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QQuand une femme rallume les étoiles | Visages de la science

Portrait Isabelle Vauglin ©Chromatiques diffusion

Portrait d’Isabelle Vauglin 

Responsable régionale de l’association Femmes et Sciences, Isabelle Vauglin est astronome, chercheuse au Centre de Recherche Astrophysique de Lyon (Université Claude Bernard Lyon 1, ENS de Lyon ). Si l’Histoire ne les a pas toujours mises en avant, de nombreuses femmes ont fait avancer les découvertes en astronomie ! Isabelle Vauglin est l’une d’entre elles et peut être une source d’inspiration pour de nombreuses jeunes filles qui s’intéressent à l’observation des astres ou aux sciences de manière générale.  
L’astronome lyonnaise sera aussi ambassadrice du prochain festival Pop’Sciences qui aura lieu les 9, 10 et 11 juillet prochain au Musée et site archéologiques de Saint-Romain-en-Gal. 

Un portrait réalisé par Pop’Sciences – 11-02-2021

Quelles sont les grandes étapes de votre parcours ?

J’ai toujours su que je voulais être astronome et cette volonté farouche d’y arriver a été le fil rouge de mon parcours. J’ai obtenu en 1988 mon doctorat en astrophysique après être passée par un BTS « Instrument d’optique et précision » et une maîtrise de physique. J’ai tout de suite centré mes travaux de recherche sur le développement d’instrumentation infrarouge, qui à l’époque de ma thèse, constituait une véritable ouverture pour le monde de l’astronomie et élargissait alors considérablement les limites de l’exploration de l’Univers.

Le développement et l’exploitation de ces caméras haute technologie m’ont permis, dans le cadre de mes différents travaux de recherche, d’étudier la richesse du milieu interstellaire, de cartographier la totalité du ciel austral et d’en tirer de précieuses informations sur les galaxies que j’ai ensuite mises à la disposition de la communauté mondiale via la très grande base de données extragalactiques lyonnaise HyperLeda…

Je travaille actuellement sur l’idée d’un télescope, équipé d’une caméra infrarouge haute résolution, adapté aux conditions particulières de la base franco-italienne de Concordia sur le continent Antarctique, lieu qui présente des qualités extraordinaires d’observation.

Au-delà de mes activités de recherche, je consacre maintenant plus de temps qu’avant aux activités de diffusion et de partage des savoirs. Celles-ci sont pour moi fondamentales.

Parmi les différents projets dans lesquels vous êtes impliquée, y en a-t-il un qui vous tient particulièrement à cœur actuellement ?

En écho à une initiative genevoise organisée en 2019, j’ai lancé sur Lyon le projet La nuit est belle et je m’efforce actuellement de mobiliser le plus grand nombre de communes du bassin lyonnais autour de cet événement prévu le vendredi 21 mai prochain.

Concrètement, il s’agira d’éteindre l’ensemble de l’éclairage public et privé pendant quelques heures pour sensibiliser les citoyens à la pollution lumineuse et leur permettre d’observer dans les meilleures conditions possibles la voute céleste. Ce projet m’enthousiasme, car la majeure partie de l’humanité n’a malheureusement plus accès au ciel nocturne !

En tant qu’astronomes, nous sommes touchés par cette pollution lumineuse qui altère nos conditions de recherche même sur les sites scientifiques d’observation les plus reculés. Pour les citoyens, l’enjeu me semble encore plus important, car c’est notamment en observant le ciel que nous pouvons rester connectés à notre environnement, et ne pas oublier au quotidien l’existence des étoiles, de la voie lactée et ainsi être conscients de notre place dans l’Univers et de la fragilité de notre planète.

Bien évidemment, il est aussi très important de prendre conscience que la pollution lumineuse a également des impacts négatifs sur la biodiversité, la santé humaine et la consommation d’énergie…

Rendez-vous donc toutes et tous le 21 mai, car la nuit est belle et il est temps de rallumer les étoiles !

Dans le cadre de l’association Femmes et Sciences, comment faites-vous pour accompagner au mieux les jeunes filles dans leurs choix d’étude ?

Notre action se base sur un constat : dans les parcours scientifiques, nous perdons la moitié des filles entre la terminale et la première année post bac alors qu’elles ont de meilleurs résultats ! Cette disproportion se retrouve de manière flagrante, par exemple dans certaines filières comme les Sciences de l’ingénieur où elles ne représentent parfois seulement que 4% des effectifs. L’explication est malheureusement simple, mais pas celle qui est généralement véhiculée : les femmes ont intégré l’idée que les sciences n’étaient pas faites pour elles alors que bien sûr, les sciences ne devraient pas avoir de genre ! Notre objectif principal est donc de montrer et aussi de convaincre les jeunes filles qu’elles peuvent aller dans tous les domaines scientifiques, qu’elles peuvent oser choisir toutes les filières.

La première étape est vraiment la prise de conscience. Nous sommes toutes et tous au quotidien totalement pétris par des idées reçues, relayées largement par les médias, mais aussi par l’ensemble de la société. Un exemple : de 2012 à 2018 sur 110 couvertures de Une, le magazine Sciences et Vie Junior n’a proposé qu’UNE seule fois une couverture qui mettait en avant une scientifique seule, non accompagnée par un homme.

Décrypter ces stéréotypes et dépasser les idées reçues est justement l’ambition de la journée « Sciences, un métier de femmes » que j’organise chaque année depuis 2017 avec Audrey Mazur-Palandre du LabEx ASLAN et le soutien de l’ENS de Lyon. Cet événement rassemble plus de 500 lycéennes de l’académie de Lyon et des chercheuses de différents domaines, et permet de montrer par l’exemple que tous les métiers scientifiques sont mixtes.

L’exposition La Science taille XX elles, créée avec le soutien du CNRS et de l’ENS, est une autre action phare de l’association. L’objectif est de mettre en lumière des femmes scientifiques qui font la science d’aujourd’hui, souvent remarquables, mais trop méconnues.

De gauche à droite : Isabelle Vauglin, Edwige Séminara, Delphine Virte, ambassadrices de l’exposition « La Science XXElles » / ©Fondation Bullukian et Femmes & Sciences

Y-a-t-il une personnalité scientifique féminine que vous trouvez particulièrement inspirante ?

Beaucoup de femmes scientifiques qui ont fait ou font la science au quotidien sont inspirantes, mais si je devais en choisir une, je dirais Véra Rubin, astronome américaine décédée en 2016. Il est difficile de se rendre compte à quel point cette brillante chercheuse a dû, en son temps, se battre pour arriver simplement à juste faire des observations au télescope pour la simple et unique raison qu’elle n’était pas un homme. C’est une des nombreuses femmes oubliées de la science, qui a été largement critiquée de surcroit, alors qu’on lui doit des avancées majeures concernant la structure inhomogène de l’Univers et la matière noire. Au-delà de ses travaux scientifiques, je retiens personnellement une de ses phrases qui m’accompagne : « N’oubliez jamais que la moitié des neurones de l’humanité se trouve dans le cerveau des femmes«  !

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