Vance Bergeron : de la matière molle à la neuro-rééducation

VVance Bergeron : de la matière molle à la neuro-rééducation

Spécialiste des propriétés physico-chimiques de la matière molle et passionné de vélo, ce chercheur franco-américain s’est retrouvé tétraplégique à la suite d’un accident de la circulation. Aujourd’hui, il a réorienté ses travaux dans le domaine de la neuro-rééducation et a lancé un programme de recherche qui fédère chercheurs, médecins et personnes concernées par le handicap.

Lorsqu’il me reçoit dans son bureau, Vance Bergeron, en short et tee-shirt, est en train de s’entraîner sur un vélo stationnaire un peu spécial. Des électrodes posées sur ses cuisses sont reliées à un encodeur. Le courant qui les traverse permet à ses muscles de se contracter en cadence et d’actionner le pédalier au rythme souhaité. Du coin de l’œil, le chercheur surveille le tableau de bord où s’affichent ses paramètres physiologiques. En 2017, il participa à Zürich au Cybathlon, la première compétition pour athlètes handicapés bénéficiant d’une assistance. A lire en entier sur CORTEX Mag

Quand le cancer se propage par les nerfs

QQuand le cancer se propage par les nerfs

Le cancer, on le sait, est un processus dynamique. Issues d’un foyer primaire, les cellules cancéreuses ont tendance à se disséminer et à coloniser d’autres organes, où elles forment de nouveaux foyers : on les appelle des métastases. D’ordinaire, ces cellules cancéreuses empruntent le sang ou la lymphe pour se propager dans l’organisme. Mais il existe une troisième voie, moins connue, de dissémination des cellules cancéreuses : les nerfs. On parle alors d’invasion périneurale. Ses mécanismes sont encore mal compris, et les possibilités de traitement à ce jour inexistantes. Mais des pistes venant de la recherche fondamentale se font jour. A lire en entier sur CORTEX Mag

Enfants épileptiques : mieux cerner la cause de leurs difficultés scolaires

EEnfants épileptiques : mieux cerner la cause de leurs difficultés scolaires

Des enfants turbulents, il y en a toujours eu. On sait désormais que certains parmi eux souffrent d’un problème neuro-développemental appelé trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA-H). Celui-ci est associé à trois symptômes différents : difficulté à se concentrer, impulsivité marquée et agitation incessante. Le TDA-H concernerait jusqu’à 40% chez les enfants épileptiques et bien plus encore dans le cas particulier des épilepsies-absences. Le TDA-H qui a des répercussions scolaires et sociales souvent importantes constitue un facteur de surhandicap aux épilepsies de l’enfant. Pourtant, la plupart du temps, les enfants épileptiques bénéficient de traitements qui permettent de contrôler efficacement les crises. Alors, comment expliquer la dégradation persistante de leurs performances cognitives ?

Bien que leurs crises soient correctement traitées par les médicaments, de nombreux enfants épileptiques pâtissent de troubles de l’attention qui les mettent en difficulté à l’école. Une équipe de chercheurs du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (CRNL) vient de mettre au point un outil de diagnostic qui permet d’identifier la source de leur déficit attentionnel et de mieux orienter la réponse thérapeutique. A lire en entier sur CORTEX Mag

La folle histoire des amphétamines

LLa folle histoire des amphétamines

Arme secrète des armées, dopant pour artistes et sportifs, drogue mortelle des rues, coupe-faim à haut risque et, plus récemment, médicament utile en pédiatrie et en neurologie : en un siècle, les amphétamines ont donné lieu à de nombreux usages et mésusages. Professeur de pharmacologie et chercheur en neurosciences, Luc Zimmer nous raconte l’histoire mouvementée de cette étonnante molécule. A lire en entier sur CORTEX Mag

Pourquoi notre cerveau perçoit-il cette image comme animée ?

PPourquoi notre cerveau perçoit-il cette image comme animée ?

Regardez cette image : le pilier principal semble s’enrouler sur lui-même pendant que la sphère tourne dans le sens contraire. Un Gif animé ?  Non, une illusion d’optique bluffante conçue par un jeune artiste australien et popularisée sur Twitter par Alice Proverbio, professeure en neurosciences cognitives à l’université Bicocca de Milan. Comment interpréter ce phénomène? A lire en entier sur CORTEX Mag

Maladie de Parkinson : que penser de l’implantation de cellules souches iPS dans le cerveau ?

MMaladie de Parkinson : que penser de l’implantation de cellules souches iPS dans le cerveau ?

Pierre Savatier, spécialiste des cellules souches au Stem cell and Brain Research Institute, commente l’essai clinique lancé par une équipe japonaise qui a implanté des cellules souches pluripotentes induites, dites iPS, dans le cerveau d’un patient atteint de la maladie de Parkinson. Une première mondiale!

C’est une première dans le traitement de la maladie de Parkinson. Des chercheurs de l’université de Kyoto ont implanté des cellules souches pluripotentes induites, dites iPS, dans le cerveau d’un patient atteint de cette pathologie dégénérative. L’objectif recherché est que ces cellules iPS se développent en neurones producteurs de dopamine, un neurotransmetteur qui intervient dans le contrôle de la motricité. Rappelons que la maladie de Parkinson entraîne la dégénérescence de ces neurones et se traduit par des symptômes qui s’aggravent progressivement : tremblements, rigidité des membres et diminution des mouvements du corps.

A lire en entier sur CORTEX Mag

Incroyables comestibles. Nathalie cultive un potager de rue

IIncroyables comestibles. Nathalie cultive un potager de rue

Membre des Incroyables comestibles, Nathalie présente l’action de ce mouvement citoyen qui met à la disposition de tous des bacs où chacun peut cultiver des plantes comestibles. 

L’espace public est de plus en plus investi par des habitants qui en font une extension de leur habitation ou de leur balcon. On se réapproprie la rue pour y faire pousser des plantes aromatiques, on cultive des jardins partagés, on dépose ses déchets biologiques pour les transformer en compost, etc. L’association Incroyables comestibles dispose par exemple des bacs dans l’espace public pour y planter des légumes, et dans certaines rues, des habitants fabriquent eux-mêmes des jardinières en palettes.

Propos recueillis par Ludovic Viévard, pour Pop’Sciences Mag : « Hackez la ville ! »

Nathalie est membre des Incroyables comestibles.

Quel est le principe des Incroyables comestibles ?

Incroyables comestibles est un mouvement citoyen totalement informel lancé en 2008, en Angleterre, à l’initiative d’un groupe d’habitants. Ils souhaitaient cultiver des plantes comestibles (légumes, fruits, aromatiques, etc.) dont tout le monde pourrait bénéficier. Le mouvement s’est vite étendu. À Lyon, il existe depuis 2011. C’est encore une petite communauté mais son côté informel fait qu’il est compliqué d’avoir une idée précise du nombre de ses membres. Il n’y a pas besoin d’être adhérent pour planter, arroser, cueillir ! Aujourd’hui, il y a neuf zones à Lyon où trouver des bacs, plus d’autres à Villeurbanne. Ces bacs sont situés dans l’espace public de façon à être accessibles et que chacun puisse se participer. On peut aussi le faire à l’échelle d’une résidence par exemple. Que ce soit l’un ou l’autre, le but est le même : cultiver, partager, sensibiliser. C’est la particularité des Incroyables comestibles.

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Dans les bacs des Incroyables comestibles, tout le monde peut jardiner et chacun peut piocher de quoi cuisiner !

Au-delà du partage des comestibles, le mouvement a-t-il d’autres buts ?

Oui. Il y a une volonté de pédagogie et de lien social. Avec ces bacs, inhabituels dans l’espace public, on attire l’attention des passants sur les possibilités de produire des comestibles dans l’espace urbain, même si on ne fait pas de gros volumes. Et puis, on les sensibilise à l’écologie, à une agriculture qui se fait sans engrais chimiques ni pesticides, avec des semences libres, en permaculture. Un troisième aspect pédagogique, est la redécouverte des saisonnalités. Voir les légumes pousser sous son nez, suivre leur développement, c’est rappeler que, par exemple, on ne trouve pas de tomates en hiver ! Pour finir, il y a aussi la volonté créer du lien. Le but, c’est que les plantes des bacs vivent de la collaboration de tous, y compris l’été quand il y a besoin d’un arrosage plus important. Ce qui fait qu’on a toujours besoin de bonnes âmes pour rejoindre les rangs, alors n’ayez pas peur d’utiliser les bacs existants !

Comment se passent vos relations avec les gestionnaires de l’espace public ?

Au départ, dans l’esprit des Incroyables comestibles, il n’y a pas de relations spécifiques avec les gestionnaires de l’espace public, ni demande d’autorisation ni information. Pour autant, on a à cœur que ça se passe bien. Ça ne sert à rien de mettre un bac le dimanche si les services de la Métropole l’enlèvent le lundi…  d’autant que ça pèse lourd ! C’est la raison pour laquelle, la plupart du temps, on contacte les mairies qui soutiennent assez facilement nos initiatives. Souvent même, les mairies nous aident en mettant à disposition un bac, de la terre… Finalement, c’est un hack de l’espace public qui est bien reçu et accompagné par le gestionnaire ! Sans doute parce qu’il permet du partage, du lien, l’animation de l’espace public, son entretien aussi.

Lien Facebook : https://www.facebook.com/IncroyablesComestiblesLyon

Les nouveaux enjeux de l’alimentation engagée

LLes nouveaux enjeux de l’alimentation engagée

L’émergence dans le débat public de nouvelles formes d’échanges autour de l’alimentation souligne la dimension politique de l’économie. Explications par Diane Rodet, Sociologue au Centre Max Weber et Maître de conférences à l’Université Lumière Lyon 2.

Propos recueillis par Fabien Franco, pour Pop’Sciences Mag : « Hackez la ville !« 

Pourquoi selon vous des initiatives citoyennes voient le jour autour des enjeux liés à l’alimentation ?

Certains s’impliquent dans l’alimentation parce que c’est un moyen parmi d’autres de changer le système socio-économique dominant. D’autres s’engagent spécifiquement dans le secteur alimentaire pour des raisons d’écologie, parfois de santé. Les raisons de l’engagement sont multiples. Le réseau des Amap par exemple nourrit une réflexion qui dépasse l’alimentation et renvoie au système économique et social. Parce que l’alimentation touche à la production, à l’emploi, à l’environnement.

La plupart des initiatives revendiquent une alimentation saine et durable. Vous parlez d’alimentation « engagée ». Comment définir cet engagement ?

Pour reprendre la définition du sociologue américain Howard Becker*, l’individu engagé est quelqu’un qui « agit de manière à impliquer directement dans son action certains de ses autres intérêts, au départ étrangers à l’action ». La personne engagée suit une ligne de conduite en cohérence avec ses choix antérieurs. Mais tous les adhérents des associations n’ont pas la volonté de changer le monde. Pour certains la réflexion dépasse le local pour s’inscrire dans une réflexion globale (modifier les systèmes agroalimentaires, voire l’économie). Pour d’autres, l’action locale prime (« mieux » se nourrir, créer du lien dans le quartier…). La façon dont on agit dans le domaine de l’alimentation renvoie aussi à la conception que nous avons des individus et a donc aussi une dimension politique : doit-on mettre en place des réglementations restrictives et contraignantes (l’individu est jugé susceptible de frauder, il faut un système de certification stricte) ou au contraire peut-on fonctionner sans contrôles sur la base de relations interpersonnelles de confiance (l’interconnaissance suffit) ? Ces deux conceptions sont présentes dans l’économie sociale et solidaire.

Est-ce à dire que les motivations sont davantage éthiques ?

Débattre des enjeux alimentaires détermine le type de société dans laquelle on veut vivre. Les motivations sont politiques en ce sens que leur mise en pratique intervient dans la gestion et l’administration de la Cité. On a eu tendance à oublier que nos choix économiques ont une dimension politique, en terme d’emplois, de répartition des richesses, de santé etc. L’alimentation engagée n’est pas nouvelle, les exemples de pratiques de consommation encourageant l’engagement citoyen remontent au XVIIIe siècle, c’est le cas entre autres du boycott du sucre produit par les esclaves par des consommateurs d’Europe et des États-Unis à cette époque.

Que dénoncent les initiatives qui agissent dans le secteur de l’alimentation ?

Toutes ont pour dénominateur commun de dénoncer la déconnexion qui a eu cours au XXe siècle entre les consommateurs et les producteurs. La multiplication des intermédiaires a créé une opacité qui a conduit à une méconnaissance entre les uns et les autres. Les Amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne) se distinguent par cette volonté de connaître les agriculteurs, de favoriser les échanges, de montrer aux enfants comment « pousse une tomate ». C’est l’idée aussi que l’on aura une meilleure sécurité alimentaire parce que l’on connaît le cultivateur.

La dimension sanitaire est-elle prédominante ?

Il est difficile de généraliser à l’ensemble des initiatives concernées. Certains adhérents expriment clairement des motivations liées à la santé, d’autres vont bien au-delà en y ajoutant des raisons politiques comme la lutte contre l’industrie agro-alimentaire. D’autres encore plébiscitent le localisme au détriment du biologique. Les critères sont variables selon les réseaux et parmi les adhérents d’une même association.

Les associations parviennent-elles à contourner le système qu’elles dénoncent ?

Les Amap, à leur échelle, proposent effectivement aux consommateurs une autre façon de s’alimenter qui contourne la grande distribution. Le réseau créé en 2001 s’est développé et est devenu pérenne. Quantitativement il est peut-être négligeable au regard de la population totale, mais il est objectivement fonctionnel pour nombre de personnes. À Lyon, les marchés hebdomadaires que sont les «Ruches » (1) ne cessent de croître. Elles aussi contournent la grande distribution. Ces dernières se démarquent cependant des Amap dans la mesure où la plateforme internet et la personne qui organise des distributions constituent malgré tout des intermédiaires.

Les conditions salariales au sein de ces nouvelles pratiques marchandes dans le secteur de l’alimentation respectent-elles les critères de l’économie sociale et solidaire (respect du travailleur et de l’environnement) ?

Là encore il faut distinguer les  initiatives. Les Amap ne fonctionnent qu’avec des bénévoles, d’autres principalement avec des micro-entrepreneurs, et des salariés. Les conditions de rémunération deviennent problématiques quand elles ne sont pas déclarées comme telles : lorsqu’une activité peu rémunératrice est présentée comme un engagement alors que la personne qui l’occupe essaie d’en vivre. On peut ainsi parfois rapprocher ces pratiques de celles à l’œuvre dans les plateformes internet de l’économie numérique telles que Uber ou Deliveroo qui contournent le droit du travail.

Leur viabilité économique est-elle leur talon d’Achille ?

Les Amap effectivement fonctionnent grâce aux bénévoles mais ce n’est pas un problème. Chacun a le droit d’occuper son temps libre comme il veut. L’exemple de La Ruche qui dit oui est plus problématique. L’entreprise propose une contrepartie monétaire et elle-même tire un bénéfice de l’activité des gestionnaires de « ruche ». Beaucoup parmi ceux interrogés lors de mon enquête actuellement en cours m’ont dit travailler au moins une vingtaine d’heures par semaine pour une rémunération de quelques centaines d’euros par mois. Ces responsables de « ruche » n’ont parfois pas de sources plus stables de revenus. Pour ces derniers, il s’agit d’un « bout d’emploi », selon leurs termes, et non d’une activité bénévole.

Peut-on dresser un profil sociologique des acteurs investis dans ces initiatives liées à l’alimentation ?

Un profil peut se dessiner à travers les personnes qui portent ces projets. Ce sont en général des personnes de moins de 40 ans, sans enfant, souvent des femmes, très diplômées, c’est-à-dire ayant Bac + 5. Ce profil est dominant dans le salariat de l’économie sociale et solidaire et chez les personnes qui s’engagent activement. Le taux de féminisation dans l’ESS est équivalent à celui du secteur associatif en général, soit environ 68%.

Est-ce à dire que l’ESS n’est pas suffisamment valorisée ?

On l’explique parfois par le fait que les femmes s’autocensurent moins pour accepter des emplois à faible rémunération et aux perspectives de carrière moindres.

Pour les travailleurs, le manque de moyens est-il compensé par une activité qui fait sens ?

Ces femmes trentenaires employées dans l’ESS cherchent un emploi qui fasse sens pour elles. Oui, elles n’envisagent pas un emploi alimentaire (c’est-à-dire qui les fasse seulement vivre). Pour autant je ne les ai pas entendues dire qu’elles s’attendaient à une rémunération basse. Cela signifie aussi qu’il existe un grand turn-over dans cette économie-là.

Ces initiatives citoyennes sont-elles le signe d’un individualisme compensant le vide idéologique laissé par la désaffection des partis et des syndicats ?

Votre question fait écho aux analyses de Jacques Ion**, sociologue lyonnais, qui parle d’engagements « post-it », où l’on va et l’on vient sans réelles attaches à une organisation. Cela ne correspond pas à ce que j’observe :  dans le commerce équitable, dans les Amap et au sein des associations qui œuvrent pour une alimentation bio, des acteurs de longue date, sont rattachés à des collectifs et à des mouvements organisés. L’altermondialisme par exemple tient un discours auquel s’identifient nombre de trentenaires. Il est vrai néanmoins que le récit idéologique véhiculé dans ces milieux rejette l’action politique institutionnalisée. L’idée est de proposer des actions concrètes, dans un esprit festif, positif plutôt que contestataire.

Une société qui bouge pour l’alimentation ?

Les mouvements sociaux infusent progressivement dans les institutions. Les mouvements écologistes ont fini par donner lieu à un Ministère de l’Environnement… Ces mouvements pour une autre alimentation contribuent à faire exister l’alimentation dans le débat public et à diffuser les produits issus de l’agriculture biologique et/ou locaux.

Ces initiatives sont-elles innovantes ?

Disons que ces initiatives ont de nouveau le fait de remettre au jour la dimension politique de l’alimentation. Elles nous rappellent que l’alimentation est intrinsèquement politique.


(1) Diane Rodet a choisi d’enquêter sur La Ruche qui dit oui, entreprise créée en 2011. Voir le lien : https://laruchequiditoui.fr

* Comment parler de la société, Howard S. Becker, La Découverte, 2009

** S’engager dans une société d’individus, Jacques Ion, Paris, Armand Colin, coll. « Individu et société », 2012.

Un sociologue au pays des rêves

UUn sociologue au pays des rêves

Le social s’immiscerait jusque dans l’intimité de nos rêves. Terrain de prédilection de la psychanalyse, puis objet d’étude des neurosciences, le continent onirique s’ouvre désormais à l’analyse sociologique.

Entretien avec le sociologue Bernard Lahire qui pose, dans un ouvrage ambitieux, les fondements d’une nouvelle science des rêves.

Bernard Lahire est professeur de sociologie à l’École normale supérieure de Lyon, membre senior de l’Institut universitaire de France et directeur adjoint du Centre Max-Weber. Il a reçu la médaille d’argent du CNRS en 2012.

L’intégralité de l’article disponible sur :

CNRS le Journal

 

Ememem, street-artiste qui raccommode les rues

EEmemem, street-artiste qui raccommode les rues

Si l’espace public est le lieu de tous, son aménagement et son entretien dépendent des institutions publiques, seules compétentes. Pourtant, nombreux sont ceux qui interviennent et, apportant leur touche personnelle, réparent ou embellissent la ville. L’un des exemple les plus connus et dont Ememem est emblématique, est celui du flacking, cet art de raccommoder qui consiste à reboucher les nids-de-poule avec des fragments de carrelage.

Sans doute vous êtes-vous déjà arrêté devant ces chutes de carrelage colorés comblant un trou dans le bitume du trottoir ou de la rue. Emenem en a fait sa marque de fabrique. Il nous parle de cette activité poétique et artistique qui interroge le passant.

Propos recueillis par Ludovic Viévard, pour Pop’Sciences Mag : « Hackez la ville ! »

Pop'Sciences_Mag-Hacker-la-ville_reparerQuand avez-vous commencé à reboucher les nids-de-poule ?

C’était en février 2016, à Lyon. À l’époque, mon atelier était situé dans une vieille traboule écorchée, j’ai eu envie de réparer et de colorer l’entrée sombre qui y menait. J’ai rafistolé les fissures avec des chutes et ce n’est pas allé plus loin. Dans mon atelier suivant, il y avait carrément des trous béants qui me narguaient à un mètre de l’entrée alors, une nuit, je leur ai cousu des greffons rose et bleu. C’est quand j’ai observé de loin la réaction des passants le lendemain que j’ai compris que ça touchait un point sensible. Ça secouait vraiment les gens cette tache de couleurs dans le gris du matin ; ça les stoppait net, et ça déclenchait des sourires ! C’était magnifique, j’avais trouvé l’acte poétique et artistique tant recherché. Du coup, j’ai peaufiné ma technique, je l’ai baptisée, et j’en ai fait un métier ! Ça s’appelle du flacking, mot dérivé du français « flaque », et qui s’applique à toute flaque, crevasse, faille, fissure, tout élément de bitume qui s’effrite, s’ouvre et souffre. Je créé des « anomalies » là où je trouve des blessures. Bref, je rebouche les trous ! L’origine et le fil conducteur, c’est l’esprit de raccommodage de la rue et le besoin de couleur, mais aussi l’envie de casser les codes, l’envie de formes, de matières là où on ne les attend pas. Casser la monotonie, les standards de l’urbanisme.

Pourquoi le choix du carrelage et comment travaillez-vous ?

Cette matière offre des couleurs et des textures multiples et on a l’habitude de les voir dans les cuisines, les chiottes, mais pas en plein macadam ! Ce décalage est à l’origine de la surprise provoquée. Les flackings qui provoquent le mieux l’effet que je recherche sont ceux qui ressemblent le moins à de la mosaïque et qui se rapprochent le plus d’un sol de salle de bain par exemple, parce que non d’un chien, qu’est-ce-que ça fout là, en pleine rue ? Pour ce qui est du choix des lieux, c’est peut-être plutôt eux qui me choisissent. L’ambiance d’un quartier va m’inspirer, ou certains nids-de-poule m’appellent carrément à l’aide. En tout cas, hors périodes de festivals ou commandes, mes sorties sont complètement spontanées et aléatoires. Partout où je vais, j’ai l’œil. Quand mon prochain patient est repéré, une partie du travail se fait en atelier. Ensuite, la nuit, je pars en toute discrétion, mallette de premier secours sous le bras et, si la voie est libre, je me mets à l’œuvre. Les opérations chirurgicales sont délicates et requièrent beaucoup de précision. Quand la cicatrisation est achevée, je file en douce…

Quelles sont les réactions provoquées par les œuvres sur les gestionnaires de l’espace public ?

Je sais que la question tourne au niveau de la DDE, mais je ne les ai jamais rencontrés directement… J’ai vu des réfections de trottoirs qui préservaient l’œuvre, mais d’autres fois, j’ai vu les débris de flacking dans des monticules de gravats. J’ai eu plus d’une fois la visite de patrouilles de police. Mais plutôt des visites de courtoisie, voire des encouragements lors de ma dernière rencontre ! En tout cas, les flackings ne m’appartiennent pas. La ville en fait ce qu’elle veut, je veux dire la ville au sens large, habitants compris.

C’est magnifique les retours que je peux recevoir. C’est un super carburant. D’abord, les gens qui me croisent en mission, dans la rue, j’ai souvent droit à de gros câlins, comme ça, gratuits. Et j’ai de bons retours sur les réseaux sociaux. De jour, j’aime aussi observer incognito les réactions. Il y a des passants pressés, qui ne voient rien, d’autres qui continuent leur route mais dont le regard reste accroché jusqu’à se prendre le poteau d’en face, et puis il y a ceux qui s’arrêtent, commentent, photographient… Ils sont nombreux à esquisser au moins un sourire.

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L’embellissement ou la réparation de la ville passe aussi par d’autres formats. Ici, au-dessus du squelette de By Dav’, l’exposition sauvage de Adrien Nguyen

Pourquoi l’espace public est-il un lieu qu’il est important de se réapproprier et de détourner ?  

J’ai peu de réponses. Plutôt d’autres questions… Si c’est à tout le monde, est-ce que ce n’est à personne ? Est-ce pour ça que personne n’en prend vraiment soin ou ne prend l’initiative de se l’approprier ? Pourquoi les hommes (la gente masculine) monopolisent cet espace ? Pourquoi cette uniformité des textures et des couleurs ? La question de la fonctionnalité est centrale. On a fait le choix historique de matériaux efficaces, contre la pluie, l’usure, pour le confort de la semelle, de la roue de vélo, etc., mais l’espace public a-t-il la seule fonction pratique du passage ? Il n’y a-t-il pas moyen d’imaginer aussi une fonction d’espace de vie ? De s’y poser un peu, et donc d’y apporter de l’art, des questions ? J’adore que mon travail pose question. « C’est quoi ce truc ANORMAL dans mon trottoir ? » Et puis je crois que j’aime aiguiser le regard. Les flackings s’adressent à qui veut les voir, donc plutôt aux rêveurs. Ils peuvent ensuite s’imaginer ce qu’ils veulent… et chercher d’autres jolies anomalies dans la ville, il y en a mille !