Vers un monde futur sans pétrole ? | Les visages de la science

VVers un monde futur sans pétrole ? | Les visages de la science

Portrait d’un ancien doctorant du laboratoire Ingénierie des Matériaux et des Polymères de Saint-Étienne

Chaque année, l’Association des Amis de l’Université de Lyon – AAUL récompenseun jeune doctorant en lui décernant le prix du doctorant étranger. Ce prix récompense un(e) doctorant(e) étranger(ère) de l’Université de Lyon (UdL) pour l’ensemble de son parcours. Cette année, c’est donc Wissam Farhat, doctorant de l’Université Jean Monnet – UJM / UdL et de l’Ingénierie des Matériaux Polymères (IMP, UMR CNRS 5223) qui a été primé le 26 novembre 2019.
Qui est-il ? Quel est son parcours ?

© Wissam Farhat

A 27 ans, Wissam FARHAT peut être fier de son parcours. Né au Liban, il a obtenu un baccalauréat de biochimie et une maîtrise en biologie du cancer de l’Université Libanaise. Pendant ses études de Master, Wissam a l’opportunité d’effectuer un stage de 9 mois à l’American University of Beirut (AUB) qui l’amène ensuite à poursuivre par un doctorat dans le domaine de la science des polymères et des biomatériaux. Cette thèse, se réalisant en partenariat entre la North Carolina State University, le Laboratory of Forest Ressources (USA)  et l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne au sein du laboratoire Ingénierie des Matériaux Polymères (UMR CNRS 5223), a pour objectif d‘étudier l’extraction et la valorisation d’une ressource naturelle abondante mais encore peu exploitée, l’hémicellulose, très présente dans l’herbe et les arbres.

Wissam est un étudiant d’un excellent niveau dont les réalisations scientifiques dans le domaine de la chimie des polymères et des biomatériaux ont été remarquées. Au fur et à mesure, il acquiert de l’expérience en biochimie et en biologie du cancer, puis en matériaux polymères biosourcés, toujours avec le même objectif d’application en particulier sous forme d’hydrogels.

LLA THÈSE

15 septembre 2015, Wissam démarre alors sa thèse sur le sujet suivant « Investigation des approches biomatériaux de l’hémicellulose : l’extraction et la modification de l’hémicellulose et son utilisation pour des applications à fortes valeurs ajoutées. ». Ses travaux sont encadrés par Richard Venditti (Pr, NCSU) et Mohamed Taha (Pr, IMP) puis Frédéric Becquart (MC, HDR, IMP). Nathalie Mignard (MC HDR, IMP) et Ali Ayoub (Dr, NCSU) sont alors ses co-directeurs.

Une première partie de son projet se déroule en Caroline du Nord par l’étude d’un procédé d’extraction de l’hémicellulose en considérant autant une stratégie efficace d’extraction chimique que son impact économique et environnemental par une analyse de cycle de vie. La deuxième partie menée à l’IMP porte, quant à elle, sur la valorisation chimique de l’hémicellulose en tant que matériau. Deux objectifs ont été ciblés: rendre d’abord l’hémicellulose thermoplastique puis la rendre réticulable thermoréversiblement par la réaction de Diels-Alder.

« L’hémicellulose est un biopolymère très abondant naturellement mais encore très peu exploité en raison de la difficulté à l’extraire avec un faible impact environnemental et économique  » explique Wissam. «C’est  une matière première relevant de la bioéconomie avec des enjeux très importants pour un monde futur sans pétrole.  Parmi ses applications potentielles, on peut citer les hydrogels sensibles aux stimuli, les revêtements de surface et adhésifs, la formation de réseaux tridimensionels et la possibilité de l’utiliser pour administrer des médicaments in vitro en raison de sa biocompatibilité .»

AARRIVÉE EN FRANCE: LE LABORATOIRE IMP

5 janvier 2017 : Wissam FAHRAT intègre l’UJM. C’est la volonté qu’à l’IMP de travailler sur des applications pratiques interagissant avec les humains et l’environnement, mais également la réputation de ce laboratoire leader dans le domaine de la science des polymères et des matériaux faisant partie d’un grand nombre de réseaux de recherche avec des laboratoires académiques français et étrangers, qui a déterminé Wissam à venir faire sa thèse en partie à Saint-Etienne.

« A l’IMP, en France, mon directeur de thèse Frédéric Becquart et ma directrice de thèse Nathalie Mignard, ont eu un impact considérable sur ma carrière professionnelle. Ils m’ont conseillé tout au long de mon doctorat et m’ont inspiré de nombreuses idées tout en me laissant une indépendance dans mes recherches. Mes collègues de laboratoire m’ont apporté un soutien réconfortant et j’apprécie vraiment le temps passé et les aventures vécues ensemble durant cette période ».

Wissam tient à préciser: « Je remercie mon Professeur Richard Venditti et le Dr Ayoub pour avoir cru en moi et pour leur soutien continu, ainsi que Christian Carrot et Jean-Charles Majesté pour m’avoir accueilli au sein de l’IMP ».
Il poursuit en se rappelant ses études à l’UJM: « J’ai de très bons souvenirs. Quand j’y repense, de nombreux moments me viennent en tête. J’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux chercheurs de France et du monde entier et j’ai eu le sentiment d’appartenir à un vaste réseau international. En fait, j’étais entouré de personnes reconnues à l’échelle nationale et internationale pour leurs innombrables contributions à la communauté des polymères et des biomatériaux. Je me suis fait de bons amis sur qui je pouvais compter et parler de n’importe quel sujet. Je me souviens très bien des événements conviviaux avec des professeurs et d’autres collègues de l’UJM. Nous avions l’habitude de nous réunir pour des matchs de football amicaux… Des moments très agréables ».

EET DEMAIN?

31 août 2018, Wissam soutient brillament sa thèse à Raleigh aux Etats-Unis. A ce jour, il a publié ses travaux de thèse, bibliographiques et de recherche, dans 6 articles à forts facteurs d’impact en sciences des matériaux polymères.
Wissam est actuellement en post-doctorat au sein du fameux KTH Royal Institute of Technology de  Stockholm en Suède. Il travaille sur le développement des matériaux polymères biosourcés pour des applications anti-cancéreuses.

Ce que Wissam souhaite pour l’avenir ?  « Poursuivre ma recherche dans le domaine des biomatériaux. Continuer à apprendre, à assumer des responsabilités supplémentaires et à apporter autant que je le peux. J’ai l’intention d’améliorer mes compétences et de continuer à m’impliquer dans des associations professionnelles liées aux biomatériaux polymères ».

Très belle continuation à ce jeune chercheur dont les travaux sont déjà reconnus. Un prix du doctorant étranger largement mérité !

Retrouvez d’autres portraits de chercheurs

 

 

Glyphosate et roundup : effets néfastes et alternatives

GGlyphosate et roundup : effets néfastes et alternatives

En décembre, rendez-vous aux derniers événements de notre programmation 2019 ! Envie de faire un bond en avant vers la transition écologique l’an prochain ? Finissez l’année avec 3 projections dédiées pour vous inspirer des solutions et des bonnes résolutions.
3 associations vous invitent à 3 soirées pour vous projeter vers la transition :
  • Jeudi 5 décembre : Une projection animée par On The Green Road au coeur de la question numérique : engagée pour la prolongation de durée de vie des ordinateurs, la start-up M² nous mènera en vidéo au cœur de ces appareils, partageant avec I-Buycott et l’Atelier Soudé un diagnostic sans concession sur l’obsolescence programmé, et les moyens de l’éviter, par nos actions.
  • Jeudi 12 décembre : Une projection d’un extrait d’enquête sur Cash investigation suivie d’un échange avec l’association Générations Futures Lyon et un agriculteur bio sur les dangers de cet herbicide pour la santé et sur les alternatives proposées par l’INRA.
  • Jeudi 19 décembre : Partout dans le monde, l’énergie solaire se développe de manière spectaculaire… Découvrez et comprenez cette énergie avec l’association Toits en Transition.
La Médiathèque sera ouverte jusqu’à 19h pour vous permettre de découvrir notre sélection thématique sur l’environnement, l’économie et la consommation.
Toute la programmation de la Maison de l’Environnement et les activités de nos associations membres (rubrique Agenda) :
 

La médecine face à la douleur, 16e – 18e siècles

LLa médecine face à la douleur, 16e – 18e siècles

La douleur est déjà un sujet de préoccupation aux  dès le 16e siècle. Même si la médecine de cette époque est en partie impuissante à y remédier, les médecins la mentionnent souvent et cherchent toujours à la soulager.

S’arrêter sur la période des 16e-18e siècles permet de dépayser notre regard sur ce problème : ce détour par le passé contribue au renouvellement des questionnements et des pratiques actuelles.

L’exposition propose une déambulation autour de 12 panneaux, de documents d’époque et d’entretiens vidéo avec des neurologues spécialistes de la douleur.

Commissaires scientifiques : Raphaële Andrault, chercheuse au CNRS en philosophie et histoire des sciences, et Ariane Bayle, maîtresse de conférences en littérature générale et comparée à l’IHRIM

Avec le soutien de : LabEx COMOD, Université Claude Bernard Lyon 1, Université Jean Moulin Lyon 3, BU Sciences Lyon 1 et IHRIM.

Le vernissage aura lieu à la BU Santé le mardi 3 décembre à 18h

En savoir plus

 

Ultra-grave. Étudier les complications graves liées à la pratique de l’ultra-trail.

UUltra-grave. Étudier les complications graves liées à la pratique de l’ultra-trail.

Une petite partie des coureurs d’ultra-trail sont hospitalisés pendant ou après la courses. Quelles en sont les principales causes ?

Guillaume Millet (Enseignant-chercheur à l’Université de Saint-Étienne et Physiologiste du sport au LIBM) et Laurent Gergelé (Médecin anesthésiste, réanimateur) coordonnent une étude scientifique intitulée « ULTRA-GRAVE ». En dehors des blessures « classiques » liées à la pratique d’un sport (entorses, tendinites….) leur recherche s’intéresse aussi à d’autres complications plus graves comme l’insuffisance rénale.

Cet vidéo a été réalisée dans le cadre du Pop’Sciences Mag n°5.

Médicaments : dans l’angle mort du dopage

MMédicaments : dans l’angle mort du dopage

Certains sportifs font parfois un usage immodéré de médicaments aussi bien en dehors que pendant les compétitions. Ces pratiques, tolérées pour la plupart, quand elles ne sont pas tout simplement autorisées, tendent à se développer chez les athlètes de haut niveau.

Anti-inflammatoires, somnifères, antidouleurs, anxiolytiques… Ces médicaments que l’on retrouve dans l’armoire à pharmacie de nombreux foyers français sont désormais très prisés des sportifs de haut niveau. Depuis quelques années, le phénomène aurait même pris de l’ampleur à tel point que certains spécialistes de la lutte antidopage n’hésitent plus à parler de conduites dopantes pour qualifier cet usage intensif de médicaments. Encore récemment, il en allait ainsi de l’utilisation du Tramadol, un antidouleur de la famille des opiacés de synthèse, dans le milieu du cyclisme. Dans le cadre d’un programme de surveillance de ce médicament initié par l’AMA, près de 5 % des contrôles effectués en 2017 lors de compétitions cyclistes se révélèrent positifs. Cette même année, 68 % des échantillons urinaires prélevés dans le cadre des 35 sports olympiques – et contenant du Tramadol – concernaient le cyclisme. « À l’appui de ces résultats préoccupants, l’Union cycliste internationale (UCI) a pris la décision d’interdire en compétition l’usage de ce médicament susceptible d’entrainer somnolence et baisse de la vigilance en vertu de l’application du règlement médical« , précise Martial Saugy.

La dose de médicament fait le dopant.

D’autres médicaments comme le Stilnox peuvent être détournés de leur vocation première. Pris à très forte dose, ce puissant hypnotique agit alors comme un excitant. Et pour amplifier cet effet paradoxal, certains sportifs n’hésitent pas à le réduire en poudre avant de le sniffer comme de la cocaïne. Si cette dérive a conduit les autorités françaises à encadrer davantage l’usage du Stilnox, qui ne peut désormais être délivré qu’à partir d’ordonnances sécurisées, de nombreux autres médicaments restent en vente libre.

Un antalgique aussi banal que le paracétamol peut ainsi être consommé à haute dose par certains sportifs pour supporter les vicissitudes de la vie d’athlète professionnel. Dans des sports collectifs comme le football et le rugby, ce sont les anti-inflammatoires non stéroïdiens qui sont absorbés sans discernement : pour mieux encaisser la répétition des efforts physiques ou des chocs, certains joueurs n’hésitent pas à en prendre avant un match, à titre préventif. Or, la surconsommation d’anti-inflammatoires n’est pas sans danger pour la santé. Au-delà des troubles intestinaux, l’abus de ces substances peut être à l’origine de dysfonctionnements du système cardio-vasculaire, du foie et des reins. « Pour prendre la mesure des risques associés à toutes ces pratiques qui se situent sur le pas de porte du dopage, il est primordial que les instances de lutte contre le dopage renouent le dialogue avec les médecins chargés du suivi des athlètes. Tout en ayant à l’esprit que le rôle des médecins du sport n’est pas de prescrire des médicaments qui vont permettre à un athlète d’enchaîner les compétitions, mais de veiller sur sa santé tout au long de sa carrière« , préconise Martial Saugy.

Cet article est extrait de l’enquête

Dopage. Une lutte sans fin ?

issue du Pop’Sciences Mag n°5.

Mental : comment l’OL prépare ses jeunes joueurs

MMental : comment l’OL prépare ses jeunes joueurs

Le football professionnel réclame une préparation non seulement physique et technique mais aussi tactique et mentale. Une dimension prise en compte dès les premières années par l’OL Academy, qui utilise une batterie d’outils innovants.

Le club de football lyonnais est réputé pour son centre de formation d’où sont sortis de grands champions comme Benzema, Lacazette, Fekir, Tolisso et bien d’autres. À l’OL Academy, on sait depuis longtemps repérer et faire éclore les talents du football de demain. Et cela ne passe pas que par la technique. Quand il intègre l’OL en 2011, Jean-Yves Ogier, fort de sa longue expérience à la fédération française de football, sait ce qui manque aux jeunes : « Même parmi ceux qui ont réussi, beaucoup regrettent de ne pas avoir été assez accompagnés sur le plan tactique et mental. » En 2014, il crée une cellule d’optimisation de la performance mentale (OPM). Il est bientôt rejoint par Nicolas Munda, coach et entraîneur sportif. Leur objectif : aider les jeunes à mieux gérer leur stress, leurs émotions et leur concentration. Pour cela, ils mettent en place un certain nombre d’outils : séances de yoga, hypnothérapie pour les jeunes à fort potentiel mais difficiles à gérer. Et ça marche ! Sans oublier les entretiens individuels menés par une préparatrice mentale.

Même parmi ceux qui ont réussi, beaucoup regrettent de ne pas avoir été assez accompagnés sur le plan tactique et mental

« Notre rôle, c’est de développer l’autonomie et la responsabilité des jeunes, explique Nicolas Munda. Nous les poussons à se fixer des objectifs et les aidons à les tenir. » La cellule OPM utilise également des outils issus des neurosciences, notamment pour améliorer la perception des joueurs sur le terrain. Après avoir expérimenté le Neurotracker, un dispositif mis au point par des chercheurs canadiens, l’OL Academy teste aujourd’hui l’Eye-Motion, un outil composé de trois écrans (un central, deux latéraux) qui permet de travailler vision périphérique, vision centrale et rapidité de perception. Reste à corréler les exercices au jeu sur le terrain : un objet de recherche en or pour des neuroscientifiques.

Cet article est extrait de l’enquête

À la recherche du geste parfait

issue du Pop’Sciences Mag n°5.

Le cerveau cet autre muscle des sportifs

LLe cerveau cet autre muscle des sportifs

Une soirée d’échanges et de réflexions au Café Le Méliès, autour d’un verre et de quelques micros. Une plongée dans la matière grise des sportifs, en compagnie de deux scientifiques et d’une athlète de haut niveau.

 

 

Nous évoquons le rôle du cerveau dans le contrôle de la motricité, l’état des recherches en imagerie mentale, l’importance de la préparation mentale, ou encore les avancées de la sciences sur la rééducation neuromusculaire.

Le sport a de nombreux effets bénéfiques sur le cerveau, en particulier sur l’humeur et la mémoire. Réciproquement, une préparation mentale poussée peut avoir un impact très favorable sur les performance et l’amélioration des conditions physiques des sportifs. D’ailleurs, ces derniers s’adonnent de plus en plus à des exercices mentaux dans leurs préparations. Pour grappiller quelques centimètres par exemple, ou gagner ces quelques secondes nécessaires à battre des records. Cette émission a été enrigstrée le 14 novembre 2019, avec le concours de Radio Campus Saint-Etienne.

Quand le Patient Rencontre la Recherche | QP2R

QQuand le Patient Rencontre la Recherche | QP2R

Aujourd’hui, rares sont ceux qui ne connaissent pas dans leur entourage quelqu’un souffrant d’un cancer ou touché par tout autre pathologie.

C’est pourquoi la recherche, qu’elle soit fondamentale, appliquée ou clinique, a un impact sociétal fort et des enjeux de santé publique majeurs, plus particulièrement grâce à l’apport de techniques de diagnostic de plus en plus précoce, des campagnes de prévention, du développement de thérapies innovantes et de l’amélioration de la prise en charge des patients et de leurs proches.

Dans un tel contexte, il est important de se parler, d’apprendre de l’autre, d’oser poser les questions qui tourmentent, afin de se rassurer, de se savoir entouré et compris.

Des temps d’échanges entre chercheurs et associations impliquées dans la thématique cancer, organisés en 2013, 2015 et 2017 ont rencontré un vif succès. C’est donc tout naturellement que les laboratoires d’excellence DEVweCAN et PRIMES, l’Association Europa Donna et l’Inserm ont souhaité poursuivre l’aventure en 2019, en proposant de s’intéresser à la problématique santé de façon plus globale et d’échanger autour des données du médical, de l’effet de l’espace sur l’os ou encore afin de comprendre en quoi l’étude de l’hibernation de l’ours peut faire avancer à grands pas la recherche médicale chez l’homme…

En 2019, la rencontre QP2R IV se tiend à l’Institut Lumière, un lieu chargé de culture et d’histoire propice à la rencontre autour de sujets d’actualité.

 

VVoir les éditions précédentes

La chaine Youtube de QP2R s’enrichit des conférences de la 3e édition qui a eu lieu en novembre 2017 à l’Aquarium de Lyon.

Venez écouter les chercheurs parler de leur travail et répondre aux questions du public.

Sont disponibles : les conférences des éditions 2015 et 2017.

Voir les vidéos

 

Demain, des virus pour nous soigner ?

DDemain, des virus pour nous soigner ?

Le virus de la Rage, de la rougeole, Ebola …voilà des noms qui illustrent le pouvoir dévastateur des virus. Cependant, certains pourraient bien se révéler de puissants remèdes contre les infections bactériennes ou les tumeurs.

Un article rédigé par Chloé Scordel

Septembre 2017, aux Hospices Civiles de Lyon, un patient souffrant d’une infection d’une prothèse de genou reçoit un traitement inédit à base de virus capables de détruire les bactéries, appelés bactériophages. Et les résultats sont spectaculaires : alors que tous les antibiotiques avaient précédemment échoué, et que l’amputation était envisagée, l’infection diminuait enfin1-2. Alors, les virus, qui sont souvent médiatisés pour les maladies qu’ils entraînent, pourraient-ils nous soigner ?

Des virus tueurs de bactéries …

L’idée d’utiliser les bactériophages n’est pas nouvelle. En 1917 déjà, le scientifique français Félix d’Hérelle décrivait la présence d’un microbe, invisible à l’oeil nu, capable de détruire la bactérie responsable de la maladie infectieuse intestinale appelée dysenterie 3-4. Cependant, son idée de généraliser le traitement des infections bactériennes avec des bactériophages, ou phagothérapie, fût rapidement évincée par la découverte de la pénicilline en 1928 par Fleming, qui marqua le début de l’ère des antibiotiques5. Aujourd’hui, près d’un siècle plus tard, nous atteignons leurs limites et faisons face à des bactéries, dites multi-résistantes, contre lesquelles la chimie ne peut plus rien6. Et c’est ainsi, que la phagothérapie a de nouveau suscité l’intérêt
des scientifiques, apparaissant comme une solution prometteuse face à l’urgence sanitaire qu’est la résistance aux antibiotiques.

Les bactériophages sont des virus qui infectent naturellement les bactéries et entraînent leur destruction simplement en s’y multipliant7. A chaque bactérie correspond un bactériophage spécifique incapable d’infecter d’autres bactéries. Ils ne détruisent donc pas les bonnes bactéries qui constituent notre flore intestinale et entraînent ainsi peu d’effets secondaires. De plus, les bactériophages sont incapables d’infecter les cellules humaines et sont donc sûrs d’utilisation.

Aujourd’hui, la phagothérapie n’est proposée que dans les cas extrêmement graves, dans lesquels la vie du patient est en jeu. Cependant, les recherches actuelles, ainsi que la volonté des autorités de santé de faire face à la résistance aux antibiotiques, pourraient permettre de placer la phagothérapie comme traitement de référence des infections bactériennes aux côtés des antibiotiques.

…aux virus destructeurs de tumeurs.

Les infections bactériennes ne sont pas les seules affections pour lesquelles les virus pourraient être utiles. En effet, malgré les progrès réalisés dans le développement de traitements anti-cancéreux, qui ont contribué à améliorer considérablement la vie des patients, les effets secondaires restent très sévères et les cas de rechute fréquents8. C’est pourquoi, cherchant de nouvelles approches plus efficaces et moins toxiques, des scientifiques se sont intéressés aux propriétés anti-tumorales des virus.

C’est dans les années 70 que le pouvoir anti-cancéreux de certains virus a été constaté, lorsque des chercheurs ont observé la régression spontanée d’un type de cancer appelé lymphome chez des patients infectés par le virus de la rougeole9-10. Cependant, la plupart des virus n’infectent pas spécifiquement les cellules tumorales. La stratégie des chercheurs a donc été la suivante : modifier génétiquement un virus capable de détruire les cellules qu’il infecte pour le rendre spécifique des cellules cancéreuses11. Appelés oncolytiques (du grec, onkos signifiant tumeur et lysis signifiant destruction), ces virus auraient donc la capacité de ne cibler et détruire que les cellules tumorales sans danger pour le reste de l’organisme. Et c’est
là toute la difficulté et le challenge de cette approche. Les progrès récents dans le développement de virus de plus en plus spécifiques, efficaces et sûrs ont permis la réalisation d’essais cliniques en Europe dans cadre de différents types de cancer (peau, foie)12-13 .

En conclusion

Que ce soit pour traiter des infections bactériennes ou des tumeurs, les virus représentent une alternative ou un complément prometteur aux traitements existants.

Cependant, des années de recherche sont encore nécessaires avant que leur utilisation ne se démocratise. D’une part, pour des raisons scientifiques : certaines bactéries deviennent résistantes aux bactériophages, les rendant totalement insensibles à leur pouvoir destructeur. Afin d’éviter d’aboutir à une situation semblable à celle que nous connaissons avec les antibiotiques, leur utilisation devra être encadrée et maîtrisée.

Ensuite, pour des raisons réglementaires : l’utilisation d’un organisme vivant, modifié, comme traitement chez l’homme est soumise à une réglementation
plus stricte que les médicaments issus de la chimie.

Enfin, pour des raisons sociétales : sommes-nous prêts à l’idée d’utiliser des virus pour nous soigner ?

 

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Notes – Sources
1. Innovations for the treatment of a complex bone and joint infection due to XDR Pseudomonas aeruginosa including local application of a selected cocktail of bacteriophages., Ferry, T. et al., J. Antimicrob. Chemother. 73, 2901–2903 (2018).
2. Infections gravissimes : à Lyon, le 1er traitement par phages fabriqué en France. (17th September 2019)
3. On an invisible microbe antagonistic toward dysenteric bacilli: brief note by Mr. F. D’Herelle, presented by Mr. Roux. 1917, D’Herelle, F. , Res. Microbiol. 158, 553–554 (2007).
4. History of a scientific mind. Bacteriophage 6, e1270090, Summers, W. C. Félix Hubert d’Herelle (1873-1949)(2016).
5. The Discovery of Penicillin – New Insights After More Than 75 Years of Clinical Use, Gaynes, R., Emerg. Infect. Dis. 23, 849–853 (2017).
6. Résistance aux antibiotiques (Accessed: 17th September 2019)
7. La phagothérapie – Une arme crédible face à l’antibiorésistance, Dufour, N. & Debarbieux, L. Médecine/sciences 33, 410–416 (2017).
8. A retrospective review of cancer treatments and outcomes among Inuit referred from Nunavut. Asmis, T. R. et al. Curr. Oncol. 22, 246–251 (2015).
9. Regression of Burkitt’s lymphoma in association with measles infection, Bluming, A. Z. & Ziegler, J. L., Lancet Lond. Engl. 2, 105–106 (1971).
10. Le virus de la rougeole – Un futur traitement en cancérologie ?, Touchefeu, Y., Schick, U. & Harrington, K. J. Médecine/sciences 28, 388–394 (2012).
11.  Stratégies génétiques, immunologiques et pharmacologiques au service d’une nouvelle génération de virus anticancéreux.  Pol, J., Boeuf, F. L. & Diallo, J.-S., Médecine/sciences 29, 165–173 (2013).
12. Institut National du cancer
13.Transgene : feu vert pour un essai clinique de TG6002 au Royaume-Uni dans le cancer colorectal avec métastases hépatiquesMyPharma Editions | L’Info Industrie & Politique de Santé.

PPour aller plus loin

De la sexualité des orchidées

DDe la sexualité des orchidées

Avec De la sexualité des orchidées, nous découvrons comment, loin de se résumer à son statut de fleur de référence, l’orchidée semble avoir bien plus d’un tour sous ses pétales lorsqu’il s’agit de sexualité. En maîtresse de conférences, Sofia Teillet disserte avec humour et s’interroge sur les nombreux mystères logés au cœur de ces fleurs pas comme les autres.

Petite sœur spirituelle de Frédéric Ferrer et de ses captivantes Cartographies présentées les saisons passées, la comédienne s’est prise de passion pour l’épineuse et non moins fascinante question de la sexualité végétale. Dans cette conférence en work in progress permanent, on glisse sans cesse du discours scientifique à l’expérimentation publique. Des techniques d’attraction des insectes au comportement parasitaire de la graine une fois l’orchidée fécondée, les détails les plus croustillants de la vie de ces plantes n’auront désormais plus de secret pour nous.

Conception et écriture : Sofia Teillet
L’Amicale

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