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Détecter le Covid-19 au bout du souffle

DDétecter le Covid-19 au bout du souffle

Aussi simple et rapide qu’un éthylotest, une nouvelle méthode est testée à Lyon pour détecter le Covid-19 grâce aux molécules présentes dans l’air expiré. Au-delà de la pandémie actuelle, c’est un nouveau champ pour le dépistage des pathologies respiratoires qui pourrait voir le jour…

Lire l’article intégral sur CNRS Le journal

Migrations et droit maritime. Réglementations en eau trouble

MMigrations et droit maritime. Réglementations en eau trouble

Encore cette année, dès les prémices du printemps, la mer Méditerranée est le théâtre de mouvements migratoires depuis les continents africains et asiatiques, vers les premières côtes européennes. À quels droits et devoirs sont soumis les migrants en mer et les États qui les accueillent et/ou les interceptent ?

Les migrants sont régulièrement mis à l’épreuve de droits qui se contredisent (maritime, internationaux, nationaux). Si le droit international des migrations donne le droit à chacun de partir de son pays et le droit maritime celui de naviguer en liberté, ils n’assurent en revanche pas le droit de poser le pied sur le sol d’un autre pays. Les réglementations se confrontent et laissent à la dérive de nombreux migrants qui ont choisi la mer pour quitter ou fuir leur pays d’origine.

Interview de Kiara Néri, directrice du Centre de Recherche en Droit international de l’Université Jean Moulin Lyon 3, réalisée dans le cadre du Pop’Sciences Mag « Océan. Une plongée dans l’invisible »

 

Stress, travail, médias… Comment avons-nous vécu le confinement ?

SStress, travail, médias… Comment avons-nous vécu le confinement ?

Expérience inédite, le confinement imposé en France entre mars et mai a inspiré les chercheurs de tous horizons, notamment à Lyon le laboratoire Environnement, ville, société (Université de Lyon / CNRS) et le Laboratoire aménagement économie transports – LAET (CNRS / Université Lumière Lyon2 / ENTPE).

Détails et premiers résultats de leurs enquêtes et de celles menées par d’autres laboratoires dans toute la France sur le quotidien et le ressenti de la population.

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CNRS Le Journal

Comment le cerveau gère notre appétit

CComment le cerveau gère notre appétit

De la faim à la satiété, du plaisir à l’addiction en passant par l’écœurement : par quels mécanismes notre cerveau décide-t-il qu’il est temps de passer à table ou de la quitter ?

Des laboratoires se penchent sur le sujet dans cet article de CNRS Le journal, notamment le Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon – CRNL (CNRS / Inserm / Université Claude Bernard Lyon1/ Université Jean Monnet Saint-Etienne).

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CNRS Le Journal

Traitement contre le Covid-19 : faudra-t-il payer le prix fort ?

TTraitement contre le Covid-19 : faudra-t-il payer le prix fort ?

Dans les pays où le secteur public finance une grande partie de la recherche fondamentale et distribue au secteur privé des aides, l’État pourrait exiger, en échange, des prix modérés pour les médicaments issus de ces recherches.

C’est l’analyse d’Izabela Jelovac, directrice de recherche au Groupe d’analyse et de théorie économique Lyon-St Étienne – GATE-LSE (CNRS/Lyon1/Lyon2/UJM/ENSL).

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CNRS Le Journal

Covid-19 : l’indispensable apport de la science des données

CCovid-19 : l’indispensable apport de la science des données

Avec des milliers de publications, la bibliographie sur les traitements contre le Covid-19 n’est plus abordable sans l’aide de l’informatique. Le projet Covid-nma permet, en intégrant plusieurs sources de données, d’établir une carte dynamique et interactive des essais cliniques.

A Lyon, cette démarche implique le Laboratoire d’Informatique en Image et Systèmes d’Information – LIRIS (CNRS / Université Claude Bernard Lyon1 / Université Lumière Lyon2 / INSA / ECL).

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CNRS Le Journal

Changement climatique et santé environnementale font-ils bon ménage ? | Un article Pop’Sciences

CChangement climatique et santé environnementale font-ils bon ménage ? | Un article Pop’Sciences

L’environnement est l’un des principaux déterminants de la santé des populations : on estime que 24 % des maladies dans le monde et 23 % du nombre total de décès sont attribuables à des facteurs environnementaux. En effet, les milieux qui nous entourent (eau, air, agents physiques, résidus de produits chimiques, qualité des aliments ou des sols, etc.) agissent quotidiennement sur notre santé. Au même titre que santé humaine et santé vétérinaire sont indissociables, la santé environnementale1 est déterminante pour chacune. C’est le concept de One Health.

Mais en quoi le changement climatique a t-il spécifiquement une incidence sur cette santé globale?

Un article rédigé par Nathaly Mermet, Docteur en Neurosciences, journaliste scientifique & médicale, Lyon, pour Pop’Sciences – 29-06-2020

A. Cohas / © CNRS

Parmi les premières choses qui viennent à l’esprit en essayant de répondre à cette question, on pense au recul de l’habitat côtier si les glaciers fondent et les eaux montent. Également à la modification de répartition d’espèces comme des moustiques vecteurs de certains virus, tel le moustique Tigre dont l’extension progresse sous nos latitudes de partout dans le monde2. Ou encore le dégel du permafrost, cette couche de sol gelée qui recouvre 25% des terres émergées de l’hémisphère Nord qui s’avère être une véritable menace pour l’humanité. Outre la libération de gaz à effet de serre (liée à l’accessibilité de la matière organique pour les microorganismes qui la consomment et les relarguent) et de mercure, toxique pour les populations,  la fonte du permafrost libère aussi des glaces, entre autres, des bactéries et des virus anciens. La réactivation de ces derniers peut être dangereuse et même mortelle, à l’instar des carcasses de rennes dégelées en Sibérie qui s’avèrent être à l’origine de contaminations au bacille de charbon3.

Étangs permafrost de dégel sur les tourbières dans la baie d’Hudson, au Canada en 2008. [Source : Steve Jurvetson / Wikimedia Commons ]

A côté de ces conséquences spectaculaires ou exotiques, on pense en revanche moins à des effets plus “ terre à terre “, mais qui nous touchent beaucoup plus directement, comme la pollution de nos habitats. « L’air intérieur est souvent plus contaminé que l’air extérieur » rappelle André Cicolella, chimiste toxicologue, ancien conseiller scientifique à INERIS et Président de Réseau Environnement santé [voir biographie ci-contre], expliquant que l’augmentation de température liée à la crise climatique engendre, notamment, une recrudescence d’émission de phtalates qui se volatilisent des sols en PVC sous l’effet de la chaleur. Or, les sols en PVC représentent 16% de l’habitat individuel et 60% de l’habitat collectif (hôpitaux, crèches, écoles, salles de sport, etc.) et sont composés pour 20 à 40% de phtalates qui en sont ainsi le premier constituant toxique ! « Les études épidémiologiques montrent un lien fort entre une exposition aux phtalates en début de grossesse et l’asthme de contact chez l’enfant » rapporte A. Cicolella, citant aussi que le taux d’asthme a doublé en 20 ans avec un lien établi entre l’asthme de l’enfant et sol en PVC de la chambre des parents, indiquant la contamination des parents. En effet, les phtalates sous forme solide dans les PVC, une fois volatilisés sous l’effet de la chaleur, se condensent ensuite en poussières qui se dispersent dans tout l’habitat.

D’ailleurs  « les perturbateurs endocriniens, issus pour la plupart de composés chimiques et dont le relargage est boosté par l’augmentation de température, sont très sous-estimés autant dans les maladies respiratoires que dans les maladies métaboliques, l’obésité, les cancers hormone-dépendants, les troubles du comportement et les troubles de la reproduction » indique A. Cicolella.

Qu’entend-t-on par santé environnementale ?

Selon la définition officielle de l’OMS (Conférence d’Helsinki, 1994) « La santé environnementale comprend les aspects de la santé humaine, y compris la qualité de la vie, qui sont déterminés par les facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, psychosociaux et esthétiques de notre environnement. Encore plus largement “elle concerne également la politique et les pratiques de gestion, de résorption, de contrôle et de prévention des facteurs environnementaux susceptibles d’affecter la santé des générations actuelles et futures ».

Plus simplement, la santé environnementale est la prise en compte de l’impact des polluants (au sens large) sur la santé, qu’ils soient locaux ou globaux. Par exemple, la considération de la qualité de l’air intègre tant l’aspect de l’air intérieur que l’aspect atmosphérique planétaire avec les conséquences du réchauffement climatique.

Quel impact du changement climatique sur la santé environnementale ?

E-NOR-ME ! Parmi les conséquences attendues dont les chercheurs sont désormais certains4 : la hausse du nombre de cas annuels de décès ou d’hospitalisations causés par des coups de chaleur (sans même parler de canicules), aussi bien dans les pays riches que pauvres; l’extension géographique des maladies infectieuses vectorielles (ou de leurs vecteurs, comme par exemple avec le paludisme d’altitude) ; l’augmentation des épidémies de choléra sur les régions côtières en lien avec El Niño ; la hausse du prix des denrées alimentaires aboutissant à des privations dans les foyers précaires, etc. D’après Emmanuel Drouet, Dr en Pharmacie, Pr à l’Université Grenoble-Alpes et Enseignant-Chercheur à l’Institut de Biologie Structurale [voir biographie ci-contre] « les changements climatiques généreront entre 2030 et 2050 près de 300 000 décès supplémentaires par an, en accroissant la malnutrition et la sous-alimentation des enfants, les maladies transmises par des insectes, les diarrhées et les stress liés à la chaleur ».

Dans l’Encyclopédie de l’Environnement, il explique qu’aux influences des changements climatiques sur la santé, multiples et liées, s’ajoutent aussi les migrations de populations fuyant des modifications profondes de leur cadre de vie (diminution des rendements agricoles, inondations, etc.). « Près de 250 millions de « réfugiés climatiques » sont attendus à l’horizon 2050  » déclare-t-il.

Nombreuses sont aussi les espèces animales pour lesquelles la survie et la reproduction des individus sont affectées par les changements climatiques, avec de fait des conséquences directes sur la dynamique des populations. D’où l’intérêt de comprendre les mécanismes physiologiques et comportementaux à l’échelle individuelle afin d’expliquer les changements observés au niveau des populations [ENCART].

Projet Marmottes – A. Cohas / © CNRS

C’est notamment l’objet des recherches menées au sein du Laboratoire de biométrie et biologie évolutive (LBBE), où l’on étudie à la fois les interactions Homme-Nature en lien avec épidémies et les adaptations de différentes espèces, parmi lesquelles les marmottes en montagne. « Il s’agit d’une espèce hyper-spécialisée dans sa niche et qui n’aime pas beaucoup le changement » résume Aurélie Cohas [voir biographie ci-contre], dont le travail de recherche porte sur le comportement des marmottes alpines entre 1400 (Lautaret) et 2600 mètres (col du Galibier) d’altitude. « La marmotte se nourrit de plantes dicotylédones largement répandues, donc n’est pas trop affectée par l’adaptation des espèces végétales aux changements climatiques » précise-t-elle, mais ceux-ci ont de multiples répercussions sur la distribution, l’effectif et les performances de nombreuses populations animales.

Alors que plusieurs études réalisées chez les oiseaux ont mis en évidence des changements adaptatifs, souvent à travers une plus grande précocité des périodes de reproduction, les exemples sont plus rares chez les mammifères. D’où l’intérêt de comprendre quels facteurs climatiques affectent la vie d’espèces comme la marmotte alpine afin de prédire le devenir de certaines populations animales.

Une crise écologique aux multiples facettes

Selon André Cicolella « la crise climatique, sanitaire, de la biodiversité et l’épuisement des ressources sont les 4 volets de la crise écologique, tous étant des conséquences de l’activité humaine ». Ce qui semble “évident” c’est que le changement climatique aura des répercussions très négatives sur la santé et que les effets du changement global les accentueront. « La population humaine est confrontée à une épidémie mondiale de maladies chroniques qui fait le lit de nombreuses autres pathologies » expliquait-t-il déjà en 2013 dans son livre Toxique planète, Le scandale invisible des maladies chroniques. Les chiffres sont éloquents : deux fois plus de morts qu’il y a 15 ans sont liés à l’environnement, les maladies cardiovasculaires en France ont été multipliées par un facteur de 2,7 dans le même temps, faisant passer le nombre de nouveaux cas de 197 000 à 532 000 au niveau national, et, en Auvergne-Rhône-Alpes, de 22 400 à 62 100 dont l’insuffisance cardiaque progressant d’un facteur 3,5 (de 7200 à 25 100). Le diabète a doublé pendant cette période.

Les effets climatiques sur les maladies infectieuses sont certes plus complexes à évaluer que, par exemple, l’impact de la canicule de l’été 2003 sur l’excès de mortalité en Europe (pour mémoire 70 000 décès sur le seul mois d’août), mais les entomologistes s’accordent à dire que l’élargissement des zones chaudes et humides à la surface du globe décuplerait les populations d’insectes vecteurs de virus4. « Il y a une interaction de multiples facteurs, mais schématiquement le réchauffement climatique “remonte” des maladies infectieuses de zones tropicales vers les zones tempérées » souligne A. Cicolella, reprenant le cas du moustique tigre dont l’extension symbolise le bouleversement des écosystèmes et le fait que tel ou tel vecteur disparaissant, de nouvelles espèces réservoir sont recherchées.

Implantation du moustique Tigre en France métropolitaine / Source : portail information Moustique tigre

« La progression des épidémies infectieuses, comme par exemple la maladie de Lyme véhiculée par certains tiques, rappelle l’enjeu de la déforestation qui accélère le phénomène » alerte-t-il. Selon lui, les virus vont être de plus en plus nocifs, à l’instar du SARS-Cov-2 qui déclenche une tempête inflammatoire, particulièrement délétère quand elle “frappe” sur un terrain fragilisé par une maladie chronique. Notons en effet que si les personnes souffrant d’obésité représentent 15% de la population adulte en France, leur proportion est de 25% en hospitalisation et 35% en réanimation dans le contexte de la Covid-19. Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes. « Il faut vraiment prendre conscience de l’épidémie mondiale de maladies chroniques » appelle-t-il de ses vœux, notant que les crises ont “l’avantage” de mettre en exergue les dangers, mais aussi les opportunités.

Ainsi, une épidémie peut en cacher une autre, et l’ampleur de la pandémie Covid-19 s’appuie sur l’épidémie de maladies chroniques. Selon lui, « si on n’intègre pas la santé dans la crise écologique, elle servira de variable d’ajustement, et il faut comprendre que la santé humaine dépend de la santé environnementale » prévient-il.

Côté impact économique, la note est salée aussi : le coût estimé des dommages sur la santé causés directement par les changements climatiques serait de l’ordre de 2 à 4 milliards de dollars par an d’ici 20304. Retenons aussi qu’en travaillant à réduire les expositions environnementales et ses conséquences, la santé environnementale s’inscrit principalement dans le champ de prévention primaire.

 

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          Encart

          Le lien entre santé et environnement à la loupe

Nombreux sont les laboratoires rattachés à l’Université de Lyon à mener des recherches sur différents aspects de la santé environnementale.  Parmi ceux-ci :

  • Le Laboratoire d’Ecologie des Hydrosystèmes Naturels Anthropisés (LEHNA, UMR5023), rattaché à l’Institut d’écologie et environnement (IEE) et qui travaille sur la biodiversité, l’évolution et les adaptations biologiques des éco-systèmes, ce depuis les macromolécules jusqu’aux communautés. Ainsi, les travaux menés concernent autant l’étude de la végétation en zones humides, les espèces “invasives », les contraintes physiques sur les plantes (notamment hydrodynamiques) que l’impact des polluants, la paléoécologie ou encore la conservation de la biodiversité avec, par exemple, l’impact de la pollution lumineuse sur les espèces.
  • Le Laboratoire de biométrie et biologie évolutive (LBBE) où l’on étudie notamment les interactions Homme-Nature en lien avec les épidémies, ainsi que les adaptations de différentes espèces telles que  les marmottes en montagne.
  • Le laboratoire TRIANGLE dont les recherches portent sur l’analyse politique et socio-économique des modèles de sociétés.
  • Le laboratoire Environnement, Ville et Société (EVS) en lien avec l’Ecole urbaine de Lyon qui s’intéresse à l’évolution de notre société et aux enjeux dans un contexte de nouvel urbanisme.

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Notes

(1) On emploie « santé environnementale » au sens de l’impact de l’environnement sur la santé humaine. C’est un peu un abus de langage, un raccourci, car c’est aussi l’impact de l’environnement sur la santé animale et végétale.

(2) Moustique Tigre : portail d’information

(3) Pourquoi la fonte du permafrost est une menace pour l’humanité ?, Le Monde, 5 juin 2018

(4) Changement climatique : quels effets sur notre santé ?, Emmanuel Drouet, Université Grenoble-Alpes,16 fév. 2020

PPour aller plus loin

Les glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver | Un article Pop’Sciences

LLes glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver | Un article Pop’Sciences

« Les glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver  » – Jean-Baptiste Bosson

La décennie passée a été déclarée la plus chaude de l’histoire selon l’OMS. Sous les assauts climatiques, les glaciers fondent inexorablement, certains, disparus, ont même fait l’objet de funérailles. Les géants blancs sont-ils condamnés ?

Auteur d’une récente étude sur les glaciers classés au patrimoine mondial de l’humanité, le glaciologue franco-genevois Jean-Baptiste Bosson dresse un bilan de la situation actuelle et des conséquences pour les populations. Ses propos sont à la fois alarmants et volontaristes : il n’est pas trop tard pour agir. Au citoyen notamment de faire pression pour un changement des politiques climatiques à venir.

Un article rédigé par Caroline Depecker, journaliste, pour Pop’Sciences – 29 juin 2020

 

Août dernier, des glaciologues français ont envisagé d’ici 2100 la disparition complète du glacier d’Argentière ainsi qu’une diminution de 80% de la Mer de Glace, deux glaciers mythiques du massif du Mont-Blanc. Comment qualifier la situation des glaciers à l’échelle de la planète ?

Elle est alarmante ! La fonte des glaciers s’est accélérée partout dans le monde depuis cinquante ans et le dernier rapport du GIEC sur les océans et la cryosphère a enfoncé le clou. On peut rappeler deux valeurs : la banquise arctique a perdu en moyenne, en septembre, 13% de sa surface par décennie depuis 1979 – du jamais vu en 1000 ans – et les glaciers situés à basse altitude, comme en Europe centrale ou Asie du Nord devraient perdre plus de 80% de leur volume d’ici 2100. Nous l’avons documenté récemment dans une étude menée en collaboration avec Matthias Huss, un confrère de l’École polytechnique fédérale de Zurich : c’est plus de 30% du volume de glace contenu dans les glaciers mondiaux qui est condamné.

En quoi ont consisté vos travaux ?

En tant que glaciologue travaillant dans la protection de la nature, je me suis demandé quelle était la situation des glaciers inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, aucune étude n’existant sur le sujet. Je les ai donc listés : il y en a plus de 19 000 répartis sur 46 sites de l’organisation onusienne. Soit 10% du nombre total de glaciers terrestres que l’humanité s’est engagée à protéger et à transmettre aux générations futures.

Qu’imaginer pour eux à l’avenir ? Pour le savoir, nous avons évalué leur réponse au réchauffement du climat en fonction de plusieurs scénarios, à l’aide du modèle GloGEM (Global glacier evolution model) de Matthias, l’un des plus performants dans ce domaine, et des données climatiques les plus récentes. Les résultats nous ont peu surpris… En adoptant le scénario RCP 2.6 du GIEC, soit l’application de politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle globale et ainsi une limite du réchauffement à 2°C d’ici 2100, le volume des glaciers pointés par l’étude diminue de 33%. Comme ce scénario est le plus optimiste, cette perte est inéluctable : il faut nous y préparer ! En considérant le scénario RCP 8.5 qui, de façon pessimiste envisage une trajectoire de nos émissions selon un modèle « business as usual », ce volume avoisine 60%. Pour l’instant, c’est le chemin que nous empruntons. Ces valeurs sont à peu près identiques pour l’ensemble des glaciers mondiaux.

En quoi cette fonte menace-t-elle nos sociétés ?

Les glaciers sont l’une des clés de voûte des écosystèmes terrestres, si elle s’effondre, alors le reste va profondément changer ! Les glaciers représentent une composante majeure du système climatique : ce sont 10% des terres émergées qui renvoient le rayonnement solaire, ils ont un rôle de « réfrigérateur » aussi bien sur terre qu’en mer. Leur fonte contribue donc à accentuer le réchauffement global et à modifier la circulation océanique. Elle mène encore à l’augmentation du niveau marin. En un siècle, celle-ci a été de 23 cm dont 90% associés aux glaciers ainsi qu’aux calottes antarctiques et groenlandaises. Cette hausse a un impact considérable : des îles disparaissent, les traits de côtes sont modifiés. Des déplacements massifs de population sont à prévoir, mais aussi de potentiels conflits liés à l’accès à l’eau.

Vue panoramique du glacier de Bionnassay bientôt protégé par arrêté préfectoral dans le massif du Mont-Blanc. / © J.-B. Bosson

Les ressources en eau devraient diminuer dans un futur proche, même à côté de chez nous…

Le « peak water », c’est-à-dire le moment où un glacier en cours de disparition délivre son débit d’eau maximal, n’a pas été atteint partout. Pour les Alpes, cependant, il a été dépassé dans les années quatre-vingt-dix. Depuis cette date, les flux libérés lors de l’été diminuent lentement, mais d’ici une vingtaine d’années, la chute pourrait-être brutale. Une alerte a déjà été observée dans le bassin lyonnais, en mai 2011 : pour préserver le Léman, alimenté en partie par les glaciers de la haute vallée du Rhône et dont le niveau était trop bas, la Suisse avait décidé de réduire de moitié le débit à la sortie du lac. Des perturbations en cascade s’en sont suivies : Lyon a dû réduire les prélèvements en eau potable dans sa principale nappe phréatique, ailleurs, la centrale du Bugey a dû tourner au ralenti pour préserver ses circuits de refroidissement, la riziculture en Camargue a été touchée par une remontée du « coin salé ». Les problèmes de gestion de la ressource en eau devraient nous toucher de plus en plus cruellement à l’avenir.

Malgré la situation, vous pensez qu’il est encore possible de sauver les glaciers. Par quel moyen ?

Pour sauver les deux tiers des glaciers de notre planète, la seule solution est de limiter le réchauffement global, et donc d’avoir des politiques climatiques plus ambitieuses. Pour ma part, je veux montrer que parmi les sites inscrits au patrimoine de l’Unesco et qui contiennent un ou plusieurs glaciers, certains pourraient se retrouver rapidement sur la liste des sites en péril du fait de leur fonte. Je pense à la zone suisse Jungfrau-Aletsch, au parc national argentin Los Glaciares ou bien à celui de Kluane en Alaska. Le « label Unesco » est un outil de communication touristique important que les états ont grand intérêt à conserver. Utiliser ce levier s’est révélé efficace par le passé. En 2014, alors que l’Union internationale pour la conservation de la nature – UICN – menaçait de déclarer « en danger » la Grande barrière de corail pour cause de son blanchiment, l’Australie a rapidement mis en place toute une série d’actions visant à diminuer les pressions locales (intrants chimiques, ancrages destructifs, transports polluants). Le gouvernement s’est aussi engagé à aller plus loin dans sa politique climatique nationale. Malheureusement, sur ce dernier point, suite à un changement de ce gouvernement, cela n’a pas suivi…

Glacier Perito Moreno, Los_Glaciares, Parc National Argentine/ ©Hiroki Ogawa

Limiter le réchauffement climatique, comment croire à l’action politique ?

Dans nos systèmes politiques, c’est surtout l’exécutif qui détient la clé pour accélérer les politiques climatiques. La signature de l’accord de Paris, en 2015, a été une première étape cruciale : la quasi-totalité des états de la planète a reconnu avoir pris conscience de la gravité de la situation. Cependant, aux prises avec les impératifs économiques de nos sociétés capitalistes, ils ne sont pas, ou très peu, passés à l’action. Je crois cependant au courage politique et au pouvoir régulateur de ce dernier. La crise du Covid en est un bon exemple. Elle nous a montré qu’en cas de danger imminent, celui-ci pouvait reprendre le contrôle sur l’économie pour mettre en place des mesures, certes drastiques, mais acceptées de tous. Avec le réchauffement climatique, nous sommes au bord d’un cataclysme beaucoup plus grave encore… Nous le vivons en temps réel et il ne fera que s’intensifier. La nature va nous imposer politiquement un changement de gouvernance mondiale. Soit nous le préparons dès aujourd’hui, dans l’intelligence et le calme, soit il nous sera imposé de façon violente dans les prochaines décennies, par des crises environnementales, sociales, politiques et économiques sans précédent. La problématique des millions de réfugiés climatiques à venir est un exemple parmi d’autres.

Quels signes vous permettent d’espérer un sursaut dans la transition climatique ?

J’en vois plusieurs. Le premier : la mobilisation de plus en plus importante des citoyens, la jeunesse notamment et ses grèves pour le climat. Inconnue il y a trois ans, Greta Thunberg a été élue, en décembre, personnalité de l’année 2019 par le Time. Puis invitée en janvier dernier au forum économique mondial de Davos avec neuf autres jeunes militants. Chez nos voisins suisses, à travers une « initiative populaire pour les glaciers », une association pour la protection du climat a exigé de son gouvernement de décarboner l’économie et d’inscrire les objectifs de l’accord de Paris dans la constitution du pays. Le texte devrait être voté par referendum citoyen d’ici à 2022. « L’affaire du siècle » a quant à elle récolté chez nous plus de deux millions de signatures en deux mois, un record absolu. Partout, les choses bougent, les citoyens sont prêts à s’emparer du problème, et les élus y sont fortement sensibilisés. C’est le cas de ceux avec qui j’échange lors de mes conférences sur les glaciers et le climat, par exemple. Les dernières campagnes électorales, municipales ou européennes, présentaient les questions environnementales et climatiques comme centrales.

Le glacier de Tré-la-Tête fait l’objet de collecte de données pour des évaluations de son bilan de masse. / © J.-B. Bosson

Aujourd’hui, si l’heure est à la mobilisation pour protéger les glaciers, en quoi les étudier est-il important ?

Bien sûr, nous connaissons déjà énormément de choses sur les glaciers, mais il nous reste encore beaucoup à découvrir. Les modèles qui permettent d’estimer leur évolution en fonction du climat doivent être affinés. La même chose pour la modélisation des flux hydrologiques qui, à l’échelle continentale, permet d’identifier et d’anticiper comment évolue la ressource en eau pour les populations. Seuls cinq cents glaciers sur les 200 000 existants font l’objet d’études actuellement et de bilans de masse sur le terrain, ce qui représente au final très peu de mesures. Même si les satellites ont révolutionné nos pratiques de recherche et facilité certains travaux, on a toujours besoin d’aller sur le terrain, pour observer, récolter des données et voir comment les glaciers réagissent en temps réel. Ils renferment encore de précieux secrets. C’est dans cet état d’esprit d’ailleurs qu’une équipe de glaciologues internationale récolte avec urgence des carottes de glace un peu partout dans le monde pour les enterrer en Antarctique. De sorte à, par ce biais, constituer une bibliothèque mondiale d’archives glaciaires. Un leg pour les scientifiques et les générations futures.

PPour aller plus loin

 

 

Langage : et si la parole et le cerveau communiquaient par le rythme ?

LLangage : et si la parole et le cerveau communiquaient par le rythme ?

Dans une étude récente, le linguiste François Pellegrino a montré que, quel que soit le débit de parole propre à chaque langue et chaque locuteur, le débit moyen d’information, lui, reste sensiblement le même : 39 bits par seconde.

Comment lier cette valeur universelle avec la synchronisation des rythmes cérébraux sur la parole, s’interroge Véronique Boulenger avec son approche de neuroscientifique ?

À lire dans son intégralité sur :

CORTEX Mag

Retracer l’histoire des contes de fées à l’aide de la biologie évolutive !

RRetracer l’histoire des contes de fées à l’aide de la biologie évolutive !

Les contes de fées ont bercé notre enfance mais ils ont aussi le pouvoir de retracer notre histoire !  

Ne vous êtes vous jamais demandés d’où venait l’histoire si célèbre du Petit Chaperon Rouge ? Qui l’avait conté pour la première fois ? Quelque soit la réponse, ne vous inquiétez pas, parce que Benjamin (doctorant en biologie évolutive) l’a fait pour vous !

Dans le premier article de sa rubrique intitulée « Infuse ta Science » (une rubrique 100% vulgarisation scientifique !), il vous propose d’analyser l’histoire de ces récits que nous connaissons tous.

Lors de ce voyage, vous vous intéresserez d’abord aux raisons qui ont et continuent de pousser les humains à inventer des histoires. Vous découvrirez ainsi que chaque culture a ses histoires et que ces récits évoluent à travers les siècles.

Vous verrez ensuite qu’il est possible d’utiliser des outils issus de la biologie (vous avez bien lu !), et en particulier la phylogénie (que Benjamin a défini avec une clarté inégalable, ne vous inquiétez pas !) pour établir des liens entre l’évolution des espèces et celle des histoires.

Pour finir, vous serez plongé directement dans les méandres de l’imaginaire de nos ancêtres au travers de l’analyse de 2 histoires aux origines singulières :

 

Il est maintenant temps pour vous d’entreprendre ce superbe voyage avec Benjamin !

Rendez-vous sur notre site pour découvrir ce superbe article :

Les contes retracent notre histoire

Nous vous souhaitons une belle lecture !