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Université Jean Monnet - UJM

NNouveaux instruments… Nouvelles œuvres musicales

Le percussionniste Pascal Viglino au thérémine interprétant Toucher (2009) de V-R.Carinola

Vincent-Raphaël Carinola a soutenu, il y a bientôt un an, sa thèse dont le sujet était Composition et nouvelles technologies : vers des nouveaux agencements des catégories musicales. Il revient pour nous sur l’évolution des instruments de musiques à l’origine de nouvelles œuvres musicales

Pour mieux comprendre la création musicale contemporaine, il faut partir de l’évolution de l’instrument de musique depuis le siècle dernier.

Dans le geste instrumental traditionnel, le musicien applique une force sur un instrument qui vibre, suivant l’élasticité propre à sa nature physique, en produisant des « objets sonores » qui seront diffusés dans un milieu (l’air, l’espace acoustique d’une salle) dans lequel se trouve l’auditeur.
On dit alors qu’il y a une relation de causalité entre le mouvement du musicien, le corps de l’instrument, la qualité du son émis et son rayonnement.


Par exemple, pour obtenir un son puissant de violon, il faudra, au moyen d’un archet (excitateur) effectuer un geste adéquat sur une corde (vibrateur) qui produira une vibration, amplifiée et diffusée grâce au corps de l’instrument (résonateur).
Ce sont les 3 « organes » de l’instrument.
L’évolution des lutheries au cours du XXe siècle a conduit à une spécialisation par des appareils différents de chacun de ces trois organes.

 

Dans le cas, par exemple, de la guitare électrique, le résonateur (l’ampli) s’est détaché du corps de la guitare, et la vibration de la corde peut être modifiée par les pédales d’effet.

 

Avec les technologies numériques, cette séparation entre les organes de l’instrument s’est accentuée au point que la conception d’une nouvelle œuvre musicale consiste, pourrait-on dire, à composer un nouvel instrument.

 

Vincent-Raphaël Carinola©Pascal Noguera

C’est ainsi que le compositeur, parfois associé à l’interprète et à l’ingénieur, conçoit des œuvres où des «interfaces», qui peuvent être aussi disparates qu’une manette de jeu, un smartphone, une raquette de squash… ou même un instrument de musique, sont reliées à l’ordinateur, à l’intérieur duquel des programmes informatiques calculent et modifient des «objets sonores » qui seront ensuite diffusés et spatialisés par des orchestres de haut-parleurs.

Chacune de ces composantes donne lieu à un travail d’écriture musicale spécifique: l’écriture du geste rapproche l’interprète d’un danseur qui interagit avec des algorithmes, dont le son produit est en partie automatisé et en partie modifié par le geste du musicien. Cette interaction s’effectue au sein de dispositifs qui peuvent intégrer l’auditeur même. Mais c’est surtout l’interconnexion entre ces éléments qui fait l’originalité de chaque composition.

On comprend alors la façon dont les pratiques contemporaines modifient profondément des catégories qui sont communément associées à la composition musicale : la partition réside en partie dans le programme informatique, l’instrument est devenu un dispositif, l’interprète un interacteur et la salle de concert un espace virtuel d’immersion sonore.

Ces nouveaux savoirs techniques mériteraient d’être intégrés dans la formation du musicien et devraient donner lieu à une réflexion sur des espaces de diffusion adaptés aux œuvres nouvelles.