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Université Lumière Lyon 2

LL’amour « brulant » d’Eros et Psyché | Collections & Patrimoine

©C. Mouchot - Université Lumière Lyon 2

Aujourd’hui, on vous raconte l’histoire d’Eros et Psyché, un mythe qui finit bien, pour vous remonter le moral !

Eros et Psyché est une copie romaine d’un original hellénistique inconnu, réalisé en marbre au IIe siècle après J.-C. et conservé à Rome, au musée du Capitole (inv. MC 0408).

Le MuMo en possède un moulage en plâtre, réalisé vers 1899 par le mouleur romain Leopoldo Malpieri, et présenté dans la section Monstres et Mythologie (inv. L741).

 

©C. Mouchot – Université Lumière Lyon 2

 

Le groupe, composé d’un jeune homme nu et d’une jeune femme dont la nudité n’est voilée que par un drapé noué à son bassin, est plus petit que nature (environ 1.30m). Les deux personnages sont campés sur leurs appuis, leurs jambes nous font fasse. Mais leurs torses et leurs bras sont rapprochés l’un de l’autre dans une étreinte suggérant qu’Éros donne un baiser à Psyché.

On trouve les aventures de ces amoureux chez Apulée*. Psyché est une femme très belle, mais elle ne trouve pas d’époux : les hommes préfèrent la vénérer, et en oublient même de rendre hommage à Aphrodite*. Cette dernière, jalouse, demande à son fils Eros, de faire tomber Psyché amoureuse du plus misérable des mortels pour se venger. Éros obéit, mais ce faisant se blesse avec une de ses flèches et tombe lui-même amoureux de Psyché.

Abandonnée par son père sur un rocher, Psyché se retrouve finalement dans un magnifique palais, où son époux la rejoint chaque soir dans l’obscurité de sa couche. Il est formel, elle ne doit pas tenter de découvrir son identité. Mais Psyché s’ennuie et demande à ce que ses sœurs puissent venir au palais. Cela lui est accordé, et ce sont elles qui la convainquent qu’elle doit savoir qui est son amant. Profitant du sommeil d’Éros, Psyché allume une lampe à huile afin de découvrir les traits de son époux. Mais une goutte d’huile brulante tombe sur Éros, qui se réveille et s’enfuit, trahi.

Psyché part alors à la recherche de son amour et atterrit dans le palais d’Aphrodite qui lui impose toute une série d’épreuves pour reconquérir Éros. Elle triomphe et ils se marient sur le mont Olympe.

Ce groupe a été découvert en 1749 à Rome, près de l’église Santa Balbina, sur l’Aventin. Il est tout de suite acquis par Benoît XIV*, qui en fait don au musée du Capitole. La tête d’Éros n’a pas été retrouvée, et a été remplacée par une autre tête d’Éros antique. L’œuvre est emportée en France selon les termes du Traité de Tolentino en 1797, mais restituée dès la chute de Napoléon.

Cette œuvre est très admirée dès sa découverte, et largement reproduite : que ce soit en intaille par Wedgwood* (manufacture très réputée), en bronze par Zoffoli ou en dessin : Ingres*, par exemple, s’est prêté plusieurs fois à cet exercice.

C’est à la réinterprétation de ce groupe qu’ Antonio Canova* (1757-1822) doit ses œuvres les plus réputées : il en fait une première lecture, très personnelle et dont le succès ne se dément pas jusqu’à aujourd’hui entre 1797 et 1793, conservée à Paris au musée du Louvre.

 

© Jorg Bittner Unna – Creative Commons

 

Sa seconde lecture, en 1808, est encore plus proche de l’original (conservée à Saint-Pétersbourg, au musée de l’Ermitage).

 

©Anonyme – Creative Commons

 

Le tirage de l’Éros et Psyché antique conservé par le MuMo a été réalisé par Malpieri, après 1899 : un cachet métallique fixé au plâtre porte son nom.

 

En effet, le Pôle Archives de l’Université Lumière Lyon 2 conserve une lettre de Henri Lechat, conservateur du musée, qui indique qu’il sera très heureux de payer ce moulage à l’artisan italien, à partir du moment où il aura reçu celui-ci. Cette lettre date du 11 juin 1899, on peut donc en déduire que l’œuvre a dû arriver au musée quelques mois plus tard.

Vous pourrez venir admirer ce couple d’heureux amoureux dès la réouverture du musée !

Glossaire

*Apulée : (c. 125-170) est un orateur, écrivain et philosophe né en actuelle Algérie, à l’époque romaine. Il a été rendu célèbre par son roman Les Métamorphoses : c’est dans cet ouvrage que l’on trouve l’histoire d’Éros et Psyché, récit le plus célèbre issu de sa plume.

*Aphrodite : déesse grecque de l’Amour au sens large, les Romains la nomment Vénus. Si Héphaïstos est généralement reconnu comme son époux, on lui a attribué de nombreux amants (Arès, Poséidon, Adonis, Anchise etc.). Elle est traditionnellement reconnue comme la mère d’Éros.

*Benoît XIV : (1674-1758), issu de la famille Lambertini, il accède au pontificat en 1740. Passionné de littérature, il est connu pour son ouverture d’esprit envers les idées des Lumières. C’est aussi un grand mécène, comme le montre son achat du groupe d’Eros et Psyché, mais aussi son financement de l’embellissement de la façade de l’église Sainte-Marie-Majeure, à Rome.

*Wedgwood : Il s’agit d’une manufacture de porcelaine, faïence et poteries créée en 1759 par Thomas Wedgwood et qui connaît une importante vogue au XVIIIe siècle. Les plus grands succès de cette manufacture sont des objets dévolus aux arts de la table représentant des sujets antiques.

*Ingres : Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) est un peintre du XIXe siècle, élève de Jacques-Louis David dont il reprend les aspirations néoclassiques. Directeur de l’Académie de France à Rome, il est très familier des antiquités romaines, qu’il étudie par le biais de croquis, et qu’il utilise parfois dans ses travaux.

*Canova : Antonio Canova (1757-1822) est un sculpteur et peintre vénitien. Régulièrement appelé au service de la famille Napoléon, son intérêt se porte largement sur la réinterprétation de sujets antiques. C’est lui qui est chargé de négocier le retour des œuvres d’art pillées par l’Empire en Italie à la chute de Bonaparte.

 

Lina Roy – Musée des moulages – Université Lumière Lyon 2

En savoir plus :

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