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Université de Lyon

MMédicaments : dans l’angle mort du dopage

©Visée.A

Certains sportifs font parfois un usage immodéré de médicaments aussi bien en dehors que pendant les compétitions. Ces pratiques, tolérées pour la plupart, quand elles ne sont pas tout simplement autorisées, tendent à se développer chez les athlètes de haut niveau.

Anti-inflammatoires, somnifères, antidouleurs, anxiolytiques… Ces médicaments que l’on retrouve dans l’armoire à pharmacie de nombreux foyers français sont désormais très prisés des sportifs de haut niveau. Depuis quelques années, le phénomène aurait même pris de l’ampleur à tel point que certains spécialistes de la lutte antidopage n’hésitent plus à parler de conduites dopantes pour qualifier cet usage intensif de médicaments. Encore récemment, il en allait ainsi de l’utilisation du Tramadol, un antidouleur de la famille des opiacés de synthèse, dans le milieu du cyclisme. Dans le cadre d’un programme de surveillance de ce médicament initié par l’AMA, près de 5 % des contrôles effectués en 2017 lors de compétitions cyclistes se révélèrent positifs. Cette même année, 68 % des échantillons urinaires prélevés dans le cadre des 35 sports olympiques – et contenant du Tramadol – concernaient le cyclisme. « À l’appui de ces résultats préoccupants, l’Union cycliste internationale (UCI) a pris la décision d’interdire en compétition l’usage de ce médicament susceptible d’entrainer somnolence et baisse de la vigilance en vertu de l’application du règlement médical« , précise Martial Saugy.

La dose de médicament fait le dopant.

D’autres médicaments comme le Stilnox peuvent être détournés de leur vocation première. Pris à très forte dose, ce puissant hypnotique agit alors comme un excitant. Et pour amplifier cet effet paradoxal, certains sportifs n’hésitent pas à le réduire en poudre avant de le sniffer comme de la cocaïne. Si cette dérive a conduit les autorités françaises à encadrer davantage l’usage du Stilnox, qui ne peut désormais être délivré qu’à partir d’ordonnances sécurisées, de nombreux autres médicaments restent en vente libre.

Un antalgique aussi banal que le paracétamol peut ainsi être consommé à haute dose par certains sportifs pour supporter les vicissitudes de la vie d’athlète professionnel. Dans des sports collectifs comme le football et le rugby, ce sont les anti-inflammatoires non stéroïdiens qui sont absorbés sans discernement : pour mieux encaisser la répétition des efforts physiques ou des chocs, certains joueurs n’hésitent pas à en prendre avant un match, à titre préventif. Or, la surconsommation d’anti-inflammatoires n’est pas sans danger pour la santé. Au-delà des troubles intestinaux, l’abus de ces substances peut être à l’origine de dysfonctionnements du système cardio-vasculaire, du foie et des reins. « Pour prendre la mesure des risques associés à toutes ces pratiques qui se situent sur le pas de porte du dopage, il est primordial que les instances de lutte contre le dopage renouent le dialogue avec les médecins chargés du suivi des athlètes. Tout en ayant à l’esprit que le rôle des médecins du sport n’est pas de prescrire des médicaments qui vont permettre à un athlète d’enchaîner les compétitions, mais de veiller sur sa santé tout au long de sa carrière« , préconise Martial Saugy.

Cet article est extrait de l’enquête

Dopage. Une lutte sans fin ?

issue du Pop’Sciences Mag n°5.