Eleutheria ! Retour à la liberté

EEleutheria ! Retour à la liberté

À l’occasion du bicentenaire de la révolution grecque, célébrée le 25 mars 2021, le Musée des moulages (MuMo) dévoile sa nouvelle exposition pour la rentrée 2021, Eleutheria ! Retour à la liberté : découvrir et transmettre l’Antiquité depuis la révolution grecque.

La Révolution grecque de 1821, conclusion de la lutte pour l’indépendance de la Grèce face à l’Empire Ottoman, a ouvert les portes aux archéologues d’Europe qui (re)découvrent les trésors de la Grèce antique, connus jusqu’alors principalement par les textes anciens et les récits de voyageurs. Cet événement historique s’inscrit pleinement dans l’émergence de l’archéologie comme science au milieu du XIXe siècle. L’archéologie s’institutionnalise, développe de nouvelles méthodes de recherche et d’études des productions artistiques et techniques anciennes en redécouvrant des sites prestigieux.

L’exposition est l’occasion de découvrir par quels moyens le Musée des moulages a contribué à diffuser la culture de la Grèce antique en dehors de ses frontières modernes nouvellement acquises et d’en apprendre davantage sur les représentations du monde grec antique en Europe à cette époque.

Une programmation riche (conférences, ballades urbaines, ateliers pédagogiques, spectacles) en partenariat avec des étudiants en mode, communication, médiation et histoire de l’art viendra compléter l’exposition.

>> Pour plus d’informations et programme complet (à la fin de l’été) :

MusÉe des Moulages

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Le magazine de la recherche de l’Université Lumière Lyon 2

Rchrch a pour ambition de partager les savoirs et les connaissances en train de s’élaborer dans les 32 laboratoires de recherche de notre Université, de décrypter le monde qui nous entoure et de rendre la recherche et ses résultats accessibles à toutes et tous. Il rappelle ainsi, au fil des pages, à quel point les Sciences humaines et sociales, dans leur très grande diversité, sont indispensables à la pensée humaine et à l’intelligence des sociétés.

Au sommaire de chaque numéro : un dossier thématique, des regards croisés de chercheur.es sur un thème d’actualité, des explorations de projets et partenariats de recherche, un grand entretien avec un.e chercheur.e, un tête-à-tête avec un.e doctorant.e, un focus sur une structure de recherche, et pleins d’autres choses encore… ! Chaque numéro sera également l’occasion d’une collaboration avec un.e illustrateur/trice différent.e.

>> Consulter le magazine de la recherche de l’Université Lumière Lyon 2 :

RchRch n°1 – Janvier 2021

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Quels transports pour l’après-Covid ?

QQuels transports pour l’après-Covid ?

Plus de vélos, moins de transports en commun, le transfert de mobilité suite au premier confinement semble avoir des effets durables sur notre façon de circuler. Pour Olivier Klein, chercheur en aménagement et urbanisme, même si la voiture individuelle résiste encore, la mobilité d’avant ne sera pas celle d’après… Pour CNRS Le Journal, il développe son analyse dans un podcast de la série « La parole à la science ».

Olivier Klein est enseignant-chercheur à École nationale des travaux publics de l’État, ingénieur des travaux publics de l’État, directeur adjoint du Laboratoire Aménagement, Économie, Transports et coporteur du projet Covimob, qui s’intéresse aux transformations des pratiques de mobilités dues à la crise sanitaire du Covid-19.

Pour l’écoféminisme, « tout est relié » | The Conversation

PPour l’écoféminisme, « tout est relié » | The Conversation

Abolir les frontières entre nature et culture, c’est l’un des projets de l’éco-féminisme

Le terme « écoféminisme », forgé par Françoise d’Eaubonne en 1974, est associé à un mouvement social anglophone né aux États-Unis et au Royaume-Uni dans les années 1970-80, et continue à essaimer aujourd’hui. L’objectif militant de l’écofeminisme consiste à éveiller les consciences sur les deux grandes questions intrinsèques à son concept : la crise environnementale et le féminisme.

Selon la Déclaration d’unité de WLOE (Women for Life on Earth) en 1980, les écoféministes affirment voir « des liens entre l’exploitation de la terre et de ses populations et la violence physique, économique et psychologique perpétrée envers les femmes », et veulent « comprendre et surmonter les divisions historiques basées sur la différence de race, de degré de pauvreté, de classe sociale, d’âge et de sexe ».

La visée du mouvement est donc double : la prise de conscience de l’équation « domination des femmes/domination de la nature », et sa traduction en exigences de « réinvention de l’histoire » et de « réappropriation de la place des femmes dans le monde ». Y compris la réappropriation de leurs qualités présupposées féminines et pour cela trop souvent dénigrées ou peu valorisées (du soin des proches à la maternité, du rapport aux plantes à la sensibilité…).

Un angle d’étude insolite

Aborder l’écoféminisme (certains l’appellent « féminisme écologique ») sous l’angle anthropologique permet de montrer ces dynamiques même au cœur des groupes humains étudiés. Être anthropologue, voire ethnographe dès lors qu’il s’agit d’appliquer directement la méthode d’investigation anthropologique dans la proximité côte à côte avec ses interlocuteurs de terrain, ce n’est pas observer du haut d’une tour d’ivoire mais bien s’insérer dans une population donnée, en faire partie au quotidien pour une période plus ou moins longue, et y découvrir, chemin faisant, des aspects des phénomènes qui intéressaient au préalable au chercheur, ou en découvrir de nouveaux. C’est l’« observation participante ».

Dès lors, il s’agit de définir, pour chaque culture, ses propres « systèmes symboliques qui rendent le monde signifiant ». Par exemple, le célèbre anthropologue C. Lévi-Strauss avait compris que la conformation du village de Kejara des indigènes Bororo (au Brésil), où la maison des hommes (baitemannageo) et les maisons possédées par les femmes sont situées respectivement au centre et à la périphérie circulaire de l’espace habité, servait à séparer les individus non seulement d’un point de vue physique, mais aussi en termes symboliques, en leur attribuant de différents rôles sociaux selon les catégories. Ainsi, les femmes sont exclues des rites religieux réservés aux hommes dans leur « maison », tandis qu’elles ont à cœur la gestion de la résidence et de la vie conjugale.

En anthropologie, il faut en particulier distinguer les données relevant du point de vue affirmé par les interlocuteurs de celles inhérentes aux analyses et interprétations du chercheur.

C’est de cette façon que j’ai travaillé avec les deux associations en territoire vaudois de mon terrain : les femmes de la Maison pour agir et à Bricologis revendiquent des valeurs et pratiques participatives relatives aux champs de l’« écologie », la « solidarité » et du « bricolage » pour l’amélioration du cadre de vie de proximité.

En entrant dans les coulisses de ces associations, j’y ai découvert des représentations révélatrices de traits féministes. Alors, comment ces femmes se révèlent-elles comme écoféministes ? Comment, d’ailleurs, se comporte l’ethnographe face à elles, et vice-versa ?

S’émanciper de la nature…

Ces femmes mettent en place une série d’actions collectives mettant en avant un éthos écologique commun et aux saveurs locales : des ateliers de cuisine anti-gaspillage alimentaire (au premier rang) à ceux de cosmétiques « faits soi-même » ; mais aussi les repas partagés, occasions de goûter des soupes aromatiques ou des cakes truffés de fruits et légumes « glanés » (récupérés des magasins), tout en entretenant des amitiés de quartier de longue date.

Alors, s’enchaînant, selon les journées, les phases méticuleuses et conviviales de création de masques à l’argile verte, de « pâtes à tartiner » à partir du mixage de dattes, miel et lait, de déodorants composés de cires naturelles et d’huiles essentielles, de tartines de ratatouille à base de poivrons, courgettes et aubergines étalés sur un fond léger de crème chantilly.

Le tout rythmé par des moments de dégustation ou d’échange de récits de vie ou d’impressions éclatantes. « Oh que c’est bon ce jus de pomme ! » ; « mes enfants ils seraient venus, ils adorent cuisiner » ; « on est bien ici, entre nous… » ; « c’est malheureux mais c’est ça en fait, on a toujours mis les femmes à la cuisine alors que les meilleurs pâtissiers c’est les hommes. Les pâtissiers c’est les mecs ! ».

C’est là que le noyau dur de l’écoféminisme se construit au fil des rencontres. Puisque la « nature » n’est pas fixe, mais changeante, elle se recrée dans les recettes. Et parce que ce sont des femmes qui la transforment grâce à leur créativité et leur maîtrise technique, elles s’émancipent de ce naturalisme millénaire, conception masculine dominatrice, qui associe les femmes à une idée de nature passive et inférieure à la culture.

Elles mêlent librement autonomie personnelle et coopération, mais aussi tradition et innovation en reproduisant des recettes du passé, de l’époque de leurs parents, à l’aide d’outils électromécaniques modernes (blenders, mixeurs plongeants, toasters). La nature est de ce fait culturalisée, elle devient une élaboration active dans un vocabulaire écologique qui lie les membres du groupe ; elle est proche finalement de la vision féminine du « care », qui critique à bas bruit le stigmate naturaliste de la passivité.

Travailler dans un groupe féminin

Étant presque le seul homme dans les groupes des deux associations, il me fallait combattre un double « danger » hantant les milieux féministes : celui de rejouer la domination masculine, mais aussi celui, statutaire, que représentait ma casquette de chercheur. On sait qu’un des défis de toute enquête ethnographique est de réussir à réduire le fossé social séparant l’enquêteur des enquêtés, de sorte que ceux-ci ne soient pas instrumentalisés en « simples représentants de leur culture ».

Pour travailler dans de bonnes conditions, je devais donc prendre part aux actions, sans être ni intrusif ni tout à fait distancié, écouter et m’intégrer aux conversations, cuisiner, grignoter « écolo ».

J’ai pu vivre de l’intérieur cette volonté, entre « sœurs », à impacter, même à petite échelle, le microcosme local par des habitus plus écologiques. Ce sont là encore des empreintes du « care », ce phénomène transfrontalier qui appelle à unir les femmes militantes dans une quête de connaissances partagées, de tissage de réseaux, de combat face aux catastrophes environnementales ; une quête qui aspire à abattre les frontières entre les être vivants et les non-vivants, entre les femmes et les hommes.

Un déplacement de perspective

Le pouvoir d’agir, indépendamment des fronts où on agit, n’est pas le monopole des hommes. Du seul « privilège » accolé à l’Homme de changer le monde à la possibilité pour chaque femme, pour elle-même et pour les autres, de s’approprier le monde, c’est ce déplacement de perspective très concret que m’a appris ce terrain.

Ce féminisme écologique est un carburant qui vise au bien-être de tous, hommes et femmes, en rejetant les grandes divisions par le biais d’une écologie fluide qui mêle sensibilité et rationalité, tradition et innovation, nature et culture, « ego » et « nous », féminin et masculin. C’est cela que voulaient dire Médaline, Radhia et Olympe en me déclarant non sans emphase : « Ici, Alessandro, tout est relié ».The Conversation

 

Auteur : Alessandro Marinelli, Doctorant en anthropologie, Université Lumière Lyon 2

Cet article a été publié dans le cadre de la Fête de la science 2020 dont The Conversation France est partenaire. Cette édition avait pour thème : Planète Nature ?

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons >>> Lire l’article original.

Libre expression et esprit critique

LLibre expression et esprit critique

Des enseignant.es et enseignant.es-chercheur.es de l’Université Lumière Lyon 2 ont tenu à exprimer la manière dont ils/elles conçoivent leur métier et les convictions qui les guident dans l’exercice de leurs missions, pour réaffirmer leur attachement indéfectible à la liberté d’expression et à l’esprit critique.

  • De quelle liberté d’expression parle-t-on ?, Sylvie Monchatre, Professeure de sociologie à l’IETL, chercheure au Centre Max Weber
  • Dignité, Dominique Carlat, Professeur de littérature française moderne à l’UFR LESLA, membre du laboratoire Passages XX-XXI
  • Le plus beau métier du monde, Marylène Possamaï, Professeure de littérature médiévale à l’UFR LESLA, membre du laboratoire CIHAM
  • Lumières, Myrtille Méricam-Bourdet, Maîtresse de conférences en littérature française du XVIIIe siècle à l’UFR LESLA, membre du laboratoire IHRIM

En savoir plus :

Université Lumière Lyon 2

Exercer son activité en télétravail : une délicate mission d’équilibriste

EExercer son activité en télétravail : une délicate mission d’équilibriste

Alors que la deuxième vague de l’épidémie s’étend sur l’ensemble de l’Europe, le télétravail est à nouveau vivement recommandé par le conseil scientifique (organe consulté par le gouvernement français pour orienter sa politique sanitaire). Comme beaucoup l’ont déjà expérimenté pendant le confinement, exercer son activité à distance bouleverse de façon implicite, mais néanmoins palpable, notre relation au travail : reconfiguration des rapports hiérarchiques, débordement du temps de travail sur nos vies personnelles, nouvelle gestion de notre espace domestique au profit de notre vie professionnelle… Cette situation inédite pose très concrètement la question de la réorganisation du travail et interroge le contenu de nos activités.

A travers cette interview, Emilie Vayre, professeure de psychologie sociale à l’Université Lumière Lyon 2, analyse les difficultés engendrées par le télétravail, mettant au jour l’impérieuse nécessité de créer collectivement et individuellement de nouveaux équilibres entre vie professionnelle et personnelle.

Comment se reconfigurent les relations à l’activité professionnelle en situation de télétravail ?

C’est compliqué. Le télétravail, en tant que modalité de travail, ne modifie pas à lui seul le travail : dans certaines structures, rien n’a été changé quant à la culture organisationnelle, aux politiques ou modalités de management, aux habitudes… dans ce cas, le déploiement du télétravail est susceptible de poser problème. En France, dans le secteur public comme dans le secteur privé, on constate une culture du contrôle et du présentéisme. Or, si le télétravail n’est pas associé à de nouvelles pratiques managériales, à de nouvelles manières d’organiser le travail, cela peut conduire à une détérioration des relations entre le supérieur et ses collaborateurs, le premier pouvant être tenté d’exercer des formes de contrôle plus fortes sur le travail des seconds. Avec ce type de management, mais aussi du fait des stéréotypes et préjugés relatifs au télétravail, il existe un risque sur la santé : les collaborateurs vont avoir tendance à travailler plus car ils auront le sentiment de devoir constamment faire leurs preuves.

Ce qui est également compliqué quand on est à distance, c’est que tout ce qui relève de l’informel à tendance à disparaitre : les discussions autour de la machine à café, les échanges entre deux portes ou lors du déjeuner du midi… En psychologie du travail, on sait très bien que ces relations sont très importantes pour obtenir de l’information, pour renforcer le lien social, pour créer une identité professionnelle et pour être bien intégré dans son organisation de travail.

Vous avez évoqué les risques pour la santé des agents ou des salariés en situation de télétravail. Quelle définition pouvez-vous donner des risques psycho-sociaux ?

La littérature qui porte sur les risques psycho-sociaux n’est pas nécessairement homogène. Il n’y a pas une définition sur laquelle tout le monde s’accorde. Certains vont insister sur les facteurs de souffrance ou de mal-être, d’autres vont mettre en avant les conséquences liés à ces risques, comme le stress ou l’épuisement professionnel…

En situation de télétravail, des risques psychosociaux et professionnels ont d’ores et déjà été identifiés.

Il existe en premier lieu un risque de surtravail, de surengagement dans le travail. On constate que certains télétravailleurs travaillent plus : ils ont tendance à avoir des journées beaucoup plus longues et à travailler d’une façon plus intense en raison de l’usage des technologies. Dans ce cas le travail est plus coûteux au niveau cognitif. Entre l’augmentation de la charge mentale de travail et l’augmentation de la charge temporelle de travail, le télétravail peut conduire à des arrêts de travail pour cause d’épuisement professionnel.

On constate également des risques physiques liés au télétravail. Si l’espace de travail n’est pas adapté, les individus peuvent adopter des postures délétères. Beaucoup de télétravailleurs disent travailler depuis leur canapé, depuis leur lit, ou encore par terre : cela peut générer des douleurs et des troubles musculo-squelettiques, d’autant plus fréquents que les télétravailleurs font en général moins de pause. Il y a enfin la question de la sédentarité : en travaillant chez soi, il y a moins d’opportunité de sortir et de bouger ce qui, à long terme, engendre des risques pour la santé.

Quelles conséquences le télétravail prolongé peut avoir sur la vie personnelle ? Comment cohabitent ces deux sphères, professionnelles et privées, en un même espace ?

Parmi les études réalisées dans ce domaine, il y a deux types de résultats qui peuvent paraître contradictoires, mais qui en réalité ne le sont pas nécessairement.

Des résultats d’études montrent que le télétravail va favoriser la conciliation entre la vie professionnelle et la vie personnelle, va permettre plus de flexibilité, de mieux s’organiser, de mieux hiérarchiser ce que l’on doit faire, si on dispose d’un minimum d’autonomie. Pour exemple, les hommes comme les femmes disent avoir plus de temps pour s’occuper de leurs enfants.

En revanche, d’autres travaux démontrent que le télétravail rend plus compliqué les relations familiales et qu’il peut être une source de conflit avec le partenaire. C’est souvent lié au surtravail, à une activité professionnelle prolongée, au fait d’être plus présent et pourtant moins disponible.

Pour les enfants, surtout en bas-âge, il est difficile de comprendre que le parent est à domicile mais doit se consacrer au travail. Il est parfois compliqué de comprendre qu’il ne doit pas déranger son père ou sa mère qui est en télétravail, alors qu’il ou elle se trouve juste derrière une porte – si pièce isolée il y a.

Ce qui est aussi compliqué, c’est d’établir une coupure entre ce qui relève du professionnel et du personnel : beaucoup de travailleurs soulignent le rôle du trajet entre le lieu de travail et le domicile pour établir cette coupure. Et dans le cas du télétravail, ce « sas » n’existe plus. Il y a donc des télétravailleurs qui mettent en place des rituels pour essayer de recréer cette frontière entre vie privée et vie professionnelle.

Pendant le confinement, on a beaucoup parlé d’une expérience différenciée du télétravail entre hommes et femmes, en raison d’une prise en charge majeure par les femmes des travaux domestiques et des soins accordés aux enfants. Est-ce que c’est quelque chose que vous avez également observé sur vos terrains de recherche ?

Oui, complètement. Finalement, le confinement a rendu plus saillantes des choses qui étaient déjà présentes avant. Mais sur la question du télétravail il y a très peu d’études sur les différences entre hommes et femmes dans la manière de s’approprier cette organisation professionnelle. Au travers des études que j’ai menées, j’en ai observé certaines : avant le confinement, en contexte de télétravail, les femmes avaient tendance à prendre davantage en charge les tâches domestiques. Quand on leur demandait comment se déroulait leur journée de télétravail, à chaque fois qu’elles prenaient des pauses, elles déclaraient consacrer ces moments de relâche aux activités domestiques (préparer le repas, faire la vaisselle, la poussière, mettre une machine en route, étendre le linge…). Elles restaient donc majoritairement au sein du domicile.

Du côté des hommes, nous avons pu constater qu’ils sortaient davantage du domicile (pour faire du sport notamment) et prenaient en charge des tâches plus gratifiantes (faire les courses ou aller chercher les enfants à l’école). Si certains pouvaient aussi réaliser des tâches domestiques, c’était souvent parce que leurs compagnes leur avaient donné une liste de choses à faire. Ils assumaient donc la charge temporelle liée à la réalisation de ces tâches, mais pas nécessairement la charge mentale de leur organisation.

La crise sanitaire, le confinement et l’expérience prolongée du télétravail ont-ils ouvert de nouvelles perspectives d’organisation du travail ?

Aujourd’hui on s’interroge notamment sur la question des espaces de travail tels qu’ils se développaient avant la pandémie et qui ne sont plus appropriés en situation de crise sanitaire : je pense notamment aux flex-office (espaces ouverts, dans lequel des lieux de réunions plus ou moins fermés sont accessibles, et au sein duquel il n’y a pas de bureaux attitrés par salarié).

On réfléchit également aux fonctions des espaces de travail : le site de l’entreprise deviendra-t-il principalement un lieu d’échange avec ses collaborateur.trice.s et ses collègues ?  L’activité professionnelle individuelle pourra-t-elle se faire principalement ailleurs et pourquoi pas au domicile ?

La question des transports se pose également et est fortement liée à la pandémie : dans ce cas, ne vaut-il pas mieux privilégier des lieux de travail plus proches de son domicile comme les espaces de coworking ou les tiers lieux ?

Lorsqu’on pense le travail à long terme, il est enfin nécessaire de réfléchir aussi à l’activité en tant que telle : on sait que toutes les activités professionnelles ne sont pas adaptées au télétravail, ce qui crée des inégalités et des discriminations au sein des entreprises ou des administrations. Pourquoi ne pas repenser l’activité, la répartir différemment afin que chacun puisse avoir accès, même à petite dose, au télétravail ? On confierait à ceux qui à l’heure actuelle ne peuvent accéder au télétravail des taches réalisables à distance. Il est alors nécessaire de cesser de penser en terme de métier, mais plutôt de se concentrer sur les activités pour plus d’adaptabilité.

Interview menée par Marie Lauricella (chargée des projets de médiation scientifique à l’Université Lumière Lyon 2) et illustrée par Lou Herrmann.

Lyon : le confinement, une parenthèse propice aux innovations sociales dans l’alimentation ?

LLyon : le confinement, une parenthèse propice aux innovations sociales dans l’alimentation ?

S’il est encore difficile d’affirmer qu’une modification durable dans la structuration des activités agroalimentaires et des comportements des consommateurs a été enclenchée avec le confinement, cette situation inédite, bien que malheureuse, a permis de voir émerger un certain nombre d’initiatives. Les acteurs du territoire, professionnels comme particuliers, ont dû et su agir à leur échelle pour contrer la vulnérabilité du secteur.

Prenant des formes variées, comme nous avons pu l’observer lors de nos travaux menés dans le cadre du projet ASIS, ces initiatives observées à Lyon et ses alentours illustrent tout à fait le concept d’innovation sociale, tel que défini par les chercheurs Nadine Richez-Battesti, Francesca Petrella, Delphine Vallade, à savoir « le processus par lequel des acteurs s’organisent pour apporter des réponses nouvelles à des besoins sociaux peu ou mal satisfaits ».

La crise sanitaire que nous traversons représente ainsi une opportunité critique pour saisir la capacité des acteurs à s’organiser dans la contrainte, à répondre à une problématique sociale immédiate et cruciale et à déclencher des processus d’innovation sociale.

Plans d’adaptation

En première ligne de l’approvisionnement de fruits et légumes en circuit court, les distributeurs de produits locaux ont vu fortement leur activité impactée. Beaucoup ont d’ailleurs été submergés par les demandes de nouveaux consommateurs, comme Alter-Conso, qui distribue des paniers de produits locaux, bio ou issus de l’agriculture paysanne et qui a dû faire face à une augmentation sans précédent de son activité. Mais continuer une activité de distribution alors que les mesures sanitaires s’intensifient n’est pas simple.

Samuel Hévin, salarié de la coopérative, explique :

« Au départ, on se dit qu’on va tout arrêter mais rapidement, que ça n’est pas possible… Les paysans avec qui on travaille, qu’est-ce qu’ils font faire de leur came ? Et les consommateurs, ils vont aller où ? On se positionne comme une alternative à la grande distribution et si on arrête, ils vont y retourner et on n’a pas envie de ça. »

En 24 heures, différents plans d’action sont échafaudés pour être parés à toutes les éventualités. La structure a su remettre en cause une organisation du travail pourtant bien huilée. Une leçon d’adaptation efficiente qui prouve la capacité de résilience de cet acteur local de l’alimentation.

L’épicerie Scarole & Marcellin, quant à elle, a dû adapter ses pratiques de distribution au cours du confinement après avoir réalisé la complexité de la situation. Pour concilier une équipe en sous-effectif, une demande croissante et des précautions sanitaires toujours plus exigeantes, c’est un système de commande à distance et de drive qui a été favorisé :

« On arrivait à faire 60 paniers par jour mais, c’était trop peu par rapport à la demande. On savait qu’on allait se priver d’une partie de la clientèle, mais on n’arrivait plus à faire face ! »

Les acteurs traditionnels de la distribution alimentation en circuits courts ont répondu au risque de manque de débouchés des producteurs, puisant dans leur capacité interne d’adaptation. D’autres initiatives ont été organisées, cette fois par des acteurs n’appartenant pas au champ de l’alimentation ou de l’agriculture, mais mobilisant les outils numériques, technologiques et collaboratifs.

Au cœur des initiatives, les réseaux sociaux

Parmi les solutions, le groupe Facebook Marchés Solidaires #69 a fait preuve de grande réactivité. À la suite de l’exemple donné à Montpellier, un groupe de Lyonnais a ouvert un groupe pour en faire un espace de rencontre entre producteurs en recherche de débouchés et consommateurs à la recherche de produits locaux.

Chloé Frézouls, une citoyenne lyonnaise, précise :

« Le 25 mars, donc c’est allé vite, on a lancé le projet des Marchés Solidaires à Lyon. On a eu 2 000 membres en 24 heures, donc on a doublé le score de Montpellier. Et finalement, sur le groupe de Lyon, à la mi-mai, on était 12 800, donc en un mois et demi ! »

Ce groupe à destination des maraîchers et producteurs commercialisant sur les marchés de plein vent, mais a été conçu sans que les initiateurs·trices ne disposent de réseau dans le domaine, comme en témoigne Chloé :

« Moi j’ai recensé des producteurs. Je leur ai envoyé un mail pour voir s’ils avaient des alternatives, si ça marchait pour eux ou s’il falltriceait qu’on les aide. Le but c’était qu’ils arrivent à poursuivre leur activité ».

Sur le groupe, se côtoient virtuellement producteurs et consommateurs, et les propositions d’action sont nombreuses : commandes de paniers, propriétaires de locaux qui profitent de leur fermeture pour accueillir des distributions, relais d’annonces Facebook, de groupes WhatsApp, initiatives de quartier et même parfois distribution « sauvage » dans la rue pour ceux qui n’ont pas d’autre choix…

Le groupe Facebook Marchés Solidaires #69.
Capture d’écran

Le groupe permet visibilité et débouchés assurés. Les consommateurs formulent également leurs demandes : certains recherchent un produit particulier dans leur quartier, d’autres leur producteur habituel… Au bilan, les initiateurs·trices ont donc surtout facilité la rencontre entre l’offre et la demande.

Quand le groupe fait la force

Dès le début du confinement, la jeune association lyonnaise BelleBouffe a établi une carte en ligne et participative qui permet d’identifier les points de rencontre où il est possible de consommer local, bio et raisonné dans la métropole de Lyon.

Marie-Amandine Vermillon, co-fondatrice de l’association, précise pourquoi ils ont eu l’idée d’agir :

« On commençait à voir émerger des choses où les gens se passaient des informations à propos des producteurs. On s’est dit, là, il faut un truc qui centralise tout ça parce que dans le flux continu des réseaux sociaux où tu perds l’information en moins de deux, ça va pas le faire ».

La première étape est plutôt artisanale : un tableur collaboratif permet à tout internaute d’ajouter une référence. Le succès est immédiat et la mise en place d’un outil plus complet devient nécessaire, BelleBouffe s’allie alors avec l’association Zéro Déchet Lyon pour aller plus loin. Ainsi est née l’initiative de la plate-forme Manger local à Lyon durant le Covid.

En moins de deux mois, ce sont près de 50 000 internautes qui consultent la carte, 650 solutions qui y sont référencées et de nombreux témoignages qui mettent en avant l’impact positif de cet outil sur les pratiques…

Carte participative de l’association BelleBouffe.
Capture d’écran

Avec BelleBouffe, Marie-Amandine Vermillon et Martin Cahen, autre co-fondateur, veulent promouvoir à plus long terme la transparence alimentaire :

« On veut utiliser le numérique pour voir à quel point ça peut être un levier pour la transition alimentaire et pour orienter nos actions. Notre objectif, c’était vraiment de faire en sorte que les données soient sous licence ODB (open database), donc sous format ouvert qui puisse être réapproprié par d’autres. Ces données, ce sont des communs qui permettent d’accéder à une ressource vitale : une alimentation de qualité ».

Avec une démarche collaborative qui se veut la plus exhaustive possible et qui vit grâce à l’implication des bénéficiaires, BelleBouffe et sa carte ont permis de réagir rapidement grâce à la force du collectif et d’un outil construit par et pour tous.

Une difficile institutionnalisation

L’approvisionnement de biens alimentaires rendu complexe par la crise sanitaire a favorisé le développement d’innovations sociales qui ont émergé en réponse à une demande sociale apparue de façon immédiate et brutale. Elles se sont donc déployées dans l’urgence et avec des ressources limitées.

Sans être nullement représentatives, nous en avons pointé certaines aux caractéristiques singulières : capacité des acteurs traditionnels de la distribution en circuits courts à maintenir leurs activités sous contraintes au moyen d’une forte flexibilité organisationnelle interne, inventivité de réseaux de citoyens et de nouvelles associations ancrées dans le champ de l’environnement, capacité à mobiliser les réseaux sociaux et les technologies du numérique.

Après quelques mois de cette parenthèse confinée, on constate à présent un déclin voire un abandon de ces nouvelles pratiques. Les acteurs de la distribution semblent avoir retrouvé un nombre raisonnable de consommateurs, les outils de communication déployés sont moins utilisés. Si nous avons constaté une capacité à répondre à un besoin urgent, caractéristique des premières étapes d’un processus d’innovation sociale, la phase de l’institutionnalisation de ces nouvelles pratiques semble plus difficile à atteindre.

Cela confirme d’une part la complexité et la centralité de la fonction d’intermédiation dans l’organisation des systèmes alimentaires localisés qui est évidemment accentuée en période critique. Les agriculteurs inscrits dans ce type de réseau semblent d’ailleurs avoir bien mieux réussi à traverser la période.

D’autre part, à propos du processus d’innovation sociale, le cas extrême du confinement montre qu’il importe bien de distinguer les situations de demande sociale forte (apparue en urgence) et les situations de non-satisfaction durable de besoins sociaux qui, si elles sont critiques en période extrême, demeurent quand la situation se rétablit.

Reste encore de la place pour des processus d’innovation sociale répondant aux besoins ardents de justice alimentaire de certains territoires. Le besoin est tout aussi urgent, extrême et nécessaire.

Auteure : Emilie Lanciano, Professeure des Universités, chercheure au laboratoire Coactis, Université Lumière Lyon 2

Co-rédigé avec : Pauline Remaud, chargée de mission ASIS, laboratoire Coactis.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons – 12-10-2020 >>> Lire l’article original.

Il est publié dans le cadre de la Fête de la science 2020 (du 2 au 12 octobre en métropole et du 6 au 16 novembre en outre-mer et à l’international) et dont The Conversation France est partenaire. Cette édition a pour thème : « Planète Nature ? ».

[Regards sur…] Comment la crise sanitaire a imposé de nouvelles pratiques professionnelles

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La crise sanitaire et le confinement ont imposé aux travailleur.ses d’exercer leur emploi à distance pour les un.es, ou d’appliquer en présentiel des normes de sécurité renforcées. Cette période a joué un véritable rôle d’incubateur des transformations d’organisation du travail, dont les implications sont multiples: entrée de la sphère professionnelle dans l’espace privé, changement des rythmes quotidiens du travail, alourdissement des contraintes liées au respect des règles sanitaires, ou encore éloignement des travailleur.ses de leur environnement professionnel…

Pascal Béguin, professeur d’ergonomie à l‘Institut d’Études du Travail de Lyon (Université Lumière Lyon 2), analyse ces profondes transformations qui continuent d’impacter nos quotidiens professionnels.

[Regards sur…] Cinéma et crise sanitaire : diffusion, production et représentation des épidémies

[[Regards sur…] Cinéma et crise sanitaire : diffusion, production et représentation des épidémies

Pendant toute la durée du confinement, l’industrie cinématographique a connu des bouleversements majeurs : alors que les cinémas étaient fermés et les plateaux de tournage à l’arrêt, les plateformes de diffusion de films et de séries ont largement diversifié leur offre, témoignant de notre besoin impérieux de fiction !

La crise sanitaire n’a pas seulement modifié les formes de consommation et la production des films, les épidémies ont également fortement nourri l’inspiration des scénaristes et réalisateurs, s’appuyant sur les crises sanitaires passées ou bien redoutées par la communauté scientifique.

Martin Barnier, professeur en études cinématographiques à l’Université Lumière Lyon 2 (laboratoire Passages XX-XXI), nous livre son analyse sur ces bouleversements  et sur les représentations des épidémies à travers l’histoire du cinéma.