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Elévation des températures et …canicule

EElévation des températures et …canicule

2018-2022, chaud devant

Article paru dans The Conversation – 24/06/2019

Les prochaines années devraient être anormalement chaudes et viendront intensifier le changement climatique en cours. C’est ce qui ressort d’une récente étude que mon collègue Sybren Drijfhout et moi-même avons publiée en août 2018.

Nous avons mis au point un nouveau dispositif de prévision, appelé PROCAST (pour « Probabilistic forecast »), dont nous nous sommes servis pour prévoir la variabilité naturelle du climat. Cette variabilité désigne la façon dont le climat évolue sur plusieurs années entre des phases chaudes et des phases froides ; cette variabilité est dite « naturelle » car elle se distingue de la tendance au réchauffement climatique global sur le long terme induit, par exemple, par les activités humaines.

PROCAST met ainsi en lumière la probabilité d’une phase de chaleur liée à la variabilité naturelle du climat pour la période 2018-2022.

[…]

Auteur : Associate Professor in Ocean Physics, University of Southampton

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The Conversation

 

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Pourquoi les températures grimpent-elles en ville ?

Article paru dans The Conversation – 24/06/2019

En ville, les températures de l’air, des surfaces et du sol sont presque toujours plus importantes que dans les zones rurales. Ce phénomène est connu sous le nom d’« îlot de chaleur urbain » – un terme qui a fait son apparition au milieu du XXe siècle.

Jusque dans les années 1980, ce phénomène était considéré comme marginal : la plupart des études sur le sujet ayant été menées dans des villes aux hivers rigoureux, les températures plus clémentes étaient perçues comme bénéfiques ; elles permettaient de moins recourir au chauffage. Au fil du temps cependant, les effets de ce phénomène furent pris davantage au sérieux.

On s’est ainsi rendu compte que l’îlot de chaleur urbain influençait les relevés de températures de l’air, qui permettent d’évaluer les changements climatiques. Il devint alors essentiel de soustraire cette « contamination » des relevés effectués en ville pour assurer leur exactitude.

[…]

Auteur : Senior Lecturer in Geography, University College Dublin

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The Conversation

 

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Comment la canicule détraque notre sommeil

Article paru dans The Conversation – 24/06/2019

La canicule s’apprête à s’abattre sur la France, avec des températures approchant les 40 °C. Par une telle chaleur, trouver le sommeil peut se révéler extrêmement difficile.

Car le sommeil et la thermorégulation corporelle sont intimement liés. La température du corps suit en effet un cycle de 24 heures lié au rythme d’alternance entre sommeil et éveil. En théorie, le corps se refroidit pendant la phase où l’on dort et se réchauffe lorsque l’on est éveillé. Le sommeil nous vient plus facilement quand la température du corps décroît, et peine davantage à s’imposer lorsqu’elle augmente.

Nos mains et nos pieds jouent un rôle clé pour aider au sommeil. Ils permettent au sang chauffé du centre du corps de se refroidir par le contact de la peau avec l’environnement extérieur. L’hormone du sommeil, dite mélatonine, participe aussi largement à cette complexe perte de chaleur, à travers les parties périphériques du corps.

En début de nuit, la température corporelle diminue, mais la température périphérique de la peau augmente. Ces variations se complexifient ensuite au cours de la nuit, car notre autorégulation de la température varie selon le stade du sommeil.

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Auteur : Ron Grunstein, Professor of Sleep Medicine and NHMRC Practitioner Fellow, Woolcock Institute of Medical Research, University of Sydney

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The Conversation

Collections en réserve … richesses insoupçonnées

CCollections en réserve … richesses insoupçonnées

Connaissez-­vous les collections des universités et grandes écoles de Lyon ?

Faites-­vous partie des quelques privilégiés qui ont pu arpenter les arrière-­salles, sous-­sols, greniers, recoins et autres coulisses de ces établissements qui font modestement et discrètement réserve de quelques millions de pièces scientifiques remarquables, insolites, précieuses, uniques…?

Propos écrit par Danielle Boissat, Sauvegarde & Embellissement de Lyon

Droguier de la Faculté de pharmacie- Université Claude Bernard Lyon 1 / © Danielle Boissat

Je ne sais pas vous, mais moi ce qui m’intéresse le plus dans un musée quel qu’il soit, ce sont les réserves. C’est là qu’on peut avoir le privilège de découvrir des œuvres et des pièces de collections singulières qui, ayant peu de chance d’être exposées et connues du grand public, acquièrent de ce fait, qualités et valeurs hors du commun.

C’est à l’occasion d’une alerte patrimoniale qui concernaient, en 2015, au moins trois musées que l’association SEL – Sauvegarde & Embellissements de Lyon, en est venu à s’intéresser au sort et à la constitution de leurs collections. Cette alerte concernaient :

  • le musée Testut-­‐Latarjet, invité à quitter les locaux du 4e étage du bâtiment Rockefeller, de l’Université Claude Bernard Lyon 1
  • le musée des Moulages, fermé pour cause de travaux d’édification d’un nouveau bâtiment, rue Rachais, dédié au département de musicologie, de l’université Lumière Lyon 2 – Le musée a réouvert depuis sous le nom de MuMo
  • le musée des Hospices Civils de Lyon (labellisé Musée de France) déménagé, pour cause de travaux à l’Hôtel-­Dieu, dans des entrepôts inaccessibles au public,

Par la suite, l’association a entrepris d’explorer plus amplement l’ensemble des richesses muséales de l’Université de Lyon, puis d’autres collections scientifiques, techniques et médicales conservées à Lyon, Marcy‐l’Étoile, Bron, Écully, St-­Cyr au Mont-­d’Or… dans une partie de cache-­cache pleine de surprises.

De Anatomie à Zoologie en passant par …

Pour les mordus des sciences de A à Z et les passionnés d’histoire des Sciences, 3 universités et 5 grandes écoles lyonnaises nous ont ouvert leurs abris, dépôts, magasins … de curiosités, qui nous ont permis bien souvent de (re)découvrir des chercheurs-­collectionneurs et des érudits méconnus ou oubliés de l’histoire savante de Lyon et de sa région : Jordan, Rouy, Michel Gandoger (médecin et botaniste), Maurice Holleaux (historien, archéologue et épigraphiste), Alexandre Lacassagne (médecin, fondateur de l’anthropologie criminelle), Edmond Locard (professeur de médecine légale), Lortet, Freiberg, Charles Depéret (géologue et paléontologue), Koehler, Rebours, Falcoz, Sollaud, Auguste-Antoine Dériard (pharmacien, botaniste et naturaliste), Abrial, Brunner, Emptoz, Devars, André Leroi-­‐Gourhan (ethnologue, archéologue et historien), Pravaz, Lesbre, Petit, Ollier, Destot…

Anthropologie, Anthropométrie, Archéologie, Art du Moulage, Botanique, Criminalistique, Cristallographie, Dentaire, Entomologie, Ethnologie Coloniale, Géologie, Médecine, Minéralogie, Mycologie, Paléontologie, Pharmacie, Physique, Science & Médecine Vétérinaire, Tératologie, les fonds de collections de l’Enseignement Supérieur ont ainsi fait l’objet d’une présentation dans un bulletin du SEL. D’autres espaces muséaux mieux connus et moins menacés, tels que le musée de Sciences biologiques Dr Mérieux et les réserves du Musée des Confluences, ont complété ce paysage scientifique métropolitain

Retrouvez toutes ces découvertes dans le bulletin de l’Association Sauvegarde & Embellissement de Lyon, édité en octobre 2015 :

Musées et collections collections cherchent visibilité et espace de re-naissance.

> Lire le bulletin

En savoir plus sur l’association SEL :

SEL

Examens : pour bien réviser, testez-vous !

EExamens : pour bien réviser, testez-vous !

Article paru dans The Conversation – 12/06/2019

Auteurs : Mathilde Lamotte, Université Clermont Auvergne; Céline Darnon, Université Clermont Auvergne et Marie Izaute, Université Clermont Auvergne

Quand on parle d’examens, de contrôles ou de devoirs, on pense aussitôt bulletins de notes, moyennes et admissions dans des formations. Mais si les tests sont un format pratique pour évaluer des performances, leur utilité ne s’arrête pas là. La recherche montre en effet qu’il s’agit d’outils particulièrement efficaces pour apprendre.

En effet, lorsque l’on est testé, on doit produire un effort de récupération en mémoire, c’est-à-dire qu’on doit rechercher activement, dans sa mémoire, l’information précédemment apprise pour la réactiver, la rendre accessible et mobilisable.

Les révisions telles qu’on les conçoit traditionnellement s’arrêtent souvent à la relecture d’un cours ou la rédaction d’une fiche, c’est-à-dire à une exposition plus ou moins fréquente au contenu à apprendre. Or, de nombreuses études ont mis en évidence que c’est justement l’effort de récupération, présent dans le test, non dans la répétition, qui améliore la capacité des individus à se rappeler ultérieurement les informations.

EEfforts de récupération en mémoire

Même si le test est un outil souvent méconnu des élèves, ses effets bénéfiques sont connus des chercheurs depuis longtemps. En 1992, une étude montrait déjà que les étudiant·e·s qui avaient été plus fréquemment testé·e·s sur du matériel à mémoriser (une série de 60 images) obtenaient de meilleures performances une semaine plus tard à une tâche de rappel de ces images.

Ainsi, les étudiant·e·s ayant bénéficié de trois tests immédiatement après la présentation du matériel se souvenaient de plus d’items que ceux n’ayant bénéficié que d’un seul test, lesquels se rappelaient plus d’items que ceux n’ayant pas bénéficié de test du tout. En outre, l’effet du test demeure bénéfique lorsque la performance des étudiant·e·s ayant suivi le test est comparée à celle d’étudiant·e·s s’étant contenté·e·s de révisions classiques.

Dans le même ordre d’idées, des recherches ont montré que, lorsqu’en révisant, on se pose la question « serais-je capable de répondre à cette question lors de l’examen ? », on réalise un « jugement d’apprentissage » qui implique de faire des efforts de récupération en mémoire pour y répondre.

Les études ont montré que ce « jugement d’apprentissage » pouvait s’avérer tout aussi efficace que le test, à condition de se poser la question après un petit délai, généralement de quelques minutes de l’apprentissage. Autrement dit, c’est bien l’effort de récupération en mémoire et non l’exposition répétée aux informations à retenir qui facilite l’apprentissage.

En résumé, se tester régulièrement représente un bénéfice direct indéniable sur l’apprentissage, particulièrement pour la rétention à long terme, au contraire d’une révision sous forme de répétition, dense et condensée, sans test, tel que le « bachotage », dont le contenu risque fort d’être oublié aussitôt l’examen terminé.

DDes erreurs bénéfiques

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, on ne retient pas mieux une information quand elle est facile ou simple à mémoriser. Quel que soit le degré de complexité d’un message, produire un effort est nécessaire pour favoriser un apprentissage de qualité, sur le long terme, c’est-à-dire au-delà de la journée voire plusieurs jours ou semaines après l’apprentissage. Alors, comment faire en sorte de rendre ses révisions efficaces ?

Prenons l’exemple d’un cours ou d’une matière dont on sait qu’il ou elle fera l’objet d’un contrôle de connaissance en fin de semestre ou trimestre, comme c’est le cas lors des examens à l’université ou des épreuves du baccalauréat ou du brevet.

  1. Au fur et à mesure des séquences d’enseignement, nous vous conseillons de vous créer, non pas des fiches de révision, mais des fiches de questions ou « tests » que vous pourrez utiliser lors de votre prochaine séance d’apprentissage.
  2. Ensuite, nous vous conseillons de faire autre chose pendant un moment (pause, travail sur une autre matière…). En effet, le délai est nécessaire pour que l’information soit stockée en « mémoire à long terme ».
  3. Puis, vous allez reprendre les questions créées dans la phase 1 et tout simplement essayer d’y répondre en faisant un véritable effort de récupération en mémoire.
  4. Enfin, vous pourrez reprendre le cours et les réponses données aux questions afin d’en faire une correction. Cette ultime étape permet d’étendre encore le bénéfice du test sur l’apprentissage.

Ce même processus peut être répété pour chaque cours ou leçon. Se tester ne prend donc pas plus de temps que de faire des fiches ou relire son cours. Pourtant, c’est une stratégie beaucoup plus efficace !

En outre, l’usage régulier de tests va présenter des bénéfices indirects. Par exemple, les recherches ont montré que le test permet aux élèves ou étudiant·e·s d’adapter leurs stratégies d’apprentissage ou révisions ultérieures, par exemple en choisissant de travailler préférentiellement les éléments les moins bien retenus.

Notons enfin, que cet usage du test consiste à le considérer comme un véritable outil d’apprentissage. Par conséquent, il ne faut pas craindre de faire des erreurs aux tests. Contrairement à ce que l’on peut parfois penser, les erreurs vont justement contribuer à l’apprentissage.The Conversation

Mathilde Lamotte, Docteure en psychologie cognitive et sociale, Université Clermont Auvergne; Céline Darnon, Professeure de psychologie sociale, Université Clermont Auvergne et Marie Izaute, Professeure de Psychologie Cognitive, Université Clermont Auvergne

 

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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Archéologie : un Moyen Âge réel et fantasmé

AArchéologie : un Moyen Âge réel et fantasmé

Il a fait la une de l’actualité sur les écrans du monde entier. L’incendie de Notre-Dame de Paris a démontré une fois de plus combien l’architecture du Moyen Âge imprègne l’imaginaire collectif. À Lyon, deux archéologues et une historienne de l’art décryptent notre perception de l’édifice médiéval au cours du temps. Une recherche aussi riche qu’étonnante.

Un article rédigé par Fabien Franco, journaliste, Lyon

Un article Pop’Sciences

De Los Angeles à Tokyo, les images des flammes ravageant la toiture de Notre-Dame de Paris, jusqu’à celles de l’écroulement de la flèche d’Eugène Viollet-le-Duc ont été largement relayées. Au-delà de l’émoi qu’il a suscité, l’événement interroge sur notre rapport au bâti médiéval et sur la perception que nous pouvons en avoir. Les édifices hérités du Moyen Âge nous semblent immuables, comme s’ils avaient existé en l’état depuis leur fondation. Ancrés dans l’imaginaire collectif, ils véhiculent nombre de mythes dont notre quotidien se nourrit.

La cathédrale Notre-Dame est à ce titre emblématique de notre besoin de construire le réel à partir de nos idéologies qu’elles soient politiques, économiques ou historiques. Perçue comme l’un des symboles de la France éternelle, Notre-Dame de Paris a pu compter sur la littérature, le cinéma et désormais sur la croissance du tourisme mondial pour conforter son statut d’icône nationale. De la même manière, les populations du XVIe au XXe siècle ont projeté sur l’architecture médiévale leurs propres perceptions chargées de mythes et de croyances. Aujourd’hui, ce que les monuments médiévaux donnent à voir, ce n’est donc pas une image unique du Moyen Âge, mais différentes strates superposées de perceptions différentes qui se sont accumulées au cours du temps. À l’instar des strates géologiques qui contiennent une mine d’informations sur les âges de la Terre, ces multiples perceptions rendent compte des âges de notre civilisation.

C’est cette évolution que des archéologues du laboratoire ArAr (pour archéologie et archéométrie) à Lyon explorent avec application. Leurs travaux permettent de mieux caractériser l’architecture médiévale et ouvrent de nouvelles perspectives de compréhension sur les époques modernes et contemporaines.

Olivia Puel, Anelise Nicolier et Laura Foulquier animent une équipe de scientifiques qui explorent « la perception de l’édifice médiéval par les populations qui, tout au long de l’époque moderne et jusqu’aux premières décennies du XXe siècle, furent amenées à le fréquenter, à le transformer ou à le restaurer, à le détruire ou encore l’étudier » indiquent-elles en préambule sur le blog du laboratoire ArAr. Leur voie de recherche ne les a pas conduites exclusivement vers les sites prestigieux, illuminés, de temps à autre, par les feux de l’actualité. Non, leurs recherches s’attardent aussi dans les territoires ruraux, auprès de personnalités discrètes dont les travaux restés confidentiels sont pourtant « des témoignages éloquents sur l’origine de nos disciplines. »

Ainsi, petites églises, donjons en ruine, couvents disparus concentrent leurs regards. À partir des archives produites par les savants, les érudits, les architectes départementaux ou diocésains, les fonds des Monuments historiques, composées de textes, de photographies et de relevés, elles ont nourri ces sciences médiévales dédiées au bâti castral, civil et religieux. Leur approche épistémologique parvient après analyse à rendre compte des époques que ce bâti a traversées jusqu’au XXe siècle, de leur sociologie, de leur organisation administrative, de leur économie.

La pierre mise en scène

Chevet du Puy, mur constitué de remplois. / © Laura Foulquier.

Laura Foulquier travaille sur les pratiques de remploi. L’historienne de l’art a étudié la cathédrale du Puy-en-Velay, et, plus spécifiquement, ses remplois antiques. Elle a remonté le temps, de l’origine des matériaux jusqu’à leur récupération au XIXe siècle, époque à laquelle la cathédrale « a été presque entièrement démontée et remontée pour « assainir » ses structures.1 » Le remploi des blocs de pierre gallo-romains a permis aux autorités d’alors de « promouvoir des origines anciennes. » Les remplois étaient « visibles et mis en scènes » note-t-elle. Son étude rend tangible l’esprit du temps qui a vu la création de l’Inspection générale des Monuments historiques en 1830, du ministère des Arts en 1882 et aussi, de la chaire d’archéologie médiévale à l’École des Chartes de Paris en 1847. S’achevant d’une certaine manière, en 1905, avec la loi de séparation de l’Église et de l’État, le siècle aura transformé les églises et châteaux en monuments historiques à conserver et valoriser. Rappelons que c’est au XIXe siècle que vont naître les premières définitions de l’identité nationale, que le capitalisme va connaître sa première grande crise, que les juristes vont redéfinir la nationalité comme « appartenance à l’État »2, et que va s’imposer la figure de l’écrivain national dont Victor Hugo, l’auteur de « Notre-Dame de Paris » publié en 1831, fut l’un des plus illustres représentants…

Une image en constante mutation

 

Chevet roman de l’église de Saint-Maurice-lès-Châteauneuf : on constate qu’il manque la nef détruite au XIXe siècle. / © Pierre Boucaud

Anelise Nicolier s’est intéressée quant à elle aux églises du Brionnais (sud Bourgogne). Sa thèse de doctorat soutenue en 2015 se tient éloignée des édifices urbains et prestigieux, leur préférant le charme discret et néanmoins puissant des lieux de cultes modestes et ruraux situés au sud-ouest de la Saône-et-Loire. Elle a travaillé à partir des procès-verbaux issus des visites pastorales du XVIIe au XVIIIe siècle et des archives de l’administration provinciale de l’Ancien Régime. Le territoire compte 50 églises romanes et, d’après les sources, « 63 églises aujourd’hui détruites3. » Les promeneurs pourraient y voir aujourd’hui un patrimoine médiéval intact. Mais ce serait une illusion. Grâce aux archéologues, on sait désormais que beaucoup de chœurs romans ont été entièrement détruits et reconstruits et des nefs transformées au XVIIIe siècle, dans le but de gagner de la place pour répondre à la croissance démographique. À la période révolutionnaire, les travaux ont été mis à l’arrêt, avant que de nouveaux chantiers poursuivent la modification du paysage architectural brionnais sous la Restauration. Puis, « à partir de la Deuxième République et jusqu’au début du XXe siècle, d’autres églises sont intégralement reconstruites et le phénomène atteint sa plus grande ampleur sous le Second Empire ».

L’archéologie médiévale parvient ainsi à mettre au jour l’évolution politique et religieuse de l’histoire de France, en révélant un paysage monumental en constante évolution. En comparant ce Brionnais, où l’on agrandit les églises, au territoire voisin qu’est le Charolais, se dessine enfin une nouvelle perspective sociologique : « Les Brionnais ont une sensibilité politique plutôt conservatrice, et ce sont des catholiques pratiquants, quand les Charolais portent davantage leurs voix à gauche et ont une pratique religieuse plus lâche », remarque Anelise Nicolier, d’où le constat que « la nécessité d’agrandir ou de reconstruire les églises et villages ait été plus importante en Brionnais que sur le territoire voisin. » L’analyse archéologique, on le constate, déjoue l’esprit traditionnaliste fondé sur une hypothétique sagesse héritée du passé. Elle tente au contraire d’adopter une démarche neutre qui démonte les idées reçus et les préjugés. D’aucun voudrait circonscrire le passé dans un cadre définitif et rassurant. Ce serait ne pas tenir compte de la variation des normes idéologiques et de l’extraordinaire créativité de la pensée humaine qui fait « le thème de notre temps »4.

À l’épreuve des temps

L’église Sainte-Marie de Savigny avant sa Église Sainte-Marie de Savigny : photographie du transept et des ruines de l’abside. /
© Amédée Cateland, avant 1914. Musée historique de Lyon – Hôtel Gadagne.

Décrire les civilisations, n’est-ce pas d’une certaine manière, tenter de comprendre le temps culturel des sociétés humaines ? Les travaux d’Olivia Puel sur l’abbaye de Savigny sont en ce sens des plus éloquents.

Dans sa thèse d’archéologie médiévale, soutenue en 2013, à l’Université Lumière Lyon 2, elle montre l’évolution du monastère au cours du temps et, ce faisant, elle dévoile non seulement un pan de l’histoire architecturale médiévale et le fonctionnement de l’institution religieuse avec le monde extérieur, mais aussi plus largement, une réalité approchée dans ses dimensions physiques, morales, politiques et historiques. Se révèle un monde où le présent et le passé sont intimement liés. Il en va ainsi du lieu d’implantation de l’abbaye de Savigny dont l’approvisionnement en eau a exigé la construction d’un canal de dérivation dont les habitants ont, semble-t-il, pâti des siècles plus tard. L’abbaye a été fondée au IXe siècle, à l’époque carolingienne, avant d’être supprimée avant la Révolution française. Le tour de force d’Olivia Puel aura été de lui redonner vie, malgré son niveau de destruction avancée, à l’aide des archives personnelles des savants, des publications officielles, des vestiges archéologiques. Et surtout grâce aux archives saviniennes qui sont loin d’avoir livré tous leurs secrets. En effet, elles ont survécu de peu à l’abandon et au pillage. Et il faudra attendre 1970 pour qu’elles soient classées. « L’abbatiale est devenu un lieu d’autant plus symbolique qu’elle a été démantelée après la Révolution française : sa destruction a ôté tout intérêt au site monastique. Conséquence majeure du phénomène : le sujet est neuf, ou presque, et il bénéficie d’une documentation aussi abondante que sous-exploitée. »

Grâce à son étude, nous en savons plus sur l’organisation du diocèse de Lyon durant le Haut Moyen-Âge, ainsi que sur les pouvoirs ecclésiastiques et seigneuriaux. La thèse parcourt le temps avec érudition : les siècles se suivent et à chaque nouvelle époque c’est une manière de s’approprier l’héritage du passé qui est mis au jour. L’abbaye connaîtra son apogée en l’an mil, puis « Grâce à son patrimoine important et habilement géré, l’abbaye savinienne se maintient néanmoins jusqu’au XVIIIe siècle au contraire d’établissements situés à Lyon même, comme Ainay ou l’Île-Barbe qui sont sécularisés dès le XVIe siècle5. » En dépit de la destruction du bâti, Olivia Puel pourrait faire sien l’énoncé du chimiste Lavoisier pour lequel « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Sa recherche permet surtout de comprendre combien l’archéologie est une science qui, à partir du passé, écrit l’histoire des hommes au présent.

À l’heure où l’État précipite l’annonce de la reconstruction du bâti endommagé par l’incendie de Notre-Dame de Paris, les scientifiques insistent sur l’importance d’étudier les vestiges de pierre, de bois et de métal qui se sont écroulés car ces derniers représentent une source de savoirs considérable. Avec cette année 2019, les archéologues de demain auront de quoi étudier le bâti médiéval à l’aune des pouvoirs et des sociétés humaines. Un axe de recherche inépuisable.

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Notes :

(1) Élise Nectoux et Laura Foulquier, La vie multiple des pierres. Les remplois antiques de la cathédrale du Puy-en-Velay à travers l’archéologie du XIXe siècle, Aedificare, à paraître.

(2) Gérard Noiriel, À quoi sert ʺl’identité nationaleʺ ?, Marseille : Agone, 2007.

(3) Anelise Nicolier, Conserver, transformer ou détruire : qu’a-t-on fait des églises romanes du Brionnais du XVIIe au XIXe siècle ?, Revue de l’Histoire de l’église de France, vol. 105, 2019.

(4) José Ortega y Gasset, Le thème de notre temps, Paris : Les Belles lettres, rééd. 2019.

(5) O. Puel, Saint-Martin de Savigny : archéologie d’un monastère lyonnais. Histoire monumentale et organisation spatiale des édifices cultuels et conventuels (IXe-XIIIe siècle), thèse d’archéologie médiévale, 2013.

 

PPour aller plus loin

Alimentation durable ? Tous à table !

AAlimentation durable ? Tous à table !

Dans la continuité de son travail sur la recherche participative, et dans le cadre du festival Pop’sciences, Imagineo est allée proposer aux enfants du Centre Social de la Sauvegarde à la Duchère un atelier sur la question de l’alimentation durable et de qualité. Le projet “Alimentation durable? Tous à table!”, élaboré en collaboration avec les associations Lieux de Liens, Station Sans-Fil, ainsi qu’avec Blandine Cerisier – chercheure spécialisée sur les questions d’alimentation -, fût l’occasion pour les enfants d’imaginer de nouveaux aliments et ainsi de faire travailler leur créativité dans un cadre toujours placé sous le signe de la bienveillance et de la collaboration créative. Le plaisir, la santé, le fait maison, ou encore l’éco responsabilité ont été des éléments déterminants pour les enfants lors de l’atelier du 15 Mai, qui leur ont permis d’exprimer ce qui leur tenait à coeur dans ce domaine, en inventant des aliments plus étonnant et appétissants les uns que les autres. Que ce soit à travers la “fraise-framboise” caractérisée par ses bienfaits pour la santé, le “jus bio au riz” que l’on “mange” et qui se partage, ou encore le tiramisu fruits et légumes bio dans un emballage recyclable, les enfants ont montré leur force imaginative et leur conscience des enjeux contemporains. 

Parallèlement à l’atelier, des habitants de la Duchère ont été invités – à travers des micro-trottoirs – à réfléchir au sens qu’avait pour eux l’alimentation de qualité, et une importance particulière a été accordée aux produits locaux ainsi qu’au fait maison.

Conscient du caractère crucial d’un tel sujet pour les générations présentes et à venir, Imagineo a tenu à élargir le débat en invitant experts, professionnels, amateurs et curieux, à échanger sur l’alimentation de qualité lors d’une émission radio tenue le samedi 18 mai lors du Festival Pop’Sciences. Chercheurs, experts, citoyens engagés et passionnés ont ainsi pu croiser leurs regards sur la question de l’alimentation, afin de continuer à nourrir les réflexions de tout un chacun.

 

 


Comment se protéger de la pollution urbaine ?

CComment se protéger de la pollution urbaine ?

Un atelier de recherche participative avec les enfants

A l’occasion du festival à l’Ecole de l’Anthropocène de l’École Urbaine de Lyon en Janvier 2019, 10 enfants âgés de 8 à 12 ans ont pu discuter et élaborer autour de la question de la qualité de l’air urbain. Ils ont eu l’opportunité d’inventer, d’imaginer et de proposer un outil pouvant les protéger de la pollution au quotidien.

C’est quoi, la pollution ? Et comment ça se mesure ? – lors de l’atelier de recherche participative d’Imagineo, Hervé Rivano, chercheur à l’INRIA, a invité les enfants à s’exprimer à travers des outils de collaboration créative, ils ont appris à mettre leur imagination au service d’un sujet pointu mais également à libérer et valoriser leurs paroles et à se sentir légitime. Cet espace bienveillant et sécurisant, leur a permis d’imaginer des solutions créatives : une caisse pour récupérer la fumée des pots d’échappement, un capteur-volant pour mesurer la pollution, un bracelet “pollucelet” de secours et un sac à dos qui détecte les zones polluées. Les idées des enfants ont été illustrées sur une grande fresque de facilitation graphique par Lou Hermann.

 

 

 

 

 

PETIT CAMPUS : le transport de marchandises en ville

PPETIT CAMPUS : le transport de marchandises en ville

L’Ifsttar met à disposition des ressources pédagogiques qui fournissent une information de référence sur ses thématiques de recherche.

Ces ressources permettent à la fois de susciter un questionnement sur la problématique abordée, mais également de fournir des réponses sur des sujets sociétaux, technologiques et innovants.

Les ressources sont prévues pour être utilisées en classe, ou lors de recherches individuelles liées à un travail en classe.

Découvrez, dans la collection PETIT CAMPUS : Le transport de marchandises en ville

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Extrait :

Pour arriver jusqu’à nous, les objets que nous achetons doivent souvent faire de longs voyages à partir du moment où ils sont fabriqués. Toutes les activités qui organisent ce transport de marchandises s’appellent la logistique.

Suivons ensemble le chemin d’un colis…

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Contenu téléchargeable, jeux, film d’animation, vidéos, page « enseignants », retrouvez toutes les ressources pédagogiques de l’Ifsttar pour interagir avec vos élèves, de façon ludique et pédagogique.

 

Une initiative portée par le service Promotion et Partage des Savoirs de l‘Ifsttar.

Contact : openexperience@ifsttar.fr

PETIT CAMPUS : le bruit en ville

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L’Ifsttar met à disposition des ressources pédagogiques qui fournissent une information de référence sur ses thématiques de recherche.

Ces ressources permettent à la fois de susciter un questionnement sur la problématique abordée, mais également de fournir des réponses sur des sujets sociétaux, technologiques et innovants.

Les ressources sont prévues pour être utilisées en classe, ou lors de recherches individuelles liées à un travail en classe.

Découvrez, dans la collection PETIT CAMPUS : Le bruit en ville

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Extrait :

Nous sommes samedi matin et tu dors tranquillement, quand tout à coup, tu es réveillé en sursaut par un vacarme qui provient de la chambre de ta grande sœur. Elle a encore mis sa musique à fond ! Tu te précipites vers sa chambre pour lui crier d’arrêter ce bruit. Mais elle n’est pas d’accord : ce n’est pas du bruit, c’est de la musique !
Alors, qui a raison ?

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PETIT CAMPUS : les routes de 5ème génération

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Les ressources sont prévues pour être utilisées en classe, ou lors de recherches individuelles liées à un travail en classe.

Découvrez, dans la collection PETIT CAMPUS : Les routes de 5ème génération appelées aussi « routes du futur »

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Extrait :

Nous sommes lundi, il est 8h15 et ton père t’emmène à l’école dans sa toute nouvelle voiture électrique*. Au bout d’à peine cinq minutes, vous vous retrouvez bloqués dans les embouteillages. Ton père s’impatiente, et pour ne rien arranger, le voyant de recharge de la batterie de la voiture s’allume. Comment faire ?

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Un sommeil troublé | Collections & Patrimoine #2

UUn sommeil troublé | Collections & Patrimoine #2

Il était une fois une Belle Dormante qui, entre 1920 et 1970, était loin de l’être, dormante. Métier à tisser de type Bobin-Jacquard, la majestueuse dame a participé aux heures de gloire internationales de la dentelle lyonnaise. Sauvée in extremis de la casse par des veilleurs de patrimoine, l’association Dentelles Vivantes, elle sommeille depuis 10 ans au sein des locaux du Silk me Back, dans l’ancienne usine de Textiles Artificiels du Sud-Est (TASE) à Vaulx-en-Velin.

Aujourd’hui, à l’aube de ses 100 ans mais loin d’être un objet muséal, la Belle Dormante fait l’objet d’un programme d’études. Autour d’elle se retrouvent 10 étudiants en 3e année du département Génie Mécanique de l’INSA Lyon, leur directrice Emmanuelle Vidal-Sallé et les descendants des fondateurs-ingénieurs du procédé Bobin-Jacquard, Jean-Claude Dognin et François Isaac.

Fondée au début du 19e siècle, à Lyon, la Maison Dognin se lance dans la fabrication de tulle, utilisant pour cela des métiers Bobin. Puis, en 1834, l’inventeur Augustin Isaac conçoit un procédé qui associe le procédé lyonnais Jacquard au métier Bobin. La nouvelle méthode permet d’entrelacer les fils de manière à créer des motifs. La Belle Dormante mesurant près de 7 mètres, elle est en capacité de produire en grande largeur de très grands motifs et c’est là sa spécificité qui assurera son succès. Ces métiers, fabriqués à Villeurbanne par A. Johnson Fils et Cie, produiront durant des décennies la fameuse « Dentelle de Lyon ».

Cette rencontre, organisée par Isabelle Moulin du Silk me Back et Emmanuelle Vidal-Sallé de l’INSA Lyon s’inscrit dans un projet de transmission du patrimoine immatériel, de conceptualisation et d’ingénierie. Le projet pédagogique a pour but la réalisation d’un relevé de plan de la machine, sa modélisation en 3D et l’écriture d’une notice d’utilisation de la Belle Dormante. En effet, nous ne disposons plus aujourd’hui de documents techniques et seuls les mécaniciens-garreurs qui travaillaient sur ce type de métiers peuvent nous transmettre le secret de leur fonctionnement. A la fin du XXe siècle, les dernières industries dentellières lyonnaises ont cessé de produire, la plupart des machines ont été détruites, oubliées aux fonds des ateliers et le savoir-faire pour les faire fonctionner a commencé à se perdre.

Avec l’ambition rêvée de pouvoir, un beau jour, initier la mise en route de la Belle Dormante, les étudiants ingénieurs s’affairent autour de la géante de 15 tonnes. Ils observent, ils circulent, ils saluent la complexité de la mécanique. Ils questionnement Messieurs Dognin et Isaac pour savoir, pour comprendre. Ils manipulent, s’essayent à des raisonnements. S’ils appréhendent sans peine le fonctionnement du Jacquard et du Bobin, il n’est pas si facile de pénétrer les coulisses de l’articulation entre les deux.

Pourtant, l’assurance d’y arriver est partagée et perceptible. Dans les Hauts-de-France, à Caudry, la Maison Bracq a remis en route, en 2014, trois des sœurs de notre Belle Dormante, dont l’une fonctionne pleinement aujourd’hui. Une belle réussite pour la conservation du patrimoine industriel.

 

Aller plus loin :

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du projet Collections & Patrimoine mené par la Direction Culture, Sciences et Société de l’Université de Lyon. Il est le second d’une série d’épisodes qui ont pour intention de donner à voir les collections et patrimoines scientifiques et artistiques des établissements d’enseignement supérieur. Plus d’informations auprès de : camille.michel@universite-lyon.fr

Crédits photographiques : Vincent Noclin