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De la ville entonnoir à la ville perméable : gestion des eaux pluviales sur le campus de LyonTech-la Doua

DDe la ville entonnoir à la ville perméable : gestion des eaux pluviales sur le campus de LyonTech-la Doua

Depuis la seconde moitié du 20e siècle, avec le développement de l’urbanisation, les sols en ville ont été de plus en plus artificialisés et imperméabilisés, limitant l’infiltration de l’eau de pluie. Conséquence : l’eau ruisselle sur le sol, augmentant le risque d’inondation et entraînant des polluants présents en ville vers les milieux naturels environnants. Pour remédier à cette situation, de nouvelles pratiques et modes de gestion ont été mis en œuvre. Le campus de LyonTech-la Doua à Villeurbanne en est un bon exemple, étant un terrain d’expérimentation pour les aménagements de gestion de l’eau pluviale depuis plus de vingt ans.

Un article rédigé par Camille Dianoux, Rémi Combeaux, Mathis Fléret, Marina Benavides Guedes, Almudena Plichon Alberola (étudiants du master 2 IWS) et la classe Terminale 3 du lycée Robert Doisneau (Vaulx-en-Velin) de Mme Valérie Corneloup (la liste des élèves est mentionnée en fin d’article).

Une ville imperméable

Au 19e siècle[1], la décision fut prise de collecter les eaux usées dans un réseau d’égouts centralisé plutôt que de les relâcher au bord des habitations. L’eau ruisselante était vue comme un vecteur de maladie, elle devait être évacuée par le réseau d’égouts pour s’en débarrasser au plus vite.

Les premiers réseaux d’égouts construits en France étaient unitaires : un réseau unique collectait à la fois les eaux usées domestiques et les eaux pluviales. Toutefois, lors de pluies trop intenses, des eaux non traitées, et donc potentiellement polluées, débordaient du réseau et étaient directement rejetées dans l’environnement : ce qui a inévitablement un impact sur la qualité de l’eau. Il subsiste encore des réseaux unitaires à Lyon, si bien qu’en 2015, 7 % des volumes collectés par les réseaux ont été rejetés sans traitement[2]. La pollution issue de ces 7 % est aussi importante que la pollution rejetée par les eaux traitées en station d’épuration, soit les 93 % restants.

Dans certaines villes, un second réseau d’égouts, réseau séparatif, a été construit pour y accueillir uniquement les eaux pluviales. Elles sont déversées directement dans le milieu naturel sans traitement, pour éviter qu’elles ne se mélangent aux eaux usées et se chargent en polluants. Cette solution est coûteuse, mais elle a permis de diminuer la pollution apportée au milieu naturel en limitant les déversements d’eau usée non traitée, comme dans le cas de débordements de réseaux unitaires.

Pour éviter la surcharge du réseau par l’eau de pluie, mais aussi pour prendre en compte l’intensification des pluies, due au changement climatique[3], les métropoles sont en transition vers un nouveau modèle de gestion des eaux de pluie en ville.

Vers la ville éponge

Changer de mode de gestion des eaux de pluie en ville, c’est passer du concept de « ville entonnoir », où l’eau est collectée dans des égouts puis emmenée hors de la ville, à celui de « ville éponge » où la pluie est infiltrée dans le sol de la ville. Cela permet aussi d’empêcher que l’eau emporte des polluants provenant des transports ou de l’industrie lors de son ruissellement. Mais pour cela, les sols doivent être perméables, laisser l’eau s’infiltrer, et non goudronnés ou bétonnés.

Illustration de la ville entonnoir © Méli Mélo – GRAIE

Illustration de la ville éponge. © Méli Mélo – GRAIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si l’eau ne rejoint pas les égouts, elle peut réintégrer son cycle naturel, humidifier les sols et recharger les nappes phréatiques. Cela limite les inondations, aide à végétaliser les villes et donc à atténuer les îlots de chaleur*. Ces différents aménagements ont fait évoluer la perception de l’eau de pluie en ville : on ne la considère plus seulement comme une nuisance, mais également comme une potentialité. C’est ainsi que le projet « ville perméable » a émergé dans la métropole de Lyon : il s’agit d’un projet d’aménagement pour favoriser l’infiltration de l’eau, grâce à des ouvrages concrets.

Le campus de Lyon-Tech-la Doua : un exemple de ces nouveaux aménagements

Lorsque l’eau de pluie tombe, on peut la faire ruisseler jusqu’à de grands bassins d’infiltration. Ils retiennent l’eau pendant maximum 24 heures, pour laisser le temps à l’eau de s’infiltrer progressivement dans le sol. On en trouve un à côté de l’IUT Lyon 1 capable de contenir 4000 m3 d’eau, soit la consommation annuelle d’eau de 75 habitants. Il draine les 2,5 hectares alentour.

Le bassin d’infiltration des eaux pluviales de l’IUT Lyon 1, campus LyonTech-la Doua. | © GRAIE

On peut aussi infiltrer l’eau de pluie « à la source », c’est-à-dire là où elle tombe, plutôt que de la laisser ruisseler. Ainsi, les installations sont moins consommatrices d’espace et plus discrètes. C’est le cas des noues, fossés de terre qui infiltrent les eaux de pluie tombées à proximité, ou des parkings en béton perméable.

L’utilisation de plantes dans les ouvrages, l’ingénierie végétale, améliore la capacité d’infiltration des ouvrages. On utilise, par exemple, des noues végétalisées, des jardins de pluie*, des toitures végétalisées. Les racines facilitent l’infiltration de l’eau dans le sol. La végétation filtre naturellement une partie de la pollution, et préserve la biodiversité.

La végétalisation de la ville aide à filtrer la pollution. | © Méli Mélo – GRAIE

La gestion des eaux pluviales : un objet de recherche scientifique

Les aménagements de gestion des eaux pluviales sont des objets de recherche scientifique : ils ont été conçus après des années de recherches théoriques et pratiques et servent eux-mêmes de terrain d’étude, pour pouvoir collecter des données pour de futurs projets, et évaluer leur efficacité.

Toutes les installations du campus de LyonTech-la Doua sont des lieux d’expérimentation scientifique. On y teste des installations, telles que les noues et les bassins d’infiltration. Elles sont munies de différents capteurs qui mesurent, par exemple, la quantité de pluie tombée (pluviomètre*), les polluants (métaux lourds, pesticides) contenus dans la pluie, ou les débits* d’eau qui s’infiltrent dans le sol. Ainsi, on évalue la capacité de ces installations à filtrer la pollution présente dans l’eau de pluie.

Pluviomètre | © CambridgeBayWeather

Perception de ces techniques alternatives

Contrairement aux réseaux d’égouts, les nouveaux ouvrages ne servent pas qu’à recueillir la pluie. Ils ont d’autres usages, et donc d’autres usagers. Leur mise en place et leur entretien ne vont pas de soi.

Ces nouveaux ouvrages sont hybrides, à la fois espaces verts et ouvrages de gestion des eaux de pluie. Ils mêlent différents types de matériaux (minéral et végétal). Les collectivités doivent alors mobiliser différents services pour entretenir un seul aménagement. Pour une noue végétalisée, il peut être nécessaire de faire appel à un premier service pour tailler les arbres, un deuxième pour l’herbe, un troisième pour ramasser les déchets qui s’y seraient accumulés… Un vrai casse-tête organisationnel qui nécessite une nouvelle coordination entre les services mobilisés.

Une noue végétalisée du campus LyonTech-la Doua. | © Marina Benavides Guedes

C’est une toute nouvelle méthode de travail qui est nécessaire. Ce qui a des conséquences sur la manière dont les agents de la ville perçoivent leur métier. Certains craignent que le métier d’égoutier se perde et que l’évolution de leurs tâches détériore leurs conditions de travail[4].

Par ailleurs, les nouveaux aménagements de gestion des eaux de pluie sont plurifonctionnels. Par exemple, les parkings poreux du campus de LyonTech-la Doua permettent le stationnement des véhicules, en plus d’infiltrer les eaux de pluie ; une noue ou un jardin de pluie* peut accueillir des activités de loisirs[5] et fournir un habitat pour la biodiversité[6]. Dans certains cas, les usagers peuvent se réapproprier l’ouvrage et l’utiliser pour des activités autres que celles prévues. Les aménageurs doivent en tenir compte pour garantir la sécurité des usagers et éviter certaines nuisances (bruits, déchets…).

Les difficultés pour faire évoluer la ville vers un espace plus perméable et plus végétalisé ne sont pas seulement d’ordre technique ou financier, mais viennent aussi de la manière dont chaque acteur se représente ces nouveaux aménagements.


NOTES

[1] John Snow, On the mode of communication of cholera (1855).

[2] Grand Lyon Métropole, Projet ville perméable : guide d’aide à la conception et à l’entretien (2017).

[3] Yves Tramblay et al., Impacts du changement climatique sur les pluies intenses et les crues en Méditerranée, LHB : Hydroscience Journal, vol. 107, no 1 (2021).

[4] Nina Cossais, Gestion intégrée des eaux pluviales : positions des services techniques urbains et évolution induite des métiers – Métropole de Lyon, URBIA, 5 (2019).

[5] Sébastien Ah Leung et al., Que fabrique-t-on avec les eaux pluviales urbaines ? Les dispositifs techniques et les usages du parc Kaplan dans l’agglomération lyonnaise, (2013).

[6] Émilie Gascon, Impacts et opportunités de la nouvelle gestion des inondations dans les domaines de la conception et de l’aménagement urbain, Projets de paysage. Revue scientifique sur la conception et l’aménagement de l’espace, 20 (2019).


GLOSSAIRE

Débit : volume d’eau qui s’écoule dans un point précis en un temps donné, généralement exprimé en m3/s ou en L/s.

Îlots de chaleur : zones urbaines où la température est nettement plus élevée que dans les zones environnantes, en raison de l’absorption et de la rétention de la chaleur par des surfaces urbaines telles que l’asphalte et le béton.

Jardin de pluie : ouvrage de gestion des eaux pluviales formé par une dépression avec des végétaux, où les eaux de ruissellement sont acheminées pour s’y infiltrer.

Pluviomètre : appareil permettant de mesurer la pluviométrie.

Pluviométrie : mesure de la quantité d’eau tombée dans un lieu donnée. Elle est généralement exprimée en centimètres, pour désigner la hauteur d’eau tombée.


Ont participé au travail d’écriture de cet article, en collaboration avec Camille Dianoux, Mathis Fleret, Marina Benavides Guedes, Almudena Plichon, Rémi Combeaux, étudiant·e·s de du master 2 IWS, les élèves de terminale du lycée Robert Doisneau (par ordre alphabétique) : ANOUAR  Jihane, ASSAOUI Medhi, BOUDEHANE Ismaël, AGKOZ, Naziré, BRAITIT Baasma, DEKAR Lina, DIA Mouhamed, GASMI Aldjia, HAMDAOUI Maryem, HAMRI Soumia, IBRAHIM Jindar, JACQUET Sonny, KEBBOUCHE Wafaa, KOC Hayrunissa, MAGHRAOUI Selsabil, MAHBOUB Nisrine, METRI Anis, MOHAMED HASSAN Abdifatah, NAAMANI Soumeya, NOKA Xhoveda, RANDRIAMAZAORO Gérald, SEMAKDJI – BEN HADJ KASSEM BOUBAKER Romayssa, SOK Panha, TALEB Delci, TANRIKULU Erdem, TOLA Dorian, YAPICI Rümeyssa, ZAGAI Mohamed, ZAHIR Narjis, ZINGARA Amine, ZITOUNI Maryam.

Vers une nouvelle gestion des eaux en ville

VVers une nouvelle gestion des eaux en ville

Organisée à l’occasion du lancement du 12e numéro du Pop’Sciences Mag, Eau, maintenant ou jamais, cette rencontre-débat a eu pour ambition d’interroger notre rapport à l’eau dans les contextes urbains, et plus particulièrement notre gestion des eaux pluviales.

Face aux périodes de canicule que nous vivons de plus en plus fréquemment, nous prenons vraiment conscience qu’il est urgent de modifier nos modes de vie et pratiques, notamment dans les villes. La gestion des eaux de pluie est alors un élément crucial à adapter pour l’avenir. Pollution des eaux, transfert de ces polluants vers l’environnement, désimperméabilisation des surfaces, végétalisation, réutilisation des eaux de pluie … autant de sujets développés lors de cette discussion.

Cette rencontre-débat a ainsi proposé un éclairage sur ces questions par les regards croisés de Marie Privé, journaliste pour le Pop’Sciences Mag, et Jean-Luc Bertrand-Krajewski, enseignant chercheur en hydrologie urbaine au laboratoire DEEP (INSA Lyon).

>> (Re)découvrez l’intégralité de la rencontre :

Crédit vidéo : © Bibliothèque municipale de Lyon

Un événement Pop’Sciences/Université de Lyon organisé en collaboration avec la Bibliothèque municipale de la Part-Dieu.

>> La retransmission de la rencontre est également disponible sur le site :

Bibliothèque municipale de Lyon.

Nocturnes de l’Histoire : Lyon et ses faubourgs

NNocturnes de l’Histoire : Lyon et ses faubourgs

Représentation théâtrale et débat

Dans le cadre des Nocturnes de l’histoire et à l’initiative de la Direction Sciences et Société l’Université Lumière Lyon 2, les Archives municipales de Lyon – AML accueillent une représentation théâtrale et un débat inspirés par les travaux de l’historienne Justine Tentoni. Deux ouvrages issus de sa thèse ont été publiés début 2023 aux Presses universitaires de Lyon : Gouverner Lyon et ses faubourgs : l’organisation des élites municipales et Incarner Lyon et ses faubourgs : le parcours des élites municipales lyonnaises 1830 à 1870.

Ils présentent les résultats d’une recherche historique effectuée à partir du dépouillement des archives des conseils municipaux de Lyon au XIXe conservées aux AML. L’étude porte sur l’analyse de la composition et de l’organisation de ces conseils, tout en mettant en évidence le long processus de démocratisation de l’espace urbain lyonnais.

Après avoir assisté, aux journées de l’Histoire à Blois, à une pièce de théâtre (documenté et documentaire) de l’historien Patrick Boucheron, Justine Tentoni a décidé de reprendre des parties de sa thèse et de les mettre en voix et en scène avec une professeur de théâtre de l’Université Lumière Lyon 2 et des étudiants. La pièce a pour objectif, par la vulgarisation, de rendre compte du travail de recherche en histoire, de la méthode historique et du rapport de l’historien à ses sources de manière vivante et engageante. Une première représentation a eu lieu à l’Université le 6 décembre 2023.

Pour en savoir plus :

Archives municipales de Lyon

Les villes des Lucaniens

LLes villes des Lucaniens

Les villes des Lucaniens : recherches à Civita di Tricarico et à Serra del Cedro (Basilicate, Italie)

Alors qu’on a longtemps pensé que les villes étaient concentrées dans les régions côtières d’Italie et que les populations de l’intérieur avaient une organisation territoriale décentralisée et un habitat dispersé, le programme de recherche sur les « villes sans renom des Lucaniens », sous la direction d’Olivier de Cazanove et Stéphane Bourdin (Université Paris 1-Panthéon Sorbonne) a mis en évidence l’existence de deux grandes agglomérations urbaines voisines, à Civita di Tricarico et à Serra del Cedro, des IVe-IIe siècles avant J-C.

Les fouilles et les prospections géophysiques qui y ont été conduites permettent de retracer l’évolution de l’organisation de ces agglomérations, des fortifications, des édifices de culte et des espaces privés.

Intervenant :

  • Stéphane Bourdin, professeur d’archéologie du monde romain occidental à l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne – UMR 7041 ArScAn.

Pour en savoir plus :

Bibliographie sélective

Vers une nouvelle gestion des eaux en ville | Rencontre-débat Pop’Sciences

VVers une nouvelle gestion des eaux en ville | Rencontre-débat Pop’Sciences

Organisée à l’occasion du lancement du 12e numéro du Pop’Sciences Mag, Eau, maintenant ou jamais, cette rencontre-débat aura pour ambition d’interroger notre rapport à l’eau dans les contextes urbains.

A la Bibliothèque municipale de la Part-Dieu (Lyon).

Le Mardi 7 novembre de 18h30 à 20h30.

Suite à l’été caniculaire que nous venons de vivre, nous prenons vraiment conscience qu’il est urgent de modifier nos modes de vie et pratiques, notamment dans les villes. Il est maintenant nécessaire de re-végétaliser les espaces, rendre perméable les sols et surfaces de la ville, penser de nouveaux systèmes pour gérer, collecter et utiliser les eaux de pluie…

Cette rencontre-débat proposera un éclairage sur ces questions par les regards croisés de Marie Privé, journaliste pour le Pop’Sciences Mag, et Jean-Luc Bertrand-Krajewski, enseignant chercheur en hydrologie urbaine au laboratoire DEEP (INSA Lyon).


PROGRAMMATION

18h30 – Présentation du 12e numéro du Pop’Sciences Mag

18h45 – Rencontre – débat avec Marie Privé et Jean-Luc Bertrand-Krajewski

19h45 – Discussion avec le public

Jauge public limitée, pensez à vous inscrire sur le site de la Bibliothèque municipale de Lyon :

INSCRIPTION


Un événement Pop’Sciences/Université de Lyon organisé en collaboration avec la Bibliothèque municipale de la Part-Dieu.

Cette programmation est développée dans le cadre du projet LYSiERES² – Sciences avec et pour la société.

 

Le Pop’Sciences Mag « Eau, maintenant ou jamais » a été développé avec le soutien de la Métropole de Lyon, de la Région AURA, du projet LYSiERES²– Sciences avec et pour la société, de l’Ecole universitaire de recherche H2O Lyon, du projet Life RECYCLO du programme européen LIFE de la Commission européenne, de la CASDEN, de la Ville de Lyon.

Avec la participation de nombreux laboratoires et établissements d’enseignement supérieur : Unité de recherche RiverLy, Centre INRAE Lyon-Grenoble Auvergne-Rhône-Alpes, Laboratoire déchets, eau, environnement, pollutions, Observatoire de terrain en hydrologie urbaine, Laboratoire environnement-ville-société, Groupe de recherche angevin en économie et management, Institut européen des membranes, unité de recherche REVERSAAL, Institut des géosciences de l’environnement de Grenoble, Groupe d’analyse et de théorie économique, CNRS, INSA Lyon, Université Jean Moulin Lyon 3, Université Lumière Lyon 2, Université Jean Monnet de Saint-Étienne, École nationale Supérieure
des Mines de Saint-Étienne, ENS de Lyon, École nationale supérieure d’Architecture de Lyon, ENTPE, Université d’Angers, Université de
Montpellier, École nationale supérieure de chimie de Montpellier, Grenoble INP-UGA, Université Grenoble-Alpes, Institut d’ingénierie et de management, Institut de recherche pour le développement

 

Conférence de Philippe Dufieux sur l’architecte Abraham Hirsch

CConférence de Philippe Dufieux sur l’architecte Abraham Hirsch

À l’occasion de la parution de son ouvrage « Abraham Hirsch. Architecte de la Troisième République à Lyon » aux Presses universitaires de Lyon, Philippe Dufieux donnera une conférence à l’Université Lumière Lyon 2, jeudi 14 septembre 2023, à 18h.

Philippe Dufieux est professeur d’histoire de l’architecture à l’École nationale supérieure d’architecture de Lyon (ENSAL) et directeur d’EVS-LAURe (UMR 5600).

Entrée libre sur inscription : pul@univ-lyon2.fr

En savoir plus sur le site-web de l’Université Lumière Lyon 2

 

Immobilier : la propriété devient de moins en moins abordable, même dans les zones les plus pauvres | The Conversation

IImmobilier : la propriété devient de moins en moins abordable, même dans les zones les plus pauvres | The Conversation

Selon le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre, publié en février dernier, on compterait en France 330 000 sans-abris, au moins 4 millions de personnes mal logées et 15 millions de personnes touchées par la crise du logement. Face à cette situation dramatique, l’un des enjeux porte sur les leviers de l’action sur les marchés du logement. Ces dernières années, la production neuve a ralenti (430 000 logements en 2012 à 370 000 en 2022) et la production de logements sociaux continue de se résidualiser (126 000 logements sociaux financés en 2016, 95 000 en 2021, 96 000 en 2022).

Au-delà de ces chiffres, la situation s’explique aussi par le blocage de la chaîne du logement du fait du ralentissement de l’accession à la propriété dans un contexte de hausse des prix. La part des primo-accédants tend à diminuer au profit de celle des propriétaires ayant fini de rembourser leur emprunt.

Dans ce contexte, nous avons mené une enquête financée par le programme ANR WIsDHoM (Wealth Inequalities and the Dynamics of Housing Markets) portant sur les aires urbaines de Paris, Lyon et Avignon. Nous relevons que dans ces trois zones, l’accès à la propriété est devenu la norme, tout en étant moins abordable, creusant ainsi les inégalités.

UUne diminution générale de l’abordabilité

Dans chacune des trois agglomérations, nous avons sélectionné quatre communes aux tendances de marché contrastées et nous y avons mené une enquête par voie postale auprès des propriétaires résidents (1 427 réponses). Les résultats tirés de cette enquête ne concernent donc pas l’ensemble des trois agglomérations mais des secteurs de marché spécifiques.

Le sens général de l’évolution ressort sans équivoque : l’abordabilité, entendue comme le rapport entre les prix et les revenus, a diminué partout.

Dans les trois agglomérations, les communes où un mois de revenu suffit pour acquérir un mètre carré sont de plus en plus reléguées dans les périphéries alors que le périmètre de celles où il faut plus de deux mois de revenu pour un mètre carré ne cesse de s’étendre.

Le processus est le plus marqué pour l’agglomération parisienne, dont la ville centre et la première ceinture étaient déjà peu abordables en 2002. Les niveaux d’abordabilité sont un peu meilleurs dans les deux autres agglomérations (plus pour Lyon que pour Avignon toutefois), mais la situation se détériore significativement.

Abordabilité des maisons : ratios prix – revenus localisés de 2002 à 2018

 

Cette diminution de l’abordabilité a eu pour conséquence une triple évolution : une plus grande sélectivité sociale des marchés, une mobilisation plus importante des propriétaires pour leur parcours d’accession, et une recomposition de la géographie des parcours patrimoniaux.

La sélectivité sociale peut être mesurée par la hausse de la part des ménages à dominante cadre parmi les acquéreurs, part qui passe de 27 % avant l’inflation immobilière à 43 % après 2008. Cette hausse est surtout importante dans la première période de hausse des prix de l’immobilier à Paris et à Lyon, alors qu’elle est plus continue à Avignon.

On observe également une certaine convergence : les écarts entre les terrains de l’enquête dans les trois agglomérations sont moins élevés après 2008. Même si les niveaux de prix sont très différents d’une agglomération à l’autre, l’évolution de l’abordabilité produit des résultats assez similaires en termes de filtrage social par le marché du logement.

LLe poids des transmissions intergénérationnelles

La deuxième conséquence porte sur les ressources mobilisées par les ménages pour devenir propriétaires, dans des logiques d’accumulation patrimoniale. Les catégories sociales qui parviennent encore à devenir propriétaires doivent s’engager dans des parcours d’accession à la fois plus longs et plus contraignants que par le passé.

La durée moyenne des emprunts ne cesse de s’allonger dans les trois agglomérations : 15,7 ans pour les acquéreurs d’avant 2000, 20 ans après 2015. Dans le même temps, la part de ceux dont l’apport est inférieur à 25 % du prix d’achat passe de 30 % avant 2000 à 25 % après 2008. Ce rôle déterminant de l’apport initial renvoie à la proportion croissante d’acquéreurs bénéficiant de la revente d’un autre bien immobilier.

Un tiers des acquéreurs des années 1980 et 1990 étaient déjà propriétaires avant d’acheter. Ils sont près de 60 % après 2008. Le découplage des prix et des revenus n’est ainsi tenable que par cette réinjection du patrimoine issu de la revente de biens immobiliers pour financer les acquisitions suivantes, au détriment des primo-accédants. Dans cette dynamique, l’agglomération d’Avignon comble progressivement l’écart avec les métropoles parisienne et lyonnaise, et les dépasse même après 2008.

Dans ce contexte, le maintien des primo-accédants sur le marché passe par deux canaux distincts : les prêts aidés comme le prêt à taux zéro ou le prêt à l’accession sociale d’une part, les transmissions intergénérationnelles d’autre part. Les premiers connaissent surtout un essor entre 2000 et 2007 où 41 % (contre 19 % auparavant) des primo-accédants enquêtés en bénéficient. Ils refluent ensuite à 31 %, reflet de l’évolution des terrains étudiés (certains sortant du zonage de ces dispositifs) et de du niveau social des acquéreurs (ces prêts aidés étant versés sous condition de revenus).

Le poids des transmissions intergénérationnelles pour les primo-accédants augmente quant à lui surtout après 2008. Alors que 18 % en bénéficiaient pour constituer un apport avant 2000 et 14 % entre 2000 et 2007, ce sont 33 % des primo-accédants qui mobilisent cette source après 2008. Sur des secteurs spécifiques de marché, les retournements des modes d’acquisition peuvent être rapides et la substitution des transferts intergénérationnels aux politiques d’aides à l’accession est un facteur renforçant les inégalités.

LLes inégalités sociospatiales se redessinent

L’évolution de l’abordabilité affecte aussi, et c’est la troisième conséquence, la géographie des mobilités résidentielles. 39 % des acquéreurs d’avant 2000 ont acheté dans la commune où ils résidaient, 29 % après 2008.

Ce mouvement est continu dans les agglomérations de Lyon et d’Avignon, alors qu’il semble se retourner après 2008 à Paris. Un élément d’explication tient au fait que les ménages déjà propriétaires de l’agglomération parisienne réinvestissent plus souvent dans la même commune que ceux des deux autres agglomérations. 67 % des acquéreurs issus de la même commune étaient déjà propriétaires dans les communes autour de Paris, contre 46 % à Lyon et 30 % à Avignon.

Une partie des propriétaires franciliens semblent parvenir à mieux tirer parti des hausses de prix pour se maintenir dans leur commune alors qu’à Lyon et Avignon ils changent de localisation pour poursuivre leur parcours résidentiel. Les différentiels d’abordabilité enclenchent donc des mobilités géographiques et redessinent les inégalités sociospatiales. Ces effets ne peuvent être saisis qu’en étant attentifs aux interactions avec les autres déterminants des trajectoires patrimoniales.

En combinant une approche systématique des marchés dans trois agglomérations différentes, mais aux dynamiques convergentes, à une enquête plus ciblée sur des secteurs de marché contrasté, on peut voir comment la réduction générale de l’abordabilité, passant par la médiation de facteurs patrimoniaux (durée d’emprunt, apport initial, transmissions intergénérationnelles, revente d’un logement précédent), affecte les profils et les parcours des propriétaires. Ce faisant, on peut mieux caractériser le blocage de l’accession à la propriété en y distinguant trois dimensions : un filtre social de plus en plus puissant, un surcroit de mobilisation de ressources et une contrainte de localisation grandissante.The Conversation

 

Publié  sur The Conversation le 11 avril 2023

Renaud Le Goix, Professeur en géographie urbaine et économique, Université Paris Cité et Loïc Bonneval, Maître de conférences en sociologie, Université Lumière Lyon 2

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original :

The Conversation

Histoire de la Société Académique d’Architecture de Lyon

HHistoire de la Société Académique d’Architecture de Lyon

La Société Académique d’Architecture de Lyon est l’une des plus anciennes sociétés savantes encore en activité de France. Formée par des architectes majeurs du XIXe siècle, comme Antoine Marie Chenavard (1787-1883) et Louis-Pierre Baltard (1764-1846), elle a profondément marqué la scène architecturale lyonnaise.

Ces travaux historiques, ces concours et ses conférences en font une référence unique pour les architectes, dès son origine. Riche de plus de 190 ans d’histoire et d’archives, la Société Académie d’Architecture de Lyon est un sujet de recherche à part entière. Pourtant, l’histoire même de ce groupement est peu connue. Cette conférence est l’occasion d’éclairer la naissance de la Société, à la fin des années 1820, et sa vie jusqu’à l’aube de la Troisième République. Cette recherche inédite révélera le rôle majeur joué par le groupement dans l’institutionnalisation de la profession d’architecte.

 

>> Plus d’informations :

Archives Municipales de Lyon

Contre la métropole barbare, les Français·es à la recherche d’« espaces pirates » | The Conversation

CContre la métropole barbare, les Français·es à la recherche d’« espaces pirates » | The Conversation

ZAD Notre Dames des Landes. La recherche d’espaces éloignés de la métropolisation touche de nombreux habitants. ©Rue89 Strasbourg/Flickr, CC BY-ND

De Sydney à Paris, de Montréal à Rio, de Genève à Berlin, la multiplication des luttes contre la gentrification et les ségrégations urbaines fait aujourd’hui écho aux nombreuses actions de désobéissance civile contre les effets écologiques d’une société de consommation particulièrement développée dans les grandes villes.

Par ailleurs, de l’Italie au Mexique, de la Bolivie à l’Allemagne et à l’Afrique du Sud, les résistances n’ont cessé de se déployer sur les 20 dernières années contre des grands projets d’équipement, d’extraction et/ou d’exploitation nécessaires à la généralisation des modes de vie urbains occidentaux.

Ces collectifs très médiatisés, très divers, par leur composition sociogénérationnelle, leurs modes d’action et leurs inspirations idéologiques ou philosophiques, remettent en cause la croissance des grandes villes et, en arrière-plan, la métropolisation du monde et son urbanisation généralisée.

Or, il est un fait encore largement minoré dans les médias : un nombre croissant de personnes, de l’ordre de 600 à 800 000 personnes sur les quatre dernières années en France, quittent les espaces métropolitains pour emménager dans les grandes périphéries, et ce en faisant de plus en plus le choix d’autres styles et formes de vie, notamment par l’écologie et l’autonomie.

DDes espaces entiers se redynamisent

Ainsi, loin du discours longtemps dominant dans les mondes universitaires, singulièrement de la géographie, niant l’attrait si ce n’est l’existence même des périphéries – comme en témoignent les critiques répétées adressées aux travaux de Christophe Guilluy – des espaces entiers demeurent dynamiques voire se redynamisent, y compris dans la fameuse diagonale du vide, victime de la désindustrialisation (du nord-est au sud-ouest).

Les lieux historiques du refuge et de confins vis-à-vis des modes de vie urbains, tels que le Limousin ou encore la Lozère et l’Ardèche deviennent des lieux d’accueils mais aussi, plus amplement de nombreux espace du sud-est de la Bretagne au centre de la Drôme, du Cotentin au Cantal, du Tarn à l’Aveyron…

Ces périphéries représentent alors de véritables espaces pirates par le foisonnement des alternatives et leurs passions joyeuses face aux mutations métropolitaines d’une vitesse inégalée.

440 % du territoire national concerné

Au total, ce sont plus 40 % du territoire national concerné par une multitude d’initiatives, comme le montre, parmi d’autres, la carte participative du portail Internet et réseau anonyme Utopies concrètes qui recense 3 000 lieux en France, aux deux tiers périphériques aux grandes polarités et aux grands centres urbains.

Par l’observation directe ou indirecte d’une centaine de luttes ou d’initiatives, j’ai noté dans mes recherches l’émergence d’une grande diversité de nouveaux modes de vie. Il s’agit par exemple d’habitat groupé et d’habitat léger (autoconception, autofinancement, autoconstruction) pour faire autonomie résidentielle mais aussi des lieux de production : permaculture, espaces potagers communautaires y compris dans les espaces périurbains des grandes villes, et fermes sociales pour faire autonomie alimentaire.

On retrouve également des systèmes d’échanges locaux (SEL), des ressourceries et centrales villageoises pour faire autonomie technique et énergétique, des coopératives intégrales (où toutes les ressources vitales sont mises en partage) et communautés existentielles (lorsque la communauté de vie souhaite s’autogérer entièrement), prenant parfois la forme d’éco-hameaux et éco-lieux

Eco-hameau à Andral (dans le Lot).

HHabiter, coopérer, autogérer

Ces observations mettent en lumière trois grands communs. Tout d’abord, refaire corps avec le vivant en habitant autrement la terre, et donc la Terre. Il s’agit ici très souvent d’adopter et de développer des pratiques dites écologiques de ménagement du milieu (et non d’a-ménagement), en prônant sobriété et frugalité.

Pour cela, il y a logiquement à retisser des liens d’entraide et de solidarité par des coopérations renouvelées. D’autres rapports aux ressources locales et aux activités territoriales s’incarnent très directement, car coopérer demande d’apprendre des savoirs pratiques et situés, souvent sur la base de techniques manuelles et d’expériences de la terre.

Enfin, troisième et dernier commun, non le moindre, il s’agit de faire autonomie non seulement dans le domaine de l’alimentation, du logement, de l’énergie, des déplacements… mais plus encore par des règles d’organisation réellement démocratiques, propres aux individus et aux collectifs.

Le triptyque habiter/coopérer/autogérer est indéniablement un système de valeurs en construction dans plusieurs espaces périphériques, et ce par une écologie bien plus existentielle et relationnelle que le simple empan gestionnaire de la smart city et la seule imposition des règles de droit de la propriété privée foncière.

ZAD, un an après, France 3.

Ce système ne se conçoit pas d’ailleurs sans lien parfois avec la tradition des biens communaux (souvent des bois, des prés, des landes et des marais, gérés en commun par des habitants d’une communauté rurale), que ce soit dans les activités agropastorales ou artisanales.

DDes manières de vivre loin du folklore

Par une grande diversité de situations et surtout d’expériences, c’est le cas du collectif de la vallée Longue en Lozère et de la communauté de l’Arche en Isère, de la commune de Trémargat dans les Côtes-d’Armor, de la communauté Longo Maï du Mas de Granier dans les Bouches-du-Rhône ou encore de l’écovillage Ecoravie dans la Drôme… Tout ceci sans même parler des Zones à Défendre, telle celle très emblématique de Notre-Dame-des-Landes en Loire-Atlantique.

En fait, loin de tout folklore champêtre et sa nostalgie pour un modèle « villageois », les ruralités sont de plus en plus composées de personnes qui ont quitté la grande ville pour donner sens à leurs convictions en s’efforçant de mettre en pratique d’autres manières de vivre.

Dans ces périphéries, chacun peut en fait se percevoir comme acteur, y compris les catégories populaires, et faire de sa main, en participant notamment aux activités et affaires locales.

En souscrivant à ces modes d’action, ces personnes rejettent les phénomènes de métropolisation qui combinent dépossession du pouvoir d’habiter et de lutter dignement pour l’écologie de son milieu de vie.

Projet Ecoravie.

UUne métropolisation synonyme de néolibéralisme urbain

Cette métropolisation remise en cause désigne le processus de renforcement de la puissance des métropoles par l’organisation et l’aménagement du territoire, suivant en cela le modèle de la ville-monde, dont les sept totems sont New York et Hongkong, Londres, Paris, Tokyo, Singapour et Séoul.

Plus de 120 villes à ce jour imitent très directement leur modèle de développement, dont quelques-unes françaises, Lyon notamment. Et sous peu quelques autres par les efforts déployés : Bordeaux, Lille, Montpellier ou encore Nantes.

Un étalage de fruits au large de Brick Lane. ©Garry Knight/Flickr, CC BY-ND

La métropolisation représente un moment particulier de la longue histoire des densités urbaines, qui ont, pour rappel, toujours été de dessein à la fois économique, pour garantir les rendements, et politique, pour réguler les conduites. Ce moment est celui, néolibéral, du capitalisme urbain.

Les cibles de population sont majoritairement les groupes du techno-managériat et les classes dites créatives (sciences et ingénierie, architecture et design, arts et culture…), la petite bourgeoisie intellectuelle, les jeunes biens formés, les actifs plus âgés et biens portants. Soit un peu plus de 40 % de la population nationale.

Le « bosco verticale » (« bois vertical » en français) est un complexe architectural conçu et porté par le Studio Boeri avec l’aide d’horticulteurs et de botanistes, constitué de deux tours d’habitations hautes de 76 mètres et 110 mètres, Porta Nuova à Milan, en Italie. ©Wikimedia, CC BY

Cependant, des politiques d’aménagement assez mimétiques à travers le monde ont créé les paysages et ambiances idoines de cette attractivité : architecture starifiée et grandes tours végétalisées, urbanisme temporaire et street-art, espaces publics convertis en esplanades marchandisées et grands parcs pour joggers affairés, fêtes et évènements sportifs mondialisés, clusters scientifiques et pôles de compétitivité… Sans oublier la bucolisation marketée des projets d’aménagement (éco-quartiers) et la numérisation… de tous les lieux. Les paysages métropolitains s’homogénéisent.

Ces pratiques ont rendu les coûts d’accès à la vie métropolitaine inaccessibles, évinçant les pauvres et subalternes, avec gentrification et ségrégations grandissantes du fait notamment des prix des logements centraux.

Clara Zetkin Park, Leipzig. ©Sachsenbrücke/Flickr, CC BY-ND

UUn coût écologique

Cette croissance a des effets écologiques tout à fait considérables par la surconcentration humaine : artificialisation des sols, exploitation des ressources, arraisonnement total des espaces, y compris éloignés, pour leur alimentation, leur desserte, leur divertissement. En leur sein, la nature y est de plus en plus aseptisée, les taux de pollution battent des records, et les métropoles accèdent à un nouveau label, estival, celui de « fournaises urbaines » comme le révèle notre enquête réalisée en juillet 2019 sur le vécu du changement climatique dans trois métropoles du sud de la France.

L’urbanisation généralisée, c’est aujourd’hui 56 % de la population mondiale (annoncée à 70 % en 2050) pour, d’ores et déjà, 70 % des déchets planétaires, 75 % de l’énergie consommée, plus de 80 % des émissions de gaz à effet de serre, et de 90 % des polluants atmosphériques.

Enfin et surtout, cette croissance métropolitaine n’est pas sans effet sur les vécus de chacun.e : perception d’accélération sans frein, impression d’étouffement, sensations de suffocation, sentiment de dépossession des existences.

DDéparts silencieux

Les changements sont d’une profondeur et d’une rapidité historique inégalées pour les vies, humaines comme non humaines. C’est d’ailleurs la définition que nous donnons à la métropolisation : un fait social total, celui d’un processus de reconfiguration accélérée d’espaces vécus et des (bio)pouvoirs qui s’exercent dessus.

Dans ce contexte, rien d’étonnant à assister à cette autre croissance, silencieuse, de départs des espaces métropolisés (notamment dans l’agglomération parisienne), des cadres surmenés jusqu’à de jeunes précarisés.

Ce sont d’ailleurs dorénavant très officiellement les communes peu denses qui attirent et gagnent de nouveaux habitants

DDe nouvelles aspirations

En 2016, une enquête du forum Vies Mobiles montrait que sur les 12 000 personnes interrogées représentatives de six pays seules 18 % désignaient la grande ville comme un lieu de vie idéal, et même 13 % en France. 74 % estimaient que le rythme de vie dans la société actuelle est trop rapide (80 % en France) et 78 % souhaitaient personnellement ralentir (82 % en France). Toujours selon le même Forum Vies Mobiles, cette fois-ci par une enquête menée auprès de 13 201 Français en 2019, il y aurait lieu de mener une politique de réaménagement du territoire et de ralentissement des rythmes de vie.

Une non moins récente enquête de l’Observatoire Société et Consommation et de Chronos montre que 74 % des Français qui trouvent leur commune trop dense souhaiteraient vivre ailleurs (février 2020), et en décembre 2019, une autre enquête du premier organisme auprès de 2 000 Français de 18 à 70 ans a dépeint une organisation de l’économie et de la société tendue vers la sobriété, le « moins mais mieux ». Cette vision idéale est majoritairement partagée devant l’utopie « techno-libérale » ou l’utopie « sécuritaire ». Un sondage Odoxa de 2019 indique même que, pour protéger l’environnement, 54 % des Français préféreraient la décroissance à la croissance « verte » (45 %).

LLe risque : replonger dans des habitudes anciennes

Toutefois, un risque au moins demeure, non des moindres : que les comportements vécus dans la métropole et ses périphéries épigones, intériorisés, viennent coloniser des espaces a priori encore épargnés.

Plusieurs habitudes et chaînes comportementales sont à desserrer : la mobilité permanente et l’accélération sans fin des mouvements, le divertissement ininterrompu et le nomadisme généralisé, la connectivité continue et les corps prétendument augmentés.

Bref, tout ce qui simultanément scinde socialement les sociétés, met en péril les écosystèmes et fatigue les existences.

Or, la tâche est tout sauf simple si l’on en juge la force des dynamiques néolibérales et celle des discours idéologiques derrière un tel régime passionnel (que l’on retrouve d’ailleurs allègrement dans les politiques périphériques) : la mobilité servirait notre émancipation, le divertissement nos humanités, la connectivité notre citoyenneté.

Puisqu’il s’agit de tempérer les comportements à des fins de ménagement du vivant, de ralentir pour reprendre le souffle des existences, se limiter et trouver de la mesure par le rapprochement et l’intensité des liens entre humains et non-humains sont le premier moyen de se désaliéner. Citons ainsi Cornelius Castoriadis:

« L’autonomie – la vraie liberté – est l’autolimitation nécessaire non seulement dans les règles de conduite intrasociale, mais dans les règles que nous adoptons dans notre conduite à l’égard de l’environnement. »The Conversation

 

Publié  sur The Conversation le 15 mars 2023

Auteur : Guillaume Faburel, Professeur, chercheur à l’UMR Triangle, Université Lumière Lyon 2

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original :

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Visite guidée : Du Grand Hôtel-Dieu à l’Université : médecine et sciences dans la ville

VVisite guidée : Du Grand Hôtel-Dieu à l’Université : médecine et sciences dans la ville

 

Le 19e a été un siècle de révolutions médicales et scientifiques, et notamment à Lyon. La médecine lyonnaise s’est longtemps développée à l’Hôtel-Dieu, où a émergé son enseignement au début du 19e siècle. La faculté des sciences, créée en 1835, et l’école de médecine, devenue faculté en 1874, ont rejoint le nouveau palais universitaire bâti sur la rive gauche du Rhône en 1896.

Du Grand Hôtel-Dieu à l’Université, du Discours sur la douleur de Marc-Antoine Petit aux radiographies d’Etienne Destot et à la criminologie d’Alexandre Lacassagne et d’Edmond Locard, suivez les traces laissées par les grands médecins et scientifiques, et embarquez, de la rive droite à la rive gauche, dans le siècle de Louis Pasteur et de Claude Bernard.

Cette visite s’appuie sur la documentation du département d’histoire de l’art de l’université Lyon 2 et les collections du Musée des Hospices Civils de Lyon, pour mieux vous emporter dans les petites et la grande histoire de la médecine et des sciences à Lyon.

 

>> Plus d’informations et inscription :

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