CERTAINS EVENEMENTS NE PEUVANT ÊTRE MAINTENUS EN PRESENTIEL SONT PROPOSES EN DISTANCIEL : MERCI DE CONSULTER LES SITES DES ORGANISATEURS

Résilience alimentaire des villes : quelle logistique pour les circuits courts ?

RRésilience alimentaire des villes : quelle logistique pour les circuits courts ?

Le contexte de crise sanitaire actuel pose avec acuité la question de l’approvisionnement alimentaire des villes, tant en volume (par notre concentration dans les villes) qu’en qualité (voire durabilité) et toutes les questions de santé publique auxquelles le sujet renvoie.

Si l’intérêt des circuits courts va de soi a priori on s’aperçoit qu’il pose de fait beaucoup de questions en termes d’aménagement des villes, d’impact environnemental et d’organisations logistiques, car ce sont des circuits qui s’inscrivent hors des logiques habituelles. Cela nécessite donc aussi d’innover et de penser de nouveaux schémas de distribution. Tout cela est évidemment exacerbé par la situation sanitaire actuelle.

La 1re édition des Rencontres de la logistique urbaine – RLU s’est déroulée vendredi 6 novembre dernier. 

300 participants représentant les milieux professionnels, académiques, institutionnels et associatifs ont ainsi pu assister à distance aux exposés permettant de dresser l’état des lieux des enjeux et des pratiques du système alimentaire de proximité ainsi qu’à la table ronde consacrée aux « besoins logistiques pour développer le circuit court alimentaires, verrous et leviers ». Les rencontres se sont achevées sur la présentation du jeu sérieux Caléac qui permet d’appréhender l’importance des infrastructures logistiques et de la coopération entre les acteurs pour accroître l’autonomie alimentaire d’un territoire.

>>> Retrouvez la vidéo des Rencontres de la logistique urbaine :

En savoir plus :

Résilience alimentaire des villes

Les prochaines rencontres sont programmées au printemps 2021, sur le thème du « E-commerce ».

 

Les mesures sanitaires changent-elles notre rapport à l’autre ?

LLes mesures sanitaires changent-elles notre rapport à l’autre ?

Le confinement et la distanciation sociale nous ont-ils rendus plus méfiants, voire plus égoïstes ? Selon l’économiste Marie Claire Villeval, ces mesures ont surtout transformé de façon « immédiate et absolue » notre perception des normes et des comportements, pas notre nature profonde. Pour CNRS Le Journal, elle développe son analyse dans un podcast de la série « La parole à la science ».

Marie Claire Villeval est spécialiste d’économie expérimentale et comportementale, directrice de recherche au CNRS, au sein du Groupe d’analyse et de théorie économique Lyon-Saint-Étienne. Elle a reçu la médaille d’argent du CNRS en 2017.

Covid-19 : les sanctions changent-elles la perception de la norme sociale  ?

CCovid-19 : les sanctions changent-elles la perception de la norme sociale  ?

La réussite du confinement repose sur une large adhésion de la population aux contraintes qui lui sont imposées. Pour cela, les sanctions en cas de non-respect des règles ne suffisent pas, il faut aussi que le fait de les transgresser soit considéré comme socialement inacceptable. La loi a-t-elle ce pouvoir ? C’est ce qu’ont voulu savoir des chercheurs en économie expérimentale en réalisant une étude pendant le premier confinement.

À lire dans son intégralité sur CORTEX Mag

Quels transports pour l’après-Covid ?

QQuels transports pour l’après-Covid ?

Plus de vélos, moins de transports en commun, le transfert de mobilité suite au premier confinement semble avoir des effets durables sur notre façon de circuler. Pour Olivier Klein, chercheur en aménagement et urbanisme, même si la voiture individuelle résiste encore, la mobilité d’avant ne sera pas celle d’après… Pour CNRS Le Journal, il développe son analyse dans un podcast de la série « La parole à la science ».

Olivier Klein est enseignant-chercheur à École nationale des travaux publics de l’État, ingénieur des travaux publics de l’État, directeur adjoint du Laboratoire Aménagement, Économie, Transports et coporteur du projet Covimob, qui s’intéresse aux transformations des pratiques de mobilités dues à la crise sanitaire du Covid-19.

Quel est le devenir de l’humain face au numérique

QQuel est le devenir de l’humain face au numérique

A l’heure de l’intégration massive des technologies numériques, il devient vital de savoir si c’est l’homme qui gère le(s) système(s) ou si l’homme est devenu dépendant pour ne pas dire esclave d’un monde qui le domine.

En effet, les procédés industriels ont développé des outils informatique, puis numériques qui ont envahit nos activités et modes de communication.

Pour tenter de répondre à cette question, deux experts nous donneront leur point de vue et nous éclaireront sur les perspectives que nous pouvons entrevoir autour des sujets suivants :

> Comment le numérique transforme notre relation à la matière et à autrui ?

Les nouveaux matériaux ont des propriétés souvent modulables et portent en eux-mêmes la logique de leur structure (calcul numérique). Ainsi, avec la connectique, ils deviennent interactifs. Leur action se déploie au-delà de leurs propres limites physiques . Peut-on concilier complexité des matériaux et soutenabilité des matières ?

Les outils numériques mettent tout « à portée de nos doigts » (tactilité digitale). Ils transforment le rapport de l’individu à son propre corps, sa représentation, sa relation aux autres (coprésence digitale). Quels nouveaux modèles imaginer pour représenter ce monde hybridé par les technologies ?

La crise sanitaire a accéléré la nécessité de la transformation numérique : télé-travail, télé-enseignement, télé-médecine… Il a fallu identifier de nouvelles façons de communiquer. N’y a-t-il pas un risque que le « tout digital » s’impose comme une nouvelle norme après la crise ?

> Les relations entre corps et espace au fil du temps : technique et formes de représentation

Le développement des technologies numériques modifie la relation humaine au monde : tant à l’espace physique – les objets, l’architecture, la ville – qu’à l’espace social – son propre corps et celui des autres.

On se propose alors de questionner l’histoire de l’espace architectural à partir du corps humain : ses proportions, ses dimensions et sa représentation.

Ainsi, au fil du temps, l’art et l’architecture ont rôle attribué un rôle au corps humain. On soulignera donc, les étapes signifiantes de ce parcours marqué par l’évolution technique. De là, se façonnent réciproquement l’humain et l’espac.

Intervenants :

  • Christine Browaeys, ingénieur et sociologue
  • Alessandro Vicari, architecte

Organisée par :  IESF Lyon RA

En savoir plus :

IESF – Ingénieurs et scientifiques de France

Comment l’école peut-elle devenir actrice de la justice alimentaire ? | The Conversation

CComment l’école peut-elle devenir actrice de la justice alimentaire ? | The Conversation

De nombreuses initiatives montrent que l’école, au sens large, est devenue un acteur central de l’éducation à l’alimentation des enfants et adolescents. Comme d’autres « questions socialement vives », l’alimentation est au cœur de controverses croissantes (bien-être animal, usage des pesticides, parmi d’autres) qui exigent de sortir du débat d’opinions.

Longtemps réduite à sa dimension nutritionnelle, l’alimentation à l’école aborde désormais toutes les composantes du système agroalimentaire (production, transport, transformation, distribution, consommation, gestion des déchets) et l’intégralité du fait alimentaire en termes économiques, sociaux, culturels et écologiques. Toutefois, malgré les ambitions affichées, elle peine à répondre aux problématiques rencontrées par les élèves au quotidien et aux inégalités d’accès des territoires à une alimentation saine et durable.

Comment proposer une éducation susceptible de transformer positivement les territoires au-delà du périmètre de la salle de classe et de la cantine, ainsi que les pratiques alimentaires de leurs habitants ? La question revêt une importance particulière dans les espaces les plus défavorisés où les injustices alimentaires sont nombreuses, appelant des politiques publiques ambitieuses.

Créer du lien

Plusieurs limites de l’éducation à l’alimentation à l’école apparaissent. Tout d’abord, il existe parfois une rupture entre les messages délivrés et l’alimentation disponible localement pour les élèves et leurs familles.

Encourager des pratiques de consommation liées à l’agriculture biologique, aux circuits courts ou à la saisonnalité auprès des élèves est difficile à soutenir quand cette offre n’est pas accessible, ni géographiquement ni financièrement. Pire, selon la sociologue Aurélie Maurice, la dichotomie entre les normes du « bien manger » diffusées par l’école et la réalité de l’alimentation des familles suscite souvent chez les élèves de milieux défavorisés, au mieux de l’indifférence, au pire du rejet.

De plus, le modèle éducatif dominant s’axe autour de la responsabilité de l’individu dans ses choix alimentaires, choix qui résultent de dynamiques internationales sur lesquelles les jeunes estiment avoir peu de contrôle. Ces limites nourrissent des situations d’impuissance chez les élèves, sans proposer d’évolution possible.

La justice « agri-alimentaire » désigne un processus de reconnexion de l’ensemble des acteurs, des activités et des espaces des systèmes alimentaires afin de rendre ces derniers plus inclusifs, en soulignant l’interdépendance à l’agriculture. Issu des mouvements « grassroots » et activistes dans les quartiers urbains défavorisés aux États-Unis, le mouvement pour la justice alimentaire fait une large place aux initiatives éducatives.

Dans la lignée de ces travaux, l’éducation « agri-alimentaire » encourage la mise en relation d’acteurs qui souvent ne se connaissent pas, s’ignorent, sont nourris de préjugés : les adolescents urbains, d’un côté, les agriculteurs et autres acteurs des systèmes alimentaires, de l’autre. L’hypothèse est la suivante : c’est avec l’expérience du lien que les situations d’injustice alimentaire peuvent évoluer. L’expression est proposée par le Réseau Marguerite, porté en région lyonnaise par des enseignants de secondaire et des chercheurs.

Réflexions, activités, rencontres, encouragent les élèves à être forces de proposition sur des actions concrètes qui favorisent le lien et, ainsi, la justice agri-alimentaire dans leur espace proche. Nous proposons ici quelques exemples déployés en collège, un niveau souvent délaissé en éducation à l’alimentation au profit de l’école primaire.

Connaître son environnement agricole et alimentaire

Face à l’inadéquation entre certaines propositions d’éducation alimentaire et les besoins du territoire d’implantation, faire un diagnostic de l’environnement alimentaire scolaire est une étape clé de l’éducation agri-alimentaire. On suggère pour ce faire l’emploi de la cartographie sensible, qui représente un espace vécu.

Au niveau cinquième, dans deux collèges de la région lyonnaise et à l’étranger (Mexico), les élèves déambulent dans l’établissement, un stylo à la main, et prennent en note tous les éléments (matériels, immatériels, discursifs) en lien avec l’alimentation. Réfectoire, poubelles, mais aussi odeurs, affiches, emballages, souvenirs… sont reportés sur une feuille et construisent la carte sensible.

Ces cartes illustrent la diversité des expériences que font les élèves autour de l’alimentation au collège. Applicable au territoire proche, la méthodologie suscite des activités inspirées des problématiques alimentaires des adolescents, du collège, du quartier, de leur famille. Les cartes tissent une base de discussion fertile avec les décideurs locaux sur le type d’offre alimentaire à déployer. Un monde s’élargit au-delà des habituels potagers scolaires – sans rien enlever à leur intérêt.

Les élèves réalisent une carte sensible à partir de leurs observations de l’environnement alimentaire de leur collège. / Alexandra Pech, Author provided

 

 

 

Plusieurs propositions créent la rencontre entre les collégiens et les différents métiers et lieux de l’agriculture et de l’alimentation. L’organisation d’un concours de cuisine inter-collèges à Vénissieux, en partenariat avec l’association VRAC, a été l’occasion de rencontrer des horticulteurs, maraîchers, chefs étoilés, journalistes gastronomiques et de visiter des lieux aussi divers qu’une exploitation agricole ou l’Institut Paul Bocuse.

La création d’un forum des agriculteurs dans un collège de l’Ain a montré la diversité du bassin agricole proche. Le développement d’une méthodologie pour ouvrir une AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) en collège implanté dans un quartier politique de la ville encourage la venue de producteurs dans ce « vide alimentaire » déconnecté de son agriculture locale.

L’élaboration d’ateliers de cuisine avec les résidents de la maison de retraite de Villeurbanne, avec l’association Santé Goût Terroir, fait découvrir les terroirs locaux et les savoirs anciens. Voilà donc autant d’actions qui ouvrent la salle de classe aux réalités locales des uns et des autres, en rupture avec les clichés.

Dernières retouches lors du concours de cuisine inter-collèges Véni’Chefs dans la cantine du collège Paul Éluard, à Vénissieux. / Frédéric Vivien, Réseau Marguerite, 2018, Author provided

 

L’impuissance des consommateurs face aux industries agroalimentaires crée une forme de découragement. La dénonciation frontale des phénomènes est peu opératoire : qui ne connaît pas les méfaits des sodas ? Pourquoi les pratiques ne suivent-elles pas ? L’école est un espace pour questionner les choix, qui tiennent aussi à l’offre disponible et aux manipulations publicitaires.

Une équipe a emmené les élèves dans la démarche d’enquête « Sugar Killer » sur les dangers du sucre et du marketing à Vaulx-en-Velin, autour de l’artiste Thierry Boutonnier. Après avoir décodé les étiquettes nutritionnelles de produits les plus consommés (sodas, chips), les élèves ont contacté les services consommateurs pour percer l’opacité des informations et se heurtent au manque de clarté des industriels. Ils ont organisé alors une table ronde publique avec des représentants des marques, une scientifique et un représentant politique et les interpellent sur les manquements des industriels.

Tout en étant confrontés à leur maigre pouvoir de consommateurs, ils ont pu participer à une démarche citoyenne où ils se construisent un positionnement – l’effort collectif des adultes étant de ne jamais dénoncer ouvertement.

Dans le cadre de l’enquête Sugar Killer, des élèves de 5ᵉ de Vaulx-en-Velin rencontrent Martine Cador, chercheuse (CNRS) en neuropsychopharmacologie spécialiste de l’addiction au sucre chez les adolescents, aux Halles du Faubourg (Lyon). / Adrien Pinon, Author provided

 

Ces propositions illustrent la diversité des initiatives que peut recouper l’éducation à l’alimentation à l’école. Dans un moment où dominent les potagers et actions en restauration scolaire, l’éducation agri-alimentaire invite à la créativité. Une gageure pour une meilleure appréhension des systèmes alimentaires, mais surtout pour des expériences moins normatives et plus inspirées des problématiques et possibilités des enseignants, élèves, établissements.

Il est difficile d’évaluer l’impact à court terme de ces actions dans des territoires traversés par l’injustice alimentaire. Néanmoins, on peut affirmer qu’elles sortent l’éducation à l’alimentation d’un discours directif (« il faut manger ceci ou cela ») et encouragent le débat d’idées, l’esprit critique, et, surtout, le plaisir d’apprendre. Une étape qui n’est pas sans rappeler le plaisir que l’alimentation peut aussi représenter et que les controverses actuelles tendent à inquiéter.The Conversation

Auteures :

Cet article a été publié dans le cadre de la Fête de la science 2020 dont The Conversation France est partenaire. Cette édition avait pour thème : Planète Nature ?.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. >>> Lire l’article original.

Photographier les ruines pour (re)penser l’anthropocène | The Conversation

PPhotographier les ruines pour (re)penser l’anthropocène | The Conversation

L’artiste américain Robert Smithson, représentant du Land Art dans les années 1960, remettait en question dans ses œuvres l’opposition de l’homme à la nature. Il créait des sculptures in situ, dans des déserts ou d’anciennes carrières, mais écrivait aussi des textes qu’il accompagnait de photographies. Il a ainsi accompli une promenade photographique dans la banlieue fade et délabrée de Passaic, sa ville natale du New Jersey, qu’il a commentée dans le texte « The Monuments of Passaic », à l’origine publié avec des images dans la revue Artforum en 1967.

Les édifices capturés avec un appareil Kodak assez médiocre sont, selon ses termes, des « ruines à l’envers », puisqu’ils succombent à une obsolescence rapide, tombant presque en ruine avant d’avoir fini d’être construits. Les images réalisées par Smithson de ces piètres constructions renversent une vision héritée du romantisme qui exaltait la majesté des vestiges.

À rebours, des photographes contemporains tels que le duo français Yves Marchand et Romain Meffre réactivent un imaginaire romantique en donnant dans leurs représentations un aspect spectaculaire et pittoresque à des friches industrielles, des théâtres ou des habitations récemment abandonnés. En même temps, puisque les édifices photographiés ne sont pas anciens, leurs images convoquent une esthétique de la catastrophe : la ruine des structures ou, à tout le moins, leur abandon semble avoir été causée par un événement soudain.

Exploration urbaine

Le travail des deux photographes rencontre un véritable succès et peut être associé à la mode, en pleine expansion, de l’ « exploration urbaine » ou « urbex » (de l’anglais urban exploration). Cette pratique consiste à visiter des lieux désaffectés, difficiles d’accès ou interdits, puis à en partager les images sur Internet. Les « urbexeurs » mettent en ligne des clichés rendant compte de leurs excursions dans les friches du paysage urbain quotidien, mais aussi des prises de vue de lieux plus caractéristiques comme la zone d’exclusion de Tchernobyl, figée depuis la catastrophe nucléaire, ou la ville de Détroit, célèbre pour le nombre de ses ruines apparues suite au déclin principalement déclenché par la crise économique et les tensions raciales. Yves Marchand et Romain Meffre ont consacré un projet (ayant abouti à une publication) aux vestiges de la cité américaine.

La mise en perspective des travaux – séparés de plus d’un demi-siècle – de Robert Smithson et d’Yves Marchand et Romain Meffre s’avère féconde pour penser l’anthropocène, permettant de considérer ces nouvelles formes de ruines, dont la dégradation est rapide, comme des manifestations de l’entropie. Ces œuvres interrogent aussi le rapport de l’homme à la nature, dans une société post-industrielle où l’accélération des cycles de renouvellement et du rythme de vie prédomine.

Donner à voir l’entropie

Les prises de vue des « ruines à l’envers » de Passaic illustrent le concept d’entropie qui préside à l’ensemble du travail de Robert Smithson. Cette notion, empruntée à la thermodynamique, caractérise, dans un système clos, l’irréversibilité des transformations ainsi qu’une tendance naturelle au désordre.

Le mathématicien et économiste Nicholas Georgescu-Roegen, auquel Robert Smithson se réfère, se sert de ce terme pour expliquer le problème de la crise énergétique : l’énergie disponible (dite de basse entropie) s’amenuise. Les activités humaines précipitent sa transformation en déchets inutilisables (énergie de haute entropie). Dans l’œuvre The Monuments of Passaic, l’entropie est incarnée par l’obsolescence accélérée des constructions qui, à peine achevées, se délabrent inéluctablement. Selon Robert Smithson, la photographie permet de rendre ce processus visible.

Bien que les bâtiments que photographient Yves Marchand et Romain Meffre à Detroit diffèrent des constructions enregistrées par Smithson, les images du duo évoquent également un processus de déréliction. Leurs clichés paraissent en effet fixer le cours de l’effondrement des structures dont l’ampleur sidère. Ils invitent à réfléchir sur la chute d’un système économique, sur le coût énergétique dépensé pour construire ces bâtiments démesurés, désormais inutiles et qu’il faudra raser puis déblayer, au prix d’une nouvelle consommation d’énergie et d’une production de déchets, accroissant encore l’entropie.

Les prises de vue de l’intérieur des édifices donnent à voir des pièces où subsistent de nombreux objets abandonnés qui se décomposent progressivement. Comme les travaux de Robert Smithson, les photographies d’Yves Marchand et Romain Meffre interrogent le devenir des productions humaines qui répondent à une logique de consommation massive et du « tout jetable » ainsi que la pollution et l’altération de l’environnement qui caractérisent l’anthropocène : cette nouvelle époque dans laquelle nous serions entrés depuis que l’homme est devenu un des acteurs majeurs de la transformation des territoires, rivalisant avec les puissances géologiques.

La dialectique de l’Homme et de la nature

Les photographies d’Yves Marchand et Romain Meffre montrent d’immenses structures en désuétude, dans lesquelles la végétation s’insinue avec vigueur. L’usage d’un objectif grand-angle accentue les lignes de fuite, augmentant l’impression de démesure et de vacuité des espaces arpentés. Les vestiges semblent se tenir dans un futur catastrophique où l’homme aurait disparu.

Yves Marchand et Romain Meffre, Boiler Room, Sorrento Power Station, Rosario, Argentina, 2014. Avec l’aimable autorisation d’Yves Marchand et Romain Meffre, Author provided

 

 

 

 

 

Cette temporalité post-apocalyptique convoquée par les images renvoie à la hantise généralisée d’un écroulement prochain, dont la cause pourrait être écologique. En effet, depuis maintenant un demi-siècle, se multiplient les bouleversements environnementaux et se succèdent les alertes des scientifiques, alimentant les discours collapsologiques. La nature semble « reprendre ses droits » – selon une formule galvaudée – sur les artefacts, dans un monde où l’homme se serait autodétruit.

Mais quels sont les « droits » de la nature ? Ce terme rend mal compte du rapport de l’homme à son environnement et aux manifestations des éléments. Qui plus est, l’être humain ne fait-il pas lui-même partie de la nature ? Robert Smithson critique l’opposition catégorique qui est traditionnellement opérée entre l’homme et la nature. Il perçoit davantage la relation entre ces deux termes de manière dialectique. Il est donc intéressant de mettre en perspective la réflexion développée par l’artiste, dans ses réalisations plastiques et dans ses textes, d’une part avec les photographies de ruines actuelles, d’autre part avec les débats que suscite la notion d’anthropocène, très présente aujourd’hui.

Penser « l’Anthropocène »

Le refus d’une séparation absolue entre l’homme et la nature questionne en effet les usages qui sont faits du terme d’« anthropocène ». Déclarer que nous sommes entrés dans une nouvelle époque géologique portant le nom de l’homme peut sembler réaffirmer l’antagonisme entre l’Homo sapiens et le reste du vivant. D’un autre côté, un emploi critique du terme peut pointer le penchant proprement occidental à vouloir opposer l’homme à la nature, et travaille à faire entrer les sciences de l’homme dans le champ des sciences du vivant. Les œuvres que nous étudions ici conduisent à repenser le débat sur l’anthropocène, suggérant qu’il pourrait déboucher sur la prise en compte d’une réciprocité entre nature et humanité, toutes deux insérées dans une même évolution combinée, sans que l’une ne prenne le pas sur l’autre.

En outre, Robert Smithson, conscient que l’industrie fait vivre les hommes, dénonçait l’hypocrisie des écologistes de son temps qui en condamnaient toute forme. Effectivement, mieux vaut tenter de trouver une sorte de compromis entre « l’écologiste idéaliste » et « l’exploitant minier en quête de profit », comme il le suggère dans un entretien avec Alison Sky « Entropy made visible » [L’entropie rendue visible], retranscrit dans Robert Smithson : The Collected Writings. Or c’est l’art qui peut, selon Robert Smithson, assurer la médiation entre écologie et industrie.

Les représentations post-apocalyptiques peuvent nourrir une prise de conscience en insistant sur la gravité des transformations que l’homme opère sur son environnement. Invitant à méditer sur le rapport que l’être entretient avec la nature, elles rappellent que l’activité humaine, telle qu’elle a été conçue depuis l’avènement de la société industrielle, ne cause pas seulement la disparition d’une entité naturelle idéalisée et extérieure à l’homme, mais travaille à l’altération de ses propres conditions d’existence. Nos modes de vie dépendent en fait directement des écosystèmes dont ils menacent l’équilibre.

Toutefois l’inquiétude d’une fin prochaine, que traduit sans doute l’attrait pour les photographies de ruines, ne doit pas interdire de préparer le futur. La conception de Robert Smithson, basée sur le concept d’entropie, désigne l’irréversibilité des transformations, mais prône aussi une pensée dialectique utile pour considérer l’anthropocène comme transition à opérer en privilégiant les compromis, plutôt que comme un effondrement ultime.

Auteurs :

Cet article a été publié dans le cadre de la Fête de la science 2020 dont The Conversation France est partenaire. Cette édition avait pour thème : Planète Nature ?

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Pour l’écoféminisme, « tout est relié » | The Conversation

PPour l’écoféminisme, « tout est relié » | The Conversation

Abolir les frontières entre nature et culture, c’est l’un des projets de l’éco-féminisme

Le terme « écoféminisme », forgé par Françoise d’Eaubonne en 1974, est associé à un mouvement social anglophone né aux États-Unis et au Royaume-Uni dans les années 1970-80, et continue à essaimer aujourd’hui. L’objectif militant de l’écofeminisme consiste à éveiller les consciences sur les deux grandes questions intrinsèques à son concept : la crise environnementale et le féminisme.

Selon la Déclaration d’unité de WLOE (Women for Life on Earth) en 1980, les écoféministes affirment voir « des liens entre l’exploitation de la terre et de ses populations et la violence physique, économique et psychologique perpétrée envers les femmes », et veulent « comprendre et surmonter les divisions historiques basées sur la différence de race, de degré de pauvreté, de classe sociale, d’âge et de sexe ».

La visée du mouvement est donc double : la prise de conscience de l’équation « domination des femmes/domination de la nature », et sa traduction en exigences de « réinvention de l’histoire » et de « réappropriation de la place des femmes dans le monde ». Y compris la réappropriation de leurs qualités présupposées féminines et pour cela trop souvent dénigrées ou peu valorisées (du soin des proches à la maternité, du rapport aux plantes à la sensibilité…).

Un angle d’étude insolite

Aborder l’écoféminisme (certains l’appellent « féminisme écologique ») sous l’angle anthropologique permet de montrer ces dynamiques même au cœur des groupes humains étudiés. Être anthropologue, voire ethnographe dès lors qu’il s’agit d’appliquer directement la méthode d’investigation anthropologique dans la proximité côte à côte avec ses interlocuteurs de terrain, ce n’est pas observer du haut d’une tour d’ivoire mais bien s’insérer dans une population donnée, en faire partie au quotidien pour une période plus ou moins longue, et y découvrir, chemin faisant, des aspects des phénomènes qui intéressaient au préalable au chercheur, ou en découvrir de nouveaux. C’est l’« observation participante ».

Dès lors, il s’agit de définir, pour chaque culture, ses propres « systèmes symboliques qui rendent le monde signifiant ». Par exemple, le célèbre anthropologue C. Lévi-Strauss avait compris que la conformation du village de Kejara des indigènes Bororo (au Brésil), où la maison des hommes (baitemannageo) et les maisons possédées par les femmes sont situées respectivement au centre et à la périphérie circulaire de l’espace habité, servait à séparer les individus non seulement d’un point de vue physique, mais aussi en termes symboliques, en leur attribuant de différents rôles sociaux selon les catégories. Ainsi, les femmes sont exclues des rites religieux réservés aux hommes dans leur « maison », tandis qu’elles ont à cœur la gestion de la résidence et de la vie conjugale.

En anthropologie, il faut en particulier distinguer les données relevant du point de vue affirmé par les interlocuteurs de celles inhérentes aux analyses et interprétations du chercheur.

C’est de cette façon que j’ai travaillé avec les deux associations en territoire vaudois de mon terrain : les femmes de la Maison pour agir et à Bricologis revendiquent des valeurs et pratiques participatives relatives aux champs de l’« écologie », la « solidarité » et du « bricolage » pour l’amélioration du cadre de vie de proximité.

En entrant dans les coulisses de ces associations, j’y ai découvert des représentations révélatrices de traits féministes. Alors, comment ces femmes se révèlent-elles comme écoféministes ? Comment, d’ailleurs, se comporte l’ethnographe face à elles, et vice-versa ?

S’émanciper de la nature…

Ces femmes mettent en place une série d’actions collectives mettant en avant un éthos écologique commun et aux saveurs locales : des ateliers de cuisine anti-gaspillage alimentaire (au premier rang) à ceux de cosmétiques « faits soi-même » ; mais aussi les repas partagés, occasions de goûter des soupes aromatiques ou des cakes truffés de fruits et légumes « glanés » (récupérés des magasins), tout en entretenant des amitiés de quartier de longue date.

Alors, s’enchaînant, selon les journées, les phases méticuleuses et conviviales de création de masques à l’argile verte, de « pâtes à tartiner » à partir du mixage de dattes, miel et lait, de déodorants composés de cires naturelles et d’huiles essentielles, de tartines de ratatouille à base de poivrons, courgettes et aubergines étalés sur un fond léger de crème chantilly.

Le tout rythmé par des moments de dégustation ou d’échange de récits de vie ou d’impressions éclatantes. « Oh que c’est bon ce jus de pomme ! » ; « mes enfants ils seraient venus, ils adorent cuisiner » ; « on est bien ici, entre nous… » ; « c’est malheureux mais c’est ça en fait, on a toujours mis les femmes à la cuisine alors que les meilleurs pâtissiers c’est les hommes. Les pâtissiers c’est les mecs ! ».

C’est là que le noyau dur de l’écoféminisme se construit au fil des rencontres. Puisque la « nature » n’est pas fixe, mais changeante, elle se recrée dans les recettes. Et parce que ce sont des femmes qui la transforment grâce à leur créativité et leur maîtrise technique, elles s’émancipent de ce naturalisme millénaire, conception masculine dominatrice, qui associe les femmes à une idée de nature passive et inférieure à la culture.

Elles mêlent librement autonomie personnelle et coopération, mais aussi tradition et innovation en reproduisant des recettes du passé, de l’époque de leurs parents, à l’aide d’outils électromécaniques modernes (blenders, mixeurs plongeants, toasters). La nature est de ce fait culturalisée, elle devient une élaboration active dans un vocabulaire écologique qui lie les membres du groupe ; elle est proche finalement de la vision féminine du « care », qui critique à bas bruit le stigmate naturaliste de la passivité.

Travailler dans un groupe féminin

Étant presque le seul homme dans les groupes des deux associations, il me fallait combattre un double « danger » hantant les milieux féministes : celui de rejouer la domination masculine, mais aussi celui, statutaire, que représentait ma casquette de chercheur. On sait qu’un des défis de toute enquête ethnographique est de réussir à réduire le fossé social séparant l’enquêteur des enquêtés, de sorte que ceux-ci ne soient pas instrumentalisés en « simples représentants de leur culture ».

Pour travailler dans de bonnes conditions, je devais donc prendre part aux actions, sans être ni intrusif ni tout à fait distancié, écouter et m’intégrer aux conversations, cuisiner, grignoter « écolo ».

J’ai pu vivre de l’intérieur cette volonté, entre « sœurs », à impacter, même à petite échelle, le microcosme local par des habitus plus écologiques. Ce sont là encore des empreintes du « care », ce phénomène transfrontalier qui appelle à unir les femmes militantes dans une quête de connaissances partagées, de tissage de réseaux, de combat face aux catastrophes environnementales ; une quête qui aspire à abattre les frontières entre les être vivants et les non-vivants, entre les femmes et les hommes.

Un déplacement de perspective

Le pouvoir d’agir, indépendamment des fronts où on agit, n’est pas le monopole des hommes. Du seul « privilège » accolé à l’Homme de changer le monde à la possibilité pour chaque femme, pour elle-même et pour les autres, de s’approprier le monde, c’est ce déplacement de perspective très concret que m’a appris ce terrain.

Ce féminisme écologique est un carburant qui vise au bien-être de tous, hommes et femmes, en rejetant les grandes divisions par le biais d’une écologie fluide qui mêle sensibilité et rationalité, tradition et innovation, nature et culture, « ego » et « nous », féminin et masculin. C’est cela que voulaient dire Médaline, Radhia et Olympe en me déclarant non sans emphase : « Ici, Alessandro, tout est relié ».The Conversation

 

Auteur : Alessandro Marinelli, Doctorant en anthropologie, Université Lumière Lyon 2

Cet article a été publié dans le cadre de la Fête de la science 2020 dont The Conversation France est partenaire. Cette édition avait pour thème : Planète Nature ?

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons >>> Lire l’article original.

Libre expression et esprit critique

LLibre expression et esprit critique

Des enseignant.es et enseignant.es-chercheur.es de l’Université Lumière Lyon 2 ont tenu à exprimer la manière dont ils/elles conçoivent leur métier et les convictions qui les guident dans l’exercice de leurs missions, pour réaffirmer leur attachement indéfectible à la liberté d’expression et à l’esprit critique.

  • De quelle liberté d’expression parle-t-on ?, Sylvie Monchatre, Professeure de sociologie à l’IETL, chercheure au Centre Max Weber
  • Dignité, Dominique Carlat, Professeur de littérature française moderne à l’UFR LESLA, membre du laboratoire Passages XX-XXI
  • Le plus beau métier du monde, Marylène Possamaï, Professeure de littérature médiévale à l’UFR LESLA, membre du laboratoire CIHAM
  • Lumières, Myrtille Méricam-Bourdet, Maîtresse de conférences en littérature française du XVIIIe siècle à l’UFR LESLA, membre du laboratoire IHRIM

En savoir plus :

Université Lumière Lyon 2

Laïcité et religions dans la France d’aujourd’hui

LLaïcité et religions dans la France d’aujourd’hui

La question de la gestion du fait religieux fait l’objet de formations assurées par les membres de l’ISERL. Pour répondre à une demande souvent réitérée, une exposition a été réalisée : il s’agissait de faire un point pratique sur cette laïcité française si mal comprise par beaucoup et pourtant essentielle pour ce que nomme de plus en plus le « vivre ensemble ».

La tâche a donc été confiée à trois chercheurs en Histoire religieuse qui ont la particularité d’être aussi enseignants en lycée. C’est une lecture de cette exposition qui est proposée ici.

Panneaux réalisés par : Jean-Pierre Chantin, Caroline Chopelin-Blanc et Boris Klein, professeurs du secondaire et membres de l’Institut Supérieur d’Étude des Religions et de la Laïcité (ISERL), Lyon.
Avec le soutien du : LabEx COMOD

Pour en savoir plus et lire les panneaux de l’exposition :

Laïcité et religions dans la France d’aujourd’hui