MMonnaie locale : quelle place dans un système financier, dans l’économie locale ? | Triptyque Nous avons appris précédemment dans le triptyque consacré aux monnaies locales qu’il en existe plus de 70 en France. Aussi, comment se positionnent elles dans un système financier ? Ont-elles un impact quant à l’économie. Quels effets peut-on en attendre ? Autant de questions que nous abordons dans ce deuxième podcast. Pour en parler nous accueillons Marie FARE, maîtresse de conférences en sciences économiques à l’Université Lumière Lyon 2 et Jérôme Blanc, professeur de sciences économiques à Sciences Po Lyon et bien sûr membre de TRIANGLEÉcoutez le podcast :https://popsciences.universite-lyon.fr/app/uploads/2026/01/podcast-triangle-marie-fare-jerome-blanc-2-v2.wav> Lire la retranscription des propos de l’interview :Les monnaies locales s’intègrent-elles dans un système financier traditionnel ? Pourquoi ? Marie Fare – Pour utiliser une monnaie locale, il est nécessaire tout d’abord de convertir des euros en monnaie locale. Les monnaies locales circulant sous format papier et aussi de plus en plus sous forme numérique, la conversion peut se faire auprès d’un comptoir de change ou de façon automatique par virement mensuel via un système d’abonnement. Cela repose donc sur un principe de conversion à l’entrée. Autre point, les monnaies locales, étant gagées sur l’euro, se convertissent à parité avec l’euro : 1 unité de monnaie locale (par exemple, une gonette) est égale à un euro. La contrepartie de l’émission de monnaie locale, c’est donc l’euro d’un montant équivalent, qui est mis en réserve c’est-à-dire déposé sur un compte. Celui-ci est souvent ouvert par les monnaies locales auprès de la Société financière de la NEF ou du Crédit Coopératif. Ce compte permet de reconvertir les unités de monnaies locales en euros quand les professionnels le demandent. Le choix de ces banques ne se fait pas par hasard. La NEF (Nouvelle Economie Fraternelle) est une coopérative bancaire engagée pour la transition écologique et sociale qui assure une transparence des projets qu’elle finance en les publiant chaque année et le Crédit Coopératif est une coopérative bancaire finançant notamment des projets dans l’économie sociale et solidaire.Comment sont-elles perçues par les banques ? Jérôme Blanc – Comme des clientes ! Les banques sont assez imperméables à la logique locale et alternative de bien des associations de monnaies locales, sauf en France dans le cas de la Société financière de la NEF, dont on vient de parler, et qui est une banque coopérative créée autour du projet d’une finance éthique, solidaire et soutenable. En 2018, la NEF a signé une convention tripartite avec les deux réseaux qui structurent les monnaies locales en France, le Mouvement SOL et le Réseau MLCC (monnaies locales citoyennes et complémentaires). Avec cette convention, « la NEF s’engage à prêter au moins le double du fonds de garantie déposé par une association porteuse de projet de monnaie locale aux entrepreneurs adhérents de cette association mais aussi à assurer la visibilité des prêts accordés dans ce contexte ». Il y a donc un appui significatif de cette banque éthique au projet de monnaies locales en France.Peuvent-elles déstabiliser un système financier national ? Pourquoi ? J.B. – Non. Elles sont trop petites pour cela. La loi leur fournit un cadrage depuis 2014 puis 2016, qui impose notamment qu’elles soient couvertes par un fonds de garantie en euros et qui les soumet à des contraintes de régulation si elles dépassent un certain seuil de transactions numériques, un seuil qui est assez bas (un million d’euros sur douze mois glissants). Il n’y a pas d’inquiétude à avoir sur une éventuelle déstabilisation financière par leur faute. La masse monétaire totale de ces monnaies locales reste aujourd’hui inférieure à 10 millions d’’euros. En Allemagne, la Bundesbank (banque centrale) a demandé en 2006 à un économiste, Gerhard Rösl, un rapport sur la concurrence éventuelle des monnaies locales à l’égard de l’euro. La conclusion était claire : dans l’état de leur développement, aucun problème. A réviser seulement si leur usage devait beaucoup se développer, ce qui n’a pas été le cas en Allemagne, et reste limité en France.En période d’inflation, peut-on les voir comme des monnaies sûres ? J.B. – Ni plus ni moins que l’euro, puisque leur valeur est à parité avec l’euro.D’ailleurs peut-on imaginer que demain, elles soient en compétition avec les cryptos monnaies ? J.B. – On a tendance à penser, en économie, sous le mode de la concurrence. Mais il existe aussi des effets de complémentarité qu’il ne faut pas négliger. Les cryptos, tout d‘abord, c’est certaines seulement qui ont un usage proprement monétaire : une très petite minorité, parmi laquelle, néanmoins, se trouve le bitcoin, qui est assez massif. Et ces cryptos ne visent pas d’objectifs de dynamisation territoriale et de soutenabilité écologique, au contraire même — Bitcoin est a-territorial et sa consommation électrique n’est pas écologiquement soutenable.En fait, on observe plutôt une forme d’hybridation entre cryptos et monnaies locales : la technologie de la blockchain est utilisée pour créer des formes numériques de monnaie locale, dans certains cas, comme la monnaie Léman (autour de Genève), ou des choses un peu différentes au Kenya ou en Argentine. Dans ces situations, on ne récupère pas la technologie de Bitcoin, mais une autre technologie blockchain beaucoup moins énergivore.Il ne faut donc pas considérer qu’il y a concurrence entre cryptos et monnaies locales, mais plutôt, et dans une certaine mesure, une hybridation.Y a-t-il des secteurs économiques qui bénéficient plus de l’existence d’une monnaie locale ? M.F. – Ce qui est visé est l’économie de proximité (sont par exemple généralement exclues les grandes et moyennes surfaces et les grands réseaux franchisés). Elle est composée d’entreprises du tissu socioéconomique local, avec une place importante pour le secteur de l’agriculture/alimentation. Ainsi, les dépenses en monnaie locale s’orientent tout particulièrement vers les dépenses alimentaires du quotidien.Pouvez-vous nous citer des exemples de réussite en matière de monnaie locale et comment l’expliquez-vous ? M.F. – Le cas de l’eusko déjà évoqué, bien sûr. Il y a beaucoup de travaux à ce sujet. Des observateurs extérieurs ont pu dire, ou disent encore, que c’est parce que les Basques ont une identité particulière, et certains en profitent pour affirmer que les monnaies locales sont des outils identitaires et par conséquent néfastes. Ces deux éléments ne tiennent pas. Les travaux de Julien Milanesi, qui est maître de conférences à l’Université Toulouse 3, montrent que la réussite de l’eusko tient à l’ampleur, la densité et l’ancienneté des réseaux militants (coopératifs, agricoles et climatiques essentiellement), qui ont pu être efficacement connectés par le projet de monnaie locale. La condition de réussite première semble donc être la présence d’un tissu militant d’ESS dense que les porteurs du projet de monnaie locale parviennent à intégrer et associer.PrécédemmentPourquoi un tel essor des monnaies locales ?> À suivre…Les monnaies locales ont-elles un avenir….? >> Pour en savoir plus :Triptyque – Laboratoire Triangle
DDésastres macroéconomiques : comment la perception de leur fréquence influence nos décisions financières Les désastres macroéconomiques, tels que la crise du Covid-19, ont un impact significatif sur les comportements d’investissement financier.Une étude récente menée en France auprès d’experts et de non-experts montre que la majorité des investisseurs surestiment la fréquence de ces événements extrêmes, estimant entre 15 % et 22 % ce qui ne dépasse historiquement que 3 % par an. Ce biais, renforcé par le biais de récence, conduit à une prudence excessive et à un sous-investissement dans les actifs risqués, limitant la performance de l’épargne.L’étude soulignent l’importance d’une communication financière adaptée, capable de corriger les perceptions erronées du risque et de favoriser une gestion plus rationnelle des investissements. Ils mettent en lumière la nécessité de combiner données historiques et pédagogie pour aider les investisseurs à retrouver confiance et à améliorer leurs décisions financières.Une analyse à découvrir dans un article écrit par : Camille Cornand, Directrice de recherche en économie, CNRS, chercheuse au sein du GATE, Université Lumière Lyon 2 ; Brice Corgnet, Professeur, emlyon business school ; Pauline Gandré, Maître de conférences en économie – Chercheuse à EconomiX – CNRS, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières>> Lire l’article :THE CONVERSATION
DDémantèlement de l’USAID : quel impact sur l’inclusion financière ? Au cours des dernières années, l’inclusion financière s’est imposée comme un axe central du développement économique, agissant comme un catalyseur pour atteindre sept des dix-sept Objectifs de Développement Durable (ODD). En favorisant la croissance économique, en promouvant l’autonomisation économique des femmes et en contribuant à la réduction de la pauvreté, l’inclusion financière joue un rôle crucial dans la promotion d’un développement inclusif et durable. Nos recherches ont démontré une amélioration significative de l’accès aux services financiers via le numérique au cours des deux dernières décennies, notamment dans les pays africains. L’Agence des États-Unis pour le Développement International (USAID) a joué un rôle clé dans cette avancée, et son démantèlement par l’administration Trump pourrait compromettre ces progrès dans ce domaine et bien d’autres.[…]Auteure : Sandra Challita, professeure et chercheuse, emlyon business school >> Lire l’article complet sur :knowledge@emlyon
MMargin Call | Ciné-club scientifique En partenariat avec le CNRS, l’Aquarium Ciné Café propose un cycle de rendez-vous associant projections de films et rencontres avec des scientifiques. Ce ciné-club explorera le fonctionnement de la haute-finance, avec la projection de Margin Call, huis clos intense et passionnant de J.C. Chandor (2012).Pour survivre à Wall Street, sois le premier, le meilleur ou triche. La dernière nuit d’une équipe de traders, avant le crash. Pour sauver leur peau, un seul moyen : ruiner les autres…La projection sera suivie d’un échange avec Frédéric Jouneau, professeur d’économie à l’Université Lumière Lumière Lyon 2, spécialiste des mécanismes bancaires et financiers. Frédéric Jouneau est membre du Groupe d’analyse et de théorie économique Lyon Saint-Étienne. En savoir plus
TTraitement contre le Covid-19 : faudra-t-il payer le prix fort ? Dans les pays où le secteur public finance une grande partie de la recherche fondamentale et distribue au secteur privé des aides, l’État pourrait exiger, en échange, des prix modérés pour les médicaments issus de ces recherches.C’est l’analyse d’Izabela Jelovac, directrice de recherche au Groupe d’analyse et de théorie économique Lyon-St Étienne – GATE-LSE (CNRS/Lyon1/Lyon2/UJM/ENSL).Lire l’article intégral sur :CNRS Le Journal
UUP Conférence : Place aux financiers responsables ! Les crises financières des dernières années ont révélé les failles d’un système économique trop orienté vers les marchés et les places financières : règne du court-termisme, déconnexion de l’économie réelle, multiplication des comportements à risques, … Dans ce paysage économique complexe, est-il encore possible de réconcilier durablement l’économie, le marché et les logiques de long terme ? Plus encore, la finance peut-elle se convertir en solution d’avenir pour les défis sociétaux et environnementaux ? Ces questionnements seront au cœur de cette nouvelle UP Conférence lyonnaise, organisée en partenariat avec le Forum de l’Investissement Responsable (FIR), Acteurs de l’Économie – La Tribune, ainsi que l’Université de Lyon et iaelyon School of Management – Université Jean Moulin.Si la société civile ne cesse de prouver sa capacité d’innovation en imaginant des solutions nouvelles aux enjeux actuels, elle manque parfois de moyens pour les déployer à grande échelle et transformer en profondeur notre société. Ainsi, les besoins de financements de l’économie sociale et solidaire sont en hausse, les finances publiques sous pression, et les banques traditionnelles, seules, ne peuvent répondre à cette nécessité. De fait, un nouveau paysage économique et financier se met en place, ouvrant la voie à de nouveaux investisseurs solidaires, et notamment à ce qu’on appelle les investissements socialement responsable (ISR), ou encore l’impact investing.La finance peut dès lors s’éloigner des schémas opaques qui lui sont reprochés pour s’allier à l’innovation sociale, et contribuer efficacement à un nouvel équilibre de notre économie et de notre société, d’autant plus si le cadre législatif et réglementaire l’y encourage. Qui sont donc ces nouveaux investisseurs responsables et comment accompagner leur essor ? Quelles formes prendront les nouvelles coopérations financières de demain ? Comment renouer avec une finance plus responsable qui se place au service d’un développement économique durable et équitable ?Pour éclairer ce débat, les UP Conférences sont heureuses d’accueillir à la tribune trois acteurs représentant chacun un nouveau visage de cette finance :Jean-Louis BANCELPrésident du Crédit CoopératifHayat BOAIRADéléguée Générale de la Fondation Entrepreneurs de la citéAndréas GALLDirecteur Général Délégué de XAngeMarco HEIMANNMaitre de Conférences à iaelyon School of Management – Université Jean MoulinGrégoire COUSTEDélégué général et Secrétaire général du Conseil du FIRCo-organisé avec :Inscription gratuite mais obligatoire (lien dans la colonne de droite)