Les Mercredis de l’Anthropocène

LLes Mercredis de l’Anthropocène

Chaque semaine, dès avril 2019, jusqu’au 10 juillet, initiés par l’École Urbaine de Lyon, les Mercredis de l’Anthropocène invitent à mieux comprendre le monde urbain anthropocène. Chercheurs et experts de tous horizons, à partir de sujets précis, croisent leurs paroles, pointent des problématiques et tout autant mettent au jour des solutions.

PProgramme

3 AVRIL – LA VILLE FACE AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES
LUCIE MERLIER, ingénieure et architecte, maître de conférence à l’Université Claude Bernard Lyon 1 et membre du Laboratoire CETHIL.
JEAN-JACQUES TERRIN, architecte-urbaniste, professeur émérite à l’ENSA de Versailles et chercheur associé dans plusieurs laboratoires en France, Canada et Albanie. Dernier ouvrage chez Parenthèses « Les villes face au changement climatique, îlots de chaleur urbaine ». Il travaille aujourd’hui sur les processus de conception, stratégies de l’innovation et démarches collaboratives.

10 AVRIL – VIVRE AVEC LE RISQUE DE LA CONTAMINATION
Conférence de TESUJI IMANAKA, physicien du nucléaire, professeur au centre d’expérimentation nucléaire de l’université de Kyôto. Introduction par MARIE AUGENDRE, géographe, maître de conférence à l’Université Lumière Lyon 2, et membre du Laboratoire Environnement Ville et Société. En japonais. Traduction consécutive par Kurumi Sugita.

17 AVRIL – MOBILE À L’HEURE DE L’ANTHROPOCÈNE
SÉBASTIEN ROQUES, ingénieur, fondateur d’Evo Pods, mode de transport alternatif de transport à la voiture : un réseau de stations réparties à travers la ville, hébergeant des capsules permettant de convertir, en quelques secondes, n’importe quel vélo en véhicule à assistance électrique et protégé de intempéries.
MIREILLE APEL-MULLER, directrice de l’Institut pour la Ville en Mouvement, fondé par François Ascher en 2000. L’IVM a aujourd’hui intégré VEDECOM, Institut français de recherche partenariale publique-privée et de formation dédié à la mobilité individuelle décarbonée et durable.

24 AVRIL – DESIGN, DÉMARCHE ARTISTIQUE ET ANTHROPOCÈNE
GWÉNAËLLE BERTRAND, maître de conférence à l’Université Jean Monnet, à Saint-Etienne, membre du Laboratoire CIERC, et co-fondatrice, avec Maxime Favard, du Studio de design MAXWEN.
ANNE FISCHER, artiste, diplômée de la Design Academy d’Eindhoven, elle utilise le design pour apporter des réponses, esthétiques et sensibles, à des problèmes actuels. Elle est la lauréate du Prix COAL Art et Environnement 2017 pour son projet Rising from its Ashes, né sur le site des Avinières, petit hameau cévenol.

15 MAI – LOGEMENT SOCIAL ET TERRITOIRES RURAUX
LOÏC BONNEVAL, sociologue, maître de conférences à l’Université Lumière Lyon 2, membre du Centre Max Weber, il travaille sur les acteurs des marchés du logement. Ses travaux articulent sociologie urbaine et sociologie économique.
PASCAL WALDSCHMIDT, maire de Beaumont en Ardèche, maître d’ouvrage des Bogues du Blat (Construire architectes). Située sur le versant cévenol de l’Ardèche du sud, la commune de Beaumont a engagé, depuis une quinzaine d’années, une politique de développement pour enrayer le déclin de l’agriculture et le vieillissement de la population. Le principal obstacle à l’installation de jeunes actifs réside dans la grande difficulté d’accès au foncier, bâti et non bâti.

22 MAI – AU-DELÀ DE LA VILLE
ÉRIC CHARMES, chercheur en sciences sociales appliquées à l’urbain, et directeur du Laboratoire RIVES (ENTPE). Il travaille en particulier sur le rapport à l’espace résidentiel des citadins, sur les espaces publics et sur la périurbanisation. Début 2019, il publie au Seuil « La revanche des villages ».
CHARLÈNE BAY, urbaniste, membre du Collectif Etc. Né à Strasbourg en 2009, basé aujourd’hui à Marseille, le Collectif Etc. a pour objet de rassembler des énergies autour d’une dynamique commune de questionnements des espaces dans leur diversité, et s’exprime au travers de réalisations et de performances.

5 JUIN – LA VILLE LA NUIT
LUC GWIAZDZINSKI, géographe, enseignant à l’Université de Grenoble-Alpes, où il dirige le Master innovation et territoire, et membre du Laboratoire PACTE. Il est également professeur associé à Shanghaï University (Smart City Institut). Ses travaux portent, notamment, sur les temporalités urbaines, la chronotopie, l’hybridation, la nuit urbaine, les mobilités et les liens art et territoire et l’espace public.
LAURENT FACHARD, ingénieur éclairagiste, fondateur de l’atelier L.E.A en 1989 avec la motivation de mettre en œuvre et de valoriser un nouveau savoir-faire, l’éclairagisme : « Une lumière active pour rendre l’usager actif »

12 JUIN – LA VILLE CULTIVÉE
CLAIRE DELFOSSE, géographe, professeure à l’Université Lumière Lyon 2, directrice du Laboratoire d’Etudes Rurales.
AUGUSTIN ROSENSTIEHL, architecte, cofondateur de l’agence SOA, et commissaire de l’exposition Capital agricole, manifeste pour un nouvel urbanisme agricole (Pavillon de l’Arsenal > fin janvier 2019)

19 JUIN – ANTHROPOCÈNE ET OUTILS NUMÉRIQUES
JULIA BONACCORSI, professeure à l’Université Lyon 2, directrice adjointe du Laboratoire ELICO, et membre du LabEx Intelligence des Mondes urbains. Ses recherches portent sur les enjeux politiques et culturels des transformations de la culture écrite et la médiatisation numérique.
NICOLAS NOVA, co-fondateur du Near Future Laboratory, agence de recherche et de prospective, et des Lift Conference, une série de conférences sur les technologies et l’innovation ; et professeur associé à la Haute École d’art et de design (Genève), où il aborde l’ethnographie, l’histoire des cultures numériques et la recherche en design.

26 JUIN – LA VILLE COLLABORATIVE
ROELOF VERHAGE, maître de conférence en urbanisme à l’Université Lumière Lyon 2, membre du Laboratoire TRIANGLE, ses recherches portent en particulier sur l’articulation entre acteurs publics et privés dans le développement et la régénération urbains.
NICOLAS DÉTRIE, spécialiste de l’économie urbaine, il a dirigé l’association Les Ateliers de Cergy, un réseau de réflexion sur la ville, avant de co-fonder Yes We Camp, collectif à l’origine des Grand Voisins. Il lance cet été 2019, en partenariat avec le collectif d’entrepreneurs Ancoats et l’agence Codesign-it!, à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée, un diplôme sur les « espaces communs » de la ville.

3 JUILLET – QUE NOUS DIT LE CIRQUE DE L’ANTHROPOCÈNE ?
JULIE SERMON, professeure en Histoire et Esthétique du théâtre contemporain l’Université Lumière Lyon 2, membre du Laboratoire Passages XX-XXI.
SYLVAIN JULIEN, artiste de cirque, accueilli en résidence aux Subsistances pour son prochain spectacle mOndes du 17 au 20 avril 2019. mOndes est la poursuite de l’obsession d’un jongleur de s’emparer d’un objet, le cerceau, comme une réponse absolue à la question : Comment être au monde ?

10 JUILLET – LA VILLE SOCIALE ET SOLIDAIRE
CHRISTOPHE TROMBERT, ancien assistant de service social, maître de conférences en sociologie à l’Université Lumière Lyon 2, membre du Centre Max Weber. Ses recherches portent en particulier sur les politiques sociales et les dispositifs d’insertion par les intervenants sociaux.
GUILLAUME POIGNON, centralien, actuel directeur de l’Atelier Emmaüs, maison d’édition d’un nouveau genre : l’artisanat et le réemploi comme leviers d’insertion professionnelle.

 

Les Mercredis de l’Anthropocène

Qu’est-ce que l’anthropocène ?

QQu’est-ce que l’anthropocène ?

Le terme Anthropocène s’impose et se diffuse de plus en plus, tant auprès des scientifiques que du grand public. Dans un cas comme dans l’autre, il suscite de nombreux débats et discussions, ce qui est un indice de sa puissance. Celle-ci est due à ce qu’il recouvre : l’idée d’une bifurcation dans l’histoire de l’humanisation de la planète et une bifurcation qui menace possiblement l’habitabilité de la Terre.

C’est la raison pour laquelle il a été placé au cœur du projet scientifique et pédagogique de l’Ecole urbaine de Lyon, avec notamment un cycle de cours publics qui lui est entièrement consacré, assuré par Michel Lussault, géographe et directeur de l’Ecole urbaine de Lyon.

Les Cours publics de l’Ecole urbaine de Lyon consacrés aux questions urbaines et anthropocènes.

Cette activité est conçue sur le modèle des cours du Collège de France. Il s’agit de proposer à des chercheurs de l’Université de Lyon, de toute origine disciplinaire, de présenter à tous ceux qui souhaitent suivre ces séances (librement, sans condition de diplômes et sans évaluation finale), les résultats de leurs travaux de recherche, dans une perspective de remise au cœur de la société des savoirs scientifiques.

PProgramme complet

Pour cette première année, ce cours, qui se prolongera les années universitaires suivantes, posera les cadres d’une possible théorie critique de l’anthropocène.
Il s’agira de présenter les différentes approches de l’anthropocène, mais aussi les contestations existantes de la pertinence de ce mot.

Le programme comporte 6 séances d’1h30 (dont une petite période de questions en fin de séance) :

1. Leçon inaugurale. Planète, Terre, Monde : le global entre en scène.
Jeudi 24 janvier, 17 heures, Halles du Faubourg, 10, impasse des Chalets, Lyon 7e
Ecouter le podcast de la leçon inaugurale

2. La rupture des années 1950 ou la « grande accélération ».
Jeudi 14 février, 12h30, amphithéâtre de la MILC, 35 rue Raulin, Lyon 7e
Ecouter le podcast de la 2e séance

3. Pourquoi faudrait-il admettre la nouveauté de l’anthropocène ? La promotion de la pensée du système et ses conséquences scientifiques et politiques.
Jeudi 28 février, 12h30, Salle 110, à l’IUT Lyon 3, 88 rue Pasteur, Lyon 7e

Ecouter le podcast de la 3ème séance

4. Le système-PTM, un état des lieux 1.
Jeudi 7 mars, 12h30, Amphi 8, bâtiment Thémis, Université Lyon 1, Campus Lyon Tech la Doua, Villeurbanne.

Ecouter le podcast de la 4ème séance

La pensée du système : mode d’emploi.
Nous avons donc vu lors de la séance précédente que l’anthropocène serait ce moment où l’on objective l’existence d’un système-terre global (ce que dans ce cours on appelle le système PTM, Planète/Terre/Monde, cf. séance 1 et 2) et d’une science nouvelle : the Earth System Science. On proposera de considérer qu’il en vérité existe en vérité trois manières principales d’aborder ce système, à la fois complémentaires, en liens et recoupements, et spécifiques. A savoir, ce qu’on désignera par : i. le systémisme orienté par les modèles de la physique ; ii. le « néo-organicisme » ; iii le « relationnisme ». On commencera également à examiner la manière dont ces recherches — qu’elles soient scientifiques stricto sensu, philosophiques, spéculatives — infusent dans le champ politique, notamment en matière (de tentatives) de gouvernement mondial des problèmes de changement global.

5. Le système-PTM, un état des lieux 2 : le rôle et la place de l’urbanisation.
Jeudi 14 mars 12h30, Université de Lyon, Grand amphithéâtre, 92, rue Pasteur, Lyon 7e

6. Quelle trajectoire pour le système-PTM ? L’anthropocène comme défi scientifique et politique mondial.
Jeudi 11 avril, 12h30, aux Halles du Faubourg, Lyon 7ème (tramway T2 Arrêt Route de Vienne)

Plus d’information sur le site :

Ecole urbaine de Lyon

Accueillir la biodiversité dans mon quartier

AAccueillir la biodiversité dans mon quartier

Au mois de février, et si on réfléchissait ensemble comment vivre sa ville ?

Propriétaire, co-propriétaire ou simple citoyen si vous souhaitez accueillir de la biodiversité dans vos espaces verts de proximité (public ou privé), venez découvrir en présence d’Asso Arthropologia et du Service Patrimoine Végétal de la Métropole de Lyon, les différentes possibilités.

S’en suivra, le samedi suivant, un temps autour d’exemples concrets que vous pourrez présenter afin d’échanger et trouver ensemble des pistes d’actions.

CONFÉRENCE
📆 Jeudi 14 février, 19h
📝 Inscription

ATELIER
📆 Samedi 16 février, 14h
📝 Inscription

 

Maison de l’environnement

[Pop’Cast] Quelle vie nocturne pour nos villes de demain ?

[[Pop’Cast] Quelle vie nocturne pour nos villes de demain ?

Ré-écoutez le podcast de l’émission radiophonique enregistrée le 5 décembre 2018 à La Commune (Lyon), dans le cadre du Pop’Sciences Forum « Citoyens, la ville de demain vous appartient ! ». Quels sont les leviers culturels, économiques et sociaux à activer pour contrevenir aux tensions nocturnes entre fêtards, touristes, travailleurs, vagabonds et dormeurs ?

Culture, tourisme, travail, bruit… les dormeurs cohabitent de plus en plus avec la ville en continu. Cette ville qui, la nuit, change de visage. Ses quartiers se détachent les uns des autres et deviennent très imprégnés d’une ambiance nocturne qui leur est propre : le quartier clubbing, le quartier dortoir, le quartier zonard, le quartier en chantier, le quartier “coupe-gorge”, le quartier des restaurants, le quartier du tourisme “by night” …

  • Invités : Marie Bonte, géographe et ATER (Université Jean Moulin – Lyon, Laboratoire Environnement, Ville, Société); Emanuele Giordano, chercheur en géographie et aménagement associé au laboratoire LATTS et enseignant à l’École d’Urbanisme de Paris.
  • Animation : en cours de confirmation

[Pop’Cast] Opportunités et limites du logement collaboratif

[[Pop’Cast] Opportunités et limites du logement collaboratif

Ré-écoutez le podcast de l’émission radiophonique enregistrée le 27 novembre 2018, dans le cadre du Pop’Sciences Forum « Citoyens, la ville de demain vous appartient ! ». L’occasion de reconsidérer notre manière d’habiter, de se réapproprier la cité, de partager les quotidiens et de mieux vivre ensemble dans nos quartiers.

Ce plateau radio s’attache à rêver les prochains lieux de la cité et à penser notre manière de l’habiter. A quel modèle économique se rattacher, entre les objectifs marchands du logement classique et les aspirations collectives et non-marchandes d’une partie des habitants ? Quel modèle social soutenir, en évitant les effets de communautés et d’entre-soi ? Débats et réflexions sur nos manières d’habiter la ville et d’investir des lieux, à partir de retours d’expériences à Vienne, Lyon et ailleurs dans le monde.

  • Invités : Guillaume Faburel, géographe et professeur des universités (Université Lyon 2, Laboratoire Triangle, École urbaine de Lyon), Aurore Meyfroidt, géographe (laboratoire PACTE; Labex Intelligences des Mondes Urbains)
  • Animation : Samuel Belaud (Université de Lyon)

Politiques des ambiances urbaines : sons, images et corps

PPolitiques des ambiances urbaines : sons, images et corps

Suite à l’école d’été Politiques des ambiances urbaines : sons, images et corps organisée du 3 au 7 septembre, venez assister à la restitution finale au planétarium de Vaulx-en-Velin des documents vidéo-sonores réalisés par les participant.es.

Durant quelques jours les stagiaires de l’école d’été ont effectué des captations à la fois sonores et visuelles à Vaulx-en-Velin autour de différentes thématiques comme la nature en ville ou frontières et passagesLa restitution dans le dôme du planétarium permettra de s’immerger dans ces regards sur la ville, des points de vue contrastés. Yves Jeanneret, professeur émérite en Sciences de l’Information et de la Communication, proposera une synthèse de ces travaux.

En savoir plus

De 1968 à 2018 : les 50 ans du droit à la ville

DDe 1968 à 2018 : les 50 ans du droit à la ville

Ce dossier thématique aborde la notion de “droit à la ville”. Il intervient dans le cadre du 50e anniversaire de la publication de l’ouvrage Le droit à la ville par Henri Lefebvre en 1968.

Il a été réalisé dans le cadre d’une collaboration entre la Direction Culture, Sciences, Société de l’Université de Lyon et l’École Urbaine de Lyon, visant à impliquer dans un projet de médiation scientifique cinq étudiants de la mention de master Ville et Environnements Urbains (VEU), Khrystyna Gorbachova, Iris Huneau, Lucas Hurstel, Johanna Lubineau et Eya Naimi, encadrés par Samuel Belaud (Université de Lyon) et Mathilde Girault (UMR Triangle). Lorsqu’on se penche sur la notion de droit à la ville, ce format pédagogique révèle toute sa portée performatrice !

 

Le “droit à la ville” est une notion introduite dans l’ouvrage homonyme de Henri Lefebvre, publié en 1968. Ce court manifeste critique vivement les modes de productions dominants de la ville. Il se place particulièrement en contre-courant de la ville capitaliste et néolibérale, considérant les inégalités sociales (de classe) qui la structurent. Le “droit à la ville” s’oppose aussi à la ville fonctionnaliste et standardisée, pour prôner le droit des habitants à auto-produire leur ville. Le “droit à la ville” pourrait se définir par le droit de chaque habitant à imaginer et fabriquer son lieu de vie, à se l’approprier, à y vivre à sa manière, etc. Il ne s’agit donc pas d’un droit au sens institutionnel du terme que l’on pourrait revendiquer, à l’instar des droits de l’homme, mais davantage d’un rapport singulier implicatif que chaque habitant entretient avec la ville comme lieu d’habiter.

50 ans après la publication de cet ouvrage, le contexte urbain a changé mais la notion de “droit à la ville n’est pour autant pas moins d’actualité. Les villes ont grossi et concentré de plus en plus de richesses, les centres-villes se sont patrimonialisés ce qui a engendré une gentrification des quartiers connexes, la compétition métropolitaine a entériné les pouvoirs urbains comme espaces décisionnels, la participation institutionnelle a mis en avant la figure du citoyen et du débat public mais a aussi suscité quelques frustrations, les vagues de migration ont mis en défaut les capacités d’accueil de métropoles pourtant vantées comme espace du cosmopolitisme… Se sont renforcées les ségrégations sociales, les exclusions territoriales, les inégalités environnementales…

Si l’on se penche sur le travail de nombreuses associations et collectifs œuvrant dans divers domaines comme la place des femmes dans l’espace public, le droit au logement, les formes d’appropriations de l’espace public par les citadins, ou la reconnaissance des “invisibles” de la ville  (SDF, minorités, etc.), l’ancrage du “droit à la ville” dans notre époque actuelle apparaît bien réelle. Nous pourrions même dire que certains font du droit à la ville sans le savoir : afin de mettre en avant toute l’actualité de cette notion, nous proposons une carte collaborative d’associations et de collectifs qui, selon nous, agissent selon les principes du droit à la ville tel que nous avons pu le définir dans ce dossier.

Consulter la carte

 

La publication de ce dossier thématique naît conjointement d’une initiative de l’association étudiante de la Mention de master VEU, Urbagora 2.0, qui a réalisé courant mars plusieurs événements visant à faire connaitre cette notion et débattre de son actualité. Ces événements seront rapportés par la suite dans ce dossier.

Les articles

Le droit à la ville, une théorie portée à tous ?  – Johanna Lubineau

Créer du commun par l’habiter : le cas de trajectoires militantes dans le squat officiel bruxellois « 123 » – Khrystyna Gorbachova

La monotonie paysagère comme aliénation moderneEya Naimi

Le son comme révélateur des inégalités sociales – Lucas Hurstel

 

Iris Huneau

Ce travail a bénéficié d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre du programme d’Investissements d’avenir portant la référence ANR-17-CONV-0004.

La monotonie paysagère comme aliénation moderne

LLa monotonie paysagère comme aliénation moderne

Critique d’un urbanisme rationnel

Dans la critique de la ville que fait Henri Lefebvre, plus généralement une critique du mode de production de l’espace urbain, notamment de ses principes spatiaux de planification et concentration urbaines, la ville réunirait l’ensemble de la diversité des activités humaines, qu’elle organiserait spatialement. Ces principes font de la ville un objet technique composé de zones spatiales précises auxquelles est affectée une fonction bien déterminée. Les lieux n’existeraient plus en soi mais pour répondre à une fonction précise (économique, sociale, résidentielle, servicielle, administrative, symbolique…).

Ce fonctionnalisme est hérité des théories de Le Corbusier et plus généralement du courant de l’architecture moderne, visant à rationaliser au maximum l’espace urbain dans son organisation (zonage, circulation…) et son usage (ex : identification des fonctions). Domine alors une représentation isonomique de l’espace urbain, en faisant un espace homogène, plane et continu. Il n’y aurait jamais de résistance physique des lieux dans leurs aménagements, mais une maîtrise entière de l’espace.

Or, Henri Lefebvre montre que cet urbanisme rationnel n’a pas réussi à assurer l’harmonie des usages dans la ville.

« Dans les villes historiques, les monuments ont des fonctions si complexes que le concept de « fonction » ne parvient pas à les épuiser. Ils rappellent et ils appellent. Ils rendent présents un passé et un avenir. Ils sont la mémoire de la Cité et son ciment. Ils unissent et réunissent : cathédrales, palais, théâtres, édifices divers. »

(Lefebvre, 1961, p. 196).

La standardisation du bâti dans des formes géométriques et l’homogénéisation des façades ont contribué à une sorte de répétition dans le paysage urbain. Cette unification en termes de fonction, forme ou esthétique crée une monotonie dans les paysages urbains qui ne seraient plus source de stimulation sensorielle, de sollicitation imaginative, d’invitation à la rêverie, d’inspiration créative… La monotonie rend l’habitant aliéné au paysage urbain.

En attestent les critiques qui ont rapidement émergé des grands ensembles : bien que pensés comme des nouveaux quartiers confortables, particulièrement dans le contexte de la pénurie de logements dans les années 60, les grands ensembles ont rapidement été décrits comme des  « barres en béton », matière froide. C’est la répétition de ces barres qui a donné une monotonie visuelle dans un petit espace caractérisé pourtant par une mixité sociale et une forte densité pensée comme synonyme d’activités.

Ce même problème se retrouve aussi à l’échelle de la ville. Par le fait d’une intensité d’urbanisation, d’une rapidité d’occupation de sol et d’une unification des paysages, les villes perdent leur identité et leur mémoire ; par la suite, s’est opérée une dégradation dans la relation de l’individu avec son milieu, il devient progressivement passif dans ses comportements, n’interagit plus avec son milieu.

La qualité de vie comme standardisation dans la compétition urbaine

La qualité de vie en ville comme principe d’aménagement a progressivement suppléé la conception de l’homme au sein de l’urbanisme : à l’homo oeconomicus des années 70 cherchant à tout prix l’optimisation économique de ses choix (Chombart de Lauwe, 1965), aurait fait place un urbain de plus en plus soucieux de son cadre de vie et de la réalisation de ses aspirations.

Or, force est de constater que cadres de vie et aspirations sont construits socialement, en vue des avantages compétitifs qu’ils charrient (Reigner, 2015) : la qualité de vie en ville est devenue un argument premier des stratégies de marketing territorial. La qualité de vie n’est plus recherchée en soi, mais au regard de son rôle dans une attractivité résidentielle socialement sélective. Il en découle une standardisation dans les formes urbaines de la qualité de vie :  piétonnisation et valorisation du patrimoine bâti, modernisation du mobilier urbain et installation d’aires de jeux, construction de grandes arénas et de stades de sport, accueil de festivals urbains et d’événements sportifs… afin d’avoir une ville récréative. Que l’on soit à Paris ou à Lyon, à Londres ou à New-York, nous retrouvons les mêmes formes et rythmes de la qualité de vie. Nous sommes loin ici d’« une appréhension psychogéographique de l’espace urbain »[1] par les pratiques habitantes.

Les politiques de renouvellement urbain des quarante dernières années ont fortement contribué à l’unification des villes par des modèles d’aménagement et de développement similaires comme l’exemple de régénération des « water fronts ». Ces espaces offrent une forte attractivité touristique mais aussi contribuent à la visibilité régionale et même nationale des villes. L’exemple des berges du Rhône en témoigne puisque cet aménagement a initié d’autres similaires dans les autres grandes villes françaises (ex : Bordeaux).

Les berges du Rhône est un espace public linéaire de plus de cinq kilomètres en plein centre-ville de Lyon. C’est une promenade piétonne rythmée par huit séquences pour offrir une variété d’ambiances paysagères à ses multiples usagers : enfants, familles, jeunes…  Ce projet a réussi à mettre en valeur la rivière et la considérer comme un atout favorisant la qualité de vie dans cette ville.

Les berges du Rhône sont un espace de loisir et de détente. Elles ont été aménagées de manière à répondre à plusieurs besoins de loisirs : récréatifs, sportifs, touristiques… Une répartition spatiale des activités est assurée par deux lignes qui longent le Rhône, dédiée respectivement aux promeneurs et aux cyclistes. La piscine située dans la zone sud de la promenade offre un espace sportif aux habitants pour nager dans un cadre un peu différent. Des espaces d’aire de jeux pour enfants, terrain de foot et de pétanque sont aussi prévus pour pratiquer différents sports : boxe, escalade… et surf. Ainsi, un tel aménagement favorise non seulement un mode de vie physiquement actif (prônant un urbain dynamique et en bonne santé), mais également des pratiques récréatives. Nous observons ainsi un tri et un gouvernement des corps par les loisirs.

Enfin, cet espace accueille des événements festifs pour certaines périodes. Il est devenu un outil de politique urbaine « en valorisant symboliquement les territoires et en retravaillant pratiquement les principes de l’urbanisme fonctionnel des années 1970. »[2]

 

(photos : Eya Naimi, 2018)

Une ville ludique en réponse à l’urbanisme des loisirs  

Cette standardisation s’avère assez éloignée de l’ambition annoncée de divertissement dans ces politiques urbaines. Elle s’oppose aussi à la proposition d’ Henri Lefebvre de « ludifier » les pratiques dans la ville afin d’inciter les gens à explorer et pratiquer leur ville. L’idée est de faire de la ville un « terrain de jeux » qui incite à s’évader au quotidien en ayant recours à l’imagination, le détournement fonctionnel, l’auto-dérision… Le jeu serait un mode d’exploration de la ville en réponse à la monotonie de l’urbain et du quotidien, contrairement aux loisirs qui s’inscriraient dans des usages prédéfinis par des aménagements.

 « Le jeu, à notre avis, est multiforme et multiple. Loisir et jeu ne se recouvrent pas exactement. Ne serait-ce pas le jeu qui parachève et couronne la sociabilité ? Il déploie ses diversités et ses inventions entre les activités intégrées à la vie quotidienne, au sein de la famille, et les grandes évasions, départs, vacances, camping, montagne et mer. Les intermédiaires sont innombrables : jeux de défi ou de hasard, jeux dans » les cafés (cartes, billard, juke-boxes) ou dans les clubs, jeux sérieux (échecs) ou frivoles (paris, etc.), sans oublier le « lèche-vitrine », trop dédaigné par beaucoup d’urbanistes, le pur et simple bavardage et quelques autres formes. Le jeu ne correspond à aucun besoin élémentaire, encore qu’il les présuppose tous. Il correspond à des désirs affinés et différenciés, selon les individus et les groupes, désirs que tuent vite la monotonie et l’absence de possibilités. »

(Lefebvre, 1971, p. 197).

 

Eya Naimi

[1]Philippe Simay, « Une autre ville pour une autre vie. Henri Lefebvre et les situationnistes », Métropoles, 2008. URL : http://journals.openedition.org/metropoles/2902

[2]Benjamin Pradel, « Mettre en scène et mettre en intrigue : un urbanisme festif des espaces publics », Géocarrefour, Vol. 82/3 | 2007, 123-130.

VILLES#2 | Portrait urbanistique et théâtral de Villeurbanne

VVILLES#2 | Portrait urbanistique et théâtral de Villeurbanne

La compagnie « Collectif X » pose ses valises à Villeurbanne. L’équipe de comédiens et d’urbaniste se donne un mois pour mener une grande enquête au plus près des villeurbannais. Pour établir avec eux un portrait théâtral de leur ville !

VILLES# est un processus participatif qui vise à (re)découvrir la ville, à cheval entre le théâtre et l’urbanisme. Cette nouvelle session donne l’occasion de découvrir de nouveaux espaces de vie, de nouvelles personnes, de nouvelles problématiques urbaines ; « et c’est déjà passionnant ! ».

Habitants, élus, travailleurs, étudiants, aménageurs, passants… Chacun d’entre-vous est invité à dresser le portrait polémique autant que fraternel de Villeurbanne ! Pour le réaliser, le Collectif X mobilise 4 protocoles d’enquête inspirés des méthodes des sciences humaines : la balade urbaine ; l’entretien ; le cœur (100 définitions scandées par une troupe d’habitants) ; la controverse (débat théâtral).

Début des festivités le jeudi 14 juin 2018 au Rize, pour une programmation qui naviguera ensuite entre les quartiers Grand-Clément, Monod, Baratin et Cusset.

  • 14 juin – 19h : Rize (23 rue Valentin Hauy)
  • 19 juin – 19h : Tours Baratin (29 rue Pierre Baratin)
  • 21 juin – 19h : LCR Monod (42 rue Frédéric et Irène Joliot Curie)
  • 23 juin – 16h30 : Centre social de Cusset (87-89 rue Pierre Voyant)
  • 29 juin à 19h et 30 juin à 16h aux Ateliers Frappaz (14 rue Docteur Frappaz)

Si vous souhaitez participer, rendez-vous chaque veille de spectacle à 18h.

 

Plus d’infos : collectifx.com

Les partenaires du projet : TNP Villeurbanne / Le Rize / CCO / Centre Social Cusset / Ville de Villeurbanne / DRAC

 

Café pression urbaine #6 | Comment négocier la fabrique de son quartier ?

CCafé pression urbaine #6 | Comment négocier la fabrique de son quartier ?

Rencontre – débat entre étudiants, citoyens et praticiens Sur le thème de la concertation pour l’aménagement des espaces publics.

La concertation citoyenne avant les projets d’aménagement est un droit en pleine expansion. Pourtant, la façon dont elle est pensée et mise en place aujourd’hui suscite de nombreuses insatisfactions. Cette 6e édition des Cafés Pression Urbaine cherchera à comprendre ce qui fait que la concertation publique pose problème, avant d’imaginer ensemble le futur de la négociation de la fabrique de nos quartiers.

Rues, places, parcs… la ville offre à ses usagers une multitude d’espaces et de structures dits “publics”. Si leur vocation est d’être ouverts à tous, la fabrique de ces lieux est en perpétuelle négociation entre les habitants et des acteurs aux enjeux spécifiques (élus, aménageurs, investisseurs, promoteurs…etc). Les contestations citoyennes régulièrement faites face à certains projets d’aménagement urbain et plus généralement en réaction aux phénomènes de gentrification, privatisation et marchandisation de l’espace public montrent cette divergence d’intérêts.

La participation citoyenne est de plus en plus affichée comme un principe démocratique fondamental dans la conception des projets d’aménagement des villes. C’est à cet effet que s’est développée l’obligation faite aux décideurs de mener des processus de concertations, donnant ainsi la parole aux habitants. Pourtant, l’exemple du quartier de la Croix-Rousse et des aménagements qui y mobilisent les conseils de quartiers montrent que la voix des usagers n’est pas encore assez entendue dans les décisions.


Ce 6ème Café Pression Urbaine interrogera cet écart entre la volonté d’inclure les habitants dans la fabrique de leur quartier et les pratiques actuelles, de questionner l’efficacité réelle de la concertation et d’explorer des alternatives à ce mécanisme pour intégrer la volonté citoyenne à l’aménagement urbain.