CERTAINS EVENEMENTS NE POUVANT ÊTRE MAINTENUS EN PRESENTIEL SONT PROPOSES EN DISTANCIEL : MERCI DE CONSULTER LES SITES DES ORGANISATEURS

Podcast – Ville et architecture pour les humains et les non humains

PPodcast – Ville et architecture pour les humains et les non humains

Dans le cadre des Mercredis de l’Anthropocène (saison 4) créés et mis en oeuvre par l’Ecole urbaine de Lyon

Devons-nous questionner le modèle de la concentration urbaine et reconsidérer celui des périphéries multipolaires ou des cités jardins ?
Avons-nous à repenser les espaces habités pour qu’ils constituent des milieux de vie équilibrés sains et protecteurs pour tous ceux qu’ils abritent ?

Avec :
Bernard Kaufmann, maître de conférences en écologie et zoologie à l’Université Claude Bernard Lyon 1. Ses recherches conduites au Laboratoire Écologie des Hydrosystèmes Naturels et Anthropisés se focalisent sur l’écologie urbaine et l’écologie des invasions biologiques.
– Pascal Rollet, architecte (agence Lipsky+Rollet), Professeur à l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble, et responsable scientifique de la Chaire Habitat du Futur aux Grands Ateliers.
Animation : Valérie Disdier, École urbaine de Lyon

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Diversité d’acteurs pour préserver la biodiversité des pollinisateurs | Un article Pop’Sciences

DDiversité d’acteurs pour préserver la biodiversité des pollinisateurs | Un article Pop’Sciences

Le constat est sans appel : les insectes pollinisateurs(1) tendent à disparaître, or ce déclin a des conséquences importantes sur nos vies : à l’échelle mondiale, près de 90 % des plantes sauvages à fleurs dépendent du transfert de pollen par les insectes. A l’échelle de l’Europe, ce sont 84% des cultures qui dépendent de la pollinisation. Les pollinisateurs jouent un rôle indispensable dans la production alimentaire et donc la subsistance des populations humaines. Préserver les insectes c’est avant tout prendre soin de leur habitat. CQFD : sauver les pollinisateurs, c’est œuvrer pour préserver la biodiversité du vivant et le bien-être de tous…

Un article rédigé par Nathaly Mermet, Docteur en Neurosciences,

journaliste scientifique & médicale, Lyon, pour Pop’Sciences – 30-11-2020

Tout un chacun a pu le constater en roulant en rase campagne au crépuscule : alors qu’il y a encore 10 ans en arrière le pare-brise ou la visière du casque était crépi d’insectes … cette « nuisance » n’est plus d’actualité ! Une observation assez basique, mais témoin de la diminution importante des insectes dans notre environnement.

Un modèle scientifique et poétique : le champ de lavande

©Pixabay

Ah … les champs de lavandes, teintés des couleurs de la Provence, aux parfums enivrants et égayés par le chant de ses habitants.

« Mon terrain d’expérimentation, ce sont les champs de lavandes. Été après été, j’ai été littéralement subjuguée par l’environnement sonore qui règne au milieu d’un champ quand je prélève les odeurs de fleurs » se rappelle le Dr Florence Nicolè, enseignante-chercheure au sein du Laboratoire de Biotechnologies Végétales appliquées aux Plantes Aromatiques et Médicinales – LBVpam à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne (UJM).

« Mes recherches portent sur l’étude des Composés Organiques Volatils (COVs) des lavandes, qui deviennent, après distillation, ce que l’on nomme huile essentielle de lavande. Ces composés émis par les plantes constituent une sorte de langage que nous cherchons à comprendre.»

Terrain expérimental à Chenereilles (Loire) en juillet 2020. Au premier plan, ce que l’on nomme la « pieuvre » (du fait de ces nombreuses « tentacules ») est un dispositif expérimental qui permet de capturer les odeurs émises par les inflorescences de 6 plantes différentes en même temps. Au deuxième plan, le laboratoire mobile que l’on protège du soleil et qui permet de stocker les échantillons de nectar à -78°C. / ©Florence Nicolè

« Plus de 200 molécules ont été identifiées chez la lavande. Certaines de ces molécules sont destinées à attirer les pollinisateurs. Récemment, nous avons lancé un projet de recherche multidisciplinaire et collaboratif pour faire le lien entre cette diversité de la chimie des lavandes et la diversité des insectes que l’on entend. » révèle-t-elle, soulignant que jamais personne n’a évalué le potentiel d’hébergement de la biodiversité des insectes et des araignées au sein d’un champ de lavandes, alors que ce dernier présente une réelle valeur écologique en tant qu’hébergeur d’une communauté d’arthropodes très diversifiée !

Les recherches du LBVpam visent globalement à mieux comprendre les mécanismes de production, de sécrétion et le rôle des composés organiques volatils chez les plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM), et une attention toute particulière est portée parmi ces COVs aux composés terpéniques. Ainsi les trois groupes « fétiches » de PPAM des chercheurs sont-ils les roses (dont le parfum subtil est émis par les cellules épidermiques des pétales), les pelargoniums ou géraniums dont l’huile essentielle est utilisée en parfumerie et la grande famille odorante des lamiacées, parmi lesquelles les lavandes et la sauge (qui émettent des COVs grâce à des trichomes glandulaires).

Prélèvement d'insectes

Pour recenser les insectes dans les champs de lavandes, on effectue 15 minutes de prélèvements avec deux filets fauchoir. Les bourdons, certaines abeilles et les papillons sont directement comptés et relâchés. Les filets sont ensuite vidés dans une cage adaptée qui permet d’observer, de trier et de recenser les différentes espèces. La majorité des insectes sont relâchés dès qu’ils sont comptabilisés. / ©Hugues Mouret

« Notre projet de recherche actuel a deux finalités : trouver des méthodes et indicateurs plus simples pour évaluer la biodiversité des insectes et relier cette biodiversité avec celle des molécules émises par les plantes » déclare-t-elle, évoquant les fastidieux recensements de biodiversité qui impliquent chaque année beaucoup de temps, d’énergie et mobilisent de nombreuses personnes (dont des étudiants du master Éthologie de l’UJM dans le cadre de projets pédagogiques), et sont jusqu’à présent l’unique recours. L’idée développée en ce moment par les chercheurs vise à définir un indice de biodiversité acoustique des insectes, mis au point sur le modèle expérimental de la lavande. Auparavant emblématiques de la Drôme et des Alpes de Haute-Provence, les cultures de lavande « remontent vers le nord » et sont désormais de plus en plus étendues en Rhône-Alpes-Auvergne et jusque dans la Beauce. La Provence aux portes de Paris en lien avec le changement climatique ? Une « opportunité » pour les chercheurs stéphanois, à l’instar de Florence Nicolè, chercheure de terrain avec un goût prononcé pour la recherche appliquée qui affirme « on ne peut comprendre son modèle biologique sans sortir du laboratoire ; un travail d’écologue de terrain et un bon sens de l’observation sont nécessaires ».

Paysage sonore

Sandrine Moja, enseignante-chercheure au LBVpam impliquée dans ce projet, effectue des prélèvements de nectar sur les fleurs de lavande avec des microcapillaires en verre d’une contenance de 1 à 20 uL. C’est un travail de précision qui nécessite de la concentration. Certaines plantes ont été ensachées alors que les fleurs étaient encore en bouton pour éviter tout contact avec des pollinisateurs. Cela permet d’étudier l’influence de l’absence de pollinisateurs sur la composition du nectar. / ©Florence Nicolè

La recherche d’un « indice de biodiversité acoustique » implique de facto une certaine multidisciplinarité, pour ne pas parler de « biodiversité de chercheurs » ! A la poésie du paysage visuel se mêle ainsi celle du paysage sonore. Aussi, la complémentarité des compétences des laboratoires de biologie animale – Equipe de Neuro-Ethologie Sensorielle, ENES – et végétale – LBVpam –  de l’UJM s’impose-t-elle afin de créer des outils innovants utilisables par les industriels et les collectivités. Centrée sur la bioacoustique, à savoir la science des signaux sonores (animaux et humains), l’activité de l’ENES s’ancre dans l’éthologie (soit l’étude des comportements) à travers une longue tradition à la fois en neurosciences, focalisée sur les mécanismes des communications acoustiques, et en écologie. Le développement d’outils bioacoustiques pour évaluer la biodiversité s’inscrit donc naturellement au cœur de ses compétences, lesquels permettent également les mesures d’impact des environnements abiotiques et biotiques sur l’évolution des communications. « L’analyse de la complexité des profils sonores enregistrés permet de calculer des indices de diversité du signal sonore. Cette diversité sonore constitue un indicateur de la diversité des organismes qui génèrent le son » explique Florence, indiquant qu’il sera possible de comparer ses indices de diversité sonores entre des milieux ou avant/après l’application de mesures de gestion. A plus long terme, une perspective serait de réussir à identifier certaines espèces à partir d’un paysage sonore complexe. Un catalogue de sons reliant une espèce à un profil sonore sera créé et grâce au machine learning les chercheurs espèrent qu’il sera possible d’isoler un signal sonore spécifique à partir d’un profil complexe où se mêlent des dizaines d’espèces, comme un instrument de musique est repéré dans un orchestre.

Des collaborations multiples pour créer de nouveaux indices de mesure de la biodiversité

« La collaboration étroite avec des spécialistes de la reconnaissance des insectes, en l’occurrence à travers l’association Arthropologia qui réunit des entomologistes professionnels et passionnés, nous est par ailleurs indispensable » indique F. Nicolè. Agissant au quotidien pour le changement des pratiques et des comportements en menant des actions pédagogiques en faveur des insectes (auxiliaires, pollinisateurs, décomposeurs), Arthropologia est une association naturaliste qui œuvre pour la connaissance et la protection des insectes et de la biodiversité.

Scaeva pyrastri / © Hugues Mouret – Arthropologia

Issoria lathonia / © Hugues Mouret – Arthropologia

« Depuis plusieurs années nous collaborons avec Veolia sur un ancien site de stockage de déchets pour la réalisation d’inventaires de biodiversité effectués par les étudiants du master Éthologie de l’UJM. Ce projet de recherche innovant est le prolongement de cette collaboration pédagogique » déclare Florence. Ce projet vise à permettre à l’industriel de valoriser des sites de gestion des déchets et de disposer d’un indicateur simple et innovant de biodiversité des insectes pour évaluer l’effet de différentes mesures de gestion [encart 1].

Au-delà de l’expérimentation avec le partenaire industriel, « les indices de biodiversité sonores que nous allons définir dans ce projet pourront trouver des applications au sein de tous les sites industriels et auprès des communes qui souhaitent mettre en place des actions en faveur des pollinisateurs » appelle de ses vœux Florence Nicolè.

Comprendre les interactions chimiques pour développer des moyens de lutte biologiques

Cicadelles, Hyalesthes obsoletus, sur une tige de sauge sclarée (le plus etit est le mâle) / ©Florence Nicolè

Outre le phénomène de réchauffement climatique qui impacte sa physiologie et sa distribution géographique, est apparue chez la lavande une maladie qui dessèche la plante : des bactéries se développent dans le phloème, le tissu conducteur de la sève élaborée qui transporte l’eau et les nutriments. Les bactéries se multiplient et créent des bouchons, provoquant un stress hydrique à l’origine du dépérissement de la plante. La bactérie responsable, le phytoplasme du Stolbur, a pour principal vecteur un insecte piqueur suceur de la famille des hémiptères et qui ressemble à une petite cigale : la cicadelle (Hyalesthes obsoletus). Ce dépérissement à phytoplasme touche massivement les cultures de lavande et de lavandin, aussi bien en plaine qu’en montagne et tant en agriculture conventionnelle que biologique.

Florence, en collaboration avec l’Institut de chimie de Nice, le CRIEPPAM et le Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive de Montpellier (CEFE), a montré que les plantes infectées par les bactéries ont une odeur différente et qu’une molécule caractéristique des plantes infectées attirent préférentiellement l’insecte vecteur.

« Nous pensons que les bactéries modifient la chimie de la plante et lui font produire des composés qui vont attirer l’insecte vecteur, favorisant ainsi la dispersion de la bactérie. On parle de théorie de manipulation de l’hôte et c’est un phénomène qui a déjà été démontré dans d’autres cas de maladie à phytoplasme transmis par des insectes vecteurs. Dans notre cas, la démonstration expérimentale reste à mener mais nous faisons face à des verrous méthologiques (la difficulté à contrôler l’infection des plantes). »

Alors qu’il n’existe à ce jour pas de moyens de lutte biologique efficace contre cette maladie, l’idée est née de détourner la communication chimique des plantes pour contrôler les populations d’insectes vecteurs. Par exemple, utiliser des composés chimiques de plantes infectées pour créer un piège olfactif (à l’image de nos plaquettes collantes pour piéger les mites alimentaires !) qui déroutent les cicadelles des champs de lavandes. Autre possibilité : planter en bordure de champs des plantes “sacrifice” qui produisent des composés très attractifs pour les cicadelles et jouent le rôle de « paratonnerre » pour les lavandes. Tout un pan de recherche consiste à comprendre les voies de biosynthèse de ses composés chez les lavandes, ainsi que les régulations qui se mettent en place en cas de stress hydrique ou d’infection bactérienne.

« D’autres COVs fortement émis par la plante malade sont le lavandulyl acétate et le linalol, de la famille des terpènes, qui participent à l’attraction des pollinisateurs » indique Florence, précisant qu’il est donc nécessaire d’étudier l’effet des conséquences du dépérissement et de la mise en place de pièges olfactifs sur la biodiversité des communautés d’arthropodes présents dans les champs de lavandes.  Ce qui est déjà clairement établi c’est que les pesticides de synthèse décriés depuis près de 40 ans ne peuvent être utilisés pour lutter contre la maladie du dépérissement de la lavande. En effet, le pic de vol des cicadelles correspond à la pleine floraison des lavandes et donc à une abondance maximale de pollinisateurs. C’est aussi la période de transhumance des abeilles domestiques dans les champs de lavande pour la production du miel de lavandes. Il est donc inenvisageable de tuer toute la biodiversité des insectes présents sur la lavande alors qu’on ne cible que les cicadelles.  De plus, plus globalement, les pesticides de synthèse ont un impact néfaste sur la biodiversité, la qualité de l’eau, des sols et la santé, et que les actions politiques internationales[encart 2] et locales[encart 3] doivent défendre la biodiversité.

Prairie fleurie

©Piqsels

« Nous avons choisi le champ de lavandes comme terrain expérimental, car c’est un terrain que nous connaissons très bien. Cependant, nous savons qu’une communauté de plantes diversifiées permet une plus grande diversité de pollinisateurs » insiste Florence, fascinée par le langage des plantes et qui avoue rêver de trouver la pierre de rosette de la communication des plantes et de disposer d’un traducteur ! Elle souligne que les abeilles domestiques sont la partie émergée de l’iceberg, mais qu’il reste à comprendre et évaluer la valeur écologique d’un champ. Ce qui nous amène à la conclusion « évidente » : la biodiversité doit appeler la biodiversité dans une spirale vertueuse qui est une transposition de l’Évolution.

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Note :

(1) Pollinisateurs… les acteurs de la pollinisation ! Rappelons que la pollinisation consiste au transport d’un grain de pollen d’une étamine (soit l’organe reproducteur mâle de la plante) vers un pistil (soit l’organe femelle) d’une autre fleur de la même espèce, assuré par le vent ou les animaux, dont essentiellement les insectes.

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          Encart 1

         Cas d’école : comment Veolia bénéficie de recherches menées à l’UJM

Plantations par les employés de Veolia, volontaires, des plants de lavandes et de lavandins. Ces plants serviront en 2021 à mesurer l’indice de biodiversité sonore des insectes qui pourra être comparer aux autres sites étudiés (Chenereilles, CRIEPPAM, Site Explora au cœur de la ville de Saint-Etienne). / ©Veolia

« Un projet innovant, en collaboration avec l’Université Jean Monnet (Saint Étienne) est actuellement mené sur notre site de Montbrison, qui est un centre de tri et déconditionnement de biodéchets industriels principalement alimentaires, où 170  plants de lavandes et de lavandins ont été plantés par les salariés en mai 2020, sous la direction attentive de Florence Nicolè » déclare Camille Ginestet, Chef de projets / Coordinateur biodiversité à la Direction Technique Rhin Rhône de Veolia Recyclage & valorisation des déchets. Veolia accompagne financièrement le projet de recherche mené par l’Université, en fournissant un terrain expérimental, des plantes et de la main d’œuvre. Dans ce mutualisme à bénéfices réciproques, les chercheurs vont essayer par le biais d’enregistrements sonores, de créer un indicateur simple et innovant de mesure de la biodiversité des insectes. En parallèle des recherches qui seront menées sur la communication chimique des lavandes et l’analyse de la qualité du nectar, les communautés d’arthropodes seront recensées et les signaux acoustiques émis par ces communautés seront inventoriés. « Chez les insectes, il est possible de détecter différents types de sons : stridulation pour les grillons, sauterelles, criquets ou coléoptères, percussion chez les termites, bourdonnement des ailes chez les moustiques, bourdons et abeilles… » rappelle Camille. Le projet, qui implique de façon volontariste les salariés de Veolia dans un “Team building vert” sur leur lieu de travail,   permettra à Veolia, s’il aboutit à une application développable, de valoriser des sites de gestion des déchets et de disposer d’un indicateur simple et innovant pour évaluer l’effet dans le temps des différentes mesures de gestion des espaces non imperméabilisés sur les sites.

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Encart 2

         Une prise de conscience internationale portée par l’UICN

Généraliser les pratiques et techniques alternatives à l’utilisation des pesticides de synthèse

Une recommandation pour généraliser les alternatives aux pesticides

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          Encart 3

        Action politique locale

Outre la végétalisation des espaces publics et privés, la politique de la Métropole de Lyon affiche la mise en place d’un plan pollinisateurs. En faisant l’acquisition de foncier, elle souhaite multiplier les sentiers-nature accessibles au public tout en protégeant les espaces naturels de son territoire. A l’instar du nouveau sentier nature « Retour aux sources » qui relie Cailloux-sur-Fontaine à Fontaines-Saint-Martin le long du ruisseau des Vosges et s’inscrit dans la stratégie à long terme de la métropole en matière de lutte contre le réchauffement climatique, de végétalisation et de protection et préservation des espaces naturels du territoire.

PPour aller plus loin

Le pouvoir insoupçonné de la musique sur notre cerveau

LLe pouvoir insoupçonné de la musique sur notre cerveau

Comment le cerveau perçoit-il la musique et comment la musique peut-elle stimuler le cerveau ? Quels peuvent être ses effets bénéfiques sur le cerveau, sain et pathologique, de l’enfant à la personne âgée ?

Les travaux de Barbara Tillmann, chercheure au Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon, s’attachent à décrypter les mécanismes cognitifs et neuronaux permettant au cerveau humain de percevoir les structures musicales. Récompensée en 2004 par la Médaille de bronze du CNRS, elle obtient ensuite la Médaille d’argent du CNRS en 2016.

Cette conférence musicale exceptionnelle, avec la complicité de Valentin Guichard, pianiste, a eu lieu le 3 avril 2019 au Musée des Confluences, dans le cadre des 80 ans du CNRS.

Revoir la conférence en vidéo

PPour aller plus loin

 

 

Dossier « Pollution de l’air » à la Médiathèque du Bachut

DDossier « Pollution de l’air » à la Médiathèque du Bachut

 

Dès 11 ans.

Plus de 9 personnes sur 10 à travers le monde respirent un air ambiant trop pollué, selon l’OMS. Une pollution responsable chaque année du décès prématuré d’environ 7 millions de personnes. Mais la pollution de l’air est plus complexe que les simples pics de pollution mis en avant dans les médias.

La Médiathèque du Bachut vous propose d’explorer les problématiques liées à la pollution atmosphérique grâce à ce dossier thématique.

 

Explorez les ressources :

  • [Conférence] Pollution de l’air et impact sur la santé : focus sur le risque de cancer

Avec Thomas Coudon et Delphine Praud du service Cancer et environnement au Centre Léon Bérard.

  • [Conférence] Objets nanométriques aux impacts planétaires : les particules sont dans l’air

Par le professeur Christian George de l’Ircelyon. Lien à venir.

  • [Article] Pollution de l’air, fléau de la modernité

 

©veeterzy on Unsplash

 

Ce dossier s’inscrit dans le cadre de la Fête de la science 2020

Médiathèque du Bachut

Retrouvez les autres activités de la Fête de la science 2020 à revivre depuis chez vous

 

 

 

 

Nanoparticules d’argent – Tueuses de coronavirus ?

NNanoparticules d’argent – Tueuses de coronavirus ?

Une technologie à base de particules d’argent, destinée à des revêtements pourrait réduire la charge virale des coronavirus.
Le procédé est développé et breveté par le groupe isérois SergeFerrari. L’analyse de Virginie Monnier, Maîtresse de conférences en chimie à l’École Centrale Lyon. Cette spécialiste de chimie des surfaces effectue son activité de recherche à l’INL – Institut des Nanotechnologies de Lyon.

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Cycle de conférences – Écologie des virus : épidémies, biodiversité et sociétés

CCycle de conférences – Écologie des virus : épidémies, biodiversité et sociétés

Public : Dès 15 ans

La santé humaine et la santé animale sont interdépendantes et liées à la santé des écosystèmes au sein desquels elles coexistent.

Du 1er au 4 octobre 2020, le musée des Confluences proposait de prendre de la hauteur sur la crise de la Covid-19 en invitant des scientifiques de toutes disciplines à échanger sur les causes environnementales de l’apparition des virus et sur les conséquences sociétales à venir.

 

Retrouvez les enregistrements des conférences :

(cliquez sur les titres des conférences)

© Thierry Fournier / IRIS

 

Les microbes sont partout, parfois bénéfiques, parfois pathogènes…

Par Marc-André Selosse. Conférence animée par Frédéric Denhez.

 

60% des maladies infectieuses humaines et 75% des maladies émergentes sont d’origine animale. Elles représentent aujourd’hui un enjeu croissant de santé publique.

Avec Jean-François Guégan, Hélène Soubelet, Pascal Boireau,. Rencontre animée par Anne-Cécile Bras.

 

Comment expliquer l’excellence lyonnaise en infectiologie ? Quels sont les acteurs-clé du secteur ? Quel est le diagnostic actuel sur les maladies infectieuses ?

Avec Florence Ader, Bruno Lina, Sylvain Baize. Rencontre animée par Samuel Belaud.

 

Toujours craintes, parfois diabolisées, les maladies infectieuses font partie intégrante de l’histoire de l’humanité et de nos mondialisations successives.

Avec Anne Rasmussen, Valérie Chansigaud, Serge Morand, Jean-Paul Demoule. Rencontre animée par Frédéric Denhez.

 

La pandémie du Covid-19 est révélatrice d’une société en crise. Pour autant, faut-il s’attendre à des changements sociaux et économiques majeurs dans les années à venir ?

Avec Frédéric Keck, Bertrand Badie, Sylvie Matelly, Damien Deville. Rencontre animée par Anne-Cécile Bras.

 

Pour aller plus loin…

Consultez la bibliographie grand public

Consultez la bibliographie jeunesse

 

Ce cycle de conférences s’inscrit dans le cadre de la Fête de la science 2020.

 

Musée des Confluences

Retrouvez les autres activités de la Fête de la science 2020 à revivre depuis chez vous

Le confinement, révélateur de l’attrait de la nature en ville | The Conversation

LLe confinement, révélateur de l’attrait de la nature en ville | The Conversation

Au cours du confinement, de nombreux articles ont traité des changements opérés dans l’espace urbain. Ils ont souligné le vide apparu dans l’espace public, notamment le dépeuplement des grandes places emblématiques des villes françaises, et insisté sur le calme survenu en ville ou sur la baisse de la pollution atmosphérique.

Puis ce fut au tour de ceux qui se penchaient sur le chant des oiseaux, la présence de certains animaux comme le renard au Père-Lachaise à Paris, la colonisation des végétaux et leur diversité. Peu se sont demandé si cet espace habité pouvait encore être qualifié de ville, s’il remplissait encore ses fonctions, en particulier celle d’échanges, les citadins étant assignés à résidence et restreints dans leurs déplacements. Pourtant, ce qui fait une ville, n’est-ce pas ses habitants ?

Ville à l’arrêt et prise de conscience écologique

Ce qui est remarquable au cours de cette période, c’est l’accent mis sur le lien entre la nature et la ville, comme si une prise de conscience s’opérait dans la société française, comme si les individus découvraient qu’ils faisaient partie de la nature, qu’ils ne pouvaient pas s’en extraire, que la faune et la flore étaient bien présentes autour d’eux. Peut-être cela s’explique-t-il par le fait que cette crise sanitaire a conduit les Français à s’interroger sur l’origine de la Covid-19 et la responsabilité des hommes dans la transmission de cette maladie et, par voie de conséquence, sur le rapport de la société à l’environnement.

Les résultats de l’enquête « Le confinement et ses effets sur le quotidien » que nous avons menée entre le 23 mars et le 10 mai 2020 en France, sur un échantillon de 10 976 personnes, représentatif de la population française métropolitaine en genre, âge, diplômes et région de résidence vont dans ce sens.

En effet, 69,4 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles pensaient que la période de confinement changerait quelque chose dans notre manière de prendre en compte l’environnement et de le préserver. Ce sont ces Français qui semblent avoir moins bien vécu le confinement. Alors qu’ils déclaraient en moyenne avant le confinement un niveau de satisfaction de vie plus élevé que les autres Français (7,10 contre 7,01 sur une échelle de 1 à 10), leur bien-être a diminué de 1,54 contre 1,31 pour les autres Français. Cette prise de conscience semble donc avoir eu un effet anxiogène sur les Français. Le confinement aurait ainsi participé, en quelque sorte, au développement de l’éco-anxiété.

La découverte du calme et du vert au cours du confinement

Cette période du confinement a également révélé à certains et rappelé à d’autres qu’ils vivaient au sein d’un environnement artificialisé, peu amène, et qu’en leur absence, la faune et la flore reprenaient leurs droits. Elle a été le moment de nouvelles expériences.

Ainsi, 81,7 % des 10 976 Français interrogés ont ressenti au cours du confinement un ralentissement général dans leur environnement de vie. Plus de la moitié des 3 470 Français qui, avant le confinement, déclaraient subir des nuisances sonores (bruits de la rue, des voisins,etc.) quand ils étaient chez eux ont affirmé ne plus en subir au cours du confinement. Ces Français ont expérimenté, d’une certaine manière, les vertus du calme. Sans grande surprise, les Français ne subissant pas de nuisances sonores avant et/ou au cours du confinement ont déclaré des niveaux de bien-être supérieurs (7,08 et 5,29) à ceux subissant des nuisances sonores (7,04 et 5,64). Ce sont ceux qui ont enregistré la plus faible perte de bien-être au cours du confinement : 1,44 contre 1,66 pour les autres.

Cette période de confinement a été difficile pour la population française métropolitaine, mais la présence d’un espace vert ou extérieur de plain-pied l’a aidée à la traverser. En moyenne, le niveau de satisfaction de vie des Français métropolitains a chuté de 1,47, passant de 7,07 (avant le confinement) à 5,6 (au cours du confinement) sur une échelle de 1 à 10. Toutefois, les personnes vivant dans une maison avec jardin ou un espace extérieur sont celles qui, en moyenne, ont déclaré au cours du confinement le niveau de satisfaction de vie le plus élevé (5,67) par rapport à celles habitant dans un appartement avec terrasse ou balcon (5,45), avec vue (5,58) ou sans vue (5,49)

Alors que le contact avec le sol (l’élément terre) et les possibilités qu’il offre notamment en termes d’activités (jardinage, barbecue, relaxation, jeux, sortie en extérieur…) a agi favorablement sur le bien-être des Français au cours du confinement, la présence d’animaux de compagnie ou de végétaux chez eux a eu l’effet inverse. Les Français ayant des animaux de compagnie qu’ils doivent sortir ont enregistré une chute de leur bien-être plus importante que ceux n’en ayant pas (1,98 contre 1,34). Leur niveau de satisfaction de vie est passé de 7,14 à 5,02 contre 7,09 à 5,74 pour ceux n’ayant pas d’animaux de compagnie à sortir. Le même phénomène a été observé concernant la présence de plantes ou d’animaux chez soi qui ne nécessitent pas d’être sortis. Cela s’explique peut-être par le fait que les Français possédant des animaux se sont inquiétés pour ces derniers, et/ou ont une conscience écologique plus importante et un rapport à la nature plus fort que les autres, ce qui a généré du mal-être au cours de cette crise sanitaire.

Un coup de projecteur sur les vertus de la nature…

Ces observations nous conduisent à nous demander ce qu’a réellement révélé cette période de confinement sur la société française métropolitaine et son rapport à la nature.

Le grand confinement a eu plusieurs effets. D’abord, il a exacerbé le débat sur l’impact des activités humaines sur l’environnement et l’impératif écologique. Ensuite, en révélant certains maux de la ville (pollutions sonores, atmosphériques et lumineuses, îlots de chaleur urbain, inégalités socio-spatiales…). Il a 1) mis en exergue l’urgence à agir ; et 2) placé au centre du débat la santé et le bien-être des citadins, grands oubliés de l’aménagement urbain. Ainsi, il a conduit à renouveler les réflexions sur la manière d’aménager les villes en insistant sur l’importance de prendre en compte la santé des citadins, de préserver la biodiversité, d’économiser les ressources. En quelque sorte, un nouvel hygiénisme a surgi et l’éco-urbanisme s’est affirmé.

De plus, en mettant en évidence les effets négatifs du mode de vie urbain actuel — rythme effréné et déconnexion par rapport au monde physique, perte de contact en face à face dans les actions et pratiques quotidiennes, étouffement par l’excès d’information, manque de lien social, environnement artificiel —, certaines mesures de distanciation sociale ont conduit à un renforcement de la demande de nature en ville et à une prise de conscience des vertus des végétaux sur la santé et le bien-être des citadins (voir tableau ci-dessous) pour lutter contre les surcharges environnementale et virtuelle. Ainsi, en quelque sorte, l’Homo urbanus français est devenu un Homo qualitus, c’est-à-dire un être humain qui ne cherche pas à satisfaire seulement son bien-être matériel et immatériel, mais fait également de la satisfaction de son désir de nature et de la préservation de l’environnement un élément de son bien-être.


…Mais rien de vraiment nouveau

Rien de vraiment nouveau, mais une prise de conscience de l’urgence de la situation et un coup de projecteur mis sur l’intérêt croissant en milieu urbain pour la nature (en particulier pour les végétaux) et les solutions fondées sur la nature (SFN). En effet, les collectivités territoriales connaissent les avantages à végétaliser l’espace urbain et développent des infrastructures vertes. De leur côté, les citadins ont pris conscience des bienfaits de la nature. Ils en font un élément constitutif de leur bien-être.

Plusieurs enquêtes en témoignent comme celle de 2017, conduite auprès de 240 habitants du 6ᵉ et du VIIᵉ arrondissement de Lyon constituant un échantillon représentatif de la population ; qui révèle que, pour 71 % des personnes interrogées, un environnement sain et sans nuisance est l’un des dix éléments les plus importants parmi un panel de vingt-neuf éléments dans la constitution de leur niveau de bien-être. De plus, 90 % des Français considèrent que le contact quotidien au végétal est très important ou important, et 75 % déclarent prendre en compte les espaces verts dans leur choix de résidence.

Eco-urbanisme, nouvel hygiénisme, quel futur pour les villes françaises ?

Une chose est sûre : le déconfinement a offert aux municipalités l’opportunité de poursuivre certaines actions engagées et d’en mettre en place d’autres pour améliorer le cadre de vie de leurs concitoyens.

Les coronapistes qui ont vu le jour dans de nombreuses villes françaises en sont un exemple, les campagnes de végétalisation urbaine pour lutter contre le réchauffement climatique aussi.

Cependant, de nombreuses questions demeurent : les collectivités sauront-elles aller plus loin et saisir l’occasion qui se présente à elles pour répondre aux désirs des citadins qui souhaitent vivre dans un milieu urbain apaisé, plus vert et plus respectueux de l’environnement, et aspirent à une vie de quartier et à habiter dans des appartements avec un espace extérieur ? La crise sanitaire que nous traversons laissera-t-elle des traces sur les villes françaises ? L’éco-urbanisme émergent se déploiera-t-il en France, un nouveau modèle hygiéniste verra-t-il le jour ? Quelle sera l’utilisation des NTIC et des objets communicants dans l’aménagement urbain post-Covid-19 (quid de la smart city) ?

The Conversation

Auteure : Lise Bourdeau-Lepage, Professeur des Universités – géographie, Université Jean-Moulin Lyon 3

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons – 19-10-2020  >>> Lire l’article original.

Il a été publié dans le cadre de la Fête de la science 2020 et dont The Conversation France est partenaire. Cette édition avait pour thème : « Planète Nature ? ».

Pourquoi et comment préserver la biodiversité ? Toutes les astuces pour agir à votre échelle !

PPourquoi et comment préserver la biodiversité ? Toutes les astuces pour agir à votre échelle !

Si le réchauffement climatique fait partie des enjeux cruciaux de notre décennie, il est important d’avoir conscience qu’il n’est pas le seul. Préserver la biodiversité constitue également un défi majeur de nos sociétés, que nous devons relever ENSEMBLE ! 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, petit rappel de ce qu’est la biodiversité : ce terme englobe l’ensemble des diverses espèces vivantes qui peuplent un écosystème (animaux, végétaux, microorganismes).

Dans cet article nous vous proposons de découvrir pourquoi la biodiversité est importante pour notre survie (oui oui, pour nous les humains) et comment vous pouvez, à votre échelle, participer à sa protection !

 

Pour tout savoir et passer à l’action, rendez-vous juste ici :

Pourquoi et Comment préserver la biodiversité ? | Le Guide |

Lyon : le confinement, une parenthèse propice aux innovations sociales dans l’alimentation ?

LLyon : le confinement, une parenthèse propice aux innovations sociales dans l’alimentation ?

S’il est encore difficile d’affirmer qu’une modification durable dans la structuration des activités agroalimentaires et des comportements des consommateurs a été enclenchée avec le confinement, cette situation inédite, bien que malheureuse, a permis de voir émerger un certain nombre d’initiatives. Les acteurs du territoire, professionnels comme particuliers, ont dû et su agir à leur échelle pour contrer la vulnérabilité du secteur.

Prenant des formes variées, comme nous avons pu l’observer lors de nos travaux menés dans le cadre du projet ASIS, ces initiatives observées à Lyon et ses alentours illustrent tout à fait le concept d’innovation sociale, tel que défini par les chercheurs Nadine Richez-Battesti, Francesca Petrella, Delphine Vallade, à savoir « le processus par lequel des acteurs s’organisent pour apporter des réponses nouvelles à des besoins sociaux peu ou mal satisfaits ».

La crise sanitaire que nous traversons représente ainsi une opportunité critique pour saisir la capacité des acteurs à s’organiser dans la contrainte, à répondre à une problématique sociale immédiate et cruciale et à déclencher des processus d’innovation sociale.

Plans d’adaptation

En première ligne de l’approvisionnement de fruits et légumes en circuit court, les distributeurs de produits locaux ont vu fortement leur activité impactée. Beaucoup ont d’ailleurs été submergés par les demandes de nouveaux consommateurs, comme Alter-Conso, qui distribue des paniers de produits locaux, bio ou issus de l’agriculture paysanne et qui a dû faire face à une augmentation sans précédent de son activité. Mais continuer une activité de distribution alors que les mesures sanitaires s’intensifient n’est pas simple.

Samuel Hévin, salarié de la coopérative, explique :

« Au départ, on se dit qu’on va tout arrêter mais rapidement, que ça n’est pas possible… Les paysans avec qui on travaille, qu’est-ce qu’ils font faire de leur came ? Et les consommateurs, ils vont aller où ? On se positionne comme une alternative à la grande distribution et si on arrête, ils vont y retourner et on n’a pas envie de ça. »

En 24 heures, différents plans d’action sont échafaudés pour être parés à toutes les éventualités. La structure a su remettre en cause une organisation du travail pourtant bien huilée. Une leçon d’adaptation efficiente qui prouve la capacité de résilience de cet acteur local de l’alimentation.

L’épicerie Scarole & Marcellin, quant à elle, a dû adapter ses pratiques de distribution au cours du confinement après avoir réalisé la complexité de la situation. Pour concilier une équipe en sous-effectif, une demande croissante et des précautions sanitaires toujours plus exigeantes, c’est un système de commande à distance et de drive qui a été favorisé :

« On arrivait à faire 60 paniers par jour mais, c’était trop peu par rapport à la demande. On savait qu’on allait se priver d’une partie de la clientèle, mais on n’arrivait plus à faire face ! »

Les acteurs traditionnels de la distribution alimentation en circuits courts ont répondu au risque de manque de débouchés des producteurs, puisant dans leur capacité interne d’adaptation. D’autres initiatives ont été organisées, cette fois par des acteurs n’appartenant pas au champ de l’alimentation ou de l’agriculture, mais mobilisant les outils numériques, technologiques et collaboratifs.

Au cœur des initiatives, les réseaux sociaux

Parmi les solutions, le groupe Facebook Marchés Solidaires #69 a fait preuve de grande réactivité. À la suite de l’exemple donné à Montpellier, un groupe de Lyonnais a ouvert un groupe pour en faire un espace de rencontre entre producteurs en recherche de débouchés et consommateurs à la recherche de produits locaux.

Chloé Frézouls, une citoyenne lyonnaise, précise :

« Le 25 mars, donc c’est allé vite, on a lancé le projet des Marchés Solidaires à Lyon. On a eu 2 000 membres en 24 heures, donc on a doublé le score de Montpellier. Et finalement, sur le groupe de Lyon, à la mi-mai, on était 12 800, donc en un mois et demi ! »

Ce groupe à destination des maraîchers et producteurs commercialisant sur les marchés de plein vent, mais a été conçu sans que les initiateurs·trices ne disposent de réseau dans le domaine, comme en témoigne Chloé :

« Moi j’ai recensé des producteurs. Je leur ai envoyé un mail pour voir s’ils avaient des alternatives, si ça marchait pour eux ou s’il falltriceait qu’on les aide. Le but c’était qu’ils arrivent à poursuivre leur activité ».

Sur le groupe, se côtoient virtuellement producteurs et consommateurs, et les propositions d’action sont nombreuses : commandes de paniers, propriétaires de locaux qui profitent de leur fermeture pour accueillir des distributions, relais d’annonces Facebook, de groupes WhatsApp, initiatives de quartier et même parfois distribution « sauvage » dans la rue pour ceux qui n’ont pas d’autre choix…

Le groupe Facebook Marchés Solidaires #69.
Capture d’écran

Le groupe permet visibilité et débouchés assurés. Les consommateurs formulent également leurs demandes : certains recherchent un produit particulier dans leur quartier, d’autres leur producteur habituel… Au bilan, les initiateurs·trices ont donc surtout facilité la rencontre entre l’offre et la demande.

Quand le groupe fait la force

Dès le début du confinement, la jeune association lyonnaise BelleBouffe a établi une carte en ligne et participative qui permet d’identifier les points de rencontre où il est possible de consommer local, bio et raisonné dans la métropole de Lyon.

Marie-Amandine Vermillon, co-fondatrice de l’association, précise pourquoi ils ont eu l’idée d’agir :

« On commençait à voir émerger des choses où les gens se passaient des informations à propos des producteurs. On s’est dit, là, il faut un truc qui centralise tout ça parce que dans le flux continu des réseaux sociaux où tu perds l’information en moins de deux, ça va pas le faire ».

La première étape est plutôt artisanale : un tableur collaboratif permet à tout internaute d’ajouter une référence. Le succès est immédiat et la mise en place d’un outil plus complet devient nécessaire, BelleBouffe s’allie alors avec l’association Zéro Déchet Lyon pour aller plus loin. Ainsi est née l’initiative de la plate-forme Manger local à Lyon durant le Covid.

En moins de deux mois, ce sont près de 50 000 internautes qui consultent la carte, 650 solutions qui y sont référencées et de nombreux témoignages qui mettent en avant l’impact positif de cet outil sur les pratiques…

Carte participative de l’association BelleBouffe.
Capture d’écran

Avec BelleBouffe, Marie-Amandine Vermillon et Martin Cahen, autre co-fondateur, veulent promouvoir à plus long terme la transparence alimentaire :

« On veut utiliser le numérique pour voir à quel point ça peut être un levier pour la transition alimentaire et pour orienter nos actions. Notre objectif, c’était vraiment de faire en sorte que les données soient sous licence ODB (open database), donc sous format ouvert qui puisse être réapproprié par d’autres. Ces données, ce sont des communs qui permettent d’accéder à une ressource vitale : une alimentation de qualité ».

Avec une démarche collaborative qui se veut la plus exhaustive possible et qui vit grâce à l’implication des bénéficiaires, BelleBouffe et sa carte ont permis de réagir rapidement grâce à la force du collectif et d’un outil construit par et pour tous.

Une difficile institutionnalisation

L’approvisionnement de biens alimentaires rendu complexe par la crise sanitaire a favorisé le développement d’innovations sociales qui ont émergé en réponse à une demande sociale apparue de façon immédiate et brutale. Elles se sont donc déployées dans l’urgence et avec des ressources limitées.

Sans être nullement représentatives, nous en avons pointé certaines aux caractéristiques singulières : capacité des acteurs traditionnels de la distribution en circuits courts à maintenir leurs activités sous contraintes au moyen d’une forte flexibilité organisationnelle interne, inventivité de réseaux de citoyens et de nouvelles associations ancrées dans le champ de l’environnement, capacité à mobiliser les réseaux sociaux et les technologies du numérique.

Après quelques mois de cette parenthèse confinée, on constate à présent un déclin voire un abandon de ces nouvelles pratiques. Les acteurs de la distribution semblent avoir retrouvé un nombre raisonnable de consommateurs, les outils de communication déployés sont moins utilisés. Si nous avons constaté une capacité à répondre à un besoin urgent, caractéristique des premières étapes d’un processus d’innovation sociale, la phase de l’institutionnalisation de ces nouvelles pratiques semble plus difficile à atteindre.

Cela confirme d’une part la complexité et la centralité de la fonction d’intermédiation dans l’organisation des systèmes alimentaires localisés qui est évidemment accentuée en période critique. Les agriculteurs inscrits dans ce type de réseau semblent d’ailleurs avoir bien mieux réussi à traverser la période.

D’autre part, à propos du processus d’innovation sociale, le cas extrême du confinement montre qu’il importe bien de distinguer les situations de demande sociale forte (apparue en urgence) et les situations de non-satisfaction durable de besoins sociaux qui, si elles sont critiques en période extrême, demeurent quand la situation se rétablit.

Reste encore de la place pour des processus d’innovation sociale répondant aux besoins ardents de justice alimentaire de certains territoires. Le besoin est tout aussi urgent, extrême et nécessaire.

Auteure : Emilie Lanciano, Professeure des Universités, chercheure au laboratoire Coactis, Université Lumière Lyon 2

Co-rédigé avec : Pauline Remaud, chargée de mission ASIS, laboratoire Coactis.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons – 12-10-2020 >>> Lire l’article original.

Il est publié dans le cadre de la Fête de la science 2020 (du 2 au 12 octobre en métropole et du 6 au 16 novembre en outre-mer et à l’international) et dont The Conversation France est partenaire. Cette édition a pour thème : « Planète Nature ? ».

La recette de la vie, une formule fascinante

LLa recette de la vie, une formule fascinante

Malgré l’intensification de la recherche de la vie ailleurs dans l’Univers, nous n’avons pour le moment pas de preuve qu’il existe d’autres formes de vie que la nôtre. Cela fait de l’apparition de la vie sur la Terre un évènement fabuleux ! Quels ont été les ingrédients qui ont permis ce prodige ?

Le vivant et la matière sont composés de briques élémentaires appelées les molécules. Cependant, dans le cas du vivant, la coopération des molécules entre-elles permet le passage d’un état inanimé à un état animé de la matière. Il existe trois grandes propriétés à cette matière animée et vivante : elle est capable de subsister seule sans l’aide d’autres êtres vivants, elle peut se multiplier et perdurer, elle ne se reproduit pas à l’identique et cette variabilité lui permet d’évoluer au fil du temps.

Dans le cadre de ma thèse, je m’intéresse tout particulièrement aux molécules qui, associées entre-elles, auraient pu constituer le premier être vivant sur Terre. On pourrait appeler cela la « formule magique de la vie ». Ces molécules devraient pouvoir assurer trois rôles primordiaux pour tout être vivant : l’isoler partiellement du milieu extérieur, lui conférer une identité et réaliser des réactions chimiques indispensables à son métabolisme.

Afin de comprendre quelles sont les molécules capables d’assurer ces rôles, l’approche la plus classique est de regarder ce qui se passe actuellement dans le vivant et, par exemple, dans des bactéries. On remarque qu’en général ce sont les lipides qui forment une capsule permettant d’isoler, au moins partiellement, l’organisme du milieu extérieur. En outre, ce sont plutôt les oligonucléotides (les polymères de nucléotides comme l’ADN ou l’ARN) qui codent une identité et les protéines qui réalisent des réactions chimiques. Néanmoins, reproduire ce qui s’est passé sur Terre il y a environ 3.9 milliards d’années ne consiste pas à assembler ces molécules issues du vivant pour insuffler la vie à la manière du monstre de Frankenstein de Mary Shelley. En effet, il faut pouvoir retrouver lesquelles de ces molécules étaient présentes sur Terre à ce moment-là et quelle combinaison a pu donner la vie.

Les geysers (© O.Grunewald) et les fumeurs (© SOI) sont des environnements que l’on retrouve toujours actuellement sur Terre (ex. : à Dallol en Éthiopie et dans le bassin de Lau dans l’archipel des Tonga, respectivement). On pense que c’est dans ces milieux que la vie pourrait être apparue sur Terre.

Pour nous aider à trouver des éléments de réponse, on analyse la composition des météorites qui ont fourni des molécules d’origine extraterrestre en grande quantité à la Terre. Cet apport correspond à l’équivalent en masse de 10 tours Eiffel par an environ à cette période ! Grâce aux données géologiques, on estime également les conditions présentes sur Terre à ce moment-là pour reproduire des réactions chimiques qui pourraient s’y être produites. Les environnements hydrothermaux comme les geysers ou les fumeurs sont, par exemple, des environnements considérés comme communs à cette époque. Ensuite, en utilisant un matériel adapté (comme un incubateur qui permet de contrôler la composition de l’atmosphère, mais également la température, dans le cas des geysers) on étudie les molécules qui y seraient synthétisées. Ces deux environnements sont de bons candidats pour l’apparition de la vie sur Terre, car de nombreuses molécules essentielles comme les lipides auraient pu y être produites. On suspecte donc que c’est à partir d’un mélange de ces molécules (lipides simples, courts oligonucléotides et petites protéines) que la vie est apparue dans l’un de ces endroits sur notre planète.

Le but de ma thèse est d’étudier l’apparition de la vie au sein des geysers. Pour cela, j’utilise un incubateur qui simule les conditions d’un véritable geyser avec des cycles alternant des hautes températures, 80°C (lors des arrivées d’eau chaude) et des températures plus basses, de 25°C. Des molécules qui auraient pu y être présentes au moment de l’apparition de la vie (lipides simples, courts oligonucléotides et petites protéines) sont associées dans ce contexte et forment un système chimique. Au fil du temps, on cherche à observer dans ce réseau, l’apparition de propriétés propres au vivant, comme la faculté de se diversifier (les molécules simples deviennent plus complexes ou plus longues) via des réactions chimiques. En modifiant les paramètres, tels que le nombre de cycles alternant les hautes et basses températures, le type de molécules ajoutées…, on cherche la « bonne recette » pour arriver à un système chimique qui pourrait devenir plus complexe. Cette étape reproduirait une étape cruciale de l’apparition de la vie sur Terre, étape qui aurait pu avoir lieu dans des conditions semblables.

Article écrit par Augustin Lopez, doctorant au Laboratoire de chimie organique 2-Glycochimie – LCO2GLYCO de l’ICBMS à l’Université Claude Bernard Lyon 1.

Article publié dans le cadre des dossiers  « Les doctorants parlent de

leur recherche » en partenariat avec Pop’Sciences