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Le rendez-vous bien-être animal | Interview – L’élevage herbassier, avec Claire Guyat

LLe rendez-vous bien-être animal | Interview – L’élevage herbassier, avec Claire Guyat

Chaque semaine, la Chaire bien-être animal vous propose sur son site internet une nouvelle ressource en lien avec le bien-être animal ! Ce rendez-vous est relayé tous les mardis sur Facebook, Linkedin et Instagram avec le hashtag #LeRdvBEA. Suivez-nous !

>> Le « Rendez-vous bien être animal » de la semaine

L’élevage ovin recouvre aujourd’hui des réalités très diverses selon les territoires et les modes de conduite. Parmi elles, l’élevage herbassier repose sur un système nomade en plein air, qui s’adapte aux ressources disponibles au fil des saisons. S’il favorise l’autonomie du troupeau et demande moins d’investissements financiers qu’un élevage conventionnel, il implique aussi des contraintes importantes pour l’éleveur, notamment liées au foncier, au climat et à la prédation.

Pour cet article, nous avons interviewé Claire Guyat, éleveuse ovine dans le Var et secrétaire de l’association Herbe, afin de mieux comprendre le fonctionnement de l’élevage herbassier, ses impacts sur le bien-être des animaux et les réalités quotidiennes de ce mode d’élevage.

Pour accéder à l’article, cliquez sur l’image :

>> Les précédents « Rendez-vous bien être animal »

Pour retrouver tous les « Rendez-vous bien être animal », allez sur le site de :

 CHAIRE Bien-être animal

 

 

Le livre numérisé du mois | Collections & Patrimoine

LLe livre numérisé du mois | Collections & Patrimoine

©BU Lyon 1

Chaque mois, la Bibliothèque Universitaire Lyon 1 partage des livres anciens numérisés sur son site internet. Ces ouvrages traitent diverses thématiques, allant de la médecine à l’astronomie en passant par les mathématiques. 

> Découvrez les derniers livres numérisés :

  • Thèse de Jean Lépine : « Étude sur les hématomyélies », soutenue le 6 avril 1900 à la Faculté de médecine et de pharmacie de Lyon.

Jean Lépine (1876-1967), doyen de la Faculté de médecine et de pharmacie entre 1920 et 1943, a joué un rôle important dans l’accueil et la formation des étudiants en médecine. Après l’obtention de son doctorat en médecine en 1900 et de l’agrégation en 1907, Jean Lépine devient médecin-chef de l’asile de Bron (l’actuel hôpital du Vinatier), puis professeur de clinique psychologique et psychiatrique à l’Université. Durant son décanat, il fait construire la nouvelle faculté de médecine, grâce aux financements qu’il obtient de la Fondation Rockefeller. En 1931, les 1300 étudiants quittent les locaux exigus du quai Claude Bernard pour s’installer à proximité du nouvel ensemble hospitalier (le futur hôpital Édouard Herriot) dans le quartier de Grange-Blanche. > Lire la thèse 

  • Thèse d’André Latarjet : « Étude sur les pharyngectomies », présentée publiquement le 18 juillet 1906 à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Lyon.

Interne des hôpitaux de Lyon, André Latarjet a travaillé dans le laboratoire du Professeur Léo Testut (1849-1925). Nommé Professeur d’anatomie en 1919, il poursuit l’œuvre de ce dernier et après sa disparition a dirigé la publication revue et augmentée des deux dernières éditions du « Traité d’anatomie humaine ». Il a fortement œuvré au développement de la médecine du sport et à la formation des enseignants d’éducation physique. Une place de Lyon ainsi qu’un boulevard sur le campus de la Doua à Villeurbanne portent son nom. > Lire la thèse

  • Thèse de Mathieu Jaboulay : « Le microbe de l’ostéomyélite aiguë : démonstration expérimentale de la présence dans les foyers de l’ostéomyélite prolongée et dans quelques abcès chauds », soutenue publiquement le 10 juillet 1885.

La numérisation de cet ouvrage a été réalisée en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France. Issu d’un milieu modeste, Mathieu Jaboulay s’oriente vers la médecine après ses études au Petit Séminaire de Lyon. C’est le Professeur Ollier (1830-1900) qui l’encourage à effectuer des recherches sur la présence du staphylocoque doré dans les vieux foyers d’ostéite. Il obtient, en le réinjectant, des abcès chauds et des désordres osseux et rend compte de ses résultats dans la thèse qu’il soutient en 1885 pour obtenir le grade de docteur en médecine. Chirurgien brillant, il succède à Ollier à la chaire de clinique chirurgicale en 1902. Précurseur de la chirurgie vasculaire lyonnaise, son destin exceptionnel s’achève tragiquement en 1913, quand il décède à 53 ans victime d’une catastrophe ferroviaire le 4 novembre à Melun. > Lire la thèse

>> Découvrez les autres livres :

Livre numérisé du mois

Quand l’ingénierie façonne la recherche scientifique | Un dossier Pop’Sciences et CNRS

QQuand l’ingénierie façonne la recherche scientifique | Un dossier Pop’Sciences et CNRS

Dossier Pop’Sciences – CNRS : « ANNÉE DE L’INGENIERIE – Quand l’ingénierie façonne la recherche scientifique »

Au-delà de l’image d’Épinal du métier d’ingénieur des ponts et chaussés chargé d’aménager le territoire et de concevoir nos infrastructures routières, l’ingénierie intervient dans bien d’autres domaines. De la physique des matériaux à la santé en passant par la préservation de l’environnement et la production d’énergie verte, elle contribue ainsi à faire avancer la recherche scientifique sur tous les plans.

©Émilie Josse

Comme le résumait quelque peu abruptement l’ingénieur en aéronautique hongrois Théodore von Kármán (1881-1963) et premier récipiendaire de la Médaille nationale des sciences des États-Unis « Le scientifique décrit ce qui est, tandis que l’ingénieur crée ce qui n’a jamais existé. » D’un point de vue étymologique, le mot ingénierie provient du latin genere signifiant en effet créer ou produire. En tant que discipline, l’ingénierie recouvre quant à elle l’ensemble des activités de conception et de planification contribuant à la réalisation d’un projet scientifique ou technique. C’est cette démarche que le CNRS et ses partenaires académiques entendent notamment mettre à l’honneur tout au long de cette année universitaire.

Vers une infinité de combinaisons moléculaires

Dans les laboratoires explorant la physique des matériaux, l’ingénierie est devenue une alliée incontournable. Grâce à elle, les scientifiques peuvent désormais façonner de nouveaux polymères plastiques dépourvus de toxicité. L’intégration de liaisons chimiques plus faciles à rompre dans la structure de ces colliers de perles moléculaires contribue par ailleurs à améliorer leur recyclage. Cette ingénierie à l’échelle de la molécule bénéficie également à une nouvelle classe de matériaux hybrides fusionnant un composé organique avec un métal. Conçus à la manière d’un jeu de Lego moléculaire, ces polymères dits « de coordination » offrent une infinité de combinaisons et des perspectives d’applications dans la production et le transport d’électricité ou le stockage d’informations.

Repousser sans cesse les limites de détection

Améliorer les performances des outils d’analyse est un autre domaine dans lequel excellent les sciences de l’ingénierie. D’ici quelques années, sonder les matériaux à l’échelle subatomique pour percer les secrets de leurs propriétés pourrait ainsi devenir réalité en combinant la microscopie électronique à une technique de spectroscopie reposant sur la diffusion d’un faisceau d’électrons. En appliquant les préceptes de l’ingénierie moléculaire, des physiciens ont pu concevoir des tubes polymères de dimension nanométrique – À titre de comparaison, un cheveu humain a une épaisseur d’environ 50 000 nanomètres – recouvert d’une fine couche d’un autre polymère conducteur d’électricité. Parvenir à mettre au point une telle structure ouvre la voie à des détecteurs de photons bien plus précis capables de faire avancer la recherche en physique des particules.
En matière de santé, l’ingénierie est à même de renforcer les capacités d’analyse de l’imagerie médicale. Reposant sur la diffusion d’ultrasons, l’échographie compte parmi les techniques qui pourraient bientôt bénéficier de ces avancées. La mesure du risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) ou celle de l’efficacité d’un traitement du cancer par chimiothérapie figurent parmi les nouveaux usages de l’échographie d’ores et déjà testés par les scientifiques.

Faire feu de tout bois avec la photocatalyse

Recourir à l’hydrogène comme source d’énergie fait partie des solutions envisagées par la France et d’autres pays pour assurer leur transition énergétique et tendre ainsi vers la neutralité carbone. Mais pour l’heure, plus de 90% de la production l’hydrogène repose encore sur l’utilisation de ressources fossiles telles que le charbon ou le gaz. Afin de mettre en œuvre des dispositifs de production éco-responsables, des ingénieurs misent sur l’usage de semi-conducteurs intégrant des matériaux ferroélectriques et activés par une source lumineuse. Cette forme de photocatalyse pourrait en outre servir à éliminer certains polluants (antibiotiques, pesticides) accumulés dans le bassin de rétention des eaux usées d’un hôpital ou d’une exploitation agricole.

Il arrive enfin aux spécialistes de l’ingénierie de prendre un peu de hauteur pour améliorer les capacités de détection des satellites chargés de scruter notre planète. Basé sur l’intégration de nouvelles méthodes mathématiques dans un modèle d’observation de la Terre, cette approche vise à renforcer l’acuité des systèmes de télédétection par satellite. Et se faisant d’accéder à des informations jusqu’ici invisibles à l’œil du scientifique comme les variations de température dans chacun des quartiers d’une ville confrontée à une canicule.

En cette Année de l’Ingénierie, Pop’Sciences et la délégation Rhône Auvergne du CNRS mettent à l’honneur la diversité de la recherche scientifique relevant de cette discipline à travers une série de sept articles. Ceux-ci mettent en lumière les travaux du laboratoire Ingénierie des matériaux polymères1, du Centre de recherche en acquisition et traitement de l’image pour la santé2, de l’Institut de recherches sur la catalyse et l’environnement3, du laboratoire Matériaux ingénierie et science4 et du Laboratoire d’optique atmosphérique5. Ces articles offrent ainsi un aperçu des récentes avancées obtenues dans le domaine de la physique des matériaux, de l’imagerie médicale, de la photocatalyse, ou en ce qui concerne l’étude des propriétés de la matière à l’échelle de ses atomes. À travers ce dossier, nous espérons inspirer les curieux de sciences, montrer la surprenante diversité des métiers de l’ingénierie et éveiller la curiosité des jeunes élèves.

Article rédigé par Grégory Fléchet, journaliste scientifique – Janvier 2026

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1 Unité CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1, INSA Lyon, Université Jean Monnet

2 Unité CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1, Inserm, Insa Lyon

3 Unité CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1

4 Unité CNRS, INSA Lyon, Université Claude Bernard Lyon 1

5 Unité CNRS / Université de Lille

lles RESSOURCES du dossier :

Dans ce dossier, nous vous invitons à découvrir un aperçu des travaux en cours et des avancés récentes de scientifiques lyonnais. Pour chaque article, les liens avec les programmes scolaires sont proposés.

  • #1 : Coup d’accélérateur sur la modélisation des transferts radiatifs atmosphériques – Publié le 20/01/26 
Surface de la Terre vue de l'espace

Image Nasa/Johnson Space Center

Tout rayonnement qui traverse l’atmosphère est en partie absorbé par les gaz qui la composent. Parce que ces interactions jouent un rôle déterminant dans la simulation des données recueillies par les satellites, elles doivent être modélisées avec précision. En s’appuyant sur une approche novatrice, des scientifiques ont montré qu’il était possible d’effectuer plus rapidement cette opération tout en mobilisant un minimum de ressources informatiques. Ces travaux devraient permettre d’accéder à de nouvelles informations sur les propriétés de l’atmosphère et de la surface terrestre.

LIRE L’ARTICLE

 

  • #2 : Faciliter le suivi médical des patients grâce aux ultrasons – Publié le 20/01/26 
Réponse impulsionnelle spatiale, appelée "oscillations transverses"

© Hervé LIEBGOTT/CNRS Images

Adaptée à la visualisation de la plupart de nos organes, l’échographie est notamment employée pour détecter des anomalies, comme des tumeurs, des kystes ou des malformations. Les capacités d’analyse de cette technique d’imagerie reposant sur la diffusion d’ultrasons restent toutefois largement sous-exploitées. S’efforçant d’améliorer les performances de l’échographie, les travaux de scientifiques lyonnais laissent entrevoir de nouveaux usages prometteurs dans le domaine biomédical.

LIRE L’ARTICLE

 

 

  • #3 : Les polymères, nouvelle voie pour la mise au point de nano-détecteurs – Publié le 20/01/26 

© Laurence MEDARD/CNRS Images

Pour détecter avec précision des particules élémentaires, des scientifiques développent des capteurs composés de millions de « nano-canaux », des tubes mille fois plus fins qu’un cheveu. En tapissant l’intérieur de ces minuscules tunnels de nouveaux matériaux à base de polymères, une équipe lyonnaise espère créer des dispositifs plus compacts et plus sensibles. Une piste innovante qui permettrait de transformer la détection à haute résolution en physique fondamentale.
LIRE L’ARTICLE

 

 

  • #4 : La photocatalyse promise à un avenir radieux – Publié le 20/01/26 

© Didier COT/CNRS Images

Méthode permettant d’accélérer une réaction chimique grâce à l’absorption de la lumière, la photocatalyse peut trouver des applications dans bien des domaines. Depuis plus d’une décennie, des chimistes lyonnais s’efforcent d’améliorer les performances de ce procédé catalytique dans le but de faire émerger de nouvelles applications dans le traitement des eaux usées et la production d’hydrogène vert.

LIRE L’ARTICLE

 

 

  • #5 : Sonder la matière à l’échelle atomique pour révéler ses propriétés – Publié le 20/01/26 
Visualisation stylisée d’une simulation atomique d'un alliage à haute entropie, c'est-à-dire composé de plusieurs éléments en proportions égales, ici du fer, du chrome, du nickel et du manganèse.

© Alex BOURGEOIS, Céline VARVENNE, Pierre-Antoine GESLIN | CNRS Images

Comprendre comment les constituants les plus élémentaires de la matière sont liés entre eux à pour tenter de percer leurs secrets. Tel est l’objectif que s’est fixé Matthieu Bugnet à partir d’outils dédiés à l’étude des matériaux. En combinant la microscopie électronique en transmission avec une méthode de spectroscopie avant-gardiste, le scientifique cherche à révéler la structure de matériaux à l’interface des atomes qui les constituent.

LIRE L’ARTICLE

 

 

 

  • #6 : De nouveaux matériaux hybrides aux atouts multiples Publié le 28/01/26 
Les réseaux métallo-organiques, ou en anglais metal organic frameworks (MOFs), sont des solides hybrides (organique/inorganique) micro- ou méso-poreux ordonnés.

© Bertrand REBIERE / ICGM / CNRS Images

Fruit de l’association d’un métal et d’un ligand organique, les réseaux métallo-organiques disposent de propriétés inédites laissant entrevoir de futures applications dans les domaines de la santé, de l’environnement ou de l’énergie. Portant sur l’un de ces matériaux hybrides, les travaux de la chimiste Aude Demessence révèlent ses potentialités en matière de thermoélectricité et de stockage de données.

LIRE L’ARTICLE

 

 

  • #7 : « Repenser la synthèse des polymères dans la perspective de les rendre plus faciles à recycler » Interview de Jannick Duchet-Rumeau – Publié le 20/01/26 

© Cyril FRESILLON/PEPSEA/CNRS Images

Professeure de chimie à l’INSA Lyon et directrice du laboratoire Ingénierie des matériaux polymères (IMP), Jannick Duchet-Rumeau s’efforce de concevoir des polymères plus respectueux de l’environnement en modifiant la structuration de ces matériaux à l’échelle nanométrique. La scientifique explore en outre de nouvelles pistes visant à contrôler leurs performances mécaniques ou à améliorer leur durabilité et leur dégradabilité, une fois ces matériaux devenus obsolètes.

LIRE L’INTERVIEW

 

 

 

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mmerci !

Ce dossier a été réalisé grâce à la collaboration de différents scientifiques de l’Université de Lyon. Nous les remercions pour le temps qu’ils nous ont accordé.

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ppour aller plus loin :

Nous vous proposons une sélection de ressources accessibles en ligne pour vous et vos élèves.

  • Espace ressources du site web de l’Année de l’ingénierie
    Sur cette page, vous trouverez diverses ressources destinées aux élèves et aux enseignants dans le cadre de l’Année de l’Ingénierie. Kits pédagogiques, vidéos, portfolios et autres supports seront mis à disposition pour enrichir l’apprentissage et l’enseignement des ingénieries.
  • Trouver un intervenant professionnel de la recherche
    Cette action permet de trouver un professionnel de la recherche, qu’il soit homme ou femme,  pour intervenir en classe. Ce professionnel présentera les métiers de la recherche ou des recherches actuelles, afin de susciter des vocations ou bien tout simplement de faire découvrir comment le savoir scientifique se construit. Pour les professeurs des collèges et des lycées, inviter un professionnel de la recherche dans sa classe permet de compléter le cours, en l’illustrant avec des exemples actuels et authentiques, et d’aider les élèves dans leur choix d’orientation.

Quand l’ingénierie façonne la recherche scientifique | Un dossier Pop’Sciences et CNRS

QQuand l’ingénierie façonne la recherche scientifique | Un dossier Pop’Sciences et CNRS

Dossier Pop’Sciences – CNRS : « ANNÉE DE L’INGÉNIERIE – Quand l’ingénierie façonne la recherche scientifique »

Au-delà de l’image d’Épinal du métier d’ingénieur des ponts et chaussés chargé d’aménager le territoire et de concevoir nos infrastructures routières, l’ingénierie intervient dans bien d’autres domaines. De la physique des matériaux à la santé en passant par la préservation de l’environnement et la production d’énergie verte, elle contribue ainsi à faire avancer la recherche scientifique sur tous les plans.

©Émilie Josse

Comme le résumait quelque peu abruptement l’ingénieur en aéronautique hongrois Théodore von Kármán (1881-1963) et premier récipiendaire de la Médaille nationale des sciences des États-Unis « Le scientifique décrit ce qui est, tandis que l’ingénieur crée ce qui n’a jamais existé. » D’un point de vue étymologique, le mot ingénierie provient du latin genere signifiant en effet créer ou produire. En tant que discipline, l’ingénierie recouvre quant à elle l’ensemble des activités de conception et de planification contribuant à la réalisation d’un projet scientifique ou technique. C’est cette démarche que le CNRS et ses partenaires académiques entendent notamment mettre à l’honneur tout au long de cette année universitaire.

Vers une infinité de combinaisons moléculaires

Dans les laboratoires explorant la physique des matériaux, l’ingénierie est devenue une alliée incontournable. Grâce à elle, les scientifiques peuvent désormais façonner de nouveaux polymères plastiques dépourvus de toxicité. L’intégration de liaisons chimiques plus faciles à rompre dans la structure de ces colliers de perles moléculaires contribue par ailleurs à améliorer leur recyclage. Cette ingénierie à l’échelle de la molécule bénéficie également à une nouvelle classe de matériaux hybrides fusionnant un composé organique avec un métal. Conçus à la manière d’un jeu de Lego moléculaire, ces polymères dits « de coordination » offrent une infinité de combinaisons et des perspectives d’applications dans la production et le transport d’électricité ou le stockage d’informations.

Repousser sans cesse les limites de détection

Améliorer les performances des outils d’analyse est un autre domaine dans lequel excellent les sciences de l’ingénierie. D’ici quelques années, sonder les matériaux à l’échelle subatomique pour percer les secrets de leurs propriétés pourrait ainsi devenir réalité en combinant la microscopie électronique à une technique de spectroscopie reposant sur la diffusion d’un faisceau d’électrons. En appliquant les préceptes de l’ingénierie moléculaire, des physiciens ont pu concevoir des tubes polymères de dimension nanométrique – À titre de comparaison, un cheveu humain a une épaisseur d’environ 50 000 nanomètres – recouvert d’une fine couche d’un autre polymère conducteur d’électricité. Parvenir à mettre au point une telle structure ouvre la voie à des détecteurs de photons bien plus précis capables de faire avancer la recherche en physique des particules.
En matière de santé, l’ingénierie est à même de renforcer les capacités d’analyse de l’imagerie médicale. Reposant sur la diffusion d’ultrasons, l’échographie compte parmi les techniques qui pourraient bientôt bénéficier de ces avancées. La mesure du risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) ou celle de l’efficacité d’un traitement du cancer par chimiothérapie figurent parmi les nouveaux usages de l’échographie d’ores et déjà testés par les scientifiques.

Faire feu de tout bois avec la photocatalyse

Recourir à l’hydrogène comme source d’énergie fait partie des solutions envisagées par la France et d’autres pays pour assurer leur transition énergétique et tendre ainsi vers la neutralité carbone. Mais pour l’heure, plus de 90% de la production l’hydrogène repose encore sur l’utilisation de ressources fossiles telles que le charbon ou le gaz. Afin de mettre en œuvre des dispositifs de production éco-responsables, des ingénieurs misent sur l’usage de semi-conducteurs intégrant des matériaux ferroélectriques et activés par une source lumineuse. Cette forme de photocatalyse pourrait en outre servir à éliminer certains polluants (antibiotiques, pesticides) accumulés dans le bassin de rétention des eaux usées d’un hôpital ou d’une exploitation agricole.

Il arrive enfin aux spécialistes de l’ingénierie de prendre un peu de hauteur pour améliorer les capacités de détection des satellites chargés de scruter notre planète. Basé sur l’intégration de nouvelles méthodes mathématiques dans un modèle d’observation de la Terre, cette approche vise à renforcer l’acuité des systèmes de télédétection par satellite. Et se faisant d’accéder à des informations jusqu’ici invisibles à l’œil du scientifique comme les variations de température dans chacun des quartiers d’une ville confrontée à une canicule.

En cette Année de l’Ingénierie, Pop’Sciences et la délégation Rhône Auvergne du CNRS mettent à l’honneur la diversité de la recherche scientifique relevant de cette discipline à travers une série de sept articles. Ceux-ci mettent en lumière les travaux du laboratoire Ingénierie des matériaux polymères1, du Centre de recherche en acquisition et traitement de l’image pour la santé2, de l’Institut de recherches sur la catalyse et l’environnement3, du laboratoire Matériaux ingénierie et science4 et du Laboratoire d’optique atmosphérique5. Ces articles offrent ainsi un aperçu des récentes avancées obtenues dans le domaine de la physique des matériaux, de l’imagerie médicale, de la photocatalyse, ou en ce qui concerne l’étude des propriétés de la matière à l’échelle de ses atomes. À travers ce dossier, nous espérons inspirer les curieux de sciences, montrer la surprenante diversité des métiers de l’ingénierie et éveiller la curiosité des jeunes élèves.

Article rédigé par Grégory Fléchet, journaliste scientifique pour Pop’Sciences et CNRS- Janvier 2026

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1 Unité CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1, INSA Lyon, Université Jean Monnet

2 Unité CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1, Inserm, Insa Lyon

3 Unité CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1

4 Unité CNRS, INSA Lyon, Université Claude Bernard Lyon 1

5 Unité CNRS / Université de Lille

lles RESSOURCES du dossier :

Dans ce dossier, nous vous invitons à découvrir un aperçu des travaux en cours et des avancés récentes de scientifiques lyonnais. Pour chaque article, les liens avec les programmes scolaires sont proposés.

  • #1 : Coup d’accélérateur sur la modélisation des transferts radiatifs atmosphériques – Publié le 20/01/26 
Surface de la Terre vue de l'espace

Image Nasa/Johnson Space Center

Tout rayonnement qui traverse l’atmosphère est en partie absorbé par les gaz qui la composent. Parce que ces interactions jouent un rôle déterminant dans la simulation des données recueillies par les satellites, elles doivent être modélisées avec précision. En s’appuyant sur une approche novatrice, des scientifiques ont montré qu’il était possible d’effectuer plus rapidement cette opération tout en mobilisant un minimum de ressources informatiques. Ces travaux devraient permettre d’accéder à de nouvelles informations sur les propriétés de l’atmosphère et de la surface terrestre.

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  • #2 : Faciliter le suivi médical des patients grâce aux ultrasons – Publié le 20/01/26 
Réponse impulsionnelle spatiale, appelée "oscillations transverses"

© Hervé LIEBGOTT/CNRS Images

Adaptée à la visualisation de la plupart de nos organes, l’échographie est notamment employée pour détecter des anomalies, comme des tumeurs, des kystes ou des malformations. Les capacités d’analyse de cette technique d’imagerie reposant sur la diffusion d’ultrasons restent toutefois largement sous-exploitées. S’efforçant d’améliorer les performances de l’échographie, les travaux de scientifiques lyonnais laissent entrevoir de nouveaux usages prometteurs dans le domaine biomédical.

 

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  • #3 : Les polymères, nouvelle voie pour la mise au point de nano-détecteurs – Publié le 20/01/26 

© Laurence MEDARD/CNRS Images

Pour détecter avec précision des particules élémentaires, des scientifiques développent des capteurs composés de millions de « nano-canaux », des tubes mille fois plus fins qu’un cheveu. En tapissant l’intérieur de ces minuscules tunnels de nouveaux matériaux à base de polymères, une équipe lyonnaise espère créer des dispositifs plus compacts et plus sensibles. Une piste innovante qui permettrait de transformer la détection à haute résolution en physique fondamentale.

 

LIRE L’ARTICLE

 

  • #4 : La photocatalyse promise à un avenir radieux – Publié le 20/01/26 

© Didier COT/CNRS Images

Méthode permettant d’accélérer une réaction chimique grâce à l’absorption de la lumière, la photocatalyse peut trouver des applications dans bien des domaines. Depuis plus d’une décennie, des chimistes lyonnais s’efforcent d’améliorer les performances de ce procédé catalytique dans le but de faire émerger de nouvelles applications dans le traitement des eaux usées et la production d’hydrogène vert.

 

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  • #5 : Sonder la matière à l’échelle atomique pour révéler ses propriétés – Publié le 20/01/26 
Visualisation stylisée d’une simulation atomique d'un alliage à haute entropie, c'est-à-dire composé de plusieurs éléments en proportions égales, ici du fer, du chrome, du nickel et du manganèse.

© Alex BOURGEOIS, Céline VARVENNE, Pierre-Antoine GESLIN | CNRS Images

Comprendre comment les constituants les plus élémentaires de la matière sont liés entre eux à pour tenter de percer leurs secrets. Tel est l’objectif que s’est fixé Matthieu Bugnet à partir d’outils dédiés à l’étude des matériaux. En combinant la microscopie électronique en transmission avec une méthode de spectroscopie avant-gardiste, le scientifique cherche à révéler la structure de matériaux à l’interface des atomes qui les constituent.

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  • #6 : De nouveaux matériaux hybrides aux atouts multiples Publié le 28/01/26 
Les réseaux métallo-organiques, ou en anglais metal organic frameworks (MOFs), sont des solides hybrides (organique/inorganique) micro- ou méso-poreux ordonnés.

© Bertrand REBIERE / ICGM / CNRS Images

Fruit de l’association d’un métal et d’un ligand organique, les réseaux métallo-organiques disposent de propriétés inédites laissant entrevoir de futures applications dans les domaines de la santé, de l’environnement ou de l’énergie. Portant sur l’un de ces matériaux hybrides, les travaux de la chimiste Aude Demessence révèlent ses potentialités en matière de thermoélectricité et de stockage de données.

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  • #7 : « Repenser la synthèse des polymères dans la perspective de les rendre plus faciles à recycler » Interview de Jannick Duchet-Rumeau – Publié le 20/01/26 

© Cyril FRESILLON/PEPSEA/CNRS Images

Professeure de chimie à l’INSA Lyon et directrice du laboratoire Ingénierie des matériaux polymères (IMP), Jannick Duchet-Rumeau s’efforce de concevoir des polymères plus respectueux de l’environnement en modifiant la structuration de ces matériaux à l’échelle nanométrique. La scientifique explore en outre de nouvelles pistes visant à contrôler leurs performances mécaniques ou à améliorer leur durabilité et leur dégradabilité, une fois ces matériaux devenus obsolètes.

 

LIRE L’INTERVIEW

 

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mmerci !

Ce dossier a été réalisé grâce à la collaboration de différents scientifiques de l’Université de Lyon. Nous les remercions pour le temps qu’ils nous ont accordé.

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ppour aller plus loin :

Nous vous proposons une sélection de ressources accessibles en ligne pour vous et vos élèves.

  • Espace ressources du site web de l’Année de l’ingénierie
    Sur cette page, vous trouverez diverses ressources destinées aux élèves et aux enseignants dans le cadre de l’Année de l’Ingénierie. Kits pédagogiques, vidéos, portfolios et autres supports seront mis à disposition pour enrichir l’apprentissage et l’enseignement des ingénieries.
  • Trouver un·e intervenant·e professionnel·le de la recherche
    Cette action permet de trouver un professionnel de la recherche, qu’il soit homme ou femme,  pour intervenir en classe. Ce professionnel présentera les métiers de la recherche ou des recherches actuelles, afin de susciter des vocations ou bien tout simplement de faire découvrir comment le savoir scientifique se construit. Pour les professeurs des collèges et des lycées, inviter un professionnel de la recherche dans sa classe permet de compléter le cours, en l’illustrant avec des exemples actuels et authentiques, et d’aider les élèves dans leur choix d’orientation.

De nouveaux matériaux hybrides aux atouts multiples | #6

DDe nouveaux matériaux hybrides aux atouts multiples | #6

Ressource #6 du dossier Pop’Sciences – CNRS : « ANNÉE DE L’INGENIERIE – Quand l’ingénierie façonne la recherche scientifique » ARTICLE 

Fruit de l’association d’un métal et d’un ligand organique1, les réseaux métallo-organiques disposent de propriétés inédites laissant entrevoir de futures applications dans les domaines de la santé, de l’environnement ou de l’énergie. Portant sur l’un de ces matériaux hybrides, les travaux de la chimiste Aude Demessence révèlent ses potentialités en matière de thermoélectricité et de stockage de données.

Les réseaux métallo-organiques, ou en anglais metal organic frameworks (MOFs), sont des solides hybrides (organique/inorganique) micro- ou méso-poreux ordonnés.

Les réseaux métallo-organiques, ou en anglais metal organic frameworks (MOFs), sont des solides hybrides (organique/inorganique) micro- ou méso-poreux ordonnés. © Bertrand REBIERE / ICGM / CNRS Images

En octobre dernier, le prix Nobel de chimie était conjointement accordé à Richard Robson, Susumu Kitagawa et Omar Yaghi. La prestigieuse récompense saluait les contributions pionnières de ces trois scientifiques dans le développement des tous premiers réseaux métallo-organiques (MOFs), des matériaux hybrides et poreux pouvant être assemblés comme des Lego®. S’inscrivant dans la lignée de ces travaux, les recherches que mène l’équipe d’Aude Demessence à l’Institut de recherches sur la catalyse et l’environnement de Lyon (Ircelyon)2 se focalisent sur une famille spécifique de MOFs. Qualifiées de polymères3 de coordination, les structures auxquelles s’intéressent ces scientifiques associent un métal monétaire, tel que le cuivre, l’or ou l’argent, à une molécule organique. Un ligand à base de soufre fixé aux ions métalliques assure quant à lui la liaison avec le matériau organique. Tandis que les MOFs récompensés par le prix Nobel de chimie 2025 disposent d’une structure tridimensionnelle, les matériaux hybrides conçus par Aude Demessence présentent une architecture en une ou deux dimensions. « Les polymères de coordination que nous développons sont des matériaux anisotropes, c’est-à-dire qu’ils disposent de propriétés physiques qui varient selon leur orientation spatiale, souligne la chimiste des matériaux du CNRS. La configuration mono et bidimensionnelle limitant les directions dans lesquelles les électrons vont pouvoir se propager, la conductivité électrique du matériau s’en trouve ainsi renforcée. »

À gauche : structure d’un polymère de coordination monodimentionnel (1D MOF) et à droite : structure d’un polymère de coordination bidimentionnel (2D MOF). © Aude Demessence

Un câble électrique à l’échelle nanométrique

Ces polymères d’un genre nouveau se présentent sous la forme d’un « sandwich moléculaire » dans lequel le matériau organique constitué d’un assemblage d’atomes de carbone et de soufre est emprisonné entre deux couches d’une structure inorganique. Celle-ci a l’apparence d’un feuillet en deux dimensions au sein duquel alternent des chapelets d’atomes métalliques (cuivre, or ou argent) et des chapelets d’atomes de soufre. À travers cette nouvelle forme de matériaux hybrides, les scientifiques lyonnais cherchent à reproduire à l’échelle nanométrique les propriétés d’un câble électrique. « Si les matériaux inorganiques comme le cuivre sont réputés pour leur excellente conductivité électrique, ils présentent l’inconvénient de diffuser une trop grande quantité de chaleur, ce qui n’est pas sans poser des problèmes de déperdition d’énergie et d’échauffement, explique Aude Demessence. Le fait d’adjoindre une partie organique à ces matériaux vise donc à leur octroyer une faible conductivité thermique. » Outre une bonne conductivité électrique et une faible conductivité thermique, un polymère de coordination doit aussi disposer d’un coefficient de Seebeck élevé4 s’il veut prétendre à de futures applications thermoélectriques telles que la capacité de convertir la chaleur en électricité.

Polymères de coordination : des matériaux hybrides aux propriétés inédites

Polymères de coordination : des matériaux hybrides aux propriétés inédites © Emilie Josse

Record battu pour un polymère de coordination

L’un des polymères de coordination à base de cuivre mis au point par l’équipe d’Aude Demessence satisfait la plupart de ces conditions. Le matériau en question dispose en effet d’une faible conductivité thermique attestant de son pouvoir isolant. Son coefficient de Seebeck avoisine pour sa part les 420 μV/K, ce qui constitue un record pour un polymère de coordination. Si sa conductivité électrique reste encore très modeste5 pour pouvoir envisager dès à présent des développements dans le domaine de la thermoélectricité, plusieurs pistes sont déjà à l’étude pour tenter d’améliorer ce paramètre à l’aide de l’ingénierie moléculaire. « Cette approche va non seulement nous permettre de jouer sur la structuration et la dimensionnalité du polymère mais aussi de tester les effets bénéfiques d’autres ligands sur la conductivité électrique », précise la chimiste de l’Ircelyon. D’autres voies d’amélioration seront également explorées par les scientifiques comme le dopage résultant de l’insertion d’autres atomes métalliques ou la modification de la mise en forme du polymère dans la perspective de réduire la porosité entre ses différents constituants chimiques. Objectif de ces différents ajustements : faire en sorte que ce matériau hybride tende vers une conductivité électrique proche de celle des polymères de coordination les plus performants dans ce domaine5. Auquel cas, des applications allant de la conversion de la chaleur issue de cheminées d’usines en électricité à la fabrication d’une montre alimentée par la chaleur de la peau pourraient voir le jour dans les années à venir.

Insertion d'un échantillon au cours d'une expérience de diffraction des rayons X sur la ligne CRISTAL au synchrotron SOLEIL sur le site de l'université Paris-Saclay. De gauche à droite: Stéphane Pailhès, Erik Elkaïm et Chloé Andrade.

Insertion d’un échantillon de MOF au cours d’une expérience de diffraction des rayons X sur la ligne CRISTAL au synchrotron SOLEIL sur le site de l’université Paris-Saclay. De gauche à droite: Stéphane Pailhès, Erik Elkaïm et Chloé Andrade. © Aude Demessence

Vers un stockage de l’information plus vertueux

À la différence des matériaux inorganiques tels que le verre ou les céramiques, les polymères de coordination disposant d’une fraction organique se révèlent à la fois résistants et flexibles. Deux caractéristiques qui offrent la possibilité de contrôler facilement leur forme à l’échelle nanométrique6. Ces matériaux sont en outre capables de passer d’une phase cristalline – état actif équivalent au 1 du système informatique binaire7 – à une phase amorphe – état inactif assimilable au 0 – en réaction à une simple variation de température. Pour doter leur polymère de coordination à base de cuivre de cette capacité, les chimistes d’Ircelyon entendent une nouvelle fois recourir au design moléculaire. Visant à concevoir une nouvelle forme de mémoire informatique à très petite échelle, ces travaux entendent ainsi proposer une alternative plus vertueuse aux solutions reposant sur l’utilisation de chalcogénures8 « Alors que ces matériaux inorganiques nécessitent une augmentation de température de l’ordre de 600°C pour déclencher un changement de phase, une hausse de seulement 150°C suffit pour aboutir au même résultat avec notre polymère de coordination », indique Aude Demessence. Outre la perspective de réduire significativement la consommation d’énergie des futurs dispositifs de stockage de données de dimension nanométrique, ce MOF présente l’avantage d’être très peu toxique à la différence des chalcogénures. Deux qualités qui font de ce matériau hybride un sérieux candidat pour la conception de mémoires informatiques à la fois plus durables et performantes.

 

Article rédigé par Grégory Fléchet, journaliste scientifique – janvier 2026

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1 Molécule intégrant au moins un atome de carbone lié à au moins un atome d’hydrogène qui vient se fixer à un métal pour lui octroyer une nouvelle propriété.

2 Unité CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1

3 Substance composée de molécules caractérisées par la répétition, un grand nombre de fois, d’un ou de plusieurs atomes ou groupes d’atomes.

4 Le coefficient de Seebeck correspond à la tension générée par l’application d’un gradient de température. Ce paramètre qui se mesure le plus souvent en microvolts par kelvin (μV/K), reflète l’efficacité thermoélectrique d’un matériau, c’est-à-dire sa capacité à convertir de la chaleur en énergie électrique. Le coefficient de Seebeck d’un matériau est considéré comme élevé à partir de de 100 µV/K.

5 Mesurée en siemens par centimètre (S/cm), la conductivité électrique atteint 0,0015 S/cm pour ce matériau, ce qui reste très loin des 2000 S/cm obtenu en 2020 pour un autre polymère de coordination à base de cuivre développé par une équipe américaine.

6 Un nanomètre équivaut à un milliardième de mètre (10-9 m), soit approximativement la distance entre deux atomes d’une même molécule.

7 Langage informatique dans lequel les données et instructions sont représentées par des combinaisons de uns et de zéros. Cela permet ainsi de stocker efficacement de grandes quantités de données tout en offrant un moyen simple de les traiter et de les analyser.

8 Famille de matériaux employés principalement dans le domaine de l’optique ayant la particularité d’être constitués d’éléments dits “chalcogènes” comme le tellure, le soufre, le sélénium ou l’arsenic.

 

Ces recherches ont été financées en tout ou partie, par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) au titre du projet ANR-MOTIC-AAPG2021. Cette communication est réalisée et financée dans le cadre de l’appel à projet Sciences Avec et Pour la Société – Culture Scientifique Technique et Industrielle pour les projets JCJC et PRC des appels à projets génériques 2021 (SAPS-CSTI-JCJ et PRC AAPG 21).

 

 

La Gazette de la Fête de la science 2025 : des reporters en herbe racontent !

LLa Gazette de la Fête de la science 2025 : des reporters en herbe racontent !

Dans le cadre d’un partenariat avec l’équipe Pop’Sciences, les étudiants du Master Information et Médiation scientifique de l’Université Claude Bernard Lyon 1 ont joué les reporters et herbe et parcouru divers ateliers de la Fête de la science autour de la thématique des Intelligences, mise à l’honneur pour l’édition 2025. Cette démarche a donné lieu à la production d’articles publiés en ligne sur notre site. 

Scientifiques, médiateurs professionnels, étudiants, bénévoles : chaque année, ces acteurs essentiels font vivre la Fête de la science au sein des campus, laboratoires, bibliothèques et dans divers lieux de la cité… Afin de mettre en lumière la richesse de leurs actions, nous avons initié, en 2023, une démarche commune : proposer à de futurs professionnels de la médiation scientifique de retranscrire cette aventure au sein d’une gazette.

Accompagnés par l’équipe Pop’Sciences, les étudiants du Master 1 IMST de l’Université Claude Bernard Lyon 1 ont pu, cette année encore, s’initier à l’investigation et à l’écriture journalistique. Ce partenariat fécond, entre Pop’Sciences et le Master IMST, permet de faire revivre cette 35e édition de la Fête de la science, rendez-vous incontournable avec les sciences chaque automne, et d’offrir une expérience professionnelle unique aux étudiants.

À la suite d’enquêtes sur le terrain, d’interviews de professionnels, ils vous proposent cette nouvelle Gazette de la Fête de la science, à travers leurs différents récits accueillis sur le site Pop’Sciences.

Bonne lecture !

SSommaire

Les intelligences animales

Les intelligences humaines

Les intelligences artificielles

Les intelligences végétales

LLe Mot des formatrices

Nous félicitons les étudiants du master IMST pour s’être prêtés au jeu de l’investigation, pour leur travail assidu d’enquête, de rédaction et de réécriture, dans le cadre d’un véritable atelier pédagogique sur l’écriture journalistique.

Léa Bolliet, Samantha Dizier, Anne Guinot – Pop’Sciences

Filles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures | Un dossier Pop’Sciences

FFilles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures | Un dossier Pop’Sciences

À l’occasion du séminaire Pop’Sciences du 28 novembre 2025*, la communauté des acteurs de la culture scientifique et technique s’est réunie pour une matinée autour de « Filles et femmes en sciences : réfléchir à nos postures ».

L’idée des échanges de cette matinée était de montrer les différentes actions qui sont menées, et qui pourront être menées, au sein de différentes structures de recherche, d’enseignements du territoire, et dans la vie quotidienne, d’identifier les postures que nous devons et pouvons adopter, comment ne pas être contre-productifs et, au final, comment faire pour œuvrer ensemble, sans stigmatiser.

Les échanges riches et fournis ont donné lieu à deux articles : un premier article a été rédigé à partir de la conférence d’introduction d’Isabelle Vauglin qui a exposé un état des lieux de la place des filles et des femmes en science ; un second article synthétise les interventions et discussions de la table ronde où intervenaient Christine Berton, Vilaine Dutrop, Florence Françon, Audrey Mazur et Aurélie Olivesi.

Intervenantes au séminaire du 28 novembre 2025 :

> Isabelle Vauglin, astrophysicienne au CRAL – Centre de recherche astrophysique de Lyon (CNRS – Lyon 1 – ENS de Lyon) – vice-présidente de l’association Femmes & Sciences. Elle est à l’origine de l’événement « Sciences, un métier de femmes » qu’elle organise chaque année depuis 2017 avec Audrey Mazur du LabEx ASLAN et le soutien de l’ENS de Lyon.

> Audrey Mazur, ingénieure de recherche – Laboratoire d’Excellence ASLAN – Laboratoire ICAR (UMR5191, CNRS, Université Lumière Lyon 2 et ENS de Lyon) | Coordinatrice du WP Science with and for Society du LabEx ASLAN – Responsable de l’équipe Interactions, Cognitions (ICAR) | Correspondance Égalité CNRS – Correspondante Valorisation du Laboratoire ICAR | Co-organisatrice de la journée Sciences, un métier de femmes

> Christine Berton, chargée de projets science et société – CCSTI La Rotonde – École Nationale Supérieure des Mines de Saint-Étienne  – Encadre le dispositif Sciences en tous genres

> Florence Françon, chargée de mission Égalité et non-discrimination à l’ENS de Lyon.

> Aurélie Olivesi, maîtresse de conférences HDR Université Claude Bernard Lyon 1 – Équipe de recherche de Lyon en sciences de l’information et de la communication ELICO | Référente pour la Mission égalité Université Lyon 1

> Violaine Dutrop, autrice/essayiste, spécialiste genre et éducation, présidente-fondatrice de l’Institut EgaliGone

LLes articles du dossier

  • #1 – Femmes scientifiques : passer à la vitesse supérieure ! rédigé par Anne Guinot, co-rédactrice en chef du Pop’Sciences Mag

Au-delà des déclarations d’intention, la place des femmes dans les carrières scientifiques demeure trop timide en France, particulièrement pour les sciences dites dures. Selon l’astrophysicienne Isabelle Vauglin, Vice-présidente de l’association « Femmes & Sciences », les causes sont ancrées dans la mémoire collective.

 

Lire l’article #1

 

  • #2 – Filles et science : comment les accompagner ? – rédigé par Samantha Dizier – co-rédactrice en chef du Pop’Sciences Mag

Depuis une dizaine d’années, on peut observer une forte diminution de la proportion de filles dans les études scientifiques au fur et à mesure de leur avancée dans la scolarité. Comment inverser cette tendance ? Cinq expertes de la médiation scientifique et du monde universitaire ont échangé sur le rôle et la posture de la médiation face à cet enjeu de société. Découvrez la restitution de cette table-ronde.

LIRE L’ARTICLE #2

 

* Matinée séminaire organisée par Pop’Sciences – Université de Lyon, en partenariat avec les organisatrices de « Sciences, un métier de femmes » Isabelle Vauglin (CRAL) et Audrey Mazur (LabEx ASLAN – Laboratoire ICAR), et l’association Femmes & Sciences.

Photos : Vincent Noclin

 

Femmes scientifiques : passer à la vitesse supérieure ! | #1 – Dossier Pop’Sciences : Filles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures

FFemmes scientifiques : passer à la vitesse supérieure ! | #1 – Dossier Pop’Sciences : Filles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures

Au-delà des déclarations d’intention, la place des femmes dans les carrières scientifiques demeure trop timide en France, particulièrement pour les sciences dites dures[1]. Selon l’astrophysicienne Isabelle Vauglin, Vice-présidente de l’association « Femmes & Sciences », les causes sont ancrées dans la mémoire collective. Lors du séminaire Pop’Sciences du 28 novembre 2025, la chercheuse a dressé un état des lieux vigilant et plaidé pour une science qui ne peut se faire sans les femmes.

Quelle est la présence des femmes dans les carrières scientifiques ? Si l’on consulte le bilan social 2023 du CNRS, celui-ci affiche une quasi-parité avec une proportion de 44 % de femmes. Mais, le diable est dans les détails… Car, quand on regarde de plus près, on constate que la répartition des femmes dans les différents métiers est loin d’être homogène : les sciences dures accueillent seulement 10,5 à 20% de femmes en physique, informatique, nanotechnologie, électronique, mécanique, matériaux, maths parmi les chercheurs. Et l’on n’entrevoit pas d’évolution possible dans les années à venir. À l’inverse, les sciences humaines et sociales sont investies par une large majorité de femmes (64 à 72 % en anthropologie, sciences du langage, gestion de la recherche). Or, comme Isabelle Vauglin le rappelle : « Pour être efficace et productive, la science a besoin d’être mixte et non pas genrée ».

La comparaison avec nos voisins européens n’est pas plus réjouissante. Le Gender Scan étudiants[2] fait apparaître en Europe, pour la période 2013-2020, une progression globale des femmes diplômées de 19 % dans les STIM (Sciences, Technologies, Ingénierie, Mathématiques). Alors que la France affiche, sur la même période, un recul de 6 %…

« Les cerveaux roses et les cerveaux bleus, ça n’existe pas »

Plus préoccupant, on observe un phénomène survenu après la réforme du lycée de 2018, qui a introduit un choix de spécialités. Dès 2020, la proportion de filles a chuté : « Aujourd’hui, en moyenne, en terminale, il y a une fille par lycée en spécialité Numérique et sciences informatiques ! Il faut qu’elle ait les reins vraiment solides pour tenir dans une classe exclusivement de garçons ! », observe la chercheuse.

Résultat : la moitié des filles qui sortent du lycée n’a plus de formation scientifique depuis la classe de Première. Isabelle Vauglin rappelle pourtant : « Il n’y a aucune différence cognitive entre les cerveaux des hommes et le cerveau des femmes, les cerveaux roses et les cerveaux bleus, ça n’existe pas. La bosse des maths est un mythe qui est faux ! ».

Alors, pourquoi les filles, qui réussissent mieux que les garçons en général (leur pourcentage de titulaires d’un bac est 11 % plus élevé que les garçons), se détournent-elles, dès la Première et après le bac, des options et des filières STIM ? Non, ce n’est pas la faute d’une prétendue autocensure ! Il faut d’ailleurs bannir ce terme qui a tendance à attribuer aux filles la responsabilité de leur situation, alors qu’elles en sont les victimes. Mieux vaut se pencher sur les mécanismes sociaux qui excluent, depuis des générations, les femmes de la sphère scientifique : c’est le cas des stéréotypes de genre véhiculés dès l’enfance et des processus d’invisibilisation des femmes en sciences.

Lutter contre les stéréotypes de genre

Selon une Etude l’Oréal et Opinion Way de 2015, à la question « Comment décrivez-vous un scientifique ? », 67 % des européens répondent que c’est un homme. Nous voilà face à l’une des innombrables manifestations d’un stéréotype de genre qui persiste à peupler nos inconscients collectifs.

Ce stéréotype présente des effets pervers : les chercheurs Isabelle Régner[3] et Pascal Huguet[4] évoquent, ainsi, l’effet de menace du stéréotype. Celui-ci peut être activé, par exemple, chez une jeune fille, quand on lui présente un test en lui indiquant qu’il s’agit d’un test de géométrie (alors qu’il pourrait être aussi soumis comme un simple exercice de dessin). Elle se dit alors : « Je suis une fille, donc, je suis mauvaise en maths, je vais avoir du mal à répondre à cette question ». Résultat : une partie du cerveau se mobilise pour combattre le stress généré par ce stéréotype et n’est pas utilisée pour résoudre le problème. Les filles se retrouvent ainsi contraintes de le confirmer et produisent des contreperformances qui ne reflètent pas leurs compétences.

Des biais présents partout

750 000 bulletins scolaires ont été épluchés en février 2025. Parmi les mots qui ressortent le plus souvent pour les filles, on trouve « manque de confiance en soi », « souriante », « stressée ». La partie positive est plutôt focalisée sur leur attitude. Pour les garçons, les qualificatifs de « puéril », « intuitif » et « curieux » sont les plus fréquents et le caractère positif est axé sur les compétences.

Dans une lettre de recommandation pour une scientifique, le vocabulaire employé sera souvent « travailleuse », « courageuse », alors que pour un homme, ses compétences en tant que scientifique seront davantage soulignées.

Dès l’école, on observe qu’un décrochage des petites filles pour les maths se met en place dans les six premiers mois du CP. Il durera tout au long de l’enseignement primaire.

Il est donc impératif d’aider, au plus tôt, les filles à comprendre qu’elles n’ont pas de raison de mettre en doute leurs capacités scientifiques. Des solutions existent pour donner confiance : l’association Femmes & Sciences organise, depuis 2017, une journée « Sciences, un métier de femmes ! ». Dédiée aux lycéennes, elle permet la rencontre avec des femmes travaillant dans des domaines technologiques et scientifiques variés, dans le public et le privé. L’objectif est de montrer, par l’exemple, que tous les métiers scientifiques sont mixtes, d’aider les jeunes filles à décrypter les stéréotypes et de les convaincre d’avoir foi en leurs capacités de réussir.

Illustration du Colloque 2025 de Femmes & Sciences – ©Léah Touitou

Révéler ce que la science doit aux femmes

Connaissez-vous l’Effet Matilda ? Il fait référence aux découvertes oubliées des femmes scientifiques. En 1993, l’historienne des sciences Margaret Rossiter révèle que celles-ci profitent moins des retombées de leurs recherches que les hommes. Elle dévoile ainsi le processus de minimisation, voire de déni de la contribution des femmes à l’avancée des sciences, au profit de leurs homologues masculins.

Parmi les actions entreprises pour contrer ce phénomène d’invisibilisation, l’association « Femmes & Sciences » œuvre, depuis 2021, pour l’inscription de 72 noms de femmes scientifiques sur la tour Eiffel, afin de rétablir l’équilibre avec les 72 noms de savants hommes inscrits en lettres d’or, au 1er étage du monument. Pari gagné : en mars dernier, la ville de Paris a validé le principe de faire inscrire des noms de femmes scientifiques sur une frise au-dessus de celle des hommes. Une parité parfaite enfin rendue visible…

C’est une évidence : il n’y aucune raison pour que les filles soient absentes des sciences, bien au contraire. Et s’il faut encore nous en convaincre collectivement, voici quelques rappels confirmant que les sciences ont besoin de leurs talents. Par exemple, la révolution numérique et l’IA doivent aussi se construire avec des femmes, afin que les données ne soient pas genrées. Selon Isabelle Vauglin, « la diversité accroît les performances : les équipes mixtes sont plus innovantes que celles qui ne le sont pas. En outre, ce secteur fait appel à des profils professionnels plutôt bien rémunérés, où les métiers (ingénieur en informatique, par exemple) connaissent peu le chômage. » Enfin et surtout, ces métiers construisent le monde de demain.

Alors, qu’est-ce qu’on attend ?!

Un article rédigé par Anne Guinot,

co-rédactrice en chef Pop’Sciences Mag – 7 janvier 2026

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Notes :

[1] – Les sciences « dures » reposent sur des protocoles expérimentaux, des outils mathématiques et des modèles généralisables. On trouve, parmi elles, la physique, la chimie, la biologie, les mathématiques.

[2] Gender Scan 2024 : https://www.cdefi.fr/fr/actualites/gender-scan-2024-agir-pour-une-plus-grande-egalite-entre-les-genres-dans-les-stim

[3] – Isabelle Régner est Professeure de psychologie sociale, Directrice Adjointe du Centre de Recherche en Psychologie et Neurosciences (UMR CNRS 7077). Elle occupe aussi la fonction de Vice-Présidente Egalité Femmes Hommes et Lutte contre les Discriminations à Aix-Marseille Université.

[4] – Pascal Huguet est spécialiste de la régulation sociale des fonctionnements cognitifs (interactions cognition/ environnement). Il dirige le Laboratoire de psychologie sociale et cognitive (LAPSCO) de l’université Clermont-Auvergne et du CNRS.

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À lire également : 

PPour aller plus loin

Filles et science : comment les accompagner ? | #2 – Dossier Pop’Sciences – Filles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures

FFilles et science : comment les accompagner ? | #2 – Dossier Pop’Sciences – Filles et femmes en sciences : réfléchir ensemble à nos postures

Depuis une dizaine d’années, on peut observer une forte diminution de la proportion de filles dans les études scientifiques au fur et à mesure de leur avancée dans la scolarité[1]. Comment inverser cette tendance ? Cinq expertes de la médiation scientifique et du monde universitaire ont échangé sur le rôle et la posture de la médiation face à cet enjeu de société lors du séminaire Pop’Sciences du 28 novembre 2025[2].

Alors que les garçons parlent haut et fort les filles chuchotent. Un constat rapporté par Christine Berton, chargée de projets science et société à La Rotonde[3], à Saint-Étienne. Elle peut l’observer quand elle intervient en classe de collège ou lycée pour réaliser des actions de médiation autour de sujets de science. « Les garçons prennent toute la place par leur attitude et leur comportement. Les filles n’osent pas prendre la parole », précise-t-elle. Et elle constate d’autant plus cette fracture en milieux semi-ruraux et ruraux, où « le murmure devient silence ». Un fait observé de manière globale dans les actions de diffusion des sciences, et qui témoigne de la difficulté à inclure les filles dans les domaines scientifiques. Ce dont ont pris conscience les médiateurs et professionnels de la culture scientifique, qui essayent alors de développer des solutions.

Violaine Dutrop, autrice-essayiste et présidente-fondatrice de l’Institut EgaliGone, pointe qu’il faut établir des actions à tous les niveaux : de la crèche à l’Université. « Il faut travailler sur les stéréotypes : leur montrer à quels points elles sont fortes », déclare-t-elle. Mais l’effort doit également porter vers les garçons. Cela peut se traduire par la valorisation de domaines et métiers souvent perçus comme plus féminins, comme les métiers du soin. En outre, dans une société où la répartition des tâches au sein de familles est encore très inégalitaire – la durée des congés parentaux en est un bon exemple – les garçons doivent être amenés à se poser les mêmes questions que les filles, pour aller vers davantage d’égalité. Des questions telles que : « si je choisis tel ou tel métier, comment ferai-je si un jour j’ai des enfants ? ». « Il faut ainsi agir de manière équilibrée pour régler le problème de manière globale », souligne Violaine Dutrop.

Apprivoiser nos biais

L’enjeu serait-il donc de lutter contre les stéréotypes ? Ce n’est pas aussi simple. Il faut, en effet, prendre garde à la diffusion de messages contre-stéréotypés. Par exemple, si on souhaite représenter une femme dans un métier traditionnellement plus masculin, cela doit paraître naturel. Car « si le message est trop en décalage avec la réalité, cela peut, au contraire, renforcer le stéréotype existant », explique Florence Françon, chargée de mission égalité et non-discrimination à l’ENS de Lyon. Elle cite les travaux de Violette Kerleaux[4], docteure en psychologie sociale : il ne sert à rien de combattre les stéréotypes. Car nous sommes tous soumis à des stéréotypes et nous ne pouvons pas nous en défaire. Ils sont nécessaires au bon fonctionnement de notre cerveau, pour notamment simplifier et classer des informations. Ce qui compte est alors de prendre conscience de leurs effets et de leurs impacts, pour éviter qu’ils s’activent dans certaines circonstances.

Florence Françon souligne ainsi l’importance d’accompagner les jeunes hommes dans « le développement de compétences psychosociales », pour faire évoluer leurs attitudes : prise en compte du consentement, interactions plus respectueuses et apaisées, se décharger de toutes les injonctions à la virilité… « Il faudrait également lutter contre l’effet « boys club », qui désigne le fait que les hommes se regroupent et se protègent entre eux, excluant les femmes, rapporte-t-elle. Un phénomène qui se retrouve dans le milieu académique, et qui contribue à l’éviction des femmes. »

Entre filles ?

Pour contrer cet effet « boys club », déjà visible au collège et lycée, la solution n’est-elle pas de séparer filles et garçons ? Audrey Mazur, ingénieure de recherche au laboratoire ICAR et co-organisatrice de la journée Sciences, un métier de femmes, organisée chaque année en mars, s’est posé la question dès les prémices de la création de cet évènement. Cette journée est spécifiquement destinée aux lycéennes afin de leur faire rencontrer des femmes travaillant dans les domaines scientifiques et technologiques. « Nous avons fait le choix de leur offrir un espace d’expression, pour libérer leur parole. Et je peux vous assurer que cela fonctionne », déclare Audrey Mazur. Les filles rapportent, ensuite, le contenu de cette journée en classe, pour transmettre le message aux garçons. Le projet en est déjà à sa neuvième édition et le bilan est positif : 56 % des lycéennes interrogées déclarent que cette journée aura un impact sur le choix de leurs études.

À La Rotonde, une expérience de non-mixité est également réalisée avec le programme « Sciences en tous genres ». Sur plusieurs séances, les filles suivent un parcours de rencontres et d’échanges avec des femmes scientifiques. En parallèle, les garçons conduisent une réflexion sur les questions relatives au genre. Une dernière séance réunit filles et garçons pour une restitution de leurs expériences.

Dans ce type d’actions, Florence Françon soulève l’importance de mobiliser les sciences sociales et les études de genre. « Il faut faire comprendre les mécanismes à l’œuvre. Cela permet de donner des clés de lecture et d’analyse », rappelle-t-elle.

Intégrer !

Au-delà des actions en milieu scolaire, des efforts sont menés dans l’enseignement supérieur et la recherche. Dans sa pratique, Florence Françon s’appuie ainsi sur les travaux d’Isabelle Collet, professeure de sciences de l’éducation à l’Université de Genève, sur les filles et l’informatique. Elle soulève trois leviers pour maintenir les filles dans les filières scientifiques. Il faut, tout d’abord, les attirer. Ce qui peut être fait via la mise en place de bourses, ou encore d’une communication adaptée. Il est, ensuite, nécessaire de les accueillir. Une action relativement simple peut être de rendre visibles les femmes dans l’espace universitaire, comme en renommant les amphithéâtres. Et enfin, il faut les intégrer et les inclure. Cela passe par la prévention de toutes formes de sexisme. Le haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes signalait qu’en 2023, 15 % des femmes ont déjà redouté de s’orienter vers des milieux professionnels à dominante masculine. De plus, un rapport de la fondation L’Oréal de 2023[5] révèle que 80 % des chercheuses dans le monde ont déjà vécu un fait de violences sexistes et sexuelles. « Il est important de comprendre qu’en conséquence les femmes mettent en place des stratégies d’évitement et de protection », explique Florence Françon. Ce travail sur leur intégration au sein des milieux académiques est donc primordial.

Aurélie Olivesi, maîtresse de conférences HDR[6] à l’Université Claude Bernard Lyon 1, et référente pour la Mission égalité Université Lyon 1, rapporte ainsi des actions de mentorat qu’elle met en place pour les étudiantes. Il s’agit de rencontres qui s’appuient sur les études de sciences sociales sur le sujet, pour comprendre les mécanismes en jeu, et explorer des disciplines, telles que l’informatique, et leur construction genrée.

Des salles de classe aux bancs universitaires, toutes ces actions sont des leviers pour transformer les chuchotements des filles en une parole libre et affirmée.

Un article rédigé par Samantha Dizier,

co-rédactrice en chef du Pop’Sciences Mag – Janvier 2026

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Notes :

[1] Filles et mathématiques : lutter contre les stéréotypes, ouvrir le champ des possibles, Rapport de l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (2025).

[2] Les séminaires Pop’Sciences rassemble la communauté des acteurs de la culture scientifique et technique au sein du bassin de recherche Lyon Saint-Etienne.

[4] Les publications de Violette Kerleaux : https://www.researchgate.net/profile/Violette-Kerleaux

[5] Harcèlement sexuel et sexisme au sein du monde scientifique, étude Ipsos, commandée par la Fondation L’Oréal (2023).

[6] Habilitée à Diriger des Recherches

<Pour aller plus loin

La recherche en sciences humaines et sociales | Le magazine RchRch

LLa recherche en sciences humaines et sociales | Le magazine RchRch

Le magazine de la recherche en sciences humaines et sociales de l’Université Lumière Lyon 2

RchRch a pour ambition de partager les savoirs et les connaissances en train de s’élaborer dans les 32 laboratoires de recherche de l’Université Lumière Lyon 2, de décrypter le monde qui nous entoure et de rendre la recherche et ses résultats accessibles à toutes et tous. Il rappelle ainsi, au fil des pages, à quel point les sciences humaines et sociales, dans leur très grande diversité, sont indispensables à la pensée humaine et à l’intelligence des sociétés.

Au sommaire de chaque numéro : un dossier thématique, des regards croisés de chercheuses et chercheurs sur un thème d’actualité, des explorations de projets et partenariats de recherche, un grand entretien avec un chercheur, un tête-à-tête avec un doctorant, un focus sur une structure de recherche, et pleins d’autres choses encore… !

Chaque numéro sera également l’occasion d’une collaboration avec des illustrateurs différents.

> RchRch n°5 : De recherches en créations

Couverture du magazine RchRch n°5Ce cinquième numéro vous invite à explorer la richesse des recherches menées au sein des laboratoires de notre université, en commençant par un dossier consacré aux liens entre recherche et création, arts et société ! Ce numéro met aussi en lumière la diversité des projets de recherche en sciences humaines et sociales (mais pas seulement !) qui éclairent les enjeux sociaux contemporains – de la précarité alimentaire étudiante au suivi de l’apnée du sommeil grâce à l’IA – et nous entraînent sur des terrains aussi familiers que Moodle, ou aussi inattendus qu’une plongée dans la réception médiévale de Tite-Live.

Rchrch donne également la parole à nos chercheuses et chercheurs à travers des regards croisés sur des questions d’actualité : le bien-être à l’école et l’intégrité scientifique à l’université. Il offre enfin un espace de rencontre avec la recherche, grâce aux portraits de chercheuses et chercheurs, doctorantes et doctorants, et la présentation de structures, comme la plateforme OMEAA.

RchRch N°5 – 2025

 

> Consulter les précédents numéros de RchRch :

RchRch n°4 – été 2022

RCHRCH n°3 – Février 2022

RCHRCH n°2 – été 2021

RchRch n°1 – Janvier 2021