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Semaine du cerveau | Édition 2026

SSemaine du cerveau | Édition 2026

Venez découvrir votre cerveau

Pour sa 28e édition, la Semaine du Cerveau 2026 de la Métropole de Lyon se place sous le thème : « Les intelligences du cerveau ». En effet, notre cerveau assure toutes nos fonctions cognitives qui, additionnées, font de nous des êtres intelligents. Il s’agit par exemple, du langage, de nos mémoires, de nos états émotionnels, de notre capacité à prendre des décisions….

Ces fonctions dépendent largement de nos expériences mais également du bagage génétique dont nous héritons. Ces sujets, et bien d‘autres, font l’objet d’intenses recherches dans la communauté des neurosciences de la Métropole de Lyon. Ils cherchent à mieux comprendre comment fonctionne notre cerveau dans son état optimal mais également lors de dérèglements qui entraînent des troubles sensoriels, moteurs ou cognitifs. Ce sont ces travaux que nous vous invitons à découvrir lors de cette nouvelle édition de la Semaine du Cerveau.

Les rencontres que nous vous proposons se feront sous la forme de conférences, de journée portes ouvertes de laboratoire, d’ateliers, de jeu, de débat, sans oublier le format spectacle, par le biais du rapprochement Art-Science. Dans tous les cas, les rencontres, à différents lieux de notre Métropole, se veulent interactives et nous comptons sur votre participation. Les neurobiologistes, chercheurs et cliniciens, qui ont préparé des interventions destinées au grand public, sont là pour répondre à vos questions.

Au nom du Comité d’organisation et de nos sponsors, je les remercie chaleureusement pour leur engagement. À toutes et à tous, bonne Semaine du Cerveau 2026.

Rémi Gervais, Professeur émérite, Université Claude Bernard Lyon 1
Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (Université Lyon 1 / CNRS / Inserm)

 

Évènement coordonné par : la Société des neurosciences au niveau national et un comité de pilotage au niveau du territoire lyonnais comprenant le CRNL, l’Université Claude Bernard Lyon 1, la délégation Rhône Auvergne du CNRS, la Fondation Neurodis, l’Inserm, la fondation Apicil, les Laboratoires d’excellence ASLAN et CORTEX, le Centre hospitalier le Vinatier, les Hospices civils de Lyon, Pop’Sciences – Université de Lyon.

pprogrammation DANS L’AGGLOMÉRATION LYONNAISE

Jeudi 5 mars

Mardi 10 mars 

Mercredi 11 mars

Mercredi 11 et jeudi 12 mars 

Jeudi 12 mars

Mardi 17 mars

Mercredi 18 mars

Jeudi 19 mars 

 

> Retrouvez tous les détails de la programmation et les modalités d’inscription, sur le site :

 LA SEMAINE DU CERVEAU 2026

PPour aller plus loin

 

La Gazette de la Fête de la science #1

LLa Gazette de la Fête de la science #1

##1 – Les poissons : une sensibilité insoupçonnée

Les poissons-zèbres font preuve d’empathie en présence d’un congénère blessé. © Wikimedia commons

L’empathie, l’attachement ou encore la mélancolie : tous ces aspects font partie de la vie des poissons. Le documentaire Des poissons pas si cons ? diffusé lors de la Fête de la Science 2025 à la Bibliothèque municipale de Lyon (7e arr.), suivi d’une conférence de François-Xavier Dechaume-Moncharmont, chercheur en biologie, spécialiste du comportement animal à l’Université Claude Bernard Lyon 1, nous a présenté la sensibilité complexe des poissons.

Les poissons sont souvent perçus comme des animaux dénués de toute intelligence, d’émotions ou encore d’affection. Et si c’était l’inverse ?

Une expérience réalisée sur le poisson-zèbre par Rui Oliveira, chercheur à l’Institut universitaire de Lisbonne, a révélé plusieurs signes d’empathie chez cette espèce. Elle consiste à montrer à un poisson-zèbre « test » un écran qui diffuse la vidéo d’un poisson de la même espèce ayant une attitude de détresse. Le « poisson test » voyant cela imite ce comportement. Ensuite, un second écran est ajouté : le premier montre un poisson nageant paisiblement, le second un de ses congénères qui est souffrant, couché sur le sol. Le « poisson test » se dirige alors toujours vers l’image de celui qui souffre et reste proche de lui.

Ces deux réactions montrent que ces poissons peuvent détecter les différents états physiques et affectifs de leurs congénères, en éprouvant une « forme de contagion émotionnelle », explique Rui Oliveira. De plus, ils font preuve d’une préoccupation pour un semblable dans un état de souffrance.

Relation et psychologie

Cette sensibilité des poissons peut également s’exprimer par une forme d’attachement. 8 % des espèces de poissons ont un seul partenaire dans leur vie. Mais dans ces cas, est-ce un comportement seulement favorable à la survie de leur espèce, ou un réel lien fort existe-t-il chez ces couples ?

Chloé Laubu, docteure en biologie du comportement animal, a effectué des recherches sur cet attachement chez les poissons. Elle a créé un test sur un couple de cichlidés, une famille de poissons comprenant près de 2000 espèces : elle installe auprès des spécimens étudiés un bocal noir qui contient de la nourriture et un second qui est blanc et vide. Elle recommence plusieurs fois. Ensuite, un bocal gris est déposé : ce qui peut se révéler ambigu pour les poissons. Pour autant, la femelle va très vite voir s’il y a de la nourriture à l’intérieur. Par contre, lorsque le mâle est retiré de l’aquarium, la femelle fait des allers-retours et met beaucoup plus de temps à se décider à vérifier ce bocal. En l’absence du mâle, la femelle perd ses repères et semble perdre son « optimisme au profit du pessimisme » selon la chercheuse. Une réelle dépendance affective existe chez ces couples de poissons et le manque de l’un ou de l’autre les rend plus inquiets et moins favorables à la découverte.

Les poissons font preuve d’une sensibilité empathique et relationnelle, mais pas seulement : cette sensibilité peut aussi être psychologique. Dans certaines fermes d’aquaculture, les éleveurs, à cause de l’insalubrité, soignent les poissons avec des antibiotiques, mais également avec des antidépresseurs. Ce qui a pour conséquence de réduire le nombre de poissons qui se laissent mourir de stress, un phénomène courant.

Notre rapport aux poissons est donc faussé. Comme le dit François-Xavier Dechaume-Moncharmont : « on ne peut pas s’abriter derrière l’idée que le poisson est un animal froid et insensible ».

Par Abel Giraud, étudiant en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon 1, avec Pop’Sciences.

La Gazette de la Fête de la science #4

LLa Gazette de la Fête de la science #4

<#4 – Quand la musique fait vibrer le vivant

Végétaux, animaux et cellules : toutes les formes de vie réagissent aux sons et aux vibrations de la musique. © Image générée avec Canva par Sabrina Chabbi

Des oiseaux aux cellules, les sons organisés influencent toutes les formes de vie. Pendant sa conférence lors de la Fête de la Science, la professeure Claire Brun, experte en biologie cellulaire à l’Institut Catholique de Lyon, explore les effets insoupçonnés de la musique sur les plantes, les animaux et même les organismes unicellulaires.

Avant d’être une émotion, la musique est un phénomène physique : une onde acoustique qui se propage par des vibrations mécaniques. Ces pressions traversent l’air, l’eau ou les tissus vivants. « La musique ne se limite pas au plaisir humain. Elle agit sur tous les organismes capables de percevoir ou de subir une vibration », explique la biologiste. Les recherches montrent qu’elle influence aussi le vivant, selon la fréquence, le rythme et l’intensité des sons.

Plantes et animaux à l’écoute de la musique

Chez les animaux, le son est un moyen de communication essentiel. Les insectes émettent des vibrations continues, les grenouilles coassent par impulsions, et les oiseaux composent de véritables phrases musicales. Le chant de ces derniers sert à défendre un territoire, attirer un partenaire ou reconnaître les siens. Le rythme, la répétition et la hiérarchie des notes créent des effets émotionnels comparables à ceux que la musique provoque chez l’homme.

Les plantes, même sans oreilles, réagissent étonnamment aux sons et aux vibrations de leur environnement. Des expériences ont montré qu’un bruit d’eau douce attire les racines du maïs, ou que certaines fleurs exposées au bourdonnement d’une abeille augmentent la quantité et la teneur en sucre de leur nectar. Les pétales se comporteraient comme de petites antennes acoustiques, capables de capter les vibrations utiles à la pollinisation. À l’inverse, certaines plantes libèrent des toxines dès qu’elles perçoivent le son d’une chenille. Chez elles, la musique n’est pas une mélodie, mais un signal biologique vital.

Quand la musique influence la vie microscopique

La musique agit aussi au niveau cellulaire. Les globules rouges s’agrègent moins en présence de musique classique, et certaines cellules immunitaires augmentent leur activité. Ces effets semblent liés aux vibrations de la membrane, qui transmettent le signal à l’intérieur de la cellule. Les microbes, qui sont, eux aussi, des unicellulaires, ne font pas exception. Comme les bactéries et les levures qui réagissent aux sons : leur croissance, la production de métabolites ou la sensibilité aux antibiotiques varient selon le type de musique, son rythme, sa fréquence et son intensité, comme si chaque cellule possédait sa propre « oreille ».

De la grenouille aux bactéries, la musique semble constituer un langage universel, fondé sur la vibration. Loin d’être un simple divertissement humain, elle révèle une continuité entre culture et mécanismes biologiques. Pour Claire Brun, tout est une question de fréquence : « Chaque type de cellule possède sa propre sensibilité vibratoire. Quand la fréquence est juste, elle résonne. » Cette résonance pourrait expliquer pourquoi certaines musiques stimulent la croissance, la germination ou l’immunité, tandis que d’autres n’ont aucun effet.

Par Sabrina Chabbi, étudiante en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon 1

 

 

 

 

La Gazette de la Fête de la science #5

LLa Gazette de la Fête de la science #5

##5 – Comment ne pas se faire submerger par nos émotions

L’intelligence émotionnelle, est la capacité à comprendre, gérer et utiliser les émotions de manière constructive.
©Mohamed Hassan, Pixabay

Grâce à l’intelligence émotionnelle (IE), on peut être intelligent avec sa tête, mais aussi avec son cœur afin de mieux interagir avec les autres. Mais il arrive parfois d’être submergé par les émotions. Il existe des techniques faisant appel à l’IE pour maîtriser ses émotions. Christophe Haag, professeur à l’emlyon business school et spécialiste de l’intelligence émotionnelle, nous en dit plus à l’occasion de sa conférence « À l’heure de l’IA parlons d’IE », dans le cadre de la Fête de la science 2025.

L’intelligence émotionnelle, est la capacité à comprendre, gérer et utiliser les émotions de manière constructive. Christophe Haag nous enseigne qu’elle est l’un des « tiroirs » de l’intelligence et qu’elle est connectée avec les autres formes d’intelligence (logique, spatiale, etc.). L’IE est étudiée depuis les années 1990 sous l’influence de psychologues américains comme John Mayer et Daniel Goleman. La peur, par exemple, est une émotion qui peut nous submerger, mais 9 peurs sur 10 sont factices et font suite à des projections mentales ou de fausses interprétations. Ces peurs, sont-elles immédiates et concrètes ou hypothétiques ? La réponse peut être compliquée pour les personnes hypersensibles, qui ont tendance à se comporter comme des « éponges émotionnelles » par rapport aux autres. L’IE, permet de faire la part des choses en « essorant » les fausses peurs.

Des techniques variées

Les techniques décrites par Christophe Haag sont diverses. On peut citer l’autodérision, qui rassure dans un groupe. Le rire, par contagion, qui peut permettre de générer de nouvelles idées ou encore l’effet de surprise. Par exemple, à la suite d’un crash d’avion dans les Andes, un des survivants, Nando Parrado, surprend les autres rescapés par des choix audacieux (organisation de la vie en conditions extrêmes, expéditions, etc.). Son intelligence émotionnelle lui permet de faire preuve d’une certaine résilience, sans paniquer et ainsi de jouer un rôle clé dans le sauvetage des autres survivants.

Les personnes dotées d’IE ont plus de facilité à passer à autre chose ou faire le deuil de ce qui est perdu. Par exemple, un homme, victime de l’attentat du Bataclan en 2015, puis d’un accident de voiture où il a perdu ses jambes en 2018 a su dépasser ses traumatismes grâce à la musique. En d’autres termes, il est parvenu à utiliser son IE pour réévaluer cognitivement l’impact émotionnel de ses traumatismes. Ce procédé psychologique est lié à une bonne santé mentale et à une grande résilience. On transforme sa façon de penser et son émotion pour l’atténuer. C’est ce que l’on appelle la réévaluation cognitive. Cette dénomination vient des travaux du chercheur en psychologie James Gross.

Des habitudes ou attitudes bénéfiques

Christophe Haag souligne que les personnes dotées d’une IE élevée lisent de manière régulière. En effet, la lecture permet de développer l’empathie et ainsi de mieux comprendre les émotions des autres. Les activités régénératives comme une promenade dans un espace vert peuvent également faire baisser la tension émotionnelle, de même que le recours à l’empathie, la gratitude ou l’écoute active dans ses rapports avec les autres.

Par Arthur Tillet, étudiant en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon 1 – Avec Pop’Sciences. 

 

Pour aller plus loin : 

Goleman, D., L’intelligence émotionnelle, J’ai Lu (2014).

Haag, C., Le petit guide illustré de l’intelligence émotionnelle, Albin Michel (2025).

La Gazette de la Fête de la science #7

LLa Gazette de la Fête de la science #7

##7 – Un seul cerveau, deux sexes ?

Cerveau d’homme versus cerveau de femme ? © Damaouia Anli

Deux chercheuses en sciences cognitives ont souhaité éveiller l’esprit critique de leur public lors d’un débat mouvant « Cerveau de femme, cerveau d’homme », organisé le 4 octobre 2025 pendant la Fête de la science à la bibliothèque municipale de Lyon Part-Dieu. Cette rencontre a confronté les idées reçues du public aux connaissances scientifiques.

Dans une salle bondée, deux intervenantes, Tiphaine Caudrelier et Nina Stauffert, respectivement chercheuse et doctorante en sciences cognitives à l’Université Lumière Lyon 2, animent la discussion face à un public curieux. Le débat porte sur les différences cognitives entre homme et femme.

Alors que l’atelier s’apprête à débuter, quelques visages trahissent l’impatience, d’autres observent en silence. Les participants échangent quelques mots avant que le débat ne commence. Avant de se présenter, la doctorante explique comment va se dérouler la séance : suite à l’énoncé d’une question, le public devra se placer à gauche s’il n’est pas d’accord, et à droite dans le cas inverse.

Bouger pour réfléchir

Une fois les présentations faites, les intervenantes posent la première question : « Les hommes ont-ils un plus gros cerveau que les femmes ? ». Un brouhaha amusé s’installe. Quelques participants se déplacent, d’autres restent assis. La majorité choisit le côté droit. L’une des chercheuses confirme : « En moyenne, les hommes ont un cerveau plus gros que les femmes, mais c’est normal, la taille du cerveau dépend surtout de celle du corps. Plus on est grand, plus le cerveau a tendance à être volumineux ». Elles précisent que cette différence est faible. Elle est même plus marquée pour d’autres organes, comme le cœur. Les explications font réagir. Le public écoute et se déplace au fil des questions.

Vient la suivante : « Les femmes ont-elles un sens de l’orientation moins développé que les hommes ? ». La salle s’agite. Certains se lèvent rapidement, d’autres hésitent avant de choisir leur camp. L’une des intervenantes explique qu’en moyenne les femmes ont un sens de l’orientation moins performant que celui des hommes. Mais cet écart reste faible et dépend du contexte culturel. Elle évoque une étude menée sur 10 000 personnes à travers le monde. Les participants testaient leur sens de l’orientation avec un jeu vidéo. Dans certains pays, où les femmes ne peuvent pas se déplacer librement, la différence est plus marquée. Dans d’autres, les résultats sont presque similaires. Même en France, les habitudes et l’éducation peuvent influencer ces capacités.

Esprit critique

Avant de conclure, les chercheuses posent une dernière question : « Faut-il croire les médias lorsqu’ils affirment qu’une étude scientifique prouve que les hommes et les femmes sont différents ? ». La majorité des participants ne sont pas d’accord. En effet, en science, une seule étude ne prouve rien. Il faut plusieurs travaux qui vont dans le même sens pour tirer des conclusions fiables.

Plus tard, Tiphaine Caudrelier insiste sur l’importance d’apprendre au public à développer son esprit critique : « Notre but n’est pas seulement de déconstruire des stéréotypes, mais aussi d’apprendre au public à avoir un regard critique sur la science et sur les informations qu’il lit dans les médias ». Nina Stauffert ajoute : « On s’attendait à plus d’idées reçues, mais la plupart savaient déjà que le cerveau n’a pas de sexe au sens strict ». Et comme le résume Tiphaine Caudrelier : « Il n’existe pas de preuve solide d’une différence innée entre cerveaux masculins et féminins ». Ainsi, même si des études trouvent des différences, cela ne veut pas dire qu’un sexe est meilleur qu’un autre.

Par Damaouia Anli, étudiante en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon 1

La Gazette de la Fête de la science #8

LLa Gazette de la Fête de la science #8

##8 – Sagesse des foules : sommes-nous plus intelligents à plusieurs ?

Affiche de présentation des projets de recherche participative, exposée par le laboratoire Reshape lors de la Fête de la Science 2025 © K.-Y. Kunihiro

La théorie de la sagesse des foules renvoie à l’idée que plusieurs cerveaux seraient plus performants qu’un seul. En effet, sous certaines conditions, la foule, constituée d’un large groupe d’individus, performerait mieux que des experts ! À l’occasion d’une conférence sur la sagesse des foules à l’emlyon business school lors de la Fête de la science 2025, nous avons pu rencontrer Aurelien Baillon, chercheur et professeur d’économie de l’incertitude, qui s’appuie sur cette théorie de manière concrète dans ses travaux.

Comment un groupe de 20 personnes peut-il deviner le nombre exact de bonbons contenus dans un sachet, sans les compter ni échanger un mot ? C’est le défi que nous a lancé Aurélien Baillon pour illustrer le concept de sagesse des foules. Cette expérience rappelle la célèbre étude menée en 1906 par le statisticien britannique Francis Galton lors d’une foire agricole. Il y avait observé que la valeur médiane[1] des estimations du poids d’un bœuf, faites par une foule de visiteurs, était étonnamment proche du poids réel. Comment une foule d’individus non-experts peut-elle produire une estimation aussi précise ?

Une sagesse sous conditions

Aurélien Baillon précise que l’intelligence collective d’un groupe est réellement efficace lorsque des conditions clés sont remplies[2]. Premièrement, la diversité d’opinion est essentielle. Elle permet d’apporter des perspectives variées et d’éviter la pensée unique. « Quand on cherche un conseil, il est préférable de consulter plusieurs personnes aux profils variés plutôt que de se limiter à l’avis de son ou sa BFF[3]! », recommande le chercheur. Il est ensuite crucial que chaque individu puisse s’exprimer librement pour favoriser l’indépendance d’esprit, sans se conformer au reste du groupe. Enfin, pour être utiles, tous ces points de vue doivent être agrégés de manière structurée, par exemple, par le calcul d’une moyenne ou l’organisation d’un vote.

Pour quelles applications ?

Des pratiques telles que les paris sportifs ou les marchés de prédiction exploitent la sagesse des foules, nous explique Aurélien Baillon, en collectant et en analysant les estimations d’un grand nombre d’individus. De même, le crowdsourcing[4] repose sur l’idée de déléguer des tâches à une foule pour obtenir des solutions collectives, comme c’est le cas avec Wikipédia.

Mais l’intelligence collective va au-delà du numérique. Le laboratoire Reshape,[5] rattaché à l’Université Claude Bernard Lyon 1 et l’Inserm[6], intègre cette approche dans la recherche participative en santé. Lors d’un jeu de rôle organisé pour la Fête de la science, des collégiens ont conçu ensemble des solutions concrètes contre le harcèlement scolaire, en utilisant des outils collaboratifs comme le brainstorming. Cette approche illustre une recherche ancrée dans la réalité, co-construite par des acteurs de terrains : citoyens, usagers et patients mobilisent leur vécu pour produire et partager des connaissances. Comme l’explique Romaine Desjardin, doctorante en psychologie sociale, « le chercheur n’est plus le seul détenteur du savoir : la recherche devient plus horizontale, enrichie par la diversité des expériences et des points de vue ». Alors la clé pour devenir plus intelligents ne serait-elle pas de coupler notre propre intelligence à celle des autres ?

Par Kana Yasmine Kunihiro, étudiante en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon 1

 

Notes :

[1] La médiane est la valeur d’une série de données, qui se trouve pile au milieu, et qui divise donc la série en deux moitiés égales. Plus intéressante que la moyenne, cette donnée permet d’éviter la prise en compte de valeurs aberrantes d’une série de données.

[2] D’après l’œuvre de Surowiecki, J., La Sagesse des foules, J.-C. Lattès (2008).

[3] BFF, acronyme de Best Friend Forever, traduit en français : meilleur ami pour la vie.

[4] Traduction littérale de l’anglais : approvisionnement par la foule. Terme construit à partir des mots crowd (foule) et outsourcing (externalisation). Il s’agit d’une pratique qui externalise des activités, des tâches ou des projets en faisant appel à la créativité, à l’intelligence et au savoir-faire d’un groupe diversifié d’individus ou de communautés. L’objectif est de pouvoir créer du contenu, développer une idée, résoudre un problème ou réaliser un projet innovant, et ce, à moindre coût.

[5] Research on Healthcare Performance est une unité de recherche en santé publique pluridisciplinaire (épidémiologie, sciences sociales, data‑science).

[6] Institut national de la santé et de la recherche médicale.

La Gazette de la Fête de la science #9

LLa Gazette de la Fête de la science #9

##9 – Quand notre intestin nous dit des choses

L’intestin et le cerveau en communication constante. © Leslie Cejudo

Bien plus qu’un organe digestif, l’intestin dialogue en permanence avec notre cerveau.  Il influence notre corps et notre intelligence grâce à la synthèse de glucose. C’est ce que Gilles Mithieux, directeur du laboratoire Nutrition, diabète et cerveau de l’Inserm, a présenté pendant la Fête de la science 2025 lors d’une conférence.

L’un des intermédiaires qui permet la communication entre l’intestin et le cerveau est le glucose, une petite molécule de sucre. Il peut être synthétisé par le foie et les reins mais aussi par l’intestin, on appelle cela la néoglucogénèse intestinale. Le glucose produit par l’intestin fait office de médiateur entre celui-ci et le cerveau : il y envoie des signaux lui indiquant que le corps a fait le plein d’énergie. Ce message a son importance : lorsque le cerveau va recevoir l’information, il va induire la diminution de production de glucose par le foie, diminuer le stockage de gras et envoyer une sensation de satiété. La néoglucogénèse est d’un grand support dans la régulation de la glycémie, le maintien du bon taux de glucose dans le sang.

L’intestin parle plus au cerveau que les yeux

Comme nous le présente Gilles Mithieux, l’intestin parle plus à notre cerveau que nos yeux. En effet, si les yeux nous transmettent des indications sur notre environnement, l’intestin nous renseigne beaucoup, notamment sur notre statut corporel et émotionnel. A travers ses échanges avec le cerveau, il peut aussi influencer grandement notre état d’esprit.

Ainsi, la synthèse de glucose a été inhibée chez des souris. Cela a permis d’observer l’effet d’une absence de transmission de glucose entre l’intestin et le cerveau. Il a été constaté que l’absence de la néoglucogénèse intestinale provoque une augmentation des risques de déclenchement du diabète ou d’obésité, mais aussi une nette augmentation du stress et une altération de la mémoire à court terme. Les échanges entre ces deux organes ont donc un lien quasi direct avec notre santé physique, mentale et notre intelligence.

Un dialogue qui se préserve

Il est important de préserver l’échange entre le cerveau et l’intestin afin de maintenir une santé stable. Pour cela, il est nécessaire d’adopter un régime alimentaire équilibré riche en protéines et en fibres. Ces nutriments activent la production de glucose intestinal, et assurent la régulation de nombreuses fonctions physiologiques. Cette relation contribue à nous maintenir en bonne santé.

Par Leslie Cejudo, étudiante en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon 1

La Gazette de la Fête de la science #12

LLa Gazette de la Fête de la science #12

##12 – Être TDC/TDL, ça fait quoi ?

Exemple d’écriture avec la main non dominante © Soline Massardier

 

Pour la Fête de la science 2025, la médiathèque du Bachut s’est associée avec Alice Catherine Roy, Véronique Boulenger et Agnès Witko, chercheuses au laboratoire dynamique du langage, pour proposer un atelier « Dans la peau d’un Dys… ». Notre reporter s’est prêtée au jeu pour mieux comprendre deux troubles Dys, le Trouble Développemental de la Coordination (TDC) et le Trouble Développemental du langage (TDL).

Lors de l’atelier, les participants sont invités à se mettre dans la peau d’un Dys à travers plusieurs situations du quotidien comme écrire, lire ou s’habiller. Nous commençons par le Trouble Développemental de la Coordination (TDC), qui touche la capacité à contrôler, coordonner et planifier des gestes moteurs. Alice Catherine Roy demande d’abord aux participants d’écrire avec la main dominante, « c’est facile », commente une participante. Au moment d’écrire avec l’autre main, elle s’étonne « je ne sais même pas comment tenir mon stylo et j’écris vraiment mal ». Un second enchaîne en disant qu’il a « mal au poignet », alors que d’autres sont bien trop concentrés pour parler. Alice Catherine Roy explique que les personnes atteintes de TDC « n’arrivent pas à maîtriser l’automatisation » : elles sont incapables de réaliser une séquence de gestes de façon harmonieuse. Ce qui peut être handicapant dans la vie de tous les jours.

Les participants sont ensuite invités à mettre une chemise avec des gants. « On perd en sensibilité », rapporte un participant. Cette perte de sensation fait également partie des symptômes du TDC explique Alice Catherine Roy. Au cours de l’atelier, les participants ont pu expérimenter un autre symptôme du TDC : le manque de proprioception. La proprioception est la perception des différentes parties de notre corps dans l’espace. Elle permet, entre autres, de coordonner nos mouvements avec précision, de maintenir notre posture et notre équilibre, et d’interagir avec notre corps de manière fluide et automatique. Sans proprioception, les gestes les plus simples comme marcher, écrire, attraper un objet deviennent extrêmement difficiles, voire impossibles.

Le trouble développemental du langage

Après s’être mis dans la peau de personnes souffrant de TDL, le groupe rejoint un deuxième atelier pour découvrir un autre trouble Dys : le Trouble Développemental du langage (TDL). Le TDL, touche plusieurs aspects du langage comme la compréhension du langage, le vocabulaire, la capacité à raconter une histoire. Pour commencer, Véronique Boulenger propose aux participants de répondre à plusieurs questions sur un texte lu à l’oral en accéléré. Répondre à la question « que faisait la fillette » devient alors un vrai casse-tête. « J’étais concentrée, mais je n’ai rien compris », commente une participante.

Les personnes souffrant de TDL ressentent la même chose lors de simples conversations nous explique Véronique Boulenger : « la compréhension est fortement entravée ». Pour terminer, les participants doivent faire deviner une image qu’ils ont choisie parmi un ensemble de quatre photos similaires. Pour cela, ils disposent seulement d’une liste restreinte de mots. « C’est frustrant ! », s’exclame un participant tandis que l’intervenante signale à un autre qu’il utilise des mots qui ne sont pas dans la liste. Une personne souffrant de TDL peut avoir du mal à comprendre ou utiliser des mots, et à construire des phrases. Véronique Boulenger préconise de « simplifier les phrases » et « laisser du temps » afin d’aider ces personnes. « C’est un peu comme avec une langue que l’on ne connait pas », commente une participante. « Exactement » répond la chercheuse et « on ne guérit jamais de ces troubles, on apprend à vivre avec ».

Par Soline Massardier, étudiante en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon 1 – Avec Pop’Sciences. 

 

À vous de jouer :

Choisissez une image parmi les quatre photos suivantes. Essayez de la faire deviner en utilisant seulement  les mots suivants : Siège, Plante, Te trouve, Droite du, Banquette, Plusieurs, Au fond, Fenêtre. Vous verrez, ce n’est pas si simple.

Savoir décrire une image avec un vocabulaire réduit, un exercice difficile.

Un jeu proposé dans le cadre de l’atelier « Dans la peau d’un Dys » du laboratoire Dynamique du Langage à la médiathèque du Bachut, lors de la Fête de la science 2025.

La Gazette de la Fête de la science #13

LLa Gazette de la Fête de la science #13

##13 – Échapper au jeu social

Le 11 octobre 2025, l’Université Lumière Lyon 2 s’est animée pour la Fête de la science. Parmi les ateliers proposés, un espace game a attiré l’attention : ici, il ne s’agissait pas de s’échapper d’une pièce, mais d’un système. Inspiré des travaux du sociologue français Pierre Bourdieu, le jeu plonge les participants dans le déterminisme social : certains naissent avantagés, d’autres doivent se battre contre les dés du destin. Une ludique expérience, mais cruellement réaliste.

Les règles du jeu : inégales dès le départ

© Swann Beldo-Ngoyos

Dès l’entrée, le ton est donné : chaque joueur choisit un personnage avec plus ou moins d’avantages. Certains partent avec un bagage confortable, d’autres avec des handicaps invisibles : pauvreté, isolement ou encore désinvolture scolaire. Le hasard, ici, ne crée pas l’injustice, il matérialise simplement les inégalités de départ. L’escape game devient une scène sociale où chacun expérimente, le temps d’une partie, la loterie de la naissance.

 

 

 

 

 

Le capital culturel : savoirs à géométrie variable

© Swann Beldo-Ngoyos

Première étape : l’école. Les joueurs préparent un baccalauréat imaginaire. Mais tous n’ont pas accès aux mêmes ressources. Certains profitent de fiches de révision claires et complètes, d’autres affrontent la barrière de la langue ou de la dyslexie. Rapidement, les écarts se creusent : les « successeurs » réussissent, les autres ne progressent pas. Le jeu donne vie au concept de capital culturel : ces savoirs transmis qui conditionnent la réussite scolaire.

 

 

 

 

Le capital social : les dés du réseau

© Swann Beldo-Ngoyos

Deuxième étape : celle des relations. Obtenir un stage, une colocation, un emploi dépend du nombre de dés à lancer. Des dizaines de dés pour les « bien-nés », seulement quelques-uns pour les autres. Chaque jet de dé gagnant illustre la force du réseau. Le capital social que Bourdieu décrivait est un atout précieux mais souvent invisible.

 

© Swann Beldo-Ngoyos

Le capital économique : investir pour exister

Dernière manche : l’argent. Plus on possède de dés, plus il y a de combinaisons et plus le capital augmente. Les écarts explosent. Certains joueurs multiplient les investissements, d’autres regardent leur patrimoine stagner. La frustration se fait sentir. Le jeu agit alors comme un miroir : même lorsque chacun fait des efforts, les inégalités persistent et deviennent plus visibles. Même dans un simple jeu, il est difficile d’échapper à cette logique. À la sortie, le silence s’installe : « échapper au jeu social » relève souvent de l’utopie. Mais comprendre les règles, comme le disait Bourdieu, c’est déjà apprendre à les transformer.

 

Par Swann Beldo-Ngoyos, étudiante en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon 1

La Gazette de la Fête de la science #14

LLa Gazette de la Fête de la science #14

##14 – À la découverte des tissus antiques : devenez archéologue pour un jour !

Le carnet d’enquête de l’atelier Enquête sur les mystérieux tissus nautiques. © Youna Coueron

En 2003, des tissus mystérieux ont été découverts dans une épave romaine sur les berges de la Saône. Lors de la Fête de la science 2025, les enfants se glissent dans la peau d’archéologues pour tenter de percer le mystère de ces tissus antiques !

Dans le village des sciences humaines et sociales de l’Université Lumière Lyon 2, les visiteurs déambulent d’un atelier à l’autre. Au fond de la salle du premier étage, Laure Meunier, doctorante aux laboratoires HiSOMA (Histoire et sources des mondes antiques) et LUHCIE (Laboratoire Universitaire Histoire Cultures Italie Europe) à la Maison de l’Orient et de la Méditerranée, accueille les curieux à son atelier Enquête sur les mystérieux tissus nautiques.

L’atelier s’inspire d’une véritable recherche archéologique menée sur des tissus découverts en 2003 dans des épaves de chalands – bateaux à fond plat – romains à Lyon Saint-Georges. Entre les planches du bateau, des fragments de textiles avaient été retrouvés, mais leur usage restait inconnu. C’est ce mystère que les enfants doivent résoudre !

Les enfants deviennent des apprentis archéologues : on leur remet un carnet d’enquête et ils se lancent dans leur investigation. Première étape : observer la scène de fouille. À l’aide d’un compte-fil, ils examinent des petits morceaux de tissus que Laure Meunier a elle-même teints. Une loupe graduée permet de détailler la surface de chaque échantillon et de compter le nombre de fils par centimètre, en chaîne et en trame.

Zoom sur les petits morceaux de tissus grâce au compte-fil. © Youna Coueron

Les jeunes enquêteurs comparent, ensuite, les informations qu’ils ont découvertes sur ces échantillons à des types de tissus romains connus : vêtements, couvertures, linceuls. Aucun ne correspond exactement. Les tissus mystérieux sont beaucoup plus denses que les vêtements chauds de l’époque romaine, qui pèsent entre 135 et 270 g/m², alors que ces tissus dépassent les 1000 g/m². Pourquoi un tissu serait-il si lourd ?

Un tissu aux vies multiples

Une hypothèse se dessine progressivement. Le tissage serré, la solidité et le grammage exceptionnel correspondent aux textiles techniques utilisés sur les bateaux, comme les voiles, conçues pour résister au vent et à l’eau.

Mais un détail intrigue encore : la couleur rougeâtre, due à l’ocre qui imprègne le tissu. Pourquoi teindre une voile de bateau ? Les apprentis archéologues manipulent, observent et comparent, tentant de relier le poids, la texture et la couleur pour avancer dans l’investigation.

La couleur rougeâtre, due à l’ocre, n’est pas un simple hasard : elle résulte du traitement des voiles, qui étaient réutilisées pour calfeutrer les coques et les rendre étanches. Ces textiles ont ainsi connu plusieurs vies, témoignant de l’ingéniosité des Romains.

Au fil de l’atelier, les enfants découvrent concrètement en quoi consiste le travail d’un archéologue : observer, manipuler, comparer, tester des hypothèses et relier les indices pour reconstruire le passé. Et vous, lecteurs, avec tous ces indices aviez-vous réussi à deviner à quoi servaient ces mystérieux tissus retrouvés sur les chalands romains de Lyon Saint-Georges ?

Par Youna Couëron, étudiante en Master 1 Information et Médiation Scientifique et Technique, Université Claude Bernard Lyon 1

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