Le portrait de la réussite : Jules Hardouin-Mansart | Collections & Patrimoine

LLe portrait de la réussite : Jules Hardouin-Mansart | Collections & Patrimoine

Jules Hardouin-Mansart

© J.-P. Cherinian – Université Lumière Lyon2

« Est-ce Louis XIV ? Est-ce Molière ? » Demandent souvent les visiteurs du MuMo. Il s’agit en réalité de Jules Hardouin-Mansart. Aujourd’hui on vous en dit plus sur ce personnage.

Le buste de Jules Hardouin-Mansart a été sculpté par Jean-Louis Lemoyne en 1703. Il s’agit d’une œuvre en marbre conservée à Paris, au musée du Louvre (inv. M.R.2640).

Le MuMo en conserve une version en plâtre réalisée au XIXe ou XXe siècle, et exposée dans l’espace d’accueil du musée (inv. M484).

Jules Hardouin-Mansart

© J.-P. Cherinian – Université Lumière Lyon2

Un homme au visage replet regarde vers sa gauche. Il porte une imposante perruque de cheveux bouclés, qui viennent couvrir sur son buste son jabot de dentelles. Les textures des tissus en linon, des dentelle ou velours, des cheveux cascadant et de la peau légèrement détendue sont caractérisées de façon très sensible.

Cet homme dans la fleur de l’âge est Jules Hardouin-Mansart (1645-1708), petit-neveu de François Mansart à qui l’on doit le château de Maisons-Laffite* ou l’église du Val de Grâce*. Il suit la même carrière que son ancêtre et reste le célèbre architecte du château de Versailles, de Marly* ou encore des Invalides*. Il est, au moment de la réalisation de ce portrait, Surintendant des bâtiments du roi Louis XIV.

Ce portrait d’apparat le montre en pleine réussite sociale : il porte la croix de l’Ordre de Saint-Michel, ce qui est une consécration pour un artiste. Son sourire est présent mais légèrement hautain, distant, soulignant sa supériorité sociale.

© J.-P. Cherinian – Université Lumière Lyon 2

Cette sculpture est le morceau de réception à l’Académie royale de Peinture et de Sculpture de Jean-Louis Lemoyne (1665-1755). C’est grâce à ces morceaux de réception que les artistes peuvent entrer à l’Académie et bénéficier d’une certaine sécurité, aussi bien sociale que financière. Il s’agit d’un procédé proche des chefs d’œuvre qui doivent parachever la formation des compagnons du devoir.

Lemoyne se compare ici à son maître, Coysevox, qui avait réalisé un portrait du même Jules Hardouin-Mansart quelques années plus tôt, en réutilisant l’iconographie d’un autre portrait de son maître décrivant cette fois Louis XIV.

Si Lemoyne n’est pas resté parmi les sculpteurs les plus célèbres du XVIIIe siècle, il devient néanmoins le portraitiste du Régent, Philippe d’Orléans, et réalise plusieurs portraits de Louis XIV.

Il a obtenu un certain succès avec cette œuvre représentant Jules Hardouin-Mansart, qui a été fondue en bronze aux frais du modèle et exposée dès l’année suivante au Salon* de 1704. Elle a aussi été diffusée sous la forme de reproductions en plâtre.

Bien que nous ne connaissions pas d’archives relatives à cette collection, il est probable que le moulage du MuMo fasse partie de la collection moderne qui arrive au musée dans les années 1920. Néanmoins, la présence du cachet sur le piédouche (base du buste) pourrait indiquer que l’œuvre a été réalisée dans les ateliers de moulages des musées nationaux, au Louvre. On ne saurait cependant dire précisément à quelle date.

Pour profiter de cette bouffée de XVIIIe siècle, il suffira de franchir les portes du Musée des Moulages et de vous tourner sur votre droite. On vous y accueillera avec joie dès que possible.

 

Glossaire

*Château de Maisons-Laffite : Ce château situé dans les Yvelines, œuvre de François Mansart (1598-1666), est bâti vers 1640. Il est resté célèbre car il incarne la transition entre une Renaissance française finissante et une architecture classique dont Mansart est le grand précurseur français.

*Eglise du Val de Grâce : Elle a également été érigée en suivant des plans de François Mansart, à partir de 1645. Il s’agissait de l’église de l’Abbaye royale du Val de Grâce, qui a depuis été transformé en hôpital militaire.

*Marly : Il s’agit de l’un des principaux châteaux de plaisance de Louis XIV : il se trouvait à Marly-le-Roi, dans les Yvelines. Malheureusement détruit, il avait été érigé entre 1678 et 1696, au sein d’un parc paysagé créé pour en être à ce monument qui s’organisait en une série de pavillons.

*Les Invalides : Ce monument a été réalisé sur un ordre donné par Louis XIV en 1670 : il souhaite bâtir un lieu pour abriter les invalides de guerre. Cet édifice est un des manifestes de l’architecture classique française. Il accueille aujourd’hui le musée de l’armée.

*Salon : Le Salon est une manifestation artistique créée à la demande de Mazarin en 1673, qui a eu lieu jusqu’en 1880. Il permettait aux artistes appartenant à l’Académie Royale de peinture et de sculpture d’y montrer leurs travaux. Il avait traditionnellement lieu dans le Salon carré du Louvre, et réunissait l’art le plus contemporain. C’était aussi un des lieux où s’exprimait le plus vivement la critique d’art.

 

Lina Roy – Musée des moulages – Université Lumière Lyon 2

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