Droit - économie - gestion / Homme - société / Sciences politiques Podcast Laboratoire Triangle FFaut-il reculer l’âge de la retraite ? | Triptyque Travailler plus longtemps est un sujet qui fait débat… Mais un senior pourra-t-il toujours trouver un emploi ? Alors, autre solution : augmenter les recettes ? Oui, mais comment ? Ou encore, peut être diminuer les pensions ? Mais est-ce possible ?Bref, la retraite s’avère un sujet… casse-tête.Aussi, dans ce deuxième podcast, dont le triptyque est consacré aux retraites, nous allons tenter de comprendre s’il est impératif de reculer l’âge de la retraite et pourquoi ? Pour en discuter nous sommes avec Michael Zemmour, professeur de sciences économiques à l’Université Lyon 2, et chercheur à TRIANGLE.Écoutez le podcast :https://popsciences.universite-lyon.fr/app/uploads/2026/02/tri11-2_michaelzemmour.wav> Lire la retranscription des propos de l’interview :Tout d’abord, pensez-vous que reculer l’âge de la retraite est nécessaire pour assurer la pérennité du système ? Pourquoi ?Mickaël Zemmour – Pour équilibrer le système de retraite, entre recettes (les cotisations et les financements publics), et les dépenses (les pensions), on dispose toujours de trois leviers : l’âge de départ effectif, le niveau des recettes, et le montant moyen des pensions.Le choix du dosage des différents leviers est principalement un choix de préférences politique. Il n’y avait donc aucune obligation de décaler l’âge minimal de la retraite à 64 ans et selon ce calendrier. D’autres choix aurait été possible, qui aurait impliqué de relever le niveau des recettes, de modérer le niveau des pensions, ou une combinaison des trois leviers.La mesure d’âge qui a été choisie en 2023 (et précédemment en 2010), est une mesure en fait assez radicale : Entre 2010 et 2032, l’âge minimal de la retraite aura progressé de 4 ans, c’est-à-dire beaucoup plus vite que les gains d’espérance de vie mesurés sur la période. Le choix qui a été fait est de réduire la part du revenu national consacré aux retraites alors même que le nombre de personnes de plus de 60 ans augmente. Et pour cela, on décale l’âge minimal de la retraite.Les entreprises sont-elles prêtes à embaucher des personnes plus âgées ? Quels sont les freins, et dans ce cas comment vous pensez qu’on peut les lever ? Et, le fait de reculer l’âge de la retraite implique-t-il d’empêcher l’accès des plus jeunes au marché du travail ?M.Z. – Cela dépend sans doute des entreprises, et des profils de salariés.On sait que les grandes entreprises ont des stratégies pour faire partir les salariés à l’approche de la soixantaine. A deux ans de la retraite, on observe un pic de séparation.Mais il y a aussi un autre phénomène : il y a des métiers où les embauches / fin de contrat se succèdent à un rythme relativement rapide. Et il y a un âge où on ne vous embauche tout simplement plusEnfin il y a l’usure du travail. Certains métiers, dans les conditions où ils sont effectués, ne peuvent pas être poursuivis (en tout cas, pas systématiquement au-delà de 60 ans). Dans le secteur du nettoyage par exemple, les incapacités au-delà de 45 ans sont particulièrement fréquentes.A ma connaissance, on sait que ces trois facteurs expliquent la faiblesse relative de l’emploi des seniors avant l’âge de la retraite, mais on ne sait pas exactement lequel est le plus important.Au jugé je dirais qu’il y a environ un salarié sur quatre ou cinq qui devrait pouvoir arrêter son activité dès l’âge de 60 ans, or les dispositifs actuels de pénibilités sont beaucoup beaucoup trop restreints et se concentrent sur une infime minorité.Le fait de maintenir les seniors en emploi ne chasse pas mécaniquement les jeunes du marché du travail : tendanciellement, lorsqu’on augmente l’âge de la retraite, la quantité totale d’emploi augmente dans le temps (même au départ ça augmente sans doute un peu le chômage). Cela étant, il y a sans doute des cas, des secteurs (en particulier dans la fonction publique), ou reporter les départs retardent les embauches. On en a trouvé des traces dans les statistiques italiennes, on n’a pas vraiment de certitudes concernant la France.En somme, quand on maintient 10 seniors en emploi, ça ne prend très certainement pas la place de 10 plus jeunes, mais possiblement de 1, 2, ou 3, c’est un sujet que j’aimerais explorer davantage.Comment les caractéristiques socio professionnelles influent-elles sur le départ à la retraite ?M.Z. – Dans mes recherches, j’ai examiné en détail ce qui s’est passé avec la réforme de 2010, celle qui a porté l’âge de la retraite de 60 à 62 ans, on distingue clairement deux types de profils.Il y a environ une majorité des salariés, qui passaient directement de l’emploi à la retraite quand la retraite était possible à 60 ans. Pour ce profil (beaucoup plus fréquent chez les professions intermédiaires et supérieures), lorsqu’on a décalé l’âge de la retraite les personnes se sont maintenues en emploi.Mais il y a un autre profil, qui représente de l’ordre d’un tiers des ouvriers et des employés (femmes et hommes) qui ne sont déjà plus en emploi à 60 ans. Pour ce profil lorsqu’on décale l’âge de la retraite, cela conduit à rester plus longtemps « ni en emploi, ni en retraite », c’est-à-dire au chômage, en inactivité, en longue maladie…> À suivre…Le prochain podcast abordera le thème : pourra-t-on avoir une retraite demain ?PrécédemmentLa retraite : un peu d’histoire>> Pour en savoir plus : Triptyque – Laboratoire Triangle