PPortrait des acteurs de la recherche de l’Université Jean Monnet | Visages de la science Suivez le parcours de nos chercheurs, enseignants, doctorants… Qui sont-ils ? Qu’est-ce qui les amené à choisir leur discipline, à creuser ce sujet de recherche ? Dans quel but ? Qu’est-ce qui les anime ?>> Découvrez les derniers portraits :Floriane Fournier – ÉthologueDoctorante au laboratoire CRNL-ENES (Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon – Équipe de Neuro-Ethologie Sensorielle) de l’UJM, Floriane Fournier étudie la communication émotionnelle acoustique chez les primates : comment expriment-ils leurs émotions dans leur voix, comment les autres les perçoivent, et quelle influence cela a-t-il sur eu ? Telles sont les questions qui préoccupent Floriane sur son travail de thèse. >>En savoir plus Pierre-Olivier Mazagol – GéomaticienLigérien d’origine, le parcours de Pierre-Olivier ne le destinait pas directement à la géomatique. Lycéen, il s’imagine enseignant : « Je me destinais plutôt à l’enseignement dans le secondaire en SVT. Je ne savais pas ce qu’était la géomatique. J’ai découvert cette discipline, et le monde de la recherche, seulement en DEA puis en doctorat. ». C’est après une maîtrise en Biologie des populations et des écosystèmes que Pierre-Olivier s’oriente vers la Géographie, les systèmes d’information géographiques (SIG) et la géomatique (contraction de géographie et informatique, ensemble des outils informatiques utilisés pour mobiliser des données spatialisées). Il réalise son DEA à l’UJM où il rencontre le Pr. Bernard Etlicher. >>En savoir plus Pierre-Marie Zanetta – Cosmochimiste et minéralogisteAstrominéralogiste et cosmochimiste au LGL-TPE (Laboratoire de Géologie de Lyon – Terre, Planètes, Environnement), Pierre-Marie s’intéresse à la formation de notre système solaire en étudiant les roches qui nous parviennent de l’espace, et notamment les météorites. Cette étude approfondie des roches extraterrestres permet à Pierre-Marie de dresser un tableau de ce à quoi ressemblait le système solaire avant la formation de la Terre. Il s’intéresse principalement à ce qu’on appelle le « réservoir » de minéraux, qui était présent dans ce système solaire avant la formation des planètes, et tente de lier ce réservoir primitif à la formation de nos planètes : comment la matière a évolué pour ensuite s’accréter sous forme d’astéroïdes, de planétésimaux, ou de planètes. >>En savoir plus>> Pour en savoir plus : Portraits de chercheurs
DDevenir Roches Pour marquer la fin du projet Devenir Roches, projet arts-sciences soutenu par la Fondation Université Jean Monnet Saint-Étienne, venez découvrir l’exposition et assister aux performances proposées par l’équipe du projet !Nous vivons avec des cailloux sans vraiment les considérer, sans même les comprendre, tant il est difficile, à notre échelle « humaine », de percevoir des partenariats sensibles avec la roche et de nous envisager dans le cycle du minéral. Pour cette toute dernière exposition, vous êtes invités à observer autrement nos relations aux roches pour mieux comprendre nos sols, nos histoires et nos devenirs communs. Autour des objets d’études du minéralogiste Guillaume Damien, vous découvrirez les propositions sculpturales et dessinées de Céline Cadaureille ainsi que les productions sonores de Frédéric Mathevet.Un événement proposé par :Damien Guillaume, professeur de minéralogie et directeur du laboratoire stéphanois du LGL-TPE (Laboratoire de Géologie de Lyon – Terre, Planètes, Environnement) à l’UJM – Université Jean Monnet Saint-Étienne.Céline Cadaureille, artiste et enseignante-chercheuse au laboratoire ECLLA (Étude du Contemporain en Littérature, Langues, Arts) de l’UJM.Frédéric Mathevet, compositeur, plasticien, et docteur en à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon – ENSBA.>> Au programme :Du 21 mars au 19 avril | ExpositionSamedi 18 avril à 18h | Finissage – Accompagné d’une performance « Like a Rumbling Stone – Stone, data & diffraction » par Paul Tittelbach, Damien Guillaume et Fredéric Mathevet.>> Pour plus d’information, rendez-vous sur le site : devenir roches©Université Jean Monnet Saint Étienne
LLes Éclaireurs | Printemps du développement durable La crise écologique bouleverse déjà le monde du travail : en 2022, 280 000 agriculteurs marocains ont perdu leur emploi à cause des sécheresses, des stations de ski ferment, des pêcheurs abandonnent leur métier. Pourtant, le sujet reste peu abordé. Éclaireurs est une série documentaire inédite, qui part à la rencontre de professionnels qui, conscients de la fragilité de leur activité, s’engagent pour la transformer. Leurs actions sont diverses mais partagent un même objectif : adapter leur métier à un monde en mutation. Des experts viennent enrichir cette enquête pour en décrypter les enjeux.Cette projection-débat avec les réalisateurs Arthur Gosset et Hélène Cloître, ouverte au grand public, s’inscrit dans le cadre de la 6e édition du Printemps du développement durable par l’Université Jean Monnet. Cette nouvelle édition met en lumière les grands enjeux sociétaux : bien-être, santé, activité physique, solidarité, inclusion, mais aussi alimentation, préservation de la biodiversité et lutte contre le changement climatique. Autant de défis qui interrogent nos modes de vie et appellent des réponses collectives, concrètes et durables.> Lien vers la bande annonce>> Pour en savoir plus : Printemps du développement durable©Université Jean Monnet Saint-Étienne
LLe fantastique en littérature : aux frontières du réel ? Le 26 février est la journée internationale du Conte de Fées. À cette occasion, la Bibliothèque de l’Université Jean Monnet et les Presses universitaires de Saint-Étienne ont le plaisir de vous inviter à une rencontre de leurs cafés découvertes pour un débat autour de la littérature fantastique.Vampires, fantômes et loups-garous hantent la littérature fantastique. Au milieu du XIXe siècle, ces créatures se transforment en outil de réflexion sur l’esprit humain. Que signifie cette étrange coprésence de monstres et de maladies mentales ? Le fantastique élabore des expressions fascinantes de l’esprit humain, entre cultures populaires et cultures savantes. La promenade littéraire nous mènera par une forêt sombre et un asile de fous jusqu’aux frontières du réel.Intervenante : Manuela Mohr, chercheuse post-doctorante en histoire contemporaine, projet Élan Recherche, Université Jean Monnet, Saint-Étienne.> Découvrir son livre : cliquez iciPour en savoir plus : Cafés découvertes
HHéritages culturels et outils numériques La Faculté des Sciences Humaines et Sociales de l’Université Jean Monnet – Saint-Étienne – UJM – et le laboratoire Environnement Ville Société – EVS – organisent la seconde édition du séminaire international « Héritages culturels et outils numériques ».Les sujets et thématiques abordés seront variés : la cartographie de la « Terre Sainte » sur les mosaïques de Madaba (Jordanie), l’application « Walk to Plato’s Academy », l’archéologie du paysage sonore, la modélisation 3D des projets non réalisés de l’architecte Jože Plečnik à Lubljana, les SIG 3D, la réalité virtuelle immersive.Pour en savoir plus :Héritages culturels et outils numériquesProgramme de la journée
FFrançaises, Français : le langage inclusif n’est pas une nouveauté ! | The Conversation Les protestations hautes en couleur entendues ou lues à propos de l’écriture inclusive pendant l’automne 2017 et le débat actuel après les déclarations d’Emmanuel Macron et la proposition de loi ont une nouvelle fois confirmé qu’il existe dans notre pays une hypersensibilité aux questions de langue.Et qu’elle jette régulièrement sur le champ de bataille des troupes aussi persuadées de l’urgence de leur engagement que peu armées pour mener le combat.Histoire de la langueLe contexte national explique ces protestations intempestives. Le français est enseigné à l’école comme un ensemble de difficultés orthographiques et grammaticales à mémoriser plutôt qu’à comprendre – d’autant que, bien souvent, elles n’ont pas de sens. Mais un bagage capable, à terme, de faire le tri entre celles et ceux « qui savent » et les autres. Entre celles et ceux qui sauront écrire une lettre de motivation, une note de synthèse, un discours, un livre… et les autres. Or, « celles et ceux qui savent » ne savent rien, le plus souvent, de l’histoire de leur langue, ni même de ce qu’était réellement cette « langue de Molière » qu’on voit régulièrement alléguée dans les controverses et qu’on croit sauvegarder en s’opposant à tout changement. D’où les cris poussés à l’idée d’écrire nénufar (que Molière a connu tel quel) et les évanouissements provoqués par ognon (dont le i aurait dû être supprimé en même temps que celui de montaigne, campaigne, et autre besoigne).Concernant la « féminisation », bien peu de gens savent que les terribles nouveautés qu’on impute aux féministes n’en sont pas, et que s’il y a idéologie quelque part, elle n’est pas là où l’on croit. Car la langue française a bel et bien été l’objet d’infléchissements contraires à son fonctionnement (qui va plutôt vers l’équilibre du féminin et du masculin), par un groupe de pression particulier (l’Académie et consorts), pour des raisons strictement politiques (la mettre au service de l’ordre masculin). Le tout avec la complaisance des gouvernants, qui financent l’Académie et son dictionnaire avec les deniers publics, sans lui donner la moindre feuille de route et pouvoir y caser de temps en temps quelques serviteurs.Des innovations limitées et encore en cours d’ajustementL’écriture inclusive n’a pourtant rien de bien nouveau, à part son nom, qui a une vingtaine d’années mais qui n’a que récemment devancé ses concurrents (écriture égalitaire, épicène, non sexiste, non discriminante…). Les abréviations qui ont tant soulevé d’émotions (par exemple « artisan·e ») sont pour leur part en expérimentation depuis un peu plus longtemps ; sous leur forme la plus archaïque, les parenthèses, elles ont d’ailleurs reçu l’aval d’institutions aussi peu soupçonnables de féminisme que le Ministère de l’Intérieur, à qui l’on doit le « né(e) » qui figure sur nos cartes d’identité. L’emploi des termes féminins désignant des fonctions prestigieuses, qui relève aussi de l’écriture inclusive, est plus ancien encore : il a fait l’objet de plusieurs circulaires de premiers ministres, dont la première date de 1986. Quant à l’expression successive des termes féminins et masculins (« les candidats et les candidates », « celles et ceux »…), elle remonte au moins aux discours du Général de Gaulle, qui commençaient par « Françaises, Français ». Le père de l’écriture inclusive, c’est lui !Comme on le comprend avec les deux derniers exemples, ce n’est pas d’écriture que nous devrions parler, mais de langage inclusif : celui qui inclut. D’abord les femmes, massivement exclues du langage ordinaire, mais aussi les minorités, généralement malmenées linguistiquement.Ses adeptes se sont échiné·es à le répéter depuis un an, et il faut le redire : le langage inclusif n’est nullement réductible à une typographie spécifique, comme celle des points médians, et il peut même s’en passer tout à fait. Rien ne m’oblige à écrire « les Français·es » : je peux écrire les deux mots en toutes lettres, en reproduisant ce que je fais à l’oral. Simplement, c’est plus rapide à écrire, et ça prend moins de place. Les abréviations sont faites pour cela, depuis que l’écriture existe. Jusqu’à présent, elles servaient à raccourcir des mots (Dr, M., Mme…). Là, il s’agit d’écrire deux mots en un seul. À besoin neuf, réponse neuve – même si cela fait une vingtaine d’années qu’on bricole pour savoir comment faire au mieux, et quel signe est le plus adapté pour noter cette abréviation-là.Le point milieu, ou médian, n’est que le meilleur des candidats expérimentés, après les parenthèses, les traits d’union, les E majuscules et les points bas, en raison de sa discrétion, de son insécabilité, de son emploi nouveau et spécifique à cet usage (et donc dénué de connotations positives ou négatives). Quant à son utilisation, elle laisse encore à désirer. Les années qui viennent verront certainement sa simplification (le second point dans les mots au pluriel est à oublier, c’est un simple héritage des parenthèses). Et aussi sa restriction aux termes très proches morphologiquement (« artisan·es » et « ouvrier·es », mais pas « acteur·rice »). C’est le seul débat qui, dans un contexte apaisé, c’est-à-dire informé, aurait dû avoir lieu l’automne dernier. Les responsables de l’Agence Mots-clés, à l’origine du premier Manuel d’écriture inclusive (2016) et moi-même faisons la promotion d’un système plus simple que celui qui a généralement cours dans Le Langage inclusif : pourquoi, comment.Des ressources séculaires, qu’il suffit de réactiverLoin de se réduire, donc, à cette question qui ne concerne que l’écrit, le langage inclusif repose sur différentes ressources du français, qui ont toutes plusieurs siècles d’existence.Celle qui consiste à nommer les femmes avec des noms féminins, de même qu’on nomme les hommes avec des noms masculins, est de rigueur dans toutes les langues romanes. La bagarre menée depuis les années 1970 pour bannir les appellations masculines (l’auteur, le juge, le professeur, le ministre, le maire…) ne consiste qu’à refermer une parenthèse de quelques siècles, voire de quelques décennies pour les fonctions politiques et la haute fonction publique. Parenthèse durant laquelle des grammairiens masculinistes ont explicitement condamné des mots féminins d’usage courant, afin que certaines activités, fonctions, métiers et dignités qu’ils estimaient propres à leur sexe aient l’air d’être impropres aux femmes.Des centaines de textes témoignent du fonctionnement normal de la langue avant leur action, puis encore longtemps après (c’est ce que j’ai appelé les « résistances de la langue française »). Ainsi, mairesse figure parmi les métiers soumis à l’impôt au XIIIe siècle, au même titre que féronne, maréchale et heaumière. Écrivaine est attesté dès le XIVe siècle, autrice depuis le XVe, les premiers académiciens utilisaient d’ailleurs ces mots normalement. Procureuse figure dans le Dictionnaire françois de Richelet, ambassadrice dans le premier qu’ait fait l’Académie ; les immortel·les devraient décidément lire leurs prédécesseurs ! On a appelé médecines les femmes soignantes jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Il y a eu des proviseuses dans les couvents de femmes durant des siècles. Professeuse est répertorié en 1845 dans le Dictionnaire des mots nouveaux de Radonvilliers, qui donne du reste comme exemple « professeuse de langue » ! Mais on le trouvait déjà dans les Lettres écrites de Lauzanne d’Isabelle de Charrière (1785), et il est toujours employé dans certains pays francophones. Voltaire utilisait les mots inventrice et huissière. La presse parisienne a fêté les premières chevalières et officières de la Légion d’honneur – et même le mot commandeuse a existé, à côté de commandeur (c’est les noms qu’on donnait aux dirigeant·es des plantations en Afrique coloniale).Ce que nous appelons aujourd’hui des « doublets », ou des « doubles flexions » (Françaises, Français), est également une pratique très ancienne – bien plus que les discours du général de Gaulle ! La coutume de Vitry (le-François), mise par écrit en 1481, stipule à propos des serfs que « tous hommes ou femmes de corps sont audit baillage [susceptibles] de poursuite, en quelque lieu qu’ils aillent demeurer […]. Car tels hommes et femmes de corps sont censés et réputés du pied et partie de la terre » (art. 145). Les Reglemens des maîtres passementiers, tissutiers et rubaniers de la ville et faubourgs de Lyon (1763) précisent que « nul maître ne pourra tenir plus d’un apprentis ou d’une apprentisse à la fois », qu’il « paiera l’apprentis ou l’apprentisse pour son année en apprentissage », que « ne pourra aussi aucun maître avoir un apprentis ou apprentisse s’il n’est marié » (art. 8)… La double flexion figure six fois dans ce seul article, elle est systématique. Ce qui n’est nullement préconisé aujourd’hui, mais qui montre que personne ne trouvait « lourd » ou « ridicule » ce qui est décrété tel avec tant d’assurance par les esprits chagrins du XXIe siècle.L’ordre alphabétique ne paraît pas non plus pouvoir être mis au compte des innovations, même si son recours ici est nouveau. Se pose en effet la question de savoir dans quel ordre disposer les doublets : « Françaises, Français ! », « Travailleuses, travailleurs ! » ou le contraire ? Les politiques qui ont mis ces formules au point avaient choisi la « galanterie », là où l’ordinaire déférence au sexe masculin nous a fait dire jusqu’il y a peu de temps « l’égalité hommes-femmes ». L’une n’étant que l’envers de l’autre, l’ordre alphabétique – totalement arbitraire – apparaît comme la solution idéale : « les candidates et les candidats », mais « les auteurs et les autrices ». En faisant démarrer ce mécanisme avec l’article, pour ne pas voir revenir par la fenêtre ce qu’on a mis à la porte : « la directrice et le directeur ».Un autre pilier du langage inclusif est l’accord de proximité, qui, à côté de l’accord selon le sens, a été d’usage pendant des siècles en français, avant et encore bien après l’invention de l’accord selon le genre « le plus noble » (Vaugelas, Remarques sur la langue françoise, 1647 ; Bouhours, Doutes sur la langue françoise, 1674), ou « le plus fort » (Dictionnaire de Furetière, 1690, entrée « Masculin »), ou « le premier des genres, parce que ce genre est attribué particulièrement à l’homme » (Dictionnaire de l’Académie, 1762, entrée « Masculin »).L’accord de proximité évitait de se casser la tête : lorsque plusieurs substantifs doivent être qualifiés par un adjectif ou un participe, c’est le plus proche qui donne ses marques. Ainsi le théologien janséniste Pierre Nicole parle-t-il, dans son traité De l’éducation d’un prince (1670), de « ces pères et ces mères qui font profession d’être chrétiennes » (et non chrétiens). Renouer avec ce mécanisme permet d’éviter les répétitions (et les recours aux abréviations, si l’on y est allergique) : « Les acteurs et les actrices qui ont pris position ont été entendues et seront reçues bientôt par la ministre » (plutôt que entendu·es et reçu·es).L’accord selon le sens permettait quant à lui de ne pas mettre tous les substantifs à accorder sur le même plan, si pour une raison où une autre on donnait plus d’importance à l’un d’eux, comme dans le titre de ce livre publié en 1571 : Le Parnasse des poètes francois modernes contenant leurs plus riches et graves sentences, discours, descriptions et doctes enseignements, recueillies par feu Gilles Corrozet, Parisien (et non recueillis). Renouer avec cette logique nous autoriserait enfin à écrire : « Cinq fillettes et deux chiens ont été retrouvées mortes dans les décombres » (et non morts) ; et surtout à nous adresser au féminin à toute assemblée majoritairement féminine. Le retour à ces systèmes simples aurait surtout l’avantage de ranger au magasin des antiquités la ritournelle qui dit que « le masculin l’emporte sur le féminin » (version IIIe République du genre le plus noble), ou sa variante euphémisée « le masculin l’emporte » (où donc ?), qui font des ravages dans les têtes des filles comme dans celle des garçons.Des exigences nouvellesEnfin, le langage inclusif consiste à mettre aux oubliettes aussi le terme homme dans tous les cas où l’on veut parler de l’espèce humaine, que ce soit au café du commerce, dans les amphis de paléontologie, dans les copies de philosophie ou dans les lieux dédiés à la parole publique, notamment à propos des « droits de l’homme ». Avec ou sans majuscule. D’une part, celle-ci est inaudible, et à l’écrit bien souvent oubliée ; elle est d’ailleurs d’usage récent (le Dictionnaire de l’Académie ne la préconise que dans son édition en cours – démarrée en 1936, la lettre H ayant dû être traitée dans les années 1960). D’autre part, les droits de l’homme ont exclu les femmes jusqu’à ce que des textes législatifs viennent explicitement les leur ouvrir : d’abord l’Ordonnance du 21 avril 1944, qui précisa que « Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes », puis la Constitution de 1946, qui stipula que « La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme ».Une fois de plus, la confusion revient à l’Académie. Avant elle, personne n’avait eu l’idée de soutenir que le mot homme désigne « toute l’espèce humaine, et se dit de tous les deux sexes » (Dictionnaire de 1694). Que la Constitution française persiste à proclamer « solennellement son attachement l’[attachement du peuple français] aux Droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789 », n’est plus tolérable.Autrement dit, à part les abréviations, rien de nouveau sous le soleil. Le langage inclusif ne consiste qu’à recourir à des usages validés par le temps, parce que fondés sur le système de la langue, la politesse, l’exactitude, la raison. Ce n’est pas par hasard que ces usages s’étaient imposés, qu’ils ont survécu aux tentatives d’éradication, et qu’on les a retrouvés dès lors qu’on en a ressenti le besoin – c’est-à-dire dans un pays qui prétend désormais promouvoir l’égalité, et où des gens, des groupes, des forces poussent à la réalisation de cet objectif. Il s’agit de généraliser ces usages. Ce qui implique une action concertée, à la fois dans l’ensemble de la société pour parvenir à l’homogénéisation des (meilleures) nouvelles pratiques, et dans l’éducation nationale pour qu’elles soient enseignées à l’âge où l’on apprend à maîtriser sa langue.Dans son ensemble, cependant, le langage inclusif dessine bel et bien un programme politique ambitieux – pour ne pas dire révolutionnaire. Il ne s’agit rien moins que de démanteler les stratégies élaborées pour installer en douce dans les cerveaux l’évidence absolue, incontestable, légitime de la supériorité masculine. Ce n’est pas non plus un hasard si des grammairiens et intellectuels masculinistes y ont travaillé avec application, s’ils ont intrigué inlassablement pour que l’État les suive, ni si ceux d’aujourd’hui montent au créneau pour défendre cet édifice. Ni si leur bras armé n’a pas hésité, l’année dernière, à crier à ce « péril mortel » où serait la langue française, à partir du moment où la puissance du masculin y serait amoindrie.La langue n’est pas un « donné » qui serait tombé du ciel avec toutes ses bizarreries. Il faut réaliser que des gens l’ont complexifiée à plaisir pour pouvoir « se distinguer des ignorants et des simples femmes », comme le disait crûment dans les années 1660 l’homme qui était alors chargé de la confection du Dictionnaire de l’Académie, Eudes de Mézeray. Que ce qui a été fait dans un sens peut être fait dans l’autre. Que l’école, chargée malgré elle d’enseigner que « le masculin l’emporte sur le féminin », pourrait enseigner qu’il l’a emporté longtemps parce que des misogynes le voulaient ainsi, mais qu’il ne l’emporte plus, parce des féministes et des hommes progressistes se sont battus contre eux pendant des siècles, et qu’elles et ils ont finalement gagné la partieAuteure : Éliane Viennot, Professeuse émérite de littérature française de la Renaissance, Université Jean Monnet, Saint-Étienne Cet article a été co-publié avec le blog de la revue Terrain.Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.>>> Lire l’article original.
NNuit européenne des chercheur.e.s 2023 NOS FUTURSQue ce soit par la production d’idées, de nouvelles techniques ou d’analyses, chaque chercheuse et chercheur construit le futur. Des notions et des savoirs font consensus mais la recherche et ses dizaines de disciplines offrent un formidable panel de voies et d’expérimentations pour bâtir le monde de demain. Venir à la Nuit Européenne des Chercheur·es ce n’est pas pour repartir avec une vision prophétique de l’avenir, mais c’est réfléchir ensemble à nos futurs. Quels nouveaux défis la recherche aura-t-elle à relever ? Quels sont les nouveaux champs à explorer ? Quelle place pour la participation citoyenne ?Enjeux scientifiques, mais aussi sociaux, économiques, artistiques, politiques, sanitaires, technologiques… Bien loin des trajectoires toutes tracées, venez découvrir les grandes questions qui se posent quotidiennement dans les laboratoires de Saint-Etienne, Lyon et Clermont-Ferrand.>> Retrouvez tout le programme et les rendez-vous de la soirée à Saint-Étienne sur :Nuit européenne des chercheur.e.sLa Nuit européenne des chercheur·es est un évènement proposé par La Rotonde, Saint-Étienne Métropole, l’Université Jean Monnet ainsi que l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur de Saint-Étienne et soutenu par la Commission Européenne dans le cadre du programme HORIZON 2020. Action Marie Curie Sklodowska n°817536.PPour aller plus loinLa grande expérience participative est de retour. Et nous avons besoin de vous !Cette expérience s’appuiera sur la participation simultanée de milliers de citoyen·ne·s dans 16 villes françaises le soir de l’événement. Coordonnée par les chercheur·es du Toulouse Biotechnology Institute, l’opération permettra de collecter des données sur la qualité de l’eau et de réfléchir aux problématiques de la qualité environnementale de nos eaux douces.Pour cette occasion, un espace entièrement dédié à l’eau s’installe à la Nuit Européenne des Chercheur·es : venez nous rencontrer !
LLe débat sur la valeur travail est une nécessité | The Conversation Débattre de la notion de travail devrait questionner la centralité même de ce dernier dans nos vies par rapport à d’autres enjeux, comme la famille, l’intime, la place du politique.Sarah CHai/Pexels, CC BY-NC-NDLa question du travail est au cœur de questions brûlantes d’actualité telles que la réforme des retraites, l’utilisation industrielle de l’intelligence artificielle ou bien encore la remise en cause du modèle productiviste.Paradoxalement ces multiples interrogations sur les évolutions concrètes du travail ont lieu au moment même où le travail continue à être présenté comme une valeur morale indiscutable et cela de la gauche à la droite de l’échiquier politique.Tout se passe comme si les débats nécessaires sur les transformations de la place du travail dans notre quotidien étaient limités voire empêchés par un consensus non interrogé, une doxa, sur la centralité indépassable du travail pour avoir un revenu, pour s’émanciper, pour créer de la solidarité, etc.Et pourtant accepter de débattre sur la place du travail dans la société de demain est sans doute un préalable à toute bifurcation nous permettant de remédier à la triple crise économique, démocratique et écologique que nous vivons.DDéfinir l’espèce humaineLe travail, activité visant à transformer son environnement, peut être perçu comme l’élément qui définit la spécificité humaine. L’homme en créant par le travail les conditions de son existence se différencie ainsi de l’animal soumis aux aléas de la nature. Simultanément le travail comme effort pour aller au-delà de soi-même est perçu comme un moyen d’émancipation. Dans ces conditions, le travail comme valeur morale reste central alors même que le travail comme activité économique n’obéit plus à la même nécessité qu’autrefois du fait de l’évolution technologique.Déjà l’ouvrier spécialisé a été remplacé par la machine dans de nombreuses entreprises et nous sommes aujourd’hui avec l’intelligence artificielle au début de questionnements quant à l’avenir des activités intellectuelles. Cette tension entre la raréfaction du besoin de travailler pour produire de la richesse économique et le consensus autour de la nécessité de travailler et l’une des sources, dans nos sociétés, de dégradation de l’emploi (défini comme du travail rémunéré).Faute d’envisager une diminution drastique du temps de travail et de décorréler obtention d’un revenu et emploi, nous assistons à une lente dégradation de la qualité et de l’intérêt du travail : précarisation, parcellisation des tâches, etc.Cela se traduit par des phénomènes comme «les bull shit jobs» mis en évidence par l’anthropologue David Graeber, le «quiet quitting» (faire le minimum dans l’emploi qu’on occupe), la souffrance au travail, ou la grande démission. Cela participe aussi à l’opposition des Français au report de l’âge de la retraite et à la montée d’un ressentiment vis-à-vis des élites économiques mais aussi politiques ce qui alimente la crise démocratique.LLe travail contre la démocratie ?Certains, qui ont la chance d’exercer des métiers intéressants et rémunérateurs semblent défendre la dimension émancipatrice du travail alors que, dans les faits, ce qu’ils défendent réellement c’est l’obligation faite à des personnes peu qualifiées d’accomplir des tâches pénibles et non porteuses de sens qu’ils ne veulent pas accomplir.Aujourd’hui, on assiste à une colonisation du temps consacré à l’activité économique sur les autres temps sociaux.Andrea Picquadio/Pexels, CC BY-NC-NDCe phénomène, que le philosophe André Gorz nomme «dualisation salariale» est dangereux pour la démocratie car il éloigne l’horizon d’égalité. Cette dualisation salariale se couple avec l’idée de subordination propre à tout contrat salarial. Pour le dire autrement, on défend l’idée morale d’un travail émancipateur qui se traduit par un contrat salarial producteur d’inégalités et réducteur d’autonomie.Or la démocratie est auto nomos (autonomie) la capacité à faire et défaire collectivement les normes qui nous gouvernent comme le rappelait Cornélius Castoriadis.ÊÊtre libéré du travail pour participer à l’activité essentielle : la politiqueEn effet, la valorisation morale du travail semble une donnée intemporelle, naturelle, alors que dans la Grèce antique, quand on parlait de valeur on discutait du beau, du bien ou du vrai mais pas du travail. D’ailleurs, ainsi que le soulignait la philosophe Hannah Arendt, il fallait même être libéré du travail pour participer à l’activité essentielle : la politiqueAujourd’hui, au contraire, à travers le télétravail on assiste à une colonisation du temps consacré à l’activité économique sur les autres temps sociaux.Ce temps consacré à l’économique est d’autant plus important que nous sommes rentrés dans une économie de l’attention qui occupe une large part de nos loisirs. Cette temporalité hégémonique du travail et de la consommation correspond à ce que Karl Polanyi (1983) nomme une société de marché, c’est-à-dire une société qui n’est plus régulée par des lois délibérées mais par les règles de l’échange marchand. De ce fait, nous avons de moins en moins de temps pour vérifier les informations, pour remettre en cause des évidences, pour construire sereinement dans la délibération des désaccords féconds. Cela dans une période où il nous faut pourtant prendre le temps d’inventer des solutions collectives pour aller vers une société plus résiliente et écologique.VValeur travail ou soutenabilité écologique, il faut choisirL’impératif moral d’avoir une activité productive rémunérée fait passer au second plan l’utilité sociale et écologique de la production. Autrement dit, nous sommes dans une société où on ne travaille plus pour produire plus mais où on produit plus pour pouvoir être en mesure de travailler plus.Ainsi, produire plus d’automobiles ne permet pas d’aller plus vite et d’être plus libre, cela crée des embouteillages et de la pollution ce qui créera de nouveaux marchés nécessitant plus de travail dans l’invention et la production de véhicules plus rapides ou plus écologiques. Nous pouvons faire référence à Ivan Illich qui montrait dans La convivialité et cela dés 1973, que l’automobile ne permettait pas de se déplacer plus vite qu’en vélo mais qu’elle créait, au nom du progrès et la croissance, de la dépendance.Peut-on imaginer une société plus conviviale sur le modèle proposé par le penseur Ivan Illich?Pexels/Elviss Railijs Bitāns, CC BY-NC-NDOr ce paradoxe est catastrophique pour l’écologie. Il n’est pas possible d’avoir une croissance infinie sur une planète finie. Pour préserver les conditions d’habitabilité de la planète, il semble nécessaire de produire moins et donc accepter de travailler moins. Comment ? Dans quel secteur ?RRemettre en question la place centrale du travailPour que ce débat ait lieu, il faudrait débattre de la valeur travail et remettre en cause sa centralité. Or ce débat n’est pas simple car il renvoie, tout d’abord, à des questions débattues mais qui n’ont pas, pour l’instant, trouvé de réponses consensuelles.La première, mise en évidence à l’occasion de l’épisode de Covid-19, est celle de la juste rémunération des tâches. Les tâches socialement les plus utiles – celle du care notamment – sont pourtant parmi les moins rémunératrices.La seconde, ouverte par les débats autour du RSA en France et plus généralement du revenu d’existence en Europe, est celle du découplage du lien entre emploi et revenu.Cette seconde question entraîne une troisième, celle de la répartition des tâches collectives ingrates si elles ne sont plus assurées par des personnes soumises à des conditions de travail dégradées. Mais ce débat est complexe aussi parce qu’il renvoie à des thèmes non débattus dans l’espace public.Le premier est celui de la justice distributive (à chacun selon ses mérites). Le droit de vivre doit-il découler de l’effort productif ou du respect de la dignité humaine ? Dans le premier cas, chacun doit apporter une contribution au collectif, dans le second chacun est libre de sa (non) participation. Le deuxième est celui de la valeur économique. Aujourd’hui, l’économie se fonde sur l’idée que la création de richesses repose sur la création de valeur qui elle-même repose sur l’utilité. C’est-à-dire en définitive sur les désirs des individus. Tant que quelque chose répond à un désir humain quelconque il doit être produit. Conception qui engendre de la croissance mais pas nécessairement de l’utilité sociale et de la soutenabilité écologique.En réalité, le débat sur la valeur travail est à la fois nécessaire et difficile à mettre en place car il vise à remettre en cause la primauté de l’économique sur le politique, le social et l’écologique. Débattre de la valeur travail c’est, au fond, débattre de «ce à quoi nous tenons». Article publié sur The Conversation le 13 juin 2023Éric Dacheux, Professeur en information et communication, Université Clermont Auvergne (UCA) et Daniel Goujon, Maître de conférences en sciences économiques, Université Jean Monnet, Saint-ÉtienneCet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
LLes juridiques et éthiques de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé La conférence « Les enjeux juridiques et éthiques de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé » est organisée conjointement par le CERCRID (UMR 5137), la Faculté de Droit et la Faculté de Médecine de Saint-Etienne, en collaboration avec l’Université d’Ottawa et le Centre de recherche Droit Technologie et Société.Cette conférence portera sur les défis juridiques et éthiques liés à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé. L’événement est soutenu par l’IEA CNRS – France/Canada et le FFCR. Rejoignez-nous pour cette occasion unique d’approfondir vos connaissances sur un sujet d’actualité important.Intervenants :Stefania ATTOLINI, Professeure contractuelle de droit du numérique et chargée de recherche postdoctorale, Università del Salento (Italie)Béatrice ESPESSON-VERGEAT, Professeure de droit privé, Université Jean Monnet Saint-EtienneClaire LE HELLO, PU-PH en médecine vasculaire au CHU de Saint-Etienne, Université Jean Monnet Saint-EtienneFlorian MARTIN-BARITEAU, Professseur agrégé et Chaire de recherche de l’Université en technologie et société, Université d’Ottawa (Canada)Mouna MOUNCIF-MOUNGACHE, Maître de conférences en droit public, Université Jean Monnet Saint-Etienne, coordinatrice du chantier transversal « Droit, critique et numérique » du CERCRID (UMR 5137)Catherine RÉGIS, Professeure titulaire et Chaire de recherche du Canada sur la culture collaborative en droit et politiques de la santé, Université de Montréal (Canada)Teresa SCASSA, Professeure titulaire et Chaire de recherche du Canada en droit et politiques de l’information, Université d’Ottawa (Canada) >> Pour plus d’informations :CERCRID
LLa Nuit Européenne des Chercheur·es revient à Saint-Étienne ! Des coulisses de laboratoires aux projets inédits, de l’astronomie à la littérature en passant par la santé et le sport, venez célébrer le temps d’une soirée la recherche dans sa plus grande diversité avec une soixantaine de chercheur·es du territoire.Au programme : discussions en petit groupe, balades dans la ville, théâtre, jeux et ateliers… Il y en aura pour tous les goûts ! La thématique cette année : l’imprévu…Le programme finalisé sera édité durant l’été.>> A venir…La Nuit européenne des chercheurs 2021