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Islam et loi morale : l’algorithme du bonheur du philosophe Ibn Khaldûn

IIslam et loi morale : l’algorithme du bonheur du philosophe Ibn Khaldûn

C’est d’un algorithme de matching d’un genre particulier dont il est question, dans le Livre de la Guérison !

à la recherche du "perfect match" ouvrant à l'âme les portes du salut

De nos jours, on calcule le « perfect match » entre un animal de compagnie et son maître, une voiture et son conducteur, un job et un chercheur d’emploi. Notre philosophe vise l’accord parfait (ittifaq) entre l’intention et le geste, pour chacun de nos actes, censé ouvrir à l’âme les portes du salut !

Si l’on demande à un arabophile de dire « loi morale » en arabe, il lui sera difficile de répondre ! Il lui manquera le texte original du Shifa’ (Livre de la Guérison) du grand savant médiéval Ibn Khaldoun que je commente et retraduits dans ma Thèse. Ma nouvelle traduction se base sur le manuscrit inédit de PrincetonJ’apporte un nouvel éclairage sur ce livre en le sortant de la mystique musulmane (le soufisme). Son vrai sujet est le bonheur et le sens de la vie (en islam moral) que j’illustre sous la forme d’un algorithme de matching. Je restaure son titre original Shifa‘ qui signifie « guérison » dans la tradition de la « médecine de l’âme » orientale.  Je souligne sa pensée originale sur la loi morale dont, c’est important, il créé le terme arabe !

  La loi morale musulmane (fiqh al-bâtin)

La « loi morale musulmane » (fiqh al-bâtin) n’existe que sous la plume d’Ibn Khaldûn. En effet, il la créé par l’assemblage étonnant, de prime abord, de deux notions contradictoires : la rigueur du droit musulman (fiqh) et l’occulte de la mystique (bâtin). La recette du bonheur dont traite le Livre de la Guérison est en rupture avec la tradition de réflexion antérieure sur l’éthique, y compris avec les traditions grecque et perse.

L’angle moral

C’est de la guérison de l’âme, dont il est question, dans le Livre de la Guérison, et celle du corps ! Car – coup de génie de notre auteur – les deux, pour lui, sont liés. Et, ce lien est tellement important, que je le mets à l’honneur dans un algorithme de matching, dont il est la clé. Car qui dit matching dit, « accord parfait » (en arabe ittifâq). Et qui dit « accord parfait » dit forcément « lien ». L’étincelle de génie de notre philosophe, qui le rend encore si moderne aujourd’hui, est de faire matcher ensemble le corps et l’âme. Pour cela, il propose sa propre lecture des règles du combat dans l’âme (jihad al-nafs) et sa propre exégèse des sources du droit musulman (fiqh).

La renaissance de la raison

En tant que savant rationnel, l’auteur veut rester au sein du droit musulman (le fiqh). Et cela vaut aussi, et surtout, pour l’aspect moral ! La morale doit s’inscrire dans un cadre légal. Ce cadre moral légal, il l’appelle le bâtin. Ce mot signifie en arabe « occulte », mais aussi « caché », « interne ».

La morale est ce qui est « caché » au for « interne » de chaque individu. L’auteur joue sur le sens du mot « caché », en arabe. Il le détourne de l’occulte de la mystique pour le ranger aux côtés de la loi.

Et le tour est joué ! Par l’assemblage du fiqh et du bâtin, qui devient le fiqh al-bâtin, la « loi morale » (fiqh al-bâtin) est née ! Elle signifie qu’on peut – et même qu’on doit – parler, en termes de morale, de la façon la plus rationnelle possible, en s’adressant au libre-arbitre de la volonté.

La loi morale s’adresse au libre-arbitre de la volonté

La mystique musulmane est l’ascèse du soufisme, illustrée par les danses des Derviches. La loi morale, quant à elle, s’adresse ouvertement au libre arbitre de la volonté.

La loi morale n’a pas de sens caché ! Ce qui est caché est le for interne, sous l’œil de la conscience morale, qui veille à l’application de la loi morale. L’enjeu du libre-arbitre de la volonté consiste à augmenter cet état de conscience pour arriver à son état le plus parfait, qui est l’excellence du comportement (ihsân).

Et ainsi, arrive la rupture annonciatrice de la « naturalisation » de l’éthique, par la mise en avant de la conscience morale !

L’œil de la conscience morale au for interne

L’excellence du comportement (ihsân) est traditionnellement définie comme se sentir en permanence sous le regard de Dieu. Elle se voit ici également placée sous l’œil de la conscience morale.

Ibn Khaldûn signe une exégèse en rupture avec la tradition, puisqu’il ne se réfère pas explicitement aux textes qu’elle emploie, dont le hadith dit de l’Ange Gabriel (Jibril)2b. Pour autant, il ne sort pas de sa culture, puisqu’il cite un autre hadith, tout aussi célèbre commençant par « Certes, les actes ne tiennent que des intentions… »2La rupture se situe dans le va-et-vient qu’il instaure entre le regard de Dieu et l’œil de la conscience morale. Il en définit précisément le rôle.

La tâche de la conscience morale consiste à veiller, dans chacun de nos actes, à « l’accord parfait » (ittifâq) entre l’intention qui les anime et le geste qui les passe à l’acte. Et ce, sans relâche de l’attention, ni absence d’esprit. Tel est le perfect match à la clé de l’algorithme du bonheur (cf. encadré) !

L’un des plus grands quiproquos de l’histoire des idées !

 Par ailleurs, le geste d’assembler le droit rationnel (fiqh) et l’aspect « caché » de la morale interne (bâtin) pour former la loi morale (fiqh al-bâtin) est très fort. Il signe symboliquement la mort du « caché » jusqu’à présent dévolu à la mystique. Comme s’il fallait que le soufisme meure pour que renaisse la raison. Tel est le geste de guérison (shifa’) du Livre de la Guérison !

C’est pourquoi, le mot « guérison » du titre original est fondamental. Il mérite d’être respecté, car il s’inscrit dans la tradition de la « médecine de l’âme » orientale. D’où, le quiproquo du titre forgé La Voie et la Loi. En effet, il sous-entend une certaine bienveillance envers la Voie cachée du soufisme. Comme si celle-ci pouvait se poser en alternative à la Loi musulmane. Or, loin d’être pour elle un challenger valable, elle en est la maladie dont il lui faut guérir ! On comprend mieux pourquoi le traducteur qui a forgé ce titre n’est pas arrivé à traduire fiqh al-bâtin. Il l’a laissé en friche, dans un mot-à-mot inacceptable : « fiqh de l’intérieur ».

Le mot-à-mot inacceptable de l’ancienne traduction

Traduire, ce n’est pas laisser la langue traduite (ici, l’arabe) en mot-à-mot. Et c’est encore plus inacceptable, quand le mot-à-mot lui-même ne convient pas !

L’ancienne traduction, non seulement en reste au mot-à-mot, mais celui-ci n’est pas bon ! Ce n’est pas le « fiqh de l’intérieur » mais « l’intérieur du fiqh » ! De même, pour les actes, ce n’est pas « les actes de l’intérieur » mais « l’intérieur des actes ».

Et ça change tout ! « Les actes de l’intérieur », personne ne comprend.

En revanche, « l’intérieur des actes » surtout opposé, comme le fait l’auteur, à « l’extérieur des actes », c’est tout de suite mieux ! Cela signifie que les actes ne sont pas creux. Il y a quelque chose à « l’intérieur des actes ». Les actes ne sont pas que des gestes visibles de l’extérieur par un observateur anonyme. Il y a quelque chose à l’intérieur. Et surtout, il y a quelqu’un !

Le couple : acte = (geste, intention)

L’œil de la conscience morale, qui observe les actes depuis le for interne, appartient à quelqu’un. C’est le sujet pensant dont parlera Descartes. Mais, ce sujet, chez Ibn Khaldûn, n’est pas là tant pour penser, que pour agir en étant conscient de ce pour quoi il agit. Et, ce pour quoi il agit, est la recherche du match parfait entre l’intérieur des actes (le bâtin) et l’extérieur (le zâhir).

Le bâtin des actes ne se voit pas : c’est l’intention, le mobile, la motivation. Il va de pair4 avec ce qui se voit, l’apparent (zâhir) des actes : le geste, le comportement extérieur. Les deux vont de pair. Ils sont liés. Le couple : acte = (geste, intention) est uni par un accord parfait (ittifâq).

La nature de l’accord parfait entre le geste et l’intention se trouve au cœur de la pensée d’Ibn Khaldûn. Il pousse jusqu’à ses limites le sens des mots du langage pour en puiser de quoi nourrir sa réflexion. Ne pas éclairer la nature de cet accord reviendrait à s’interdire d’éclairer la nature humaine. Il en va de la nature des relations qu’entretiennent le corps et l’esprit11. Il décrit leur relation comme une sorte de mélange de couleurs susceptible de laisser en l’âme des « traces » qui, dit-il, seront dans l’au-delà « les couleurs du bien, ou du mal« .

Une quête de sens haute en couleurs

 « Nos actes ont un sens » dit l’auteur, « c‘est l’intention » (cf. encadré). « L’intérieur » des actes est leur sens. Ce sens est donné par l’éthique personnelle « cachée » au for interne de l’individu, autrement dit sa « morale ». De même, « l’intérieur » de la loi est la loi « morale ». La loi, comme nos actes, ont un seul et même sens. Il est moral. C’est lui qui donne le ton, qui confère sa « couleur » à tous nos actes, dans leur intégralité. Ainsi, notre comportement, dans son intégralité, doit être considéré en tant que comportement moral. De même, la loi musulmane (la shari’a) doit être considérée, dans son intégralité, en tant que loi morale.

C’est pourquoi, il ne faut pas hésiter à sortir des sentiers battus, pour comprendre le lexique propre à l’auteur. Car, comme tout grand penseur, il créé son vocabulaire !

Sortir des sentiers battus

Sortir des sentiers battus demande un certain courage. Admettre le génie de l’auteur. Voir que la « naturalisation » de la pensée, en éthique, du Livre de la Guérison, relève de la même veine que dans le Livre des Exemples, en histoire et société. Le Livre des Exemples est le titre donné dans la collection La Pléiade au chef-d’oeuvre d’Ibn Khaldûn, le Kitab al-Ibar, et ses célèbres Prolégomènes (Muqaddima), monument de la pensée au patrimoine mondial de l’humanité. Un même élan génial de la pensée permet d’établir le parallèle entre les deux livres. Ce même élan génial corrobore la paternité du Livre de la Guérison qui fut, pendant un temps, discutée, frein de plus à la reconnaissance de l’œuvre !

Certains ont préféré rester, pour ainsi dire, en périphérie du livre. Comme s’ils jugeaient plus confortable de s’en tenir à l’une de ses entrées secondaires. Le soufisme est l’une d’elles, celle que tout le monde a vu, jusqu’à présent. Mais, il y en existe une autre, et non la moindre, encore inexplorée. L’autre axe secondaire, outre le soufisme, tient à la linguistique et à l’objet du langage (cf. encadré). Mais, c’est l’axe principal que je développe ici.

La grande porte du Livre de la Guérison est la loi musulmane, la shari’a. 

Du temps de l’auteur déjà, il fallait une certaine audace pour oser s’attaquer à pareil morceau ! C’est au droit musulman et aux juges qui l’appliquent qu’il s’adresse. Car, ce sont eux que l’on peut venir questionner6, si on le souhaite, pour savoir comment l’appliquer. « Si on le souhaite » : cette précision est fondamentale. C’est elle qui différencie le juriste du maître spirituel.

Le juriste n’a qu’un rôle de conseil facultatif, au plan moral. Effectivement, l’auteur rappelle que « Dieu n’a pas ouvert de voie pour juger l’intérieur des cœurs »5. Au contraire, le maître spirituel est obligatoire pour éviter à l’aspirant mystique les dangers inhérents à sa quête (cf. encadré).

Selon l’auteur, la raison est malade de la maladie du soufisme et de son ascèse mystique. Elle pousse l’adepte à s’abandonner entre les mains de son maître spirituel comme « le cadavre entre les mains du laveur de morts ». Cette métaphore, répétée à plusieurs reprises, indique que c’est ce cadavre-là qu’il faut ramener à la vie, en guérissant sa raison malade.

En effet, un tel « cadavre » a perdu l’usage de son libre-arbitre, dont la réappropriation conditionne le retour à la vie. C’est la vie morale, que la mystique bâillonne en brûlant les étapes, en voulant « lever le voile » sur la lumière de Dieu pour « contempler Sa Face » dès ce monde. Un tel cheminement, selon l’auteur, est perdu d’avance, dangereux pour la santé mentale – et surtout, hors-la-loi !

La voie morale, au for interne, n’est pas l’apanage du soufisme

La « guérison » que souhaite l’auteur est celle de l’atrophie morale de la loi musulmane. Pour cela, il emploie une méthode rigoureuse, que je traduits dans le plan du Livre de la Guérison. Je revois complètement le plan par un découpage du texte adéquat. En effet, le découpage des titres et intertitres réalisé par le traducteur et les éditeurs précédents, ne rend pas le protocole de guérison voulu par l’auteur.

Je découpe le texte en deux grandes parties (contre cinq ou six chapitres selon les anciennes versions arabes ou française). Dans la première partie, le médecin de l’âme prépare les outils qui lui seront nécessaires pour opérer le malade. Ce sont les prémisses à la guérison, les définitions et prérequis d’ordre historiques et sur la loi musulmane et sur le soufisme. C’est là où, notamment, l’auteur développe sa théorie originale sur l’effet induit, au plan moral, des conquêtes. Ce thème lui est cher. Mais, il l’aborde ici sous un angle nouveau5.

La seconde partie est consacrée au protocole de guérison en lui-même, en deux sous-parties : la théorie, et la pratique. Cette partie est encore plus intéressante que la première. Il me faudrait plus d’un article pour la présenter. L’idée maîtresse de la « guérison », au plan de la théorie, est que le juriste tout autant que l’homme moral doit se placer dans la posture du questionneur6 pour réapprendre la loi morale qu’il a perdue de vue5. Quant à l’aspect pratique, il consiste en l’arbitrage concret de huit cas d’espèce. L’auteur va les débattre à charge et à décharge avant de rendre son jugement7.

La grande question du livre : qu’est-ce qu’avoir une âme ?

La grande question du Livre de la Guérison n’est pas celle qu’on a voulu voir, jusqu’à présent (liée à une polémique andalouse qui joue le rôle de prétexte introductif8). La grande question est de savoir qui est le véritable « ami de Dieu » ? Qui peut se prévaloir d’un tel titre ? Est-ce le soufi, qui semble avoir perdu la raison dans ses transes mystiques ? Ou bien, est-ce l’homme moral qui exerce sa conscience morale pour élargir le champ d’action de son libre-arbitre ? Le grand savant rationnel qu’est Ibn Khaldûn choisit sans hésiter la seconde option.

Ainsi, la guérison du Livre de la Guérison est avant tout la sienne ! 

Le jour où j’ai découvert ce livre

Il m’attendait, sagement rangé dans les rayons de la Bibliothèque Diderot. Eh oui, il est possible de faire des découvertes dans les bibliothèques ! Depuis, j’avance dans mes recherches comme le restaurateur de tableaux ôte la mauvaise couche de peinture placardée sur une œuvre d’art. Son génie m’a immédiatement sauté aux yeux, dans la façon propre qu’a l’auteur de définir la loi musulmane par les « trois stations » maqâm al-islâm, al-imân, al-ihsân (cf. encadré).

Depuis lors, je n’ai eu de cesse de me consacrer à cette véritable restauration du génie du Livre de la Guérison que sont mes travaux de recherche, dans la forme et le fonds.

La nécessité d’une nouvelle traduction

Une fois dévoilés la portée philosophique, l’élan et la puissance de la pensée, quantité de notions un tantinet obscures révèlent leur sens : le « croyant responsable » se mue en homme vertueux ou « homme moral » (mukallaf) ; la « conscience scrupuleuse » devient « conscience morale » (wara’a).

Mon travail de restauration prend l’allure d’un véritable relooking du texte. En effet, privé pour l’instant de ses atours philosophiques, le texte mal fagoté se trouve engoncé dans des expressions beaucoup trop familières. Par exemple, une « controverse toute bourrée d’arguments » se dit, en bon français, « débat à charge et à décharge ». Ou alors, les périphrases sont alambiquées. Par exemple, qu’est-ce que « le principe subtil de caractère seigneurial » ? C’est pourquoi, après plusieurs occurrences de cet acabit, on comprend pourquoi aussi peu de monde s’est intéressé à ce livre, pourtant lumineux et essentiel. Parce qu’un tel charabia a dû en décourager plus d’un ! C’est de l’âme dont parle l’auteur au moyen cette expression générique (latîfa rabbâniyya). Je la traduis par « bienfait divin ».

La mise en lumière des idées de l’auteur

Une stratégie  « gagnant-gagnant »

L’auteur revient à l’essentiel de la loi musulmane, et qui est pour lui son aspect moral. C’est lui qui est censé ouvrir les portes du salut de l’âme dans l’au-delà (et donc apporter le bonheur à échéance de la vie future). Et ce, tout en redressant les mœurs pour assainir la vie en société (et donc apporter le bonheur ici-bas).

Dans ce que je nomme l’algorithme du bonheur d’Ibn Khaldûn, la notion de perfect match répond à la lutte contre la procrastination. Il la nomme inaction (trâkh). Le mot algorithme vient du nom d’un scientifique d’origine perse inventeur du zéro. Il ne se doutait pas de son devenir ! En effet, sa déclinaison, dans le Livre de la Guérison, par Ibn Khaldûn, autre savant arabo-musulman médiéval, se situe au plan philosophique. C’est le perfect match de nos algorithmes de matching, appliqué au bonheur ! Le bonheur est dans l’action, dans les actes qui colorent (yatalûn) l’âme en bien ou en mal, sous l’œil de la conscience morale (wara’a).

Ainsi, le Livre de la Guérison mérite une nouvelle traduction française réhabilitant son vrai message qui tient au bonheur et au sens de la vie. Quant au texte arabe original, il mérite lui aussi une réédition. En effet, les éditions de 1958 et 1959 sont non seulement totalement épuisées, mais incomplètes, depuis la découverte du manuscrit de Princeton que je commente et traduits dans ma Thèse. Le Livre de la Guérison est une oeuvre capitale dans l’histoire des idées morales, en islam. Étonnamment moderne, elle a plus que jamais des choses à nous dire.

 

Article écrit par FBA, doctorante en Sciences du langage au Laboratoire de recherche ICAR, école doctorale 3LA, label ASLAN

FBA

Article publié dans le cadre des dossiers  » Les doctorants parlent de leur recherche » en partenariat avec Pop’Sciences

 

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Notes

1   Par exemple, Augustin d’Hippone évêque et Père de l’Eglise chrétienne, dans l’un de ses sermons : « Il faut comprendre pour croire et il faut croire pour comprendre« . Ou Leibniz dans le n°15 de ses Principes : « La nature mène à la grâce et la grâce perfectionne la nature, en s’en servant« . Le « en s’en servant » de Leibniz rejoint le lien qui, chez Ibn Khaldûn, est l’effet réciproque du passage à l’acte, le perfect match (ittifâq). Une métaphore de Ghazali l’illustre (cf. note 3). C’est aussi une « connaissance », un « savoir » » chez Spinoza qui dit, dans sa Correspondance : « Parce que les impies ne connaissent pas Dieu, ils ne sont dans les mains de l’Artisan qu’un instrument qui sert sans le savoir, et qui, en servant, brûle. Les probes, au contraire, servent tout en le sachant et en servant, ils deviennent plus parfaits » (lettre n°19 à Blyenbergh, éd. GF, Paris, 2010, p. 137).

2  Le hadith de Jibril ne figure pas dans la cinquantaine de hadiths que cite l’auteur. Il s’y réfère implicitement par le nom des 3 stations (cf. encadré). Toutefois, il s’en écarte, en l’interprétant à partir d’un autre, tout aussi connu, commençant par « Certes, les actes… » (le premier des Quarante de Nawawi, célèbre résumé des principaux compilateurs dont Bukhary). Ce dernier est analysé dans son intégralité par l’auteur, dont l’exemple du pèlerin (cf. Thèse).

3  Dans cette métaphore, un homme caresse en public la tête d’un orphelin. Si, avant de donner sa caresse, il ne ressentait aucune compassion envers l’enfant, et voulait, par exemple, bien se faire voir en société, ou si son geste était machinal ou de pure convenance, alors ce sera comme s’il « palpait une étoffe ». Si sa caresse était mue par une compassion sincère, alors le passage à l’acte aura pour effet de « renforcer la compassion en son cœur ». Ce « renforcement » illustre le lien qui chez Ibn Khaldûn est l’effet réciproque du passage à l’acte, le « perfect match » (ittifâq). Il peut être vu comme un « perfectionnement » (cf. note 1). Cette métaphore figure dans le Livre des Exemples. Cela confirme la communauté de pensée et d’idées entre les deux livres (cf. citation de Plotin attribuée à Platon, infra et encadré).

4  Le couple (bâtin, zâhir) n’est pas oppositionnel ! Ce principe d’entente réciproque, je le nomme le perfect match à la clé de son algorithme du bonheur. C’est le bonheur en ce monde et dans l’au-delà, par le salut de l’âme. Est-ce que le salut se fait par la foi ou par les œuvres ? Ibn Khaldûn n’oppose pas, il voit la synergie (ittifâq). C’est le salut par la foi passée à l’acte par les œuvres. Car, les œuvres tiennent de la foi – et la foi tient des œuvres. Il souhaite à l’homme moral de parvenir à la foi et à l’excellence du comportement qui lui permettront d’être sauvé. Pourtant, il soutient aussi que seule la grâce de Dieu peut donner la foi. Sa miséricorde peut accorder le salut, même à ceux qui n’auront pas su s’élever au-delà de la première station (cf. encadré).

5  Le désir de « guérir » le juriste tout comme l’homme moral de leur « cécité » rejoint l’angle nouveau par lequel l’auteur considère les conquêtes qui, d’après lui, en seraient la cause. En effet, tout le monde serait peu à peu devenu aveugle sur la loi morale pendant les conquêtes. L’urgence était alors de légiférer pour organiser la vie publique et appliquer les sanctions légales. Or, la loi ne prévoit aucune sanction pour la faute morale relevant de l’éthique personnelle du combat dans l’âme. Dieu en sera seul juge, puisqu’Il n’a ouvert aucune voie aux hommes pour qu’ils jugent autrui au for interne. Le juriste n’a donc, au mieux, qu’un rôle consultatif. Mais, ce rôle est primordial ! C’est lui que l’auteur veut réattribuer au jurisconsulte (qu’il est lui-même !) au détriment du maître spirituel du soufisme. Il montre l’exemple en dernière partie (cf. note 7).

6  La posture du questionneur est celle du sa’il du titre original Sifa ‘ al-Sa’il. Ce sont les doutes de l’homme moral, dans la lignée du questionnement des Compagnons. C’est la question de Omar à Hudeyfa sur la « petite hypocrisie » envers soi-même. Mais, c’est surtout la posture du juriste qui doit se remettre en position de questionner pour apprendre, à l’instar de l’Ange Gabriel dans le hadith qui porte son nom, et dont l’auteur, sans jamais le citer, s’emploie à donner sa propre exégèse.

7   L’auteur applique à lui-même le matching : il passe à l’acte ce qu’il dit ! C’est l’occasion de montrer l’exemple pour inciter l’homme moral à venir consulter le juriste pour les questions morales d’ordre intime, relevant du combat dans l’âme. Ainsi, l’auteur entend revaloriser sa profession.

8   Les auteurs arabes classiques aiment choisir un prétexte pour introduire leur sujet. En l’espèce, il s’agit d’une polémique sur le rôle du Cheik. Certes, sa place dépasse largement le simple prétexte. On le voit dans le corps du texte. Pour autant, ce n’est pas la grande question du livre.

9   L’archi-degré est issu de mes travaux. Je propose une interprétation de la pensée de l’auteur en neufs couples [actes = (geste, intention)]. J’illustre l’idée du matching dans une mise en pourcentage de nos actes, dont 11% arriveraient au perfect match (cf. Thèse).

10  La litote est un genre de métaphore qui permet de « dépasser par le langage ce que peut dire le langage ». Certes, la litote n’est pas propre au langage religieux catholique. Michel Le Guern (spécialiste de Blaise Pascal dont il a édité les Pensées), l’analyse dans Sémantique de la métaphore et de la métonymie. Du « caractère atypique des métaphores religieuses« , Le Guern déduit qu’il lui semble « difficile de voir là la motivation essentielle du processus métaphorique » (Larousse, 1972, p. 72-73). Or, c’est justement le « caractère atypique des métaphores religieuses » que souligne ici Ibn Khaldoun, au point de créer pour lui un degré de langage spécifique. Du coup, on pourrait dire que cela en devient « la motivation essentielle » ! C’est ce qu’il nomme le « sens figuré du figuré de proximité« . Je le vois comme une sorte d’archi-degré (cf. note préc.)

« L’auteur remercie le LABEX ASLAN (ANR-10-LABX-0081) de l’Université de Lyon pour son soutien financier dans le cadre du programme « Investissements d’Avenir » (ANR-11-IDEX-0007) de l’Etat Français géré par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

The author is grateful to the ASLAN project (ANR-10-LABX-0081) of Université de Lyon, for its financial support within the program « Investissements d’Avenir » (ANR-11-IDEX-0007) of the French government operated by the National Research Agency (ANR).« 

Qui es-tu Fritz Haber ?

QQui es-tu Fritz Haber ?

Qui es-tu Fritz Haber ?

La pièce se passe en 1915.
Fritz Haber est chimiste, sa femme Clara aussi.

Une violente dispute éclate entre eux lorsque Fritz revient du champ de bataille d’Ypres où il a testé pour la première fois les gaz chlorés de son invention. Cet échange met en lumière leur profond désaccord, jusqu’à la tragédie…

Ce dialogue imaginé par Claude Cohen entre ces deux personnages ayant réellement existé il y a 100 ans, pose en filigrane des questions toujours d’actualité : un scientifique peut-il s’affranchir de toute considération morale ? Le progrès scientifique est-il toujours un progrès pour l’humanité ?

 

Programmation hors les murs du Théâtre Astrée de l’Université Claude Bernard Lyon 1 à l’Amphithéâtre culturel de l’Université Lumière Lyon 2.

En partenariat avec : la plateforme éthique de l’Université de Lyon.

 

Theatre astrée

Université Lumière Lyon 2

Pop’Sciences Forum #1

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À QUOI RÊVENT LES INTELLIGENCES ARTIFICIELLES ?

PROGRAMMATION     |    INTERVENANTS

S’il est un domaine de recherche contemporain qui participe d’une révolution globale (cognitive, sociale, économique, démocratique et éthique), c’est bien celui de l’Intelligence Artificielle (I.A).

Cette I.A qui rime communément avec des promesses d’avenir peu radieux pour nos libertés individuelles, tant nos sociétés sont encore relativement pessimistes quant à nos capacité de contrôle de ces-dites intelligences. Des scénarios redoutablement angoissants qui ne sont pas infondés, tant les risques de malveillances sont bien existants. Pourtant …

L’I.A C’EST L’AFFAIRE DE TOUTES ET TOUS !

Le Forum Pop’Sciences propose d’ouvrir le débat, de découvrir, anticiper et réfléchir aux conséquences bénéfiques que le développement des intelligences ex-humano pourraient avoir sur notre santé, le traitement des données, nos démocraties, ou encore nos modèles socio-économiques. Bref sur notre quotidien, notre rapport au monde et aux autres.

Le Forum propose des rencontres thématiques pour tous, autour de grands enjeux de société, entre chercheurs, citoyens, artistes, associations, entreprises, etc. Dans une logique d’ouverture et de dialogue, il s’agit pour l’Université de Lyon de se faire rencontrer tous ces acteurs pour partager et échanger, construire les savoirs de demain, enrichir et diffuser les connaissances.
Deux semaines pour prendre de la hauteur, sortir des frénésies médiatiques pour s’informer et réfléchir, ensemble, aux réalités de l’I.A dans nos sociétés, aux découvertes et aux innovations disponibles et aux choix que nous voulons faire !

  • Quelles sont les réelles menaces et opportunités du développement des Intelligences Artificielles ?
  • Quelle éthique de l’I.A bâtir ?
  • À quoi nos laboratoires et nos chercheurs travaillent-ils ?
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A-t-on le droit de prescrire un placebo ?

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Vous ne seriez pas un peu colère d’apprendre que votre médecin soigne vos migraines avec un placebo depuis des années sans vous le dire?

Pourtant, dans de très nombreux cas, un placebo est efficace… même quand on sait qu’il s’agit d’un placebo.

Du coup, est-ce que c’est juste et respectueux de prescrire un « faux médicament » quand on sait que pour ce cas précis, il aura un effet positif? Est-ce que cela revient à mentir à ses patient.e.s?

Parler des placebos, c’est finalement se demander ce que soigner veut dire : venez en discuter !

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Les technosciences font-elles des bulles ?

LLes technosciences font-elles des bulles ?

Les promoteurs des innovations technologiques prétendent changer le monde et nous promettent un avenir radieux. Faut-il croire en ces promesses ? Faut-il suivre à l’inverse ceux qui pensent que ces innovations auront nécessairement des effets catastrophiques ? La technolâtrie des uns et la technophobie des autres ne sont-elles pas les deux revers de la même médaille ?

Pour cette conférence de clôture du cycle « Penser critique » consacré aux croyances, nous nous intéresserons aux innovations technologiques, toujours pleines de promesses…

A force de nous laisser fasciner par la seule puissance technique (pour nous en réjouir ou pour la déplorer), n’en venons-nous pas à négliger l’essentiel : les rapports sociaux dans lesquels ces instruments techniques trouvent leur place et le rapport avec la nature qu’ils nous permettent d’établir.

Rencontre avec : Catherine Larrère, spécialiste de philosophie morale et politique et l’une des pionnières en France de la philosophie de l’écologie, et Raphaël Larrère, ingénieur agronome et sociologue, directeur de recherche à l’Inra et directeur de collection aux éditions Quæ. Ils ont publié en 2017 Bulles technologiques aux éditions Wildproject.

En savoir plus : site de la BM

Programmation #1

POP’SCIENCES FORUM

PPOP’SCIENCES FORUM

Deux fois par année, le Pop’Sciences Forum propose des rencontres thématiques pour tous, autour de grands enjeux de société. Dans une logique d’ouverture et de dialogue, il s’agit pour l’Université de Lyon de se faire rencontrer chercheurs, citoyens, artistes, associations, entreprises, … pour partager et échanger, construire les savoirs de demain, enrichir et diffuser les connaissances.

<Citoyens, la ville de demain Nous appartient !

posciences-forum-ville-demain

@Tim Wright

Nos collectivités développent massivement des stratégies de “smart-city”, de “e-city” ou encore de “learning-city”, au service de villes dites plus intelligentes, flexibles et optimisées par le numérique. Dans le même temps des initiatives citoyennes fleurissent massivement dans nos quartiers, au sein desquels les habitants participent à la fabrique de leurs cités et mettent en oeuvre de nouveaux usages ou de nouvelles pratiques sociales.

Cette édition du Pop’Sciences Forum s’intéresse à ces nouveaux phénomènes de transformation de la ville et de la citoyenneté, encouragés par le développement du numérique. Nous sollicitons des expertises en urbanisme, en sociologie, en architecture, en informatique ou encore en sciences politiques, pour découvrir, débattre et imaginer la place que les citoyens peuvent avoir dans cette ville de demain. Entre habitants, travailleurs, chercheurs, aménageurs, élus et artistes, nous ouvrons 4 journées de débats. 4 chantiers éphémères de réflexions et de débat à propos de l’avenir des lieux de la cité, des formes d’habitabilité, de la mobilité, du big data, ou encore de la nuit.

La ville intelligente est une ville où le numérique nous invite à réinventer notre rapport à la cité, aux temps, aux espaces, aux connaissances et aux autres … Quelles opportunités pouvons-nous saisir pour mieux optimiser nos déplacements, nos interactions, notre bien-être, le coût de la ville, sa durabilité et sa gouvernance ?

POSONS LES BASES DU MÉTIER DE CITOYEN DE DEMAIN, IMAGINONS UNE VILLE INTELLIGENTE – OU PAS SI BÊTE – QUI ASSOCIE LE NUMÉRIQUE À D’AUTRES FORMES D’INNOVATIONS SOCIALES ET CULTURELLES.

PROGRAMMATION   |   INTERVENANTS   |   AFFICHE  PROGRAMME PDF

 

> Pour aller plus loin, ne manquez pas :

Pop’Sciences Mag#2

HACKER LA VILLE. Quand les citoyens réinventent la cité

Hackerspaces, cantines solidaires, boutiques des sciences, transport partagé, boîtes à livres, squats… La cité doit désormais conjuguer avec des initiatives citoyennes innovantes, de nouveaux usages et de  nouveaux services directement inventés par des usagers.

LES POD’CASTS DU FORUM

 


<À QUOI RÊVENT LES INTELLIGENCES ARTIFICIELLES ?

Forum Pop'Sciences - a quoi revent les intelligences artificielles

@Julien Richetti

PROGRAMMATION  INTERVENANTS  L’AFFICHE  PROGRAMME PDF

 

Pour aller plus loin, ne manquez pas :

Pop’Sciences Mag#1

À quoi rêvent les intelligences artificielles ?

Poser cette question, c’est supposer que les machines dites intelligentes sont dotées d’une faculté proprement humaine : celle qui nous permet de nous projeter dans une réalité désirable. D’espérer, en somme. Nous n’en sommes pas là, loin s’en faut, nous disent les experts lyonnais que nous avons rencontrés. Qu’ils soient philosophes, ingénieurs, médecins ou chercheurs, ils nous mettent en garde contre les fantasmes qui entourent cette nouvelle révolution technologique. Certes, l’intelligence artificielle va nous ouvrir un immense champ de possibilités, mais elle sera surtout ce que nous déciderons d’en faire.

LES VIDÉOS DU FORUM



CONTACTS :

Organisation, programmation : samuel.belaud@universite-lyon.fr


Ils soutiennent la réalisation de ce programme

  • Région Auvergne-Rhône-Alpes
  • Métropole de Lyon

La technologie au service du corps

LLa technologie au service du corps

Cette journée s’inscrit dans le cycle national de séminaires transdisciplinaires « Corps et prothèses : vécus, usages, contextes ».

Le rapport entre corps et technologie, les thématiques de l’humain augmenté et du transhumanisme prennent depuis plusieurs années une place conséquente dans l’arène médiatique et dans les débats universitaires mais au travers d’une focalisation basée sur certaines représentations et perspectives souvent très éloignées des réalités de terrain. L’enjeu principal de ce séminaire est d’ouvrir des fenêtres de discussions sur les diverses expériences avec ces différentes technologies à partir de la notion de terrain, de vécus subjectifs et dans une approche transdisciplinaire aux croisements de la sociologie, l’anthropologie, la philosophie, l’éthique, l’ingénierie médicale, la médecine et les sciences de la santé.

Plus d’infos sur le site du Musée des Confluences

Big data, robots et intelligences artificielles : Quelle dynamique éthique ?

BBig data, robots et intelligences artificielles : Quelle dynamique éthique ?

Dans le cadre de la Chaire du numérique en partenariat avec Sopra Steria, l’Ecole CPE vous propose une conférence puis un temps de discussion autour d’un thème qui nous l’espérons vous enthousiasmera : « Big data, robots et intelligences artificielles : Quelle dynamique éthique pour nos nouvelles technologies numériques ? ».

Cette conférence sera donnée par Mathieu Guillermin et sera suivie d’une table ronde avec des spécialistes du sujet, notamment de l’école CPE et de Sopra Steria.

La rencontre est ouverte à tous, il suffit de s’inscrire par mail à l’adresse suivante : marlene.metral@soprasteria.com