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Une expérience de la vie d’un migrant

UUne expérience de la vie d’un migrant

Que peuvent avoir en commun des migrants, des chercheurs et une metteuse en scène ? Si vous donnez votre langue au chat, c’est que vous ne connaissez pas l’expérience théâtrale « une communication (im)possible? ».

CCommunication (im)possible : une performance théâtrale

À l’origine, « communication (im)possible » est un projet de recherche qui s’intéresse à l’intercompréhension entre personnes qui ne parlent pas la même langue, en particulier entre migrants et personnels de santé. Ce projet cherche ainsi à décrire les ressources utilisées par les personnes pour surmonter les obstacles linguistiques. Les chercheurs du laboratoire d’excellence ASLAN ont eu l’idée de travailler avec une metteuse en scène afin de construire une mise en situation fictive du public comme migrant. Celui-ci ne comprend au départ ni son rôle, ni la langue de son interlocuteur. À lui de trouver d’autres moyens pour communiquer.

Pour en savoir plus sur cette « expérience de la vie d’un migrant », retrouvez l’article sur le site du LabEx ASLAN.

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FESTIVAL INTERFÉRENCES CINÉMA DOCUMENTAIRE DÉBAT PUBLIC

FFESTIVAL INTERFÉRENCES CINÉMA DOCUMENTAIRE DÉBAT PUBLIC

Souvent considérée comme relevant de l’intime, la sphère familiale est en réalité socialement et politiquement très investie. Les manières dont elle se recompose aujourd’hui introduisent de nouveaux enjeux juridiques, certes, mais aussi politiques.
Comment composer avec les diverses problématiques anthropologiques, sociales et éthiques qui se jouent désormais au grand jour ?

LES FILMS :

F.A.M.I.L.L.E
JESSICA CHAMPEAUX
BELGIQUE | 2017 | 62 MINUTES
C’est le film d’une enquête personnelle sur la procréation médicalement assistée (PMA) et la naissance d’un autre regard sur une institution que l’on connaît tous et que l’on appelle F.A.M.I.L.L.E.

LE  GENITEUR
La montagne abandonnée
FRANCE | 2017 | 15 MINUTES
M est régulièrement contacté sur le web pour ses dons de sperme par des femmes interdites de PMA (car lesbiennes ou célibataires). Mais que pousse un père refusant la paternité à multiplier ces expériences ?

EN PRÉSENCE DE
LAURENCE TAIN
Sociologue, enseignante-chercheuse à
l’Université Lumière Lyon 2, membre du
Centre Max Weber (équipe dynamiques sociales
et politiques de la vie privée)

ANIMÉ PAR :

Pascale Dufraisse et Dominique Savoyat

INFOS PRATIQUES

Le site du festival

Réservez votre place

ENTRÉE LIBRE

Organisé par l’association Scènes publiques

 

FESTIVAL INTERFÉRENCES CINÉMA DOCUMENTAIRE DÉBAT PUBLIC

FFESTIVAL INTERFÉRENCES CINÉMA DOCUMENTAIRE DÉBAT PUBLIC

Les conditions dégradées dans lesquelles nous travaillons s’invitent dans notre hors travail, dans nos nuits. Elles envahissent nos rêves et font sourdre en ceux-ci images étonnantes et récits chargés d’étrangeté.

LES FILMS :

RÊVER SOUS LE CAPITALISME
SOPHIE BRUNEAU
2017 | BELGIQUE | 63 MIN
ALTER EGO FILMS

Douze personnes racontent puis interprètent le souvenir d’un rêve de travail. Ces âmes que l’on malmène décrivent, de façon poétique et politique, leur souffrance subjective au travail. Peu à peu, les rêveurs et leurs rêves font le portrait d’un monde dominé par le capitalisme néolibéral.

T.E.U VOL.1
LASSE NAERAA SMITH
2018 | DANEMARK | 8 MIN
THE OPEN WORKSHOP

La logistique de la conteneurisation est si complexe que, vue de loin, elle pourrait être un organisme à part entière. Un organisme qui façonne le monde tel que nous le connaissons et dont le but est proportionnel à la fascination de l’homme pour la croissance et la consommation.

EN PRÉSENCE DE

PHILIPPE SARNIN
Professeur de Psychologie du Travail et des Organisations

ANNE JAKOWLEFF
Psychologue du travail, prévention risques professionnels

 

Exilé en sursis

EExilé en sursis

Comprendre les phénomènes migratoires contemporains, c’est également s’intéresser aux parcours, au rapport à l’espace et aux circulations des exilés dans nos villes. Une nouvelle lecture de nos espaces quotidiens s’offre alors à nous – et nous permet de mieux comprendre la lourde réalité de l’ultime étape du parcours souvent périlleux des migrants.

A l’arrivée, il faut nouer des relations, s’informer, survivre, se déplacer, tuer l’ennui … en même temps que l’administration publique acte une destinée : légal ou illégal … recevable ou irrecevable … ?

Autant d’étapes et de réalités auxquelles de nombreuses personnes sont confrontées chaque jour et depuis très longtemps.

 

 Exilé en sursis. Aux aurores d'une belle journée d'été, X arrive en gare. Voie C, il sort du TGV 9240 en provenance de Modane. Un large panneau bleu indique : GARE DE LYON PART-DIEU. Il y a encore 15 jours il s'asseyait au fond d'un zodiac surchargé, fuyant trois années d'enfer libyen. Parcours. Une fiction interactive produite par l'Université de Lyon dans le cadre des 13e rencontres Et si on en parlait. [Direction Culture, Sciences Société : Samuel Belaud] [Master VEU : Johanna Lubineau ; Eya Naimi ; Lucas Hurstel]

@Myrelingot

TTerminus ?

En arrivant en gare, X entre dans la ville par la grande porte. Cet espace est autant pour lui l’aboutissement d’un long déplacement, qu’un lieu de passage où il va commencer à éprouver une nouvelle et particulière phase : l’attente.

C’est aussi une étape dans son projet migratoire où, comme tout au long de son déplacement, il fera appel à une logistique des relations, sollicitera de la ressource financière et des connaissances pratiques et pragmatiques sur les infrastructures que X va rencontrer. Ici, les migrants trouvent à la place de lieux d’accueil moins présents que par le passé (cafés et hôtels), le centre commercial et la bibliothèque. L’historienne Manuella Martini explique* que longtemps près des gares (ces “portes de la migration”), on trouvait des bâtiments dédiés aux visites administratives, médicales que devaient passer les nouveaux arrivants. Aujourd’hui ces structures font toujours parties du bâti, mais sont intégrées à la ville et non plus clairement présentes dans les lieux d’arrivée.

Pour X, les gares ne semblent pas tournées vers l’accueil des populations et il fait face à une « vitrine ».

* M. Martini – Université Lumière Lyon 2 – LARHRA ; lors de la balade urbaine Balade urbaine « Traces des migrations dans la ville » – 25.11.17  [org. : Université de Lyon – Association Pas de côté].

La gare est la première image que X a de son lieu d’arrivée. Elle fait la transition entre l’échelle large du chemin de l’exil qui couvre plusieurs pays et celle, plus restreinte, de la seule ville où vont se concentrer ses démarches administratives, ses relations sociales et ses espoirs de construire un nouveau projet de vie.

S’organiser dans l’espace

X doit rapidement s’organiser pour s’adapter à l’espace, souvent contraint (par des barrières par exemple), et tirer parti de ce que les lieux autour de la gare peuvent lui offrir comme éléments de confort. Utiliser un espace qui ne lui est pas destiné de prime abord, c’est devoir interagir avec d’autres migrants pour s’insérer dans le fonctionnement des lieux. Le centre commercial revient plus souvent dans ses pratiques que la bibliothèque (située à côté), car paradoxalement plus accueillant, sans sas d’accès ni barrière.

Il offre la possibilité d’accéder à des sanitaires, de recharger son téléphone, d’accéder à internet dans un espace aux fonctionnalités très lisibles et que X n’est pas seul à utiliser.

Lyon_Gare_Part-Dieu_migration_Pour lui, recréer avec d’autres migrants une organisation pratique, pour la surveillance des biens de chacun par exemple, ou bien élaborer un gouvernement fictif, c’est aussi commencer à reconstituer sa citoyenneté.

 

Les migrants arrivant en gare se heurtent aussi aux imaginaires que nous projetons (dans l’espace et à propos des migrants eux-mêmes).

De façon concrète, X peut ainsi faire face à une diversité d’aménagements destinés aux voyageurs, par exemple les espaces d’attente, qui ordonnent, sans injonction directe, leurs mouvements dans l’espace, mais qui ne permettent pas à X de les utiliser sur un temps long (Sauget, 2009).

Pourtant il est indispensable pour X de parvenir à s’approprier l’espace, matériellement et sensiblement, afin de ne pas tomber dans le “chaos”. Pour Vincent Veschambre l’appropriation de l’espace n’est pas seulement son occupation mais est porteuse de la “dimension spatiale des rapports sociaux”. X s’approprie donc autant l’espace de la gare qu’un voyageur quotidien, parce qu’il marque l’espace, le détourne et le valorise en lui donnant un autre sens. Un sens qui amène X a être stigmatisé, puisque l’appropriation de la gare en espace habité n’est pas envisagé par le reste de la population.

“L’appropriation de l’espace, définie de manière générale comme une mise en sens de l’espace, est indispensable au migrant pour qu’il ne tombe pas dans le chaos. Sa double dimension idéelle et matérielle a été soulignée par Di Méo (1998) et rappelée par Ripoll et Veschambre (2005 : 10) pour qui « penser en termes d’appropriation de l’espace conduit à envisager l’occupation ou l’usage de l’espace, mais aussi sa production et son détournement, son marquage, sa valorisation ou inversement sa stigmatisation »” (BRUSLE, 2010)

<captation sonore > témoignage

Balade urbaine « Traces des migrations dans la ville » – 25.11.17  [Université de Lyon – Antoine Dubos – Association Pas de côté]

 

Contacts et premières relations

La gare n’est pas seulement un lieu de passage, elle peut aussi être considérée comme un espace de relations et de ressources pour X.

Parfois hiérarchisés, les groupes humains qui s’établissent aux abords de la gare permettent bien souvent de rencontrer des personnes issues d’un même pays ou d’une même aire géographique. Dès lors l’arrivée solitaire prend une autre dimension et se transforme au contact de ces personnes ressources, permettant de s’orienter plus facilement dans la vie d’arrivant. Grâce à leur retour d’expériences, les migrants anciennement arrivés peuvent apporter des conseils qui facilitent l’entrée dans le territoire.

Ainsi la gare devient un lieu de “contact” majeur pour les populations migrantes. Roger Béteille qualifie ce genre d’espace d’“humain”. Il le divise entre l’espace géographique et l’espace relationnel. Le premier revient à considérer les espaces – au sens de leur spatialité – de départ, d’arrivé et d’étape (s’il y en a). Le second correspond aux “ […] liens complexes, concernant à la fois les groupes migrants et l’espace géographique dans lequel s’est développé le mouvement migratoire”.

En fait, on peut assimiler l’espace relationnel à un lieu où se nouent des relations avec des personnes émigrées ou autochtones. Dans le cas d’X, la gare Part-Dieu est bien un espace relationnel puisque lui comme les autres migrants ont des relations avec des semblables ou avec des travailleurs “locaux”.

Les personnes ressources peuvent être aussi bien elles-mêmes migrantes (plus ou moins avancées dans les démarches administratives), issues du monde associatif, administratif, etc.  En ce sens, la solidarité joue à plein dans le cadre des migrations de longue durée. Tout un tissu d’acteurs, dont de nombreux non-institutionnels, se met en place pour assurer un accueil aussi digne que possible des populations migrantes.

Finalement on pense bien souvent à la gare comme un lieu public de passage, le plus souvent associé à un espace vécu où la foule domine. Pour X, cela peut aussi être un espace qu’il s’approprie et où il peut établir des premières relations sociales avec les autres usagers ou travailleurs.

<captation sonore > témoignage

Balade urbaine « Traces des migrations dans la ville » – 25.11.17  [Université de Lyon – Antoine Dubos – Association Pas de côté]

Cet espace du quotidien que l’on qualifie parfois de non-lieu*, représente autre chose pour un public d’émigrés. La gare et en particulier ses abords représente un espace riche en ressources sociales. La fréquentation de la gare par des personnes dans des situations similaires, parfois d’aires géographique semblables, fait que cet espace constitue à lui seul un espace humain riche.

« D’après la définition de Marc Augé, un non-lieu est un espace interchangeable où l’être humain reste anonyme. Il s’agit par exemple des moyens de transport, des grandes chaînes hôtelières, des supermarchés, des aires d’autoroute, mais aussi des camps de réfugiés. L’homme ne vit pas et ne s’approprie pas ces espaces, avec lesquels il a plutôt une relation de consommation. » (AUGE, 1992)

VVille nouvelle  //  ville hostile

Les migrants sont surexposés dans l’espace public, du fait de leurs circulations urbaines caractéristiques (du squat des jardins publics à l’appréhension nouvelle du mobilier urbain, par exemple). Chacun s’approprie l’espace à sa manière, selon sa situation personnelle et ses conditions matérielles. Selon aussi les caractéristiques du territoire urbain et de son environnement (protection des intempéries), selon ses motivations (raisons du départ, représentations de l’espace d’arrivée et de ses habitants…), sa trajectoire biographique (migration solitaire, familiale, en groupe, etc.) et enfin selon les politiques locales à destination des migrants.

Dans tous les cas et nous l’avons constaté avec la gare ou le centre commercial, de nombreux arrivants passent la majeure partie de leur journée dans les espaces publics. Ces lieux constituent des endroits de pause, d’attente, d’échanges d’information. Des lieux-ressources et de sociabilité en somme. Pour tout nouvel arrivant au sein d’un espace social organisé, c’est une négociation de sa présence au sein de cet espace qui est à l’œuvre :

“Des stratégies de distinction s’engagent à l’intérieur d’un même espace-temps résidentiel [ici, une partie de l’espace public urbain lyonnais] entre les partenaires d’origines différentes que sont devenus les “entrants” et les “vieux nationaux” qui résistent à la pression des nouveaux venus”. (BASTENIER, 1993)

Reprenons le parcours de  X. Après une arrivée tumultueuse, solitaire et sans repère, il observe un paysage urbain bien différent de sa ville natale et il commence à identifier les fonctions sociales des différents lieux environnants. Il relève en face de lui une grande tour vers laquelle tout le monde semble se diriger.

 

Espace de repli

C’est le centre commercial « La Part-Dieu ». Nous l’avons évoqué précédemment, ce lieu devenu pour lui un refuge diurne, le protège des rigidités du climat et lui offre un sentiment de sécurité… Ce lieu a « augmenté » sa fonction principale de commerce avec celle de « refuge » pour certains néo-arrivants. Juste à côté du centre commercial, se situe la bibliothèque municipale, un autre espace d’abri dans lequel X trouvera plus tard (une fois évaporées les appréhensions d’un lieu “pas pensé pour lui”) de nouvelles fonctions de repos et de sécurité. Ce sera aussi pour lui l’occasion de se réinscrire dans des pratiques sociales et culturelles, avec un accès aux ouvrages et à internet.

Ces habitudes créent un sentiment de sécurisation du quotidien : les journées sont rythmées, les lieux sont connus et identifiés à certaines pratiques. Cela atténue un sentiment pesant d’insécurité et de solitude.

Mais l’ensemble des besoins d’X ne seront pas satisfaits dans le seul quartier de la Part Dieu. Pour trouver un point d’eau aisément accessible, un soutien psychologique, une aide et une information sur les droits qu’il peut faire valoir, pour engager les premières démarches administratives , …. X va opérer de nombreux déplacements fonctionnels qui constitueront le fil rouge de sa découverte de la ville.

 

Espaces de socialisation

Dans de nombreux récits les lignes de métro et de tramway constituent dans une trajectoire migratoire, la trame spatiale de la compréhension du territoire urbain.

Elles représentent le fil rouge que suit le migrant, parfois à pied, pour découvrir la ville. C’est un repère spatial primordial. Pour X,  c’est la ligne de tramway T1  qui a permis l’ouverture au territoire urbain. Reliant les stations « Debourg » et  « IUT Feysine », elle passe près des grandes institutions publiques de la ville, notamment la préfecture où  va déposer sa demande d’asile et la gare de La Part-Dieu qui constitue son lieu d’entrée à Lyon .

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Place D. Bahadourian – Lyon @Université de Lyon
Balade urbaine « Traces des migrations dans la ville » – 25.11.17 [Association Pas de côté]

À l’instar du centre commercial, d’autres espaces publics deviennent pour les migrants (en particulier les nouveaux arrivants) des espaces de socialisation*. La place Djebrail Bahadourian, renommée en hommage au fondateur l’épicerie éponyme en fait partie. Située dans le troisième arrondissement, près de la préfecture, plus précisément au sein du quartier de la Guillotière, elle est au cœur d’un espace d’accueil et de socialisation historique de différentes populations immigrantes. Cette place a été baptisée en hommage à l’épicerie arménienne de Djebrail Bahadourian : né en Anatolie turque, il est arrivé à Lyon, après une longue aventure de migration. Il a monté son premier magasin en 1929 juste en face de la place.

 

 

« S’approprier l’espace ne signifie pas uniquement maîtriser les lieux, c’est aussi apprendre à tisser un réseau relationnel dans les lieux : dans le capital spatial des hommes se loge un capital social. Ce dernier, thésaurisé, entretenu chaque année, prend progressivement de l’importance. Si les réseaux sociaux sont des facteurs de perpétuation des migrations (Massey, Arango et al., 1998), ils sont aussi attachés aux lieux dans lesquels ils s’inscrivent. L’ensemble des relations interpersonnelles que les migrants créent dans les lieux participe de la construction et de la valorisation de ces lieux. » (BRUSLE, 2010)

 

Les “espaces de socialisation” sont sans cesse remis en question et renouvelés (dans leurs usages), au fur et à mesure des passages de personnes qui n’y sont pas nécessairement attendues.

Il est rare de voir une place portant le nom d’un commerçant. la volonté de la ville de Lyon à sans doute été de faire reconnaître une certaine capacité d’accueil historique de la ville, de lui attribuer des valeurs de solidarité et d’ouverture à l’altérité. Peut-être s’agit-il aussi de mettre en avant un parcours migratoire d’intégration… Arrivera-t-il un jour où Monsieur X aussi aura une place à son nom ?

 

iimmigré catégorisé

Arrivé en France sans le sous ni hébergement, X doit entamer des démarches administratives s’il veut séjourner dans la légalité. Ne sachant pas vers qui se tourner, la police pourra être un intermédiaire pour lui. S’il rencontre des personnes ayant déjà été dans une situation similaire, X pourra se faire conseiller d’aller à la préfecture. C’est tout un processus d’apprentissage autour de la gestion légale des migrations auquel il va s’initier à partir de son arrivée.

X se rend en préfecture pour commencer les démarches d’obtention d’un titre de séjour ou pour déposer une demande de droit d’asile. Une file d’attente devant l’édifice public se dessine. A la fin, il se verra demandé de choisir entre deux directions : « étudiant étranger, rendez-vous asile, naturalisation par mariage » (à gauche) et « titre de séjour sauf étudiant étranger, titre de voyage » (à droite).

C’est à partir de ce moment-là que le jeu de la catégorisation commence.

La réduction des migrants à une catégorie traduit en fait un processus double. Premièrement, il conduit à « [mettre] en forme [le] monde social » (Martiniello, Simon 2005). On peut comprendre par cette formule que le fait de rationaliser l’environnement social par le classement de chaque individu dans une catégorie bien définissable, permette de “mieux” l’administrer, le quantifier et l’évaluer. Deuxièmement, la catégorisation est le moyen de distinguer des groupes qui seraient plus légitimes que d’autres à « participer à la vie démocratique et revendiquer éventuellement des droits » (Martiniello, Simon 2005).

L’usage des catégories ne se limite pas au champ politique. On peut citer le rôle des statisticiens qui en usent pour quantifier le type de répondants à une enquête, pour étudier les effets de telle ou telle politique sur un ou plusieurs catégories de population, etc. Le chercheur en sciences sociales peut lui aussi être convoqué dans l’ensemble des acteurs qui définissent, classent et séparent des groupes de personnes «homogènes» (Ibid.).

À l’inverse, on peut se poser la question de la construction de l’identité par les individus eux-mêmes. D’après Martiniello et Simon, la construction de l’identité est le fruit de rapports sociaux à plusieurs échelles (2005). Se jouent ici autant les rapports entre individus (interaction sociale entre deux personnes), l’échelle des représentations (collectives par rapport aux images personnelles) et plus largement le rapport au pouvoir (étatique et académique).

En somme, l’identité correspond à un questionnement sur plusieurs niveaux : à quel point je suis proche et je peux reproduire certaines actions de membres de ma famille ou de mes amis, comment j’adhère ou non à des croyances collectives et comment je me situe par rapport au débat politique ou scientifique. Pour élargir le débat sur l’utilisation des catégories, il parait judicieux de mettre en regard des événements historiques ou législatifs liés aux flux migratoires à partir de la fin du XXe siècle.

<captation sonore

Balade urbaine « Traces des migrations dans la ville » – 25.11.17  [Université de Lyon – Antoine Dubos – Association Pas de côté]

Au cours de la crise économique des années 1970 est apparue la notion de « clandestinité » dans le débat législatif.

Ce terme opère une distinction nouvelle entre deux migrants. Le clandestin est le migrant qui est dans une situation irrégulière sans pouvoir être régularisé immédiatement, qui ne peut donc prétendre de façon durable à l’accès au séjour régulier (Spire, 2005, p. 245 cité par Le Courant 2016, p. 24). Il est donc plus négatif que « l’irrégulier » qui lui a des chances d’être régularisé, en particulier à l’embauche. Dès lors, le champ politique s’est servi du clandestin comme bouc émissaire, il devient « source de menaces diverses, pour l’économie nationale et son système de protection sociale ou pour l’ordre public » (Le Courant ,2016, p. 24).

Une nouvelle crise économique secoue la planète à partir de 2007-2008 et le président de la République de l’époque (N. Sarkozy) institue un ministère de « l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire » (2007-2010).

Le débat médiatique a été intense durant cette période sur la façon dont l’immigration était pensée au sommet de l’Etat. La politique migratoire s’est principalement axée sur la notion d’immigration «choisie» comparée à l’immigration caractérisée jusqu’alors de «subie» par le gouvernement. Le sociologue Eric Fassin dans un article du monde diplomatique paru novembre 2009 souligne un paradoxe lié à cette rhétorique politique. Il y voit derrière le qualificatif de « choisie » la cohorte de migrants économiques, tandis que celui dit « subi » fait référence aux migrations pour raison familiale. Le paradoxe tient dans l’idée le fait que le migrant de travail a des logiques sociales et affectives qui entrent aussi en ligne de compte dans le choix de la migration, la rationalité n’est pas seulement économique. Inversement, les regroupements familiaux n’excluent pas les logiques économiques. Ainsi les politiques migratoires ont-elles tendance à se durcir lors de crises économiques.

Aujourd’hui, nous pouvons nous interroger à propos de la sémantique employée dans le débat public sur les migrations et le sens que revêtent les mots « migrants » et « réfugiés ». Selon Claire Rodier, directrice du GISTI (Groupe d'Information et de Soutien des Immigré.e.s) et co-fondatrice du réseau euro-africain Migreurop, cette « distinction […] vise à établir une hiérarchie entre les migrants dit économiques auxquels les États pourraient refuser l'accès à leur territoire, et les bons réfugiés qui méritent protection et accueil » (Foegle, Bourdier 2015, p. 2).

@Pizzettaro

La difficulté à employer un terme adéquat peut encore s’accentuer lorsqu’on considère les trajectoires biographiques des individus.

Ainsi nous ne pouvons pas penser les catégories de façon durable. Par exemple on peut être clandestin lors de la traversée de la mer Méditerranée, refuser la prise des empreintes digitale à l’arrivée en Grèce  (et éviter d’être “dubliné”), devenir irrégulier en passant par la France et déposer une demande d’asile une fois arrivé en Allemagne.

<captation sonore

Balade urbaine « Traces des migrations dans la ville » – 25.11.17  [Université de Lyon – Antoine Dubos – Association Pas de côté]

En somme, plusieurs acteurs utilisent des catégories pour décrire des groupes de personnes dans une logique de rationalisation du paysage social (essentialisation des groupes sociaux) et de reconnaissance de certaines minorités (assortie d’une légitimité et de droits sociaux).

Aussi, la construction d’une identité n’est pas que donnée. Elle s’affirme naturellement à des degrés divers d’interaction sociales.

LL’aTTENTE

Depuis qu’il a posé le pied sur le quai, X a cherché à pérenniser son séjour dans l’objectif d’obtenir une régularisation de sa situation. D’abord en s’appropriant des espaces (de repli, de confort, d’échanges, …); puis en les fréquentant assidûment et répétitivement. Alors, au moment d’entamer les démarches auprès des services administratifs, X sait qu’il sera encore davantage confronté à cet espace-temps où s’entremêlent les sentiments de désir, de frustration, de peur, d’ennui ou encore d’impatience : l’attente.

 « Les séquences interstitielles, ou temps d’arrêt, ou temps morts, qui s’insèrent dans les parcours migratoires et qui sont plus largement consubstantiels au mouvement lui-même, pour, de là, interroger les vécus, les socialisations labiles qui se mettent en place dans l’attente » (Kunth).

<captation sonore – Témoignage

Balade urbaine « Traces des migrations dans la ville » – 25.11.17  [Université de Lyon – Antoine Dubos – Association Pas de côté]

L’attente en situation migratoire est ce que Carolina Kobelinsky qualifie de « temps dilaté et espace rétréci ». Un moment où se confrontent d’un côté le sentiment d’ « inutilité sociale » (Giorgio Agamben), de l’autre la création d’effets de socialisation (solidarité, amitiés, loisirs, échanges économiques, entraide, démocraties de groupes) décrites au début de cet article.

Après la période d’arrivée et de prise de repère sur le lieu où il souhaite se fixer, X va devoir s’armer de patience au moment de procéder à la première étape officielle, l’enregistrement. Douze à quinze mois en moyenne, le sépare d’une décision définitive de l’État : titulaire ou débouté du droit d’asile. L’administration publique jalonne cette attente par de nombreuses étapes de procédures suivantes

“La confrontation de temporalités contradictoires, conjuguant temps longs et vides d’une part, et accélérations brutales d’autre part (lors des expulsions notamment). Privés de la maîtrise du présent et du futur, dépendants des temporalités institutionnelles, ces voyageurs n’ont d’autre choix que de vivre dans cette « double crainte temporelle ».” (VIDAL, MAKAREMI, MICHALON, 2015)

L’attente, c’est aussi pour X la précarité de celui qui a peur, qui n’est pas maître de son projet d’épanouissement personnel et professionnel.  Cette incertitude apparaît à la fois comme une cause d’instabilité psychique ou physique (fruits de l’inactivité) et une conséquence de logiques temporelles que seule l’administration maîtrise.

Balade urbaine sur les traces des migrations en ville. [Université de Lyon – Association Pas de côté]

 

Plus d’informations et de ressources issues des 13è rencontres Et si on en parlait « Migrations. Hommes et cultures en mouvements« 

Bibliographie

AUGE M., 1992, Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Le Seuil.

BACON L., PENICAUD M., 2015, « Penser la migration depuis les espaces de l’attente ». Compte-rendu du séminaire « Sources et méthodes ». En ligne : http://migrinter.hypotheses.org/2267

 

BASTENIER A., 1993, Immigration et espace public : La controverse de l’intégration, Paris, L’Harmattan.

BÉTEILLE R., 1981, « Une nouvelle approche géographique des faits migratoires : champs, relations, espaces relationnels », dans L’Espace géographique, n° 10, vol. 3, pp. 187‑197.

BRUSLE T., 2010, « Rendre l’étranger familier. Modes d’appropriation et de catégorisation de l’espace par les migrants népalais en Inde », Revue Européenne des Migrations Internationales, n° 26, vol. 2, pp. 77 – 94.

HENNION A., 2012, « La gare en action. Hautes turbulences et attentions basses », Communications, n° 90, vol. 1, pp. 175-195. En ligne : https://www.cairn.info/revue-communications-2012-1-page-175.htm

MARTINIELLO M. & SIMON P., 2005, « Les enjeux de la catégorisation : Rapports de domination et luttes autour de la représentation dans les sociétés post-migratoires », Revue européenne des migrations internationales, n° 21, vol. 2, pp. 7 – 18. En ligne : https://www.cairn.info/revue-europeenne-des-migrations-internationales-2005-2-page-1.htm

MAZZELA S., 2004, « Belsunce, laboratoire urbain de la migration ? (note critique) », n° 7, vol. 2, Terrains et Travaux : Revue de Sciences Sociales, pp.19-24.

POLINO M.-N., 2010, « Note de lecture » de l’ouvrage de SAUGET S., 2009, À la recherche des pas perdus. Une histoire des gares parisiennes (Paris, Tallandier, 241 p.), parue dans Revue d’histoire du XIXe siècle, n° 40. En ligne : http://journals.openedition.org.bibelec.univ-lyon2.fr/rh19/4010

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Ce travail a bénéficié d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre du programme d’Investissements d’avenir portant la référence ANR-17-CONV-0004.

Repenser les exils… Mémoire, Europe, humanitaire et solidarités.

RRepenser les exils… Mémoire, Europe, humanitaire et solidarités.

Le 28 novembre 2017 à Saint-Étienne s’est tenue la soirée de clôture des 13e rencontres Et si on en parlait, en collaboration avec Traces -Histoire mémoires & actualités des migrations -Rhône Alpes Auvergne.

À l’échelle planétaire et depuis l’avènement d’Homo sapiens, l’exil et les flux migratoires n’ont cessé de façonner les sociétés, d’entrechoquer les cultures et de se faire rencontrer les Hommes au rythme des conflits, des aléas climatiques, ou encore des opportunités commerciales.  4 vidéos pour comprendre les phénomènes migratoires et les traces laissées par ces croisements de populations dans notre Histoire … dans nos histoires.

Mettre et garder en mémoire ce que nos sociétés, notre droit, les arts et les territoires doivent à la diversité culturelle, autour de chercheurs (en sociologie, histoire, philosophie, droit, etc.), écrivains, artistes et représentants de la société civile.

Frontières. Effacer ou consolider ?

FFrontières. Effacer ou consolider ?

L’existence même des frontières est une invitation à les surpasser pour découvrir, se confronter, s’étendre, se rapprocher de l’altérité. Instituées depuis les prémisses de notre ère comme les remparts (symboliques ou fortifiés) nationaux et/ou identitaires des communautés, elles sont aujourd’hui représentatives des enjeux liés aux migrations contemporaines.

Découvrez certaines clés de compréhension des enjeux liés aux lignes démarquantes de notre monde.

> Podcast de la conférence-débat, avec Yvan Gastaut enregistrée le 18 octobre 2017 à l’Université de Lyon (Lyon 7è) dans le cadre des 13e rencontres « Et si on en parlait ».

  • Yvan Gastaut : Unité de Recherche Migrations et Société (Urmis) CNRD/IRD – Universités Paris Diderot – Nice Sophia Antipolis)
  • Soirée animée par Raphaël Ruffier Fossoul (rédacteur en chef – Lyon Capitale)
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Crédit photo : Manifestation pour le droit des migrant-e-s (Lausanne, le 9 mai 2015). DeGust-CC-BY-NC-ND

Regards sur la psychologie et les origines des migrations humaines

RRegards sur la psychologie et les origines des migrations humaines

À l′échelle planétaire et depuis l′avènement des premiers Hommes, l′exil et les flux migratoires n′ont cessé de façonner les sociétés, d′entrechoquer les cultures et de se faire rencontrer les populations au rythme des conflits, des aléas climatiques, ou encore des expansions (ethniques, religieuses, commerciales…).

Depuis le berceau africain, à quels enjeux psychosociaux liés à l’exil l′Homme a-t-il dû faire face ? Identité, origine, culture, altérité, intégration … depuis les premiers mouvements de notre espèce, qu’est ce qui (re)pousse les humains à migrer ?

L’homme est-il un animal qui a la bougeotte ?

 

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Et si on en parlait

Musiques hybrides … Harmonies migrantes

MMusiques hybrides … Harmonies migrantes

Les musiques dites ‘‘hybrides’’ se rencontrent et se métissent incessamment.

Au travers de cette application, parcourez de nombreux travaux de recherche participant à la compréhension et la découverte des musiques migrantes et de leurs interprètes qui, en croisant les rythmes et les identités harmoniques, révèlent des réalités sociales sous-jacentes et donnent à comprendre le monde qui nous entoure.

FRONTIÈRE(S)

FFRONTIÈRE(S)

Rarement les frontières n′ont suscité autant de controverses, de débats, d′inquiétudes et d′espoirs. Pourtant, en Europe, le 20e siècle avait fait émerger l′utopie d′un monde démocratique, où la stabilité et la paix faciliteraient la libre circulation des hommes et des marchandises dans
de vastes zones d′échanges économiques, synonymes de progrès, de prospérité. Une utopie dons la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 a marqué l′apogée. Cet idéal, en se concrétisant dans l′espace Schengen, est devenu une réalité pour les jeunes générations d′Européens.

Aujourd’hui, la crise à laquelle l′Europe fait face, de ces migrants et réfugiés qui par centaines de milliers fuient des zones de conflit et la pauvreté dans l′espoir d′une vie meilleure, semble avoir enterré le rêve d′un monde sans frontières. L′explication de ces difficultés réside probablement dans le fait
que les frontières expriment des réalités historiques, géographiques et humaines très complexes.

Cette exposition présente des clés historiques et géographiques pour comprendre les enjeux des frontières et de leur traversée aux XXe et XXIe siècles. Elle donne ainsi à voir les utopies et les craintes liées aux frontières dans un récit mêlant la grande Histoire des migrations, la géographie des frontières, les témoignages de la traversée et la sensibilité du regard artistique.

Exode(s) Charnel(s). Parcours de la migration à la prostitution

EExode(s) Charnel(s). Parcours de la migration à la prostitution

L’Université de Lyon propose une plongée fictionnelle et interactive basée sur des travaux de recherche et proposée dans le cadre de la 13e édition des rencontres « Et si on en parlait« .

A travers les parcours, fictifs, de trois prostituées originaires de Chine, du Nigéria et de Bulgarie, tentons de comprendre les logiques prostitutionnelles et de migrations. Des raisons de la prostitution, aux rites ou l’embrigadement dans des réseaux jusqu’à l’arrivée … cette immersion est l’occasion d’une analyse profonde des conditions sociales de vie et de « travail » des prostituées migrantes : la notion de dette, le rapport à l’identité, au corps et les rapports sociaux au sexe. Enfin il s’agira aussi d’étudier les possibles fins de parcours … comment s’en sortir ?

Donner à comprendre la prostitution par le prisme des migrations, c’est se détacher des regards contradictoires portés sur les prostituées elles-mêmes : à la fois victimes et participant de troubles à l’ordre public. Abordés depuis peu dans une réflexion associant les deux sujets, Migration et Prostitution recouvrent pourtant ensemble, une réalité socio-historique importante. En effet la population concernée et les terrains d’enquêtes ont pu paraître peu aisés à approcher (moins désormais) tant la conjonction de situations sociales stigmatisantes pousse ces personnes au ban de la Société.

À la lecture d’ Exodes charnels, nous constatons que depuis quelques dizaines d’années et grâce aux travaux précurseurs de plusieurs chercheur-e-s, les études relatives à cette minorité composée des femmes combinant les conditions de prostituées et de migrantes, permettent de donner des clés de compréhension de phénomènes plus larges de nos sociétés.

Nous observons également que pour ces femmes, l’intérêt propre ne prenant plus le pas, elles sont malgré elles poussées à une forme d’acceptation de brutalité ou d’insécurité. Et la condition de migrante ajoute à cela des « étapes de violences » (le rite, la dette, l’embrigadement, les filières de l’exil, etc.) à celles déjà importante des conditions in situ (sanitaires et sociales pour ne citer qu’elles). L’exploitation des corps se confond alors pour ces femmes dans une triple contrainte : pécuniaire (remboursement), de survie et de travail.

 

 

 

exodes-charnels.universite-lyon.fr