Pop’Sciences répond à tous ceux qui ont soif de savoirs, de rencontres, d’expériences en lien avec les sciences.

EN SAVOIR PLUS

Filles et science : comment les accompagner ? | #2 – Dossier Pop’Sciences – Filles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures

FFilles et science : comment les accompagner ? | #2 – Dossier Pop’Sciences – Filles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures

Depuis une dizaine d’années, on peut observer une forte diminution de la proportion de filles dans les études scientifiques au fur et à mesure de leur avancée dans la scolarité[1]. Comment inverser cette tendance ? Cinq expertes de la médiation scientifique et du monde universitaire ont échangé sur le rôle et la posture de la médiation face à cet enjeu de société lors du séminaire Pop’Sciences du 28 novembre 2025[2].

Alors que les garçons parlent haut et fort les filles chuchotent. Un constat rapporté par Christine Berton, chargée de projets science et société à La Rotonde[3], à Saint-Étienne. Elle peut l’observer quand elle intervient en classe de collège ou lycée pour réaliser des actions de médiation autour de sujets de science. « Les garçons prennent toute la place par leur attitude et leur comportement. Les filles n’osent pas prendre la parole », précise-t-elle. Et elle constate d’autant plus cette fracture en milieux semi-ruraux et ruraux, où « le murmure devient silence ». Un fait observé de manière globale dans les actions de diffusion des sciences, et qui témoigne de la difficulté à inclure les filles dans les domaines scientifiques. Ce dont ont pris conscience les médiateurs et professionnels de la culture scientifique, qui essayent alors de développer des solutions.

Violaine Dutrop, autrice-essayiste et présidente-fondatrice de l’Institut EgaliGone, pointe qu’il faut établir des actions à tous les niveaux : de la crèche à l’Université. « Il faut travailler sur les stéréotypes : leur montrer à quels points elles sont fortes », déclare-t-elle. Mais l’effort doit également porter vers les garçons. Cela peut se traduire par la valorisation de domaines et métiers souvent perçus comme plus féminins, comme les métiers du soin. En outre, dans une société où la répartition des tâches au sein de familles est encore très inégalitaire – la durée des congés parentaux en est un bon exemple – les garçons doivent être amenés à se poser les mêmes questions que les filles, pour aller vers davantage d’égalité. Des questions telles que : « si je choisis tel ou tel métier, comment ferai-je si un jour j’ai des enfants ? ». « Il faut ainsi agir de manière équilibrée pour régler le problème de manière globale », souligne Violaine Dutrop.

Apprivoiser nos biais

L’enjeu serait-il donc de lutter contre les stéréotypes ? Ce n’est pas aussi simple. Il faut, en effet, prendre garde à la diffusion de messages contre-stéréotypés. Par exemple, si on souhaite représenter une femme dans un métier traditionnellement plus masculin, cela doit paraître naturel. Car « si le message est trop en décalage avec la réalité, cela peut, au contraire, renforcer le stéréotype existant », explique Florence Françon, chargée de mission égalité et non-discrimination à l’ENS de Lyon. Elle cite les travaux de Violette Kerleaux[4], docteure en psychologie sociale : il ne sert à rien de combattre les stéréotypes. Car nous sommes tous soumis à des stéréotypes et nous ne pouvons pas nous en défaire. Ils sont nécessaires au bon fonctionnement de notre cerveau, pour notamment simplifier et classer des informations. Ce qui compte est alors de prendre conscience de leurs effets et de leurs impacts, pour éviter qu’ils s’activent dans certaines circonstances.

Florence Françon souligne ainsi l’importance d’accompagner les jeunes hommes dans « le développement de compétences psychosociales », pour faire évoluer leurs attitudes : prise en compte du consentement, interactions plus respectueuses et apaisées, se décharger de toutes les injonctions à la virilité… « Il faudrait également lutter contre l’effet « boys club », qui désigne le fait que les hommes se regroupent et se protègent entre eux, excluant les femmes, rapporte-t-elle. Un phénomène qui se retrouve dans le milieu académique, et qui contribue à l’éviction des femmes. »

Entre filles ?

Pour contrer cet effet « boys club », déjà visible au collège et lycée, la solution n’est-elle pas de séparer filles et garçons ? Audrey Mazur, ingénieure de recherche au laboratoire ICAR et co-organisatrice de la journée Sciences, un métier de femmes, organisée chaque année en mars, s’est posé la question dès les prémices de la création de cet évènement. Cette journée est spécifiquement destinée aux lycéennes afin de leur faire rencontrer des femmes travaillant dans les domaines scientifiques et technologiques. « Nous avons fait le choix de leur offrir un espace d’expression, pour libérer leur parole. Et je peux vous assurer que cela fonctionne », déclare Audrey Mazur. Les filles rapportent, ensuite, le contenu de cette journée en classe, pour transmettre le message aux garçons. Le projet en est déjà à sa neuvième édition et le bilan est positif : 56 % des lycéennes interrogées déclarent que cette journée aura un impact sur le choix de leurs études.

À La Rotonde, une expérience de non-mixité est également réalisée avec le programme « Sciences en tous genres ». Sur plusieurs séances, les filles suivent un parcours de rencontres et d’échanges avec des femmes scientifiques. En parallèle, les garçons conduisent une réflexion sur les questions relatives au genre. Une dernière séance réunit filles et garçons pour une restitution de leurs expériences.

Dans ce type d’actions, Florence Françon soulève l’importance de mobiliser les sciences sociales et les études de genre. « Il faut faire comprendre les mécanismes à l’œuvre. Cela permet de donner des clés de lecture et d’analyse », rappelle-t-elle.

Intégrer !

Au-delà des actions en milieu scolaire, des efforts sont menés dans l’enseignement supérieur et la recherche. Dans sa pratique, Florence Françon s’appuie ainsi sur les travaux d’Isabelle Collet, professeure de sciences de l’éducation à l’Université de Genève, sur les filles et l’informatique. Elle soulève trois leviers pour maintenir les filles dans les filières scientifiques. Il faut, tout d’abord, les attirer. Ce qui peut être fait via la mise en place de bourses, ou encore d’une communication adaptée. Il est, ensuite, nécessaire de les accueillir. Une action relativement simple peut être de rendre visibles les femmes dans l’espace universitaire, comme en renommant les amphithéâtres. Et enfin, il faut les intégrer et les inclure. Cela passe par la prévention de toutes formes de sexisme. Le haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes signalait qu’en 2023, 15 % des femmes ont déjà redouté de s’orienter vers des milieux professionnels à dominante masculine. De plus, un rapport de la fondation L’Oréal de 2023[5] révèle que 80 % des chercheuses dans le monde ont déjà vécu un fait de violences sexistes et sexuelles. « Il est important de comprendre qu’en conséquence les femmes mettent en place des stratégies d’évitement et de protection », explique Florence Françon. Ce travail sur leur intégration au sein des milieux académiques est donc primordial.

Aurélie Olivesi, maîtresse de conférences HDR[6] à l’Université Claude Bernard Lyon 1, et référente pour la Mission égalité Université Lyon 1, rapporte ainsi des actions de mentorat qu’elle met en place pour les étudiantes. Il s’agit de rencontres qui s’appuient sur les études de sciences sociales sur le sujet, pour comprendre les mécanismes en jeu, et explorer des disciplines, telles que l’informatique, et leur construction genrée.

Des salles de classe aux bancs universitaires, toutes ces actions sont des leviers pour transformer les chuchotements des filles en une parole libre et affirmée.

Un article rédigé par Samantha Dizier,

co-rédactrice en chef du Pop’Sciences Mag – Janvier 2026

————————————————–

Notes :

[1] Filles et mathématiques : lutter contre les stéréotypes, ouvrir le champ des possibles, Rapport de l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (2025).

[2] Les séminaires Pop’Sciences rassemble la communauté des acteurs de la culture scientifique et technique au sein du bassin de recherche Lyon Saint-Etienne.

[4] Les publications de Violette Kerleaux : https://www.researchgate.net/profile/Violette-Kerleaux

[5] Harcèlement sexuel et sexisme au sein du monde scientifique, étude Ipsos, commandée par la Fondation L’Oréal (2023).

[6] Habilitée à Diriger des Recherches

<Pour aller plus loin

Journée « Égalité, Diversité, Inclusion »

JJournée « Égalité, Diversité, Inclusion »

Le groupe « Égalité, Diversité, Inclusion » du laboratoire ICAR – Interactions, Corpus, Apprentissages, Représentations – organise la journée « Égalité, Diversité, Inclusion – De la réflexion à la pratique, une journée ouverte à tout public.

Cette journée a pour objectif de sensibiliser aux questions d’égalité Femmes / Hommes et de la lutte contre la discrimination et des violences sexiste et sexuelle (VSS), des inégalités scolaires, avec notamment la prise en compte des origines sociales et du Handicap, et enfin de l’inclusion des minorités au sein de la recherche et le retour possible à ces populations.
Il s’agira de faire alterner des présentations en recherche et des interventions de professionnels de terrain afin d’apporter un éclairage le plus complet possible sur ces questions et de proposer également des bonnes pratiques.

>> Consulter le programme : ici

Pour en savoir plus :

Journée EDI

 

Entretiens Jacques Cartier 2025

EEntretiens Jacques Cartier 2025

Créés en 1987 à Lyon, en France, les Entretiens Jacques Cartier proposent chaque année colloques, conférences et moments de réseautage reflétant les quatre thématiques du Centre Jacques Cartier : santé et sciences de la vie, enjeux de l’innovation et des nouvelles technologies, enjeux économiques et écoresponsables, culture et société. Ils se tiennent alternativement dans la région Auvergne-Rhône-Alpes et au Québec et à Ottawa.

Cette année les Entretiens Jacques Cartier auront lieu en Auvergne-Rhône-Alpes. Chercheurs, experts, décideurs et citoyens se réuniront autour de 25 colloques et conférences passionnants organisés sur la thématique « Résiliences et transformations : nouvelles dynamiques pour un monde en mutations ».

Alimentation durable, PFAS, francophonie, intelligence artificielle, santé, innovation, culture, mobilité… cette nouvelle édition s’annonce riche et résolument connectée aux enjeux contemporains.

>> Les conférences de nos partenaires :

Lundi 6 octobre

Dans un contexte de transitions écologique, numérique et sociale, l’innovation devient stratégique. En France, l’État soutient les Pôles Universitaires d’Innovation (PUI), dont trois en Auvergne-Rhône-Alpes : Grenoble, Lyon et Clermont-Ferrand, pour intensifier l’innovation d’ici 2027. Au Québec, les zones d’innovation, notamment autour de l’Université de Sherbrooke, suivent une dynamique similaire. Ce projet vise à favoriser les échanges d’expériences entre AURA et Québec, stimuler de nouvelles collaborations et renforcer un partenariat historique, levier clé pour des stratégies de développement durable. >> S’inscrire

L’essor de l’intelligence artificielle et de la data transforme profondément le fonctionnement interne des organisations. Ces technologies impactent la gouvernance, les processus de décision, les compétences requises et les dynamiques humaines au sein des structures économiques et académiques. Si ces transformations offrent des opportunités majeures en termes d’efficacité et d’innovation, elles soulèvent également des défis liés à l’éthique, à la gestion du changement et à la résilience organisationnelle. >> S’inscrire

Dans un monde en pleine mutation, notre projet explore les résiliences et transformations en psychiatrie à travers trois axes innovants : les nouveaux traitements en neuromodulation, permettant des thérapies plus ciblées et efficaces, la pair-aidance et les patients partenaires, valorisant l’expérience vécue pour humaniser les soins et renforcer l’engagement des patients, les approches biophiliques, intégrant les neurosciences dans la conception d’espaces de soin favorisant le bien-être. >> S’inscrire

Le colloque réunira chercheurs, cliniciens, patients, industriels et décideurs pour explorer les avancées en IA, biomatériaux et robotique. L’événement mettra l’accent sur l’équité, l’accessibilité et les synergies Québec-France, tout en favorisant la collaboration interdisciplinaire pour une innovation responsable et durable. >> S’inscrire

Le vieillissement mondial s’accompagne d’une hausse des cancers, exigeant des approches personnalisées pour les personnes aînées. Ce projet vise à améliorer les parcours de soins, soutenir les patients et leurs proches, et promouvoir des solutions durables grâce à la collaboration entre milieux médicaux, communautaires et chercheurs. Objectif : bâtir une vision inclusive et transformer la prise en charge des aînés atteints de cancer. >> S’inscrire

 

Mardi 7 octobre

Le colloque explore les soins centrés sur les objectifs de vie, une approche qui place les priorités des patients au cœur des décisions médicales, de la prévention aux soins palliatifs. Face à des besoins de santé de plus en plus complexes, cette stratégie mise sur des solutions multidisciplinaires et collaboratives. France et Québec croiseront leurs expériences pour imaginer des pratiques plus durables, efficaces et humaines. >> S’inscrire

Ce symposium sur l’alimentation durable explore les transitions nécessaires pour rendre nos systèmes alimentaires plus résilients face aux défis environnementaux, sanitaires et socioculturels. Après une matinée de visites d’infrastructures, l’après-midi abordera les impacts des aliments ultra-transformés, l’évolution des pratiques alimentaires et leurs leviers socioculturels, les filières laitières, entre optimisation des élevages, qualité nutritionnelle et nouvelles habitudes de consommation et deux tables rondes réuniront chercheurs, industriels et institutionnels français et québécois pour identifier des pistes d’action communes et favoriser des stratégies durables. >> S’inscrire

Cette matinée-atelier explore les liens entre le Québec et la région Auvergne-Rhône-Alpes autour des langues et du patrimoine partagés. Chercheurs, professionnels, associations et citoyens échangeront autour de projets concrets pour valoriser la place du français, renforcer les pratiques éducatives et culturelles, et analyser le rôle des communautés dans les réseaux transnationaux. Objectif : créer un réseau commun entre acteurs associatifs, éducatifs et scientifiques pour mieux articuler inclusion culturelle et résilience urbaine, et faire de la langue et du patrimoine de véritables passerelles citoyennes. >> S’inscrire

Mercredi 8 octobre

Face à la hausse des maladies chroniques, le partage et l’application des connaissances en prévention primaire sont essentiels pour transformer la recherche en actions concrètes. Ce colloque interdisciplinaire réunira chercheurs, décideurs, entreprises et acteurs de terrain pour croiser les expériences en prévention des cancers et santé mentale, identifier les freins, partager les bonnes pratiques et co-construire des solutions innovantes. Objectif : bâtir une feuille de route pour renforcer l’efficacité, la durabilité et l’impact des politiques de prévention. >> S’inscrire

Cette journée favorise la réflexion entre acteur·rices québécois et français sur l’approche Une Seule Santé (USS) en milieu urbain et son intégration dans la santé publique. À partir de cas pratiques, l’identification d’invariants méthodologiques (transdisciplinarité, science participative, intersectorialité) permettra de passer de la théorie à l’action. Cette rencontre offrira aussi un espace d’échanges sur la faisabilité et les méthodes pour déployer l’approche USS dans les politiques publiques des villes en France et au Québec. >> S’inscrire

Après une conférence introductive sur l’impact de nos modes de vie sur l’équilibre hôte-microbiote, trois sessions structureront le programme : Diagnostic : prédire le risque d’infection, l’efficacité et la tolérance des traitements ; Traitement : restaurer la symbiose via transplantation fécale, nutrition ou probiotiques de nouvelle génération ; Développement : accompagner la structuration de la recherche aux Hospices Civils de Lyon et au CHU de Montréal. Une conférence finale explorera les enjeux éthiques, réglementaires, médico-économiques et sociétaux d’une médecine intégrant pleinement la symbiose. >> S’inscrire

Le projet « Les jeunesses francophones : quels nouveaux repères pour la représentation de soi et l’inclusion ? » propose une journée d’échanges entre grand public, société civile et communauté universitaire. Porté par l’Université Jean Moulin Lyon 3, l’Université d’Ottawa et La Caravane des Dix Mots, l’événement mêlera interventions d’experts (sciences politiques, droit, linguistique, arts) et ateliers participatifs pour valoriser les initiatives favorisant l’épanouissement et la diversité des parcours francophones des jeunesses en mobilité. La journée sera diffusée en direct et disponible en replay. >> S’inscrire

Face à la montée des résistances aux politiques d’équité, diversité et inclusion (EDI), cette journée vise à mobiliser celles et ceux qui agissent pour la justice sociale. Chercheurs, chargés de mission, acteurs et autrices du terrain et professionnels échangeront autour des dynamiques de discrimination et d’exclusion. En croisant approches scientifiques et expériences de terrain, les participants repartiront avec des clés d’action pour défendre l’EDI et impulser des changements durables. >> S’inscrire

Ce colloque explore les outils et indicateurs de l’économie circulaire pour évaluer, suivre et accélérer sa mise en œuvre. Il abordera l’adaptation de ces méthodes aux différents contextes (territoires, organisations, etc.), ainsi que la représentation et la diffusion des données. Seront notamment présentés : analyses des flux de matières, outils de scénarisation, bases de données et mesures de circularité, afin de dresser un état des connaissances et d’identifier les pistes de recherche et d’application les plus prometteuses. >> S’inscrire

>> Pour découvrir la programmation complète, rendez-vous sur le site :

Entretiens Jacques Cartier

Démantèlement de l’USAID : quel impact sur l’inclusion financière ?

DDémantèlement de l’USAID : quel impact sur l’inclusion financière ?

Au cours des dernières années, l’inclusion financière s’est imposée comme un axe central du développement économique, agissant comme un catalyseur pour atteindre sept des dix-sept Objectifs de Développement Durable (ODD). En favorisant la croissance économique, en promouvant l’autonomisation économique des femmes et en contribuant à la réduction de la pauvreté, l’inclusion financière joue un rôle crucial dans la promotion d’un développement inclusif et durable. 

Nos recherches ont démontré une amélioration significative de l’accès aux services financiers via le numérique au cours des deux dernières décennies, notamment dans les pays africains. L’Agence des États-Unis pour le Développement International (USAID) a joué un rôle clé dans cette avancée, et son démantèlement par l’administration Trump pourrait compromettre ces progrès dans ce domaine et bien d’autres.

[…]

Auteure : Sandra Challita, professeure et chercheuse, emlyon business school

 

>> Lire l’article complet sur :

knowledge@emlyon

 

Cantines scolaires : comment se manifestent les goûts et s’organisent les relations sociales ?

CCantines scolaires : comment se manifestent les goûts et s’organisent les relations sociales ?

Nous voilà encore à table !

Dans ce troisième et dernier podcast dont le triptyque est consacré aux cantines scolaires, nous abordons l’enfance et plus particulièrement comment au sein d’une cantine, les relations sociales s’articulent, les goûts se manifestent, ou encore les enfants s’expriment…

C’est Élodie Leszczak, doctorante en 2e année au laboratoire Triangle qui nous éclaire, puisque son travail de recherche porte sur « Des normes dans l’assiette : la cantine scolaire, entre production et réception du « bien manger »« .

Alors, prêts à aller à la cantine avec les podcasts de Triangle ! ?

> Écoutez le podcast :

> Lire la retranscription des propos de l’interview :

Comment s’organisent les relations entre les enfants dans une cantine ? Constatez-vous des jeux de pouvoir ou non par exemple ?

Elodie Leszczak – Absolument ! Alors que la cantine est pensée comme un moment de pause, de détente au sein de la journée à l’école, nous sommes nombreux à en avoir des souvenirs négatifs, comme le fait de se faire voler de la nourriture, d’y être harcelé ou d’y manger seul, à l’écart. Ce sont encore des choses qu’on observe sur le terrain, comme le fait que les grands demandent de la nourriture aux plus petits en étant très insistants, de sorte qu’on ne sait pas si le don était volontaire ou pas vraiment. Les adultes font ce qu’ils peuvent pour le limiter, mais ils sont en sous-effectif dans certaines cantines.

Comment se regroupent les enfants dans une cantine ? Est-ce la disposition des tables, les préférences alimentaires, les amitiés.. qui jouent un rôle ?

E.L. – Les filles en particulier utilisent la cantine comme un espace de réaffirmation de leurs liens d’affinité : elles y mangent entre amies, y discutent, s’assurent que leurs amies ne mangent pas seules, attendent que toutes leurs amies aient fini de manger avant de se lever et de partir. Il y a des pratiques plus conflictuelles, comme le fait de s’approprier l’espace (une table proche de la queue pour le rab, par exemple). On remarque aussi que lorsque les enfants choisissent où ils s’assoient, les tables sont très majoritairement non-mixtes. Seul un petit nombre de garçons accepte régulièrement de manger avec des filles.

© Pixabay

Selon le genre, les interactions sociales sont-elles différentes ? Pourquoi ?

E.L. -Oui. Les filles ont tendance à être plus respectueuses et obéissantes, alors que les garçons se permettent des pratiques plus transgressives : tous les vols de nourriture que nous avons observés dans la file du self concernaient des garçons – il est même arrivé que ceux-ci s’en vantent auprès de nous. Les garçons bougent davantage : ils se bagarrent « pour rire », embêtent leurs voisins en tapant dans leur chaise, se lèvent de leur table, parlent avec des élèves assis à d’autres tables, alors que les filles communiquent davantage uniquement avec les voisines de table, et contribuent donc moins au bruit dans le réfectoire. Dans les rares cas où les filles ont des comportements plus conflictuels, elles sont « rappelées à l’ordre » : une fille bouscule un garçon dans la file d’attente, il essaie alors de l’empêcher de passer et la suit jusqu’à sa table pour exiger des excuses.

Les interactions entre les élèves et les agents sont aussi genrées : les garçons se plaignent davantage des repas, et sont plus souvent perçus comme ingrats par les agents.

Qu’est-ce-que les enfants recherchent comme nourriture ? Comment ils l’expriment ?

E.L. – Lorsque je leur demande ce qu’ils aimeraient manger à la cantine, ils réclament en majorité des plats issus de la restauration rapide, comme les burgers, les kebabs, les frites ou les churros. Comme le montrent des travaux en cours comme la thèse d’Audrey Bister, les plats préférés des enfants sont souvent ceux qu’ils consomment chez eux le weekend ou durant des fêtes, exceptionnellement, comme la paëlla. Et à l’école, ils expriment ces préférences assez éloignées du plateau moyen à la cantine de façon plutôt claire, en commentant à haute voix que le plat ne leur convient pas ou les dégoûte, parfois à proximité des agents de cantine qui les ont préparés…

Connaissent-ils bien les aliments  ?

E.L. – Au début de ma thèse, quand j’allais parler avec les enfants pendant leur repas, je leur demandais leur avis sur le menu ; maintenant, j’ai tendance à commencer en leur demandant ce qu’ils mangent. En effet, j’ai été étonnée du nombre d’enfants ne reconnaissant pas des aliments, parfois très communs, même après qu’ils aient vu le menu du jour ou qu’on le leur ait lu. Cela peut prêter à sourire quand ils confondent chou-fleur et fromage par exemple, mais cela dit quelque chose de leur faible consommation de nombreux légumes notamment. Certains agents considèrent que les enfants ont un répertoire alimentaire plus faible qu’il y a 10 ou 20 ans, car ils mangeraient souvent la même chose chez eux (des pâtes, des produits industriels comme les nuggets).

En conclusion : diriez-vous que la cantine est un lieu d’inclusion sociale ou pas ?  Un autre lieu d’apprentissage des normes sociales ?

E.L. – Pour les chercheurs, la cantine est un vrai observatoire de plusieurs phénomènes sociaux : les relations d’affinité, d’inimitié et de pouvoir entre les enfants, leurs pratiques et goûts alimentaires, ou encore la place de l’alimentation ou plus généralement du corps à l’école. Elle est un lieu de socialisation et peut transmettre des normes alimentaires et en cela contribuer à l’intégration de certains élèves, comme les enfants de migrants. Mais elle participe et révèle aussi des exclusions. On a mentionné le mépris d’une partie du personnel éducatif pour les agents de cantine. Mais un autre point qu’il faut souligner à propos de la cantine comme lieu d’exclusion, c’est qu’alors qu’elle est apparue au XIXe siècle pour nourrir les enfants des classes populaires, elle fait aujourd’hui l’objet d’une désaffection massive dans les quartiers les plus pauvres et est surtout fréquentée par les élèves de classes moyennes et supérieures.

Et vous Elodie, allez- vous parfois à la cantine en tant qu’étudiante ?

E.L. – Presque tous les jours de semaine ! J’en profite pour saluer le travail des agents du CROUS de l’ENS DE LYON, qu’on a beaucoup de chance d’avoir sur le campus.

Et cuisinez-vous ? Et quel est votre plat favori ?

E.L. – Et oui, je n’ai pas choisi ce sujet par hasard – j’aime cuisiner. Mon plat préféré est polonais : les krokiety, des crêpes farcies de chou, pliées et panées.


Précédemment : cantines scolaires : métier passion, ou métier alimentaire ?

> À suivre…

Un tout nouveau podcast et une autre thématique !

>> Pour en savoir plus :

Triptyque – Laboratoire Triangle

Repenser l’espace urbain pour les personnes autistes

RRepenser l’espace urbain pour les personnes autistes

AutiSenCité est un projet de recherche participative en faveur de l’inclusion des personnes autistes dans la ville. Nous avons interviewé Marie PIÉRON, élue à la Ville d’Ivry pour qu’elle nous présente ce projet qui a reçu le financement l’Agence Nationale de Recherche. Ce projet vise à favoriser l’autonomie et améliorer la qualité de vie des personnes autistes dans la ville, ainsi qu’à comprendre et atténuer les difficultés qu’elles rencontrent lors de leurs déplacements urbains.

>> Retrouvez l’interview complète de Marie Piéron, la coordinatrice du projet, sur le site iMIND

Inclusion dans l’enseignement supérieur pour les personnes avec des troubles du neurodéveloppement : constat et perspectives

IInclusion dans l’enseignement supérieur pour les personnes avec des troubles du neurodéveloppement : constat et perspectives

L’inclusion dans l’enseignement supérieur constitue un principe essentiel visant à assurer un accès équitable à l’éducation pour tous, quelles que soient leurs différences et leurs besoins spécifiques. C’est non seulement une question de justice sociale, mais aussi un impératif pour valoriser pleinement les talents et les contributions de chacun au sein de la société.

Parmi les groupes nécessitant une attention particulière figurent les personnes présentant des troubles du neurodéveloppement (TND) tels que les troubles du spectre autistique (TSA), le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH), les troubles dyslexiques (DYS), et d’autres encore. Leur nombre croissant dans l’enseignement supérieur souligne l’importance de répondre adéquatement à leurs besoins. Cependant, malgré les efforts déployés, il est évident que l’enseignement supérieur peine encore à fournir les ajustements et le soutien nécessaires à ces personnes. Ces aménagements sont pourtant cruciaux pour leur réussite académique et à plus long terme leur estime de soi. Face à ce constat, il est important de se demander pourquoi cette situation persiste. Quels sont les défis rencontrés par les personnes atteintes de troubles du neurodéveloppement lorsqu’elles évoluent dans l’enseignement supérieur ? Comment pouvons-nous faire évoluer les pratiques et les perceptions pour favoriser une véritable inclusion ?

Dans le cadre de ce webinaire, nous aurons l’opportunité d’entendre différentes perspectives grâce à nos deux intervenants: Alexandre Arbey, maître de conférences et lui-même concerné par les TSA, partagera son point de vue en tant qu’enseignant-chercheur, tandis que Michel Allouche, responsable du SESSAD les Passementiers, nourrira notre réflexion en partant du point de vue des étudiants qu’il accompagne dans leur parcours scolaire.

Intervenants :

  • Alexandre Arbey, enseignant-chercheur à l’Institut de Physique des deux Infinis de Lyon (IP2I)
  • Michel Allouche, responsable du SESSAD les Passementiers de l’hôpital du Vinatier et responsable partenariat du Centre d’Excellence iMIND

>> Pour accéder au webinaire, rendez-vous sur la page :

iMIND

 

ALL INCLUSIVE : Accès au Livre et à la Lecture inclusive

AALL INCLUSIVE : Accès au Livre et à la Lecture inclusive

La journée d’études ALL INCLUSIVE : Accès au Livre et à la Lecture inclusive est un grand rendez-vous ouvert à tous, organisé par l’Enssib et la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France, qui vise à rassembler l’ensemble des professionnels du secteur du livre et de la lecture, les chercheurs en sciences de l’information, des bibliothèques et de l’accessibilité, ainsi que le Ministère de la Culture .

Consultez le programme sur le site de l’Enssib.

Une matinée sera dédiée aux conférences autour de l’accessibilité numérique et une après-midi consacrée à des ateliers pratiques visant à faire découvrir des dispositifs d’accessibilité numérique.

La journée sera inaugurée par Nathalie Marcerou-Ramel, directrice de l’Enssib et Bruno Gendron, président de la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France.

INSCRIPTION

 

Lutte contre les violences sexistes et sexuelles : quelles avancées après #metoo ?

LLutte contre les violences sexistes et sexuelles : quelles avancées après #metoo ?

Organisée dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes, cette conférence fera l’état du sexisme en France, qui semble perdurer et forme le lit des violences sexistes et sexuelles. Nos intervenantes prendront appui sur l’un des derniers rapports du Haut Conseil de l’Égalité pour parler de cette question. Il s’agira également de présenter les dispositifs et actions portés par l’Université Jean Moulin Lyon 3 dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Animée par : Gaëlle Marti, professeure de droit public à l’Université Jean Moulin Lyon 3, et Mathilde Philip-Gay, professeure de droit public et vice-présidente Égalité, laïcité et lutte contre toutes les discriminations à l’Université Jean Moulin Lyon 3.

Pour en savoir plus :

Bibliothèques Universitaires Lyon 3

Penser ensemble l’inclusion dans la ville

PPenser ensemble l’inclusion dans la ville

De la neuroarchitecture à l’insertion professionnelle, en passant par le sport inclusif, nous explorerons les nombreuses façons de rendre notre société plus accueillante pour les personnes ayant des troubles du neuro-développement.

Le GIS autisme et troubles du neuro-développement et le Centre d’excellence iMIND vous proposent une journée de réflexion sur la thématique novatrice de l’inclusion dans la ville, animée par Agnès Jolivet Chauveau, co-fondatrice de la Formidable Armada.

Pour en savoir plus :

 iMIND