MMaud Dampérat : Cultiver les idées, accompagner les innovations | Visages de la science ©Jennifer SaniossianC’est en 2017 que Maud Dampérat intègre le laboratoire Coactis et l’IAE de l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne en qualité de Professeur des universités. Cette charentaise d’origine voit comme une aubaine la proposition de s’investir au sein d’une toute nouvelle formation, le Master Prospective Design. En effet, cette formation rassemblant à la fois créativité, innovation et marketing correspond pleinement à ses thèmes de recherche.Après une Licence en Économie et un Master en Marketing à l’Université Pierre-Mendès France de Grenoble, c’est une rencontre qui va entraîner Maud dans le domaine de la recherche en Marketing.L’un de ses professeurs, Alain Jolibert, qui a beaucoup œuvré pour structurer la recherche en sciences de gestion au sein de son université, va l’accompagner d’abord sur un Master Recherche (DEA) puis sur un doctorat intitulé « Proposition d’un modèle de satisfaction interpersonnelle de l’acheteur professionnel ». « Le parti pris à l’époque était que la satisfaction se concevait au travers d’une approche transactionnelle. Or il se développait parallèlement l’approche relationnelle car les relations interpersonnelles dans le monde des affaires compte tout autant » explique Maud. Les asymétries de pouvoir, la satisfaction réciproque des parties prenantes, les stratégies de développement en prenant compte des besoins ou des usages, voilà ce qui stimule sa recherche. « On développe des produits pour simplifier la vie des gens » s’exclame-t-elle.Créativité et exigence : un mélange sucré-salé nécessaireAprès avoir soutenu brillamment sa thèse en 2004 durant laquelle elle aura pu faire des expériences à l’étranger (HEC Montréal, Manchester Business School, Université du Michigan), Maud trouve un emploi d’ATER à l’Université Lyon 3, suivi d’un post-doc à l’Université de Genève avant de s’envoler pour Montréal et de devenir Professeure adjointe au sein du département marketing de HEC Montréal. « C’est là-bas que l’on m’a posé dès le début une question importante et que je me suis posée à plusieurs reprises dans ma carrière : est-ce que ce que tu fais te plaît ? ». Une question simple mais qu’il est nécessaire de se poser pour poursuivre son chemin.En 2008, des soucis familiaux contraignent Maud à rentrer en France, et elle intègre alors l’Institut National Polytechnique Grenoble (Grenoble INP) où elle restera pendant presque dix ans. « J’ai adoré cette période avec mes étudiants », se souvient-elle. « Moi j’étais en marketing B2B (Business to Business), sur un pan très industriel. En arrivant j’ai monté une formation qui s’appelait ManInTec, Management, , Innovation, Technologies et je me suis rendue compte qu’en suivant des start-up, des projets sortis de laboratoires, 95 % des innovations trouvaient leurs débouchés en B2B. Connecter le B2B avec la question de l’innovation technologique a été une révélation ».Tout un univers s’ouvre alors à celle qui aime écouter une situation, la comprendre et essayer de la transformer en un modèle qui se rapproche de la réalité. Elle, que l’on surnommait petite « la pourquoite de la pourquoite », voulant toujours comprendre le pourquoi des choses, aime ce bouillonnement intellectuel. « Les conflits d’idées sont une nourriture extraordinaire pour moi » confie-t-elle « et ces débats d’idées, ces percussions je les retrouve dans l’innovation et la créativité parce que la créativité est souvent la percussion de deux idées qui existent déjà et qu’on n’avait jamais mises ensemble».S’investissant dans la recherche comme dans la formation, Maud va porter la formation ManInTec et lancer ensuite des séminaires de créativité dans trois des grandes écoles de Grenoble INP sur lesquels s’inscrivent près de 900 étudiants par an.Intégrée à l’Université Jean Monnet en 2017 en tant que Professeure des universités, puis à l’Université Lumière Lyon 2 en 2021, elle poursuit son chemin académique en cultivant deux repères essentiels : liberté et accompagnement.Liberté et accompagnement Ce métier multifacette lui correspond pleinement : les cours avec les étudiants, l’ingénierie pédagogique, le montage de projets, les analyses quantitatives poussées, communiquer par divers médias, …. Elle y trouve la liberté dont elle a besoin « On a une capacité à être caméléon, à se réinventer et, selon les moments de sa vie, d’actionner ce que l’on a envie. C’est ce qui m’avait fait choisir ce métier même si je ne suis pas d’une famille d’académiques. J’ai tout découvert progressivement et à aucun moment la question de la liberté n’a été remise en cause. Je travaille avec des collègues très soutenants dont certains sont maintenant des amis » explique Maud.Quant à l’accompagnement, il est ce qui donne du sens à son métier. Accompagner les étudiants, les doctorants et les collègues est pour Maud une mission capitale. « Je me vois un peu comme un joueur de Curling » dit-elle amusée, « tout comme ce joueur qui balaie la glace pour que la pierre aille au bon endroit, j’essaie de balayer les difficultés pour faciliter les choses à mes doctorants et à mes collègues ».C’est également ainsi qu’elle envisage son rôle de Directrice du laboratoire Coactis depuis son élection en septembre 2023 : un service à la communauté, avec pour but de permettre à ses collègues d’atteindre leurs objectifs.En parallèle de tout cela, Maud poursuit ses travaux de recherche souvent en lien avec les travaux de ses doctorants : expérience client, créativité des entreprises et des individus, développement de nouveaux produits, co création… Elle s’intéresse d’ailleurs actuellement à la co-création avec l’IA : « J’aime beaucoup mettre la technologie au service de la durabilité. J’ai vu à quel point la technologie peut être un levier considérable d’avantages compétitifs durables pour les entreprises permettant de créer de la valeur. J’essaie de résoudre ces tensions parfois paradoxales entre soutenabilité et technologie ».Le reste de son temps, cette maman le consacre avant tout à sa famille : « mon loisir préféré » dit-elle en souriant. Quant à ses autres passions, elles sont tout aussi révélatrices de sa personnalité. Son besoin d’observer et d’accompagner se retrouve dans le soin qu’elle prend aux plantes à caudex, ces végétaux à croissance lente aux formes singulières. Sa créativité trouve un autre terrain d’expression dans la céramique anagama, où le feu, la terre et le hasard de la cuisson façonnent des pièces uniques.Qu’il s’agisse de recherche, d’accompagnement ou de création, tout converge vers une même dynamique. Maud suit une trajectoire vivante, toujours en mouvement, mais ancrée dans un plaisir essentiel : apprendre et transmettre.>> Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’Unité de Recherche Coactis : Coactis
AAnthony Galluzzo : Lire le monde pour mieux en dévoiler les coulisses | Visages de la science Découvrez le portrait d’Anthony Galluzzo, professeur des Universités et chercheur à Coactis. Passionné d’histoire, sociologie et anthropologie, ce chercheur en sciences de gestion est l’auteur de plusieurs ouvrages qui interrogent la société marchande et son imaginaire comme le Manuel du Mangement Décomplexé.D’un milieu ouvrier à la rechercheAnthony Galluzzo n’était pas destiné à devenir chercheur. Originaire de la banlieue de Lens, il grandit dans une famille de mineurs et d’ouvriers. Son père, tôlier chez Renault, valorise l’excellence technique et le travail bien fait. À la maison, beaucoup de livres de mécanique, des encyclopédies… « Mon père m’a transmis un respect et une fascination pour la connaissance », confie-t-il.Premier de sa famille à faire des études, Anthony tâtonne, hésite, change de voie. Il commence par un DEUG d’histoire à Arras, s’oriente ensuite vers les sciences de l’information à Lille puis à Tours et envisage un temps de devenir bibliothécaire. La culture l’attire, mais il ne se sent pas très stimulé par ses stages.Il décide finalement de s’orienter vers le Master Management International de l’IAE de Toulouse. Les stages en entreprise achèvent alors de le détourner du secteur privé. « Je ne supportais pas de travailler sous l’autorité d’un chef, à effectuer des tâches aliénantes qui n’avaient d’autre finalité que d’enrichir un patron » explique-t-il.La découverte de la recherche : démocratie et libertéC’est lors de sa première année de Master à Toulouse qu’Anthony va faire deux rencontres qui vont être déterminantes dans son parcours. Ludovic Cailluet (chercheur en histoire de la gestion) et Audrey Rouziès (chercheuse en stratégie), deux de ses professeurs, parlent souvent de leur recherche durant leurs cours. Anthony entrevoit alors ce qui sera son futur métier ; « Être payé pour lire, écrire, produire de la connaissance ? Je n’avais pas vraiment conscience avant de les rencontrer qu’un tel métier pouvait exister » confie-t-il.La recherche devient une évidence. Non seulement pour l’activité intellectuelle qu’elle suppose, mais aussi pour les valeurs qu’elle porte : une certaine idée de la démocratie, de la liberté et du service public. « On élit nos responsables, on choisit sur quoi on travaille et avec qui, et notre travail ne sert pas à enrichir quelqu’un : il produit des connaissances accessibles à tous et sert à la formation intellectuelle de nos étudiants. » explique-t-il.Il pense un temps à faire une thèse en sociologie mais, à Toulouse, une seule allocation de recherche était proposée pour 25 candidats contrairement aux sciences de gestion pour lesquelles le ratio était nettement plus avantageux. Décidé à devenir Maître de Conférences, il s’engage dans une thèse en marketing. Un choix stratégique donc mais également risqué car son sujet s’intègre dans un courant minoritaire : la Consumer Culture Theory, qui mobilise sociologie, anthropologie et histoire pour comprendre les phénomènes de consommation.Comprendre la société à travers ses imaginairesIl débute donc en 2010 une thèse sur les fans de stars musicales. Pendant plusieurs années, Anthony mène une véritable enquête de terrain : il campe devant les stades, observe, enregistre, discute avec les fans. Il découvre alors que la célébrité ne se construit pas uniquement du côté des artistes, mais aussi du côté de ceux qui les admirent ; « On avait parfois l’impression que les fans consommaient davantage des histoires que de la musique ». Et cette intuition devient centrale dans son travail : la consommation n’est pas seulement matérielle, elle est aussi imaginaire. Ce sont des récits, des symboles, des fantasmes qui donnent sens aux objets et aux figures que nous suivons.C’est cette réflexion qui le conduira ensuite à travailler les imaginaires marchands dans le cadre de son Habilitation à Diriger des Recherches en 2022 ou bien sur son ouvrage le mythe de l’entrepreneur l’année d’après. Pour comprendre ces figures contemporaines, Anthony revendique une méthode : toujours replacer les phénomènes dans le temps long.Histoire, sociologie et regard critiqueEn 2014, sa thèse soutenue, Anthony choisit de rejoindre Coactis car le premier contact avec des membres du laboratoire lui laisse entrevoir des personnes chaleureuses et bienveillantes. Il y découvre effectivement un environnement qui lui correspond : collaboratif, convivial, sans hiérarchie pesante.Pour Anthony Galluzzo, impossible de penser le présent sans croiser les disciplines. Il associe la capacité critique de la sociologie à la profondeur temporelle de l’histoire. Dans La Fabrique du consommateur, il explique notamment que la multiplication des images et le marketing d’influence ne sont pas des ruptures soudaines, mais l’aboutissement de processus anciens. « Les influenceurs d’aujourd’hui ne sont pas très loin des présentateurs du téléshopping de nos grands-mères » dit-il amusé.Cette posture critique irrigue aussi son dernier ouvrage, à paraître chez La Découverte : Manuel de management décomplexé. Écrit dans un style volontairement provocateur, le livre adopte le point de vue d’un consultant cynique pour dévoiler ce que les sciences de gestion passent souvent sous silence : les techniques de surexploitation du travail ouvrier, essentielles aux stratégies de réduction des coûts.« Dans les cours de stratégie, on parle souvent de choses assez subtiles comme l’optimisation des flux logistiques mais on omet d’expliquer en quoi les entreprises qui dominent par les coûts font souvent leurs profits en surexploitant des travailleurs. Dans un monde où l’on s’imagine que tout est automatisé, on ignore qu’il n’y a jamais eu autant d’ouvriers qu’aujourd’hui. Nos objets électroniques, nos vêtements, nécessitent le travail de millions d’ouvriers pour être produits » explique-t-il.Anthony Galluzzo mène une activité de recherche tout en développant un travail d’écriture. Dès sa thèse, il sait qu’il souhaite publier des ouvrages. Lecteur insatiable, amateur de cinéma documentaire, il puise son énergie intellectuelle dans l’exploration de sujets encore inconnus pour lui. « S’intéresser à ce qui existe ailleurs et à ce qui s’est fait par le passé permet de remettre en question ce que l’on a tendance à considérer comme naturel et évident » confie-t-il.Depuis la banlieue de Lens jusqu’aux amphithéâtres universitaires, les livres n’ont jamais quitté Anthony Galluzzo. Ils sont devenus son moyen de comprendre le monde, mais aussi de le mettre à distance, une manière de ne pas subir le présent et de garder ouverte la possibilité de le penser autrement.>> Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’Unité de Recherche Coactis : Coactis
PParoles de doctorants : découvrez leurs parcours en vidéo | Visages de la science Des doctorants et doctorantes de Coactis, Unité de Recherche en sciences de gestion et de management des Universités Lumière Lyon 2 et Jean Monnet de Saint-Étienne, partagent leurs parcours et leurs recherches dans de courtes interviews.Ces scientifiques vous partagent leurs cursus universitaire et professionnel, les raisons qui les ont poussés à se lancer dans un doctorat, leur sujet de recherche ou encore ce qu’ils et elles aiment le plus dans leur métier.>> Découvrez les dernières interviews : Aurélie MonroseBoris Chapoton Irvine Mala>> Pour découvrir les autres interviews :COACTIS
PPortrait des acteurs de la recherche de l’Université Jean Monnet | Visages de la science Suivez le parcours de nos chercheurs, enseignants, doctorants… Qui sont-ils ? Qu’est-ce qui les amené à choisir leur discipline, à creuser ce sujet de recherche ? Dans quel but ? Qu’est-ce qui les anime ?>> Découvrez les derniers portraits :Mélinda Desse – Physico-chimisteMélinda Desse est enseignante-chercheuse, au laboratoire IMP (Ingénierie des Matériaux Polymères) de l’Université Jean Monnet pour la recherche et au département de chimie pour l’enseignement. >>En savoir plus Floriane Fournier – ÉthologueDoctorante au laboratoire CRNL-ENES (Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon – Équipe de Neuro-Ethologie Sensorielle) de l’UJM, Floriane Fournier étudie la communication émotionnelle acoustique chez les primates : comment expriment-ils leurs émotions dans leur voix, comment les autres les perçoivent, et quelle influence cela a-t-il sur eu ? Telles sont les questions qui préoccupent Floriane sur son travail de thèse. >>En savoir plus Pierre-Olivier Mazagol – GéomaticienLigérien d’origine, le parcours de Pierre-Olivier ne le destinait pas directement à la géomatique. Lycéen, il s’imagine enseignant : « Je me destinais plutôt à l’enseignement dans le secondaire en SVT. Je ne savais pas ce qu’était la géomatique. J’ai découvert cette discipline, et le monde de la recherche, seulement en DEA puis en doctorat. ». C’est après une maîtrise en Biologie des populations et des écosystèmes que Pierre-Olivier s’oriente vers la Géographie, les systèmes d’information géographiques (SIG) et la géomatique (contraction de géographie et informatique, ensemble des outils informatiques utilisés pour mobiliser des données spatialisées). Il réalise son DEA à l’UJM où il rencontre le Pr. Bernard Etlicher. >>En savoir plus Pierre-Marie Zanetta – Cosmochimiste et minéralogisteAstrominéralogiste et cosmochimiste au LGL-TPE (Laboratoire de Géologie de Lyon – Terre, Planètes, Environnement), Pierre-Marie s’intéresse à la formation de notre système solaire en étudiant les roches qui nous parviennent de l’espace, et notamment les météorites. Cette étude approfondie des roches extraterrestres permet à Pierre-Marie de dresser un tableau de ce à quoi ressemblait le système solaire avant la formation de la Terre. Il s’intéresse principalement à ce qu’on appelle le « réservoir » de minéraux, qui était présent dans ce système solaire avant la formation des planètes, et tente de lier ce réservoir primitif à la formation de nos planètes : comment la matière a évolué pour ensuite s’accréter sous forme d’astéroïdes, de planétésimaux, ou de planètes. >>En savoir plus>> Pour en savoir plus : Portraits de chercheurs
SSciences en récits | Visages de la science Découvertes, prix, innovations : à Lyon 1 Université, des parcours et des trajectoires extraordinaires se dessinent chaque jour. Comment ces aventures sont-elles vécues par leurs protagonistes ? Ils sont étudiants, étudiantes, enseignants, enseignantes, scientifiques, et témoignent en quelques minutes des temps forts de leurs histoires hors du commun. Entrez dans les coulisses d’une Université de sciences, technologies, santé et sport, et écoutez les récits de vie de celles et ceux qui l’animent.>> Découvrez les trois derniers podcasts :Épisode 10 : Enquête sur les joyaux d’exception du patrimoine©Eric Le RouxProfesseur à Lyon 1, au sein de l’Institut Lumière Matière-ILM, Gérard Panczer mène une véritable enquête scientifique sur les joyaux du patrimoine national. Il retrace leur histoire et révèle les secrets de fabrication des orfèvres du Moyen Âge — avec, parfois, des découvertes qui bousculent les hypothèses des historiensÉCOUTER LE PODCAST Épisode 9 : Médecine légale à Lyon : de Lacassagne à aujourd’hui©Eric Le RouxPopularisée dans les séries policières, la médecine légale est convoquée pour élucider des crimes, mais aussi prendre en charge les victimes. La faculté de médecine de Lyon est une institution pionnière dans ce domaine grâce aux travaux d’Alexandre Lacassagne, le père de l’anthropologie criminelle. À l’occasion du centenaire de sa mort, nous vous proposons de rencontrer Laurent Fanton, chef du service de médecine légale de Lyon et Professeur à la faculté de médecine Lyon Est de l’Université Claude Bernard Lyon 1. Laurent Fanton nous raconte l’histoire d’Alexandre Lacassagne et de son rôle dans l’évolution de la criminologie. Il nous présente également les principes de la formation en médecine légale à Lyon et ses récentes innovations.ÉCOUTER LE PODCASTÉpisode 8 : Magnétiseur de particules ©Eric Le RouxProfesseur à l’Université Claude Bernard Lyon 1, Sami Jannin magnétise les atomes : c’est un spécialiste des techniques de résonance magnétique nucléaire (RMN), un outil puissant exploité dans de nombreux domaines tels que la chimie, la biologie, la physique, la médecine… Il nous accueille dans son laboratoire pour nous présenter ses recherches et leurs applications dans le domaine de l’imagerie médicale notamment. Sami Jannin est aussi lauréat de la prestigieuse bourse du Conseil Européen de la Recherche ERC, un financement attribué aux projets de recherche visant à repousser les frontières de la connaissance.> Écouter la partie 1 > Écouter la partie 2>> Pour découvrir les autres podcasts :Sciences en récits
RReconstruire les paysages passés | Visages de la science © Pierre-Olivier-Mazagol, géomaticien au laboratoire EVSLigérien d’origine, le parcours de Pierre-Olivier Mazagol ne le destinait pas directement à la géomatique.Lycéen, il s’imagine enseignant : « Je me destinais plutôt à l’enseignement dans le secondaire en SVT (Sciences de la vie et de la Terre) . Je ne savais pas ce qu’était la géomatique. J’ai découvert cette discipline, et le monde de la recherche, seulement en DEA (Diplôme d’études approfondies), puis en doctorat. »C’est après une maîtrise en Biologie des populations et des écosystèmes que Pierre-Olivier s’oriente vers la géographie, les systèmes d’information géographiques (SIG) et la géomatique (contraction de géographie et informatique, ensemble des outils informatiques utilisés pour mobiliser des données spatialisées). Il réalise son DEA à l’Université Jean Monnet – UJM – où il rencontre le Pr. Bernard Etlicher.« Ce sujet d’écologie du paysage me permettait de coupler la géographie et mon cursus en écologie. »C’est lors de ce DEA puis de sa thèse, toujours à l’UJM, que l’appétence de Pierre-Olivier pour la géomatique se confirme. Il aura tout de même exercé pendant un temps son idée première, puisqu’il financera sa thèse grâce à ses activités d’enseignement en SVT en collège et lycée.Recruté en 2007 comme ingénieur d’étude, il est aujourd’hui ingénieur de recherche en Sciences de l’information géographique au laboratoire EVS (Environnement – Ville – Société UMR 5600 CNRS).« Le travail consiste à récupérer des données existantes ou à en créer et à imaginer leur usage, comme la mise en application d’outils préexistants ou la création de nouveaux outils. Les études sur lesquelles je travaille sont souvent à vocation opérationnelle, en partenariat avec des PNR (Parcs naturels régionaux), l’’association Inter-Parcs du Massif central – IPAMAC -, la métropole… L’idée c’est de faire de la recherche qui puisse servir au territoire, et permettre de nous ancrer dans notre territoire. »Spécialiste de la géomatique, Pierre-Olivier s’intéresse principalement aux problématiques environnementales et aux héritages culturels.« Côté environnement, j’ai travaillé sur les corridors écologiques de la Trame verte et Bleue, avec le projet IPAMAC qui est un grand projet de cartographie du réseau écologique à l’échelle du Massif central. J’ai aussi travaillé sur le Contrat Territorial Corridors Biologiques et le Contrat Vert et Bleu de Saint-Étienne Métropole, en proposant des actions de recherche sur plusieurs années. »À cette liste s’ajoutent, par exemple, des travaux sur la prédétermination de la localisation des zones humides. Dans des zones difficiles d’accès et où la télédétection est inopérante du fait de couvert forestier important, le travail de Pierre-Olivier permet de déterminer la présence potentielle de zones humides en utilisant notamment des indices topographiques et géomorphométriques (formes et détails du terrain).Du côté de la thématique des héritages culturels, Pierre-Olivier donne un exemple :« J’ai travaillé sur la géovisualisation 3D du patrimoine englouti des Gorges de la Loire, pour reconstruire le paysage avant la mise en eau du barrage de Grangent. Ces travaux sont au service du territoire : nos résultats sont utilisés par le SMAGL – Syndicat Mixte d’Aménagement des Gorges de la Loire – dans le cadre de l’exposition permanente du Centre d’Interprétation des Gorges de la Loire au château d’Essalois, mais accessibles gratuitement et librement par le grand public, auquel on peut, d’une certaine façon, « rendre » ce paysage englouti et tous les éléments qui ont disparu lors de cet ennoiement, comme des ponts, des usines, une ancienne gare… »Plus tard, la méthodologie a été adaptée et réutilisée pour un projet sur la ville de Saint-Étienne, et sa reconstitution pendant la Seconde Guerre mondiale, avec son tissu urbain.« L’idée était de rendre compte de tous les événements qui avaient eu lieu pendant la guerre à Saint-Étienne, qu’ils soient des événements de résistance, de collaboration ou d’occupation, et de les repositionner sur une carte en trois dimensions. On peut se rendre compte des changements dans la ville depuis 1945. Ces cartes peuvent être utilisées dans les écoles, et dans de futures expositions comme celle du mémorial qui sera installée bientôt. »Tous ces travaux se font très souvent en équipe, avec des enseignants-chercheurs du laboratoire EVS, mais aussi avec d’autres partenaires :« J’ai un réseau avec lequel je travaille souvent. C’est cela qui est intéressant, comme par exemple dans mon partenariat stratégique Erasmus+ [1] à travers lequel j’ai pu travailler avec des collègues d’universités européennes… À l’issue du projet, nous avons décidé d’organiser à Saint-Étienne une série de séminaires internationaux « Héritages culturels et outils numériques » pour entretenir ce réseau. La prochaine édition se tiendra d’ailleurs le 4 février 2026. »En plus de ses activités de recherche, Pierre-Olivier enseigne dans plusieurs cursus de l’UJM : Master Géographie Numérique, Master Sciences de la Vie, et Master Histoire, Civilisations et Patrimoine.« J’aime être au contact des étudiants. Dans le cadre de l’une des activités d’enseignement que j’assure en Master Géonum, les « ateliers géomatiques », je propose des sujets avec des partenaires extérieurs à l’Université (associations, collectivités, entreprises). L’objectif est d’accompagner les étudiants tout au long de la réalisation de ces projets jusqu’à la présentation de leurs résultats. C’est l’occasion de les côtoyer lors d’activités très concrètes et de participer à leur formation autrement que par le biais de cours classiques. »Ces enseignements sont aussi pour Pierre-Olivier l’occasion de travailler avec la Graduate+ ARTS[2] de l’UJM.« Chaque année, j’aide des étudiants à mobiliser des bourses de stages et de mobilités internationales proposées par la Graduate+ ARTS. Les possibilités offertes par la Graduate+ ARTS sont très enrichissantes à la fois pour les étudiants qui découvrent le fonctionnement d’institutions culturelles ou de laboratoires internationaux, mais aussi pour EVS qui peut maintenir des relations avec ces structures. Cette année, une étudiante et un étudiant de Géonum ont d’ores et déjà obtenu auprès de ARTS des bourses de stages en laboratoire qui se dérouleront à EVS, sous ma direction. Un autre, je l’espère en obtiendra une, dans les prochains jours, pour aller se former auprès de mes collègues de l’Université de Silésie à Katowice ».Lorsque l’on parle des points positifs et négatifs de son métier, Pierre-olivier est optimiste :« Ce qui me plaît, c’est travailler avec les étudiants, les amener à effectuer des stages de très bon niveau, les accompagner dans la réalisation de leur projet et, lorsque c’est possible, valoriser les résultats que nous avons obtenus comme je l’ai fait avec des articles scientifiques dans lesquels les étudiants sont co-auteurs… J’aime aussi rencontrer d’autres chercheurs. À ce titre, l’alliance européenne Transform4Europe offre de belles opportunités. Il est toujours enrichissant d’échanger sur leurs problématiques, qui sont parfois communes aux nôtres. Enfin, j’aime aussi pouvoir travailler sur de nouvelles thématiques, comme je le fais en ce moment avec le Musée d’Art Moderne et Contemporain. Ce qui me plaît moins, ce sont les tâches administratives, notamment celles en lien avec les financements, qui sont encore plus complexes sur des projets européens. Et je n’apprécie pas le cloisonnement que l’on peut parfois ressentir entre les différents personnels de recherche. J’aime travailler en équipe, selon un objectif commun, avec la possibilité pour chacun, indépendamment de son statut, d’apporter sa pierre à l’édifice… »——————————–Notes :[1] Programme d’échange d’étudiants et d’enseignants entre les universités, les grandes écoles européennes et des établissements d’enseignement à travers le monde entier.[2] L’Institut ARTS porte un projet d’école graduée (Graduate+) qui bénéficie d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 (référence « ANR-21-SFRI-0001 »).PPour en savoir plusStotymap « Balade en paysage disparu »Géovisualisation 3D « Patrimoine engloutis des Gorges de la Loire »Géovisualisation 3D « Mémoire(s) de la Seconde Guerre mondiale à Saint-Étienne »Article « Cartographie et mémoire(s) des conflits : la Seconde Guerre mondiale à Saint-Étienne » dans le Bollettino della Società Geografica ItalianaArticle « Tools Against Oblivion: 3D Visualization of Sunken Landscapes and Cultural Heritages Applied to a Dam Reservoir in the Gorges de la Loire (France) »dans le Journal of Geovisualization and Spatial Analysis
EExosquelette et plasticité cérébrale : Enguerran Houdry, kinésithérapeute-chercheur | Visages de la science ©HCLEnguerran Houdry consacre ses travaux de recherche à l’utilisation de l’exosquelette comme outil de rééducation physique pour des patients souffrant d’atteintes neurologiques. Entre soin, science et innovation technologique.Diplômé en 2016, Enguerran Houdry a exercé dans divers établissements avant de rejoindre les Hospices Civils de Lyon en septembre 2022. À l’hôpital Henry Gabrielle, il trouve le milieu professionnel auquel il aspirait. Confronté à une grande diversité de patients, il assouvit son intérêt pour la neurologie. « J’ai choisi la neurologie par passion pour la complexité des cas et l’absence de protocoles figés, ce qui exige une réflexion intense et constante ».Exercer dans le deuxième CHU de France, c’est aussi l’opportunité « d’un suivi au long cours, de quelques mois à plusieurs années, d’un travail en équipe avec les médecins, ergothérapeutes, psychomotriciens, orthophonistes, infirmiers, prothésistes, secrétaires, etc. » Parmi les patients qui passent entre ses mains, des blessés médullaires « et aussi des cas de plus en plus fréquents de jeunes souffrant de carences graves en vitamine B12 liées à l’inhalation de protoxyde d’azote », alerte-t-il. […] >> Lire la suite de l’article sur le site :HOSPICES CIVILS DE LYON
CComment les primates communiquent leurs émotions ? | Visages de la science © Floriane Fournier, éthologue au laboratoire CRNL-ENESDoctorante au laboratoire CRNL-ENES – Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon – Equipe de Neuro-Ethologie Sensorielle – de l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne, Floriane Fournier étudie la communication émotionnelle acoustique chez les primates : comment expriment-ils leurs émotions dans leur voix, comment les autres les perçoivent, et quelle influence cela a-t-il sur eu ? Telles sont les questions qui préoccupent Floriane sur son travail de thèse.ParcoursPetite, Floriane se rêve vétérinaire, et son parcours scolaire est dans un premier temps orienté exclusivement en ce sens. Après le baccalauréat, elle entre en classe prépa pour préparer le concours vétérinaire. C’est entre ses deux années de prépa que Floriane rencontrera le monde de la recherche, à l’occasion d’un stage.« J’ai fait un stage au Centre de Recherche de Cognition Animale à Toulouse avec Audrey Dussutour, sur les fourmis, et j’ai compris que c’est ce que je voulais faire. Ça m’a fait changer d’avis en un mois. »Après ce stage, Floriane s’oriente donc vers un cursus de recherche. Elle choisit d’entrer à l’École Normale Supérieure (ENS) après sa « prépa », et de suivre un double diplôme pour réaliser en parallèle son parcours vétérinaire, dans le but d’« avoir une vision globale des animaux ». Après avoir passé les deux concours (vétérinaire et ENS), elle entame son double diplôme qu’elle obtiendra après quelques années. Durant ses études, Floriane intégrera une première fois le laboratoire CRNL-ENES à l’occasion d’un stage de master 2 sur les mandrills avec 3 mois de terrain au Gabon, puis une seconde fois pour sa thèse en communication animale.mâle mandrill, Image de wirestock sur Freepik RechercheLe choix des primates n’est pas un hasard dans le parcours de Floriane. « J’ai adoré ce que j’ai fait à Toulouse sur les fourmis, mais ayant fait une école vétérinaire je voulais une espèce sur laquelle ça puisse me servir. Et comme je voulais faire du travail de terrain et que l’ENES en proposait avec les primates, je suis partie en primatologie. »Le projet de thèse de Floriane gravite autour de la communication émotionnelle chez les primates. « Je travaille sur les prémices de l’empathie. Je regarde si les paramètres acoustiques des vocalisations des bonobos sont modulés par ce qui se passe autour d’eux, selon si c’est plutôt positif ou négatif, et j’étudie comment les bonobos perçoivent ces vocalisations. »Pour ça, elle se rend en parcs zoologiques et fait écouter des vocalisations de bonobos à d’autres individus et observe leurs réactions.« J’ai fait ces expériences de playback aux Etats-Unis où j’ai pu récupérer leur réponse physiologique, comme le rythme cardiaque. On a aussi, avec ma stagiaire de master, fait des playbacks de rires (de bonobos et d’humains) à la vallée des Singes pour voir si ça avait un effet sur les bonobos qui entendent les rires. Les premiers résultats sont intéressants ! »Deux jeunes bonobos jouent ensemble, photo Floriane Fournier Pour Floriane, la thèse représente beaucoup de travail, et la recherche est un domaine assez incertain. « On ne sait pas où on sera l’année prochaine et si on aura un poste un jour dans la recherche. » Mais parallèlement à cette instabilité, le monde de la recherche a aussi ses avantages : « Ce qui me plaît, c’est la possibilité de se poser des questions et d’essayer d’y répondre sans avoir la contrainte de la rentabilité, pouvoir travailler de manière flexible, et la possibilité d’aller sur le terrain au contact des animaux. »Pour Floriane, chaque étape de son parcours a été bénéfique, et lui a apporté quelque chose, y compris la partie vétérinaire qui lui est utile dans sa recherche : « En parallèle de ma thèse je collabore avec des chercheurs à l’Institut des Sciences Cognitive sur un projet autour des maladies psychiatriques canines, et ils ont besoin de quelqu’un qui a à la fois les connaissances vétérinaires, et le pied dans la recherche. Et dans ma thèse, j’ai pu faire de la physiologie parce que je maîtrise les outils, ce que le labo lui-même ne fait pas habituellement. »« Il y a peut-être des choses que j’aurais faites autrement dans mon parcours, mais chaque étape m’a apporté quelque chose. Être chercheuse aujourd’hui me permet d’avoir un bon esprit critique, de me poser les bonnes questions au quotidien. »Après sa thèse, Floriane a quelques pistes, notamment en Suisse pour l’étude des félins. Un parcours à suivre sans aucun doute ! Retrouvez ce portrait sur le site de l’Université Jean Monnet
DDevenir Docteure contre toutes attentes par Du neuf Docteur ? | Visages de la science Chaque parcours scientifique est unique. Ces parcours sont faits d’échecs, de réussites, mais surtout de volonté. Clara Lambert a dû vaincre les aprioris de ses professeurs et a eu le courage de se lancer dans des études longues. Grâce à sa détermination et ses efforts, elle est aujourd’hui docteure en microbiologie : elle vous raconte son histoire…Par : Du neuf Docteur ? en collaboration avec Clara Lambert de l’unité de recherche Microbiologie moléculaire et biochimie structurale de l’Institut de Biologie et de Chimie des Protéines (Université Claude Bernard Lyon 1).> Regarder la vidéo :>> Pour plus d’information rendez-vous sur la chaine YouTube :Du neuf docteur ?
CCellules souches, greffes et transmission : Camille Brenac, jeune chirurgienne plasticienne engagée | Visages de la science Elle parle vite, avec la précision d’un scalpel et l’enthousiasme contagieux de ceux que rien n’arrête. À trente ans à peine, Camille Brenac a déjà trouvé sa place : dans les blocs, au chevet des patients brûlés, dans les labos de recherche et aux côtés des étudiants.Portrait d’une jeune chirurgienne qui a fait de sa vocation un engagement à plein temps.La vocation est venue tôt, comme une évidence, avec un père médecin généraliste pour lequel « être médecin est le plus beau métier du monde », et une mère pharmacienne biologiste. Aujourd’hui, elle s’épanouit aussi bien dans son activité clinique que dans la recherche, conjuguant ainsi les compétences de ses deux parents. Derrière son bureau au centre des brûlés à l’hôpital Édouard Herriot, où elle vient de prendre la responsabilité de l’équipe chirurgicale, elle partage avec un enthousiasme communicatif sa passion du métier. Le débit de paroles est rapide, précis, pédagogue.[…]>> Lire l’article complet :HCL