POP'SCIENCES MAG#3 : CANCEROLOGIE - Les nouveaux champs de la recherche |

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Université Ouverte

UUniversité Ouverte

L’Université Ouverte programme chaque année près de 200 conférences, visites et ateliers scientifiques en sciences et en santé à destination du grand public dans des thématiques aussi diverses que : biologie, chimie, mathématiques, informatique, physique, santé, sciences de la Terre, mais encore sciences et art, sciences et histoire et économie.

 

Université Ouverte – Université Claude Bernard Lyon 1 – Campus de la Doua – Bâtiment Patio – 43 boulevard du 11 Novembre 1918 – 69622 Villeurbanne cedex

 

POUR EN SAVOIR PLUS

 

 

Les langues vivent, s’endorment et disparaissent avec leurs locuteurs

LLes langues vivent, s’endorment et disparaissent avec leurs locuteurs

Que se passe-t-il lorsqu’une langue n’est plus parlée ni transmise ? Comment décrire une langue qui ne dispose pas de système d’écriture ? Quelles langues sont en danger en France ?

Ce sont autant de questions qui occupent les chercheur·es en sciences du langage et qui travaillent sur les langues en danger. Alertés par la vitesse de disparition des langues minoritaires, des réseaux de linguistes se sont organisés pour tenter de sauvegarder la diversité linguistique et les différents savoirs que véhiculent ces idiomes.

Au laboratoire Dynamique du Langage, une équipe de chercheur·es est spécialisée dans la description, la documentation et la revitalisation des langues en danger, l’axe LED-TDR.

Sur le terrain, les linguistes nouent une relation souvent complexe avec la communauté, où se mêlent de l’affectif, de l’identitaire, et de la résistance politique.

Pour en savoir plus, retrouvez l’article sur le site du LabEx ASLAN.

Cliquer ici

Lancement d’une recherche-action participative sur la transition énergétique

LLancement d’une recherche-action participative sur la transition énergétique

Ensemble, construisons la recherche sur la transition énergétique

« Ensemble, construisons la recherche sur la transition énergétique » est une expérimentation visant à de construire collectivement une question de recherche sur des projets concrets concernant l’énergie et l’habitat, qui pourront donner lieu à des formations, des recherches de financements, des prototypages, etc.

Pour ce faire, quatre ateliers de co-création se tiendront en début de soirée du 15 mai au 9 juillet 2019 dans le Grand Lyon, ponctués par un pot convivial ou un repas partagé. Un atelier complémentaire à la démarche aura lieu par ailleurs dans le cadre du festival Pop’Science le samedi 18 mai à 16h45.

Le projet est issu du dispositif ACTE (Appropriation et communs de la transition énergétique par la recherche-action participative) qui s’inscrit lui-même dans le cadre du programme Cit’in (Expérimentation démocratique pour la transition écologique) du Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire. Il implique plusieurs partenaires nationaux et locaux, parmi lesquels la Boutique de Science de l’Université de Lyon, et concerne six villes françaises, qui mèneront des actions de recherche participative sur la transition énergétique jusqu’en octobre 2019 : Lyon, Lille, Paris, Rennes, Nantes, Montpellier.

Sur le territoire lyonnais, l’expérimentation est coordonnée par l’association Coexiscience (Coopérer et expérimenter autrement la science), dont la mission principale est d’articuler recherche scientifique, innovation sociale et environnementale au sein d’un tiers-lieu. Sa spécificité sera d’intégrer la notion de « communs » dans la mise en œuvre des ateliers, au moyen d’outils d’intelligence collective.

Aujourd’hui, les finalités et les moyens de produire la science sont controversés. Par cette initiative, il s’agit de montrer que les choix scientifiques et techniques sur un sujet aussi important pour le climat que la transition énergétique peuvent être partagés par tous au moyen de la recherche-action participative.

Plus d’informations sur :

Coexiscience

Source média : Cit’in. MTES

Une découverte qui fait l’histoire : la première image d’un trou noir

UUne découverte qui fait l’histoire : la première image d’un trou noir

Pour la première fois de l’Histoire, les scientifiques ont réussi à « photographier » un trou noir. L’image a été dévoilée par une équipe internationale de scientifiques lors d’une conférence de presse le 10 avril 2019.

Lire les articles :

The Conversation

Le Monde

La guerre des fourmis

LLa guerre des fourmis

Une BD ludique, drôle et engagée, créée par un chercheur associé à un dessinateur, pour nous sensibiliser aux questions écologiques.

Insectes insignifiants, animaux de compagnie de nos étés ou bêtes de guerre ? Parmi les 12 000 espèces de fourmis recensées à ce jour, certaines intéressent tout particulièrement les chercheurs. Qualifiées d’« envahissantes », ces fourmis ont des capacités stupéfiantes.

Au programme, des fourmis kamikazes, des stratégies militaires surprenantes comme celle de la fourmi électrique qui fait la morte pour tromper son ennemi, des espèces qui pratiquent l’esclavage, d’autres qui, telles des cow-boys avec leurs vaches, regroupent des pucerons en troupeaux et les protègent des prédateurs pour mieux se nourrir de leur suc.

Organisées en sociétés, agressives et compétitives, elles peuvent aussi représenter une menace sérieuse pour la biodiversité, l’agriculture, les infrastructures ou la santé. Stimulées par le réchauffement climatique, ces espèces se déplacent pour coloniser de nouveaux milieux, déclenchant ainsi des invasions. Récemment une étude a estimé les dégâts liés aux invasions d’insectes à 69 milliards d’euros par an. En France, deux espèces de fourmis envahissantes ont déjà été repérées dans le sud du pays.

  • Chercheur au CNRS et spécialiste des fourmis, Franck Courchamp s’est associé au dessinateur, Mathieu Ughetti, pour créer cette bande dessinée.
  • Une préface de Bernard Werber, auteur du célèbre roman Les fourmis
  • Une BD réunissant 3 grands thèmes d’actualité : les fourmis, les invasions biologiques, le réchauffement climatique.

Les premiers épisodes de la BD ont été repris dans les médias :

La Tête au carré – France Inter, The Conversation, Ouest France, Sud Ouest, Ça m’intéresse, Usbeck & Rica, Pour la science.

Editions : des Equateurs / Sciences

Lire les 1ers chapitres

Quand le cancer se propage par les nerfs

QQuand le cancer se propage par les nerfs

Le cancer, on le sait, est un processus dynamique. Issues d’un foyer primaire, les cellules cancéreuses ont tendance à se disséminer et à coloniser d’autres organes, où elles forment de nouveaux foyers : on les appelle des métastases.

D’ordinaire, ces cellules cancéreuses empruntent le sang ou la lymphe pour se propager dans l’organisme. Mais il existe une troisième voie, moins connue, de dissémination des cellules cancéreuses : les nerfs. On parle alors d’invasion périneurale. Ses mécanismes sont encore mal compris, et les possibilités de traitement à ce jour inexistantes. Mais des pistes venant de la recherche fondamentale se font jour…

Lire l’article en entier sur :

CORTEX Mag

Islam et loi morale : l’algorithme du bonheur du philosophe Ibn Khaldûn

IIslam et loi morale : l’algorithme du bonheur du philosophe Ibn Khaldûn

C’est d’un algorithme de matching d’un genre particulier dont il est question, dans le Livre de la Guérison !

à la recherche du "perfect match" ouvrant à l'âme les portes du salut

De nos jours, on calcule le « perfect match » entre un animal de compagnie et son maître, une voiture et son conducteur, un job et un chercheur d’emploi. Notre philosophe vise l’accord parfait (ittifaq) entre l’intention et le geste, pour chacun de nos actes, censé ouvrir à l’âme les portes du salut !

Si l’on demande à un arabophile de dire « loi morale » en arabe, il lui sera difficile de répondre ! Il lui manquera le texte original du Shifa’ (Livre de la Guérison) du grand savant médiéval Ibn Khaldoun que je commente et retraduits dans ma Thèse. Ma nouvelle traduction se base sur le manuscrit inédit de PrincetonJ’apporte un nouvel éclairage sur ce livre en le sortant de la mystique musulmane (le soufisme). Son vrai sujet est le bonheur et le sens de la vie (en islam moral) que j’illustre sous la forme d’un algorithme de matching. Je restaure son titre original Shifa‘ qui signifie « guérison » dans la tradition de la « médecine de l’âme » orientale.  Je souligne sa pensée originale sur la loi morale dont, c’est important, il créé le terme arabe !

  La loi morale musulmane (fiqh al-bâtin)

La « loi morale musulmane » (fiqh al-bâtin) n’existe que sous la plume d’Ibn Khaldûn. En effet, il la créé par l’assemblage étonnant, de prime abord, de deux notions contradictoires : la rigueur du droit musulman (fiqh) et l’occulte de la mystique (bâtin). La recette du bonheur dont traite le Livre de la Guérison est en rupture avec la tradition de réflexion antérieure sur l’éthique, y compris avec les traditions grecque et perse.

L’angle moral

C’est de la guérison de l’âme, dont il est question, dans le Livre de la Guérison, et celle du corps ! Car – coup de génie de notre auteur – les deux, pour lui, sont liés. Et, ce lien est tellement important, que je le mets à l’honneur dans un algorithme de matching, dont il est la clé. Car qui dit matching dit, « accord parfait » (en arabe ittifâq). Et qui dit « accord parfait » dit forcément « lien ». L’étincelle de génie de notre philosophe, qui le rend encore si moderne aujourd’hui, est de faire matcher ensemble le corps et l’âme. Pour cela, il propose sa propre lecture des règles du combat dans l’âme (jihad al-nafs) et sa propre exégèse des sources du droit musulman (fiqh).

La renaissance de la raison

En tant que savant rationnel, l’auteur veut rester au sein du droit musulman (le fiqh). Et cela vaut aussi, et surtout, pour l’aspect moral ! La morale doit s’inscrire dans un cadre légal. Ce cadre moral légal, il l’appelle le bâtin. Ce mot signifie en arabe « occulte », mais aussi « caché », « interne ».

La morale est ce qui est « caché » au for « interne » de chaque individu. L’auteur joue sur le sens du mot « caché », en arabe. Il le détourne de l’occulte de la mystique pour le ranger aux côtés de la loi.

Et le tour est joué ! Par l’assemblage du fiqh et du bâtin, qui devient le fiqh al-bâtin, la « loi morale » (fiqh al-bâtin) est née ! Elle signifie qu’on peut – et même qu’on doit – parler, en termes de morale, de la façon la plus rationnelle possible, en s’adressant au libre-arbitre de la volonté.

La loi morale s’adresse au libre-arbitre de la volonté

La mystique musulmane est l’ascèse du soufisme, illustrée par les danses des Derviches. La loi morale, quant à elle, s’adresse ouvertement au libre arbitre de la volonté.

La loi morale n’a pas de sens caché ! Ce qui est caché est le for interne, sous l’œil de la conscience morale, qui veille à l’application de la loi morale. L’enjeu du libre-arbitre de la volonté consiste à augmenter cet état de conscience pour arriver à son état le plus parfait, qui est l’excellence du comportement (ihsân).

Et ainsi, arrive la rupture annonciatrice de la « naturalisation » de l’éthique, par la mise en avant de la conscience morale !

L’œil de la conscience morale au for interne

L’excellence du comportement (ihsân) est traditionnellement définie comme se sentir en permanence sous le regard de Dieu. Elle se voit ici également placée sous l’œil de la conscience morale.

Ibn Khaldûn signe une exégèse en rupture avec la tradition, puisqu’il ne se réfère pas explicitement aux textes qu’elle emploie, dont le hadith dit de l’Ange Gabriel (Jibril)2b. Pour autant, il ne sort pas de sa culture, puisqu’il cite un autre hadith, tout aussi célèbre commençant par « Certes, les actes ne tiennent que des intentions… »2La rupture se situe dans le va-et-vient qu’il instaure entre le regard de Dieu et l’œil de la conscience morale. Il en définit précisément le rôle.

La tâche de la conscience morale consiste à veiller, dans chacun de nos actes, à « l’accord parfait » (ittifâq) entre l’intention qui les anime et le geste qui les passe à l’acte. Et ce, sans relâche de l’attention, ni absence d’esprit. Tel est le perfect match à la clé de l’algorithme du bonheur (cf. encadré) !

L’un des plus grands quiproquos de l’histoire des idées !

 Par ailleurs, le geste d’assembler le droit rationnel (fiqh) et l’aspect « caché » de la morale interne (bâtin) pour former la loi morale (fiqh al-bâtin) est très fort. Il signe symboliquement la mort du « caché » jusqu’à présent dévolu à la mystique. Comme s’il fallait que le soufisme meure pour que renaisse la raison. Tel est le geste de guérison (shifa’) du Livre de la Guérison !

C’est pourquoi, le mot « guérison » du titre original est fondamental. Il mérite d’être respecté, car il s’inscrit dans la tradition de la « médecine de l’âme » orientale. D’où, le quiproquo du titre forgé La Voie et la Loi. En effet, il sous-entend une certaine bienveillance envers la Voie cachée du soufisme. Comme si celle-ci pouvait se poser en alternative à la Loi musulmane. Or, loin d’être pour elle un challenger valable, elle en est la maladie dont il lui faut guérir ! On comprend mieux pourquoi le traducteur qui a forgé ce titre n’est pas arrivé à traduire fiqh al-bâtin. Il l’a laissé en friche, dans un mot-à-mot inacceptable : « fiqh de l’intérieur ».

Le mot-à-mot inacceptable de l’ancienne traduction

Traduire, ce n’est pas laisser la langue traduite (ici, l’arabe) en mot-à-mot. Et c’est encore plus inacceptable, quand le mot-à-mot lui-même ne convient pas !

L’ancienne traduction, non seulement en reste au mot-à-mot, mais celui-ci n’est pas bon ! Ce n’est pas le « fiqh de l’intérieur » mais « l’intérieur du fiqh » ! De même, pour les actes, ce n’est pas « les actes de l’intérieur » mais « l’intérieur des actes ».

Et ça change tout ! « Les actes de l’intérieur », personne ne comprend.

En revanche, « l’intérieur des actes » surtout opposé, comme le fait l’auteur, à « l’extérieur des actes », c’est tout de suite mieux ! Cela signifie que les actes ne sont pas creux. Il y a quelque chose à « l’intérieur des actes ». Les actes ne sont pas que des gestes visibles de l’extérieur par un observateur anonyme. Il y a quelque chose à l’intérieur. Et surtout, il y a quelqu’un !

Le couple : acte = (geste, intention)

L’œil de la conscience morale, qui observe les actes depuis le for interne, appartient à quelqu’un. C’est le sujet pensant dont parlera Descartes. Mais, ce sujet, chez Ibn Khaldûn, n’est pas là tant pour penser, que pour agir en étant conscient de ce pour quoi il agit. Et, ce pour quoi il agit, est la recherche du match parfait entre l’intérieur des actes (le bâtin) et l’extérieur (le zâhir).

Le bâtin des actes ne se voit pas : c’est l’intention, le mobile, la motivation. Il va de pair4 avec ce qui se voit, l’apparent (zâhir) des actes : le geste, le comportement extérieur. Les deux vont de pair. Ils sont liés. Le couple : acte = (geste, intention) est uni par un accord parfait (ittifâq).

La nature de l’accord parfait entre le geste et l’intention se trouve au cœur de la pensée d’Ibn Khaldûn. Il pousse jusqu’à ses limites le sens des mots du langage pour en puiser de quoi nourrir sa réflexion. Ne pas éclairer la nature de cet accord reviendrait à s’interdire d’éclairer la nature humaine. Il en va de la nature des relations qu’entretiennent le corps et l’esprit11. Il décrit leur relation comme une sorte de mélange de couleurs susceptible de laisser en l’âme des « traces » qui, dit-il, seront dans l’au-delà « les couleurs du bien, ou du mal« .

Une quête de sens haute en couleurs

 « Nos actes ont un sens » dit l’auteur, « c‘est l’intention » (cf. encadré). « L’intérieur » des actes est leur sens. Ce sens est donné par l’éthique personnelle « cachée » au for interne de l’individu, autrement dit sa « morale ». De même, « l’intérieur » de la loi est la loi « morale ». La loi, comme nos actes, ont un seul et même sens. Il est moral. C’est lui qui donne le ton, qui confère sa « couleur » à tous nos actes, dans leur intégralité. Ainsi, notre comportement, dans son intégralité, doit être considéré en tant que comportement moral. De même, la loi musulmane (la shari’a) doit être considérée, dans son intégralité, en tant que loi morale.

C’est pourquoi, il ne faut pas hésiter à sortir des sentiers battus, pour comprendre le lexique propre à l’auteur. Car, comme tout grand penseur, il créé son vocabulaire !

Sortir des sentiers battus

Sortir des sentiers battus demande un certain courage. Admettre le génie de l’auteur. Voir que la « naturalisation » de la pensée, en éthique, du Livre de la Guérison, relève de la même veine que dans le Livre des Exemples, en histoire et société. Le Livre des Exemples est le titre donné dans la collection La Pléiade au chef-d’oeuvre d’Ibn Khaldûn, le Kitab al-Ibar, et ses célèbres Prolégomènes (Muqaddima), monument de la pensée au patrimoine mondial de l’humanité. Un même élan génial de la pensée permet d’établir le parallèle entre les deux livres. Ce même élan génial corrobore la paternité du Livre de la Guérison qui fut, pendant un temps, discutée, frein de plus à la reconnaissance de l’œuvre !

Certains ont préféré rester, pour ainsi dire, en périphérie du livre. Comme s’ils jugeaient plus confortable de s’en tenir à l’une de ses entrées secondaires. Le soufisme est l’une d’elles, celle que tout le monde a vu, jusqu’à présent. Mais, il y en existe une autre, et non la moindre, encore inexplorée. L’autre axe secondaire, outre le soufisme, tient à la linguistique et à l’objet du langage (cf. encadré). Mais, c’est l’axe principal que je développe ici.

La grande porte du Livre de la Guérison est la loi musulmane, la shari’a. 

Du temps de l’auteur déjà, il fallait une certaine audace pour oser s’attaquer à pareil morceau ! C’est au droit musulman et aux juges qui l’appliquent qu’il s’adresse. Car, ce sont eux que l’on peut venir questionner6, si on le souhaite, pour savoir comment l’appliquer. « Si on le souhaite » : cette précision est fondamentale. C’est elle qui différencie le juriste du maître spirituel.

Le juriste n’a qu’un rôle de conseil facultatif, au plan moral. Effectivement, l’auteur rappelle que « Dieu n’a pas ouvert de voie pour juger l’intérieur des cœurs »5. Au contraire, le maître spirituel est obligatoire pour éviter à l’aspirant mystique les dangers inhérents à sa quête (cf. encadré).

Selon l’auteur, la raison est malade de la maladie du soufisme et de son ascèse mystique. Elle pousse l’adepte à s’abandonner entre les mains de son maître spirituel comme « le cadavre entre les mains du laveur de morts ». Cette métaphore, répétée à plusieurs reprises, indique que c’est ce cadavre-là qu’il faut ramener à la vie, en guérissant sa raison malade.

En effet, un tel « cadavre » a perdu l’usage de son libre-arbitre, dont la réappropriation conditionne le retour à la vie. C’est la vie morale, que la mystique bâillonne en brûlant les étapes, en voulant « lever le voile » sur la lumière de Dieu pour « contempler Sa Face » dès ce monde. Un tel cheminement, selon l’auteur, est perdu d’avance, dangereux pour la santé mentale – et surtout, hors-la-loi !

La voie morale, au for interne, n’est pas l’apanage du soufisme

La « guérison » que souhaite l’auteur est celle de l’atrophie morale de la loi musulmane. Pour cela, il emploie une méthode rigoureuse, que je traduits dans le plan du Livre de la Guérison. Je revois complètement le plan par un découpage du texte adéquat. En effet, le découpage des titres et intertitres réalisé par le traducteur et les éditeurs précédents, ne rend pas le protocole de guérison voulu par l’auteur.

Je découpe le texte en deux grandes parties (contre cinq ou six chapitres selon les anciennes versions arabes ou française). Dans la première partie, le médecin de l’âme prépare les outils qui lui seront nécessaires pour opérer le malade. Ce sont les prémisses à la guérison, les définitions et prérequis d’ordre historiques et sur la loi musulmane et sur le soufisme. C’est là où, notamment, l’auteur développe sa théorie originale sur l’effet induit, au plan moral, des conquêtes. Ce thème lui est cher. Mais, il l’aborde ici sous un angle nouveau5.

La seconde partie est consacrée au protocole de guérison en lui-même, en deux sous-parties : la théorie, et la pratique. Cette partie est encore plus intéressante que la première. Il me faudrait plus d’un article pour la présenter. L’idée maîtresse de la « guérison », au plan de la théorie, est que le juriste tout autant que l’homme moral doit se placer dans la posture du questionneur6 pour réapprendre la loi morale qu’il a perdue de vue5. Quant à l’aspect pratique, il consiste en l’arbitrage concret de huit cas d’espèce. L’auteur va les débattre à charge et à décharge avant de rendre son jugement7.

La grande question du livre : qu’est-ce qu’avoir une âme ?

La grande question du Livre de la Guérison n’est pas celle qu’on a voulu voir, jusqu’à présent (liée à une polémique andalouse qui joue le rôle de prétexte introductif8). La grande question est de savoir qui est le véritable « ami de Dieu » ? Qui peut se prévaloir d’un tel titre ? Est-ce le soufi, qui semble avoir perdu la raison dans ses transes mystiques ? Ou bien, est-ce l’homme moral qui exerce sa conscience morale pour élargir le champ d’action de son libre-arbitre ? Le grand savant rationnel qu’est Ibn Khaldûn choisit sans hésiter la seconde option.

Ainsi, la guérison du Livre de la Guérison est avant tout la sienne ! 

Le jour où j’ai découvert ce livre

Il m’attendait, sagement rangé dans les rayons de la Bibliothèque Diderot. Eh oui, il est possible de faire des découvertes dans les bibliothèques ! Depuis, j’avance dans mes recherches comme le restaurateur de tableaux ôte la mauvaise couche de peinture placardée sur une œuvre d’art. Son génie m’a immédiatement sauté aux yeux, dans la façon propre qu’a l’auteur de définir la loi musulmane par les « trois stations » maqâm al-islâm, al-imân, al-ihsân (cf. encadré).

Depuis lors, je n’ai eu de cesse de me consacrer à cette véritable restauration du génie du Livre de la Guérison que sont mes travaux de recherche, dans la forme et le fonds.

La nécessité d’une nouvelle traduction

Une fois dévoilés la portée philosophique, l’élan et la puissance de la pensée, quantité de notions un tantinet obscures révèlent leur sens : le « croyant responsable » se mue en homme vertueux ou « homme moral » (mukallaf) ; la « conscience scrupuleuse » devient « conscience morale » (wara’a).

Mon travail de restauration prend l’allure d’un véritable relooking du texte. En effet, privé pour l’instant de ses atours philosophiques, le texte mal fagoté se trouve engoncé dans des expressions beaucoup trop familières. Par exemple, une « controverse toute bourrée d’arguments » se dit, en bon français, « débat à charge et à décharge ». Ou alors, les périphrases sont alambiquées. Par exemple, qu’est-ce que « le principe subtil de caractère seigneurial » ? C’est pourquoi, après plusieurs occurrences de cet acabit, on comprend pourquoi aussi peu de monde s’est intéressé à ce livre, pourtant lumineux et essentiel. Parce qu’un tel charabia a dû en décourager plus d’un ! C’est de l’âme dont parle l’auteur au moyen cette expression générique (latîfa rabbâniyya). Je la traduis par « bienfait divin ».

La mise en lumière des idées de l’auteur

Une stratégie  « gagnant-gagnant »

L’auteur revient à l’essentiel de la loi musulmane, et qui est pour lui son aspect moral. C’est lui qui est censé ouvrir les portes du salut de l’âme dans l’au-delà (et donc apporter le bonheur à échéance de la vie future). Et ce, tout en redressant les mœurs pour assainir la vie en société (et donc apporter le bonheur ici-bas).

Dans ce que je nomme l’algorithme du bonheur d’Ibn Khaldûn, la notion de perfect match répond à la lutte contre la procrastination. Il la nomme inaction (trâkh). Le mot algorithme vient du nom d’un scientifique d’origine perse inventeur du zéro. Il ne se doutait pas de son devenir ! En effet, sa déclinaison, dans le Livre de la Guérison, par Ibn Khaldûn, autre savant arabo-musulman médiéval, se situe au plan philosophique. C’est le perfect match de nos algorithmes de matching, appliqué au bonheur ! Le bonheur est dans l’action, dans les actes qui colorent (yatalûn) l’âme en bien ou en mal, sous l’œil de la conscience morale (wara’a).

Ainsi, le Livre de la Guérison mérite une nouvelle traduction française réhabilitant son vrai message qui tient au bonheur et au sens de la vie. Quant au texte arabe original, il mérite lui aussi une réédition. En effet, les éditions de 1958 et 1959 sont non seulement totalement épuisées, mais incomplètes, depuis la découverte du manuscrit de Princeton que je commente et traduits dans ma Thèse. Le Livre de la Guérison est une oeuvre capitale dans l’histoire des idées morales, en islam. Étonnamment moderne, elle a plus que jamais des choses à nous dire.

 

Article écrit par FBA, doctorante en Sciences du langage au Laboratoire de recherche ICAR, école doctorale 3LA, label ASLAN

FBA

Article publié dans le cadre des dossiers  » Les doctorants parlent de leur recherche » en partenariat avec Pop’Sciences

 

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Notes

1   Par exemple, Augustin d’Hippone évêque et Père de l’Eglise chrétienne, dans l’un de ses sermons : « Il faut comprendre pour croire et il faut croire pour comprendre« . Ou Leibniz dans le n°15 de ses Principes : « La nature mène à la grâce et la grâce perfectionne la nature, en s’en servant« . Le « en s’en servant » de Leibniz rejoint le lien qui, chez Ibn Khaldûn, est l’effet réciproque du passage à l’acte, le perfect match (ittifâq). Une métaphore de Ghazali l’illustre (cf. note 3). C’est aussi une « connaissance », un « savoir » » chez Spinoza qui dit, dans sa Correspondance : « Parce que les impies ne connaissent pas Dieu, ils ne sont dans les mains de l’Artisan qu’un instrument qui sert sans le savoir, et qui, en servant, brûle. Les probes, au contraire, servent tout en le sachant et en servant, ils deviennent plus parfaits » (lettre n°19 à Blyenbergh, éd. GF, Paris, 2010, p. 137).

2  Le hadith de Jibril ne figure pas dans la cinquantaine de hadiths que cite l’auteur. Il s’y réfère implicitement par le nom des 3 stations (cf. encadré). Toutefois, il s’en écarte, en l’interprétant à partir d’un autre, tout aussi connu, commençant par « Certes, les actes… » (le premier des Quarante de Nawawi, célèbre résumé des principaux compilateurs dont Bukhary). Ce dernier est analysé dans son intégralité par l’auteur, dont l’exemple du pèlerin (cf. Thèse).

3  Dans cette métaphore, un homme caresse en public la tête d’un orphelin. Si, avant de donner sa caresse, il ne ressentait aucune compassion envers l’enfant, et voulait, par exemple, bien se faire voir en société, ou si son geste était machinal ou de pure convenance, alors ce sera comme s’il « palpait une étoffe ». Si sa caresse était mue par une compassion sincère, alors le passage à l’acte aura pour effet de « renforcer la compassion en son cœur ». Ce « renforcement » illustre le lien qui chez Ibn Khaldûn est l’effet réciproque du passage à l’acte, le « perfect match » (ittifâq). Il peut être vu comme un « perfectionnement » (cf. note 1). Cette métaphore figure dans le Livre des Exemples. Cela confirme la communauté de pensée et d’idées entre les deux livres (cf. citation de Plotin attribuée à Platon, infra et encadré).

4  Le couple (bâtin, zâhir) n’est pas oppositionnel ! Ce principe d’entente réciproque, je le nomme le perfect match à la clé de son algorithme du bonheur. C’est le bonheur en ce monde et dans l’au-delà, par le salut de l’âme. Est-ce que le salut se fait par la foi ou par les œuvres ? Ibn Khaldûn n’oppose pas, il voit la synergie (ittifâq). C’est le salut par la foi passée à l’acte par les œuvres. Car, les œuvres tiennent de la foi – et la foi tient des œuvres. Il souhaite à l’homme moral de parvenir à la foi et à l’excellence du comportement qui lui permettront d’être sauvé. Pourtant, il soutient aussi que seule la grâce de Dieu peut donner la foi. Sa miséricorde peut accorder le salut, même à ceux qui n’auront pas su s’élever au-delà de la première station (cf. encadré).

5  Le désir de « guérir » le juriste tout comme l’homme moral de leur « cécité » rejoint l’angle nouveau par lequel l’auteur considère les conquêtes qui, d’après lui, en seraient la cause. En effet, tout le monde serait peu à peu devenu aveugle sur la loi morale pendant les conquêtes. L’urgence était alors de légiférer pour organiser la vie publique et appliquer les sanctions légales. Or, la loi ne prévoit aucune sanction pour la faute morale relevant de l’éthique personnelle du combat dans l’âme. Dieu en sera seul juge, puisqu’Il n’a ouvert aucune voie aux hommes pour qu’ils jugent autrui au for interne. Le juriste n’a donc, au mieux, qu’un rôle consultatif. Mais, ce rôle est primordial ! C’est lui que l’auteur veut réattribuer au jurisconsulte (qu’il est lui-même !) au détriment du maître spirituel du soufisme. Il montre l’exemple en dernière partie (cf. note 7).

6  La posture du questionneur est celle du sa’il du titre original Sifa ‘ al-Sa’il. Ce sont les doutes de l’homme moral, dans la lignée du questionnement des Compagnons. C’est la question de Omar à Hudeyfa sur la « petite hypocrisie » envers soi-même. Mais, c’est surtout la posture du juriste qui doit se remettre en position de questionner pour apprendre, à l’instar de l’Ange Gabriel dans le hadith qui porte son nom, et dont l’auteur, sans jamais le citer, s’emploie à donner sa propre exégèse.

7   L’auteur applique à lui-même le matching : il passe à l’acte ce qu’il dit ! C’est l’occasion de montrer l’exemple pour inciter l’homme moral à venir consulter le juriste pour les questions morales d’ordre intime, relevant du combat dans l’âme. Ainsi, l’auteur entend revaloriser sa profession.

8   Les auteurs arabes classiques aiment choisir un prétexte pour introduire leur sujet. En l’espèce, il s’agit d’une polémique sur le rôle du Cheik. Certes, sa place dépasse largement le simple prétexte. On le voit dans le corps du texte. Pour autant, ce n’est pas la grande question du livre.

9   L’archi-degré est issu de mes travaux. Je propose une interprétation de la pensée de l’auteur en neufs couples [actes = (geste, intention)]. J’illustre l’idée du matching dans une mise en pourcentage de nos actes, dont 11% arriveraient au perfect match (cf. Thèse).

10  La litote est un genre de métaphore qui permet de « dépasser par le langage ce que peut dire le langage ». Certes, la litote n’est pas propre au langage religieux catholique. Michel Le Guern (spécialiste de Blaise Pascal dont il a édité les Pensées), l’analyse dans Sémantique de la métaphore et de la métonymie. Du « caractère atypique des métaphores religieuses« , Le Guern déduit qu’il lui semble « difficile de voir là la motivation essentielle du processus métaphorique » (Larousse, 1972, p. 72-73). Or, c’est justement le « caractère atypique des métaphores religieuses » que souligne ici Ibn Khaldoun, au point de créer pour lui un degré de langage spécifique. Du coup, on pourrait dire que cela en devient « la motivation essentielle » ! C’est ce qu’il nomme le « sens figuré du figuré de proximité« . Je le vois comme une sorte d’archi-degré (cf. note préc.)

« L’auteur remercie le LABEX ASLAN (ANR-10-LABX-0081) de l’Université de Lyon pour son soutien financier dans le cadre du programme « Investissements d’Avenir » (ANR-11-IDEX-0007) de l’Etat Français géré par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

The author is grateful to the ASLAN project (ANR-10-LABX-0081) of Université de Lyon, for its financial support within the program « Investissements d’Avenir » (ANR-11-IDEX-0007) of the French government operated by the National Research Agency (ANR).« 

Les mesures conservatoires : la « bouée de sauvetage » | Droit international

LLes mesures conservatoires : la « bouée de sauvetage » | Droit international

Le Premier Livre des Rois de la Bible Hébraïque rapporte la sagesse avec laquelle le Roi d’Israël Salomon pu trancher le litige opposant deux femmes revendiquant leur maternité sur le même enfant. A vrai dire, ces deux protagonistes avaient chacune d’elles donner naissance à un nouveau-né. Seulement, l’un d’eux ne survécut pas, conduisant ainsi l’une des femmes parties au litige à prétendre faussement que l’enfant survivant était le sien. Afin d’établir la vérité, le Roi Salomon dû mettre les parties dans une situation qui conduisit l’une d’elles à renoncer à ces prétentions. Mais ce jugement de Salomon aurait-il pu être prononcé s’il était advenu que la mort avait aussi, par concours de circonstances, frappé l’enfant survivant ?

Ce récit biblique met assez bien en lumière les aléas attachés au jugement que toute institution appelée à rendre justice doit prendre. En effet, la disparition ou l’altération de l’objet même sur lequel porte un litige est une éventualité à laquelle une instance juridictionnelle peut faire face. Et c’est dans l’optique de conjurer ce risque que les organes juridictionnels se sont dotés de la capacité de prendre des mesures conservatoires.

Il s’agit d’un ensemble de prescriptions émises en vue de sauvegarder l’objet de la décision par laquelle une juridiction met définitivement fin à un litige. L’examen de cette « bouée de sauvetage » constitue le cœur de la thèse de droit international public que je prépare au sein de l’Ecole Doctorale de Droit de l’Université Jean Moulin Lyon 3. Mon intérêt personnel pour ce sujet résulte de mon appétence pour la recherche en droit international public, discipline juridique fort passionnante. Mais d’un point de vue purement scientifique, l’enjeu de mon sujet de thèse réside dans l’ambition de pallier le défaut d’analyse scientifique de la technique indispensable des mesures conservatoires devant un type de juridiction internationale en particulier : les juridictions pénales internationales.

Qu’est ce qu’une juridiction pénale internationale ?

Une juridiction pénale internationale est une entité qui a la tâche de juger les auteurs de crimes internationaux ; il s’agit de crimes d’une extrême gravité qui heurtent profondément l’humanité dans son ensemble. Les atrocités commises par le Régime Nazi durant la seconde guerre mondiale sont un exemple topique des crimes réprimés par ces juridictions. Celles-ci ont par ailleurs la particularité de n’être rattachées à aucun Etat. Autrement dit, elles ne sont ni françaises, ni allemandes, ni belges etc., mais il s’agit plutôt de tribunaux supranationaux.

Trois Tribunaux en particulier sont qualifiés de juridiction pénale internationale.

Siège du Tribunal pénal international pour l’ex Yougoslavie à La Haye (Pays-Bas)

Le premier d’entre eux est le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Cette juridiction fût créée en 1993 par l’Organisation des Nations Unies (ci-après l’ « ONU ») afin de châtier les auteurs des crimes particulièrement abjectes commis durant la guerre qui éclata en ex-Yougoslavie entre 1990 et 1995.

Siège du Tribunal pénal international pour le Rwanda à Arusha (Tanzanie)

Le second Tribunal est le Tribunal pénal international pour le Rwanda. Également mis en place par l’ONU, cette juridiction répond à la nécessité de traduire en justice les responsables du génocide perpétré au Rwanda en 1994.

Siège de la Cour pénale internationale à La Haye (Pays-Bas)

La Cour pénale internationale (ci-après la « CPI ») est le troisième tribunal qualifié de juridiction pénale internationale. A la différence des précédents tribunaux, la Cour pénale internationale est le fruit d’un accord, appelé le Statut de Rome, conclu en 1998 entre cent vingt-trois pays. Cette Cour peut, en théorie, poursuivre les auteurs des crimes les plus graves quel que soit le lieu de leur perpétration.

Les mesures conservatoires en question

Les mesures conservatoires prises par ces tribunaux pénaux internationaux se présentent sous des formes variées. Elles peuvent, par exemple, se traduire par l’ordre de geler les avoirs d’une personne suspectée d’avoir commis un crime international ou encore par l’injonction de saisir certains biens de cette dernière[1].

Mais, quelle que soit la forme qu’elles prennent, les mesures conservatoires ne jouent pleinement leur rôle qu’à travers leur mise en application par leurs destinataires, ce qui n’est pas sans soulever quelques difficultés.  Car, ces mesures s’adressent à des états qui sont bien souvent peu enclins à leur obéir. Pourtant, les états sont les bras et les jambes de la justice pénale internationale. L’application des mesures conservatoires par ceux-ci est donc un enjeu majeur pour la réalisation de la tâche principale de ces tribunaux : réprimer les auteurs de crimes graves qui affectent toute l’humanité.

Etat d’avancement de ma thèse

Le questionnement au cœur de ma recherche consiste donc à se demander si les juridictions pénales internationales disposent de moyens suffisants pour contraindre les destinataires des mesures conservatoires à les exécuter. Mais pour que leur exécution soit envisagée, il importe avant tout d’établir que ces mesures sont bien des normes[2] contraignantes pour les états, car les normes qui leur sont adressées au plan international ne sont pas toutes revêtues d’un caractère obligatoire.

Après avoir entamé une recension approximative des diverses mesures conservatoires, j’ai tenté de construire la justification du caractère obligatoire de celles-ci. A cette tentative, succède désormais celle qui consiste à mettre en relief les possibles leviers dont les tribunaux pénaux internationaux disposent afin d’assurer l’application des mesures conservatoires qu’elles prennent.

A ce stade toutefois, les réponses apportées au questionnement relatif à mon sujet de thèse ne sont encore que très approximatives. Mais leur approfondissement permettra de résoudre, c’est du moins l’ambition de cette thèse, une question encore plus générale en rapport la justice pénale internationale dans son ensemble : celle de son effectivité.

Paul Verma Verma
Doctorant en 2e année – Equipe de Droit International, Européen et Comparé – Centre de Droit International (EDIEC-CDI) – Université Jean Moulin Lyon 3

EDIEC

Article publié dans le cadre des dossiers  » Les doctorants parlent de leur recherche » en partenariat avec Pop’Sciences

 

Bibliographie sélective

  • ASCENSIO Hervé, DECAUX Emmanuel, PELLET Alain, Droit international pénal, Paris, A. Pedone, 2012.
  • COHEN-JONATHAN Gérard, FLAUSS Jean-François (dir.), Mesures conservatoires et droits fondamentaux, Bruxelles, Bruylant, 2005.
  • KELSEN Hans, Théorie pure du droit, traduit par Charles EISENMANN, Paris, L.G.D.J., 1962.
  • RUIZ-FABRI Hélène, SOREL Jean-Marc (dir.), Le contentieux de l’urgence et l’urgence dans le contentieux devant les juridictions internationales : regards croisés, Paris, A. Pedone, Coll. Contentieux international, 2001.

Notes

[1] Le gel des avoirs et la saisie des biens d’un suspect est une mesure conservatoire qui consiste à empêcher ce dernier d’accéder librement à ses comptes bancaires et de disposer de certains de ses biens. Etant donné que les auteurs de crimes internationaux souhaitent, assez bien souvent, échapper à la justice, le but de cette mesure conservatoire est justement de faciliter la localisation d’un suspect ainsi que sa comparution devant les Tribunaux pénaux internationaux. En suivant ce lien, il est possible de consulter un exemple de décision indiquant des mesures conservatoires.

[2] La norme est le phénomène au cœur des sciences juridiques. Selon Hans Kelsen, l’un des plus éminents analystes de la science du droit, « le mot ”norme“ exprime l’idée que quelque chose doit être ou se produire, en particulier qu’un homme doit se conduire d’une certaine façon ». Voir l’ouvrage fondamental de cet auteur qui s’intitule Théorie pure du droit, traduit par Charles Eisenmann, Paris, L.G.D.J, 1962, p. 13.  Autrement dit, une norme est un énoncé prescriptif qui invite son destinataire à se conduire d’une façon déterminée. Ainsi par exemple la règle biblique qui commande aux hommes de ne pas tuer son prochain (Tu ne tueras point) est une norme.

 

 

Un univers sans matière noire ?

UUn univers sans matière noire ?

On pourrait résoudre d’un coup la double énigme de la matière noire et de l’énergie noire en admettant qu’il reste dans notre Univers de l’antimatière et qu’elle possède une masse négative. Une hypothèse audacieuse, mais qui devrait être bientôt testée.

Les explications dans cet article paru dans le numéro 4 de la revue Carnets de science.

Intégralité de l’article disponible sur :

CNRS Le Journal

Le film «Vice-Versa» décrypté par un spécialiste des émotions

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Dernier-né des studios Pixar, le film d’animation « Vice-Versa » nous fait entrer dans le cerveau de Riley, une petite fille dont la vie est chamboulée par le déménagement de ses parents. Autour du centre de contrôle, cinq drôles de personnages –joie, tristesse, colère, peur et dégoût – se disputent les manettes. Nous avons demandé à Mateus Joffily, neuroscientifique spécialiste des émotions, ce qu’il pensait de cette œuvre originale et pleine de fantaisie.

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