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Les maladies du foie | Dossier

LLes maladies du foie | Dossier

Les maladies du foie touchent 1,5 milliard de personnes dans le monde. Les infections chroniques par les virus des hépatites restent un fléau avec 58 millions de personnes infectées par le virus de l’hépatite C (VHC) et 300 millions par le virus de l’hépatite B (VHB).

10 % de la population est exposée à un risque de maladie du foie liée à l’alcool due à une consommation excessive d’alcool ; en raison de l’augmentation continue de l’obésité et du syndrome métabolique, 25 % de la population présente une stéatose hépatique non alcoolique. Deux millions de personnes meurent chaque année des complications de maladie du foie, en faisant un enjeu majeur de santé publique dans le monde.
Mais l’univers de l’hépatologie est depuis quelques années en plein changement, grâce aux avancées de la recherche et de la prise en charge médicale. À Lyon, chercheurs, médecins et cliniciens travaillent ensemble pour améliorer les traitements et les rendre accessibles à toutes et tous.

Au travers d’un dossier issu d’une collaboration entre l’Université Claude Bernard Lyon 1 et les Hospices civils de Lyon, nous vous proposons de découvrir ces maladies silencieuses qui touchent près d’une personne sur six dans le monde.

A LIRE SUR SCIENCES POUR TOUS   

Denis Jacquemot, ergothérapeute – Entre sciences médicales et humaines | Visages de la science

DDenis Jacquemot, ergothérapeute – Entre sciences médicales et humaines | Visages de la science

À l’hôpital Femme Mère Enfant (HFME), il développe une recherche sur une thérapie innovante qui s’appuie sur la plasticité cérébrale. Autre spécificité : cette investigation est menée en partenariat avec les familles et les thérapeutes de proximité. 

©HCL

Depuis onze ans, Denis Jacquemot pratique l’ergothérapie à l’Escale, le service de médecine physique et de réadaptation pédiatrique de l’hôpital Femme Mère Enfant. Dans le cadre du Centre national de référence AVC de l’enfant, il accompagne particulièrement les patients atteints de paralysie cérébrale âgés d’un à quinze ans.

La paralysie cérébrale est la première cause de handicap moteur chez l’enfant. Elle touche environ deux enfants pour 1 000 naissances. « Elle résulte de lésions non progressives survenues sur un cerveau en développement avant deux ans », explique-t-il. Ces lésions entraînent des troubles permanents du mouvement et de la posture réduisant les capacités de l’enfant à réaliser des activités courantes et à participer à la vie sociale.

En 2019, l’Escale a proposé pour la première fois la thérapie Habit-Ile. On la doit à la Pr Yannick Bleyenheuft, chercheuse en sciences de la motricité à l’université catholique de Louvain (Belgique), qui la développe depuis 2011. Il s’agit d’une méthode de rééducation à la fois intensive et ludique, elle-même inspirée de la méthode Habit développée à l’université de Columbia (New York). Habit-Ile est l’acronyme de « hand and arm bimanual intensive therapy including lower extremities », thérapie intensive bimanuelle main et bras incluant les membres inférieurs.

Actuellement, la méthode n’est proposée que par trois CHU en France, dont celui de Lyon. L’approche est personnalisée, prenant en compte l’environnement, l’entourage, les occupations et les besoins du patient. Elle mobilise, pendant dix jours totalisant 65 heures d’apprentissage, les capacités de l’enfant à réaliser des activités que lui et ses parents ont choisies comme objectifs.

« La méthode permet par l’apprentissage moteur de développer des capacités motrices, cognitives, émotionnelles et affectives », précise l’ergothérapeute. Ce que tend à confirmer une étude de l’équipe belge qui a montré des changements dans le cortex et certaines structures profondes du cerveau des patients ayant suivi la thérapie. « Cet impact s’explique par la capacité du cerveau à se modifier, ce qu’on appelle la plasticité cérébrale, sur laquelle s’appuie la thérapie. »

Les premiers enfants qui ont pu en bénéficier ont montré « une réelle dynamique de progression à la suite du stage », soulignent les familles. Ces dernières ont néanmoins relevé qu’un accompagnement après le séjour intensif était nécessaire pour transférer durablement les acquis dans le quotidien de leurs enfants. « Comme l’apprentissage d’un instrument de musique se perd si l’on ne pratique pas, de même les acquis atteints durant le stage requièrent un suivi pour qu’ils deviennent automatiques au quotidien », traduit D. Jacquemot. À l’Escale, environ 300 enfants sont potentiellement éligibles à cette rééducation intensive, chaque stage accueillant six à neuf enfants.

Une approche holistique novatrice

C’est pour soutenir cet accompagnement qu’en 2021, l’ergothérapeute s’est lancé dans un projet innovant. Son objectif est d’améliorer le parcours de soin spécifique à la thérapie Habit-Ile en améliorant leur organisation et leur coordination dans la métropole de Lyon. Ce projet a la particularité de s’appuyer sur le savoir tiré de l’expérience du patient et de sa famille. Il s’inscrit dans le dispositif Peps, impulsé par les Hospices civils de Lyon1.

L’enjeu réside dans la coordination des soins post-stage avec les professionnels de santé de ville qui suivent quotidiennement les enfants. À plus long terme, les résultats recueillis lors de cette expérimentation, permettrons de proposer un modèle de développement qui pourrait soutenir le déploiement de la méthode sur le territoire national.

Un groupe a été constitué, composé de parents d’enfants, de thérapeutes superviseurs de séjour Habit-Ile, et des thérapeutes du secteur libéral et médico-social qui suivent les patients à l’extérieur de l’hôpital. « L’investigation en cours se situe au carrefour des sciences médicales et humaines », commente le chercheur. « Elle apportera la crédibilité scientifique de nos moyens thérapeutiques par une méthodologie rigoureuse. »

Sa pertinence n’a pas échappé au jury de l’appel à projets PAIR2 des HCL et de la Métropole de Lyon. En juillet 2021, le projet a obtenu le premier Prix parmi les trois lauréats sélectionnés. Le premier stage dans le cadre du projet s’est déroulé en mai 2022 avec des enfants de 20 mois à 4 ans. Le deuxième a eu lieu en juillet avec des enfants âgés de 5 à 13 ans.

Ce projet, qui s’inscrit dans une perspective de recherche plus large sur le thème de la relation partenariale en réadaptation, fait l’objet du travail de thèse que Denis Jacquemot s’apprête à débuter à l’Université Claude Bernard Lyon 1.

Article écrit par la Direction de la marque et de la communication des Hospices Civils de Lyon – Août 2022

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Notes :

[1] Les HCL impliquent leurs patients dans le parcours de soin, Hospices civils de Lyon, 14-06-2022

[2] Projet TIPS-PC : dispositif régional innovant pour l’intégration des thérapies intensives dans le parcours de soin des enfants paralysés cérébraux - Habit-Ile et guidance parentale. Porté par le réseau régional de rééducation et réadaptation pédiatrique en Rhône-Alpes (R4P).

Dépendance aux écrans: intérêts restreints ou addiction?

DDépendance aux écrans: intérêts restreints ou addiction?

Beaucoup de parents se questionnent sur la bonne attitude à avoir vis-à-vis des écrans. Les salles d’attente des pédiatres regorgent de dépliants et d’affiches sur le sujet. On nous martèle en permanence à quel point les écrans sont nocifs et que « c’est surtout pas avant trois ans ».

Dans ce foisonnement d’informations plus ou moins avérées, il n’est pas toujours aisé de savoir à qui se fier. Nous vous proposons donc un webinaire qui aidera à démêler le vrai du faux, ou en tout cas, qui fera le point sur l’état actuel de la recherche sur cette question et vous proposera quelques recommandations.

Nous discuterons également de ce que signifie la dépendance aux écrans dans le contexte de l’autisme. Où se situe la limite entre l’utilisation excessive, l’intérêt spécifique et le fait de le considérer comme un outil utile qui se prête aux particularités de l’autisme.

Accéder au replay du webinaire sur la chaîne Youtube du Centre d’excellence autisme et TND iMIND

Sébastien Mateo, kinésithérapeute et enseignant chercheur | Visages de la science

SSébastien Mateo, kinésithérapeute et enseignant chercheur | Visages de la science

Premier kinésithérapeute maître de conférences des universités (MCU) de Lyon depuis septembre 2021, Sébastien Mateo démontre la complémentarité entre la recherche, l’enseignement et le soin.

Septembre 2021, Sébastien Mateo prend ses fonctions à l’Université Claude Bernard Lyon 1 au poste de maître de conférences des universités en sciences de la réadaptation. Une première à Lyon. Aujourd’hui, son activité hospitalière de kinésithérapeute en neurorééducation s’est réduite au profit de la recherche clinique et de l’enseignement. Pour autant, il continue à soigner. Depuis douze ans, il travaille au contact des patients de l’hôpital de médecine physique et de réadaptation Henry Gabrielle, à Saint-Genis-Laval.

Des études au plus près des patients

Les objectifs des travaux de recherche de Sébastien Mateo sont directement inspirés par le quotidien des patients, recrutés durant leur hospitalisation. Actuellement, il coordonne quatre essais cliniques dont trois évaluent les bénéfices de l’imagerie motrice. Cette technique consiste à se représenter mentalement un mouvement. Les études du chercheur ont montré que pour les patients tétraplégiques ou souffrant d’une lésion de la moelle épinière au niveau cervical, le fait de s’entraîner à imaginer un mouvement en complément d’une rééducation kinésithérapeutique améliorent les facultés de préhension.

A l’hôpital Henry Gabrielle / FF – HCL

Une prochaine étude interrogera l’apport des exosquelettes dans le processus de récupération des fonctions motrices chez les patients blessés médullaires, cérébrolésés ou victimes d’un AVC.

« L’objectif est de mesurer scientifiquement l’intérêt de ces dispositifs conçus pour stimuler les fonctions motrices et accélérer la rééducation », détaille-t-il.

La quatrième étude succède à celle débutée au printemps 2020, deux mois seulement après le début du confinement. Impulsée par le Pr Gilles Rode, chef du service de médecine physique et de réadaptation et doyen de la faculté de médecine Lyon Est, elle vise à évaluer l’impact du vélo à électrostimulation dans le processus de récupération des patients. Le dispositif a été développé par le physicien Vance Bergeron (CNRS/ENS de Lyon – Université Claude Bernard Lyon 1) et Amine Metani, ingénieur de recherche à l’ENS de Lyon, en collaboration avec Sébastien Mateo et l’entreprise lyonnaise Kurage.

Lors de la première vague, quatorze patients infectés par le virus Sars-Cov-2, pris en charge à l’hôpital Henry Gabrielle, avaient été inclus dans l’expérimentation. Des hommes en surpoids de 38 à 72 ans, qui ont tous développé une forme sévère de la maladie ayant nécessité une hospitalisation en réanimation, de 21 jours en moyenne, avec mise en place de ventilation et de sédation. Des patients que le kiné a encouragés, soutenus et rééduqués pendant plusieurs semaines sur le chemin du rétablissement dès leur entrée à l’hôpital.

Les résultats de cette première phase exploratoire ont été publiés en 2021. Ils démontrent que l’utilisation du vélo à électrostimulation réduit le temps de sédentarité journalier, soit 200 minutes à un mois de rééducation, chez ces premiers patients comparativement à ceux qui ont utilisé le vélo sans électrostimulation. « Ils vont bien et continuent à progresser », précise le chercheur et soignant. Le second essai randomisé1 actuellement en cours devrait permettre d’établir la preuve scientifique des bénéfices du dispositif.

Des cours à l’hôpital

Si ses cours magistraux se déroulent dans l’enceinte de la faculté de médecine Lyon Est de l’Université Claude Bernard Lyon 1, les travaux dirigés, quant à eux, se passent au sein même de l’hôpital Henry Gabrielle (192 heures de cours dont 60 heures de TD).

« Ramener les cours à l’hôpital c’est innovant » souligne-t-il.

Etudiants ne kiné en cours

©FF-HCL

Cinq TD sont prévus durant l’année universitaire. Ils ont été conçus pour les externes et, accessoirement, pour les internes selon leur disponibilité. Au programme : évaluation des structures articulaires et musculaires, mesures quantitative et qualitative de la mobilité, du tonus, de la raideur, de la force, de la fonction motrice etc. Le dernier TD donnera l’opportunité aux étudiants de voir le déroulé pratique des différentes évaluations abordées lors des TD précédents avec un patient.

C’est dans le pavillon Jacques Bourret de l’hôpital Henry Gabrielle que nous avons pu assister au troisième TD de l’année. En ce lundi d’automne, l’ambiance était à la fois studieuse et détendue.

À chaque cours, l’enseignant commence par expliquer la théorie, avant de compléter par la pratique que les étudiantes appliquent ensuite. Ce lundi-là, la formation portait sur le testing musculaire ou comment pratiquer un examen permettant d’évaluer la force d’un muscle ou d’un ensemble de muscles, selon une échelle allant de 0 à 5.

L’enseignant a pris le temps avec chaque binôme, expliquant avec pédagogie et accompagnant autant que nécessaire les gestes des étudiantes des facultés de médecine Lyon Est et Lyon Sud.

« Il nous fait participer et on apprend mieux », commente Maily, externe vouée à devenir médecin généraliste. « L’enseignement est un beau métier qui permet de garder le contact avec les jeunes, d’actualiser son savoir et de transmettre ses connaissances », partage l’enseignant.

Pour Sébastien Mateo, la suite logique serait de poursuivre le processus engagé avec l’habilitation à diriger les recherches (HDR) qui lui permettrait d’accéder au corps de professeurs des universités. En effet les kinésithérapeutes à l’instar des sages-femmes et des autres professions paramédicales ne bénéficient pas du statut bi-appartenant hospitalo-universitaire des médecins conjuguant les missions universitaires (enseignement et recherche) et hospitalières ou cliniques.

« C’est à l’hôpital où se fait en partie l’enseignement, où l’on rencontre les futurs médecins et où sont les patients. C’est dans ce cadre hospitalier que je mène mes recherches, pour pouvoir prendre les meilleures décisions thérapeutiques et délivrer un enseignement aux étudiants qui soit au plus près des nouvelles avancées. »

Article écrit par la Direction de la marque et de la communication des Hospices Civils de Lyon – Janvier 2022

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Note :

[1] L’essai compare deux groupes (avec ou sans électrostimulation) de patients répartis de façon aléatoire.

Lyon, ville de médecine, ville de sciences

LLyon, ville de médecine, ville de sciences

Façade Hotel-Dieu Lyon

©HCL

Du Grand Hôtel-Dieu à l’Université : médecine et sciences dans la ville

Le 19e a été un siècle de révolutions médicales et scientifiques, et notamment à Lyon. La médecine lyonnaise s’est longtemps développée à l’Hôtel-Dieu, où a émergé son enseignement au début du 19e siècle. La faculté des sciences, créée en 1835, et l’école de médecine, devenue faculté en 1874, ont rejoint le nouveau palais universitaire bâti sur la rive gauche du Rhône en 1896.

Du Grand Hôtel-Dieu à l’université, du Discours sur la douleur de Marc-Antoine Petit aux radiographies d’Étienne Destot et à la criminologie d’Alexandre Lacassagne et d’Edmond Locard, suivez les traces laissées par les grands médecins et scientifiques, et embarquez, de la rive droite à la rive gauche, dans le siècle de Louis Pasteur et de Claude Bernard.

Cette visite s’appuie sur la documentation du département d’histoire de l’art de l’Université Lumière Lyon 2 et les collections du Musée des Hospices Civils de Lyon, pour mieux vous emporter dans les petites et la grande histoire de la médecine et des sciences à Lyon.

Les visites s’inscrivent dans le projet Réinventer la Chapelle, auquel seront dédiés les bénéfices.Elles sont réalisées par Carole Croze et Rossella Iorio, guides-conférencières, et créées par elles en concertation avec Sergueï Piotrovitch d’Orlik, conservateur du Musée et chef de projet de la Chapelle.

Pour en savoir plus, consultez le site :

HCL

Corinne Dupont, première sage-femme professeure des universités | Visages de la science

CCorinne Dupont, première sage-femme professeure des universités | Visages de la science

Pour la première fois en France, une sage-femme est titulaire d’un poste de professeure des universités. Corinne Dupont a pris ses fonctions en septembre 2021 à l’Université Claude Bernard Lyon 1, au sein de l’UFR* de médecine et de maïeutique de Lyon Sud. Rencontre…

La création de la section maïeutique, en 2019, au sein du Conseil national des universités (CNU) pour les disciplines médicales a marqué une avancée pour la profession de sage-femme. Pour les titulaires d’un doctorat et d’une habilitation à diriger les recherches (HDR), elle a donné la possibilité de candidater pour les fonctions de maître de conférences et de professeur des universités1.

©Gaëlle Bizeul / Wikimedia Commons

Diplômée en 1992, Corinne Dupont a débuté sa carrière à la clinique Champ Fleuri en 1992 (Décines, Rhône), puis à l’hôpital Édouard Herriot dans le service de gynécologie-obstétrique du Pr Jean-Marie Toulon, en 1993. En 1995, elle se forme à l’échographie obstétricale puis, deux ans plus tard, à la médecine fœtale.

En 1999, à l’occasion d’un diplôme interuniversitaire sur l’évaluation de la qualité en médecine, elle fait la rencontre des professeurs qui ont marqué sa vie professionnelle.

« Les Pr Cyrille Colin, René Écochard et Yves Matillon aux Hospices Civils de Lyon m’ont appris à interroger la qualité des soins. J’ai été interpelée par le fait que les premières réformes hospitalières dans le domaine dataient des années 70 alors que, dès les années 30, l’industrie s’était intéressée à la qualité de leurs prestations. »

Dès lors, la volonté d’améliorer la qualité des soins pour éviter que des événements indésirables surviennent ne la quittera plus.

Comprendre pour agir

Au début des années 2000, à la lecture d’un rapport sur la mortalité maternelle, elle apprend que 80% des décès maternels dus à une hémorragie du post-partum sont évitables, ces hémorragies étant alors la première cause de mortalité maternelle. « J’ai donc décidé de suivre une maîtrise en santé publique, puis un DEA afin de comprendre les systèmes de santé et d’en savoir plus sur leur méthode d’évaluation. » Il lui faut prendre un congé professionnel de plusieurs mois pour suivre les cours de l’Ifross (Institut de formation et de recherche sur les organisations sanitaires et sociales, Université Jean Moulin, Lyon 3), sous la direction du Pr Jean-Pierre Claveranne.

 « Choquée par cette proportion conséquente de cas évitables de décès maternels, je suis montée à Paris afin de rencontrer l’auteure de l’étude : Marie-Hélène Bouvier-Colle. Je voulais comprendre, recueillir son avis. »

Chariot d'urgence maternité

Chariot d’urgence maternité / ©HCL

Femme de réflexion et d’action, la chercheure finit par proposer aux professionnels des maternités l’idée de revoir en équipe leurs cas d’hémorragies graves (revue de morbi mortalité, RMM) et une valise d’urgence, disponible en cas d’hémorragie du post-partum dans la salle d’accouchement, dotée du protocole, des instruments adéquats, des demandes d’analyses préremplies, de la liste actualisée des médecins de garde etc. Ce projet, l’étude Pithagore, coordonné par deux équipes de recherche à Paris et Lyon a fédéré 106 maternités (population de près de 150 000 accouchements). Aujourd’hui, cette valise se décline dans certaines maternités sous la forme d’un chariot d’urgence permettant une prise en charge rapide et rationnelle.

Ce qui n’était qu’un projet de recherche au départ a permis de sensibiliser et de mobiliser durablement les équipes des maternités sur cette pathologie. En 2021, toute cette mobilisation a probablement contribué dans l’amélioration de la qualité de la prise en charge de ces hémorragies, puisqu’elles ne sont plus la première cause de mortalité maternelle.

Améliorer les pratiques cliniques

Ses recherches suivantes la conduisent à interroger l’usage de l’oxytocine, cette molécule de synthèse mise sur le marché en 1970, que les sages-femmes et les médecins utilisent lors du travail. Car si l’on sait que l’ocytocine, l’hormone naturelle, intervient dans le déclenchement du travail, dans la force et la fréquence des contractions utérines, l’étude Pithagore précédemment citée a également montré que l’oxytocine (la molécule de synthèse) multipliait par 1,8 le risque d’hémorragie grave du post-partum, ce sur-risque augmentant avec la dose d’hormone administrée pendant le travail. Ainsi, Corinne Dupont a été la coordinatrice des premières recommandations pour la pratique clinique (RPC) sur l’utilisation de l’oxytocine pendant le travail spontané menées par le Collège national des sages-femmes (CNSF), en collaboration avec le Collège national des gynécologues-obstétriciens français.

Molécule d’oxytocine / DR

En 2003, elle devient la sage-femme coordinatrice du réseau périnatal Aurore2 créé par le Pr René-Charles Rudigoz alors gynécologue-obstétricien aux Hospices Civils de Lyon et actuel membre de l’Académie nationale de médecine. « Le Pr René-Charles Rudigoz a de grandes qualités cliniques et relationnelles. À ses côtés, j’ai beaucoup appris », partage-t-elle, reconnaissante. L’objectif de ce réseau est de fournir des soins de qualité aux femmes enceintes et aux nouveaux nés par la mise en adéquation de la pathologie de la mère et du nouveau-né avec la structure qui les prend en charge.

Cette régionalisation des soins a permis que 88% des enfants de moins de 32 semaines naissent aujourd’hui dans une structure adaptée contre 15% en 1991. Le réseau qui réunit à ce jour 24 maternités est maintenant dirigé par le Pr Pascal Gaucherand, du service de gynécologie-obstétrique de l’HFME. « Le Pr Gaucherand œuvre avec les mêmes qualités que son prédécesseur pour améliorer la qualité des soins », souligne C. Dupont.

À l’écoute des femmes enceintes

En 2018, aux côtés du Pr Pascal Gaucherand, Corinne Dupont débute une nouvelle recherche avec un autre sage-femme chercheur, Laurent Gaucher. L’étude, dont les Hospices Civils de Lyon sont le promoteur principal, vise à évaluer la proportion de femmes rapportant des gestes, actes médicaux, paroles et/ou des attitudes gênantes ou blessantes parmi les femmes ayant accouché dans l’une des 26 maternités du réseau périnatal Aurore. Les objectifs sont de « caractériser les violences obstétricales selon leur nature et le moment de survenue. Et évaluer le risque de dépression du post-partum et d’état de stress post-traumatique. »

Sur 803 femmes qui ont accouché, plus de 627 ont accepté de répondre.

Les résultats, publiés en février 20213, mettent en évidence l’importance de la prise en considération par les soignants de la douleur et des attentes des patientes pendant l’accouchement. Et de recommander :

« Le soin doit évoluer. Il appartient aux professionnels de santé de donner le niveau d’informations suffisant, de savoir ce que les femmes comprennent dans le but qu’elles puissent décider comment elles souhaitent être prises en charge. Cela doit se faire tout au long de la grossesse, lors de l’accouchement et en post-partum. »

Transmettre une information claire, crédible et accessible et communiquer avec empathie éviterait ainsi que « ce qu’elles vivent ne correspondent pas à leurs attentes et besoins et soit source d’insatisfaction. Cela est primordial dans la construction du lien mère-enfant. »

Sécurité émotionnelle des professionnels

La sage-femme et chercheure concentre également sa réflexion sur les ressources humaines.

« Au début des années 2000, quand survenait un événement tragique, son analyse collégiale était peu fréquente si ce n’est inexistante. »

Or, pour la sage-femme et tous ceux impliqués dans la prise en charge, le débriefing est plus que nécessaire :

« Il ne s’agit pas de désigner des responsables, mais de comprendre pourquoi à tel moment le système a été défaillant et, surtout, de savoir comment réagir dans de telles circonstances pour éviter la répétition de tels dysfonctionnements. »

Cette culture de la sécurité des soins implique tous les professionnels de santé.

« C’est comme dans une équipe de football. Ce n’est pas parce que vous réunissez les meilleurs joueurs que vous obtiendrez les meilleurs résultats. De même, ce n’est pas parce que vous aurez les meilleurs chirurgiens sur un plateau technique que vous aurez les meilleurs soins s’ils ne communiquent pas et s’ils ne sont pas d’accord sur la prise en charge. »

En obstétrique, la coordination des spécialités est primordiale, « Dans la survenue d’un événement critique, nous avons pu constater que la communication était un facteur déterminant dans la gestion de la prise en charge. » Raison pour laquelle la sage-femme préconise « l’écoute des équipes, des temps d’échange et de partage, la prise en compte de la sécurité émotionnelle des professionnels, notamment quand un évènement indésirable est survenu. »

Une reconnaissance qui se fait attendre

Titulaire d’un doctorat en 2009 puis d’une habilitation à diriger les recherches en 2016, Corinne Dupont est désormais enseignante-chercheure à temps plein grâce au soutien « des médecins, de chercheurs du laboratoire RESHAP** qui m’ont accueillie, notamment Anne Marie Schott et Antoine Duclos, ainsi que celui de Raymond Le Moign, directeur général et Olivier Claris, ex-président de la commission médicale d’établissement des HCL ».

Elle cumule sa fonction de professeure universitaire et son poste de coordinatrice du réseau Aurore aux Hospices Civils de Lyon sous forme « d’activité accessoire » pour rester au plus près du terrain. En effet, le statut bi-appartenant hospitalo-universitaire des médecins leur permettant à la fois de cumuler les activités universitaires (enseignement et recherche) avec une activité clinique sans avoir une diminution de rémunération liée au changement de statut, n’est pas encore possible pour les sages-femmes qui ont un statut uniquement universitaire.

« Les mentalités évoluent. Ce poste est la résultante du travail de tout un groupe et des actions menées par le CNSF auprès du ministère pour la reconnaissance de notre profession. La collaboration entre les sages-femmes et les médecins est indispensable pour assurer la qualité et la sécurité de la prise en charge des femmes et de leur nouveaux-nés. Nous sommes complémentaires des médecins auxquels nous faisons appel en cas de pathologie. Notre discipline est médicale à compétences limitées, cependant nous avons toute légitimité pour développer la recherche en maïeutique, comme par exemple sur la physiologie du travail. J’espère que d’autres sages-femmes, comme Laurent Gaucher, pourront également localement être cités au titre de professeur des universités. »

Article écrit par la Direction de la marque et de la communication des Hospices Civils de Lyon – Sept. 2021

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Notes

*Unité de formation et de recherche.

**Research on Healthcare Performance, Inserm

(1) Au sein de la section maïeutique (CNU 90).

(2) Association des utilisateurs du réseau obstétrico-pédiatrique régional.

(3) Gaucher L, Huissoud C, Ecochard R, et al; the AURORE Group. Women’s dissatisfaction with inappropriate behavior by health care workers during childbirth care in France: A survey study. Birth. 2021; 00:1–10

 

La recherche en santé aux HCL

Séquençage des variants du SARS-CoV-2 : les HCL en première ligne

SSéquençage des variants du SARS-CoV-2 : les HCL en première ligne

En France, le variant le plus répandu est le variant originaire du Royaume-Uni. Ce dernier n’est pas plus virulent que le virus SARS-CoV-2 arrivé en France en mars 2020, en revanche, il est plus contagieux. En Angleterre, le nombre de cas positifs au variant Delta dit « indien » augmente. Comment le sait-on ? Grâce à au séquençage génomique.

Lire l’article

Covid-19 : éclairage sur l’essai clinique mené à Lyon

CCovid-19 : éclairage sur l’essai clinique mené à Lyon

Un essai clinique, baptisé Discovery et coordonné par l’Inserm, a démarré en France pour tester 5 traitements contre le Covid-19. Les premiers patients ont été inclus dimanche 22 mars à Lyon et à l’hôpital Bichat. 

Le professeur Bruno Lina et le Docteur Florence Ader apportent leurs éclairages sur cet essai dans une conférence virtuelle.

Intervenants :

  • Dr. Florence Ader, Service des maladies infectieuses et tropicales – Hospices Civils de Lyon
  • Pr. Bruno Lina, directeur du Centre national de réfrence de la grippe – Centre International de Recherche en Infectiologie – CIRI  à Lyon et coordonnateur au Centre national de référence enterovirus et parechovirus – Hospices Civils de Lyon

EEn savoir plus

Le LabEx Ecofect – Université de Lyon a décrypté les traitements qui vont être proposés aux patients, 4 traitements différents et complémentaires, certains étant des molécules, d’autres une combinaison de molécules :

  • Remdesivir
  • Lopinavir + ritonavir
  • Lopinavir + ritonavir + interferon ß
  • Hydroxychloroquine

Lire l’article sur le site de :

LabEx Ecofect

Rayons X – Une autre image de la Grande Guerre

RRayons X – Une autre image de la Grande Guerre

« Rayons X. Une autre image de la Grande Guerre » est une exposition présentant une nouvelle façon de découvrir l’histoire de l’imagerie médicale et les transformations menées par quelques pionniers pour révolutionner les soins apportés aux blessés pendant la Grande Guerre. 

Coréalisée par le musée des Hospices Civils de Lyon  avec l’association Patrimoine Médecine Santé Lyon et les Archives municipales de Lyon, cette exposition avait été présentée aux Archives municipales de Lyon d’octobre à décembre 2017.

En 2018, en accompagnement de la commémoration de l’Armistice de la Guerre 14-18, elle devient une exposition virtuelle, pour visiter l’exposition comme si vous étiez, sans contrainte de temps ni d’espace : à l’aide de panoramas 360° où les œuvres et documents sont cliquables, intégrant les cartels d’information. 10 nouveaux panneaux reprennent le propos de l’exposition, les objets et documents présentés, et sont accompagnés des documents imprimés pour l’exposition.

Elle devient également une exposition itinérante, sous forme de panneaux (accueil possible : contacter les HCL).

Un ouvrage a été publié à l’occasion de l’exposition, aux Editions Libel.

 

Retrouvez l’ensemble de ces ressources sur le site de : 

Hospices civils de Lyon

Rayons X – Une autre image de la Grande Guerre

RRayons X – Une autre image de la Grande Guerre

L’exposition « Rayons X. Une autre image de la Grande Guerre » revient !

D’octobre à décembre 2017, cette exposition avait été présentée aux Archives municipales de Lyon : une nouvelle façon de découvrir l’histoire de l’imagerie médicale et les transformations menées par quelques pionniers pour révolutionner les soins apportés aux blessés pendant la Grande Guerre.

En accompagnement de la commémoration de l’Armistice de la Guerre 14-18, elle devient une exposition virtuelle, pour visiter comme si vous étiez, sans contrainte de temps ni d’espace.

Le musée des Hospices civils de Lyon – HCL et la Maison de Pays de Mornant rendent accessible l’exposition : à l’aide de panoramas 360° où les œuvres et documents sont cliquables, intégrant les cartels d’information. 10 nouveaux panneaux reprennent le propos de l’exposition, les objets et documents présentés, et sont accompagnés des documents imprimés pour l’exposition.

 

Maison de Pays de Mornant

Hospices civils de Lyon

©Hospices civils de Lyon