Les glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver | Un article Pop’Sciences

LLes glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver | Un article Pop’Sciences

« Les glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver  » – Jean-Baptiste Bosson

La décennie passée a été déclarée la plus chaude de l’histoire selon l’OMS. Sous les assauts climatiques, les glaciers fondent inexorablement, certains, disparus, ont même fait l’objet de funérailles. Les géants blancs sont-ils condamnés ?

Auteur d’une récente étude sur les glaciers classés au patrimoine mondial de l’humanité, le glaciologue franco-genevois Jean-Baptiste Bosson dresse un bilan de la situation actuelle et des conséquences pour les populations. Ses propos sont à la fois alarmants et volontaristes : il n’est pas trop tard pour agir. Au citoyen notamment de faire pression pour un changement des politiques climatiques à venir.

Un article rédigé par Caroline Depecker, journaliste, pour Pop’Sciences – 29 juin 2020

 

Août dernier, des glaciologues français ont envisagé d’ici 2100 la disparition complète du glacier d’Argentière ainsi qu’une diminution de 80% de la Mer de Glace, deux glaciers mythiques du massif du Mont-Blanc. Comment qualifier la situation des glaciers à l’échelle de la planète ?

Elle est alarmante ! La fonte des glaciers s’est accélérée partout dans le monde depuis cinquante ans et le dernier rapport du GIEC sur les océans et la cryosphère a enfoncé le clou. On peut rappeler deux valeurs : la banquise arctique a perdu en moyenne, en septembre, 13% de sa surface par décennie depuis 1979 – du jamais vu en 1000 ans – et les glaciers situés à basse altitude, comme en Europe centrale ou Asie du Nord devraient perdre plus de 80% de leur volume d’ici 2100. Nous l’avons documenté récemment dans une étude menée en collaboration avec Matthias Huss, un confrère de l’École polytechnique fédérale de Zurich : c’est plus de 30% du volume de glace contenu dans les glaciers mondiaux qui est condamné.

En quoi ont consisté vos travaux ?

En tant que glaciologue travaillant dans la protection de la nature, je me suis demandé quelle était la situation des glaciers inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, aucune étude n’existant sur le sujet. Je les ai donc listés : il y en a plus de 19 000 répartis sur 46 sites de l’organisation onusienne. Soit 10% du nombre total de glaciers terrestres que l’humanité s’est engagée à protéger et à transmettre aux générations futures.

Qu’imaginer pour eux à l’avenir ? Pour le savoir, nous avons évalué leur réponse au réchauffement du climat en fonction de plusieurs scénarios, à l’aide du modèle GloGEM (Global glacier evolution model) de Matthias, l’un des plus performants dans ce domaine, et des données climatiques les plus récentes. Les résultats nous ont peu surpris… En adoptant le scénario RCP 2.6 du GIEC, soit l’application de politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle globale et ainsi une limite du réchauffement à 2°C d’ici 2100, le volume des glaciers pointés par l’étude diminue de 33%. Comme ce scénario est le plus optimiste, cette perte est inéluctable : il faut nous y préparer ! En considérant le scénario RCP 8.5 qui, de façon pessimiste envisage une trajectoire de nos émissions selon un modèle « business as usual », ce volume avoisine 60%. Pour l’instant, c’est le chemin que nous empruntons. Ces valeurs sont à peu près identiques pour l’ensemble des glaciers mondiaux.

En quoi cette fonte menace-t-elle nos sociétés ?

Les glaciers sont l’une des clés de voûte des écosystèmes terrestres, si elle s’effondre, alors le reste va profondément changer ! Les glaciers représentent une composante majeure du système climatique : ce sont 10% des terres émergées qui renvoient le rayonnement solaire, ils ont un rôle de « réfrigérateur » aussi bien sur terre qu’en mer. Leur fonte contribue donc à accentuer le réchauffement global et à modifier la circulation océanique. Elle mène encore à l’augmentation du niveau marin. En un siècle, celle-ci a été de 23 cm dont 90% associés aux glaciers ainsi qu’aux calottes antarctiques et groenlandaises. Cette hausse a un impact considérable : des îles disparaissent, les traits de côtes sont modifiés. Des déplacements massifs de population sont à prévoir, mais aussi de potentiels conflits liés à l’accès à l’eau.

Vue panoramique du glacier de Bionnassay bientôt protégé par arrêté préfectoral dans le massif du Mont-Blanc. / © J.-B. Bosson

Les ressources en eau devraient diminuer dans un futur proche, même à côté de chez nous…

Le « peak water », c’est-à-dire le moment où un glacier en cours de disparition délivre son débit d’eau maximal, n’a pas été atteint partout. Pour les Alpes, cependant, il a été dépassé dans les années quatre-vingt-dix. Depuis cette date, les flux libérés lors de l’été diminuent lentement, mais d’ici une vingtaine d’années, la chute pourrait-être brutale. Une alerte a déjà été observée dans le bassin lyonnais, en mai 2011 : pour préserver le Léman, alimenté en partie par les glaciers de la haute vallée du Rhône et dont le niveau était trop bas, la Suisse avait décidé de réduire de moitié le débit à la sortie du lac. Des perturbations en cascade s’en sont suivies : Lyon a dû réduire les prélèvements en eau potable dans sa principale nappe phréatique, ailleurs, la centrale du Bugey a dû tourner au ralenti pour préserver ses circuits de refroidissement, la riziculture en Camargue a été touchée par une remontée du « coin salé ». Les problèmes de gestion de la ressource en eau devraient nous toucher de plus en plus cruellement à l’avenir.

Malgré la situation, vous pensez qu’il est encore possible de sauver les glaciers. Par quel moyen ?

Pour sauver les deux tiers des glaciers de notre planète, la seule solution est de limiter le réchauffement global, et donc d’avoir des politiques climatiques plus ambitieuses. Pour ma part, je veux montrer que parmi les sites inscrits au patrimoine de l’Unesco et qui contiennent un ou plusieurs glaciers, certains pourraient se retrouver rapidement sur la liste des sites en péril du fait de leur fonte. Je pense à la zone suisse Jungfrau-Aletsch, au parc national argentin Los Glaciares ou bien à celui de Kluane en Alaska. Le « label Unesco » est un outil de communication touristique important que les états ont grand intérêt à conserver. Utiliser ce levier s’est révélé efficace par le passé. En 2014, alors que l’Union internationale pour la conservation de la nature – UICN – menaçait de déclarer « en danger » la Grande barrière de corail pour cause de son blanchiment, l’Australie a rapidement mis en place toute une série d’actions visant à diminuer les pressions locales (intrants chimiques, ancrages destructifs, transports polluants). Le gouvernement s’est aussi engagé à aller plus loin dans sa politique climatique nationale. Malheureusement, sur ce dernier point, suite à un changement de ce gouvernement, cela n’a pas suivi…

Glacier Perito Moreno, Los_Glaciares, Parc National Argentine/ ©Hiroki Ogawa

Limiter le réchauffement climatique, comment croire à l’action politique ?

Dans nos systèmes politiques, c’est surtout l’exécutif qui détient la clé pour accélérer les politiques climatiques. La signature de l’accord de Paris, en 2015, a été une première étape cruciale : la quasi-totalité des états de la planète a reconnu avoir pris conscience de la gravité de la situation. Cependant, aux prises avec les impératifs économiques de nos sociétés capitalistes, ils ne sont pas, ou très peu, passés à l’action. Je crois cependant au courage politique et au pouvoir régulateur de ce dernier. La crise du Covid en est un bon exemple. Elle nous a montré qu’en cas de danger imminent, celui-ci pouvait reprendre le contrôle sur l’économie pour mettre en place des mesures, certes drastiques, mais acceptées de tous. Avec le réchauffement climatique, nous sommes au bord d’un cataclysme beaucoup plus grave encore… Nous le vivons en temps réel et il ne fera que s’intensifier. La nature va nous imposer politiquement un changement de gouvernance mondiale. Soit nous le préparons dès aujourd’hui, dans l’intelligence et le calme, soit il nous sera imposé de façon violente dans les prochaines décennies, par des crises environnementales, sociales, politiques et économiques sans précédent. La problématique des millions de réfugiés climatiques à venir est un exemple parmi d’autres.

Quels signes vous permettent d’espérer un sursaut dans la transition climatique ?

J’en vois plusieurs. Le premier : la mobilisation de plus en plus importante des citoyens, la jeunesse notamment et ses grèves pour le climat. Inconnue il y a trois ans, Greta Thunberg a été élue, en décembre, personnalité de l’année 2019 par le Time. Puis invitée en janvier dernier au forum économique mondial de Davos avec neuf autres jeunes militants. Chez nos voisins suisses, à travers une « initiative populaire pour les glaciers », une association pour la protection du climat a exigé de son gouvernement de décarboner l’économie et d’inscrire les objectifs de l’accord de Paris dans la constitution du pays. Le texte devrait être voté par referendum citoyen d’ici à 2022. « L’affaire du siècle » a quant à elle récolté chez nous plus de deux millions de signatures en deux mois, un record absolu. Partout, les choses bougent, les citoyens sont prêts à s’emparer du problème, et les élus y sont fortement sensibilisés. C’est le cas de ceux avec qui j’échange lors de mes conférences sur les glaciers et le climat, par exemple. Les dernières campagnes électorales, municipales ou européennes, présentaient les questions environnementales et climatiques comme centrales.

Le glacier de Tré-la-Tête fait l’objet de collecte de données pour des évaluations de son bilan de masse. / © J.-B. Bosson

Aujourd’hui, si l’heure est à la mobilisation pour protéger les glaciers, en quoi les étudier est-il important ?

Bien sûr, nous connaissons déjà énormément de choses sur les glaciers, mais il nous reste encore beaucoup à découvrir. Les modèles qui permettent d’estimer leur évolution en fonction du climat doivent être affinés. La même chose pour la modélisation des flux hydrologiques qui, à l’échelle continentale, permet d’identifier et d’anticiper comment évolue la ressource en eau pour les populations. Seuls cinq cents glaciers sur les 200 000 existants font l’objet d’études actuellement et de bilans de masse sur le terrain, ce qui représente au final très peu de mesures. Même si les satellites ont révolutionné nos pratiques de recherche et facilité certains travaux, on a toujours besoin d’aller sur le terrain, pour observer, récolter des données et voir comment les glaciers réagissent en temps réel. Ils renferment encore de précieux secrets. C’est dans cet état d’esprit d’ailleurs qu’une équipe de glaciologues internationale récolte avec urgence des carottes de glace un peu partout dans le monde pour les enterrer en Antarctique. De sorte à, par ce biais, constituer une bibliothèque mondiale d’archives glaciaires. Un leg pour les scientifiques et les générations futures.

PPour aller plus loin

 

 

Faut-il laisser l’océan au repos ?

FFaut-il laisser l’océan au repos ?

Pendant les quelques semaines de confinement lié à la pandémie de Covid-19, le bruit des moteurs, les chantiers offshore, la surpêche ont drastiquement baissé en intensité. Cette trêve méritée ne restera-t-elle qu’une brève parenthèse enchantée pour les océans ? Ou bien une occasion sans pareille pour réinventer notre rapport aux écosystèmes marins et à l’usage que nous faisons de leurs richesses ? Ces 3 conférences scientifiques nous permettent d’interroger le devenir des milieux marins.

Avec Henri Bourgeois Costa, expert en économie circulaire pour la mission de la Fondation Tara Océan sur les pollutions plastiques.

Avec Sylvain Pichat, Maitre de conférences en géologie et paléo-océanographie, à l’ENS de Lyon (Laboratoire de Géologie de Lyon) et chercheur invité au Max Plank Institute.

 Avec Kiara Néri, Maîtresse de conférences en droit international et maritime, à l’Université Jean-Moulin Lyon 3 (Centre de droit international).


Programmation réalisée en collaboration avec la Maison de l’environnement.

Ils soutiennent la réalisation de ce programme

   

 

Cinés-défis | Maison de l’environnement

CCinés-défis | Maison de l’environnement

Les Ciné-Défis sont un rendez-vous quinzomadaire pour découvrir un ou plusieurs défis et des solutions pour accompagner la transition écologique sur le territoire (pollution, climat, déchet, alimentation…).

Les projections sont suivies de débats avec les intervenants.

  • Jeudi 11 juin à 19h | En Quête de Sens : l’histoire de Marc et Nathanaël, deux amis d’enfance qui décident de prendre la route pour questionner la marche du monde.
  • Mercredi 24 juin | Informations sur le site de la Maison de l’environnement

 

Pour connaître la suite de la programmation :

Maison de l’environnement

Lectures urbaines anthropocènes

LLectures urbaines anthropocènes

Retrouvez la veille des publications sur les mondes urbains anthropocènes, réalisée par Bérénice Gagne de l’Ecole urbaine de Lyon.

La seconde sélection parue en juin 2020

La première sélection parue en février 2020

La sélection des lectures urbaines anthropocènes 2019

Si vous avez des suggestions pour enrichir cette veille bibliographique, n’hésitez pas à les partager : berenice.gagne@universite-lyon.fr

Retrouvez la veille urbaine anthropocène et les parutions au fil de l’eau sur twitter : @BereniceGagne

12 solutions océaniques pour lutter contre le réchauffement climatique

112 solutions océaniques pour lutter contre le réchauffement climatique

Cet article illustré est extrait du Pop’Sciences Mag #6 : Océan, une plongée dans l’invisible

Illustrations : Solène Rebière.

Textes : Benoît de La Fonchais   |   4 juin 2020


L’océan se trouve au cœur du système climatique de la planète. Sa santé est donc cruciale non seulement pour les écosystèmes marins mais aussi pour la survie de toute l’humanité.

Plus que jamais, nous devons le protéger. Mais nous pouvons aussi faire de l’océan le premier levier de lutte contre le réchauffement planétaire. C’est le message délivré par une équipe internationale de chercheurs en octobre 2018*. S’appuyant sur une vaste bibliographie, ils ont évalué le potentiel d’une douzaine de solutions, locales ou globales, que l’océan nous offre pour lutter contre le changement climatique.

Avertissement : toutes ne sont pas également réalistes, efficaces ou pertinentes (notamment les solutions génétiques ou de géo-ingénierie), mais elles représentent des pistes concrètes sur lesquelles gouvernements et populations doivent réfléchir ensemble.

* Ocean Solutions to Address Climate Change and Its Effects on Marine Ecosystems – Frontiers in Marine Science – Volume 5 – 2018 – p. 337

 

1. Développer les énergies marines renouvelables

Utiliser l’énergie des vents, des courants, de la marée, de la houle, exploiter les différences de température des eaux.

©Solène Rebière

 

2. Préserver et restaurer la végétation côtière

La végétation littorale (mangrove, marais salants, herbiers marins…) contribue à l’absorption du CO2 d’origine anthropique

©Solène Rebière

 

3. Fertiliser l’océan

Enrichir l’océan en éléments nutritifs (fer) pour développer le phytoplancton et augmenter ainsi sa capacité d’absorption en CO2.

4. Alcaliniser l’océan

Enrichir l’océan en ions magnésium, sodium ou calcium pour améliorer la solubilité du CO2

©Solène Rebière

 

5. Lutter contre la pollution

Limiter les sources de pollution d’origines terrestre ou fluviale (eaux usées, plastiques…).

6. Protéger les habitats et les écosystèmes

Créer des aires marines protégées pour préserver la biodiversité marine et les services rendus par les océans.

©Solène Rebière

 

7. Préserver les ressources

Arrêter la pêche intensive et la surexploitation des réserves halieutiques.

8. Augmenter l’albédo de l’océan (le pouvoir réfléchissant de sa surface)

Tapisser la surface de l’océan d’une mousse non polluante pour réfléchir les rayons lumineux.

©Solène Rebière

 

9. Augmenter le pouvoir réfléchissant des nuages

Pulvériser à grande échelle de l’eau de mer ou d’autres substances dans la basse atmosphère.

10. Surveiller l’hydrologie

Contrôler la qualité des eaux et des sédiments qui se déversent dans l’océan au niveau des grands
bassins fluviaux.

©Solène Rebière

 

11. Restaurer les écosystèmes dégradés

Revitaliser ou recréer des récifs coralliens, par exemple.

12. Agir sur la génétique

Modifier les gènes des espèces marines pour qu’elles s’adaptent au réchauffement climatique.

©Solène Rebière

 


Cet article illustré est extrait du Pop’Sciences Mag #6 : Océan, une plongée dans l’invisible

Océan : les nouveaux diplomates

OOcéan : les nouveaux diplomates

Cette série de portraits est issue du dernier Pop’Sciences Mag : Océan. Une plongée dans l’invisible


Qui peut imaginer raconter aux générations futures, qu’à l’aube de notre millénaire nous pouvions encore observer des cachalots en Méditerranée ?

Que lorsque nous étions enfants, les îles Marshall n’étaient pas englouties par l’océan ? Ou que la faune marine n’a pas toujours eu l’habitude de se nourrir de plastique ? Nous n’échapperons à ce macabre récit, qu’en s’appuyant sur les épaules de celles et ceux qui, aujourd’hui, agissent concrètement et quotidiennement pour protéger les écosystèmes marins. Rencontre avec ces sentinelles qui nous offrent des raisons de changer nos comportements et de ne pas tomber dans la mélancolie d’un Océan qui serait déjà perdu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le nouveau n° de Pop’Sciences Mag accessible gratuitement dès le 8 juin

Exemplaire papieR (envoi gratuit par la poste)

Version numérique sur le portail Pop’Sciences

 

Faut-il laisser l’océan au repos ? [Pop’Sciences Forum]

FFaut-il laisser l’océan au repos ? [Pop’Sciences Forum]

3 conférences scientifiques captivantes – depuis chez vous – pour s’interroger sur le devenir des fonds marins.

RDV le 8 juin à 17h30. Événement retransmis en direct sur cette page, ainsi que sur Facebook et YouTube. Pour dialoguer et poser vos questions directement aux intervenants, inscrivez-vous dès maintenant !

Le confinement généralisé a offert une trêve aux écosystèmes marins. Pendant quelques semaines, le bruit des moteurs, les chantiers offshore, la surpêche ont drastiquement baissé en intensité. Difficile de penser au monde d’après sans réinventer notre rapport aux écosystèmes marins et à l’usage que nous faisons de leurs richesses. L’occasion de sceller un nouveau pacte avec l’Océan. Les conférences sont enregistrées en direct depuis la Maison de l’Environnement de Lyon.

  • 17h30 : Pollutions plastiques des océans. L’état d’urgence est déclaré ! Avec Henri Bourgeois Costa, expert en économie circulaire pour la mission de la Fondation Tara Océan sur les pollutions plastiques.
  • 18h15 : Préserver la machinerie océanique et sa fonction de régulatrice majeure du climat. Avec Sylvain Pichat, Maitre de conférences en géologie et paléo-océanographie, à l’ENS de Lyon (Laboratoire de Géologie de Lyon) et chercheur invité au Max Plank Institute.
  • 19h00 : Sanctuariser 30% des aires marines : un défi géopolitique. Avec Kiara Néri, Maîtresse de conférences en droit international et maritime, à l’Université Jean-Moulin Lyon 3 (Centre de droit international).

 PROGRAMMATION Océan   |   LE MAG


Contacts


Programmation réalisée en collaboration avec la Maison de l’environnement.

Ils soutiennent la réalisation de ce programme

   

 

TEDxENTPE 2020 sur la résilience : les vidéos sont en ligne !

TTEDxENTPE 2020 sur la résilience : les vidéos sont en ligne !

C’était le 22 février 2020 à l’ENTPE sur le thème de « la résilience ».

  • Étudiants, construisons un monde résilient ! de Benoit Halgand et Caroline Mouille
  • L’argile, liant d’avenir de Fionn McGregor
  • Résilience alimentaire et sécurité nationale de Stéphane Linou
  • De tricheur à formateur de Yann Hardy
  • Les bactéries, l’humanité et la Reine Rouge de Christian Lesterlin
  • Calad Access : du handicap à l’action, une forme de résilience de Marie Hélène Agnes
  • L’apnée, pleine conscience et bien-être à 113m de profondeur de Stéphane Tourreau

>>> Accédez à la playlist TEDxENTPE 2020 sur Youtube :

TEDxENTPE en vidéo

 

Jean Jouzel, climatologue : « Repartir comme avant serait une hérésie »

JJean Jouzel, climatologue : « Repartir comme avant serait une hérésie »

Jean Jouzel est climatologue, ancien vice-président du groupe scientifique du Giec, promoteur du Pacte Finance Climat.

Propos recueillis par Benoît de la Fonchais, pour Pop’Sciences | Mai 2020


En reléguant la lutte contre le dérèglement climatique et la destruction des écosystèmes au second plan, la crise sanitaire ne risque-t-elle pas de saper les engagements en faveur de l’environnement ?

C’est un risque effectivement. Pourtant, lutter contre le réchauffement climatique est aussi important et urgent que de sortir de la crise sanitaire. Nous sommes à un tournant. Si notre pays veut tenir l’objectif qu’il s’est fixé – à savoir atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 – il n’y a plus une minute à perdre. Nous sommes en retard par rapport à notre feuille de route. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) n’ont presque pas diminué dans des secteurs stratégiques comme le transport, le logement ou l’agroalimentaire, le déploiement des énergies renouvelables n’est pas assez rapide, et notre empreinte carbone reste trop élevée. C’est donc notre dernière chance pour éviter un dérèglement du climat tel qu’il serait difficile de s’y adapter dans quelques décennies.

 

2020 devait être une année cruciale pour renforcer la coopération internationale autour des enjeux marins. Plusieurs conférences devaient avoir lieu, mais elles ont été reportées en raison de la pandémie. Cela vous inquiète-t-il ?

Oui, ces grandes conférences devaient aborder des questions essentielles telles que la protection des écosystèmes marins, le statut juridique de la haute mer, les subventions à la pêche, l’exploitation des ressources minérales. L’automne dernier, le Rapport spécial du Giec sur l’océan et la cryosphère (les régions gelées de notre planète) a rappelé à quel point ces milieux sont indispensables à la vie sur Terre et montré les effets désastreux du réchauffement climatique. L’océan se réchauffe, devient plus acide et moins fécond ; le niveau de la mer monte sous l’effet de la dilatation de l’eau, de la fonte des glaciers et des calottes polaires ; les écosystèmes marins et côtiers – notamment les récifs coralliens – sont altérés… Dans ce domaine aussi, il est urgent de prendre des décisions.

Promenade détruite par l’ouragan Irma à Vilano Beach, en Floride / CC0

La crise sanitaire a mis nos économies à l’arrêt, ou presque. Partout, on constate une amélioration de la qualité de l’air. Cette pause est-elle une bonne nouvelle du point de vue du climat ?

Certes, la mise à l’arrêt d’une grande partie de l’activité humaine a réduit sensiblement les émissions de gaz carbonique et la pollution de l’air dans les grandes villes, ce qui est une bonne chose sur le plan de la santé publique. Mon collègue François Gemenne estime que la diminution de la pollution pendant le confinement en Chine a probablement sauvé plus de vies que le coronavirus n’en a prises. En revanche, cela ne va pas changer beaucoup l’évolution du climat à long terme. Il faudrait pour cela que l’effort se poursuive pendant des années. Rappelons-nous qu’après la crise de 2008 les émissions des GES ont légèrement baissé et qu’elles sont reparties de plus belle dès 2010.

 

Pour faire face au Covid-19, l’état d’urgence sanitaire a été décrété ; des sommes colossales ont été mobilisées par les banques centrales pour éviter que l’économie ne s’effondre. Croyez-vous que nous soyons capables d’en faire autant pour le climat ?

Bien sûr ! Le Haut conseil pour le climat estime qu’il faudrait injecter 20 milliards d’euros supplémentaires par an pour réussir la transition écologique en France. C’est une somme importante, mais que représente-t-elle par rapport aux 110 milliards d’euros du plan d’urgence que le gouvernement vient de décider pour faire face à la crise. Avec Pierre Larrouturou, député européen et nouveau rapporteur du budget de l’Union européenne, nous avons lancé le projet de pacte Finance-Climat qui vise à orienter une partie de la création monétaire de la Banque centrale européenne vers des investissements destinés à décarboner notre économie. La crise sanitaire nous montre qu’il est possible de bousculer les règles quand les enjeux le réclament. Les solutions sont connues, ce qu’il faut désormais c’est la volonté politique.

 

Cela fait trente ans que les experts tirent le signal d’alarme, et pourtant nous n’arrivons pas à prendre la mesure de ce qui nous attend. Comment expliquer ce manque de réaction ? Comment faire pour se réveiller ?

Cela tient au fait qu’on ne voit pas les conséquences de nos actes. L’inertie de la machine climatique est telle que les effets des émissions de GES, déjà perceptibles, ne seront vraiment dangereux qu’après 2050. Ce sont nos enfants qui paieront le prix de notre inconséquence. La jeunesse du monde est en train de le réaliser : c’est pour cela qu’elle a commencé à descendre dans la rue. Pour que les comportements changent, peut-être faudrait-il nous transporter virtuellement en 2080, en plein cœur de l’été. Ainsi, nous ressentirions la chaleur insupportable, nous verrions, dans certaines régions, la désertification de nos campagnes, nous constaterions la submersion des villes côtières…

28 ans et une pandémie plus tard. (Les chefs d’États et de gouvernements réunis à la première conférence mondiale pour le climat, à Rio en 1992. UN Photo/ Tom Prendergast)

On parle beaucoup du « jour d’après ». Certains disent qu’on ne peut pas relancer l’économie sur les mêmes bases, que ce choc est l’occasion de réorienter totalement nos économies ; d’autres prétendent qu’il faut avant tout redonner du travail à tout le monde quel qu’en soit le prix… Comment voyez-vous les choses ?

C’est certain, il faut remettre l’économie en marche, mais pas à n’importe quel prix ! Le Haut Conseil pour le climat vient de le dire très clairement. C’est au contraire le moment d’accélérer la transition pour renforcer notre résilience et nos capacités d’adaptation face aux risques sanitaires et climatiques. Il est donc impératif de conditionner l’octroi d’aides publiques à des acteurs privés à l’adoption de plans d’investissement compatibles avec la trajectoire bas carbone, par exemple dans les secteurs du transport aérien et de l’automobile, et de résister à la pression de certains lobbies, qui cherchent à assouplir la réglementation environnementale. Repartir « comme avant » serait une hérésie. D’autant plus que la transition écologique est source de dynamisme économique : on estime à 600 000 le nombre d’emplois nets qu’elle pourrait générer en France d’ici à 2050 et à 6 millions, au niveau de l’Union européenne. Non, vraiment, n’hésitons plus !

 

Cette interview préfigure la sortie  du 6e numéro de Pop’Sciences Mag dédié à la part invisible de l’Océan, en juin 2020.

A°2020 : le 1er numéro du magazine de l’Ecole urbaine de Lyon en accès libre !

AA°2020 : le 1er numéro du magazine de l’Ecole urbaine de Lyon en accès libre !

En raison des circonstances exceptionnelles du confinement actuel lié au Covid-19, l’École urbaine de Lyon et les éditions deux-cent-cinq vous offrent, en ligne, le premier numéro du magazine A°2020.

A°2020, co-édité avec les éditions deux-cent-cinq, a été publié en janvier 2020.

Il complète les publications et médias développés par l’École urbaine de Lyon à destination de tous les publics. Par ailleurs, il vise à nourrir et à amplifier le débat public. En effet, celui-ci est indispensable si nos sociétés veulent être capables d’affronter les questions redoutables posées par le changement global.

découvrir le premier numéro du magazine A°2020 sur le site de l’Ecole urbaine de Lyon.