennes afin de leur faire rencontrer des femmes travaillant dans les domaines scientifiques et technologiques. « Nous avons fait le choix de leur offrir un espace d’expression, pour libérer leur parole. Et je peux vous assurer que cela fonctionne », déclare Audrey Mazur. Les filles rapportent, ensuite, le contenu de cette journée en classe, pour transmettre le message aux garçons. Le projet en est déjà à sa neuvième édition et le bilan est positif : 56 % des lycéennes interrogées déclarent que cette journée aura un impact sur le choix de leurs études.À La Rotonde, une expérience de non-mixité est également réalisée avec le programme « Sciences en tous genres ». Sur plusieurs séances, les filles suivent un parcours de rencontres et d’échanges avec des femmes scientifiques. En parallèle, les garçons conduisent une réflexion sur les questions relatives au genre. Une dernière séance réunit filles et garçons pour une restitution de leurs expériences.Dans ce type d’actions, Florence Françon soulève l’importance de mobiliser les sciences sociales et les études de genre. « Il faut faire comprendre les mécanismes à l’œuvre. Cela permet de donner des clés de lecture et d’analyse », rappelle-t-elle.Intégrer !Au-delà des actions en milieu scolaire, des efforts sont menés dans l’enseignement supérieur et la recherche. Dans sa pratique, Florence Françon s’appuie ainsi sur les travaux d’Isabelle Collet, professeure de sciences de l’éducation à l’Université de Genève, sur les filles et l’informatique. Elle soulève trois leviers pour maintenir les filles dans les filières scientifiques. Il faut, tout d’abord, les attirer. Ce qui peut être fait via la mise en place de bourses, ou encore d’une communication adaptée. Il est, ensuite, nécessaire de les accueillir. Une action relativement simple peut être de rendre visibles les femmes dans l’espace universitaire, comme en renommant les amphithéâtres. Et enfin, il faut les intégrer et les inclure. Cela passe par la prévention de toutes formes de sexisme. Le haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes signalait qu’en 2023, 15 % des femmes ont déjà redouté de s’orienter vers des milieux professionnels à dominante masculine. De plus, un rapport de la fondation L’Oréal de 2023[5] révèle que 80 % des chercheuses dans le monde ont déjà vécu un fait de violences sexistes et sexuelles. « Il est important de comprendre qu’en conséquence les femmes mettent en place des stratégies d’évitement et de protection », explique Florence Françon. Ce travail sur leur intégration au sein des milieux académiques est donc primordial.Aurélie Olivesi, maîtresse de conférences HDR[6] à l’Université Claude Bernard Lyon 1, et référente pour la Mission égalité Université Lyon 1, rapporte ainsi des actions de mentorat qu’elle met en place pour les étudiantes. Il s’agit de rencontres qui s’appuient sur les études de sciences sociales sur le sujet, pour comprendre les mécanismes en jeu, et explorer des disciplines, telles que l’informatique, et leur construction genrée.Des salles de classe aux bancs universitaires, toutes ces actions sont des leviers pour transformer les chuchotements des filles en une parole libre et affirmée.Un article rédigé par Samantha Dizier, co-rédactrice en chef du Pop’Sciences Mag – Janvier 2026————————————————–Notes :[1] Filles et mathématiques : lutter contre les stéréotypes, ouvrir le champ des possibles, Rapport de l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (2025).[2] Les séminaires Pop’Sciences rassemble la communauté des acteurs de la culture scientifique et technique au sein du bassin de recherche Lyon Saint-Etienne.[4] Les publications de Violette Kerleaux : https://www.researchgate.net/profile/Violette-Kerleaux[5] Harcèlement sexuel et sexisme au sein du monde scientifique, étude Ipsos, commandée par la Fondation L’Oréal (2023).[6] Habilitée à Diriger des Recherches<Pour aller plus loinÉgalithèque du Centre Hubertine Auclert : banque de données recensant des milliers de guides, expositions, ouvrages, affiches, vidéos, spectacles vivants, diaporamas, formations, quiz, etc. sur l’égalité femmes-hommes et la lutte contre les violences de genreCours en ligne Se former à l’égalité par Isabelle Collet et Aurore Vayer de l’Université de GenèveLes outils égalité filles-garçons : les ressources du réseau CanopéFilles et science : comment les accompagner ? – Captation vidéo de la table ronde du séminaire Pop’Sciences du 28 nov. 2025
FFemmes et TDAH : manifestations, diagnostic et parcours de vie | Webinaire iMind #21 Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) reste aujourd’hui largement sous-diagnostiqué chez les femmes. Ce webinaire propose un éclairage sur les spécificités du TDAH au féminin, à travers un échange croisant témoignage et approche clinique.La première partie présentera le témoignage d’une personne concernée, depuis son enfance, marquée par un profil discret de type inattentif, jusqu’à l’émergence d’un TDAH plus envahissant à l’âge adulte avec des difficultés à se conformer aux normes sociales genrées.Une seconde séquence apportera un regard clinique sur les particularités du TDAH chez les femmes. Après un bref retour historique, seront abordés les spécificités de l’inattention, de l’impulsivité et de l’hyperactivité dans les trajectoires féminines, ainsi que les enjeux du repérage précoce et de la reconnaissance de ce trouble.Intervenantes :Dre Dora Wynchank, psychiatre exerçant à PsyQ à la Hague (Pays-Bas). Elle mène aussi des travaux de recherche à la Vrije Universiteit d’Amsterdam ;Sarah Belmas, autrice-illustratrice et personne concernée par un TDAH.>> Pour accéder au webinaire, rendez-vous sur la page :IMIND
LLes Lyonnaises dans l’Antiquité Venez découvrir l’histoire de Lyon au féminin, six cents Lyonnaises sont connues dans l’Antiquité, essentiellement par les inscriptions funéraires. Les unes sont citoyennes, d’autres étrangères (pérégrines), affranchies ou esclaves. Nous les voyons se mêler à la vie de la cité. C’est leur histoire que nous allons raconter, de la création de Lugdunum en – 43 jusqu’à la fin du 3e siècle de notre ère.Intervenant : association GAROM, André Pelletier, Professeur honoraire des Universités, ancien doyen de la Faculté d’Histoire-Géographie de Lyon.>> Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site :LUGDUNUM – MUSÉE ET THÉÂTRES ROMAINS
QQuand nos grand-mères donnaient la vie. La maternité en France dans l’entre-deux-guerres Les Presses universitaires de Lyon – PUL – vous proposent une rencontre dessinée autour de l’ouvrage Quand nos grand-mères donnaient la vie. La maternité en France dans l’entre-deux-guerres en présence de son autrice, Françoise Thébaud.Françoise Thébaud, historienne, professeure émérite d’histoire et spécialiste de l’histoire des femmes, dialoguera avec la dessinatrice Lou Herrmann, qui réalisera en direct des illustrations inspirées par l’ouvrage présenté, lors d’une rencontre modérée par Guillaume Gourgues, maître de conférences en science politique à l’Université Lyon 2 et chercheur au laboratoire Triangle.Une occasion de se pencher sur l’histoire de la maternité en France, qui retrouve une actualité dans les recherches en sciences humaines et sociales.Intervenants :Françoise Thébaud, professeure émérite en histoire contemporaine, spécialiste des femmes et du genre. Elle est cofondatrice de la revue Clio. Femmes, genre, histoire. Elle est une des pionnières de la recherche sur la maternité. Ses travaux portent également sur la place des femmes en temps de guerre et ses effets de genre, les féminismes, l’historiographie de l’histoire des femmes et du genre.Lou Herrmann, docteure en urbanisme et dessinatrice. Au sein de l’École urbaine de Lyon, elle pilotait en particulier le studio Sciences dessinées. Elle est cofondatrice de la Cité anthropocène.Guillaume Gourgues, maître de conférences en science politique à l’UFR d’Anthropologie, sociologie et science politique (ASSP) au sein de l’Université Lumière Lyon 2,chercheur au laboratoire Triangle et responsable scientifique des Presses universitaires de Lyon – PUL.Pour en savoir plus :Rencontre dessinée
FFemmes et Gouvernance : quels enjeux ? | Cycle « Question de société » Olympe de Gouges soulignait déjà en 1791 l’importance de restituer aux femmes leurs droits naturels, injustement usurpés par les préjugés. Aujourd’hui, l’implication des femmes dans la gouvernance est reconnue comme cruciale pour le développement et la performance durable, la prospérité et la paix. Représentant environ la moitié de la population mondiale, elles offrent des perspectives uniques et essentielles à une prise de décision équilibrée et inclusive. Malgré les avancées significatives, les femmes restent largement sous-représentées dans les instances décisionnelles à tous les niveaux, entravées par des obstacles socio-culturels profondément ancrés et le fameux « plafond de verre ».Les lois telles que la Copé-Zimmermann et la Rixain en France ont marqué des pas significatifs vers cet objectif, révélant la nécessité et l’efficacité économique de l’inclusion des femmes dans les postes de direction. Si des progrès sont réels, la route est encore longue pour déconstruire les stéréotypes de genre et encourager une représentation équitable des femmes dans les sphères de décision.Dans le cadre de la Journée internationale du droit des femmes, les bibliothèques universitaires Lyon 3 vous invitent mardi 19 mars à 18h30 pour une conférence sur les enjeux des femmes dans la gouvernance.Intervenante : Marie-Christine Chalus, directrice générale de l’iaelyon – Université Jean Moulin Lyon 3 et professeure des universités.Marie-Christine Chalus présentera ses travaux sur le sujet en trois grands axes : La représentation des femmes dans les conseils d’administration et autre instance de gouvernance ;La place des femmes investisseurs dans l’écosystème entrepreneurial ;Les femmes et le financement de leur projet de création d’entreprisePour en savoir plus :Question de société
FFemmes artistes, des parcours entre lutte et création Les femmes occupent une place essentielle dans la création artistique. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, découvrez les parcours et les œuvres de femmes créatives et engagées, de l’Algérie, à l’île de La Réunion en passant par la Syrie, à travers un cycle de trois jours de rencontres, projections et concerts.>> Au programme :Le 7 mars à partir de 18h30, Nocturne « Femmes d’ici et d’ailleurs »Le 8 mars à 18h30, rencontre et discussion autour du thème « De la Méditerranée à l’Océan Indien, parcours de femmes artistes »Trois femmes artistes, de trois générations et de trois origines différentes (Algérie, Syrie et Ile de la Réunion) nous parlent de leur rapport à la création. Quels sont leurs parcours ? Quels obstacles ont-elles rencontrés ? Comment sont-elles parvenues à les affronter et même à s’en nourrir ?Avec : Houria Aïchi, chanteuse, anthropologue et Ann O’aro, musicienne, chanteuse.Discussion animée par : Isabelle Barbéris, universitaire et journaliste, spécialiste des arts du spectacleLe 8 mars à 20h, projection et rencontre autour du film Behind the lines (Au-delà des lignes) de Alaa Amer et Alisar HasanLe 9 mars à 20h, concert « Le maloya d’Ann O’aro quartet »Plus d’informations sur le site du :MUSÉE DES CONFLUENCES
JJournée des femmes et filles de Science A l’occasion de la journée internationale des femmes et des filles de science, la mission égalité diversité met à l’honneur des doctorantes de l’Université Claude Bernard Lyon 1 !Venez découvrir les projets de recherches en cours de doctorantes de Lyon 1 sous un format « ma thèse en 180 secondes », entrecoupés de courts métrages de la série « phénoménales » de l’association femmes et cinéma, qui portent sur les femmes en sciences.Un temps d’échanges clôturera cet événement, ce sera l’occasion de poser toutes vos questions sur le doctorat et sur les thématiques abordées : biométrie, biologie évolutive, géologie, physique, astrophysique, bioInformatique…En plus, un sandwich vous sera offert et vous pourrez le manger sur place, comme devant la télé.>> Les intervenantes (doctorantes et marraine)Line COLIN est en deuxième année de doctorat en planétologie au laboratoire de géologie sur le site de l’ENS. Son travail porte sur la formation de la croûte lunaire. Elle a réalisé un modèle de solidification de l’océan de magma lunaire grâce auquel elle regarde la convection dans le manteau lunaire.Solène CAMBRELING fait de la biologie évolutive. Elle travaille sur les causes écologiques et évolutives des variations de patrons de sénescence (vieillissement) de reproduction chez les mammifères mâles.Mélodie BASTIAN est biologiste et fait de la bio-informatique. Elle étudie pour sa thèse l’ADN d’environ 150 mammifères afin de quantifier l’intensité de la sélection naturelle chez chacun et de trouver des facteurs expliquant la variation de cette intensité entre espècesLisa CHABRIER est en troisième année de doctorat au laboratoire d’informatique en image et systèmes d’information. Le sujet de sa thèse est l’analyse différentielle de réseaux de régulation à partir de données multi-omiquesAnaïs LARUE est biologiste. Elle fait une thèse sur la contribution des éléments transposable à la plasticité phénotypique chez Drosophila.Madeleine GINOLIN, en deuxième année de doctorat, prépare sa thèse sur l’impact des biais astrophysiques associés aux Supernovae de Type Ia sur la mesure de la constante de Hubble-Lemaître, au sein de l’Institut de physique des deux Infinis de Lyon.Assile TOUFAILY est doctorante au laboratoire L-Vis, sa thèse porte sur Le sport féminin : enjeux et opportunités, quelles perspectives ? « Étude comparative entre le Liban et la France.L’événement sera marrainé et introduit par Marianne Métois, enseignante chercheuse en géophysique à Lyon 1.En partenariat avec la mission Culture, l’association femmes et cinéma et des doctorantes de Lyon 1>> Pour plus d’information rendez-vous sur le siteUniversité Lyon 1
DDes modèles de réussite féminins pour réduire l’autocensure dans l’accès au crédit | The Conversation En dépit de remarquables progrès ces vingt dernières années, les femmes cheffes d’entreprise demeurent moins susceptibles de demander un crédit bancaire que les hommes. Or, l’accès au crédit reste un élément clé pour soutenir la performance et la croissance d’une entreprise en lui permettant de saisir des opportunités d’investissement et de faire face aux aléas économiques.Ce moindre accès au financement réduit la contribution des entrepreneures à l’économie, notamment en matière de création d’emplois, de réduction de la pauvreté et de croissance économique. Cela affecte également leurs revenus personnels, constituant ainsi un obstacle à l’égalité des sexes.Une autocensure injustifiéePourquoi les femmes entrepreneures sont-elles moins enclines à demander un emprunt à la banque ? L’une des raisons est qu’elles s’abstiennent de déposer un dossier parce qu’elles s’attendent à être discriminées et à voir leur demande d’emprunt refusée ou limitée.La littérature existante souligne pourtant que cette anticipation est souvent erronée : une large partie des demandes de prêt de ces femmes aurait bien été accordée si elles en avaient fait la requête. Aux États-Unis, il y aurait ainsi deux fois plus d’emprunteurs découragés que de demandeurs rejetés (femmes et hommes confondus). Pour les économies émergentes en Europe de l’Est et en Asie, ce phénomène est encore plus exacerbé. Pour chaque demandeur rejeté, il y aurait trois emprunteurs découragés.[Plus de 85 000 lecteurs font confiance aux newsletters de The Conversation pour mieux comprendre les grands enjeux du monde. Abonnez-vous aujourd’hui]En outre, les demandes de prêt des entreprises détenues par des femmes ne sont, en général, pas davantage rejetées que celles des entreprises détenues par des hommes. L’autocensure des femmes sur leur accès au crédit n’a donc pas nécessairement des fondements économiques réels.L’un des facteurs clés du découragement féminin découle de la représentation que les femmes ont d’elles-mêmes. Une moindre confiance en leurs compétences entrepreneuriales, en particulier par rapport aux hommes, les amène à croire qu’elles sont moins susceptibles d’obtenir un prêt. En cause notamment, le manque de modèles féminins de réussite qui peut donner l’impression aux femmes que le succès entrepreneurial est un domaine inatteignable pour elles, restreignant ainsi leurs aspirations.Elles peuvent se sentir exclues ou ne pas se sentir à leur place dans un environnement où les hommes sont majoritaires. En somme, le manque de modèles de réussite féminin dans le domaine du leadership ne permet pas aux femmes de se projeter et de s’identifier dans un rôle similaire ou elle exercerait un pouvoir décisionnel fort. On parle d’« effet de rôle-modèle ».Des dirigeantes politiques inspirantesDans une récente étude, nous avons exploré dans quelle mesure cet effet permettait de changer les perceptions que les femmes ont d’elles-mêmes et d’encourager leur accès au crédit. Nous avons notamment démontré que les cheffes d’entreprise se trouvant dans des pays avec à leur tête des leaders politiques féminins tendaient à davantage demander de crédit.Ces leaders politiques féminins disposent d’une large visibilité et ont ainsi le pouvoir de modifier la perception de la compétence des femmes dans l’ensemble de la société, tout particulièrement en réussissant dans un milieu très compétitif et habituellement très masculin. Cela rejaillit sur le comportement des femmes cheffes d’entreprise. Celles-ci demandent davantage de crédit, s’autocensurant moins financièrement. Nous montrons que c’est bien le découragement « émotionnel » qui s’en trouve réduit, c’est-à-dire les sources de découragement liées à un manque de confiance en soi et à une croyance dans le rejet non lié à des causes économiques sous-jacentes.L’effet est d’autant plus efficace que le leader politique dispose d’un statut social élevé (mesuré à travers son niveau d’éducation) et provient du même pays (homophilie). Enfin, nous démontrons que ce résultat est vrai principalement dans les pays avec un revenu relativement faible, où les normes sociales envers les femmes sont aussi les moins avancées. Le modèle permet de contrebalancer l’absence de ces normes sociales et de promouvoir une meilleure équité homme-femme dans l’accès au crédit.Ce résultat suggère que l’exposition à des modèles de réussite féminins modifie la perception que les femmes ont d’elles-mêmes, avec des conséquences économiques notables. L’effet de rôle-modèle devient ainsi un levier puissant pour parvenir à l’équité homme-femme, en changeant globalement les (auto-) représentations mentales des compétences attribuées à chaque sexe.Auteurs : Jérémie Bertrand, Professeur de finance, IÉSEG School of Management ; Caroline Perrin, Postdoctorante, Université de Strasbourg et Paul-Olivier Klein, Maître de Conférences en Finance, iaelyon School of Management – Université Jean Moulin Lyon 3Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.>> Lire l’article original.
EELEA expérimente le sport au féminin Les femmes n’ont pas toujours eu leur place dans le sport, mais l’Histoire montre une évolution vers plus d’égalité entre hommes et femmes, jusqu’à des disciplines mixtes aux JO 2024. Grâce au film d’animation du petit robot ELEA, découvrez le monde du sport au féminin :ELEA expérimente le sport au fémininUne initiative portée par le service Diffusion des Savoirs et Ouverture à la Société de l’Université Gustave Eiffel.
LLe livre blanc du cercle « Féminisons les Maths et l’Informatique » Le cercle FMI, pour Féminisons les Maths et l’Informatique, est une initiative de la fondation Blaise Pascal en collaboration avec Sopra Steria. Après une présentation et une analyse synthétique du contexte, ce livre blanc décrit 5 recommandations pour susciter des vocations en science chez les filles. Il montre ensuite au travers de quelques exemples comment ces propositions peuvent être concrètement mises en œuvre ainsi que leurs résultats.Ce document se veut une pierre de plus à l’édifice qui est en train de se construire tant dans le monde académique que dans le monde socio-économique pour favoriser l’accession des femmes aux métiers du numérique. >> Consulter le livre blanc :©Fondation Blaise Pascal >> Retrouvez tout l’actualité de la fondation :Fondation Blaise Pascal