TTerritoires éloignés, la culture scientifique hors des grandes agglomérations | Dossier Pop’Sciences Quelle place la médiation scientifique a-t-elle en ruralité ?Il est essentiel que la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI), ou médiation scientifique, s’adresse à tout le monde. Dans les zones d’habitations hors des grandes agglomérations, de nombreuses actions sont proposées, mais peinent parfois à atteindre un certain nombre de publics.Comment envisage-t-on la question du territoire, quel rôle joue la médiation scientifique en milieu non urbain, comment faire de la médiation scientifique dans les territoires géographiquement éloignés des grandes villes… ce sont les questions que nous avons explorées lors du séminaire de la culture scientifique Pop’Sciences du 28 avril 2026* et auxquels les intervenants invités ont donné des éléments de réponses que nous vous partageons dans ce dossier.Intervenantes et intervenants au séminaire du 28 avril 2026 :> Perrine Agnoux, enseignante-chercheuse en sociologie – Centre Max Weber et INSPE de Lyon 1 Université ;> Camille Jutant, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication l’Université Lumière Lyon 2 et chercheuse à l’unité de recherche ELICO ;> Mathilde Cognet, directrice du Pôle Culture chez Communauté de communes Val’Eyrieux et Séverine Morin, responsable CCSTI Ardèche, L’Arche des Métiers ;> Charline Maurice, directrice culture et patrimoine Communauté de communes Saône-Beaujolais – CCSB et Cécile RONDEAU, responsable communication et partenariats Pop’Sciences ;> Bruno Rousselle, conservateur, musée FOSSILEA ;> Morgane Gil, directrice ébulliScience et Anaïs Debourg, référente du dispositif Labomobils ;> Rémi Visseux, chargé de mission pour le projet du Contrat territoire lecture, Communauté de Communes Saône-Beaujolais.LLes articles du dossierMême si le terme « éloignement » peut interroger, un diagnostic s’impose : l’offre culturelle, sur les territoires, est loin d’être homogène et accessible. De surcroît, l’existence d’équipements et d’animations n’empêche pas que de larges pans de la population se trouvent empêchés de les investir pleinement. Que faire, face à cette mise à distance multiforme ?#1 – Territoires éloignés : quelles réalités ? – rédigé par Samantha Dizier, co-rédactrice en chef du Pop’Sciences MagLes actions de culture scientifique se concentrent bien souvent au sein des grandes agglomérations. Et pour les professionnels du secteur, il n’est pas si simple de se diriger vers les espaces ruraux, qui peuvent être qualifiés de territoires éloignés.Lire l’article #1#2 – Entre ville et campagne, des pratiques culturelles différentes ? – rédigé par Samantha Dizier, co-rédactrice en chef du Pop’Sciences MagDepuis le 20e siècle, la culture n’a cessé de prendre de plus en plus de place dans le quotidien des Français. Mais selon les territoires et leurs habitants, les usages peuvent apparaître comme extrêmement variables.Lire l’article #2 #3 – Territoires : la culture scientifique comme trait d’union – rédigé par Anne Guinot-Delemarle, co-rédactrice en chef du Pop’Sciences Mag© EbulliScience« Un pays qui rêve est un pays qui vit » : cette devise du CCSTI de l’Ardèche est partagée aux acteurs présents au séminaire Pop’Sciences du 28 avril 2026 « Territoires éloignés, la culture scientifique hors des grandes agglomérations » qui mettent en œuvre des actions diversifiées pour lutter contre l’éloignement des publics vis-à-vis de l’offre culturelle.Lire l’article #3 * Matinée séminaire organisée par Pop’Sciences – Université de Lyon, au Musée FOSSILEA à Saint-Jean-des-VignesPhotos : Pop’Sciences
TTerritoires éloignés : quelles réalités ? | #1 – Dossier Pop’Sciences « Territoires éloignés, la culture scientifique hors des grandes agglomérations » Les actions de culture scientifique se concentrent bien souvent au sein des grandes agglomérations. Et pour les professionnels du secteur, il n’est pas si simple de se diriger vers les espaces ruraux, qui peuvent être qualifiés de territoires éloignés. Nous vous proposons un retour sur la présentation autour de la caractérisation de ces territoires et le rapport de ses habitants à la culture, effectuée lors du séminaire Pop’Sciences du 28 avril 2026 par Perrine Agnoux, maîtresse de conférences en sociologie à l’INSPE[1] Lyon 1 et au Centre Max Weber.Les zones rurales réunissaient 88 % des communes en France et 33 % de la population en 2017, selon l’INSEE. Mais comment les définit-on ? « Réalités multiformes et hétérogènes selon leur géographie et leur histoire, les espaces ruraux se définissent d’abord par leur faible densité de population. » Cette définition est la dernière en date produite par l’INSEE en 2021. Elle insiste alors sur la question de la densité, en mettant en lumière la diversité de ces espaces, tranchant avec des définitions historiques opposant ville et campagne.Une hétérogénéité de territoiresCes espaces ont des caractéristiques différentes, et ne peuvent être tous réunis sous une seule définition. L’agence nationale de la cohésion des territoires les distingue, notamment, selon leurs orientations économiques et démographiques. De manière générale, l’agriculture reste une activité souvent minoritaire. Autour des grandes agglomérations on retrouve souvent des ruralités aisées, tandis que lorsqu’on s’en éloigne, ce sont davantage des ruralités agricoles, industrielles et artisanales. L’influence des pôles urbains peut ainsi se révéler plus ou moins forte selon leur éloignement géographique. Les espaces littoraux et montagneux sont, eux, spécialisés dans les activités touristiques.Les typologies des communes rurales, d’après l’étude sur La diversité des ruralités « Typologies et trajectoires des territoires » de l’Agence nationale de la cohésion des territoires. Les caractéristiques économiques, mais également démographiques, ainsi que l’attractivité de ces territoires, vont alors être fortement conditionnés par ces éléments.Une surreprésentation des classes populairesDes traits communs réunissent, pour autant, ces zones rurales. Premièrement, les classes populaires y sont surreprésentées : ouvriers, employés, petits indépendants. Ces groupes sociaux sont souvent peu dotés en capital culturel[2]. Une explication peut se trouver dans leur éloignement géographique des services et des biens culturels de la culture dite légitime. « Par culture légitime, j’entends les pratiques des classes dominantes (opéra, théâtre, expositions…), qui sont valorisées par un ensemble d’institutions, et en particulier l’école, en comparaison de celles des classes populaires qui le sont souvent moins (télévision, cabaret…) », explique Perrine Agnoux. La question des mobilités et du déplacement prend alors une place centrale, que cela soit pour l’accès à l’emploi ou aux loisirs. Une problématique qui est particulièrement accentuée pour les jeunes personnes, notamment à leur entrée dans la vie adulte.Ainsi, certaines habitudes de vie sont localement valorisées. Les offres de loisirs dans ces territoires vont être ajustées aux goûts des classes populaires ou des groupes sociaux davantage dotés économiquement que culturellement, qui y sont majoritaires. On retrouve les sports mécaniques, tels que le quad, mais également la chasse et la pêche, l’équitation, le rugby, la danse de salon, la zumba ou encore le patchwork … des pratiques plus éloignées de la culture légitime.Un autre enjeu est celui du degré élevé d’interconnaissance[3] entre les habitants. Le faible niveau de densité de population augmente les chances de rencontrer des personnes qu’on connaît dans son quotidien. Cette interconnaissance peut ainsi impacter les habitants sur leurs choix de loisirs, pour répondre à des enjeux de réputation.De fortes inégalités de genreAu sein des espaces ruraux, les inégalités entre hommes et femmes sont amplifiées. Le marché du travail en est un bon exemple. « Les femmes vont être concentrées dans le secteur de l’hébergement médico-social et dans l’action sociale (aide à domicile, aide-soignante, garde d’enfants) », explique Perrine Agnoux. Ces métiers réunissent les désavantages d’être mal payés et de se pratiquer dans des conditions pénibles.Le sujet du déplacement est là aussi source d’inégalités. Adolescentes, les jeunes filles ont moins accès aux deux roues. Adultes, le travail domestique est alourdi, et chaque déplacement prend du temps. Au sein d’un couple avec un seul véhicule, c’est davantage l’homme qui y aura accès. Il est ainsi plus difficile pour les femmes d’avoir accès aux droits : santé, contraception, lutte contre les violences…Perrine Agnoux a réalisé une enquête sur le territoire de la Corrèze sur les jeunes femmes des classes populaires. Elle a suivi 54 femmes de 18 à 27 ans, pendant 2 ans. Il en ressort que les filles y sont moins visibles. Elles sont en minorité numérique, car elles partent vers les grandes agglomérations faire des études supérieures. En effet, l’offre locale est moins adaptée aux filières privilégiées par les femmes. De plus, « les femmes doivent faire plus d’études pour arriver au même statut que leurs compagnons », précise la chercheuse.Des femmes dans les coulissesEn termes de loisirs, les activités féminines sont discrètes. « On peut prendre l’exemple de la zumba, qui est très présente. Il n’y a pas de spectacles, pas d’espaces de convivialité, même pas de vestiaires dans le village où j’ai enquêté. Alors qu’en comparaison, le rugby masculin est au cœur de la vie locale », raconte la sociologue. Sur la scène associative, les femmes demeurent dans les coulisses, et donnent des « coups de main ». S’engager à la tête d’une association leur demanderait une responsabilité très forte. Et leur rôle dans le couple et la famille est privilégié, d’autant qu’il s’ajoute à des contraintes professionnelles fortes.Leurs pratiques culturelles sont alors hétérogènes. « Elles font preuve d’une bonne volonté culturelle. Elles citent la lecture, les sorties culturelles dans les grandes agglomérations. Elles valorisent les voyages », rapporte Perrine Agnoux. Les plus dotées ont des expériences fréquentes dans les grandes agglomérations (concerts, musées…), mais participent également à des activités locales (activités sportives, artistiques…). Tandis que les moins dotées sont plus éloignées de la culture légitime, notamment à cause de freins matériels. Elles ont pourtant des aspirations à pouvoir avoir accès à cette culture tout en ayant un sentiment d’illégitimité.Diversité de territoires, surreprésentation des classes populaires, inégalités entre femmes et hommes… autant d’enjeux d’importance à prendre en compte pour que la culture scientifique puisse s’intégrer dans ces espaces « éloignés ».Un article rédigé par Samantha DizierCo-rédactrice en chef du Pop’Sciences Mag – Juin 2026——————————————————Notes[1] Institut national supérieur du professorat et de l’éducation.[2] Bourdieu P., La Distinction : critique sociale du jugement, Les Éditions de Minuit (1979).[3] L’interconnaissance désigne une situation où chaque individu d’un groupe donné est familier avec les autres membres de ce même groupe. >>> Revenir à la page d’introduction du dossier :Territoires éloignés, la culture scientifique hors des grandes agglomérations
EEntre ville et campagne, des pratiques culturelles différentes ? | #2 – Dossier Pop’Sciences « Territoires éloignés, la culture scientifique hors des grandes agglomérations » Depuis le 20e siècle, la culture n’a cessé de prendre de plus en plus de place dans le quotidien des Français. Mais selon les territoires et leurs habitants, les usages peuvent apparaître comme extrêmement variables. Y a-t-il ainsi une opposition nette entre publics et pratiques des aires urbaines et ceux des espaces ruraux ? Pour répondre à cette question, nous vous proposons un retour sur l’intervention de Camille Jutant, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Lumière Lyon 2, présentée lors du séminaire Pop’Sciences du 28 avril 2026.« Pour commencer, qu’entendons-nous par le terme de public ? », interroge Camille Jutant. En France, nous sommes héritiers d’une définition du public qui est marqué par le lien entre politique et culture. Elle repose sur l’idée que l’émancipation du peuple passe par l’accès à la culture et à la connaissance. Une conception qui remonte à la philosophie des Lumières et se retrouve lors de la Révolution française, en 1789, où selon les révolutionnaires, la mission d’un gouvernement est de permettre cet accès pour conduire à l’accomplissement démocratique.Au 19e siècle, l’accent est mis sur l’éducation, avec en 1881 et 1882, les lois visant à rendre l’école primaire publique, gratuite et obligatoire. Au 20e siècle, la culture se fait une petite place grâce à la conquête de temps libres, notamment avec l’introduction des congés payés en 1936, qui offrent alors la possibilité de s’adonner à des loisirs. Cet accès à la culture est alors perçu comme participant à la formation du citoyen.Pour permettre cet accès, l’État a une approche très interventionniste : il va mailler le territoire de différents équipements tels que des bibliothèques, des musées… « Cette démarche va forger l’idée qu’on se fait du public : c’est celui qui a accès et qui fréquente des équipements de culture, analyse Camille Jutant. On ne s’interroge jamais sur ce qui fait culture. »« Ainsi, si on considère le public à partir de la question de l’accès, les personnes des territoires ruraux déclarent forcément qu’elles ont moins accès à la culture », explique la chercheuse. 78 % des personnes interrogées en agglomération parisienne trouvent facile d’accéder à la culture contre seulement 51 % en milieu rural. La moyenne nationale est, elle, à 66%.Un manque d’envie ?Mais il s’agit d’une réalité en demi-teinte. « Car si on regarde les raisons annoncées pour ne pas pratiquer une activité culturelle, l’accès n’est pas la réponse majoritaire, explique Camille Jutant. Ce qui est prédominant, c’est le manque d’envie. Viennent, ensuite, les manques de temps et d’argent[1]. »Graphique issu de l’étude « Les pratiques culturelles des Français », étude Ifop Opinion menée en juin 2025. La chercheuse l’analyse ainsi : « Sans surprise, l’enjeu du »manque d’envie » dépend d’abord et avant tout de la disponibilité – physique, psychologique… – des individus dans des quotidiens jugés surchargés, avec plusieurs enjeux associés dont notamment une difficulté très concrète à »faire de la place » aux activités culturelles. Mais également une difficulté voisine, plus fondamentale et pernicieuse, à »sortir des routines » du quotidien. » D’où ressort le paradoxe que l’offre culturelle locale est sous-consommée par les populations, alors qu’elles sont beaucoup plus actives lors d’un séjour touristique.Ainsi, la majorité des personnes en milieu rural accorde une grande importance à la culture. Sur une échelle de 0 à 10, les personnes vivant en commune rurale y accordent une note de l’ordre de 6,6. Ce qui est peu éloigné des personnes vivant en agglomération parisienne qui lui attribuent une note de 7,1.Et cette réduction des écarts entre zones urbaines et rurales est de plus en plus importante. Entre 1973 et 2018, une étude du Département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation (DEPS) a analysé les pratiques culturelles des Français : en 1973, les personnes vivant dans des grandes agglomérations étaient 3,2 fois plus nombreuses à écouter de la musique tous les jours, alors qu’aujourd’hui il n’y a presque plus de différences. On peut, par exemple, l’expliquer par la très nombreuse présence de festivals en milieu rural : « 75 % despublics d’un festival proviennent du territoire », précise la chercheuse. De plus, la vie associative et bénévole en matière culturelle et patrimoniale est perçue comme très développée dans les milieux ruraux.Une diversification des pratiquesDe manière générale, ces progressions peuvent s’expliquer par les évolutions de la société, qui contribuent notamment à renforcer le poids de la culture. On retrouve, tout d’abord, la place des écrans comme un de ses vecteurs importants, que cela soit pour accéder à un internet, pour visionner des films ou jouer à des jeux vidéo. De plus, les formats d’activités se diversifient et gagnent en légitimité, tels que les spectacles de rue, les concerts de musique électronique et tant d’autres.Depuis le 20e siècle, les pratiques se sont également massifiées, avec historiquement une démocratisation via la scolarité et l’accès à des études supérieures. Grâce à l’allongement de la durée de la jeunesse, on voit apparaître un phénomène de génération culturelle. « La génération des »boomers » est la première à avoir gardé ses goûts de jeunesse tout au long de sa vie », ajoute Camille Jutant. La féminisation des usages est également importante. « Le fait qu’elles soient aujourd’hui plus diplômées que leurs homologues masculins dans les jeunes générations, mais aussi plus nombreuses à avoir suivi une formation littéraire ou artistique, constituent deux atouts essentiels qui expliquent en partie leur engagement supérieur dans l’art et la culture », précise la chercheuse qui rappelle l’analyse d’Olivier Donnat, sociologue au ministère de la Culture et de la Communication, en 2005 sur la féminisation des pratiques culturelles[2].Et enfin, l’augmentation globale du temps libre, ainsi que celle des mobilités impacte énormément les pratiques culturelles. Les départs en vacances sont synonymes de visites de monuments, de musées, d’expositions…« Entre 1986 et 2010, le temps hebdomadaire consacré au temps libre et aux activités de loisirs a ainsi progressé de 18 % pour les populations rurales et de 14 % pour les populations urbaines », rapporte Camille Jutant. Les publics ruraux ne sont donc pas en reste en termes de pratiques et d’engagement dans les divers domaines de la culture. ——————————————————Notes[1] Les pratiques culturelles des Français, étude Ifop Opinion menée en juin 2025.[2] Donnat, O., 49. La féminisation des pratiques culturelles (2005). Dans Maruani, M., Femmes, genre et sociétés : L’état des savoirs, La Découverte (2005). >>> Revenir à la page d’introduction du dossier :Territoires éloignés, la culture scientifique hors des grandes agglomérations
TTerritoires : la culture scientifique comme trait d’union | #3 – Dossier Pop’Sciences « Territoires éloignés, la culture scientifique hors des grandes agglomérations » « Un pays qui rêve est un pays qui vit » : cette devise du CCSTI de l’Ardèche est partagée aux acteurs présents au séminaire Pop’Sciences du 28 avril 2026 « Territoires éloignés, la culture scientifique hors des grandes agglomérations« qui mettent en œuvre des actions diversifiées pour lutter contre l’éloignement des publics vis-à-vis de l’offre culturelle. Résultat : un foisonnement de coopérations animant les territoires hors des grandes agglomérations, pour faire partout société grâce à la culture scientifique.Même si le terme « éloignement » peut interroger, un diagnostic s’impose : l’offre culturelle, sur les territoires, est loin d’être homogène et accessible. De surcroît, l’existence d’équipements et d’animations n’empêche pas que de larges pans de la population se trouvent empêchés de les investir pleinement. Que faire, face à cette mise à distance multiforme ?Aller vers et faire venir : l’itinérance© Pop’Sciences« Du vent, de la science et des étoiles… Et si la culture scientifique nous unissait ? » : c’est le pari raconté par Mathilde Cognet, Directrice du Pôle Culture à la Communauté de communes Val’Eyrieux et Séverine Morin, Responsable du CCSTI de l’Ardèche. Tout part d’un héritage commun. Trois équipements, non reliés, se trouvant dans des zones « dites » éloignées en Ardèche : l’Arche des Métiers, au Cheylard, l’École du Vent à Saint-Clément et l’observatoire Planète Mars, dans la commune du même nom. Comment mieux faire vivre ces lieux qui ont 20 ans d’existence et permettre la rencontre des publics ? Il est décidé que le dénominateur commun sera la culture scientifique. Avec l’objectif d’une part de faire venir les habitants « du coin » et « ceux de plus loin » (de la Région Auvergne Rhône-Alpes) dans les sites, et d’autre part, d’aller au-devant des publics grâce à une offre et une flotte dédiée. Une équipe mutualisée de 12 employés va ainsi « faire d’une contrainte, l’itinérance, une marque de fabrique », précise Mathilde Cognet. Les médiateurs se déplacent partout dans le département, 7 jours sur 7 : 447 demi-journées ont ainsi été effectuées hors les murs en 2025. En Ardèche, La Fête de la Science dure un mois (au lieu de 10 jours à l’échelle nationale) et le Village des Sciences change de lieu chaque année. En 2025, il s’est déroulé à Mirabel et a accueilli 3000 visiteurs : « On arrive à faire venir un public et un « non public[1] » transporté en bus » précise Mathilde Cognet. Dans cette aventure, la transversalité et l’expérimentation permettent aussi la collaboration avec d’autres secteurs (recherche, enseignement, culture, acteurs économiques, tissu social, enfance) afin de diversifier la programmation (par exemple pour l’évènement Printemps de l’esprit critique). Tous chercheurs, où que l’on soit© EbulliScienceFace à l’inégalité territoriale de l’offre culturelle et aux difficultés de déplacement, l’association EbulliScience, implantée à Vaulx-en-Velin dans le Rhône, a décidé de faire également de l’itinérance un crédo pour aller vers les publics, en créant le concept des Labomobils. Morgane Gil, Directrice de l’association et Anaïs Debourg, référente du dispositif l’affirment : « On veut être les plus accessibles vers celles et ceux qui sont éloignés ». Labomobils est un dispositif itinérant de médiateurs et médiatrices qui se déplacent avec du matériel pédagogique pour « être là où l’on nous le demande » : école, médiathèque, cinéma, centre pénitencier, lycée, classe verte… Ils interviennent dans un rayon maximum de 2h30 autour de Vaulx-en-Velin. Par exemple, à l’école du Biot, en Haute-Savoie, 4 ateliers sciences, pour chacune des 3 classes du village, ont été créés. La pédagogie active, véritable ADN de l’association qui met le public dans la posture d’un chercheur, est au cœur de l’action. Bilan : cet outil est précieux, nécessaire, car il crée une vraie relation de proximité nouvelle, mais il comporte des contraintes : une logistique exigeante, une mobilisation gourmande en temps pour les médiateurs et une certaine fragilité du modèle économique. Faire corps avec le territoire© Pop’SciencesL’itinérance, l’équipe Pop’Sciences connaît bien : « En 2017, nous avons créé un festival ayant pour objectif de rendre les sciences attractives et d’aller à la rencontre de publics éloignés dans la Métropole de Lyon et en territoire hors des grandes agglomérations » rappelle Cécile Rondeau, responsable communication et partenariats. La 5ème édition s’est déroulée à Belleville-en-Beaujolais. Bilan : 3 jours festifs au cœur de la ville avec 70 animations, 190 intervenants (issus des établissements de la ComUE Université de Lyon) qui ont accueilli 5000 visiteurs, dont 1000 scolaires. 75 % de ces publics, heureux de découvrir la culture scientifique, étaient des habitants du territoire de la Communauté de communes Saône-Beaujolais (CCSB).Quelle est la clé d’une telle réussite ? « On travaille en amont, pas à pas, avec le territoire : 2 ans avant l’événement, on va voir ses acteurs pour identifier ses spécificités, volontés, besoins. On réalise une véritable co-construction du festival » raconte Cécile Rondeau. Autre atout de l’édition 2025 : un territoire très engagé, doté d’une volonté politique forte de développer la culture scientifique, en lien avec un axe majeur, la transition écologique. Ce qui a permis un travail avec tous les acteurs locaux (collectivités, écoles, médiathèques) et de proposer des animations en amont du festival. « On a parlé du festival Pop’Sciences toute l’année dans le territoire » évoque Charline Maurice, Directrice culture et patrimoine de la CCSB.La pensée, un sport de combat Remédier à l’éloignement peut également conduire à repenser le service en adéquation avec les besoins de son époque. C’est ce que relève Rémi Vassieux, chargé de l’élaboration d’un Contrat territoire-lecture pour la CCSB. Relier 20 bibliothèques présentes dans 35 communes et rendre plus visibles leurs services est un premier défi. Mais il y a aussi l’adaptation du service, la nécessité de « faire rentrer la bibliothèque dans la vie des gens ». L’avis de la population est ainsi sollicité dans la réflexion menée sur le futur des bibliothèques du territoire. Par ailleurs, la médiathèque doit faire face aux pratiques numériques du jeune public : la tranche d’âge des 7-19 ans consacre, en moyenne, 18 minutes par jour à la lecture d’un ouvrage et 3 heures devant un écran. Cet usage, amplifié par l’IA, a des effets alarmants : baisse de la pensée critique et des facultés de mémoire, fatigue cognitive. Comment les médiathèques peuvent-elles innover sans perdre le sens de leur mission ? La culture scientifique est un levier possible : faire découvrir comment les sciences éclairent les grands enjeux de notre temps (environnement, santé, numérique, alimentation) ; développer une pratique de la pensée, du débat (EMI, philosophie, conférences, rhétorique) : comme l’évoque Rémi Vassieux, « faire de la bibliothèque une salle de sport de l’esprit, un lieu d’entraînement aux capacités mentales à la créativité et au jugement ».Créer l’attractivité scientifique © Pop’Sciences« Donner envie » peut découler enfin d’une révélation de richesses scientifiques du territoire : c’est cette démarche qui est à l’origine du Musée géologique de Fossilea situé à Saint-Jean-des-Vignes. « Dans le beaujolais, les choses sont venues de la base, des passionnés de culture scientifique » raconte Bruno Rousselle, conservateur de Fossilea. À l’origine, une reconversion d’une zone périphérique de la carrière Lafarge Ciments en 1987, a permis la mise au jour de fossiles à l’intérêt scientifique avéré. Un tissu d’associations, dont l’Espace Pierres Folles (regroupant universitaires, enseignants, amateurs éclairés, élus), a accompagné le développement du site. Les extensions successives de ce qui avait débuté comme sentier géologique et jardin botanique ont abouti à un musée ambitieux. Soutenu par les collectivités et ministères, il est aujourd’hui l’un des géosites pilotes du pays Beaujolais, labellisé Géoparc par l’UNESCO en 2018. « Le beaujolais est maintenant reconnu au niveau mondial pour sa diversité géologique : on a quasiment toutes les catégories de roches de la planète. Les applications humaines sont multiples : habitat, patrimoine, histoire et économie » conclut Bruno Rousselle. Un gain d’attractivité acquis grâce à la volonté de partager la science qui se cache sous nos pieds… Un article rédigé par Anne Guinot-DelemarleCo-rédactrice en chef du Pop’Sciences Mag – Juin 2026 ————————————————–Note :[1] C’est en 1968 avec le manifeste de Villeurbanne, rédigé par Francis Jeanson, qu’apparaît pour la première fois de manière formalisée la notion de « non-public ». « Il y a d’un côté le public, notre public et peu importe qu’il soit selon les cas actuel ou potentiel (c’est-à-dire susceptible d’être actualisé au prix de quelques efforts supplémentaires sur le prix des places ou sur le volume du budget publicitaire) ; et il y a de l’autre un non-public : une immensité humaine composée de tous ceux qui n’ont aucun accès ni aucune chance d’accéder prochainement au phénomène culturel. »Francis Jeanson, L’action culturelle dans la cité, Seuil, 1973.Source : Les non-publics : les arts en réceptions : 6es Rencontres internationales de sociologie de l’art de Grenoble, Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2005. >>> Revenir à la page d’introduction du dossier :Territoires éloignés, la culture scientifique hors des grandes agglomérations
BBotascopia : un projet de reconnaissance des plantes mêlant numérique et basse technologie C’est lors d’une formation en permaculture dans la Vallée de la Roya qu’Éric Tannier, chercheur à l’Inria de Lyon (l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique), s’est questionné sur le sens de son travail. Comment mieux intégrer des enjeux environnementaux et sociétaux à la recherche scientifique ? De cette remise en question est née son association au projet Botascopia, une base de données collaborative conçue avec d’autres chercheurs pour créer des outils de reconnaissance des plantes. Aujourd’hui, de nombreuses méthodes et outils permettent d’identifier la flore qui nous entoure. On peut feuilleter un guide sous forme de livre ou utiliser des applications de sciences participatives comme Pl@ntNet, capables de reconnaître une plante à partir d’une simple photo. Pourtant, ces outils présentent des limites. Les guides se confrontent à un paradoxe : soit ils tentent d’être exhaustifs et sont difficilement utilisables par un public non spécialiste, soit ils réduisent leur périmètre, mais perdent certaines espèces communément observables dans certaines régions. Du côté des applications misant sur l’instantanéité et l’accès rapide aux données, elles nécessitent un smartphone et une connexion pour fonctionner.Particulièrement attentif à ces défis, Éric Tannier a rejoint des chercheurs présents dans toute la France. Ils sont issus de la botanique, de l’informatique et des sciences sociales. Le projet de recherche transdisciplinaire Botascopia est né de cette volonté de créer un outil de partage des connaissances et de reconnaissance des plantes. Sur le site de Lyon, botanistes, écologues, informaticiens et philosophes collaborent pour œuvrer à l’échelle locale, tout en gardant un lien avec les autres chercheurs présents à Rennes, Paris ou Montpellier. « Je souhaitais rejoindre un projet transdisciplinaire, tout en répondant à des enjeux environnementaux et écologiques », avance Éric Tannier, devenu aujourd’hui spécialiste des interfaces sciences environnements sociétés.Ce projet a divers objectifs : constituer une base de connaissances sur les plantes à fleurs, partager des savoirs en botanique et sur la perception du vivant, et développer des outils informatiques, le tout pour parler à un public le plus large possible.[1]Le site internet BotascopiaAu contraire des applications existantes, le site Botascopia, en ligne depuis 2024, présente une approche sobre du numérique. Le site n’est pas l’outil numérique final, mais sert de passerelle entre un collectif humain et le terrain. Nous pouvons alors le qualifier d’outil low-tech ou basse technologie, c’est-à-dire qui utilise une technologie à faible impact environnemental et qui est accessible à tous.Alimenté de manière collaborative et contributive au fur et à mesure des projets, il recense aujourd’hui plus de 500 espèces de plantes. Pour cela, les collaborateurs entrent des données sur les plantes, comme leur description morphologique, leur altitude de développement ou encore leur période de pollinisation. Des photos sont ajoutées pour rendre plus visibles la plante, ses feuilles, son fruit ou encore sa fleur. Chaque observation correspond à un lieu précis, ce qui permet de cibler la présence des plantes sur un territoire donné. Cela crée une base de données riche, regroupant les espèces les plus communes en France.La création d’un livretL’originalité du projet, en lien avec cette base de connaissances, réside dans sa capacité à générer un livret personnalisé et imprimable en version A5 ou A4. Ce guide fonctionne comme un arbre de décision : nous, utilisateurs, sommes orientés pas à pas à travers une suite de choix logiques et connectés.Par exemple, à la première étape, nous identifions si la plante est soit un arbre, un buisson, une liane, soit une herbe ou une fleur. En fonction de la réponse choisie, nous sommes guidés vers une page du livret. À cette nouvelle page, de nouveaux choix se présentent à nous : les feuilles partent-elles du sol ? Les fleurs sont-elles en forme d’entonnoir ? Ou encore, les fleurs sont-elles jaunes ? Ces questions, dont les réponses sont fournies à la suite d’observations, permettent de regrouper les caractéristiques et d’aiguiller vers une plante. Ces fiches descriptives regroupent les informations présentes dans la base de connaissances du site.La création de ce livret, conçu comme un outil de médiation, repose sur un inventaire et un recensement préalables de la flore du territoire concerné. Cette mise en œuvre nécessite donc des compétences naturalistes en botanique.Exemple d’un livret « Fleurs indicatrices de Biovallée » – © BotascopiaUn outil de médiation propice à la réflexionÉric Tannier raconte : « Un collectif humain s’intéresse à une communauté de plantes. » Par cette phrase, il explique qu’il est nécessaire que la demande initiale soit formulée par les usagers du territoire eux-mêmes. Botascopia, ici, s’émancipe de la logique des applications classiques prêtes à une utilisation immédiate. Le projet démarre toujours par une démarche participative. Un collectif d’usagers (qu’il s’agisse d’un centre social, d’étudiants ou d’une association) se constitue autour et en fonction d’un territoire (un campus, un jardin ou un parc) afin de se mobiliser ensemble.Ce dynamisme collectif se traduit par des actions de médiation sur le terrain, par exemple poser un panneau en ardoise vierge que les participants doivent compléter en identifiant la plante située juste à côté. Le projet permet alors de mobiliser l’attention, de discuter et de s’interroger sur la flore qui nous entoure. C’est tout ce processus qui crée un lien social indispensable pour faire vivre la base de données et transformer un simple inventaire botanique en un moment de partage et d’échange. Aujourd’hui, Botascopia se développe grâce à son réseau, aux enseignants, aux médiateurs, aux associations et même grâce aux particuliers, par le mécanisme du bouche-à-oreille.Des exemples de réalisationsLe projet répond donc à des besoins spécifiques pour un territoire donné. À Lyon et au sein de sa métropole, une dizaine d’actions de ce type ont déjà été réalisées, et près d’une cinquantaine dans la région rennaise.Récemment, des étudiants en botanique sur le campus de la Doua à Villeurbanne ont réalisé un inventaire de la flore présente sur le site. À la suite de ce travail de terrain, un guide des plantes du campus a été édité pour valoriser la flore présente sur le campus.Nous pouvons également citer un livret réalisé sur la flore du parc René Dumont, à Villeurbanne, objet d’une animation avec le Centre social et culturel Charpennes Tonkin et le groupe Botascopia. Le livret généré a été utilisé par les animateurs et les habitants du quartier pour découvrir la biodiversité urbaine présente au pied des immeubles.Le jardin médiéval de la ferme de la Croix-Rousse a formulé une demande pour la création d’un livret auprès des chercheurs. Cette ferme d’animation pédagogique, dédiée à la sensibilisation à l’environnement et au développement durable, a pu concevoir sa propre collection de plantes. Cela permet aux enfants et aux familles de découvrir ces plantes médiévales grâce à un support ludique, de manière autonome ou accompagnés d’un médiateur.La suite ?Quel sera le devenir de Botascopia ? Avec l’objectif de développer des outils de transmission et de partage des connaissances botaniques, nous pouvons imaginer que, dans 5 ans, la base de données pourrait avoir doublé grâce aux contributions locales. Cela permettrait de couvrir une bonne partie de la flore française. Le projet tend donc à s’élargir, que ce soit par l’enrichissement de sa base de connaissances ou par le nombre d’animations réalisées.Malgré sa nouveauté, le projet se confronte à différentes limites. Pour concevoir un livret, il faut déjà avoir des connaissances en botanique et, le cas échéant, faire intervenir un spécialiste. De plus, avec « seulement » 500 espèces répertoriées, cela ne couvre pas tout le spectre de la flore mondiale existante, qui se compte à près de 350 000 espèces. Néanmoins, avec sa démarche de sobriété technologique et numérique, ce projet reste une alternative intéressante aux applications alliant smartphones, connexions permanentes et intelligence artificielle.Un article rédigé par Mélie Bousson pour Pop’Sciences – Juin 2026——————————————————————————-Note[1] La démarche BotascopiaPPour aller plus loinVers une science plus verte à l’ère de l’anthropocène, mars 2020Botanique des marginales : une journée d’initiation et de formation à l’attention, octobre 2025
LL’alimentation, une question territoriale ? | « Dis pourquoi ? » Dis Pourquoi ? est une chronique de vulgarisation scientifique de 5 minutes diffusée chaque mardi sur RCF Lyon à 11h50. Dis Pourquoi ? questionne et explore notre univers par les sciences. Chaque semaine, une ou un scientifique répond aux questions et dévoile ses travaux de recherche. > Émission du 23 juin 2026Claire Delfosse est géographe ruraliste à l’Université Lumière Lyon 2. Elle étudie la question de l’alimentation et cherche à comprendre en quoi elle est une question territoriale. Elle a participé au comité scientifique du 17e numéro du Pop’Sciences Mag « Alimentation, un enjeu de société ».Écoutez le podcast :> Pour plus d’information, rendez-vous sur le site :RCF LyonPPour aller plus loinAlimentation, un enjeu de société – Pop’Sciences Mag#17
CC’est chez moi Découvrez ce court-métrage documentaire suivi d’une rencontre intergénérationnelle, dans le cadre de la résidence de chercheur au Rize de Charlie Bernier, étudiant en master EGALES (études de genre). Dans le cadre de son projet, Charlie Bernier a réalisé un mini-documentaire, filmé dans cette résidence. Le court-métrage documentaire sera projeté au Rize et la projection sera suivie d’un échange sur l’appropriation d’un nouvel espace de vie par les personnes âgées.Charlie Bernier, étudiant en master Études genre et actions liées à l’égalité dans la société (ÉGALES), à l’Université Lumière Lyon 2, mène une recherche en étude de genre auprès de personnes âgées qui vivent en résidence autonomie à Villeurbanne. Il s’intéresse au rôle genré que joue la mémoire dans la construction de leur identité. Pour le dire autrement : il étudie les différences entre les femmes et les hommes dans la manière de parler de “qui j’étais” pour présenter “qui je suis”.La mémoire se retrouve dans trois contextes de son enquête. D’abord dans des entretiens individuels où il leur propose de lui parler de souvenirs marquants de leur vingtaine. Ensuite lors d’entretiens collectifs où il les invite à discuter de souvenirs partagés. Et enfin avec des ateliers-mémoire en résidence, où il sera cette fois en observation. En faisant cette étude, il veut démontrer que la mémoire est construite socialement, notamment par le genre et l’âge. L’idée est de s’intéresser et de donner la parole à des personnes souvent marginalisées.>> Pour en savoir plus : Université Lumière Lyon 2
GGrandir en aidant | Triptyque Dans ce troisième et dernier podcast, dont le triptyque est consacré aux jeunes aidants, nous allons essayer de comprendre comment ces expériences se reconfigurent sur le temps long de la jeunesse et, quel sens les enfants et les parents donnent à ces expériences d’aide.Pour en discuter nous sommes avec Diane BEDUCHAUD, doctorante à TRIANGLE., en 3ème année de sociologie dont le sujet de thèse est « Le sens (précoce) des responsabilités ». > Écoutez le podcast :https://popsciences.universite-lyon.fr/app/uploads/2026/03/tri12-3_dianebeduchaud.wav > Lire la retranscription des propos de l’interview :Vous nous avez parlé dans l’épisode précédent de l’aide apportée au jeune âge. Et quand les jeunes entrent dans l’âge adulte : comment cela se passe ?Diane Beduchaud – A l’entrée dans l’âge adulte, on a plusieurs processus qui vont entraîner une reconfiguration de l’aide : les jeunes entrent dans les études supérieures ou le travail salarié, ils peuvent quitter le domicile familial et partir parfois loin, ils peuvent aussi se mettre en couple.Et on observe alors deux types de logiques : des logiques de désengagement de l’aide, ou alors la poursuite de l’engagement selon d’autres modalitésPour les frères et sœurs d’enfant en situation de handicap la modalité la plus observée dans les familles que j’ai étudié c’est le désengagement. Ce désengagement, il est possible car dans ces familles au moins un adulte reste présent pour poursuivre l’aide à l’enfant en situation de handicap. Les frères et sœurs vont donc aller vers une aide plus ponctuelle lors de leurs retours au domicile familial et vers une aide qui va se transformer vers une aide à la socialisation, par exemple : aider son frère ou sa sœur à avoir une vie sociale, à se faire des amis.Donc finalement les jeunes qui qui restent engagés fortement dans ces configurations d’aide sont très rares.Mais la question qui traverse toutes les fratries c’est celle du réengagement potentiel, de la prise de relais lorsque les parents vieillissent. Et je pense notamment à un jeune de garçon de 13 ans dont le frère aîné a des troubles autistiques, et qui s’inquiète déjà de savoir comment il pourra prendre le relais une fois que ses parents seront trop âgésPour les jeunes qui aident un parent, le désengagement dépend de la configuration familiale, lorsqu’un autre parent est présent, la question se pose moins, mais quand ce n’est pas le cas les aînés vont passer le relais à leur fratrie et aux cadets restés à domicile, lorsqu’ils quittent le foyer familial. On observe ainsi des chaînes de transmission de la charge de l’aide.Mais quand le parent vit seul, les jeunes peuvent rester à domicile pour poursuivre l’aide à leur parent, ou alors prendre leur indépendance tout en revenant très régulièrement.L’aide, elle peut alors se reconfigurer à distance en étant plus ponctuelle, ou par d’autres moyens : soutien moral par téléphone, gestion administrative à distance, par exemple.Est-ce que le fait d’avoir été aidant dans son enfance, ou dans sa jeunesse crée des différences avec les autres jeunes du même âge ?D.B – Bien sûr, le fait de grandir avec un proche malade ou en situation de handicap, cela crée une socialisation au « care », au soin qui est très précoce. En fait pour le dire plus facilement, ces jeunes, ils apprennent dès le plus jeune âge à prendre soin, à se préoccuper d’un proche qui a une vulnérabilité de santé. Ces jeunes, ils peuvent aussi être confrontés à des problématiques ou à des responsabilités que les autres jeunes du même âge ne connaissent pas. Et cela peut d’ailleurs générer un sentiment d’écart par rapport à leurs camarades du même âge, ou de plus grande maturité.Ces jeunes sont aussi confrontés de façon indirecte aux effets de la stigmatisation sociale des personnes malades ou en situation de handicap. De ce fait, beaucoup de jeunes interrogés décrivent une plus grande « maturité », mais aussi un intérêt pour les personnes malades ou en situation de handicap. Je pense notamment à un jeune de 18 ans dont la mère est en situation de handicap, et qui s’est toujours senti à l’écart avec les autres pendant son enfance puisque les enfants autour de lui se moquaient des personnes en situation de handicap.Et que pensent les enfants et leurs parents de l’aide apportée et est-ce qu’ils se reconnaissent dans le terme aidant ?D.B. – Alors c’est très intéressant, il y a toute une littérature qui montre que les jeunes ne se reconnaissent pas comme aidants, mais de la même manière que les adultes aidants ne se reconnaissent pas comme tels. Alors on peut se demander comment on peut expliquer ce refus de se reconnaître ?Du point de vue des enfants ce qui apparaît dans les entretiens c’est que pour eux ce terme ne fait pas sens car l’aide qu’ils apportent est routinière, intégrée à leur participation à la vie familiale, et que l’entraide fraternelle ou l’aide filiale sont des valeurs intériorisée et valorisées dès le plus jeune âge.Ces jeunes, ils mettent en avant le sentiment de la vis-à-vis de leur parent, et d’obligation filiale, ou d’entraide familiale, et d’entraide fraternelle.Il y a une telle naturalisation et normalisation de l’aide familiale, que pour ces jeunes, ce qu’ils font n’a pas de spécificité, c’est une pratique familiale ordinaire qui est justifiée par leur relation avec leur proche.Du point de vue des parents, on trouve d’autres types d’explication. En fait, on trouve deux positions antagonistes. Pour certains parents, le terme « jeunes aidants » est utile, et permet de valoriser le rôle que prennent les enfants et donc ces parents l’apprécient, et ont tendance à l’utiliser. Mais pour d’autres ce terme est dangereux, puisque reconnaître que l’enfant est aidant c’est pointer le regard de l’aide sociale sur cette situation. Je pense notamment à ce que m’a raconté une mère en situation de handicap qui m’a confié qu’elle avait été l’objet d’une visite de l’aide sociale à l’enfance afin de vérifier que ses enfants n’étaient pas en danger du fait des tâches qu’ils accomplissaient pour l’aider, du fait de son handicap.Donc ce terme jeune aidant il est ambivalent et d’ailleurs les associations elles mêmes, elles se tiennent sur une ligne de crête : d’un côté elles l’utilisent ce terme pour mettre en lumière le public qu’elles veulent soutenir, mais de l’autre elles pointent aussi le risque d’enfermer les jeunes dans ce rôle ou de stigmatiser les familles. > PrécédemmentDe l’invisibilité à la mise en lumièresJeunes aidants : une jeunesse aux multiples visages> À suivre…Le triptyque dont le sujet est les jeunes aidants est terminé. Nous vous donnons rendez-vous pour un nouveau triptyque, avec un tout autre sujet.>> Pour en savoir plus : Triptyque – Laboratoire Triangle
LLa recherche en sciences humaines et sociales | Le magazine RchRch Le magazine de la recherche en sciences humaines et sociales de l’Université Lumière Lyon 2RchRch a pour ambition de partager les savoirs et les connaissances en train de s’élaborer dans les 32 laboratoires de recherche de l’Université Lumière Lyon 2, de décrypter le monde qui nous entoure et de rendre la recherche et ses résultats accessibles à toutes et tous. Il rappelle ainsi, au fil des pages, à quel point les sciences humaines et sociales, dans leur très grande diversité, sont indispensables à la pensée humaine et à l’intelligence des sociétés.Au sommaire de chaque numéro : un dossier thématique, des regards croisés de chercheuses et chercheurs sur un thème d’actualité, des explorations de projets et partenariats de recherche, un grand entretien avec un chercheur, un tête-à-tête avec un doctorant, un focus sur une structure de recherche, et pleins d’autres choses encore… !Chaque numéro sera également l’occasion d’une collaboration avec des illustrateurs différents.> RchRch n°6 : Le travail face aux dilemmes morauxAvec ce sixième numéro, RchRch explore les enjeux moraux des pratiques de travail. Au-delà de ce dossier, il sera question de la crise du logement, de nos relations à la nature, de démocratie, mais aussi d’archéologie, d’histoire du cinéma ou d’auto-traduction en poésie et bien d’autres sujets pour découvrir les recherches de l’université. Par ailleurs, cette nouvelle édition vous invite à explorer d’autres enjeux contemporains de la recherche. Que recouvre l’expression « crise du logement » en France et en Espagne ? Comment les innovations participatives contribuent-elles à façonner les villes plus justes de demain ? Quels défis soulève l’introduction de la nature en ville pour les acteurs et actrices des politiques publiques ? La question environnementale y est aussi abordée à travers une réflexion croisée entre littérature et géographie, présentant la structuration d’un champ de recherche : l’écocritique. Vous découvrirez enfin de passionnants terrains d’étude en arts et en histoire : simulation de l’éclairage des académies d’art au XVIIIe siècle, fouilles archéologiques en Arménie, ou encore auto-traduction en poésie.Rchrch n°6> Consulter les précédents numéros de RchRch :RchRch N°5 – Automne 2025RchRch n°4 – été 2022RCHRCH n°3 – Février 2022RCHRCH n°2 – été 2021RchRch n°1 – Janvier 2021
SSciences, un métier de femmes | BD Montrer par l’exemple que tous les métiers scientifiques sont mixtes, décrypter les stéréotypes, dépasser les idées reçues, telle est l’ambition de la journée Sciences, un métier de femmes organisée par Isabelle Vauglin et Audrey Mazur, qui, chaque année depuis 2017, rassemble près de 500 lycéennes de l’Académie de Lyon pour les convaincre d’avoir confiance en leurs capacités de réussir.La désaffection des jeunes filles pour les filières scientifiques est préoccupante. Les jeunes filles ont du mal à se projeter dans les métiers techniques et scientifiques et à envisager de faire les études pour y parvenir parce qu’elles manquent de figures féminines de référence et parce que les idées reçues ont la vie dure. Cette journée de mars a pour vocation de faire tomber ces préjugés…Lors de ces journées, spécifiquement destinées aux lycéennes de l’académie et leurs enseignant(e)s, celles-ci ont pu rencontrer des jeunes femmes travaillant dans des domaines technologiques et scientifiques variés, et discuter librement avec elles. Afin de mieux comprendre les enjeux de la place des femmes dans les sciences et de mieux décrypter les stéréotypes de genre, les lycéennes ont également pu assister aux interventions des organisatrices et de la sociologue Clémence Perronnet.Depuis plusieurs années, les organisatrices proposent également, pour compléter la matinée, des visites de laboratoire ou du musée des Confluences, l’après-midi.Depuis 2017 ans, à l’occasion de ces rencontres, une bande dessinée a été réalisée : en 2017 par Ben Lebègue, puis en 2018 par Leah Touitou, illustratrice et scénariste jeunesse, accompagnée par Anjale, auteure, illustratrice et dessinatrice de BD, en 2025.Journées organisées par l’association Femmes & Sciences, le LabEx ASLAN, le laboratoire ICAR, le CRAL.> Cliquez sur l’image pour la découvrir la BD 2026 :VVoir les BD des années précédentes :BD 2017BD 2018BD 2019 BD 2020BD 2021BD 2022BD 2023BD 2024BD 2025