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Jeunes aidants : une jeunesse aux multiples visages | Triptyque

JJeunes aidants : une jeunesse aux multiples visages | Triptyque

 

(©)triangleJeunes aidants : que recouvre réellement cette expression ? 
Derrière ce terme, qui peut sembler simple, se cachent en réalité des situations très diverses. Les jeunes aidants ne forment pas un groupe homogène : leurs expériences varient selon leur âge, leur genre, mais aussi leur milieu social. Ces différences influencent la manière dont ils vivent et assument leur rôle au quotidien. Comprendre cette diversité est essentiel pour mieux saisir les enjeux qui entourent la réalité des jeunes aidants.

Et dans ce deuxième podcast, nous allons y apporter un éclairage, toujours en compagnie de  Diane BEDUCHAUD, doctorante à TRIANGLE., en 3ème année de sociologie dont le sujet de thèse est « Le sens (précoce) des responsabilités. » 

 

> Écoutez le podcast :

> Lire la retranscription des propos de l’interview :

On parle des « jeunes aidants », est-ce que cela veut dire qu’il y a une spécificité de l’aide des enfants et que tous les enfants aident de la même manière quelle que soit leur âge ?

Diane Beduchaud – Effectivement, les expériences d’aide au jeune âge ne sont pas uniformes, c’est d’ailleurs ce que l’on a montré dans un article que j’ai co-écrit avec Hélène Buisson Fenet.
Un premier élément important c’est qu’il existe une gradation des tâches au fil de l’avancée en âge, c’est à dire que les jeunes ne réalisent pas la même nature ni le mm volume de tâches lorsqu’ils sont enfants, adolescents ou jeunes adultes.
L’aide des plus jeunes (9-13 ans environ), elle se caractérise par une participation à des tâches du travail domestique (rangement, ménage,etc) et par la prise en charge de certains aspects du travail parental (surveillance des frères et sœurs). Ces jeunes enfants prennent aussi en charge une forme de travail émotionnel, ils apportant du soutien, une présence et une écoute. Je pense notamment à une fille de 14 ans qui m’expliquait e, entretien qu’elle avait plusieurs techniques pour apaiser son frère. Celui-ci est atteint d’un trouble autistique, et ce qu’elle fait c’est notamment mettre des sons qui l’apaisent pour l’aider à se calmer.
Avec l’adolescence et ensuite l’entrée dans l’âge adulte, l’aide va changer de nature, notamment par le passage de certains seuils tels que la conduite ou l’emploi rémunéré. Les jeunes peuvent alors aider un parent à se déplacer, en le conduisant en voiture à un rendez-vous chez le médecin par exemple, ils s’impliquent aussi dans l’aide administrative (gérer les documents, les rendez-vous) ou encore dans la coordination des aides professionnelles (par exemple répartir le passage des aides à domicile. Certains jeunes apportent également une aide financière. Je pense notamment à un jeune homme de 18 ans qui apporte une aide financière à sa mère, dont les revenus ont beaucoup baissé à la suite de plusieurs arrêts maladies.

Et est-ce que les aides sont différentes selon que l’on soit un garçon ou une fille ?

D.B. – Tout à fait l’aide varie aussi en fonction du genre : non seulement en matière d’investissement dans l’aide, mais aussi du point de vue de la nature des tâches réalisées. Alors c’est un résultat qui est déjà connu pour les aidants plus âgés, on sait qu’il y a une surreprésentation des femmes dans l’aide, notamment pour ce qui concerne l’aide intergénérationnelle. On sait que les femmes réalisent davantage de tâches d’hygiène ou de ménage quand les hommes se chargent plus des tâches administratives ou des relations avec les médecins.
Pour observer cette différence, ce que je fais dans ma recherche c’est que j’ai regardé ce qui se passait dans les fratries mixtes pour voir comment l’aide était répartie entre les frères et sœurs. J’ai notamment en tête le cas d’une famille nombreuse, dans laquelle les deux parents sont malades, le père a des troubles psychiques, et la mère a dû faire face à plusieurs opérations de santé. Dans cette famille, il y a également une petite fille qui est en situation de handicap. Et bien dans la fratrie, l’aide est surtout prise en charge par les filles aînées, celles-ci s’occupent de suppléer leur mère dans le soin aux enfants plus jeunes, puis lorsqu’elles quittent le domicile, et bien elles vont directement transférer la charge de l’aide à leur sœur cadette qui a 15 ans alors que le frère de 18 ans est présent au domicile.
Je pense aussi à une autre fratrie avec des jeunes adultes dans laquelle la mère est hospitalisée et le frère apporte une aide financière tandis que la sœur s’occupe davantage de l’administratif. Et dans ce cas on a un modèle type de répartition genrée, c’est un modèle qu’on appelle celui du breadwinner, c’est à dire que l’homme ramène une aide économique du fait d’un travail salarié à l’extérieur du domicile, quand la fille apporte une aide informelle à l’intérieur du foyer.

©pixabayEt peut-on dire que le fait de devenir un jeune aidant est lié à un milieu social ?

D.B. – C’est une question qui est très intéressante, car souvent c’est un aspect qui est balayé un peu trop vite quand on parle des jeunes aidants.
Toutes les enquêtes internationales et françaises le montrent : les jeunes aidants sont en majorité issus de milieux précaires, de familles monoparentales, avec des fratries nombreuses. De mon côté, la majeure partie des jeunes que j’ai rencontrés pour ma recherche sont issus de milieux populaires, voire des franges précarisées des milieux populaires.
Et cela est concordant avec ce que l’on sait sur les inégalités sociales de santé : en effet on sait que les maladies chroniques et le handicap sont beaucoup plus importantes dans les milieux populaires. Et ces deux phénomènes s’alimentent c’est à dire que les personnes issues de milieux populaires sont plus à risque de développer des maladies chroniques, du fait de le leurs conditions de vie mais aussi de leurs pratiques alimentaires, ou de leur rapport plus éloigné au monde médical. Mais cela fonctionne également dans l’autre sens, et lorsqu’on est malade ou en situation de handicap cette situation a tendance à entraîner un déclassement social, du fait de la perte de revenus que peut engendrer la maladie du fait de l’incapacité à exercer une activité professionnelle ou des dépenses de santé nécessaires.
Pour autant j’ai également rencontré des jeunes aidants issus des classes moyennes intellectuelles ou des classes supérieures. Mais ces enfants ne sont pas mis à contribution de la même manière que les jeunes des milieux populaires. Tout d’abord du fait des différences en matière de style éducatif parental, avec une tendance dans les milieux plus favorisés à moins investir les enfants dans des tâches d’aide domestique pour privilégier leur investissement dans la scolarité ou les loisirs. Mais aussi, du fait des différences en matière de réseaux mobilisés dans l’aide, avec dans ces familles des réseaux amicaux et familiaux bien plus présents et plus investis et qui permettent de déléguer la charge à d’autres adultes.

Donc, si j’ai bien compris, la précarité économique renforce la propension à devenir aidant. Et est ce que le type de famille (monoparentale, biparentale…) et le nombre d’enfant ont un impact sur la répartition des rôles d’aide ?

D.B. – Effectivement la configuration familiale est un autre élément important pour comprendre la répartition de l’aide.
Lorsqu’il s’agit d’aider on observe un « ordre de mobilisation » selon les termes qui sont utilisés par l’anthropologue Florence Weber. Lorsqu’un enfant de la famille est malade ou en situation de handicap, ce sont d’abord les parents, et en particulier les mères qui vont être en première ligne pour l’aider. Les frères et sœurs jouent un rôle de relais, qui est variable en fonction de leur âge mais aussi du style éducatif de la famille. Ils peuvent jouer un rôle de surveillance ou de divertissement pour permettre au parent de réaliser d’autres tâches domestiques en parallèle.
Et on observe une dynamique similaire lorsqu’un parent est malade, ou en situation de handicap, le plus souvent c’est son conjoint qui est en première ligne. Dans ce cas les enfants peuvent être amenés à aider l’aidant adulte, par exemple en le déchargeant de certaines tâches domestiques.
Mais dans les familles monoparentales, ou dans les familles où deux parents sont malades, les enfants peuvent se retrouver en première ligne du fait de l’absence d’un adulte aidant.
L’ordre de mobilisation varie aussi selon le rang dans la fratrie et le genre. Dans les fratries, on note que ce sont d’abord les aînés, et en particulier des filles aînées qui s’investissent dans l’aide, alors que les cadets, en particulier les cadets garçons s’investissent moins.
Mais cet ordre est fluctuant et il peut s’inverser lorsque les aînés quittent le domicile familial, et laissent les cadets à domicile.

Est-ce que l’aide varie aussi selon les styles éducatifs des familles ?

D.B. – Tout à fait, on observe des variations en fonction des styles éducatifs et des représentations de l’enfance. En fait tous les parents définissent une frontière entre des activités qu’ils jugent légitimes pour leurs enfants et d’autres qu’ils jugent illégitimes Et dans les familles les plus favorisées, qui sont attachées à une conception démocratique du fonctionnement familial, et également attachées à l’importance de l’épanouissement social et scolaire des enfants, on constate que les enfants sont beaucoup moins mis à contribution. Je pense notamment à une jeune fille de 24 ans dont le père a été traité pour un cancer quand elle était enfant, et celle -ci témoigne en entretien du fait que ses parents ont toujours tout fait pour que l’état de santé de son père ait le moins d’impact possible sur sa scolarité et son épanouissement personnel.
A contrario, de l’autre côté de l’espace social, j’ai en tête le cas d’une jeune fille qui a soutenu ses parents tous les deux malades, et elle a notamment dû rater des cours pour accompagner son père à des rendez-vous médicaux. Cette famille plus populaire et précaire est attachée à un style éducatif plus autoritaire, dans lequel le fonctionnement familial est priorisé sur l’épanouissement des enfants. Donc, dans cette famille précaire, isolée sur le plan géographique, familial et amical, cette jeune fille est progressivement devenue le principal pilier d’aide pour ses parents aux dépens de sa propre scolarité.
Donc cela dépend à la fois du style éducatif familial, mais aussi des ressources de la famille

 

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De l’invisibilité à la mise en lumière

>À suivre…

Grandir en aidant…

 

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Triptyque – Laboratoire Triangle

Les jeunes aidants : de l’invisibilité à la mise en lumière | Triptyque

LLes jeunes aidants : de l’invisibilité à la mise en lumière | Triptyque

Invisibles, discrets, bien souvent silencieux : les jeunes aidants sont présents au sein de milliers de familles en France. D’ailleurs, ce mot « aidant »  s’avère très récent en France. Comment fût-il introduit dans notre vocabulaire, qui sont ces jeunes aidants, mènent-ils une enfance normale, pourquoi ? Comment aujourd’hui, deviennent-ils plus visibles dans notre société ?

Pour en discuter nous sommes avec Diane BEDUCHAUD, doctorante à TRIANGLE., en 3ème année de sociologie dont le sujet de thèse est « Le sens (précoce) des responsabilités. 

 

> Écoutez le podcast :

> Lire la retranscription des propos de l’interview :

Comment définiriez-vous un ou une jeune aidant(e) ? Comment notre société en est venue à les nommer ainsi ? Est-ce récent ? Et est-ce que toutes les disciplines utilisent ce mot ?

Diane Beduchaud – Alors le terme jeune aidant est relativement récent en France. Pour l’action publique le jeune aidant est défini comme un enfant, un adolescent ou un jeune adulte qui aide un proche en situation de handicap, de maladie ou de perte d’autonomie liée à l’âge. Donc en cela les jeunes aidants, c’est une déclinaison du groupe bien plus large des aidants, qui est un groupe qui est reconnu depuis les années 2000 en France, notamment grâce à la mobilisation d’associations, et un groupe qui est devenu une catégorie d’action publique à part entière avec des droits comme celui du congé ou de la formation.

Et ce que j’ai découvert à travers mes entretiens, et l’analyse d’archives c’est que le terme jeune aidant, c’est une traduction de la catégorie des « young carers » qui s’est développée au Royaume Uni dans les années 1990, et qui aujourd’hui est en train de se diffuser dans de nombreux pays. A titre d’exemple, au Royaume-Uni les jeunes aidants sont reconnus dans plusieurs textes de lois
Alors en comparaison ce terme est relativement récent en France, il est arrivé dans les années 2010, et reste relativement méconnu de la population et des professionnels. Mais ce terme n’arrive pas sur un terrain vierge puisque depuis au moins les années 2000, des psychologues ou des médecins se sont intéressés aux enfant de parent malade, ou aux frères et sœurs d’enfants en situation de handicap. Mais l’utilisation du terme jeune aidant marque tout de même une différence : puisque en utilisant le terme aidant on insiste sur leur rôle auprès de leur proche plutôt que sur les effets du handicap ou de la maladie sur les jeunes.

Dans la presse quand on lit les articles sur les jeunes aidants, on lit souvent que ces jeunes n’ont pas d’enfance, ou que leur expérience d’aide les empêche de vivre une enfance normale. Et cela est parfois associé aussi au terme de « parentification » en psychologie : qu’est-ce que vous pouvez nous en dire ?

D.B. – Oui, effectivement c’est une association qui est assez commune, et cela me fait pensait notamment à une campagne de la Macif qui présentait l’image d’une jeune fille aidante, sous-titrée avec les termes « être jeune, pas le temps ! »
Dans l’appellation jeune aidant on retrouve une opposition entre deux figures a priori contradictoires : d’un côté il y a celle de l’aidant qui est associé à la responsabilité et au soin pour une autre personne, et de l’autre il y a celle de l’enfance qui a été progressivement construite comme un temps à part, protégé de certaines responsabilités notamment depuis le XIXème siècle avec tout un ensemble de mesures telles que l’interdiction du travail infantile, l’obligation de l’éducation, ou encore la ratification des droits des enfants.
Mais ce qu’il faut bien comprendre c’est que cette représentation de l’enfance, elle est socialement située. A d’autres périodes historiques, ou dans d’autres contextes contemporains le fait qu’un enfant prennent de responsabilités importantes dans la vie familiale n’est pas étonnant et même parfois est attendu. Donc ce qu’il serait plus juste de dire, c’est que les expériences vécues par certains et certaines jeunes aidants, en particulier celles et ceux qui aident de façon importante un proche, ne rentrent pas dans le cadre des normes et des attentes contemporaines occidentales de l’enfance et de la jeunesse.
Et pour ce qui est de la parentification, c’est effectivement un terme utilisé en psychologie pour désigner un processus dans lequel les enfants seraient contraints de prendre soin de leurs parents ou d’assumer des rôles traditionnellement pris par des parents.
Mais d’après moi ce terme peut être dangereux, parce que il laisse penser que parce qu’un parent est malade ou en situation de handicap, son enfant le remplacerait, ou prendrait son rôle. Donc je pense qu’il faut faire très attention à ce terme qui a tendance à figer les rôles, et à donner une vision pathologique de ces situations d’aide. Ce terme finalement, il minimise le rôle des parents malades ou en situation de handicap envers leurs enfants, et il alimente une vision validiste et très normative du fonctionnement familial entre des parents « pourvoyeurs » d’aide et de soins et des enfants qui seraient seulement « bénéficiaires » alors que dans toutes les familles les rôles ne sont pas si nettement définis.

(©) PixabayEt au-delà des représentations, est-ce que ce terme a contribué à rendre visible une réalité sociale ?

D.B. – Effectivement l’intérêt de ce terme est qu’il permet de mettre en lumière une réalité sociale : le rôle des enfants dans les configurations d’aide qui est longtemps resté invisible pour plusieurs raisons.
Alors cela tient d’abord au regard qui est porté sur les mineurs par l’action publique puisque ces derniers sont envisagés en priorité comme des individus dépendants et à protéger. Donc le fait que des mineurs puissent participer à l’aide familiale relève d’un impensé, et d’ailleurs les enfants n’ont pas été interrogés dans les premières enquêtes qui ont porté sur les aidants informels.
Cette invisibilité, elle tient aussi à la manière dont les aidants sont perçus : la figure de l’aidant, elle s’est construite d’abord dans le champ de la gériatrie et de l’aide aux personnes âgées dites dépendantes. Donc du point de vue de l’action publique, la représentation cible de l’aidant, cela a longtemps été celle d’un adulte de plus de 50 ans, qui aide son ou ses parents vieillissant.
Mais grâce au rôle des associations qui font remonter les situations de terrain, et grâce aussi à des travaux de sociologie récents on sait que cette population des aidants est beaucoup plus hétérogène. Et aujourd’hui grâce à de nouvelles enquêtes, comme l’enquête Ipsos de 2017 ou l’enquête vie quotidienne et santé de 2021 on estime que 500 000 mineurs sont aussi des acteurs de cette aide informelle
Donc l’intérêt du terme jeune aidant est qu’il permet d’interpeller en montrant que malgré leur jeune âge, ces jeunes contribuent à certaines tâches d’aide au sein de leur famille.

Cette reconnaissance de leur rôle est d’ailleurs en cours actuellement, avec différentes mesures. Quels sont les premiers effets de cette reconnaissance pour les jeunes et leurs familles ?

D.B. – Dans ma thèse je documente et j’analyse les premières mesures de soutien qui sont mises en place à destination des jeunes aidants. Et ce que j’ai observé ce sont des mesures de soutien qui s’inscrivent dans ce qui existe déjà pour les aidants plus âgés, avec des mesures qui permettent la conciliation entre aide et vie étudiante, avec par exemple un décret qui autorise une dispense d’assiduité pour les étudiants aidants, ou encore des mesures de compensation avec un décret qui donne accès à des points de charge pour le calcul de la bourse des étudiants aidants. Par ailleurs, il existe aussi tout un ensemble de projets qui visent l’accompagnement de ces jeunes, à travers des ateliers créatifs ou des séjours dits de répit. Ce sont des séjours pendant lesquels les jeunes sortent de leur domicile pendant une semaine pour se délester de la charge de l’aide. Il existe également encore des lignes d’écoute, des tchats ou des groupes de paroles pour favoriser l’expression de ces jeunes
Dans ma thèse je montre que ces mesures ont des effets ambivalents. Bien évidemment je montre que ces mesures aident les jeunes à se décharger du poids de l’aide notamment parce qu’elles leur permettent des espaces d’expression auprès de psychologues ou auprès des jeunes du même âge qui vivent des expériences similaires. Mais d’un autre coté ce que je montre c’est que ces mesures sont aussi incitatives, elles incitent les jeunes à continuer d’aider, notamment en les valorisant dans leur rôle d’aidant. Je pense notamment au cas d’un jeune garçon de 14 ans dont la mère m’a expliqué dans un entretien que celui-ci était revenu à la maison encore plus investi après son séjour de répit !
Par ailleurs, pour véritablement décharger les jeunes de certaines tâches, cela demande de pouvoir offrir des solutions pour externaliser ce travail à des professionnels, mais dans un contexte d’austérité budgétaire toujours plus pesante pour le système de santé, cela n’est pas le cas actuellement. Prenons l’exemple des maladies psychiques, on sait que la réduction des durées d’hospitalisation a entraîné un accroissement du temps passé à domicile par les malades et donc de la charge portée par les familles.
Donc finalement on retrouve pour les jeunes aidants l’ambivalence qui est caractéristique des dispositifs de soutien qui existent pour les aidants plus âgés. C’est ce qu’Olivier Giraud a défini en faisant référence à un modèle hybride : entre perspective du libre choix et enrôlement.

 

Données statistiques 

Les résultats de l’enquête « Vie quotidienne et santé de 2021 » apportent pour la première fois des données statistiques nationales sur les 522 000 mineurs qui déclarent aider un proche en raison d’un handicap ou d’une perte d’autonomie (soit 1 enfant sur 20) (Blavet et Caenen 2023)

La proportion d’aidants augmente avec l’âge (environ 3 % des 5-9 ans ; 5 % des 10-14ans ; 7, 5% des 15-17 ans ; 12 % des 18-24 ans)(Blavet et Caenen 2023).

Les enfants et les jeunes aident en majorité un parent (42% selon l’enquête Ipsos ; 32% selon l’enquête du Credoc ), un grand parent (23 % ; 18 %), un frère ou une sœur (14 % ; 7%) (Credoc et Macif 2023; Ipsos 2017). Les raisons principales de l’aide sont la maladie grave (25%), le grand âge (22%) ou le handicap physique (18%).

 

> À suivre…

Jeunes aidants : une jeunesse aux multiples visages

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Triptyque – Laboratoire Triangle

 

Monnaie locale : quelle place dans un système financier, dans l’économie locale ? | Triptyque

MMonnaie locale : quelle place dans un système financier, dans l’économie locale ? | Triptyque

(©)triangleNous avons appris précédemment dans le triptyque consacré aux monnaies locales qu’il en existe plus de 70  en France. Aussi,  comment se positionnent elles dans un système financier ? Ont-elles un impact quant à l’économie. Quels effets peut-on en attendre  ? Autant de questions que nous abordons dans ce deuxième podcast. 

Pour en parler nous accueillons Marie FARE, maîtresse de conférences en sciences économiques à l’Université Lumière Lyon 2 et Jérôme Blanc, professeur de sciences économiques à Sciences Po Lyon et bien sûr membre de TRIANGLE

Écoutez le podcast :

> Lire la retranscription des propos de l’interview :

Les monnaies locales s’intègrent-elles dans un système financier traditionnel ? Pourquoi ? 

Marie Fare – Pour utiliser une monnaie locale, il est nécessaire tout d’abord de convertir des euros en monnaie locale. Les monnaies locales circulant sous format papier et aussi de plus en plus sous forme numérique, la conversion peut se faire auprès d’un comptoir de change ou de façon automatique par virement mensuel via un système d’abonnement. Cela repose donc sur un principe de conversion à l’entrée. Autre point, les monnaies locales, étant gagées sur l’euro, se convertissent à parité avec l’euro : 1 unité de monnaie locale (par exemple, une gonette) est égale à un euro. La contrepartie de l’émission de monnaie locale, c’est donc l’euro d’un montant équivalent, qui est mis en réserve c’est-à-dire déposé sur un compte. Celui-ci est souvent ouvert par les monnaies locales auprès de la Société financière de la NEF ou du Crédit Coopératif. Ce compte permet de reconvertir les unités de monnaies locales en euros quand les professionnels le demandent. Le choix de ces banques ne se fait pas par hasard. La NEF (Nouvelle Economie Fraternelle) est une coopérative bancaire engagée pour la transition écologique et sociale qui assure une transparence des projets qu’elle finance en les publiant chaque année et le Crédit Coopératif est une coopérative bancaire finançant notamment des projets dans l’économie sociale et solidaire.

Comment sont-elles perçues par les banques ? 

Jérôme Blanc – Comme des clientes ! Les banques sont assez imperméables à la logique locale et alternative de bien des associations de monnaies locales, sauf en France dans le cas de la Société financière de la NEF, dont on vient de parler, et qui est une banque coopérative créée autour du projet d’une finance éthique, solidaire et soutenable. En 2018, la NEF a signé une convention tripartite avec les deux réseaux qui structurent les monnaies locales en France, le Mouvement SOL et le Réseau MLCC (monnaies locales citoyennes et complémentaires). Avec cette convention, « la NEF s’engage à prêter au moins le double du fonds de garantie déposé par une association porteuse de projet de monnaie locale aux entrepreneurs adhérents de cette association mais aussi à assurer la visibilité des prêts accordés dans ce contexte ». Il y a donc un appui significatif de cette banque éthique au projet de monnaies locales en France.

©PixabayPeuvent-elles déstabiliser un système financier national ? Pourquoi ? 

J.B. – Non. Elles sont trop petites pour cela. La loi leur fournit un cadrage depuis 2014 puis 2016, qui impose notamment qu’elles soient couvertes par un fonds de garantie en euros et qui les soumet à des contraintes de régulation si elles dépassent un certain seuil de transactions numériques, un seuil qui est assez bas (un million d’euros sur douze mois glissants). Il n’y a pas d’inquiétude à avoir sur une éventuelle déstabilisation financière par leur faute. La masse monétaire totale de ces monnaies locales reste aujourd’hui inférieure à 10 millions d’’euros. En Allemagne, la Bundesbank (banque centrale) a demandé en 2006 à un économiste, Gerhard Rösl, un rapport sur la concurrence éventuelle des monnaies locales à l’égard de l’euro. La conclusion était claire : dans l’état de leur développement, aucun problème. A réviser seulement si leur usage devait beaucoup se développer, ce qui n’a pas été le cas en Allemagne, et reste limité en France.

En période d’inflation, peut-on les voir comme des monnaies sûres ? 

J.B. – Ni plus ni moins que l’euro, puisque leur valeur est à parité avec l’euro.

D’ailleurs peut-on imaginer que demain, elles soient en compétition avec les cryptos monnaies ? 

J.B. – On a tendance à penser, en économie, sous le mode de la concurrence. Mais il existe aussi des effets de complémentarité qu’il ne faut pas négliger. Les cryptos, tout d‘abord, c’est certaines seulement qui ont un usage proprement monétaire : une très petite minorité, parmi laquelle, néanmoins, se trouve le bitcoin, qui est assez massif. Et ces cryptos ne visent pas d’objectifs de dynamisation territoriale et de soutenabilité écologique, au contraire même — Bitcoin est a-territorial et sa consommation électrique n’est pas écologiquement soutenable.
En fait, on observe plutôt une forme d’hybridation entre cryptos et monnaies locales : la technologie de la blockchain est utilisée pour créer des formes numériques de monnaie locale, dans certains cas, comme la monnaie Léman (autour de Genève), ou des choses un peu différentes au Kenya ou en Argentine. Dans ces situations, on ne récupère pas la technologie de Bitcoin, mais une autre technologie blockchain beaucoup moins énergivore.
Il ne faut donc pas considérer qu’il y a concurrence entre cryptos et monnaies locales, mais plutôt, et dans une certaine mesure, une hybridation.

Y a-t-il des secteurs économiques qui bénéficient plus de l’existence d’une monnaie locale ? 

M.F. – Ce qui est visé est l’économie de proximité (sont par exemple généralement exclues les grandes et moyennes surfaces et les grands réseaux franchisés). Elle est composée d’entreprises du tissu socioéconomique local, avec une place importante pour le secteur de l’agriculture/alimentation. Ainsi, les dépenses en monnaie locale s’orientent tout particulièrement vers les dépenses alimentaires du quotidien.

Pouvez-vous nous citer des exemples de réussite en matière de monnaie locale et comment l’expliquez-vous ? 

M.F. – Le cas de l’eusko déjà évoqué, bien sûr. Il y a beaucoup de travaux à ce sujet. Des observateurs extérieurs ont pu dire, ou disent encore, que c’est parce que les Basques ont une identité particulière, et certains en profitent pour affirmer que les monnaies locales sont des outils identitaires et par conséquent néfastes. Ces deux éléments ne tiennent pas. Les travaux de Julien Milanesi, qui est maître de conférences à l’Université Toulouse 3, montrent que la réussite de l’eusko tient à l’ampleur, la densité et l’ancienneté des réseaux militants (coopératifs, agricoles et climatiques essentiellement), qui ont pu être efficacement connectés par le projet de monnaie locale. La condition de réussite première semble donc être la présence d’un tissu militant d’ESS dense que les porteurs du projet de monnaie locale parviennent à intégrer et associer.

Précédemment

Pourquoi un tel essor des monnaies locales ?

> À suivre…

Les monnaies locales ont-elles un avenir….?

 

>> Pour en savoir plus :

Triptyque – Laboratoire Triangle

 

Monnaies locales : comment les créer ? Pourquoi un tel essor ? | Triptyque

MMonnaies locales : comment les créer ? Pourquoi un tel essor ? | Triptyque

(©) Triangle

Et si dans votre porte monnaie se trouvaient des monnaies locales ? Quelle idée ! Et bien savez-vous qu’ il en existe plus de 70 en France ?

Aussi, nous avons consacré ce triptyque à ce thème, et dans ce premier podcast, nous allons d’abord comprendre comment se créer une monnaie locale, quand ont-elles vu le jour, mais également pourquoi ont-elles pris leur essor autour des années 2008-2010 ?
Pour en parler nous accueillons Marie Fare, maîtresse de conférences en sciences économiques à l’Université Lumière Lyon 2 et Jérôme Blanc, professeur de sciences économiques à Sciences Po Lyon et bien sûr membre de TRIANGLE.

>> Écoutez le podcast :

 

> Lire la retranscription des propos de l’interview :

Tout d’abord, comment se créé une monnaie locale, est-ce que tout le monde, institutions comprises, peut se lancer dans ce type de projet ? Pouvez-vous citer quelques exemples de monnaies locales en France ? 

Marie Fare – Les monnaies locales sont des projets collectifs et citoyens. Elles sont généralement mises en œuvre par des associations, soit préexistantes (par le développement d’un projet monétaire), soit créées autour du projet de monnaie locale. Elles réunissent au sein d’une association des citoyens particuliers, des professionnels, des artisans, commerçants, des associations partageant des valeurs. Parfois ces associations s’appuient sur des collectivités territoriales. La plus connue en France est l’eusko dans le Pays basque, à Lyon il y a la gonette, on compte aussi le cairn à Grenoble, le lien à Saint-Etienne, etc.

Quel est ou quels sont les intérêts d’en créer une ? 

M.F – Ce ne sont pas des projets qui visent l’intérêt direct des individus qui l’utilisent, ou un intérêt individuel mais des projets qui ont une finalité collective et territoriale : promouvoir une forme d’économie de proximité soutenable. Les fondateurs, et les utilisateurs, cherchent donc une utilité indirecte, qui résulte du soin porté à ceux des acteurs économiques qui sont ancrés dans le territoire et ont une démarche soutenable, de transition écologique etc.
Dans une enquête menée auprès des associations émettrices de monnaies locales en 2022, on identifie 3 principaux mobiles de création :
Le premier est un mobile économique territorial, où l’économie locale, construite par réseaux, filières, proximité économique etc. prend le sens d’une économie humaine, éthique, mais aussi réelle et de qualité. Ce premier mobile, lié à l’ancrage territorial, se reflète dans les noms choisis par les ML. Ainsi, 59 % des ML répondantes ont choisi un nom faisant référence à une caractéristique de leur territoire, qu’elle soit historique, géographique ou culturelle.
Un deuxième mobile, presque aussi important, renvoie à la qualité du lien social et à l’amélioration des capacités de chacun et du groupe, via le déploiement d’actions et de méthodes démocratiques, l’empowerment, la solidarité et l’existence, au fond, de liens chauds construisant une vie sociale réenchantée.
Loin derrière ces deux mobiles, mais se dégageant tout de même des suivants, se trouve l’enjeu de la reconnaissance et du respect des enjeux écologiques et environnementaux, promouvant la responsabilité individuelle et collective.

©PIXABAYComment se gèrent-elles, fonctionnent-elles ? 

M.F – Dans la mesure où elles visent un mobile économique territorial, ces monnaies peuvent être qualifiées de monnaies marchandes. Elles vont ainsi circuler au sein de l’économie de proximité d’un territoire délimité entre des producteurs, des consommateurs, et parfois des collectivités locales.
Chacune de ces monnaies est gagée sur l’euro, au taux de 1 pour 1, et circule au sein d’un espace délimité géographiquement (département, bassins de vie) mais aussi communautairement (il faut être adhérent de l’association et partager des valeurs)
Pour échanger en monnaie locale, il faut tout d’abord s’en procurer. Il faut pour cela adhérer à l’association émettrice de la monnaie, ensuite échanger des euros contre la monnaie locale.
Ces monnaies locales visent donc des actes de consommation quotidienne et son acceptation repose sur l’adhésion d’entreprises. Elles circulent ainsi dans l’espace marchand classique et ne propose pas un système de prix spécifique.
Cependant, elles ne ciblent qu’une partie de l’activité locale, c’est-à-dire un ensemble d’activités susceptibles de respecter les valeurs inscrites dans les chartes et autres documents rédigés par l’association locale ou par des réseaux de monnaies locales dont elle est membre. Afin de fixer leurs valeurs et leurs objectifs, les monnaies locales françaises tendent à élaborer des chartes assez tôt au démarrage du projet, en amont du lancement.

D’ailleurs est-ce typique de la France ou existe-t-il des monnaies locales ailleurs en Europe, ou sur d’autres continents ? Où sont-elles le plus développées et pourquoi ? 

Jérôme Blance – La France est un cas particulier d’une dynamique plus large. Les monnaies locales sont une application particulière de « monnaies alternatives » qui émergent en Occident à partir du début des années 1980. Les monnaies locales en tant que telles apparaissent surtout au début des années 2000, au Brésil (où elles sont aujourd’hui très nombreuses et dynamiques), en Allemagne ou en Grande-Bretagne. La France puis la Belgique suivent, dans les années 20010. Entre 2010 et 2020, la France est le pays où elles se développent le plus rapidement. Plus de 90 ML ont été lancées entre le début 2010 et 2024.
Cela dit, les projets sont assez différents entre, disons, les pays du sud comme le Brésil, où on vise d’abord à lutter contre la pauvreté (en mêlant monnaie locale, microcrédit et aujourd’hui revenu de base) et pays du nord, où l’on vise plutôt à réorienter les économies locales pour qu’elles soient plus dynamiques et soutenables.

Si on se concentre sur la France, est-ce que ces monnaies sont plus facilement adoptées, par les citoyens, par les institutions publiques et privées ? Et Pourquoi ? 

J.B – Les associations de monnaies locales font un travail compliqué, car, habituellement, utiliser une monnaie a du sens si elle permet de régler des transactions ou des dettes dans un nombre diversifié de situations. Pour constituer ce vivier d’accepteurs, les associations mobilisent d’abord des professionnels, sans trop de difficultés. Sur cette base, la difficulté la plus importante consiste à recruter et préserver un ensemble élargi de particuliers afin d’obtenir un réseau d’usagers suffisamment dense et des transactions suffisamment dynamiques. Enfin, les associations émettrices peuvent s’appuyer, dans certains cas, sur les collectivités pour disposer de ressources mais aussi d’appuis pour l’utilisation de la monnaie (pour des services publics locaux notamment). Comme ces monnaies ne circulent pas d’elles-mêmes, leur circulation suppose une animation permanente, qui suppose elle-même de disposer de suffisamment de travail, bénévole ou, surtout, salarié. D’où l’enjeu très important des ressources dont peuvent disposer les associations émettrices.

Concrètement que peut-on payer en monnaie locale ? 

J.B – Des choses du quotidien, en particulier des produits alimentaires locaux et bio et de la restauration, mais aussi des services de soin, produits d’hygiène et beauté, des services professionnels (informatiques notamment), des librairies, produits artisanaux etc. Dans certains cas, des services publics comme une bibliothèque, une piscine, des transports publics, ou encore l’eau courante, comme à Lyon. Un point important à garder à l’esprit est que les monnaies locales sont généralement employées en complément de l’euro : pour régler une transaction, on peut être amené à combiner monnaie locale et euro. On ne crée donc pas une bulle où ne circulerait que la monnaie locale. Il n’y a pas de sécession ou de communautarisme, dans les cas que l’on connaît aujourd’hui en France ou ailleurs. Ce sont des systèmes qui promeuvent, à l’intérieur de l’économie ordinaire, certains types de pratiques considérées comme vertueuses.

Quelques références :

  • Blanc Jérôme, Fare Marie et Lafuente-Sampietro Oriane, « Les monnaies locales associatives en France  : quel bilan après une dizaine d’années de développement  ? », Les Carnets de la Chaire ESS, avril 2024, no 10, pp. 1‑11. URL : https://seg.univ-lyon2.fr/la-chaire-ess/les-monnaies-locales-associatives-en-france-quel-bilan-apres-une-dizaine-dannees-de-developpement
  • Blanc Jérôme, Fare Marie et Lafuente-Sampietro Oriane, Les monnaies locales en France en 2023. Résultats de la seconde enquête nationale [Rapport], Lyon, Rouen, Triangle UMR 5206, LASTA, 2023, 70 p., URL : https://shs.hal.science/halshs-04268002.
  • Blanc Jérôme, Fare Marie et Lafuente-Sampietro Oriane, « Local currencies for territorial development : lessons from a national survey in France », Regional Studies, 31 décembre 2025, vol. 59, no 1, p. 2120974, doi:10.1080/00343404.2022.2120974.
  • Dissaux Tristan, « Socioéconomie de la monnaie mobile et des monnaies locales au Kenya  : quelles innovations monétaires pour quel développement  ? », Revue de la régulation. Capitalisme, institutions, pouvoirs, 3 juillet 2019, no 25, doi:10.4000/regulation.15139.
  • Fois Duclerc Mathilde et Lafuente-Sampietro Oriane, « Un intermédiaire monétaire créateur de proximités territoriales : la structuration d’un réseau d’entreprises autour de la monnaie locale eusko au Pays Basque », Revue d’Économie Régionale & Urbaine, 2023, Février, no 1, pp. 83‑109, doi:10.3917/reru.231.0083.
  • Laurence Nicolas, « Monetary Contestation as a Driving Force of Institutional Change : The Case of the Eusko, a Local Currency in France », Journal of Economic Issues, 2 juillet 2024, vol. 58, no 3, pp. 906‑921, doi:10.1080/00213624.2024.2382040.
  • Lung Yannick, « La légitimation des monnaies locales par la Loi ESS », RECMA. Revue internationale de l’économie sociale, 26 septembre 2024, no 372‑373, pp. 172‑176, doi:10.3917/recma.372.0176.
  • Pinos Fabienne, « Communs et bien-être  : quand la monnaie locale fait lien », in Timothée Duverger, Vincent Lhuillier et Abdourahmane Ndiaye (dir.), L’ESS en transition(s), Lormont, Editions Le Bord de L’eau, Territoires de l’ESS, 2024, pp. 171‑186, consulté le 24 juin 2024, URL : https://hal.science/hal-04615558.

> À suivre…

Les monnaies locales ont-elles leur place dans un système financier ?

 

>> Pour en savoir plus :

Triptyque – Laboratoire Triangle

Tissons des solidarités : entre Lyon et l’Afrique, mémoires de révolte et solidarité entrelacées

TTissons des solidarités : entre Lyon et l’Afrique, mémoires de révolte et solidarité entrelacées

Cette exposition explore l’art du tissage comme langage collectif : entre les traditions africaines et celles des canuts lyonnais, elle interroge la mémoire des gestes, la force du fil qui relie, et la solidarité des ouvriers face à l’industrialisation.

« Quand le tisserand lève un pied, son autre pied descend. Quand l’un de ses pieds cesse de bouger, le mouvement s’arrête, le tissage s’interrompt. La navette passe d’un geste adroit de l’une à l’autre de ses mains, mais aucune d’elles ne pourrait assurer seule ce mouvement. Tout comme les gestes du tisserand, c’est l’union des contraires qui tisse nos vies. » Adage traditionnel peul
Entre fil de soie et fil de coton, canuts lyonnais et tisserands africains sont des créateurs et des passeurs de mémoires, mémoires de révoltes et de solidarités. L’art de filer, d’entrelacer des éléments bigarrés et disparates pour que la chaîne et la trame puissent composer un tissu, le tissu de nos vies en commun : voilà le défi pour faire société ! »

À travers outils, matières et voix, cette exposition dévoile comment le tissu devient à la fois œuvre, résistance et parole partagée.

En partenariat avec : la Maison des Canuts.

Commissaire d’exposition : Cyrille Aristide – Avec la participation de : Régine Rouch, Carrefour des Cultures Africaines, Pascal Janin, Maison Internationale Missionnaire de Lyon, Marlène Racault, bibliothécaire du Carrefour des Cultures Africaines – CCA

Pour en savoir plus :

Carrefour des cultures africaines

 

La solidarité en droit de la protection sociale | Cycle « Raconte ta recherche »

LLa solidarité en droit de la protection sociale | Cycle « Raconte ta recherche »

Souvent a-t-on pu trouver des lectures passionnantes traitant des liens entre solidarité et protection sociale d’un point de vue historique, sociologique, ou encore économique. Rarement, en revanche, la solidarité a fait l’objet d’une étude générale en droit de la protection sociale.

Afin de mesurer les évolutions qui parcourent le droit de la protection sociale et leurs répercussions sur la solidarité, il faut d’abord contribuer à l’identification juridique de cette notion. Force est de constater que la solidarité dispose d’une traduction spécifique en droit de la protection sociale à travers la création d’un rapport de droit singulier entre les individus et une normativité tout aussi singulière. Or, l’inflation des réformes du droit de la protection sociale ces dernières font naître des contraintes sur la solidarité qui se trouve alors tiraillée entre l’assistance publique et l’assurance marchande. L’étude de ce processus, largement impulsé par le droit de l’Union européenne, ne devra toutefois pas empêcher une hypothèse contraire : celle de la permanence de la solidarité dans le droit de la protection sociale. Pour la défendre, encore faut-il identifier en droit positif des mécanismes susceptibles de l’étayer. Parmi ceux-ci, une attention particulière peut être portée sur les mécanismes de protection sociale complémentaire. Le transfert de charge de protection sociale sur de nouvelles collectivités doit pouvoir s’analyser, non plus comme un simple désengagement de l’État ou une privatisation de la sécurité sociale, mais comme une opportunité unique de consolider la protection sociale au service de la solidarité. Plus largement, et en dehors du seul champ de la protection sociale complémentaire, il semble nécessaire de s’intéresser dans cette même optique à l’accès aux droits des individus. Cet objectif d’accès aux droits suppose tout à la fois une redéfinition du rôle des acteurs de la protection sociale ainsi que de la place accordée aux bénéficiaires au sein du système de protection sociale afin de dépasser la figure de l’individu consommateur, sujet passif du droit à la protection sociale, à l’individu-acteur, sujet actif du droit de la protection sociale.

La solidarité en droit de la protection sociale : analyse d’un rapport de droit redistributif, une thèse de Gauthier Lacroix, docteur en droit et juriste élève avocat en droit de la protection sociale, sous la direction de Mme Dominique Asquinazi-Bailleux, professeure de droit privé et sciences criminelles – Université Jean Moulin Lyon 3 – Faculté de Droit.

Pour en savoir plus :

Raconte ta recherche

L’humain, au coeur des Grandes Voisines

LL’humain, au coeur des Grandes Voisines

A la découverte d’un tiers lieu social et solidaire …

Et nous revoici de nouveau chez les Grandes Voisines, car dans ce deuxième podcast dont notre triptyque leur est consacré, nous allons découvrir les personnes qui y travaillent, les enjeux auxquels elles sont confrontées, leur difficulté, leur utilité également. Pour en discuter, nous sommes avec Salomé COUSINIE, doctorante en 4ème année à Triangle, dont le sujet de thèse est « Les Grandes Voisines, un tiers lieu redéfinissant le rapport au politique et à l’engagement des participants« . 

Alors, prêts pour partir à la rencontre de ces travailleurs ?

> Écoutez le podcast :

> Lire la retranscription des propos de l’interview :

Pourquoi avez-vous choisi ce sujet de thèse ?

Salomé Cousinié – Je l’ai choisi parce que, si la recherche sur les tiers-lieux est en pleine expansion, il n’y a pas encore beaucoup de littérature sur les tiers-lieux comme « Les Grandes Voisines ». Lorsque j’ai appris l’ouverture du lieu, je me suis dit que c’était l’occasion de faire une thèse sur le sujet. Je m’intéressais avant ma thèse aux questions d’organisation de l’accueil des personnes en situation de précarité et du travail social et du coup « Les Grandes Voisines » me semblait donc être une bonne opportunité pour réfléchir su ces questions.

Comment s’organisent les travailleurs sociaux chez « Les Grandes Voisines » ?

S.C. – Alors les travailleurs sociaux sont organisés par service, et il y en a 5 au total : deux gérés par Le Foyer Notre-Dame des Sans-Abris et trois par l’Armée du Salut. Il y a aussi des travailleurs sociaux et des encadrants techniques qui accompagnent les salariés en insertion (ceux qui s’occupent donc du ménage des locaux, de la maintenance, de la blanchisserie, de l’épicerie sociale, etc). En fait chacun a des missions spécifiques en fonction du public qu’il accompagne mais peut échanger sur des pratiques avec d’autres travailleurs sociaux, puisqu’en fait ils travaillent côte-à-côte, sur le même lieu, et créent et développent des projets en commun, comme un atelier partagé, un jardin partagé, un relai asso-femmes, etc.

© les grandes voisines

Ont-ils choisi ce lieu ou, est-ce qu’ils sont placés d’office ici par leurs institutions respectives ?

S.C. – Certains l’ont choisi et d’autres non. Il s’agissait pour certains services de déménagements, donc les travailleurs sociaux ont suivi leur service. D’autres ont pu postuler une fois le site installé et ont été attiré par le côté atypique du lieu. Tous et toutes ne connaissaient pas forcément le terme tiers-lieu, et encore moins un dispositif comme « Les Grandes Voisines » puisqu’il n’y en a pas beaucoup. C’était donc une découverte pour un grand nombre d’entre eux, y compris pour les directions des deux associations gestionnaires qui ont appris en faisant même s’ils avaient déjà visité d’autres lieux similaires. Seul Plateau Urbain, dont c’est le métier, connaissait ce type de dispositif.

Et quelles sont les particularités de leur travail chez « Les Grandes Voisines », par rapport à d’autres structures disons plus traditionnelles ?

S.C. – Une des particularités de leur travail sur ce site est qu’ils sont nombreux à travailler sur un même lieu mais en accompagnant des publics aux vulnérabilités différentes et amenés à vivre ensemble et à partager des mêmes espaces, à cohabiter, ce qui n’est pas toujours évident mais qui peut être très riche en terme de partage de pratiques et de réflexion sur l’accompagnement social. Puis, et surtout, ils ont une offre culturelle et artistique, de lieux et activités communes, assez importante. Et cette offre, elle est proposée par d’autres personnes que les travailleurs sociaux alors que sur un site disons un peu plus « classique », cet aspect est en général à la charge du travailleur social, même si un animateur est parfois présent. Attention, cela ne veut pas dire que les travailleurs sociaux ne prennent pas en charge cet aspect-là au sein des « Grandes Voisines », il peuvent et parfois doivent y contribuer, ce qui peut s’avérer très chronophage. Mais en tout cas,il vrai que les propositions affluent davantage dans ce type de lieu et que les travailleurs sociaux n’en sont pas forcément les instigateurs.

Chez « Les Grandes Voisines », il existe un espace pour accueillir les porteurs de projets afin de leur permettre de lancer leur activité avec un petit budget. L’idée est que cela soit aussi un tremplin pour eux. Qui sont ces porteurs de projets ? Est-ce que le fait d’être chez les Grandes Voisines les aide vraiment ? Quelles sont les interactions sociales qu’ils ont avec les travailleurs sociaux mais également les habitants ?

S.C. – Les porteurs de projet sont des entreprises, des associations, des artisans ou encore des artistes qui louent donc à prix réduit des locaux. Comme vous dites, cela leur permet de lancer leur activité sans trop de frais, donc oui, d’un point de vue économique être aux Grandes Voisines les aide vraiment. Cela étant, un autre aspect qui peut être intéressant pour eux, c’est la rencontre avec les autres porteurs de projet, ce qui est permis pas le lieu via des instances organisationnelles ou collectives mais aussi des temps festifs comme des apéros, des repas partagés ou les événements culturels, etc.. Ils peuvent ainsi être amenés à monter des projets ensemble. Pour d’autres encore, le fait que ce lieu accueille un public qui peut être destinataire de leurs activités leur permet de mettre en place des projets rémunérés plus facilement. Je pense par exemple aux artistes qui mettent en place des ateliers culturels et artistiques (donc art plastique, danse, ou chant…). Dans ces cas-là, ils travaillent avec les travailleurs sociaux et les personnes hébergées.

Enfin, comment ces travailleurs sociaux envisagent-ils leur avenir dans ce type de projet ?

S.C. – Alors tout dépend des travailleurs sociaux, de l’intérêt qu’ils avaient au départ pour le projet et de leur expérience du tiers-lieu. En fait certains y trouvent une opportunité pour échanger sur leurs pratiques, rencontrer d’autres corps de métier et univers sociaux, et cet aspect prend le pas sur certaines difficultés qu’ils peuvent rencontrer. D’autres ressentent une fatigue due au nombre important d’activités proposées sur le site et même si ils reconnaissent un certain intérêt au tiers-lieu, ils préfèrent se recentrer sur leur service d’hébergement. Dans la littérature scientifique qui commence à exister sur le sujet, il ressort souvent qu’il est demandé aux travailleurs sociaux d’être des « couteaux-suisses » les obligeant à porter différentes casquettes, donc que cette multiplication des missions est très énergivore.


Précédemment : les Grandes Voisines : Tiers lieu social et solidaire

> À suivre…

Le prochain podcast, nous interrogera quant à l’avenir ce type de lieu……Rendez-vous jeudi prochain  !

>> Pour en savoir plus :

Triptyque – Laboratoire Triangle

Lutte contre les violences sexistes et sexuelles : quelles avancées après #metoo ?

LLutte contre les violences sexistes et sexuelles : quelles avancées après #metoo ?

Organisée dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes, cette conférence fera l’état du sexisme en France, qui semble perdurer et forme le lit des violences sexistes et sexuelles. Nos intervenantes prendront appui sur l’un des derniers rapports du Haut Conseil de l’Égalité pour parler de cette question. Il s’agira également de présenter les dispositifs et actions portés par l’Université Jean Moulin Lyon 3 dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Animée par : Gaëlle Marti, professeure de droit public à l’Université Jean Moulin Lyon 3, et Mathilde Philip-Gay, professeure de droit public et vice-présidente Égalité, laïcité et lutte contre toutes les discriminations à l’Université Jean Moulin Lyon 3.

Pour en savoir plus :

Bibliothèques Universitaires Lyon 3

1983 : un tournant pour comprendre le monde d’aujourd’hui

11983 : un tournant pour comprendre le monde d’aujourd’hui

1983 est une année charnière sur le plan économique, politique et social. Revenir sur ce virage des années 80, c’est se poser la question du contemporain et de la dislocation du lien de solidarité qui unissait français et immigrés dans un contexte de crise économique grandissante et d’augmentation du chômage.

Cela pose aussi la question du « rendez-vous raté » (Beaud, Masclet) entre la gauche et les banlieues, en soulignant aussi la récupération des luttes des jeunes français issus de l’immigration et de leur marginalisation.

Intervenants :

  • Samir HADJ BELGACEM, maître de conférences en sociologie, Université Jean Monnet – Saint-Étienne,
  • Alice CARRÉ, conception et écriture du spectacle 1983,
  • Margaux ESKENAZI, conception et mise en scène du spectacle 1983.

Animée par  : Philippe DELAIGUE, maître de conférences en histoire du droit, Université Jean Moulin Lyon 3.

En partenariat avec : le TNP – Villeurbanne et le Collège de Droit de l’Université Jean Moulin Lyon 3.

Pour en savoir plus :

Université Jean Moulin Lyon 3

Les dessous de l’égalité : quel regard porter sur les expériences à Lyon 3 ?

LLes dessous de l’égalité : quel regard porter sur les expériences à Lyon 3 ?

Organisée dans le cadre de la journée internationale du droit des femmes, cette conférence  présentera certaines des actions portées par l’Université Jean Moulin Lyon 3 pour favoriser l’égalité des genres et lutter contre les discriminations. Il s’agira également, en collaboration avec le public, de réfléchir aux actions à enclencher à l’avenir, et nourrir un débat constructif

Animée par : Catherine Mercier-Suissa, chargée de mission à l’inclusion, aux égalités et à la solidarité de l’Université Jean Moulin Lyon 3 et Pascale Levet, professeure associée en gestion des ressources humaines à l’iaelyon.

Pour en savoir plus :

Université Lyon 3