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Université de Lyon

SSport vs éducation physique : deux modèles de valeur

Gymnaste roumaine ayant obtenu la note parfaite de 10 aux Jeux de Montréal en 1976, à seulement 14 ans.

Le sport moderne affiche dès l’origine des visées éducatives. Il s’agit de donner à chaque jeune anglais bien né le goût de l’effort, du dépassement de soi et de l’esprit d’équipe.

Pierre de Coubertin, qui souhaite importer ce modèle en France, se heurte pourtant à une forte résistance ! Il faut dire que le modèle pédagogique hexagonal est fondé sur d’autres valeurs. Ici, c’est à la gymnastique que l’on confie le soin d’éduquer les corps.

Ce modèle « d’encadrement non coercitif des masses », comme le nomme l’historien du sport Thierry Terret est aussi une « façon de réguler le corps social » (Riordan, Krüger, & Terret, 2004). Il répond à deux enjeux principaux : hygiéniste et militaire. Ainsi explique Pascal Charroin, historien du sport à l’Université Jean Monnet Saint-Étienne, « jusqu’en 1960, il n’y a pas d’idée de performance dans l’éducation physique et donc pas de mesure des progrès des élèves. La gymnastique scolaire n’a pas pour but de faire que les élèves s’améliorent mais vise à les canaliser avec un SMIC gestuel. D’ailleurs, les médecins comme les militaires s’opposent farouchement au modèle sportif. Les premiers lui reprochent ses excès qui entraînent des dangers pour la santé. Les seconds préfèrent des soldats nombreux et disciplinés plutôt que des athlètes« .

Le modèle pédagogique du sport s’est donc imposé tardivement en France et non sans une certaine ambiguïté. Isabelle Queval souligne combien « l’appellation toujours actuelle « d’éducation physique et sportive » (EPS) est le reliquat des oppositions qui existaient entre les différentes finalités du sport« . Deux pédagogies se font concurrence. L’une, qui recherche le « bien » (santé, maîtrise de soi, mesure, harmonie, etc.), l’autre, qui vise le « mieux » (dépassement de soi, performance, etc.).

« Le sport se définit avant tout, dans cette version moderne, comme une compétition, la recherche de performances. » Isabelle Queval, 2001.


Cet article est extrait de l’enquête

La performance au fondement du sport moderne

issue du Pop’Sciences Mag n°5.