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Accueillir les littératures : réflexions sur les représentations du masculin et du féminin

AAccueillir les littératures : réflexions sur les représentations du masculin et du féminin

©PUL

Assignés aux catégories du masculin ou du féminin, les individus ne cessent de leur échapper. La littérature le sait et donne depuis longtemps à penser sur ces échappées et ces résistances.

« Des deux sexes et autres » : l’écriteau qui surmonte la pension Vauquer dans Le Père Goriot indique, à qui sait lire, que la littérature constitue un espace privilégié pour une réflexion sur l’ordre social des sexes. Elle en sonde les failles, en révèle les crises, et ouvre aux lecteurs, de façon provocante ou secrète, d’autres possibles. Dans la perspective des études de genre, la collection Des deux sexes et autres propose des ouvrages qui étudient les façons dont la littérature reproduit, déplace ou subvertit les normes et les catégories dans le monde moderne, de Rousseau à nos jours. Les analyses peuvent porter sur les représentations du masculin et du féminin, mais aussi sur leurs constructions langagières, sur leur place dans les poétiques et dans les stratégies discursives. Elles invitent à une réflexion sur les enjeux de pouvoir symbolique et à une relecture critique de l’histoire littéraire.

À l’occasion de la parution prochaine de deux nouveaux titres dans la collection Des deux sexes et autres, les Presses universitaires de Lyon – PUL – sont heureuses de vous convier à une rencontre avec les autrices Valérie Favre (Virginia Woolf et ses petites sœurs) et Aurore Turbiau (Engagées : littératures féministes, France et Québec (1969-1985)).

Intervenants : Yannick Chevalier, coéditeur scientifique du Chantier littéraire de Monique Wittig, Christine Planté, directrice de la collection Des deux sexes et autres.

Rencontre modérée par : Camille Islert, autrice de Renée Vivien : une poétique sous influence ?

Pour en savoir plus, consultez le site :

PUL

«La Jungle est notre maison»

««La Jungle est notre maison»

Vivre dans la « Jungle » de Calais, entre refuge et relégation

Lieu de confinement et de mise en attente des migrants situé aux lisières d’une ville-frontière, la “Jungle” de Calais apparaît comme un entre-deux ambigu et oxymorique qui articule le passage et le refuge.

Entre itinéraires nomades et sédentarité forcée, les migrants de Calais s’inscrivent dans une histoire de longue durée, celle des frontières (post)coloniales et des camps de populations “indésirables”. Habiter la “Jungle”, c’est également affirmer son humanité (mise en altérité et vulnérabilisée), dans un espace fréquemment associé à l’animalité. Loin de constituer un non-lieu, la “Jungle” est un espace dans lequel se redéfinit le rapport à l’habiter, un habiter nomade qui entrecroise la ligne et le réseau.

Cette conférence s’inscrit dans le projet de recherche « Elle est où ta maison ? Lieux et territoires de l’enfance bouleversée par l’histoire » porté par l’UR CONFLUENCE : Sciences et Humanités et la Maison d’Izieu, musée-mémorial.

>> Intervenants :

>> Pour en savoir plus : 

Ucly

 

Ce que nous apprend l’histoire du féminisme au Québec

CCe que nous apprend l’histoire du féminisme au Québec

Cet article propose un retour sur la longue histoire du féminisme au Québec, sur ses figures marquantes et sur la relation entre ce mouvement hétérogène et d’autres structures, qu’il s’agisse de partis politiques ou d’organisations de défense des droits des différents peuples autochtones.

Un sondage effectué en juillet 2025 montre que plus de 56 % de la jeune génération québécoise (18-34 ans) soutient l’indépendance du Québec. Pourtant, cette même génération se mobilise avant tout pour des luttes mondiales telles que l’écologie, la justice sociale et le féminisme. Comment comprendre ce paradoxe apparent ? […]

Un article d’Adeline Vasquez-Parra, maîtresse de conférence à l’Université Lumière Lyon 2 – The Conversation – 1er oct. 2025

>> Lire l’article complet :

THE CONVERSATION

Rencontres Cultures et Santé Mentale – 2e édition

RRencontres Cultures et Santé Mentale – 2e édition

Entre solitude et isolement, comment retisser le lien social pour favoriser une meilleure santé mentale.

En juin 2025, La Commission de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) sur le lien social a publié un rapport mondial qui révèle que la solitude touche une personne sur six dans le monde et a des répercussions considérables sur la santé et le bien-être. « Il faut traiter la santé sociale avec la même urgence que la santé physique et mentale. »

La 2e édition des « Rencontres Cultures et Santé mentale » s’inscrit dans une démarche transculturelle, transdisciplinaire et transgénérationnelle : des regards croisés pour inventer une autre façon de se relier à soi et aux autres. Pour cette nouvelle édition, le Carrefour des Cultures Africaines se mobilise autour des enjeux du lien social, pilier de la santé mentale, et fondement de notre vivre ensemble. Ces rencontres réunissent chercheur·euses, professionnel·les, artistes et acteur·rices de terrain pour interroger les liens entre santé mentale, migrations, isolement social et pratiques culturelles. Elles seront l’occasion de mettre en lumière des expériences, des savoirs et des initiatives qui, chaque jour, renforcent la solidarité et l’hospitalité au sein de nos territoires.

Le programme des Rencontres s’organise autour de trois thématiques :

  • Lien social à l’épreuve de l’expérience migratoire : qui accueille ?
  • Solitude et vulnérabilité des jeunes : qui accompagne ?
  • Isolement social et exclusion : qui soutient ?

Avec la participation de : Fédération des acteurs de la solidarité AURA, Maison de l’hospitalité, Médecine et droit d’asile, Collectif soutiens migrants, le 102 Centre de santé Université de Lyon, Alynea Samu Social 69, EPSM des Flandres, Daniel Derivois Ph.D, Dr Eric Salomé… Et plus encore !

Pour en savoir plus :

Carrefour des cultures africaines

Tissons des solidarités : entre Lyon et l’Afrique, mémoires de révolte et solidarité entrelacées

TTissons des solidarités : entre Lyon et l’Afrique, mémoires de révolte et solidarité entrelacées

Cette exposition explore l’art du tissage comme langage collectif : entre les traditions africaines et celles des canuts lyonnais, elle interroge la mémoire des gestes, la force du fil qui relie, et la solidarité des ouvriers face à l’industrialisation.

« Quand le tisserand lève un pied, son autre pied descend. Quand l’un de ses pieds cesse de bouger, le mouvement s’arrête, le tissage s’interrompt. La navette passe d’un geste adroit de l’une à l’autre de ses mains, mais aucune d’elles ne pourrait assurer seule ce mouvement. Tout comme les gestes du tisserand, c’est l’union des contraires qui tisse nos vies. » Adage traditionnel peul
Entre fil de soie et fil de coton, canuts lyonnais et tisserands africains sont des créateurs et des passeurs de mémoires, mémoires de révoltes et de solidarités. L’art de filer, d’entrelacer des éléments bigarrés et disparates pour que la chaîne et la trame puissent composer un tissu, le tissu de nos vies en commun : voilà le défi pour faire société ! »

À travers outils, matières et voix, cette exposition dévoile comment le tissu devient à la fois œuvre, résistance et parole partagée.

En partenariat avec : la Maison des Canuts.

Commissaire d’exposition : Cyrille Aristide – Avec la participation de : Régine Rouch, Carrefour des Cultures Africaines, Pascal Janin, Maison Internationale Missionnaire de Lyon, Marlène Racault, bibliothécaire du Carrefour des Cultures Africaines – CCA

Pour en savoir plus :

Carrefour des cultures africaines

 

L’accueil de populations vulnérables dans les zones rurales | Café des chercheurs de la Transfo’

LL’accueil de populations vulnérables dans les zones rurales | Café des chercheurs de la Transfo’

Pour le prochain café des chercheurs de la Transfo’, la Fondation Sciences Po Lyon invite Elise Martin, docteure en géographie, pour aborder la question de l’accueil de populations vulnérables dans les zones rurales.

Elle présentera sa thèse de géographie consacrée à l’accueil de personnes exilées et de personnes en situation de handicap intellectuel dans des espaces ruraux du sud du Massif central. À partir de deux terrains d’enquête autour de Marvejols (Lozère) et de Saint-Jean-du-Gard (Gard), elle analyse les modalités concrètes de l’accueil et de l’accompagnement hors des métropoles.

Pour en savoir plus :

Café des chercheurs

 

Filles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures | Un dossier Pop’Sciences

FFilles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures | Un dossier Pop’Sciences

À l’occasion du séminaire Pop’Sciences du 28 novembre 2025*, la communauté des acteurs de la culture scientifique et technique s’est réunie pour une matinée autour de « Filles et femmes en sciences : réfléchir à nos postures ».

L’idée des échanges de cette matinée était de montrer les différentes actions qui sont menées, et qui pourront être menées, au sein de différentes structures de recherche, d’enseignements du territoire, et dans la vie quotidienne, d’identifier les postures que nous devons et pouvons adopter, comment ne pas être contre-productifs et, au final, comment faire pour œuvrer ensemble, sans stigmatiser.

Les échanges riches et fournis ont donné lieu à deux articles : un premier article a été rédigé à partir de la conférence d’introduction d’Isabelle Vauglin qui a exposé un état des lieux de la place des filles et des femmes en science ; un second article synthétise les interventions et discussions de la table ronde où intervenaient Christine Berton, Vilaine Dutrop, Florence Françon, Audrey Mazur et Aurélie Olivesi.

Intervenantes au séminaire du 28 novembre 2025 :

> Isabelle Vauglin, astrophysicienne au CRAL – Centre de recherche astrophysique de Lyon (CNRS – Lyon 1 – ENS de Lyon) – vice-présidente de l’association Femmes & Sciences. Elle est à l’origine de l’événement « Sciences, un métier de femmes » qu’elle organise chaque année depuis 2017 avec Audrey Mazur du LabEx ASLAN et le soutien de l’ENS de Lyon.

> Audrey Mazur, ingénieure de recherche – Laboratoire d’Excellence ASLAN – Laboratoire ICAR (UMR5191, CNRS, Université Lumière Lyon 2 et ENS de Lyon) | Coordinatrice du WP Science with and for Society du LabEx ASLAN – Responsable de l’équipe Interactions, Cognitions (ICAR) | Correspondance Égalité CNRS – Correspondante Valorisation du Laboratoire ICAR | Co-organisatrice de la journée Sciences, un métier de femmes

> Christine Berton, chargée de projets science et société – CCSTI La Rotonde – École Nationale Supérieure des Mines de Saint-Étienne  – Encadre le dispositif Sciences en tous genres

> Florence Françon, chargée de mission Égalité et non-discrimination à l’ENS de Lyon.

> Aurélie Olivesi, maîtresse de conférences HDR Université Claude Bernard Lyon 1 – Équipe de recherche de Lyon en sciences de l’information et de la communication ELICO | Référente pour la Mission égalité Université Lyon 1

> Violaine Dutrop, autrice/essayiste, spécialiste genre et éducation, présidente-fondatrice de l’Institut EgaliGone

LLes articles du dossier

  • #1 – Femmes scientifiques : passer à la vitesse supérieure ! rédigé par Anne Guinot, co-rédactrice en chef du Pop’Sciences Mag

Au-delà des déclarations d’intention, la place des femmes dans les carrières scientifiques demeure trop timide en France, particulièrement pour les sciences dites dures. Selon l’astrophysicienne Isabelle Vauglin, Vice-présidente de l’association « Femmes & Sciences », les causes sont ancrées dans la mémoire collective.

 

Lire l’article #1

 

  • #2 – Filles et science : comment les accompagner ? – rédigé par Samantha Dizier – co-rédactrice en chef du Pop’Sciences Mag

Depuis une dizaine d’années, on peut observer une forte diminution de la proportion de filles dans les études scientifiques au fur et à mesure de leur avancée dans la scolarité. Comment inverser cette tendance ? Cinq expertes de la médiation scientifique et du monde universitaire ont échangé sur le rôle et la posture de la médiation face à cet enjeu de société. Découvrez la restitution de cette table-ronde.

LIRE L’ARTICLE #2

 

* Matinée séminaire organisée par Pop’Sciences – Université de Lyon, en partenariat avec les organisatrices de « Sciences, un métier de femmes » Isabelle Vauglin (CRAL) et Audrey Mazur (LabEx ASLAN – Laboratoire ICAR), et l’association Femmes & Sciences.

Photos : Vincent Noclin

 

Femmes scientifiques : passer à la vitesse supérieure ! | #1 – Dossier Pop’Sciences : Filles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures

FFemmes scientifiques : passer à la vitesse supérieure ! | #1 – Dossier Pop’Sciences : Filles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures

Au-delà des déclarations d’intention, la place des femmes dans les carrières scientifiques demeure trop timide en France, particulièrement pour les sciences dites dures[1]. Selon l’astrophysicienne Isabelle Vauglin, Vice-présidente de l’association « Femmes & Sciences », les causes sont ancrées dans la mémoire collective. Lors du séminaire Pop’Sciences du 28 novembre 2025, la chercheuse a dressé un état des lieux vigilant et plaidé pour une science qui ne peut se faire sans les femmes.

Quelle est la présence des femmes dans les carrières scientifiques ? Si l’on consulte le bilan social 2023 du CNRS, celui-ci affiche une quasi-parité avec une proportion de 44 % de femmes. Mais, le diable est dans les détails… Car, quand on regarde de plus près, on constate que la répartition des femmes dans les différents métiers est loin d’être homogène : les sciences dures accueillent seulement 10,5 à 20% de femmes en physique, informatique, nanotechnologie, électronique, mécanique, matériaux, maths parmi les chercheurs. Et l’on n’entrevoit pas d’évolution possible dans les années à venir. À l’inverse, les sciences humaines et sociales sont investies par une large majorité de femmes (64 à 72 % en anthropologie, sciences du langage, gestion de la recherche). Or, comme Isabelle Vauglin le rappelle : « Pour être efficace et productive, la science a besoin d’être mixte et non pas genrée ».

La comparaison avec nos voisins européens n’est pas plus réjouissante. Le Gender Scan étudiants[2] fait apparaître en Europe, pour la période 2013-2020, une progression globale des femmes diplômées de 19 % dans les STIM (Sciences, Technologies, Ingénierie, Mathématiques). Alors que la France affiche, sur la même période, un recul de 6 %…

« Les cerveaux roses et les cerveaux bleus, ça n’existe pas »

Plus préoccupant, on observe un phénomène survenu après la réforme du lycée de 2018, qui a introduit un choix de spécialités. Dès 2020, la proportion de filles a chuté : « Aujourd’hui, en moyenne, en terminale, il y a une fille par lycée en spécialité Numérique et sciences informatiques ! Il faut qu’elle ait les reins vraiment solides pour tenir dans une classe exclusivement de garçons ! », observe la chercheuse.

Résultat : la moitié des filles qui sortent du lycée n’a plus de formation scientifique depuis la classe de Première. Isabelle Vauglin rappelle pourtant : « Il n’y a aucune différence cognitive entre les cerveaux des hommes et le cerveau des femmes, les cerveaux roses et les cerveaux bleus, ça n’existe pas. La bosse des maths est un mythe qui est faux ! ».

Alors, pourquoi les filles, qui réussissent mieux que les garçons en général (leur pourcentage de titulaires d’un bac est 11 % plus élevé que les garçons), se détournent-elles, dès la Première et après le bac, des options et des filières STIM ? Non, ce n’est pas la faute d’une prétendue autocensure ! Il faut d’ailleurs bannir ce terme qui a tendance à attribuer aux filles la responsabilité de leur situation, alors qu’elles en sont les victimes. Mieux vaut se pencher sur les mécanismes sociaux qui excluent, depuis des générations, les femmes de la sphère scientifique : c’est le cas des stéréotypes de genre véhiculés dès l’enfance et des processus d’invisibilisation des femmes en sciences.

Lutter contre les stéréotypes de genre

Selon une Etude l’Oréal et Opinion Way de 2015, à la question « Comment décrivez-vous un scientifique ? », 67 % des européens répondent que c’est un homme. Nous voilà face à l’une des innombrables manifestations d’un stéréotype de genre qui persiste à peupler nos inconscients collectifs.

Ce stéréotype présente des effets pervers : les chercheurs Isabelle Régner[3] et Pascal Huguet[4] évoquent, ainsi, l’effet de menace du stéréotype. Celui-ci peut être activé, par exemple, chez une jeune fille, quand on lui présente un test en lui indiquant qu’il s’agit d’un test de géométrie (alors qu’il pourrait être aussi soumis comme un simple exercice de dessin). Elle se dit alors : « Je suis une fille, donc, je suis mauvaise en maths, je vais avoir du mal à répondre à cette question ». Résultat : une partie du cerveau se mobilise pour combattre le stress généré par ce stéréotype et n’est pas utilisée pour résoudre le problème. Les filles se retrouvent ainsi contraintes de le confirmer et produisent des contreperformances qui ne reflètent pas leurs compétences.

Des biais présents partout

750 000 bulletins scolaires ont été épluchés en février 2025. Parmi les mots qui ressortent le plus souvent pour les filles, on trouve « manque de confiance en soi », « souriante », « stressée ». La partie positive est plutôt focalisée sur leur attitude. Pour les garçons, les qualificatifs de « puéril », « intuitif » et « curieux » sont les plus fréquents et le caractère positif est axé sur les compétences.

Dans une lettre de recommandation pour une scientifique, le vocabulaire employé sera souvent « travailleuse », « courageuse », alors que pour un homme, ses compétences en tant que scientifique seront davantage soulignées.

Dès l’école, on observe qu’un décrochage des petites filles pour les maths se met en place dans les six premiers mois du CP. Il durera tout au long de l’enseignement primaire.

Il est donc impératif d’aider, au plus tôt, les filles à comprendre qu’elles n’ont pas de raison de mettre en doute leurs capacités scientifiques. Des solutions existent pour donner confiance : l’association Femmes & Sciences organise, depuis 2017, une journée « Sciences, un métier de femmes ! ». Dédiée aux lycéennes, elle permet la rencontre avec des femmes travaillant dans des domaines technologiques et scientifiques variés, dans le public et le privé. L’objectif est de montrer, par l’exemple, que tous les métiers scientifiques sont mixtes, d’aider les jeunes filles à décrypter les stéréotypes et de les convaincre d’avoir foi en leurs capacités de réussir.

Illustration du Colloque 2025 de Femmes & Sciences – ©Léah Touitou

Révéler ce que la science doit aux femmes

Connaissez-vous l’Effet Matilda ? Il fait référence aux découvertes oubliées des femmes scientifiques. En 1993, l’historienne des sciences Margaret Rossiter révèle que celles-ci profitent moins des retombées de leurs recherches que les hommes. Elle dévoile ainsi le processus de minimisation, voire de déni de la contribution des femmes à l’avancée des sciences, au profit de leurs homologues masculins.

Parmi les actions entreprises pour contrer ce phénomène d’invisibilisation, l’association « Femmes & Sciences » œuvre, depuis 2021, pour l’inscription de 72 noms de femmes scientifiques sur la tour Eiffel, afin de rétablir l’équilibre avec les 72 noms de savants hommes inscrits en lettres d’or, au 1er étage du monument. Pari gagné : en mars dernier, la ville de Paris a validé le principe de faire inscrire des noms de femmes scientifiques sur une frise au-dessus de celle des hommes. Une parité parfaite enfin rendue visible…

C’est une évidence : il n’y aucune raison pour que les filles soient absentes des sciences, bien au contraire. Et s’il faut encore nous en convaincre collectivement, voici quelques rappels confirmant que les sciences ont besoin de leurs talents. Par exemple, la révolution numérique et l’IA doivent aussi se construire avec des femmes, afin que les données ne soient pas genrées. Selon Isabelle Vauglin, « la diversité accroît les performances : les équipes mixtes sont plus innovantes que celles qui ne le sont pas. En outre, ce secteur fait appel à des profils professionnels plutôt bien rémunérés, où les métiers (ingénieur en informatique, par exemple) connaissent peu le chômage. » Enfin et surtout, ces métiers construisent le monde de demain.

Alors, qu’est-ce qu’on attend ?!

Un article rédigé par Anne Guinot,

co-rédactrice en chef Pop’Sciences Mag – 7 janvier 2026

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Notes :

[1] – Les sciences « dures » reposent sur des protocoles expérimentaux, des outils mathématiques et des modèles généralisables. On trouve, parmi elles, la physique, la chimie, la biologie, les mathématiques.

[2] Gender Scan 2024 : https://www.cdefi.fr/fr/actualites/gender-scan-2024-agir-pour-une-plus-grande-egalite-entre-les-genres-dans-les-stim

[3] – Isabelle Régner est Professeure de psychologie sociale, Directrice Adjointe du Centre de Recherche en Psychologie et Neurosciences (UMR CNRS 7077). Elle occupe aussi la fonction de Vice-Présidente Egalité Femmes Hommes et Lutte contre les Discriminations à Aix-Marseille Université.

[4] – Pascal Huguet est spécialiste de la régulation sociale des fonctionnements cognitifs (interactions cognition/ environnement). Il dirige le Laboratoire de psychologie sociale et cognitive (LAPSCO) de l’université Clermont-Auvergne et du CNRS.

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PPour aller plus loin

Filles et science : comment les accompagner ? | #2 – Dossier Pop’Sciences – Filles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures

FFilles et science : comment les accompagner ? | #2 – Dossier Pop’Sciences – Filles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures

Depuis une dizaine d’années, on peut observer une forte diminution de la proportion de filles dans les études scientifiques au fur et à mesure de leur avancée dans la scolarité[1]. Comment inverser cette tendance ? Cinq expertes de la médiation scientifique et du monde universitaire ont échangé sur le rôle et la posture de la médiation face à cet enjeu de société lors du séminaire Pop’Sciences du 28 novembre 2025[2].

Alors que les garçons parlent haut et fort les filles chuchotent. Un constat rapporté par Christine Berton, chargée de projets science et société à La Rotonde[3], à Saint-Étienne. Elle peut l’observer quand elle intervient en classe de collège ou lycée pour réaliser des actions de médiation autour de sujets de science. « Les garçons prennent toute la place par leur attitude et leur comportement. Les filles n’osent pas prendre la parole », précise-t-elle. Et elle constate d’autant plus cette fracture en milieux semi-ruraux et ruraux, où « le murmure devient silence ». Un fait observé de manière globale dans les actions de diffusion des sciences, et qui témoigne de la difficulté à inclure les filles dans les domaines scientifiques. Ce dont ont pris conscience les médiateurs et professionnels de la culture scientifique, qui essayent alors de développer des solutions.

Violaine Dutrop, autrice-essayiste et présidente-fondatrice de l’Institut EgaliGone, pointe qu’il faut établir des actions à tous les niveaux : de la crèche à l’Université. « Il faut travailler sur les stéréotypes : leur montrer à quels points elles sont fortes », déclare-t-elle. Mais l’effort doit également porter vers les garçons. Cela peut se traduire par la valorisation de domaines et métiers souvent perçus comme plus féminins, comme les métiers du soin. En outre, dans une société où la répartition des tâches au sein de familles est encore très inégalitaire – la durée des congés parentaux en est un bon exemple – les garçons doivent être amenés à se poser les mêmes questions que les filles, pour aller vers davantage d’égalité. Des questions telles que : « si je choisis tel ou tel métier, comment ferai-je si un jour j’ai des enfants ? ». « Il faut ainsi agir de manière équilibrée pour régler le problème de manière globale », souligne Violaine Dutrop.

Apprivoiser nos biais

L’enjeu serait-il donc de lutter contre les stéréotypes ? Ce n’est pas aussi simple. Il faut, en effet, prendre garde à la diffusion de messages contre-stéréotypés. Par exemple, si on souhaite représenter une femme dans un métier traditionnellement plus masculin, cela doit paraître naturel. Car « si le message est trop en décalage avec la réalité, cela peut, au contraire, renforcer le stéréotype existant », explique Florence Françon, chargée de mission égalité et non-discrimination à l’ENS de Lyon. Elle cite les travaux de Violette Kerleaux[4], docteure en psychologie sociale : il ne sert à rien de combattre les stéréotypes. Car nous sommes tous soumis à des stéréotypes et nous ne pouvons pas nous en défaire. Ils sont nécessaires au bon fonctionnement de notre cerveau, pour notamment simplifier et classer des informations. Ce qui compte est alors de prendre conscience de leurs effets et de leurs impacts, pour éviter qu’ils s’activent dans certaines circonstances.

Florence Françon souligne ainsi l’importance d’accompagner les jeunes hommes dans « le développement de compétences psychosociales », pour faire évoluer leurs attitudes : prise en compte du consentement, interactions plus respectueuses et apaisées, se décharger de toutes les injonctions à la virilité… « Il faudrait également lutter contre l’effet « boys club », qui désigne le fait que les hommes se regroupent et se protègent entre eux, excluant les femmes, rapporte-t-elle. Un phénomène qui se retrouve dans le milieu académique, et qui contribue à l’éviction des femmes. »

Entre filles ?

Pour contrer cet effet « boys club », déjà visible au collège et lycée, la solution n’est-elle pas de séparer filles et garçons ? Audrey Mazur, ingénieure de recherche au laboratoire ICAR et co-organisatrice de la journée Sciences, un métier de femmes, organisée chaque année en mars, s’est posé la question dès les prémices de la création de cet évènement. Cette journée est spécifiquement destinée aux lycéennes afin de leur faire rencontrer des femmes travaillant dans les domaines scientifiques et technologiques. « Nous avons fait le choix de leur offrir un espace d’expression, pour libérer leur parole. Et je peux vous assurer que cela fonctionne », déclare Audrey Mazur. Les filles rapportent, ensuite, le contenu de cette journée en classe, pour transmettre le message aux garçons. Le projet en est déjà à sa neuvième édition et le bilan est positif : 56 % des lycéennes interrogées déclarent que cette journée aura un impact sur le choix de leurs études.

À La Rotonde, une expérience de non-mixité est également réalisée avec le programme « Sciences en tous genres ». Sur plusieurs séances, les filles suivent un parcours de rencontres et d’échanges avec des femmes scientifiques. En parallèle, les garçons conduisent une réflexion sur les questions relatives au genre. Une dernière séance réunit filles et garçons pour une restitution de leurs expériences.

Dans ce type d’actions, Florence Françon soulève l’importance de mobiliser les sciences sociales et les études de genre. « Il faut faire comprendre les mécanismes à l’œuvre. Cela permet de donner des clés de lecture et d’analyse », rappelle-t-elle.

Intégrer !

Au-delà des actions en milieu scolaire, des efforts sont menés dans l’enseignement supérieur et la recherche. Dans sa pratique, Florence Françon s’appuie ainsi sur les travaux d’Isabelle Collet, professeure de sciences de l’éducation à l’Université de Genève, sur les filles et l’informatique. Elle soulève trois leviers pour maintenir les filles dans les filières scientifiques. Il faut, tout d’abord, les attirer. Ce qui peut être fait via la mise en place de bourses, ou encore d’une communication adaptée. Il est, ensuite, nécessaire de les accueillir. Une action relativement simple peut être de rendre visibles les femmes dans l’espace universitaire, comme en renommant les amphithéâtres. Et enfin, il faut les intégrer et les inclure. Cela passe par la prévention de toutes formes de sexisme. Le haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes signalait qu’en 2023, 15 % des femmes ont déjà redouté de s’orienter vers des milieux professionnels à dominante masculine. De plus, un rapport de la fondation L’Oréal de 2023[5] révèle que 80 % des chercheuses dans le monde ont déjà vécu un fait de violences sexistes et sexuelles. « Il est important de comprendre qu’en conséquence les femmes mettent en place des stratégies d’évitement et de protection », explique Florence Françon. Ce travail sur leur intégration au sein des milieux académiques est donc primordial.

Aurélie Olivesi, maîtresse de conférences HDR[6] à l’Université Claude Bernard Lyon 1, et référente pour la Mission égalité Université Lyon 1, rapporte ainsi des actions de mentorat qu’elle met en place pour les étudiantes. Il s’agit de rencontres qui s’appuient sur les études de sciences sociales sur le sujet, pour comprendre les mécanismes en jeu, et explorer des disciplines, telles que l’informatique, et leur construction genrée.

Des salles de classe aux bancs universitaires, toutes ces actions sont des leviers pour transformer les chuchotements des filles en une parole libre et affirmée.

Un article rédigé par Samantha Dizier,

co-rédactrice en chef du Pop’Sciences Mag – Janvier 2026

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Notes :

[1] Filles et mathématiques : lutter contre les stéréotypes, ouvrir le champ des possibles, Rapport de l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (2025).

[2] Les séminaires Pop’Sciences rassemble la communauté des acteurs de la culture scientifique et technique au sein du bassin de recherche Lyon Saint-Etienne.

[4] Les publications de Violette Kerleaux : https://www.researchgate.net/profile/Violette-Kerleaux

[5] Harcèlement sexuel et sexisme au sein du monde scientifique, étude Ipsos, commandée par la Fondation L’Oréal (2023).

[6] Habilitée à Diriger des Recherches

<Pour aller plus loin

Sciences avec et pour la société

SSciences avec et pour la société

Le LabEx ASLAN – Études avancées sur la complexité du langage – participe au développement de la valorisation sociétale du territoire de l’Université de Lyon, en étroite collaboration avec les organismes existants des tutelles tels que le service Culture, Sciences et Société de l’Université de Lyon, Pulsalys ou encore les services valorisations du CNRS et de l’ENS de Lyon. Par ailleurs, les membres du LabEx développent des relations avec des partenaires extra-académiques, allant d’hôpitaux à des entreprises en passant par des associations.

C’est ainsi que fort d’une expérience de 15 ans dans la recherche transdisciplinaire ayant comme objet le langage et son impact sociétal, le LabEx ASLAN organise une journée de partage d’expérience.

Pour en savoir plus :

Journée Sciences avec et pour la société